Chapitre 29

Je suis une abrutie. Une idiote. Une digne représentante de ma fichue maison et de son crétin de serpent. Pourquoi est-ce que, exceptionnellement, je ne peux pas être une courageuse Gryffondor ? Il faut dire que, une fois n'est pas coutume, j'aurais préférée. Parce que présentement, je me sens comme la dernière des crétines. Une débile profonde qui ne va pas tarder à se taper la plus grande honte de sa vie - et c'est peu dire vu tout les épisodes peu glorieux que je me suis tapée dans la vie !

J'arrête là l'auto-acharnement quand j'entends les garçons entrer bruyamment dans le vestiaire. J'englobe du regard la petite cabine carrelée et secoue la tête de dépit. Malheureusement, non, ce n'est pas un cauchemar. Et j'ai environ dix secondes pour trouver une idée de génie afin de me sortir de cette galère. Ma maison étant réputée pour ses membres intelligents et/ou ingénieux, j'espère que ce côté de ma personnalité va très vite se manifester.

Ce qui n'est pas le cas. Je ne vois pas comment je peux sortir de la cabine de douche dans laquelle je me suis réfugiée, sans me faire voir par les membres de sexe masculin de l'équipe de Quidditch de Gryffondor qui sont tous en train de se déshabiller de l'autre côté de la porte, afin de se régaler d'une douche bien méritée. Ma réputation, déjà bien mise à mal ces dernières semaines, ne s'en relèverait pas.

Il ne me reste plus qu'une chose à faire : joindre les mains et prier tous les dieux et les saints que je connais pour qu'aucun de ces Gryffondor n'ait l'idée de prendre la cabine dans laquelle je me suis réfugiée. Pour paraître plus pieuse, je ferme même les yeux très forts. Je mets donc mes oreilles à profit pour écouter ce qu'il se passe au dehors de la cabine.

J'entends déjà certain des garçons s'approcher des cabines. Celle à ma droite trouve immédiatement preneur. Je déglutis. Il y a quatre cabines dans ces vestiaires, pile le nombre de mecs dans leur équipe. Mais James, en tant que capitaine, n'est pas encore arrivé puisqu'il se doit de ranger le matériel. J'ai donc une toute petite chance pour que ma cachette improvisée ne soit pas découverte.

La cabine à ma gauche trouve aussi preneur immédiatement après. Et moins d'une seconde plus tard, j'entends grincer la porte de la cabine dans laquelle je me trouve. J'en perds ma respiration. Deux secondes passent, pendant lesquelles je n'ose pas rouvrir les yeux et attends que retentisse le cri outragé du malchanceux gentleman. Mais rien ne vient. Mieux encore, j'entends la porte se refermer. J'entrouvre un œil, n'en croyant pas ma chance.

Et tombe nez à nez avec le visage abasourdi de James. Je referme les yeux en retenant in extremis le juron que j'ai ardemment envie de lâcher et maudis jusqu'à la fin des temps ces fichus dieux et saints qui ne sont pas foutus d'exaucer la seule prière de toute mon existence.

Bon, au moins, c'est James qui a pris ma cabine. De tous les maux, le moindre. Je devrais pouvoir me tirer sans créer de scandale. La honte ne sera que minime.

Je rouvre les yeux. James a fini par abandonner sa tête de surpris et a croisé les bras sur sa poitrine. A son regard, je comprends qu'il y a quand même très peu de chance qu'il me laisse filer sans avoir au préalable donner une explication à ma présence en ces lieux.

- Ce n'est pas ce que tu crois !

Mouais, on a vu mieux comme défense. Et heureusement que toutes les autres douches sont activées, parce qu'on ne peut pas dire que j'ai fait dans la discrétion.

- Et je crois quoi au juste ? demande James en esquissant un sourire amusé.

Je ne sais pas, mais je reste sur mon affirmation. Impossible qu'il puisse deviner comment je me suis retrouvée là !

