Le lendemain matin, 6h17

Lorsque Regina ouvrit les yeux, elle eut peine à se remémorer les évènements de la veille. Elle avait passé une nuit particulièrement agréable, après s'être endormie presque immédiatement. Elle se redressa alors dans le lit de la profiler, réalisant qu'elle n'avait pas aussi bien dormi depuis plusieurs jours. Apparemment, l'atmosphère de l'appartement d'Emma était particulièrement bénéfique pour son sommeil. Après avoir enfilé une robe de chambre qu'elle avait prise, la portoricaine sortit enfin des draps et quitta la chambre de son ex-petite amie. Sans grande surprise, la criminologue avait préféré passer la nuit sur le canapé plutôt que de proposer à la brune de dormir dans un endroit peu confortable. D'ailleurs, elle était déjà dans sa cuisine, une tasse de café à la main. Quand Regina était arrivée chez Emma la veille, elle avait été étonnée de découvrir que la blonde avait opté pour un logement assez restreint. Cet appartement du centre-ville se limitait effectivement à une chambre, une salle de bain, ainsi qu'une grande partie de séjour. La cuisine était évidemment séparée, mais ne se démarquait certainement pas par sa superficie. Néanmoins, la terrasse offrait une vue imprenable sur les grattes-ciel du centre-ville. De plus, la profiler devait certainement apprécier le fait que le logement était équipé d'une porte blindée, pour protéger ses effets personnels lors de ses absences.

La détective fut toutefois surprise de voir que son ex-petite amie était déjà habillée quand elle la rejoint dans sa cuisine. La jeune femme blonde paraissait plongée dans une grande réflexion, tandis qu'elle préparait des oeufs brouillés dans une poële. Apercevant enfin Regina, elle lui proposa évidemment un thé et un verre de jus de fruit. La portoricaine lui indiqua cependant qu'elle n'avait pas réellement faim, avant de la remercier pour son accueil.

« Ce n'est rien, » affirma la profiler. « De toute manière, tu es plus en sécurité ici que dans un hôtel. L'immeuble est entièrement sécurisé et puis, la porte est quand même assez peu facile à défoncer.

-En effet, » sourit la détective, quelque peu embarrassée. « Mais je vais quand même demander à Kelly de m'accueillir ce soir. Je n'ai pas envie de te déranger plus longtemps.

-Je pense que tu serais mieux ici, » admit la blonde. « Tu fais ce que tu veux, évidemment, mais je crois que mon appartement est un lieu assez sécurisé. Et on sait toutes les deux qu'il ne vaut mieux pas que tu retournes chez toi pour le moment.

-Je sais, » acquiesça la brune, pensive. « Je vais essayer de vivre ailleurs pour le moment et de faire attention à ma sécurité. Éventuellement, ils vont perdre patience et abandonner la partie.

-Ce n'est pas dans leurs habitudes, » remarqua la profiler d'une voix plus rauque.

« Eh bien on va espérer qu'ils aient changé leurs habitudes, parce que je n'ai pas vraiment envie de déménager. Ni de devoir constamment vivre dans la peur.

-L'idéal serait de demander à Ingrid de te protéger, » lança la criminologue, l'air de rien. « Si tu lui expliques la situation, elle mettra certainement des patrouilleurs sur le coup. Et tu sais très bien que les portoricains ne sont pas aussi audacieux que le Lightning Killer…
-Je n'ai pas vraiment envie de lui en parler, » avoua la brunette. « Pas pour le moment, du moins. J'aimerais d'abord qu'on finisse cette enquête, histoire qu'on garde toutes nos équipes mobilisées pour arrêter Fiona.

-Tu as décidé qu'elle serait coupable, sans qu'on ait de preuves ? » s'amusa la criminologue, la défiant du regard.

