Meliodas

Lorsque j'entends la porte d'entrée s'ouvrir, je m'attends à moitié à voir Elizabeth débarquer affublée d'un déguisement ridicule dans le but de me remonter le moral et de me traîner au marathon des foyers.

Heureusement, elle est habillée comme d'habitude, c'est-à-dire qu'elle est à couper le souffle, et ma queue est la première à le remarquer. Elle a attaché ses cheveux en queue de cheval basse et elle est vêtue d'un pull rouge et d'un legging noir. Ses chaussettes, bien sûr, sont rose fluo.

– Salut, dit-elle en s'asseyant à côté de moi sur le canapé.

– Salut !

Je passe mon bras autour d'elle et je l'embrasse sur la joue, un geste qui me paraît le plus naturel du monde.

Je ne sais pas si je suis le seul à me sentir ainsi, mais Elizabeth ne recule pas et elle ne se moque pas de mon comportement de petit ami. Je me dis que c'est bon signe.

– Alors, pourquoi tu as laissé tomber la soirée ?

– Je n'étais pas d'humeur. Je t'ai imaginé tout seul ici à pleurer comme une madeleine et j'ai eu pitié.

– Je ne pleure pas comme une madeleine, espèce de garce, dis-je en montrant le documentaire sur les produits laitiers qui passe à la télé. J'apprends tout ce qu'i savoir sur la pasteurisation.

– Attends, vous payez pour avoir des milliards de chaînes et tu regardes ça ?

– Je zappais et j'ai vu un paquet de pis de vaches et puis, tu sais, ça m'a excité, alors…

– Beurk !

J'éclate de rire.

– Je plaisante ! Si tu veux tout savoir, les piles de la télécommande sont mortes et j'ai eu la flemme de me lever pour changer de chaîne. Avant les pis de vache, je regardais un documentaire génial sur la guerre civile.

– Tu aimes vraiment l'histoire, alors ?

– Ouais, c'est intéressant.

– Parfois. Mais pas tout le temps.

Elle repose sa tête sur mon épaule et sans y penser, je joue avec une mèche de ses cheveux qui s'est détachée.

– Ma mère m'a sapé le moral, ce soir, avoue-t-elle.

– Ah bon ? Pourquoi ?

– Elle m'a appelé pour me dire qu'ils allaient sans doute devoir rester à Ransom pour Noël aussi.

– Ransom ?

– C'est la ville d'où je viens, dans l'Indiana, dit-elle d'une voix pleine d'amertume. Plus connue sous le nom de L'Enfer d'Elizabeth.

Mon humeur devient soudain lugubre.

– À cause de…

– Du viol, dit-elle alors qu'un sourire ironique se dessine sur ses lèvres. Tu peux prononcer le mot, tu sais, ce n'est pas contagieux.

– Je sais, c'est juste que je n'aime pas le dire parce que ça le rend… réel, je suppose. Et je ne supporte pas l'idée que ça te soit arrivé.

– Sauf que c'est le cas. Je ne peux pas prétendre l'inverse.

Un court silence s'installe entre nous.

– Alors, pourquoi tes parents ne peuvent pas venir te voir ?

– Question d'argent. Au cas où tu resterais avec moi parce que tu penses que je suis l'héritière d'une riche famille, il faut que tu saches que je suis à Briar grâce à une bourse complète et que j'ai des allocations pour mes dépenses. Ma famille est ruinée.

– Sors d'ici, je dis en pointant la porte du doigt. Sérieusement, sors d'ici.

– Très drôle, dit Elizabeth en me tirant la langue.

– Je me fiche que ta famille soit pauvre ou riche, Ellie.

– C'est le millionnaire qui dit ça ?

– Je ne suis pas millionnaire, je réponds en me crispant. Mon père l'est, c'est différent.

– Je suppose. Mais oui, mes parents croulent sous une montagne de dettes. C'est…

Elle semble perdue dans ses pensées et je vois un éclat de tristesse dans ses magnifiques yeux verts.

