A/N:

Coucou tout le monde :)

Ce chapitre faisait initialement 46 pages Word !
Je l'ai finalement coupé (à la 27ème page), la suite arrive donc très vite après ce chapitre où j'ai décidé d'introduire quelque chose qui n'était pas prévu à la base, mais qui, je pense, apportera tellement plus de tension et de profondeur dans la suite de cette histoire.

Excusez moi de ne pas répondre à vos reviews une par une, j'ai manqué cruellement de temps (davantage que d'habitude si c'est possible…) du fait du contexte sanitaire dans lequel nous sommes.

En France ( car je sais que j'ai des lectrices à l'étranger), l'épidémie se calme. Mais on a passé une période très difficile, avec beaucoup de perte humaines, beaucoup de tension psychologique, mais bon… C'est probablement une épreuve pour l'homme, par laquelle il devra apprendre certaines leçons…

J'espère que vous allez bien, que le virus ne vous a pas touché (pas de façon difficile en tout cas) que vos proches ont été préservés aussi.

Pour celles qui me demandent régulièrement, je vous assure, je mettrai un point final à cette histoire.

Certaines d'entres vous s'impatientent je sais, nous sommes au 25ème chapitre et nos héros ne sont toujours pas ensemble. Et d'autres lectrices me supplient de ne pas aller trop vite pour que l'histoire semble la plus authentique possible.
Eh oui, dans la vraie vie, rien n'est facile, tout se gagne. Et clairement les plus belles choses arrivent après de nombreuses chutes, et beaucoup d'efforts…

Patience les filles. Tout ce que vous attendez arrivera, je vous promets.

Merci pour vos commentaires, je ne vous le dis, peut être, pas suffisamment mais vous n'imaginez pas à quel point ils me motivent, à quel point ils me dopent. Et comme n'importe quelle drogue, on a toujours l'impression que rien ne suffit.

N'hésitez pas à relire l'histoire pour vous remettre dedans. Chaque détail qui apparait, apparait pour une raison. Et tout ce à quoi je veille, c'est que tout ces détails soient au bon endroit, au bon moment, à l'ouverture des rideaux…

Merci encore du fond du coeur.

Cami.

(L'univers Twilight appartient à S.M.)

...

Chapitre 26

« Peut-être que l'amour, c'est ce mouvement par lequel je te ramène doucement à toi même. »

Antoine de Saint Exupery, Terre des hommes.

...

(Samedi 13 Septembre.)

Pdv Edward

« Masen. »
« Eric au box 2, j'ai un souci avec le patient. Vous pouvez venir voir ? »

Eric Yorki était le meilleur interne selon moi. Si un autre interne m'avait parlé d'un foutu « souci » , je l'aurais envoyé chier. Mais si, lui, me demandait de venir vérifier quelque chose, c'est qu'il y avait un putain de problème.

Je posai même pas de question.

« J'arrive. »

...

« Plaie abdominale non profonde aux ciseaux. On a fait la suture sans problème. Mais regardez. »

Je réduis mon regard alors que Yorki baissa la blouse du gosse pour dévoiler son tronc et ses bras.

Des griffures et des hématomes d'âge différents partout sur sa peau.

Je serrai les dents et je bloquai l'image d'un dos bleu azur marqué lui aussi par des hématomes.

« Chef ? » Je ramenai mon regard sur Eric. « On fait quoi ? »

« Il est où le dossier ? »

« Là. »

Je survolai toutes les données inscrites par l'interne

« Comment ces ciseaux ont finit par le couper ? »

Yorki souleva les épaules en regardant le petit qui restait silencieux.

« C'est quoi ton prénom, petit ? » demandai-je en m'abaissant à son niveau.
« Samuel. »
« Salut Samuel, moi c'est Edward. »

Je le vis avaler et regarder vers la porte du box de consultation. Il avait peur.

Il cherchait une fuite.

« Je suis docteur moi aussi, je soigne les enfants malades. »

Il fit un signe de tête dans l'affirmative mais il n'était toujours pas à l'aise.

« T'as quel âge ? »
« 11 ans »
« 11 ans ? Tu fais déjà parti des grands alors ? » le taquinai-je juste pour gagner un peu de sa confiance. Mais je savais que plus les enfants étaient grands, et plus il était difficile de trouver dans leur discours les indices de maltraitance. La peur les dominait.

Il souleva les épaules à ma question.

Je jetai un coup d'oeil à la suture faite par Eric.

« C'est une sacrée cicatrice que tu vas avoir, tu trouves pas? »

Il continua à soulever ses épaules.

« Heureusement que ces ciseaux ne sont pas allés plus loin… Ça aurait été plus grave… » fis-je en observant ses réactions. Mais en fait, il n'y en avait aucune.

« Comment ces ciseaux ont atterrit ici ? » demandai-je en effleurant du doigt la peau près de la suture. Je vis son abdomen se contracter à l'approche de ma main.

« Je sais plus… » fit-il en commençant à balancer sa jambe dans la nervosité. « T'as oublié ? »

Il souleva encore une fois les épaules, « J'aurais pas du jouer avec les ciseaux… » murmura-t-il.

Je réduis mon regard en jetant un coup d'oeil à Yorki qui prenait déjà des notes.

« Quelqu'un t'a dit que tu n'aurais pas dû jouer avec les ciseaux ? »

Il souleva à nouveau ses épaules en regardant la foutue porte.

« C'est tes parents qui t'ont ramené ici. »
« C'est papa. »
« Maman est à la maison ? »

Il hocha de la tête dans l'affirmative avec d'ajouter, « Avec Ethan. »

« D'accord. Et tout ces bleus ? » Il éloigna instinctivement son bras de mon contact, « Ils viennent d'où ? »

Le silence… « Tu joues à l'aventurier chez toi ? »

Il souleva ses épaules, et je perdais patience…

« Il est où le père ? » fis-je en me relevant.

« Juste derrière cette porte. »

« Appelle l'assistante sociale, qu'elle fasse toute de suite ce qu'il faut. »

« Chef, y a pas d'assistante sociale le weekend. »

« Comment ça ? Y a pas un système d'astreinte ? »

« Mmh… Je crois pas… »

Je serrai les dents.

« On le garde en surveillance ce weekend. »

« Okay, j'appelle la Pédia 1. »

« Je vais voir le père. » lançai-je en me dirigeant vers la porte.

En sortant du box, je me retrouvai directement en face d'un homme assez grand de taille mais plutôt fin, soigné dans l'apparence. Mais c'était ça, qu'une putain d'apparence.