« Elle est coupable d'autre chose, c'est bien assez pour que j'ai envie de la voir pourrir derrière des barreaux, » siffla Regina. « Mais je voulais justement t'en parler, et te présenter de nouvelles excuses, » ajouta-t-elle en passant sa main droite dans ses cheveux pour se donner une contenance. « J'ai beau être folle de rage pour ce qu'il s'est passé, tu as raison sur le fait que j'aurais dû t'en parler avant. Après coup, c'est assez injuste de te le reprocher.

-J'aurais aussi pu ne pas aller fricoter avec une personne qu'on avait rencontré dans le cadre de l'enquête, » admit la profiler, apparemment embarrassée. « C'était incroyablement stupide et je le regrette amèrement.

-Tu ne pouvais pas savoir qu'elle serait une suspecte non plus, » concéda la détective.

« Je ne regrette pas seulement mon geste parce qu'elle est une personne d'intérêt pour l'enquête, » reprit Emma. « Je le regrette surtout par rapport à toi. Peu importe qui était la personne, j'ai été particulièrement conne, impulsive et surtout peu sincère. J'ai conscience que je ne te dois rien, parce que nous ne sommes plus ensemble. Mais c'était vraiment stupide d'agir ainsi après ce que l'on s'était dit. Stupide et très immature, d'ailleurs. »

Surprise par les aveux de la blonde, Regina tenta de réfléchir à une réponse adéquate. Emma Swan n'était pas le genre de personne qui s'excusait facilement, surtout lorsque l'autre partie était également en tort.

« Euhm… Je pense que tu te doutes de ce qui me préoccupe le plus dans tout ça…

-Et la réponse est non, » la coupa la profiler. « Ça n'a aucune valeur à mes yeux. » Elle s'assit en face de Regina, comme pour faire amende honorable. « Pas plus que les deux fois où j'ai été en date l'été dernier parce que je m'ennuyais, » ajouta-t-elle en souriant.

Amusée par la remarque, la portoricaine hocha doucement la tête, assimilant ce qu'elle venait d'entendre. Elle n'avait jamais réellement douté de la sincérité de la criminologue, même si l'idée qu'elle ait failli passer la nuit avec Fiona McMahon l'enrageait. D'ailleurs, elle devait admettre que c'était le fait qu'Emma ait passé du temps avec une autre qui l'agaçait, plus que l'identité de cette personne. Elle aurait certainement réagi de la même manière s'il avait été question de n'importe quelle autre femme, même Lilith Page... Regina savait néanmoins que sa réaction aurait été bien plus virulente si la blonde avait failli coucher avec sa rivale de toujours. Mais heureusement, elle n'avait plus à s'inquiéter des intentions de la professeure de psychologie depuis bien longtemps...

9h11

« Ok j'ai besoin de faits, j'ai besoin de motifs et surtout d'un doute dépassant le raisonnable, » déclara Victoria Belfrey en s'asseyant dans la salle de réunion du poste. Ingrid lui avait demandé de rencontrer les enquêteurs en charge du dossier Lightning afin de faire le point sur la situation. De toute évidence, les derniers développements avaient amenés leur lot de nouvelles hypothèses. Mais les détectives ne pouvaient certainement pas avancer sans un réel ordre de la cour.

Victoria était le genre de personne qui se targuait d'être toujours avenante, agréable et très empathique. Pourtant, elle était une procureure redoutable, qui n'hésitait pas à déjouer les tours de la justice pour que les policiers puissent arrêter les criminels. Ce matin, néanmoins, elle ne semblait pas très encline à écouter les détectives du district 4.

« Comme Ingrid te l'a dit, nous avons discuté hier avec une jeune femme qui était en rapport avec Edward Stevenson et Harry Benfield, » débuta Regina d'un air assuré. « Au fil de la conversation, elle nous a révélé quelques éléments sur une autre personne d'intérêt pour l'enquête. Malheureusement, cette personne s'avère particulièrement intéressante et correspond à plus d'un critère dans notre profil.