– C'est quoi ?

– C'est de ma faute, avoue-t-elle.

– J'en doute, Ellie.

– Non, vraiment. Ils ont dû hypothéquer la maison une deuxième fois pour payer mes frais d'avocat. Quand on a attaqué Hendrickson en justice, le mec qui…

– Qui a intérêt à être en taule, je dis en l'interrompant, parce que je ne supporte pas de l'entendre prononcer à nouveau le mot viol.

Chaque fois que je pense à ce que ce connard lui a fait, une colère noire me saisit et je ressens un besoin urgent de cogner quelque chose. J'ai travaillé toute ma vie pour maîtriser ma colère, un sentiment qui m'a constamment accompagné durant mon enfance.

Heureusement, j'ai trouvé un moyen de la canaliser : le hockey. Ce sport me permet de medéfouler sur les joueurs adverses dans un environnement sécurisé et régi par des règles.

– Il n'a pas fait de prison, dit Elizabeth calmement.

– Tu te fous de ma gueule ?

– Non, répond-elle alors que son regard devient lointain. Quand je suis rentrée à la maison le soir où… le soir où c'est arrivé… mes parents ont tout de suite su qu'il s'était passé quelque chose de grave. Je ne me souviens même pas de ce que je leur ai dit. Je me rappelle seulement qu'ils ont appelé la police et qu'ils m'ont emmenée à l'hôpital, où ils ont fait pratiquer un examen et où ils m'ont interrogée. J'étais morte de honte. Je ne voulais pas parler aux flics, mais ma mère m'a dit qu'il fallait que je sois courageuse et que je devais tout leur dire pour qu'ils puissent l'arrêter et l'empêcher de refaire la même chose à une autre.

– Ta mère m'a l'air d'une femme très intelligente.

– Elle l'est, confirme Elizabeth d'une voix tremblante. Bref, Hendrickson a été arrêté, puis relâché sous caution, donc j'ai dû voir ce connard en ville et au lycée…

– Ils l'ont laissé retourner en cours ?

– Il était censé rester à cent mètres de moi à tout moment, mais ouais, il est retourné en cours. Est-ce que j'ai précisé que sa mère et la maire de Ransom ?

– Merde.

– Et son père est le pasteur de la ville, dit-elle, laissant échapper un rire jaune. En gros, la ville leur appartient. Je suis même surprise que les flics aient osé l'arrêter. On m'a dit que sa mère a pété un plomb quand ils se sont pointés chez eux. Pour faire court, il y a eu un tas d'auditions préliminaires et de dépositions, et j'ai dû voir sa tronche pendant des heures. Au bout d'un mois de torture, le juge a décidé qu'il n'y avait pas assez de preuves pour ouvrir un procès et il a déclaré l'affaire sans suite.

J'ai l'impression de m'être fait renverser par un bus. Ou pire, par Estarossa.

– Tu es sérieuse ?

– On ne peut plus sérieuse.

– Mais l'examen médical, ton témoignage…

– L'examen a montré qu'il y avait du sang et des déchirements, explique-t-elle en rougissant, mais j'étais vierge, donc son avocat a déclaré que ça ne prouvait pas qu'il y avait eu viol. Après ça, c'était la parole d'Hendrickson contre la mienne. Ou plutôt, ma parole contre la sienne et celle de trois de ses amis.

– Comment ça ?

– Trois de ses amis ont menti sous serment et ont dit au juge que j'avais pris le GHB volontairement, ce soir-là. Ah, et que ça faisait des mois que je courais après Hendrickson et qu'il n'avait pas pu résister à ce que je lui offrais. À les entendre, j'étais la traînée la plus droguée de la ville. C'était humiliant.

L'idée qu'Elizabeth ait dû endurer tout cela me donne envie de tuer tous les habitants de sa ville.