Je rangeai mes mais dans les poches de ma blouse, pour ne pas lui serrer la main ou pour cacher mes poings, je savais pas.

Je vis son regard se diriger directement vers mon badge.

« Docteur Masen, chef du service de chirurgie infantile. » confirmai-je au cas où il aurait mal lu.

« Comment va Samuel ? »

Je réduis mon regard au putain d'hypocrite que j'avais en face moi.

« Plutôt bien… Comment il s'est blessé avec ces ciseaux ? » demandai-je directement.

Il se mit à rire en se balançant d'une jambe à l'autre.

« Vous savez comment sont les enfants, n'importe quoi peut devenir un jeu, même des ciseaux. »

« Oui, c'est vrai… » Je voulais juste lui foutre un poing dans la gueule, mais je ne gagnerai rien. « Il a l'air d'être un sacré casse coup, votre petit. » ajoutai-je. J'étais obligé de rester dans sa ligne, ne serait ce que pour le bien du garçon.

Il fit l'ignorant.

« Comment ça ? »

« Les bleus un peu partout, il doit faire le cow boy, ce bonhomme ? » Mon expression faciale devait montrer la rage en moi. J'étais pas fait pour faire semblant.

« Ouais, il aime bien jouer au super héro… » fit-il en en tentant de passer à coté de moi pour rentrer dans le box. J'pouvais pas m'en empêcher. Je me plaçai sur sa route.

« On va garder Samuel en surveillance 48h. » lâchai-je.

Il réduit son regard. « Pourquoi faire ? »

« Une précaution, on ne sait pas comment peut évoluer la plaie. » mentis-je, il nous fallait juste du temps pour faire le signalement comme les administratifs étaient infoutus de bosser le weekend.

« Sa mère et moi, on fera la surveillance, s'il y un problème, on vous le ramène. » tenta-t-il de fuir avec le petit.

« C'est vraiment plus pratique qu'il soit près des médecins, au cas où. » insistai-je.

« Non, c'est bon, Samy n'aime pas l'hôpital. »

Je perdais patience avec ce putain de lâche.

« C'est une prescription médicale. »

« J'ai bien compris, mais j'suis son père, j'veux pas qu'il reste ici, si je dois signer quelque part, je le fais. »

Fils de pute…

...

Pdv Edward

« La raison te serait revenu ? » fit Alice en répondant à mon appel.

« De quoi tu parles ? »

« Tu restes sur ta position pour Nathan ? »

« Alice, tu me saoules! Je changerai pas de putain de position - je t'appelle parce que j'ai un problème aux Urgences. »

« Dis moi… »

« Maltraitance sur un gosse. Le père veut signer une décharge contre l'hospitalisation. »

« Il va mal le petit ? »

« Nan, il est stable, mais voilà, je préfère le garder ici le weekend le temps que le putain de service social fasse quelque chose. »

« On peut rien faire s'il signe une décharge pour un mineur. »

« Tu te fous de ma gueule ? »

« Non Edward, c'est pas grave - »

« - C'est pas grave ?! »

« - Edward, calme toi et écoute moi ! »

Je voulais exploser.

« Le petit peut rentrer avec son père, ça nous empêchera pas de faire le signalement judiciaire dès la première heure lundi. L'enquête sera ouverte et l'enfant extrait du milieu hostile si nécessaire. »

« Donc ce weekend, on peut rien faire ? »

« La seule chose que tu puisses faire toute de suite, c'est de bien noter dans le dossier tous les éléments que tu as, l'ouverture de l'enquête dépendra de ce contenu. »

« J'peux pas le croire - le gosse peut crever cent fois ce weekend ?! »

J'entendis Alice soupirer de l'autre coté de la ligne, ce qui m'énerva que davantage.

« Tu ne peux pas te battre contre tout un système, Edward… »

« Ouais… Merci pour ta foutue aide. »

Je raccrochai.

« Putain de systeme… »

...

Pdv Edward.

Je rentrai dans la chambre de garde en ayant l'impression que mon crâne allait exploser.

Il n'était que 19h.

J'avais passé l'après midi à ne faire que des putains de courriers. Je détestais ça. Je pourrais prendre quarante huit heures de bloc en continu plutôt que trois heures de courriers.

Et maintenant, tout ce que je voulais c'était entendre la voix de celle qui vivait sous mon toit.

Pour plus qu'un seul jour.

Je passai la main dans mes cheveux avant de prendre mon téléphone.

Evidemment aucun appel de sa part… C'était son anniversaire aujourd'hui… Et, pour une raison inconnue, elle refusait catégoriquement qu'on aborde cette date.

« Pourquoi, bordel ? » lançai-je dans le vide de cette chambre.

Un appel entrant s'afficha sur l'écran de mon téléphone ; numéro inconnu…

« Allo ? »

« Bonsoir Monsieur Cullen, c'est Jane Volturi. »

Il me fallut quelques secondes pour me souvenir de qui c'était.

« Ouais, et ? » J'avais aucune envie de lui parler.

« Je voulais juste m'assurer que tout se passait bien, comme on arrive à la fin du contrat. »

Je serrai les dents et les poings.

« Tout se passe bien, vous inquiétez pas. »

« Magnifique, c'est ce que Marie m'a transmis. »

« Alors pourquoi vous m'appelé ? - Et d'ailleurs quand est ce qu'elle vous a transmis ça ? »

Je pourrais éclater le téléphone dans ma main. Tout ce qui se rapprochait de cette putain de boite me donnait des envies de meurtre.

« Le confort du client est notre premier souci - Et Marie est passée au Crystal un peu plus tôt - »

« - Quoi ? Elle est passée chez vous !? »

...

(Dimanche 14 Septembre)

Pdv Edward

« Fils de pute. »

…Bip Bip Bip…

« Quoi ? »

« C'est une péritonite au scanner. » répondit l'interne qui avait pris le relai de Yorki pour dimanche.

« C'est plus pour moi, Dickens prend la relève ce matin. Prépare le bloc et préviens le. »

Je raccrochai.

J'en pouvais plus du bipeur.

J'aurais pas supporter de bosser avec l'interne de ce jour.

Et le niveau de tension dans lequel j'étais depuis l'appel de la chienne de Volturi était hors du commun.

Pourquoi était- elle retournée là bas ? Me cachait- elle autre chose ? Qu'avait-elle à faire là bas, bon sang ? Est ce qu'elle était addict à cette putain de boite ?