-Et qui est cette personne ? » s'enquit la procureure.

« Fiona McMahon, c'est la petite amie de Diana Cooper, celle qui gère le bar Andromede, » expliqua la portoricaine en donnant à la quadragénaire le dossier sur la jeune femme aux cheveux rouges. La veille, Belle s'était échinée à récolter toutes les informations qu'elle pouvait trouver sur la streameuse, à travers le registre de la police et les réseaux sociaux.

« Fangs for Love ? » lut Victoria, incrédule. « C'est quoi ça ?

-C'est le nom de sa chaine YouTube, d'après ce que j'ai compris…

-Twitch, pour être plus exacte, » rectifia la française, amusée par l'ignorance de ses collègues. « Mais ça a peu d'importance. En gros, elle gagne de l'argent en jouant à des jeux vidéos en live ou en partageant des vidéos de ce qu'elle fait. »

De l'autre côté de la table, Victoria Belfrey sourcilla d'un air abasourdi. Son chemisier de couturier, son pantalon de tailleur et ses escarpins haut de gamme laissaient effectivement deviner qu'elle n'était pas le genre de personne à passer des heures derrière une console.

« Les gens payent pour voir d'autres personnes jouer à des jeux vidéos ? » interrogea-t-elle.

« Non, » souffla Belle, quelque peu embarrassée. « En fait, le visionnement du contenu est gratuit mais les streamers se font de l'argent grâce aux publicités et aux sponsors.

-Tu m'en diras tant… » soupira la quadragénaire, encore peu convaincue. « Ok et c'est quoi le problème avec elle ? Pourquoi serait-elle la meurtrière ?

-Quand on l'a rencontrée avec Emma, on a tout de suite remarqué qu'elle avait un tempérament spécial. Narcissique, provocateur. Enfin bref, » reprit la portoricaine, confiante. « D'après ce qu'on a compris, elle ne connaissait pas encore Diana Cooper quand elle s'est faite agresser par les trois hommes qui ont disparu. Mais elle aurait très bien pu être présente dans le bar ce soir-là et désirer prendre sa défense.

-C'est un bon motif, effectivement, » reconnut la procureure. « Bien qu'un peu évident. Ensuite ?

-Serah Miller, la sœur de Fiona, nous a dit que l'une des autres victimes, Emilie Carter, était une jeune femme qui l'intimidait depuis l'adolescence. Emilie a d'ailleurs étudié à Queen Victoria, comme Serah et Fiona. Mais elle a également été à l'université de Colombie-Britannique.

-Comme Edward Stevenson, Harry Benfield et Judith Graham, si ma mémoire est bonne, » rappela Victoria.

« Oui mais aucun d'entre eux n'ont de rapport avec les autres meurtres, » répondit Regina. « Ils ont un excellent motif par rapport à l'assassinat de Stephanie Doiron, mais ça s'arrête là.

-Ben… Edward aurait très bien pu vouloir tuer Emilie Carter justement parce qu'il savait que sa petite amie avait été intimidée par elle.

-Mais il s'est fait assassiner ensuite, ça ne colle vraiment pas, » expliqua la portoricaine.

« À moins que le Lightning Killer ne soit pas une personne, mais plusieurs, » suggéra la procureure. « Peut-être que Stevenson et Benfield étaient impliqués dans d'autres meurtres et que leur troisième compère a préféré les éliminer puisque l'étau se resserrait autour d'eux.

-Ça ne correspond pas au profil, » déclara justement Emma d'un ton las. « D'ailleurs… » Elle fouilla dans la poche de son veston, avant d'en sortir un petit carnet noir. Elle l'ouvrit machinalement, le tendant à la procureur pour lui montrer l'une des pages. « C'est le carnet que Harry Benfield avait établi après qu'il ait participé à la fameuse page Facebook autour du meurtre de Stephanie Doiron. Tous les autres membres utilisaient des pseudos, pour éviter d'être repérés par la police si les choses venaient à mal tourner.