– Attends, c'est pire encore, dit-elle lorsqu'elle voit mon expression.

– Mon Dieu, je crois que je ne peux pas en entendre plus.

– Ah, pardon. Oublie, alors, chuchote-t-elle en évitant mon regard.

Je lui prends le menton et je l'oblige à me regarder.

– C'est une façon de parler, Elizabeth. Je veux tout savoir.

– Ok. Eh ben, lorsque l'affaire a été classée sans suite, toute la ville s'est retournée contre mes parents. Ils disaient des choses horribles sur moi, que j'étais une pute, que c'est moi qui l'avais séduit, que j'avais tout inventé, et cætera. J'ai fini par être scolarisée chez moi jusqu'à la fin du semestre et c'est à ce moment-là que Madame la maire et notre très cher pasteur ont attaqué ma famille en justice.

– Tu déconnes.

– Pas du tout, non. Ils ont dit qu'on avait traumatisé leur fils, que c'était de la diffamation, et plein de trucs du genre. Le juge ne leur a pas accordé les dommages et intérêts qu'ils demandaient, mais il a décidé que mes parents devaient payer les frais d'avocat de la famille d'Hendrickson. Donc ils ont dû payer deux fois des frais d'avocat. Tu sais combien facturait notre avocat pour chaque jour au tribunal ?

Je ne sais pas si j'ai envie de l'entendre.

– Deux mille dollars, poursuit-elle. Et notre avocat était bon marché. Je te laisse imaginer combien coûtait l'avocat de Madame la maire. Mes parents ont demandé une deuxième hypothèque et ils ont fait un emprunt pour tout payer.

– Merde. Je suis désolé, Elizabeth.

– Donc ils sont coincés dans cette ville pourrie à cause de moi. Papa ne peut pas démissionner de la scierie parce que ça a le mérite d'être un CDI et qu'il a besoin de l'argent, mais au moins il travaille dans la ville d'à côté, lui. Ils ne peuvent même pas aller en ville sans avoir à supporter les regards et les murmures de tout le monde. Ils ne peuvent pas vendre la maison parce qu'ils perdraient de l'argent. Ils n'ont pas les moyens de venir me voir cette année, et moi je suis une fille horrible parce que je ne vais pas les voir. Mais je ne peux pas, Meliodas. Je ne pourrai jamais y retourner.

Je la comprends, j'ai le même sentiment vis-à-vis de la maison de mon père à Boston.

– Les parents d'Hendrickson vivent encore là-bas et il leur rend visite tous les étés, dit-elle en me regardant d'un air impuissant. Comment je pourrais y retourner aussi ?

– Alors, tu n'es jamais rentrée depuis que tu es à la fac ?

– Si, répond-elle en hochant la tête. Une fois. Et au milieu du séjour, papa et moi sommes allés au supermarché et on est tombés sur les pères de deux des enfoirés qui ont témoigné contre moi au tribunal. L'un des deux a fait un commentaire déplacé du genre « oh, regarde, la pute et le père achètent des clous parce qu'elle aime se faire clouer », ou un truc débile comme ça. Et mon père a craqué.

Je retiens mon souffle.

– Il s'est jeté sur celui qui avait parlé et il a eu le temps de bien l'amocher avant qu'ils soient séparés. Bien évidemment, un flic passait par là et il a arrêté mon père.

Heureusement, les accusations n'ont pas été retenues parce que le propriétaire du magasin a dit que mon père avait été provoqué. C'était une des rares personnes honnêtes de la ville, je suppose. Donc… je n'y suis pas retournée depuis. J'ai peur d'y croiser Hendrickson et de… je ne sais pas, de le tuer pour ce qu'il a fait à ma famille.

Elizabeth pose son menton sur mon épaule et je sens toute la tristesse qui émane de son corps. Je ne sais pas quoi dire. Ce qu'elle vient de raconter est brutal, et en même temps… je la comprends. Je sais ce que c'est de détester quelqu'un à ce point, de fuir par crainte de ce que l'on va faire si l'on voit cette personne.