J'en devenais malade à m'imaginer les pires scénarios. J'allais l'appeler directement après avoir coupé avec la vicieuse de Volturi; j'avais besoin d'avoir sa version. Mais j'abandonnais finalement. Qui étais-je pour lui dire ce qu'elle devait faire ? Que me valait ses foutus choix si elle ne les faisait que par contrainte ? Qui étais-je pour la fliquer toute façon, bordel ?

Je frottai mon putain de torse.

J'avais mal.

Je la voulais pas comme ça.

Je la voulais pas comme les autres connards la voulaient.

...

Pdv Bella

Je toquai à la porte de l'Esal comme d'habitude, avant d'ouvrir la porte.

Mais celle ci s'ouvrit brusquement d'elle même.

Edward était dressé en face de moi, un Jeans qui me semblait trop bas, un T-shirt blanc trop près de son corps… Et ses cheveux… Et son regard…

Je perdis l'équilibre.

Il fit un geste comme pour me rattraper.

« - Ça va aller - tu m'as juste surpris en ouvrant - »

« - Pourquoi tu toques avant d'entrer ? »

« Je… J'sais pas, peut être que tu es à l'intérieur ? »

« Même si je suis à l'intérieur, t'as les foutus clés sur toi, non ?! »

« Oui, j'ai des clés, mais ce n'est pas chez moi ici. »

« Merci de le rappeler mais si je te donne des clés c'est pour que tu les utilises ! »

Il était énervé.

Et j'étais toujours dehors à attendre. Lui à l'intérieur, à tenir la porte.

« Est ce que je peux rentrer ? »

Il cligna des yeux comme s'il se souvint qu'il me faisait barrière.

Il s'écarta et ouvrit largement la porte.

« Merci… »

Je posai les clés sur le meuble à l'entrée avant de retirer mes baskets.

Je savais qu'il m'observait de derrière.

« Tu vas bien ? » demandai-je en jetant un coup d'oeil sur lui par dessus mon épaule.

La tension était déjà ingérable.

Je ne savais pas où aller, je me dirigeai vers le salon. Je le sentais marcher juste derrière moi.

« J'ai connu mieux. »

Je me tournai vers lui en retirant mon écharpe. Il suivait le moindre de mes mouvements.

« J'ai l'impression que tu as eu beaucoup de travail… » tentai-je, il ne m'avait pas appelé de la nuit…

« J'ai connu pire… » fit-il en réduisant son regard.

D'accord… C'était pas son travail…

« T'as pleuré ? » demanda-t-il de nulle part.

« Non… » mais j'essuyais instinctivement mon visage.

« Tu sais, je t'ai vu pleurer une tonne de fois, t'as pas besoin de me le cacher… » répondit-il en baissant la tête, dans une forme de déception qui ne lui ressemblait pas. Il se dirigea vers son piano et s'installa sur le banc sans ouvrir le clavier. Il passa ses mains sur le visage avant de les enfouir dans sa chevelure.

Il avait l'air fatigué et soucieux et… défaitiste.

Mais quelle défaite ?

Je m'installai sur le canapé le plus proche du piano et je me tournai vers lui.

« J'ai pleuré oui, mais c'était des larmes de joie. »

Il souleva subitement son visage vers moi. Il m'interrogeait silencieusement.

Je souris.

Je voulais me rapprocher de lui mais je savais que je ne pouvais pas m'approcher du piano.

« Rosalie va mieux. » murmurai-je parce j'avais peur de briser la réalité de ces mots s'ils étaient prononcés plus fort.

Son regard s'élargit et l'expression de son visage s'adoucit.

Il se leva du banc pour me rejoindre sur le canapé où j'étais.

« Raconte. » fit-il et son regard parcourait l'ensemble de mon visage comme s'il ne croyait pas ce qu'il y voyait.

« Elle va de mieux en mieux - elle se projette dans l'avenir - elle parle de notre frère… »

Il me souriait mais il cligna des yeux à la mention de Jasper.

Je baissai le regard.

« Ils ne se sont plus vu depuis presque un an… Depuis l'agression, elle n'arrivait plus à voir aucun homme, ni même à en entendre parler… »

Je soulevai à nouveau mon regard dans les émeraudes que je voulais graver dans ma mémoire.

Son bras était posé sur le dossier du canapé, sa main pourrait toucher mon épaule.

« Et là… C'est parti… » ma voix craqua et les larmes chargèrent à nouveau mes yeux. Je senti son corps se rapprocher de moi sans me toucher. « Je ne suis pas triste… » le rassurai-je.

« Je sais. » fit-il simplement.

Et je n'arrivais pas à maintenir le regard.

Et je voulais l'enlacer.

Parce que j'étais heureuse et j'avais peur d'être heureuse et je voulais ressentir ses bras autours de moi comme la fois sur le balcon.

« Docteur Cullen - enfin ta mère - je sais pas comment elle fait, mais elle a cerné Rose dans tout ses détails. »

« Esmé a une facilité à cerner n'importe qui. » fit-il et c'était si rare de voir son expression détendu.

Cet homme avait pour habitude d'afficher de l'insolence et de l'arrogance au point qu'on ne pouvait pas deviner la bienveillance qu'il dissimulait.

Lui aussi avait une armure.

Quelque part, nous étions peut être semblables…

« C'est grâce à toi. » murmurai-je comme si c'était un secret.

Il cligna des yeux dans l'incompréhension surement.

Sans lui, elle ne se serait pas retrouvée entre les mains du Docteur Cullen.

« Je ne vois pas comment je pourrais te remercier… »

Parce que mon temps avec lui était compté.

Et parce que je n'avais rien à offrir.

...

Pdv Edward.

C'était trop facile.

« Tu peux quitter le Crystal. »

Elle cligna des yeux comme si je venais de la réveiller, en reculant vers le bras du canapé.

« J'veux dire, t'as pas à me remercier » commençai-je. Voir son visage s'illuminer en parlant de sa soeur, ne plus y voir le souci et le désespoir, était déjà un putain de cadeau. Une vue rare que je voulais protéger comme on protégerait une putain de pierre précieuse. « Mais voilà, si tu crois que t'as à le faire, et bien saches que quitter cette foutue boite serait un sacré cadeau pour moi. »

« Pourquoi tu veux que je quitte le Crystal ? »

Et la question me mit subitement hors de moi, probablement parce qu'il m'était impossible de lui dire la vérité. Que l'imaginer abusée par des hommes m'était inconcevable.