-Et Claire Farron, c'est qui ? » sourcilla Victoria en lisant l'ajout que la profiler avait fait.

« Le pseudo dans le groupe c'était Norra Faciler, donc un anagramme de Claire Farron. J'ai… fait quelques recherches cette nuit, parce que ce nom m'évoquait quelque chose. C'est celui d'un protagoniste de jeu vidéo, en fait. » Elle se racla la gorge, essayant de se donner une contenance. « Claire Farron est le personnage phare du jeu Final Fantasy XIII, qui est sorti il y a quelques années. Sauf que le surnom de ce héros, dans le jeu, c'est Lightning. Je pense qu'on peut difficilement faire plus clair.

-Ça m'indique que le meurtrier est un geek comme… à peu près toutes les autres personnes d'intérêt dans l'enquête, malheureusement pour moi, » conclut la procureure d'un ton las. « Mais ça ne me dit pas pourquoi vous devriez arrêter Fiona McMahon plutôt qu'une autre.

-Ben… c'est un personnage de jeu vidéo et le métier de McMahon c'est justement ça, » proposa Kelly, peu encline à tergiverser plus longtemps sur la culture populaire.

« Et on a aussi une autre personne d'intérêt, qui a construit son pseudo autour de deux œuvres de la culture japonaise, dont un indice assez évident, » rappela Victoria. « Écoutez, si vous n'avez rien de plus sur McMahon, je ne peux rien pour vous. J'ai des motifs, j'ai des idées, mais rien de concluant. Je ne peux certainement pas vous donner de mandats pour si peu, surtout dans la situation actuelle.

-On pourrait au moins la confronter, » suggéra la rouquine. « Lui poser des questions sur les meurtres, sur ses rapports avec Stephanie, etc.

-Vous aurez simplement d'autres motifs ou d'autres théories, » rétorqua la procureure. « Si cette fille a tué trente personnes de sang froid, elle ne va pas vous faire des aveux si facilement. Surtout si elle sent que vous n'avez rien sur elle.

-Tu pourrais nous faire un mandat de perquisition pour ses téléphones et ordinateurs, » demanda la portoricaine. « On a un numéro à carte qui est présent sur tous les lieux de disparition. Mais le fait de planifier ses meurtres prend aussi du temps. Elle a forcément dû faire des recherches avant. Si on saisit ses appareils électroniques, on pourrait avancer un peu plus.

-Sous quel motif ? » contesta Victoria. « Sous quel motif je vous fais ce mandat ? Parce qu'elle joue à des jeux pour gagner de l'argent et que le tueur se prend pour un héros de Final

-Fantasy, » corrigea la française d'une voix timide.

« Peu importe, » reprit la procureure. « Même le fait qu'elle connaisse des personnes qui ont souffert des actes des victimes n'est pas un motif suffisant pour faire un mandat. Surtout que vous savez très bien qu'on pourrait trouver des tas d'autres personnes qui ont été intimidées par Emilie Carter ou harcelées par les trois gars de l'Andromede. Je suis désolée mais sans preuve supplémentaire, je ne peux rien pour vous.

-Et si on la confronte ? » répéta la portoricaine. « Et si on essaie de lui parler pour la mener vers d'autres aveux, ou au moins d'autres motifs ? Est-ce que tu pourras nous aider si on t'amène d'autres indices qui vont dans cette direction ?

-Je vous le déconseille, » trancha la quadragénaire. « Par les temps qui courent, vous feriez mieux de ne pas interroger n'importe qui. Les enquêtes indépendantes veulent déjà saisir la cour pour savoir pourquoi Benfield était en prison. On reçoit des appels de tous les côtés, à cause de son suicide et ça ne risque pas de s'arrêter. Si vous interrogez cette fille pour rien, elle risque d'en profiter pour vous prendre de revers.