Lorsque je prends la parole, ma voix est horriblement rauque.

– La première fois que mon père m'a frappé, c'était le soir d'Halloween.

– Quoi ? s'exclame Elizabeth, choquée.

J'ai presque envie d'en rester là, mais après ce que vient de me confier Elizabeth, je ne peux pas me taire. J'ai envie qu'elle sache qu'elle n'est pas la seule à avoir connu cette colère et ce désespoir.

– J'avais douze ans, c'était un an après le décès de ma mère.

– Mon Dieu, je ne savais pas, dit-elle. Je m'étais doutée que tu n'aimais pas ton père, ça s'entend dans ta façon d'en parler, mais je ne savais pas que c'était parce qu'il…

– Parce qu'il me cassait la gueule ? je finis d'une voix pleine d'amertume. Mon père n'est pas celui qu'il prétend être en public, le bon père de famille, la star de hockey qui participe à plein d'œuvres caritatives. Sur le papier, il est parfait, mais à la maison… putain, c'était un monstre.

Elizabeth me donne sa main et je la serre dans la mienne.

– Je ne sais même pas ce que j'ai fait pour l'énerver, ce soir-là. Je suis rentré avec des amis après avoir fait le tour du quartier pour demander des bonbons, et on a dû parler de quelque chose, il a dû crier quelque chose, mais je ne m'en souviens pas. Je me souviens seulement du coquard qu'il m'a fait et de mon nez cassé. Je n'en revenais pas qu'il ait levé la main sur moi. Après ça, c'est arrivé régulièrement. Par contre, il ne m'a plus jamais rien cassé parce que cela m'aurait empêché de jouer au hockey et il ne l'aurait pas supporté.

– Ça a duré combien de temps ?

– Jusqu'à ce que je sois assez grand pour me défendre. J'ai de la chance, je suppose. Il n'a pu me tabasser que… trois ou quatre ans, peut-être ? Ma mère est restée avec lui quinze ans, mais elle ne m'a jamais dit combien de temps ça a duré. Honnêtement Elizabeth… quand elle est morte d'un cancer des poumons, j'étais soulagé. Parce qu'au moins elle n'avait plus à souffrir.

– Elle aurait pu le quitter.

Je secoue la tête.

– Il l'aurait tuée plutôt que de la laisser faire. Personne ne quitte Roi Demon parce que cela entacherait sa réputation, et il ne peut pas le tolérer. Il ne boit pas et il ne se drogue pas, si c'est à ça que tu penses. Il est juste… malade, je suppose. Un rien lui fait péter un plomb et il ne sait résoudre les problèmes qu'avec ses poings. Il est narcissique, aussi. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un de plus arrogant que lui. Ma mère et moi n'étions que des pions pour lui, des accessoires pour les photos. Personne ne compte à part lui.

Je n'ai jamais raconté ça à personne. Ni à Ban ni à Gil. Pas même à Low, le roi des secrets. Je ne parle jamais de mon père parce que trop de gens seraient tentés de vendre l'histoire aux magazines people pour se faire un peu de fric. Ce n'est pas que je ne fais pas confiance à mes amis… C'est juste que lorsqu'on a été déçu par la personne sur qui on est censé pouvoir compter, on devient méfiant.

Cependant, je fais confiance à Elizabeth. Je sais qu'elle ne répétera mon histoire à personne. Et je suis content de lui en avoir parlé, parce que je me sens beaucoup plus léger à présent.

– Donc ouais, la dernière fois que j'ai participé à cette fête stupide, je me suis fait casser la gueule par mon père. Ce n'est pas un très bon souvenir.

– Non, c'est clair, dit-elle en caressant ma barbe naissante. Mais tu sais ce que ma psy me disait ? Que le meilleur moyen d'oublier un mauvais souvenir, c'est de le remplacer par un souvenir heureux.