« Et pourquoi tu veux y rester ?! » lançai-je en me levant du canapé. « C'est quoi ton problème ? Tu prends ton pied à te faire défoncer ? C'est devenu quoi ? Une espèce de masochisme ou de foutue addiction, c'est ça ?! »

Elle réduit son regard sur moi, je devais lui paraître totalement cinglé…

« Tu ne me dis toujours pas pourquoi c'est si important que je n'y retourne pas… » fit-elle doucement en m'observant.

Je ne savais pas quoi répondre.

La vérité la ferait fuir ou elle me tuerait si elle restait sans retour.

« Peut être que j'aime bien ça, oui… » ajouta-t-elle en me regardant droit dans les yeux.

C'est moi qui réduit mon regard sur elle.

Je détestai tout ce que je ressentis.

La peur que ce soit vrai.

La peur que ce soit faux et qu'elle joue avec mes peurs.

Aucune des deux options n'était supportable.

Je me sentais friable.

Cassable.

Tout ce que je m'étais juré de ne plus être depuis que la chair de ma chair et le sang de mon sang avait choisit de m'abandonner.

« Fais ce que tu veux, j'men tape. » lâchai-je.

C'était faux, mais qu'est que ce je pouvais faire? J'allais pas l'attacher pour l'empêcher d'ouvrir ses jambes à des fils de putes.

Rien que d'imaginer la scène me broyait de l'intérieur.

« T'es pas obligée de venir ce soir, non plus. » ajoutai-je en me dirigeant vers les escaliers.

C'était trop dur.

Ça faisait trop mal.

...

Pdv Bella.

« Edward, attends. » Et je me levai du canapé pour le suivre.

« Tu me casses les couilles… » l'entendis-je murmurer alors qu'il commençait à monter les marches.

« Moi aussi tu me pousses à bout en ne répondant pas à ma question - »

« - J'en ai marre d'avoir l'impression de t'forcer dans tout - »

« - Tu ne me forces dans rien, c'est juste que - »

« - C'est juste que - quoi ?! »

Et il se tourna subitement vers moi alors que j'étais dans l'élan de monter la marche suivante. Je m'accrochai instinctivement à son T-shirt pour ne pas perdre l'équilibre.

« Pardon ! »
« Attention ! »

Et ses mains m'attrapèrent par les épaules.

Je soulevai doucement mon regard vers lui.

L'expression de son visage était pleine d'émotions, toujours cette passion qui faisait tant son identité mais quelque part il semblait appréhensif… blessé…et perdu…

Insoutenable.

Ce n'était pas la première fois qu'il me disait de quitter la boîte, mais ici ça résonnait comme quelque chose d'indispensable pour lui… Un ultimatum plus qu'une demande…

Mais pourquoi ? Etait-ce de la possessivité ? Etait-ce de la protection ? Etait-ce plus profond encore ? Pouvait-il ressentir pour moi ce que je ressentais pour lui?

Je n'avais pas eu de nouvelle de lui depuis avant hier soir… Tantôt le souci pour moi, tantôt la distance. Tantôt la douceur, tantôt la colère. Je ne savais plus sur quel pied danser avec toute cette ambivalence.

« Je… ça va… » fis-je en lâchant son T-shirt.

Il lâcha mes épaules.

Et c'était comme si je pouvais encore perdre l'équilibre.

« C'est juste que quoi ? » répéta-t-il moins fort.

Je fermai les yeux en essayant de me souvenir de mon propos.

« Non, je n'aime pas me faire défoncer, » commençai-je en le rejoignant sur la marche où il se trouvait.

« Alors casse toi de cet endroit - »

« - J'ai encore des dettes - »

« - Un an à bosser là bas doit suffire à rembourser tes foutues dettes, tu vas être payée pour ce… pour ça, » fit-il en montrant l'espace autours nous, « Et ta soeur est guérie maintenant. Quand vient même tu devrais encore du fric, j'suis sûr qu'un job normal ferait l'affaire. »

« J'aurais encore les frais de la clinique - »

« - Tu ne dois rien à la clinique ! » lança-t-il furieusement, il pinça l'arrête de son nez en fermant les yeux comme s'il se concentrait pour ne pas exploser. « N'ose même pas y penser. » ajouta-t-il, ses mots résonnants comme une menace.

« Je vis là bas, Edward… » confessai-je en échouant à maintenir le regard.

« Alors ne vis plus là bas, bon sang ? » lança-t-il en faisant un pas vers moi, et pour lui tout semblait évident.

« C'est pas aussi simple, tu crois que du jour au lendemain je peux quitter l'endroit qui me rémunère et qui m'offre un toit alors que j'ai des frais à assurer ? »

Il me regardait intensément, je vis sa mâchoire se contracter.

Il devait réaliser que j'avais raison.

Ce qu'il me demandait ne se faisait pas en un claquement de doigt.

« Là où il y a la volonté, il y a la possibilité. »

Je soulevai mon regard sur lui, l'expression de son visage était tellement intense, c'était déconcertant.

Il se donnait la mission de me convaincre.

« Parfois, on a beau avoir la volonté, il y a des choses qu'on ne maitrise pas… » répondis-je.

Il réduit son regard sur moi.

« Tu veux pas arrêter avec tout ce pessimisme ? Tu veux pas donner un peu de credit à cette foutue vie ? »

« Et si Rose n'était pas guérit ? »

« Et si elle était guérit ! »

J'élargis mes yeux, sidérée par son obstination.

Je voulais tellement y croire, Seigneur, ce que je donnerais pour que cette guérison soit enfin réelle et définitive. Ce que je donnerais pour que le poids de mes fautes s'allège…

Mais j'ai déjà voulu… J'ai déjà cru… J'ai déjà espéré…

Tant de fois que je ne pouvais plus les compter…

Tant de fois que mon dos était ancré par la promesse de ne plus croire en rien ni personne.

Tant de fois que je n'étais plus sûre de me relever si une énième déception me frappait.

L'armure que j'avais douloureusement construite était maintenant défaite par l'homme en face de moi.

J'étais certaine de ne pas survivre à une nouvelle chute.

« Là où il y a la volonté, il y a la possibilité. » répéta Edward, « Un putain de dicton que ma mère nous sort toujours. » ajouta-t-il.

Et d'autres mots de la même personne résonnèrent à nouveau dans mon crâne…

...Et si on se donnait une nouvelle chance ?...

« A quoi tu penses ? » fit-il en fronçant les sourcils.