Alors que j'envisage sérieusement de sortir de la cabine en poussant violemment James hors de mon chemin, je ne peux empêcher mes yeux de faire leurs curieux. Ils glissent sur les épaules et le torse du Gryffondor pour descendre jusqu'à son ventre aux abdominaux bien dessinés. La vache, je n'en avais jamais vu en vrai ! Je comprends un peu mieux toutes les filles qui fantasment là-dessus. C'est vrai que c'est sexy, surtout quand, en dessous, il n'y a qu'une serviette nouée autour des hanches . . . Je crois que je m'égare !

Et que James s'en rend compte. Il fait un pas en avant. J'en fais un en arrière.

- Eve ? Une explication ?

Mes yeux sont de nouveau dans les siens. Mon cerveau, lui, est resté à un niveau ou deux plus bas. Du coup, je ne comprends pas trop ce qu'il me veut. Je ferme les yeux une seconde, chasse le brouillard et reconnecte mes neurones.

- Crois-moi, tu n'as pas envie de savoir comment je me suis retrouvée dans cette cabine de douche.

- Oh que si, insiste-t-il, toujours aussi amusé, alors que je me demande s'il ne s'est pas encore un peu rapproché sans que je m'en aperçoive. Parce qu'autrement, je vais croire que Chloé Finnigan a fini par jeter son dévolu sur toi.

Il n'a pas tort. Quatre mois plus tôt, les rôles étaient inversés à cause de la Serdaigle. Mais je n'ai pas une aussi bonne excuse que la sienne, malheureusement.

- Ferme les yeux.

- Hein ?

L'ordre de James me prend au dépourvu, mais je comprends mieux quand je vois ses mains dénouer sa serviette. Je m'empresse alors d'obéir, non sans m'indigner au passage.

- Mais qu'est-ce que tu fous ?

- Je me suis toujours demandé ce que tu avais bien pu penser ce jour-là. C'est l'occasion de le savoir.

Il est sérieux-là ? Faut croire que oui, puisque je sens la serviette pliée en quatre se poser sur mes yeux et le corps de James très proche lorsqu'il la noue à l'arrière de ma tête. Il aurait dû me demander de me retourner, ça m'aurait évité de découvrir son odeur à la sortie de son entraînement. Mais enfin, j'ai senti pire . . .

Il me rapproche ensuite de la porte, me gardant face à elle puis m'annonce qu'il fera aussi vite que possible. J'espère que non, parce que ses collègues semblent prendre tout leur temps, eux.

C'est quand même très étrange de se retrouver dans ce genre de situation. Je suis entourée de bruits de douches activées et je sens même de temps à autre des gouttelettes provenant de celle de James atterrir sur mon uniforme. Je me demande bien à quoi il peut ressembler sous cette averse d'eau. J'imagine que toutes ces gouttes qui dégringolent sur son torse puis descendent sur ses abdominaux doivent être très jolis à regarder.

Mais à quoi je pense moi ? Je délire total, là ! Reprends-toi Eve, ne te laisse pas diriger par tes hormones d'adolescente !

Plus vite que je ne l'aurais cru, la douche que je squatte s'éteint et je sens les mains de James dénouer la serviette posée sur mes yeux. Je profite des quelques secondes qu'il prend pour accrocher la serviette à sa taille pour rouvrir mes yeux et m'habituer de nouveau à la lumière agressive des vestiaires de Poudlard.

- Décale-toi, un peu, je vais sortir.

J'obéis. James ouvre la porte et se faufile à l'extérieur de la cabine, non sans me rassurer :

- Dès que la voie est libre, je reviens te chercher. Normalement, ça ne devrait pas prendre plus de dix minutes. On est pas du genre à traîner ici plus que besoin.

J'acquiesce d'un signe de tête, mais je ne suis pas sûre qu'il l'ait vu puisqu'il a vite faire de prendre la tangente. Je me demande si, finalement, il est toujours curieux de savoir comment je me suis retrouvée dans cette drôle de situation.