– Je pense que c'est plus facile à dire qu'à faire.

– Peut-être, mais il n'y a pas de mal à essayer, si ?

Elle se met à cheval sur moi et je cesse de respirer. Je ne pensais pas que j'arriverais à bander après la conversation déprimante qu'on a eue, mais elle a à peine posé ses fesses sur moi que ma queue durcit. Elle m'embrasse lentement et tendrement, et je grogne lorsque sa bouche quitte brusquement la mienne.

Je ne reste pas déçu longtemps, cependant, car Elizabeth s'agenouille et libère mon sexe de mon jogging.

On m'a fait des tonnes de pipe. Je ne me vante pas, c'est juste la vérité. Cependant, lorsque la bouche d'Elizabeth m'effleure, mes testicules se contractent et ma bite s'excite comme si c'était la première fois que la langue d'une fille la touchait.

Je m'accroche aux coussins du canapé lorsque la chaleur de sa bouche m'entoure. Une petite main, toute délicate, caresse ma cuisse tandis qu'elle me branle avec sa bouche. Son autre main tient la base de mon sexe et son pouce frotte ce point sensible sous mon gland, et chaque va-et-vient de sa bouche me rapproche un peu plus d'un bonheur exquis.

Mon bassin commence à bouger et je ne peux l'arrêter. Je ne peux pas m'empêcher de vouloir aller plus profondément dans sa bouche et je plonge mes mains dans ses cheveux pour la guider. Ça ne semble pas la déranger. Mes coups de bassin la font gémir et les vibrations de sa voix se propagent le long de ma verge puis de ma colonne vertébrale.

Sa bouche me rend dingue. Je crois qu'il ne se passe pas une seconde sans que j'aie envie de cette nana. Sans que j'aie désespérément envie d'être en elle. J'ouvre les yeux et je réalise où l'on est. Mes colocs sont à une fête, mais on a entraînement et match demain, donc ils ne vont pas rentrer tard. Ils peuvent débouler dans le salon à tout moment.

J'effleure la joue d'Elizabeth pour l'arrêter.

– Allons dans ma chambre, je ne sais pas quand les mecs vont rentrer.

Elle se lève sans un mot et me tend la main. Je la prends et je la guide à l'étage.

Elizabeth

Meliodas n'allume pas la lumière. Il ferme la porte à clé et je vois ses yeux briller dans la pénombre. Il se déshabille si vite que j'éclate de rire, puis il est devant moi, nu, musclé.

– Pourquoi tu n'es pas encore à poil ? grommelle-t-il.

– Parce que tout le monde n'est pas aussi rapide que toi pour se déshabiller.

– Ce n'est pas difficile, Bébé. Laisse-moi t'aider.

Je frissonne lorsqu'il glisse ses mains sous mon t-shirt et qu'il le passe lentement pardessus ma tête en s'arrêtant pour embrasser le creux de mes seins. Ses doigts râpeux chatouillent mes hanches et le bas de mon ventre tandis qu'il s'agenouille devant moi en baissant mon legging et mon string.

Je ne vois que sa tête blonde entre mes jambes, et ça m'excite tellement que j'ai du mal à respirer. Lorsque sa bouche effleure mon clitoris déjà enflé de désir, une décharge de plaisir me fait tituber et je m'accroche à ses cheveux pour me stabiliser.

– Ok, stop. Je ne tiendrai jamais debout si tu fais ça.

Meliodas rit doucement, puis il se lève et me porte dans ses bras comme si je ne pesais rien du tout. Nous atterrissons sur le lit en riant, allongés sur le côté, face à face. Nous sommes tous les deux complètement nus et ça me paraît la chose la plus naturelle au monde.

En revanche, je ne comprends rien à ce qu'il dit ensuite.

– Je croyais que ton prénom commençait par un M.

– Tu pensais que je m'appelais Melizabeth ?