J'agitai ma tête comme si je pouvais la vider, « Des mots que ta mère a dit… Qui ressemblent à ce que tu viens de dire… »

« Ouais, ben elle a surement raison… Arrête avec toute cette putain de tragédie. »

Son acharnement à vouloir me convaincre, à constamment essayer de me sortir de l'obscurité pour me ramener à la lumière, et toujours avec ce coté volatile mais, d'une façon ou d'une autre, tellement attachant…. Comment résister…

« D'accord… »

Il réduit son regard en s'éloignant légèrement de moi, comme pour avoir une meilleur vue d'ensemble.

Ça aurait été drôle si je n'avais pas l'impression d'être au bord d'un précipice.

« D'accord - quoi ? »

J'avalai avant de faire sortir les mots de ma bouche.

« Je vais essayer de… »

L'expression de son visage pleine d'anticipation était fascinante. Il me fit subitement penser à Nathan avant la résolution de son rubicube. Leur regard à tous les deux pétillaient à l'idée que je leur accorde ce qu'ils me demandaient.

Et je n'avais plus la force de refuser quoi que ce soit.

« Je vais essayer d'être… moins négative… »

« Et ? »

« Et je vais voir… Comment… Comment je peux me débrouiller avec le Crystal.. »

Il émit un rire railleur.

« Te débrouiller ? Ça veut dire quoi ? Il y a rien à débrouiller, demain matin tu vas voir ta putain de boss et tu lui annonces que tu te casses. »

Je soupirai en envoyant mes yeux vers le plafond.

Je commençai à monter les marches.

« Tu me demandes la main, je te donne un doigt - et c'est déjà beaucoup Edward ! - Ne m'arrache pas le bras s'il te plait. »

« T'arracher le bras ? » fit-il en riant nerveusement et en me suivant sur l'escalier, « Il y a pas mal de choses que j'aimerais t'arracher, crois moi, mais ton foutu bras n'en fais pas parti. »

Mon pied frappa la dernière marche plutôt que de la surmonter, et ses mains se placèrent de chaque coté de ma taille pour m'éviter de tomber.
Il appliqua une légère pression sur ma taille pour me pousser sur le pallier du premier étage. Puis il monta lui aussi la dernière marche, sans me lâcher. Je sentis son corps se plaquer légèrement contre moi, et son visage venir frôler le mien sur la droite. Je pouvais sentir ses cheveux m'effleurer aux dessus de mon oreille…

« Je vais finir par croire que tu n'es pas la danseuse que j'ai vu sur scène… » murmura-t-il, « Trop maladroite pour ton propre bien… » Il souffla doucement sur mon cou en faisant vibrer ma boucle d'oreille contre ma peau.

Mon corps entier devait vibrer.

Je retirai ses mains de ma taille avant de me tourner vers lui.

« Je ne suis pas maladroite habituellement. » fis-je.

« J'en doute pas une seule seconde. » fit-il en affichant son sourire en coin, « Par contre, pourquoi tu le deviens ces derniers temps, c'est un mystère… »

J'essayai de paraitre imperturbable.

Il devait se douter de l'effet qu'il avait sur moi.

« Tu es beaucoup trop curieux pour ton propre bien. » lançai-je.

Il haussa des épaules comme s'il était innocent, en affichant, toujours, ce sourire satisfait.

Il était loin d'être innocent…

Et j'avais peur d'être loin d'être imperturbable.

« Où étais-tu hier ? » demanda-t-il de nulle part.

« Euhm… A l'hôpital. » fis-je, mais ma réponse devait sonner comme une question.

« C'est tout ? »

Je réduis mon regard… Où est ce qu'il se dirigeait encore?

« Oui… » confirmai-je en soulevant les épaules de façon faussement nonchalante.

Je n'avais aucune envie de mentionner mon passage au Crystal si c'était pour l'énerver encore une fois.

Je vis sa mâchoire se contracter.

Il était énervé…

« Tu penses quoi du fait que je repose la question et que tu me dises cette fois ci la putain de vérité ? »

Je le fixais interloquée avant de soupirer.

« Ohh… Edward… » lâchai-je en tournant vers ma pièce, j'en pouvais plus de toutes ces enquêtes.

J'ouvris la porte de ma chambre et j'y entrai. Il me suivit.

« T'as de la chance de connaitre mon putain de prénom, ça doit aider à évacuer ton agacement ? Dommage que je ne puisse pas en faire autant ! »

« J'étais au Crystal ! T'es content ?! »

« Non! Pas du tout ! »

« Je devais juste chercher ma tenue pour ton gala, c'est tout ! Et comme tu tiens à tout savoir, je suis restée là bas toute la soirée, histoire de passer le moins de temps possible seule dans le vide de cette maison à attendre un signe de vie de ta part ! »

Dès les mots sortit de ma bouche, je voulais disparaitre.

« T'attendais que je t'appelle ? » fit-il comme si je venais de l'électrocuter.

Je soupirai en passant mes mains sur le visage.

« Non… » mentis-je mais cet homme me lisait comme un livre ouvert, « J'veux dire, j'supporte pas tout cet espace, tout ce vide, j'y arrive pas sans la présence de quelqu'un, ne serait-ce que par téléphone… » esquivai-je dans une confession à demi mesure.

Comme si n'importe quelle présence aurait suffit.

Je ne voulais entendre que lui.

« Je… » commença-t-il en regardant l'espace entre nous comme s'il pourrait y trouver les mots qui lui manquaient. Il passa une main nerveuse dans ses cheveux.

« Ecoute, on va arrêter de parler de toute cette merde. » lâcha-t-il finalement.

« Oui » confirmai-je soulagée de l'entendre clôturer ces sujets trop tendus, « On va pas s'énerver alors qu'il nous reste si peu de temps ensemble ? » ajoutai-je en reprenant ses mots de vendredi soir.

Un sourire satisfait apparu sur son visage atrocement splendide.

Et c'était comme si je respirais à nouveau.

Je ne voyais plus la peur ni la blessure sur son visage, j'y voyais l'amusement et le défi.

« Est ce que tu veux m'accompagner à ce foutu gala ? » demanda-t-il en affichant toujours ce sourire et en soulevant un sourcil dans l'expectative.

Je ris doucement en agitant la tête.

« Oui, je veux venir… » répondis-je, « Veux tu, toi, que je vienne à ce gala ? » renvoyais-je comme il avait mentionné dans le salon le souhait que je ne l'accompagne plus.

« La party sera, tellement, pas pareille sans toi. »

...

Pdv Bella

Je me regardais sur la glace.

J'observais longuement mon dos où la robe révélait trop bien mon tatouage.

Je soupirai.

Il n'y avait plus rien à faire, toute façon, c'est pas comme si j'avais une autre option.