-Si c'est elle la coupable, elle ne nous poursuivra pas, » répondit Kelly.

« Que tu crois ! » ricana la procureure. « Ce n'est pas parce qu'elle a peut-être tué trente personnes qu'elle ignore la loi. Si vous commettez un abus de pouvoir, elle risque de vite se retourner contre vous. Et je pense que vous aurez du mal à faire des recherches sur un suspect qui demande une ordonnance restrictive contre la police.

-C'est impossible de faire ça, » contra la rouquine.

« J'ai déjà vu ça au district 9, » expliqua Victoria. « Avec une histoire sur les motards. Et crois-moi, t'as pas envie de vivre ça.

-En conclusion, nous ne pouvons rien faire pour le moment à part essayer de trouver d'autres indices, » résuma la commandante en soupirant.

« Exact, » confirma la procureure. « Donc je vais vous laisser travailler et espérer que vous serez assez efficaces pour empêcher d'autres meurtres, » dit-elle, sarcastique, avant de se lever.

Refermant ses dossiers, elle les glissa avec grâce dans son sac à main. Elle salua ensuite les détectives, avant de quitter la salle de réunion rapidement. De leur côté, les enquêteurs étaient, une fois de plus, particulièrement abattus par cet échec. Ils n'avaient aucun moyen de pouvoir confirmer ou infirmer la culpabilité de Fiona McMahon. En attendant, il était également possible qu'ils soient encore sur une mauvaise piste. En ce mercredi matin pourtant ensoleillé, l'ambiance était des plus moroses dans le district 4...

10h34

Allumant une cigarette de sa main droite, Robin détendit ses épaules en prenant une première bouffée cancérigène. L'enquête autour du Lightning Killer avait beau être prenante, elle ne le passionnait pas tant que ça. Depuis le début de sa carrière, il s'était assez peu intéressé aux tueurs en série. Se rapprochant du crime organisé après avoir travaillé deux ans pour les services secrets, il préférait évidemment ce domaine de la criminalité. Tandis qu'il réfléchissait à sa conversation nocturne avec Emma Swan, la porte du poste de police s'ouvrit derrière lui. Faisant volte face, il fut surpris de voir que la portoricaine avait apparemment décidé de le suivre à l'extérieur. Justement, elle se rapprocha de lui en croisant les bras sur sa poitrine, son regard charbon le dévisageant.

« On ne s'est pas vraiment parlé hier soir, » débuta-t-elle d'un ton particulièrement doux. « Mais je voulais te remercier d'être intervenu si rapidement. Au final, l'intrus était parti bien avant mon arrivée, mais c'était tout de même rassurant d'avoir un autre enquêteur sur les lieux.

-Il n'y a pas de quoi, » répondit-il en haussant les épaules. « Je suis là pour ça aussi, après tout. Je ne passe pas uniquement mon temps à courir après Scarface, » ajouta-t-il pour détendre l'atmosphère.

Néanmoins, il était surpris de l'attitude très conciliante de la brunette. Depuis qu'il était arrivé au district 4, il avait toujours été intimidé par sa nonchalance et son fort caractère. Apparemment, Regina Mills était tout de même capable d'empathie et de douceur. Son remerciement rassura justement Robin quant à leurs futurs rapports professionnels.

« Cependant, » reprit la détective en souriant. « Je suis assez curieuse de savoir pourquoi tu es intervenu hier soir, alors que tu n'étais pas au poste pendant la plus grande partie de la journée. » Débuter par une approche amicale, avant de rentrer dans le vif du sujet, un classique des enquêteurs aux homicides. Réalisant ce à quoi elle faisait allusion, Robin comprit qu'elle n'était pas vraiment venue pour le remercier.

« Emma m'a prévenu alors j'ai décidé de venir le plus vite possible, » rétorqua-t-il d'un air indifférent.

