Chapitre 39 – Le gang des pétasses tatouées
Charlie se réveilla en grommelant ce matin-là. Il faisait terriblement froid dans sa chambre et même avec trois couvertures il était presque impossible de dormir à l'aise. Le tout début du mois de janvier était exceptionnellement glacé pour la Roumanie cette année-là. Charlie, qui s'était habitué à tenir le corps de Laureen dans ses bras la nuit pendant toutes les vacances de Noël qu'ils avaient partagé entre le Terrier et la maison du Square Grimmauld, avait de nombreuses difficultés avec le sommeil depuis qu'il l'avait raccompagnée à son petit appartement de Glasgow. Il était ensuite rentré en Roumanie, seul. Cela faisait à peine deux jours, pourtant il se sentait très vide à l'intérieur.
Après son stage qui s'était parfaitement déroulé, elle avait décidé de signer le contrat que lui proposait l'équipe de Quidditch d'Écosse. Elle rempilait ainsi pour un an, et le contrat était renouvelable. Elle avait eu du mal à le faire accepter à Charlie, qu'elle voyait un week-end sur deux pendant l'année, surtout que cela avait reporté leur mariage, au grand dam de Molly. Elle n'avait d'ailleurs pas arrêté de leur en parler pendant ces vacances, leur répétant à quel point le mariage de Bill avait été magnifique malgré la fin pour le moins chaotique.
Il se leva, fit son thé et ses toasts comme à son habitude et s'installa sur la table de la cuisine pour prendre son petit-déjeuner avant d'aller travailler. Un hibou toqua du bec à la fenêtre et il alla lui ouvrir, déçu de constater que ce n'était pas celui de Laureen, et que l'écriture sur l'enveloppe n'était pas celle qu'il attendait. Il allait continuer à manger quand cette information atteignit finalement son cerveau.
Il était censé recevoir une lettre de sa fiancée hier, elle le lui avait promis lorsqu'il était parti. Il avait été un peu désappointé hier alors qu'il n'avait eu aucun courrier, mais après tout la Roumanie était loin de l'Écosse et son hibou avait peut-être dû se reposer en route. Ou elle n'avait pas eu le temps, avec la reprise du travail. Mais deux jours de retard, ce n'était pas normal, et par ces temps sombres l'inquiétude se développait facilement chez quelqu'un.
Aussi Charlie envoya un hibou au bureau de la réserve pour poser une journée de congés, il transplana et utilisa le réseau de cheminette pour se rendre jusqu'au Square Grimmauld. Il y trouva Sirius, Remus et Tonks, en train de rassembler un tas d'objets dans la bibliothèque.
-Nettoyage de printemps ? demanda-t-il en s'époussetant alors qu'il sortait de la cheminée.
-Charlie ! sourit Tonks. Qu'est-ce que tu fais là ? Laureen est avec toi ?
-Non, je venais justement pour parler d'elle.
Cela capta l'attention de Sirius, qui laissa son déménagement en plan et se précipita vers Charlie.
-Qu'y a-t-il à propos de Laureen ?
-Je n'ai pas de nouvelles depuis deux jours. Vous en avez ?
-Non, aucune, répondit Remus. Elle devait nous envoyer une lettre hier.
-A moi aussi. Et toujours rien ce matin. Je suis peut-être paranoïaque mais j'ai un mauvais pressentiment, souffla Charlie.
-Je suppose qu'une visite improvisée en Écosse est dans tes plans ? Sirius intervint.
-J'ai préféré venir ici d'abord, j'ai peur qu'elle le prenne mal si je débarque dans son salon alors que tout va bien, admit Charlie.
-On y va, décida Sirius. Remus, Tonks, merci pour votre aide mais je crois qu'on reprendra le déménagement plus tard. Si nous ne donnons aucune nouvelle d'ici une heure, prévenez l'Ordre. Vous saurez quoi faire.
Sans un mot de plus, Sirius entraîna Charlie dans la cheminée à nouveau, et les flammes vertes les enveloppèrent, les emmenant vers la cheminée de l'appartement de Laureen. Ils sortirent de la cheminée et s'époussetèrent comme d'habitude, mais Charlie stoppa son geste quand il vit l'état dans lequel se trouvait la pièce.
-Sirius…
-Je le vois, Charlie, répondit Sirius d'une voix à peine tremblante. Je le vois.
Le salon était ravagé. Le canapé, les fauteuils, les coussins, éventrés. Les chaises, la table, le vase avec le bouquet de pivoines que Charlie lui avait offert avant de partir, brisés. Sur les murs, diverses traces de brûlé étaient visibles. Il était évident que des gens s'étaient battus avec leurs baguettes dans cette pièce. Charlie se précipita dans la chambre, et découvrit qu'elle avait subi le même sort, comme toutes les pièces. Il ramassa par terre le cadre où se trouvait une photographie animée de Laureen et lui à Paris, au printemps dernier. Elle riait dans ses bras alors qu'il la faisait tournoyer. Il enleva précautionneusement les morceaux de verre brisé et glissa la photographie dans sa veste.