Je décidai de lâcher mes cheveux pour aider la dentelle à dissimuler tout ce bleu.

Je crois que j'étais jolie… Sans user de trop de sophistication.

Mon makeup était léger, ce qu'il fallait pour dissimuler ma pâleur et donner un peu de couleur a mon visage terne. Je ne voulais pas attirer l'attention sur moi mais je devais quand même être à la hauteur de l'événement et surtout à la hauteur de l'homme que j'accompagnerai.

Edward Cullen.

Mon meilleur ennemi…

Ce privé me semblait si loin…

Nos rapports avaient tellement changé depuis ce soir là…

Je me souvins de ce jour où nous étions dans le bureau de Jane, lui et moi, et que je le suppliais en larmes d'annuler la location de deux semaines… Je pensais avoir peur de la réaction de Jasper, je pensais ne plus pouvoir m'occuper de Rosalie…

Mais c'était tellement au delà de ça…

Je savais déjà.

Mon coeur et mon âme suspectaient déjà l'emprise que pourrait avoir cet homme sur moi.

Toutes les règles enfreintes les unes après les autres.

Tout mes fondamentaux brisés en miettes.

Ce n'était pas un changement, c'était un ébranlement.

Marie, l'insensible et l'invulnérable semblait avoir foutu le camps depuis le jour où j'avais posé les yeux sur Edward.

Une commotion.

Il connaissait maintenant mes plus grands secrets, mes plus grandes peurs, et des éléments de ma vie que même Jasper, Rosalie ou Angela ne connaissaient pas.

Comme s'il était devenu mon meilleur ami.

Vertiges et frissons.

Et alors que je l'avais supplier de ne pas entreprendre de location avec moi, aujourd'hui je tremblais à l'idée que le contrat finisse.

Comment dit-on au revoir quand notre coeur veut s'accrocher ?

Je sentis mes yeux se charger de larmes.

Je me dirigeai vers le balcon à la recherche de fraicheur; ne pleure pas, c'est pas le moment d'abimer tout ces artifices…

Cet homme méritait d'être avec une femme épanouie, sans souillure, sans démons qui la hantent, et sans dette qui l'assomment.

La meilleure façon d'aimer cet homme était de partir.

Et ce gala sera l'occasion de disparaitre de sa vie en laissant un souvenir de moi le moins entaché possible.

Je ne voulais pas faire de faux pas. Je ne voulais pas le mettre en colère pour nos dernières heures ensemble.

Je voulais voir son visage s'illuminer de ce sourire insouciant auquel j'ai parfois eu la chance d'assister.

Je voulais qu'il n'ait aucun regret à m'avoir demandé de l'accompagner.

Toc Toc Toc

Je me tournai brusquement vers la porte de la chambre alors que j'étais dans le balcon.

« Je t'attends en bas ! » entendis-je Edward de l'autre coté de la porte avant de l'entendre descendre l'escalier.

« Okay… » fis-je à moi même en ayant subitement l'impression que mon coeur battait deux fois plus vite.

Je retournai à l'intérieur de la chambre, j'essuyai rapidement mes main moites sur la couverture tendu sur le lit.
Je m'emparai de ma pochette pour y glisser mon téléphone; je tombai sur un rouge à lèvre à l'intérieur et une petite enveloppe vide avec une carte blanche. Je la retournai, mais rien n'était écrit dessus. Surement le reste de l'usage de cette pochette par une des filles de la boite…

Je retirai le tout et je le déposai sur le chevet, avant de rester bloquer sur l'enveloppe.

...Et si on se donnait une nouvelle chance ?...

Il n'y avait pas de chance possible entre Edward Cullen et moi.

Quand vient même il aurait une once des sentiments que j'avais pour lui, la réalité de ce que j'étais nous rattraperait.

Il n'y avait pas de chance pour un nous.

Mais il y avait une chance pour que je parte en laissant de moi un souvenir agréable.

Que je parte en lui laissant ce qu'il a tant voulu depuis le premier jour.

Il ne savait pas qu'il l'avait déjà.

Il avait déjà ma version torturée, ma version coupable, ma version vulnérable, ma version attachée.

Il ne se doutait pas que durant ces quatorze jours, il n'avait rien eu de l'infaillible et détachée Marie.

Il n'avait eu que Bella.

Je me demandais comment il ne connaissait toujours pas nom, il aurait pu l'avoir par sa mère. Ou peut-être le connaissait-il déjà… Peu importe.

Aujourd'hui il n'y avait plus de sens à respecter cette ultime règle quand toutes les autres avaient été outrepassées.

Il avait mon passé, mes secrets, mes regrets, mes peurs et maintenant mon coeur…

Que me restait-il ?

Que me restait-il, qu'il n'avait pas déjà et qu'il voudrait encore ?

Une seule chose me venait en tête.

Probablement qu'il ne réalisait pas ce que signifiait pour moi de donner mon nom…

Certainement qu'il réduisait ça à une affaire d'anonymat à assurer pour la boîte...

Mais c'était tellement plus.

Il s'agissait de renouer avec celle qui avait pris de ma vie les êtres les plus chères.

Celle qui m'avait assombrit au point que la noirceur de mon âme soit incapable d'accepter ni de se pardonner.

Mais s'il n'y avait pas d'espoir pour un nous ; il y en avait, peut être, pour moi.

Une seconde chance.

C'était ce qu'Edward m'avait donné.

De l'espoir pour moi.

Je m'emparai d'un stylo dans ma besace et j'écrivis sur la carte blanche le nom de celle que je n'avais plus voulu reconnaitre durant cette année de pertes et de tourments.

Bella.

…..

Pdv Edward

Elle avait attendu que je l'appelle.

Attendre.

Pour m'entendre.

J'arrivais pas à cerner ce que ça pouvait signifier mais j'étais certain de ce que ça faisait à l'intérieur de moi. Une espèce d'euphorie mêlée au regret de ne pas l'avoir appelé et mêlée à la peur de croire en un putain de signe aussi futile que celui ci.

J'ouvris les armoires de la cuisine les une après les autres. Rien à faire. Pas une goutte d'alcool dans cette putain de baraque.

Je passai une main dans mes foutus cheveux. A la fin de la soirée, je finirai probablement chauve à force de tirer dessus.

Mon téléphone commença à sonner… Je jetai un coup d'oeil à l'écran.