« Sauf qu'Emma Swan ne te connaissait pas avant de commencer l'enquête sur le Lightning Killer, » argumenta Regina. « Je ne vois pas pourquoi elle t'aurait contacté à toi avant d'appeler Kelly ou Ingrid. D'ailleurs, j'ai remarqué que tu es arrivé à peu près une minute après elle. C'est assez curieux que votre temps de trajet fut le même. »

Prenant une nouvelle bouffée de sa cigarette, le détective laissa échapper un gloussement. Touché, songea-t-il. La portoricaine n'était clairement pas le genre de personne à ignorer les détails, même les plus insignifiants.

« Ok, j'avoue, » dit-il en levant ses mains en signe de paix. « J'ai invité Emma à prendre un verre avec moi hier soir, avant que tu ne l'appelles. » Évidemment, l'enquêtrice sourcilla à cette révélation. « Mais tu n'as vraiment pas à t'en faire pour ça. Notre conversation n'avait rien de…

-J'ai vécu neuf ans avec Emma Swan, » le coupa-t-elle, sarcastique. « Tu ne m'apprendras pas qu'elle n'a aucune attirance pour les hommes. Mais je trouve ça, justement, encore plus suspicieux de ta part. »

Désormais, il lui faudrait trouver une parade adéquate pour éviter de dévoiler à la jeune femme la réelle raison de leur rencontre.

« Tu as interrogé des centaines de suspects, Regina, » commença-t-il pour tenter de l'amadouer. « Tu sais très bien analyser le langage corporel des personnes qui t'entourent. Donc tu dois te douter de la raison pour laquelle j'ai parlé à Emma hier soir. Et tu sais que ça n'a rien à voir avec elle, ni avec toi, » mentit-il.

« Je me demande simplement pourquoi tu as préféré lui en parler à elle, et non à moi, » rétorqua la brune.

« Parce que je pensais que tu m'enverrais promener, » contra-t-il en gloussant. « Crois-le ou non, mais je te trouve particulièrement intimidante.

-Tu ne me dis pas toute la vérité, » s'avança Regina, essayant de le coincer.

« Pour quelle autre raison j'aurais invité Emma à boire un verre, sinon pour ça ?

-Comme tu l'as dit, je suis une experte du langage corporel, » répéta la portoricaine. « Et je sens que tu ne me dis pas toute la vérité.

-Eh bien… »

La porte du poste de police s'ouvrit une nouvelle fois, tandis que Kelly sortait à son tour pour fumer. Se trouvant face à sa meilleure amie, elle l'interrogea évidemment du regard, suspicieuse. Regina et Robin n'étaient certainement pas le genre de personne qu'elle aurait imaginé converser tranquillement dans une telle situation. Justement, elle adressa un regard réprobateur à son collègue.

« Regina devrait éviter la fumée de cigarette, tu sais, » déclara-t-elle d'un ton sec. « Et d'ailleurs, de quoi vous parliez, exactement ?

-Je disais à Regina que j'en avais marre de courir après Hannibal Lecter, » répondit l'homme, taquin.

Son allusion amusa évidemment la portoricaine, mais pas la rouquine. Depuis quelques jours, elle était plutôt distante avec son collègue, sans aucune raison apparente.

« Ouais, c'est ça, » siffla-t-elle. « Sérieux, c'est quoi votre problème ?

-Comme je te l'ai dit tout à l'heure, quelqu'un s'est introduit chez moi hier soir, » rappela la brune. « On parlait donc de nos hypothèses sur l'intrus, en attendant les résultats du labo.

-Et vous êtes obligés de parler de ça dehors, comme si c'était tabou ? » remarqua Kelly.

« Je n'ai pas vraiment envie d'en parler devant tout le monde et de provoquer l'hystérie, » mentit Regina. « Mary-Margaret en est à sa première grosse enquête. Si je commence à lui dire que le tueur pourrait venir chez elle pour l'effrayer, elle va certainement paniquer.