-Que… que s'est-il passé ? demanda Charlie à voix basse, baguette à la main.
-Je vais utiliser un peu mon imagination et supposer que des Mangemorts ont enlevé ma fille. Je vois mal Laureen se disputer aussi fort avec quelqu'un, à moins que le quelqu'un en question ait cherché à la tuer.
-Elle… elle est… ? demanda Charlie d'une voix blanche, son visage plus pâle que de la farine.
-Non ! dit Sirius avec un peu trop de force. Non. Sinon il y aurait de magnifiques traces de sang partout, et un corps froid au milieu d'une pièce. S'ils l'avaient tuée, ils auraient laissé son corps comme un message.
-Alors où est-elle ?
-Je n'en sais rien ! explosa Sirius. Je n'en ai pas la moindre idée, d'accord ?! Mais je vais trouver les responsables. Je vais trouver où ils gardent ma fille. Je vais y aller, et je vais la ramener.
Il ne précisa pas ce qu'il ferait aux responsables, mais son ton laissait deviner un sort peu plaisant pour quiconque se retrouverait en face de sa baguette.
-J'espère qu'il y a de la place pour deux dans ton plan, parce qu'il est hors de question que je reste derrière alors que ma fiancée est retenue prisonnière par des Mangemorts, martela le rouquin.
Sirius échangea un long regard avec lui, et ils se mirent à fouiller l'appartement en quête d'indices pour savoir lequel des sbires de Voldemort avait osé s'en prendre à Laureen, ou une piste pour savoir vers où le ou les coupables l'avaient emmenée.
De son côté, Laureen s'était levée très tôt pour se préparer avant de sortir ce matin-là, car sa collègue et voisine de bureau l'avait invitée à prendre le petit-déjeuner dans un café du quartier sorcier de Glasgow avant le travail. Elle finit de mettre ses bijoux et lança un sort sur le collier que son père lui avait offert et sur la bague de fiançailles que Charlie lui avait offerte, pour les rendre invisibles. Ces deux bijoux comptaient parmi ses biens les plus précieux, et elle savait que c'était dangereux de les afficher au grand jour alors qu'elle n'avait pas confiance en tous les gens avec qui elle travaillait. A peine avait-elle fini de se préparer qu'une de ses fenêtres explosa et que deux nuées noires entrèrent dans son petit salon avant de se matérialiser complètement.
Elle plongea immédiatement dans le couloir pour se mettre hors d'atteinte, remerciant ses réflexes quand le miroir devant lequel elle se trouvait une seconde plus tôt explosa lui aussi. Elle saisit fermement sa baguette et se releva en se plaquant au mur, prête à faire face aux intrus qui à n'en pas douter étaient des Mangemorts.
-Eh bien, Laureen, tu ne nous proposes pas une tasse de thé ? Je pensais que tu avais été mieux élevée que ça ! lança une voix insupportablement mielleuse.
-Entre une éducation dans un orphelinat moldu et l'influence de cette famille de pauvres traîtres à leur sang, ce n'est pas si étonnant, répliqua une deuxième voix tout aussi mielleuse mais plus dure.
Antonin Dolohov et Lucius Malefoy.
Laureen réfléchit à toute vitesse. Aussi bonne duelliste qu'elle s'estimait, et aussi féroce qu'elle pouvait être, elle savait pertinemment que ses chances de sortir de ce traquenard étaient particulièrement minces. Pas face à deux sorciers aussi expérimentés et meurtriers comme ces deux-là. Pas alors qu'elle était seule et sans possibilité de renforts immédiats.
S'ils étaient là, c'était soi pour la tuer, soit pour l'enlever. Et elle penchait sérieusement pour la deuxième option, même si c'était un pari risqué. Elle devait donc résister suffisamment longtemps pour pouvoir laisser un message derrière elle.
-Du thé ? répéta-t-elle avec le ton le plus insolent qu'elle pouvait donner. Faut vous réveiller les anciens, le thé c'est pour les vieux ! Vive le café !
Un claquement de langue caractéristique d'un Malfoy agacé lui répondit. Elle tentait désespérément de trouver un moyen de laisser un message, et finalement elle trouva, alors que leurs pas se rapprochaient dangereusement. Elle lança une série d'éclairs dans le couloir pour s'acheter quelques secondes de plus, et d'une main arracha le collier que son père lui avait offert. Alors qu'ils s'appliquaient à désintégrer les éclairs, Laureen grava « Malfoy – Dolohov » magiquement à l'intérieur du médaillon, et le glissa discrètement sous la moquette du couloir, contre le mur, pratiquement invisible sans qu'aucun sortilège ne tente de le cacher. Bien plus discret.