Esmé…

« Ouais ? »

« Bonsoir mon coeur. Comment vas tu? »

« Ça va… Tu peux dire à Carlisle que je suis en route pour sa merde… »

« Ton langage chéri… »

« Tu sais que je déteste ces trucs, je vois pas quel autre mot pourrait mieux décrire ce genre d'événement. »

Je l'entendis soupirer mais je savais qu'elle souriait. Elle même n'était pas fan de l'hypocrisie qui régnait dans ces soirées.

« Peu importe, je sais que tu vas rendre fière ton père. »

« Peu importe, ouais. »

« Tu seras accompagné ? »

Esmé ne m'aurait jamais posé cette question parce qu'elle savait, comme toute ma famille, que je n'amenai jamais aucune chienne à mon bras dans les grands événements.

Et là, si elle me posait la question c'est qu'elle se doutait de la réponse.

Inutile de lui mentir.

« Ouais… »

Il y eut quelques secondes de silence étrangement pesantes.

Je savais qu'elle savait avec qui j'y allais.

« C'est bien. » fit-elle finalement, « J'ai l'impression que c'est quelqu'un d'important pour toi. »

Elle savait.

« Elle est différente. » répondis-je sans confirmer. Que Ben soit au courant me suffisait déjà. J'étais pas près pour davantage.

« Oui, elle est différente… » De nouveau le silence. « Sa soeur commence à émerger. »

Je fus surpris de l'entendre me donner la moindre information sur la santé de sa soeur. Esmé n'entravait absolument aucune règle en lien avec la confidentialité médecin-patient.

L'idée de lui demander le nom de la fille qui m'obsédait me traversa l'esprit. Mais pour qui je passerais si ma mère apprenait que, moi, je ne le connaissais pas ? Que je lui aurais demandé de prendre en charge en urgence la soeur d'une personne dont je ne connaissais même pas l'identité ? Que j'amènerai pour la première fois de ma vie, à une soirée mondaine, une femme dont je ne connaissais pas le nom ?

Je serrai le poing dans la frustration.

Impossible.

Et puis j'en avais rien à faire de son nom si ce n'était pas elle qui me le donnait.

Je voulais tout d'elle.

Et je voulais que ça ne vienne que d'elle.

« Elle m'a raconté, oui… Tu le sens comment ? »

« C'est à dire ? »

Je ris legerement.

« Ah, maintenant tu fais la secrète ? »

Elle rit doucement elle aussi, « Précise ta question. »

« Ben, tu crois que c'est bon ? J'veux dire, sa soeur est guérit ? Ou, elle peut encore replonger ? » Je voulais des éléments de réponse pour rassurer la fille qui avait capturé mon putain de coeur, des arguments pour qu'elle y croit, et qu'elle lâche ce foutu Club.

J'entendis Esmé soupirer.

« Je ne suis pas Dieu, Edward. Et je n'ai pas de pouvoir magique non plus. Je ne sais pas. Ce qui est certain c'est que Rosalie Hale a les outils pour s'en sortir, saura-t-elle en faire bon usage ? L'avenir nous le dira… »

« Okay… » fis-je en essayant d'intégrer ce qui ressemblait à un foutu langage codé. Je détestais la psychiatrie.

« Sa soeur, par contre… Me semble… Plus fragile. »

J'avalai douloureusement ma salive.

« C'est à dire ? » lui renvoyai-je en serrant les dents.

Je détestais l'idée qu'elle soit vulnérable, et je détestais encore davantage l'impression qu'Esmé l'analyse, en faisant d'elle, une de ses foutues patientes.

De nouveau ce putain de silence qui me rendait instable.

« Je ne sais pas trop Edward, mais je crois que cette force qu'elle affiche n'est qu'une carapace. Il y a, chez elle, une importante vulnérabilité psychologique. »

« Une - quoi ? - Attends, t'es devenu sa psy maintenant ?! »

« Evidemment que non - »

« - Alors arrête - elle n'a pas besoin de ça ! » Je l'entendis soupirer. « Ouais, elle a vécu une sacrée quantité de merdes, elle a le droit d'être fragile, nan ? Et, elle aussi, a les putains d'outils pour s'en sortir. Faut juste le vouloir - tu nous as bassiné avec ça, nan ?! »

J'avais l'impression de paniquer.

« Oui faut juste le vouloir, mon coeur. Fais juste attention avec elle, je sais que tu peux être parfois … Corrodant… Souvent, sans même le réaliser - »

« - Et ? »

« Et elle n'encaissera pas tout, Edward. »

J'avais pas besoin d' Esmé pour savoir qu'elle était fragile. Combien de fois je l'ai vu totalement défaite sous le poids de ses problèmes et de ses angoisses…
Mais qu'elle me le dise, elle, me mettait à un niveau de tension inexplicable. Elle ne parlait pas du tort que d'autres pourraient lui faire.

Elle parlait du mal, que moi, je pourrais lui causer.

Et alors que je savais que j'étais un connard impatient et impulsif, et que pouvaient sortir de ma bouche un sacré paquet de merde, je ne voyais pas comment je pouvais en arriver à la blesser d'une façon fatale.

L'idée me semblait inconcevable.

Inimaginable.

J'entendis des pas sur le haut des escaliers.

« Ouais, peu importe, je dois te laisser. »
« D'accord mon chéri, amusez vous bien, et embrasse ta tante pour moi. »
« Ouais, okay. »

Je raccrochai.

Je passai une main dans mes cheveux en soupirant, j'aurais pas dû répondre à cet appel bordel…

« Tout va bien ? »

Je me tournai vers elle.

Et mes yeux s'élargirent à la vue en face de moi.

Dans une longue robe couleur peau, dessinant délicatement ses courbes, avec une fente atteignant à peine la base de sa cuisse, et une espèce de dentelle fine sur ses bras, elle suintait par tout ses pores la simplicité et l'élégance. Une partie de ses cheveux coulaient en vagues sur son épaule gauche, et je devinais sa boucle d'oreille unique à droite. Mon regard atterrit sur son visage et mon putain de coeur dû louper un battement, ses yeux semblaient plus grands qu'ils ne l'étaient déjà habituellement, ils semblaient inquiets mais elle dû voir quelque chose sur mon visage qui adoucit son expression, un sourire se dessina progressivement alors qu'elle commençait à rougir…

Je ne pouvais pas m'empêcher de lui sourire en réponse.

Elle était à couper le souffle.

Je n'arrivais pas à trouver le mot suffisamment juste pour décrire une beauté si peu sophistiquée. « Parfaite » était tout ce qui me venait en tête, mais je savais que, profondément elle ne l'était pas. Elle était scarifiée par les épreuves de la vie, de l'intérieur et de l'extérieur. Et malgré tout ce qu'elle a pu vivre en drames et en vices, elle relevait encore de l'innocence, de la simplicité et de l'authenticité.