– Mais non, je pensais que tu t'appelais Mona, ou Molly, ou Mackenzie. Un prénom avec un M, quoi.

Je ne sais pas si je dois être amusée ou insultée.

– Ok…

– Pendant presque deux mois, Elizabeth. J'ai passé deux mois sans savoir ton prénom. Il est trop mignon !

– C'est normal, on ne se connaissait pas.

– Mais tu savais comment je m'appelais, moi, dit-il.

– Tout le monde connaît ton prénom, je réponds en soupirant.

– Comment j'ai fait pour ne pas te remarquer, bon sang ? Pourquoi il a fallu que je voie un A sur ta copie pour te remarquer ?

Meliodas a l'air tellement perturbé que je me rapproche de lui pour l'embrasser.

– Peu importe. Tu me connais, maintenant.

– C'est vrai, grogne-t-il en prenant soudain mon téton dans sa bouche. Je sais que quand je fais ça…

Il le suce fort et un cri m'échappe.

– … tu gémis assez fort pour réveiller un mort. Et je sais que quand je fais ça, tes hanches vont se balancer d'avant en arrière, comme si tu cherchais ma queue.

Il lèche mon autre téton et le titille avec la langue et, en effet, mon bassin remue et mon sexe se contracte autour d'un vide douloureux.

– Je sais aussi que je t'aime bien, dit-il en se redressant sur un coude.

– Moi aussi je t'aime bien, je dis en riant.

– Je suis sérieux. Tu me plais.

Je ne sais pas quoi répondre, alors je passe ma main dans ses cheveux et je tire sa tête à moi pour l'embrasser. Après ça, tout devient flou. Ses mains et ses lèvres sont partout sur moi et je m'envole vers un endroit paradisiaque où seuls Meliodas et moi existons. Il ne me quitte que pour ouvrir le tiroir de sa table de nuit, et mon cœur s'affole parce que je sais ce qu'il cherche. J'entends du plastique se déchirer et je le vois mettre un préservatif, mais plutôt que de venir sur moi pour prendre le contrôle, il s'allonge sur le dos et me passe les rênes.

– Chevauche-moi.

Sa voix est rauque, tremblante de désir.

Je monte sur lui et je prends son sexe dans ma main. Il est long et épais, mais cette position me permet de contrôler la profondeur de la pénétration. Mon cœur bat la chamade tandis que je descends sur lui centimètre par centimètre jusqu'à ce qu'il soit entièrement en moi. C'est la sensation d'étirement la plus délicieuse qui soit. Mes muscles s'accrochent à son érection, se resserrent autour d'elle, et Meliodas pousse un cri désespéré qui m'excite à n'en plus finir.

– Putain, crie-t-il en plantant ses ongles dans mes hanches avant même que j'aie bougé. Parle-moi de ta grand-mère.

– Quoi ? Maintenant ?

– Oui, maintenant, s'étouffe-t-il, parce que je ne sais pas si on te l'a déjà dit, mais tu es plus étroite qu'une – argh – ok, c'est pas le moment de penser à ça. Comment s'appelle Mamie ?

– Sylvia ! je dis en faisant tout mon possible pour ne pas rire.

– Et elle habite où ? demande-t-il d'une voix rauque.

– En Floride. Dans une maison de retraite, je lui réponds alors que des gouttes de sueur apparaissent sur son front.

Meliodas n'est pas le seul dans cet état. La pression entre mes jambes est insoutenable.

Soudain, il expire longuement.

– Ok, ça va, dit-il en me souriant. Tu as la permission de poursuivre.

Je me soulève et je retombe sur lui si fort que l'on grogne tous les deux.