Une fois que ce fut fait, elle inspira un grand coup et se précipita en direction des intrus, les prenant au dépourvu et réussissant à en plaquer un au sol avant de ramper aussi vite que possible jusque derrière son canapé, à l'abri des sorts qui commençaient à pleuvoir. Elle répliqua avec tous les sorts auxquels elle pouvait penser, sans se préoccuper de l'état de ses meubles ou de ses murs. Finalement un sortilège de restriction la toucha en pleine poitrine, et elle tomba lourdement sur son tapis, immobilisée. Elle se mit à cracher des insultes envers les deux hommes mais Malfoy la bâillonna d'un coup de baguette en levant les yeux au ciel. En un autre coup de baguette, ils avaient disparu du salon, alors que Dolohov restait derrière pour détruire le reste de l'appartement.
Sirius et Charlie avait fouillé l'appartement de fond en comble, mais n'avaient rien trouvé. Ils étaient en train de réinspecter les traces sur les murs quand la cheminée s'alluma de vert. Remus et Bill en sortirent, yeux écarquillés et baguettes en main.
-Sirius ! Charlie ! s'exclama le plus âgé, soulagé. Que… Que s'est-il passé ?
Il fit un tour sur lui-même, observant l'état de la pièce.
-Ils l'ont enlevée, répondit sombrement Charlie.
-Et on va la retrouver, petit frère, promit Bill. Vous avez trouvé quelque chose ?
Sirius secoua la tête négativement.
-Très bien, fit Bill en se redressant. Remus et moi allons regarder tout ça, vous avez peut-être manqué un détail.
Leurs sens de loups-garous, ultradéveloppés, les guidèrent d'abord dans la chambre de Laureen, mais rien ne s'y trouvait.
-Je ne sens qu'une seule signature magique, s'étonna Bill.
-Ils se sont battus dans le salon, comprit Remus. Ils se sont juste amusés à détruire tout le reste.
Ils retournèrent dans le couloir, et Remus s'y arrêta. Il fronça les sourcils, et se tourna sur lui-même.
-Il y a quelque chose, marmonna-t-il.
Bill se mit donc à chercher, et finit par se pencher sur la moquette pour voir s'il n'y avait pas une trace de sortilège quelconque, mais remarqua la petite bosse près du mur. Il glissa prudemment la main sous le tapis et en sortit le collier. Il fronça les sourcils, ne reconnaissant pas le bijou.
-Sirius, Charlie ! Est-ce que vous reconnaissez ce collier ? demanda-t-il en se redressant.
Les deux concernés se précipitèrent vers lui et Sirius devint blême en voyant le bijou.
-Je lui ai offert ce bijou à Noël, pendant sa dernière année, souffla-t-il.
-Et j'y ai mis les photographies moi-même, ajouta Charlie en déglutissant. Une de Sirius et Remus, et une d'elle et moi.
Bill pressa le petit bouton pour ouvrir le pendentif et effectivement, les deux photographies animées étaient toujours là.
-Celle-ci est cornée, remarqua Remus en pointant son portrait du doigt.
Charlie prit le collier et retira prudemment l'image. Ses yeux faillirent sortir de leurs orbites en voyant l'inscription gravée en-dessous.
-C'est Laureen qui a laissé ça ? demanda Bill.
-J'en suis certain, confirma Sirius. Elle jette toujours un sort à ce collier pour le rendre invisible, comme pour sa bague de fiançailles. Au cas où cela arriverait, elle voulait être sûre qu'ils ne lui arracheraient pas ce à quoi elle tient le plus.
-Alors pourquoi elle l'a laissé derrière ? intervint Remus.
-Pour nous donner un indice, dit Charlie en tournant finalement le médaillon vers eux. Elle a été enlevée par Malfoy et Dolohov.
Sirius devint rouge de colère.
-Cette fois, le gang des pétasses tatouées va savoir ce que c'est que de se prendre une claque ! rugit-il.
Un silence suivit sa déclaration, avant que les quatre n'éclatent de rire.
-Le gang des pétasses tatouées, vraiment ? réussit à prononcer Bill.
Sirius haussa les épaules. Ils se calmèrent rapidement, mais se sentaient un peu mieux. Remus hocha la tête.
-Très bien, Bill, tu vas prévenir l'Ordre, en commençant par Tonks pour qu'elle ne s'inquiète pas trop s'il-te-plaît. Sirius, tu es chargé d'essayer de contacter Laureen, ou au moins de lui dire que nous allons venir la chercher dès que possible pour qu'elle ne désespère pas trop, et si c'est possible, qu'elle nous envoie des informations. Charlie, j'ai besoin que tu fasses un tour à son bureau, que tu fouilles ses tiroirs, vérifies ses documents, interroges discrètement ses collègues, voies si tu peux trouver quelque chose d'intéressant. Je vais refaire un tour de l'appartement pour voir s'il n'y a pas un autre indice quelque part. Rendez-vous au Square Grimmauld dès que vous avez fini.
Ils passèrent chacun leur tour dans la cheminée pour effectuer leurs missions aussi vite que possible.