Ouais, elle était fragile.

Fragile, et parfaitement imparfaite.

« Tu es beau. » fit-elle doucement.

Je soulevai les sourcils, totalement pris au dépourvu.

J'avais l'habitude d'avoir les femmes me dire que j'étais attirant, elles nourrissaient constamment mon ego avec un tas d'adjectifs mais l'entendre, elle, me qualifier d'un mot aussi simple et en même temps aussi expressif envoyait des vagues de désir dans mon putain de coeur.

« Merci… » fis-je en passant une main dans les cheveux, « J'ai rien mis au cou, j'ai toujours l'impression d'étouffer avec ces merdes. » ajoutai-je maladroitement en parlant des cravates et des noeuds papillons.

Elle rit légèrement en me regardant droit dans les yeux.

Et j'aimais le fait qu'elle soit maintenant capable de garder le contact visuel avec moi, le fait qu'elle ne soit plus dans l'évitement constant. J'avais subitement l'envie urgente de lui dire qu'elle était sublime mais elle me devança encore une fois.

« J'ai quelque chose pour toi. »

Je la regardais sortir une enveloppe rose pâle de sa pochette.

Ses mains tremblaient.

Je réduis mon regard alors qu'elle avançait vers moi dans le salon.

« C'est pas grand chose mais… Voilà, je… Je voulais te remercier pour ces deux semaines. J'ai pas grand chose à offrir mais.. J'crois - enfin j'sais pas - mais je pense que… Que ça te fera plaisir. »

Elle me tendit l'enveloppe que je pris comme si elle me donnait la commande d'une bombe.

Elle avait l'air anxieuse de m'offrir ce que contenait cette enveloppe, et l'idée de la lui rendre juste pour qu'elle se détende me passa par la tête. Mais ma curiosité ne connaissait aucune limite.

L'anticipation était même à son comble.

Je m'apprêtai à ouvrir l'enveloppe mais elle posa une main sur la mienne pour stopper mon geste.

« Euhm, pardon. » fit-elle avant de retirer sa main. Elle ne se doutait pas que je voulais ses mains partout sur mon corps. « Juste… Peux tu l'ouvrir plus tard ? Quand on reviendra ce soir ? Ou demain? »

Je réduis mon regard sur elle.

« Si tu y tiens… » répondis-je doucement, « J'espère que tu m'as pas écris des extraits de poème de je ne sais quel foutu philosophe ? J'veux dire, j'ai rien contre la poésie et toutes ces conneries mais faut que ça vienne de toi. »

Je voulais détendre l'atmosphère. Je ne savais pas ce qu'il pouvait y avoir dans cette enveloppe mais quelque chose dans le geste la rendait clairement inconfortable.

Elle sourit en baissant sa tête dans l'espace entre nous.

« Ce n'est pas de la poésie, mais c'est moi, aucun doute là dessus…»

Je souris en réponse, mes mains brulaient d'ouvrir cette putain d'enveloppe.

« Donc, toi, tu m'offres un cadeau et moi j'ai même pas le droit de te souhaiter un bon anniversaire ? » lançai-je toujours pour relâcher la tension qui s'était installée.

Elle souleva subitement son regard dans le mien, le sourire avait disparu.

Mauvais idée.

« Okay… On va… Eviter ce chemin. »

« S'il te plait. »

Je réduis mon regard sur elle avant de poser l'enveloppe sur mon piano.

Il devait s'être passé quelque chose de grave un treize septembre…

« Merci. » fis-je finalement en revenant vers elle, « Mais t'étais pas obligée de me remercier, c'est pas comme si on m'avait forcer à être avec toi pendant ces deux semaines. »

« Oui… Mais tu as été… Bienveillant… Et d'une aide inestimable pour ma soeur. »

Je savais pas quoi lui dire.

« Espérons qu'elle continue à aller mieux. »

Elle hocha la tête dans l'affirmative en baissant son regard.

« On y va ? Carmen aura ma peau si on est à la bourre. »

« C'est parti. »

Je lui fis signe de tête d'avancer devant moi, en ne pouvant pas m'empêcher de craquer mon sourire en coin.

Elle se retourna en envoyant une vague de son parfum vers moi, et ça aurait suffit à charger ma bite.

Ça aurait - vraiment - largement - suffit.

Mais elle devait, consciemment ou pas, s'être lancée le défi de transformer ma soirée en enfer personnel.

Je restai figé.

Son dos.

Il était entièrement couvert par la même putain de dentelle qui couvrait ses bras.

L'étoffe devait servir à dissimuler de la peau, mais ici elle révélait l'immense rosier bleu qui ancrait son dos comme on révélerait un chef d'œuvre, vainement préservé de l'attention.

Ce dos allait incendier ma raison et tous les foutus conseils de Ben.

Garder mes mains pour moi relèvera de l'impossible.

Tout mes putains de neurones n'étaient concentrés que sur une image.

Déchirer cette dentelle.

Et posséder cette fille jusqu'au moindre de ses détails.

...

« Le petit cadeau va où il espère trouver le grand cadeau. »

Proverbe russe.

...

A/N: Et donc, comme nous sommes dans le thème des petits cadeaux (et comme certaines vont m'en vouloir de ne, toujours, pas voir le gala - mais c'est le chapitre suivant, je promets +++), voici ceci:

Extrait de Ton Nom

« J'veux pas de ta putain de pitié. Je suis pas tombé amoureux d'elle parce que je l'ai voulu. Elle est dans mes veines comme une foutue maladie. Le souvenir d'elle est acide, corrosif, et je devrais chercher jour et nuit un putain de remède pour la sortir de sous ma peau. »

« L'amour ne se contrôle pas, tu devrais arrêter de chercher. »

Je soulevai mon regard vers elle et je le regrettai immédiatement.

Je tombai sur la boucle d'oreille solitaire, identique à la sienne, mais accrochée de l'autre coté, comme pour me narguer de toute cette putain de situation.

« Tu crois que je cherche ? » Je me mis à rire, nerveusement, « Tu crois que je veux me débarrasser de ça ? » fis-je en frappant sur mon putain de torse. Je pris un nouveau verre de vodka, et la brulure ne suffisait pas pour couvrir l'autre putain de douleur…

Je préfère crever plutôt que de guérir d'elle. »

...

A votre avis, l'échange se passe entre qui et qui ? A tout bientôt !

Cami.