-Tu crois vraiment que c'est le Lightning Killer qui est venu chez toi ? » demanda la rouquine en allumant sa cigarette.

« Ben… » débuta Robin.

« Affirmatif, » le coupa Regina. « C'est sûr que le tueur a décidé de me faire peur, puisque je suis officiellement en charge de l'enquête. » Son collègue lui adressa évidemment un regard suspicieux, tandis qu'elle priait pour qu'il ne dise rien. Justement, elle le dévisagea, espérant lui faire passer le message. « Enfin bref, je vais rentrer pour arrêter de m'intoxiquer avec votre cancer portatif, » dit-elle avant de retourner à l'intérieur du poste. Tandis qu'il se retrouvait seul avec la rouquine, Robin songea qu'il devrait peut-être essayer une autre approche pour la pousser à baisser sa garde...

Jeudi, 19h56

Emma coupa le moteur de son deux-roues avant d'ôter son casque, quelque peu nerveuse. Elle avait quitté le poste de police une demi-heure auparavant, en même temps que Regina. Cependant, elle avait prétexté à la portoricaine devoir passer à l'université pour récupérer des copies de ses étudiants. Alors qu'elle travaillait sur l'enquête, elle les avait effectivement chargé d'écrire une dissertation sur un sujet qui les intéressait, en rapport avec la criminologie. De manière générale, la profiler préférait laisser aux étudiants le choix de leurs sujets. Ne songeant pas que les notes avaient une réelle importance dans leur apprentissage, elle préférait se concentrer sur ce qu'ils retenaient réellement de ses cours. Néanmoins, elle n'avait certainement pas arrêté sa moto dans le parking de l'université, mais plutôt dans un stationnement d'un centre commercial, en dehors de la ville.

Un peu plus loin, un pick-up démarra justement pour se rapprocher de son emplacement. La voiture se stoppa ensuite, tandis que deux personnes en sortaient. Robin descendit évidemment du côté passager, toujours vêtu d'un jeans, d'une chemise blanche et de sa veste en cuir. Toutefois, c'est une jeune femme qui quitta le côté conducteur pour rejoindre la criminologue. Emma fut immédiatement charmée par son regard sérieux, ses boucles brunes et sa peau d'ébène. Elle devait avoir à peu près le même âge que la criminologue, mais son attitude envers le détective démontrait qu'elle avait certainement une place plus importante que lui, sur le plan hiérarchique. La jeune femme se présenta alors à la blonde sous le nom de Tiana Delisle, un membre des services secrets canadiens.

« Voici donc le fameux Docteur Swan, » dit-elle d'un ton enjoué, tandis qu'Emma lui serrait la main timidement.

« Tiana est ma supérieure directe dans la hiérarchie, » précisa Robin d'un air confiant. « C'est elle qui m'a transmis les infos sur toi. Et qui m'a demandé de te faire cette proposition.

-Ouais... » soupira la profiler, toujours mal à l'aise. « C'est quoi l'histoire, exactement ?

-La semaine dernière, une source de Robin l'a contacté par rapport à une affaire un peu bizarre, » débuta la trentenaire. « Nous ne le nommerons pas, mais sa source fait partie des motards. Depuis quelque temps, cette personne s'est aperçue que plusieurs de leurs clients avaient arrêté de faire appel à leurs services.

-On parle de quoi, là ?

-De prostitution, » précisa le détective.

« Donc Robin m'a naturellement appelée, pour que je puisse faire mes recherches.

-En fait, ma source pensait que les clients avaient été arrêtés par la police ou qu'ils avaient de la pression, » expliqua l'intéressé. « C'est pour ça qu'il m'a contacté. Mais je sais très bien qu'aucun enquêteur n'est sur le cas des motards pour le moment. Alors j'ai compris que quelque chose clochait.