Ce degré de désir est nouveau pour moi. Je le chevauche rapidement, aussi fort que possible, mais ce n'est toujours pas assez. Il me faut plus, et plus, et plus encore, et je finis par me frotter contre lui lorsque je découvre qu'en me penchant ainsi, mon clitoris effleure son bassin et que cela décuple le plaisir qu'il me donne. Mes seins sont plaqués contre son torse. Il est tellement viril et tellement addictif… J'embrasse son cou et je trouve sa peau chaude. Meliodas est brûlant. Son cœur bat la chamade sous mes seins, et lorsque je lève la tête, je suis fascinée par son expression fiévreuse et ses yeux brillants. Je suis tellement concentrée sur lui que je ne sens même pas mon orgasme venir.

– Ohhhh, je m'écrie en m'écrasant contre lui, choquée par ce qui m'arrive.

Meliodas caresse mon dos tandis que je cherche mon souffle, et mon sexe se contracte autour du sien.

– Elizabeth… putain, Bébé… oui, grogne-t-il en plantant ses ongles dans mes omoplates.

Je n'ai toujours pas retrouvé ma respiration quand il prend le contrôle en me pénétrant vite, et fort, me remplissant encore et encore. Puis il met un dernier coup de bassin en grognant. Ses traits se tendent et il fronce les sourcils, comme s'il souffrait, mais je sais que ce n'est pas le cas. Je l'embrasse de nouveau dans le cou et je suce sa peau brûlante tandis qu'il tressaille sous moi.

Lorsque l'on se calme un peu et que Meliodas a jeté le préservatif, il s'allonge derrière moi et me plaque contre lui. Le poids de son bras sur ma taille me donne un sentiment de sécurité inédit. Je me sens chouchoutée, adulée. Il caresse mon ventre tendrement comme s'il avait fait ça toute sa vie. Je sens ses lèvres dans ma nuque, et je crois que je ne me suis jamais sentie aussi en paix avec moi-même.

– Tu dors ici ? murmure-t-il.

– Je ne peux pas, je dois ramener la voiture de Gelda.

– Dis-lui qu'elle a été volée, je témoignerai.

– Impossible, elle me tuerait, dis-je en rigolant.

Meliodas appuie sa joue contre la mienne et frotte sa demi-érection contre mes fesses en soupirant joyeusement.

– Tu as le plus beau cul de la planète.

Je ne sais pas comment nous en sommes arrivés là. J'ai l'impression que ce n'était qu'hier que je lui disais d'aller se faire voir. Et maintenant, je suis en train de lui faire des câlins au lit. La vie est super-bizarre.

– Eh, dit-il après un long silence. Tu ne travailles pas le vendredi soir, si ?

– Non, pourquoi ?

– On joue contre Harvard, demain. Peut-être que tu pourrais venir voir le match ? demande-t-il d'une voix hésitante.

J'hésite aussi, car j'ai l'impression de ne plus rien maîtriser. Ce soir, je lui ai raconté des choses que je n'ai jamais dites à personne, et je suis persuadée que très peu de gens sont au courant pour son père également. Cependant, je n'ai pas envie de lui demander ce que tout ça signifie. J'ai peur de trop analyser la situation.

– Tu peux prendre ma Jeep, ajoute-t-il. Je n'en ai pas besoin parce que je prends le bus avec le reste l'équipe.

– Je peux emmener Diane ?

– Bien sûr, dit-il en m'embrassant l'épaule. Emmène qui tu veux, ça nous fera du bien d'avoir des supporters, les matchs à l'extérieur sont toujours nuls parce qu'il n'y a personne pour nous encourager.

Une petite boule que je ne m'explique pas se forme dans ma gorge et je déglutis plusieurs fois pour la faire partir.

– Ok, ouais… je suppose que je peux venir.

Nous redevenons silencieux. Tout à coup je sens quelque chose de dur contre mes fesses et j'éclate de rire.

– Tu es sérieux mec ? Encore ?

– Tu m'as appelé comment l'autre jour ? Précoce ? demande-t-il en riant.

Je ris toujours en me tournant pour m'allonger sur lui.

– Deuxième round ? je chuchote.

– Avec plaisir, susurre-t-il contre mes lèvres.