-On a commencé à faire de la filature sur certains de ces clients, » ajouta Tiana. « Ainsi que quelques écoutes électroniques. On a donc pu comprendre que ces personnes avaient trouvé une offre plus intéressante ailleurs. Sauf que les motards sont censés avoir le monopole, depuis que Cora Mills est en prison. Il existe trois bars indépendants en ville, tenus par d'anciennes travailleuses du sexe. Mais pour le reste, ce sont eux qui gèrent la prostitution à Vancouver.

-Donc vous avez découvert que les portoricains se sont remis sur le marché, » conclut la criminologue en soupirant.

« Pas seulement, » contra l'agente des services secrets. « Si ce n'était qu'une question de rivalité, on préfèrerait les laisser s'entretuer. Malheureusement, on les suspecte aussi d'avoir fait un trafic de diamants en Alberta, avec un acheteur argentin. Depuis quelques semaines, en fait, ils sont bien plus actifs qu'auparavant. C'est comme s'ils avaient trouvé un nouveau souffle, de nouvelles opportunités de business, si j'ose dire.

-Des agents se sont mis à faire de l'écoute électronique sur le centre pénitencier où se trouve Cora Mills, » expliqua Robin d'un air las. « Ils ont découvert que non seulement Cora est toujours très active, mais aussi qu'elle avait un complice parmi les agents carcéraux.

-Un complice ? » s'étonna la blonde. « Mais les agents carcéraux sont régulièrement contrôlés, surtout dans ce genre de situation. Comment est-ce possible ? C'était une personne proche des portoricains ?

-Quoi qu'il en soit, Cora Mills n'a plus de complice au sein de la prison, » répliqua Tiana, nonchalante. Comprenant l'allusion, Emma sentit un frisson la parcourir. Mais elle tâcha de rester de glace. De toute manière, elle n'aurait pas de réponses à ses questions.

« Mais elle reste très active depuis quelque temps, elle reprend contact avec tous ses anciens sbires, » reprit la jeune femme. « Et l'idéal serait de pouvoir l'arrêter.

-C'est une mission qui revient aux agents carcéraux, ou à vous, » remarqua la blonde. « Je ne peux rien faire pour ça.

-Ce n'est pas pour ça qu'on a fait appel à toi, » sourit Tiana. « En fait, nos boss veulent que nous adoptions… mmmh comment dire ? » Elle se gratta le menton, comme si elle réfléchissait. « Ils veulent qu'on adopte des méthodes d'interrogatoire un peu plus politically correct, si j'ose dire. Et comme on va avoir quelques rencontres à faire dans le cadre du vol de diamants, on voulait faire appel à une experte. En plus, tu pourras nous donner toutes les infos que tu as sur les portoricains.

-Je n'ai pas vraiment d'infos sur eux, » riposta la profiler. « J'ai simplement eu une approche très personnelle de leur univers.

-Ça s'est d'ailleurs réitéré hier soir, si je ne me trompe pas, » souligna la trentenaire.

« Je te demande pardon ? Vous savez qui a fait ça ? » s'inquiéta la criminologue.

« Robin va te contacter dans les prochains jours, » la coupa Tiana. « Nous avons quelques trucs à vérifier avant le premier interrogatoire. »

Emma voulut protester, mais elle comprit au regard de la jeune femme qu'il valait mieux qu'elle n'insiste pas. Contenant son agacement, elle leur souhaita une bonne soirée avant de rejoindre son deux-roues. Tandis qu'elle enfilait son casque, elle se demandait si elle avait pris la bonne décision en acceptant l'offre de Robin. Au final, elle risquait de se mettre dans une situation encore plus délicate qu'auparavant, par rapport à son emploi au CSIS, mais aussi à Regina. Démarrant rapidement sa moto, elle songea qu'elle pourrait essayer de se changer les idées en passant la soirée avec la portoricaine. Au moins, leurs rapports s'étaient un peu améliorés la veille...