Comme prévu par le Gryffondor, je ne patiente qu'une petite dizaine de minutes avant qu'il n'ouvre la porte de la cabine pour me faire signe de sortir. D'un coup d'œil rapide dans le vestiaire, je constate que James est bel et bien le dernier membre de l'équipe de Quidditch dans la pièce. Je pousse un soupir d'aise.

- Alors, cette explication ? fait-il en enfilant son pull alors que je m'apprêtais à filer plus vite que mon ombre.

Je jure silencieusement. J'étais persuadée qu'il allait me laisser partir sans rien demander et me laisser ainsi le temps d'inventer une super excuse à lui donner pour la prochaine fois que je le verrais. Loupé.

Je prends quand même quelques secondes pour réfléchir à toute vitesse une dernière fois et attendre l'illumination. En vain.

Je prends donc une profonde inspiration, délaisse la porte des vestiaires qui m'appelle à corps et à cris puis me retourne sans oser le regarder, pour asséner rapidement :

- J'étais venue te voir. Je me suis dégonflée au dernier moment. Et j'ai trouvé la pire cachette au monde. Voilà, bye !

Je retente la sortie. Encore loupé. James me retient par le bras. Je me retourne de nouveau pour lui faire face.

- Tu voulais me voir pour quoi ?

Sachant que la dernière fois qu'on s'est vus, il a tenté de m'embrasser, je crois qu'il doit bien avoir une petite idée sur la raison pour laquelle je le cherchais. Je détaille son visage à la recherche d'une piste pour deviner ce qu'il pense, mais il reste de marbre, comme si il ne se doutait vraiment de rien.

Je plisse des yeux. Je n'arrive pas à savoir s'il est passé maître pokerface, ou si vraiment, il n'a pas la moindre idée de ce que je peux lui vouloir. Ce qui me vexe un peu.

Beaucoup, en fait. Vraiment beaucoup. Au point que j'en retrouve le courage qui m'a fait défaut juste en arrivant dans le stade de Quidditch quelques instants plus tôt.

- Pourquoi je voulais te voir ? fais-je, avec un brin de colère et de sidération dans la voix, devant tant de mauvaise foi.

Je choppe alors Potter par le col de son pull et l'embrasse.

Enfin, pour être honnête, ça ressemble plus à une espèce de carambolage. Ma bouche entre trop brusquement en contact avec la sienne. Et pas de façon très agréable. Mes dents s'en souviendront.

Je laisse mes lèvres sur les siennes une demi-seconde avant de le relâcher, d'aviser son air ahuri, et de lui jeter à la figure :

- Au fait, je crois que t'as oublié tes couilles dans la salle des armures.

Puis je quitte le vestiaire en claquant la porte.

oO0Oo

A peine ai-je posé mes fesses à la table des Serpentard que Lucretia me saute dessus comme la misère sur le monde. D'où elle sort d'ailleurs ? J'étais persuadée d'avoir scanné notre table jusque dans ses moindres recoins avant de décider de m'y exiler tout au bout, du côté des professeurs. Elle aurait utilisé le sort de Désillusion sur sa propre personne que ça ne m'étonnerait qu'à moitié.

- Alors ? Comment ça s'est passé ? attaque-t-elle d'emblée, sans même me laisser le temps d'attraper un petit pain.

Je l'ignore et décide de me servir généreusement en saumon fumée plutôt que de lui répondre. Je reviens tout juste du stade, et au pas de course, poussée par ma colère. Je n'ai pas encore eu le temps de me calmer.

- Nom d'une gargouille, c'est mauvais à ce point ?

Mais c'était oublier qu'on se connaît si bien toutes les deux qu'on n'a même plus besoin de mots pour se comprendre.

- Je me suis dégonflée au dernier moment, dis-je finalement. Je suis arrivée au terrain au moment où leur entraînement se terminait, puis j'ai jugé mon idée complètement stupide. Dans la panique, parce que je voulais que personne ne me voit là - imagine la réaction de Scorpius si ça lui parvenait aux oreilles - je me suis planquée dans le premier endroit que j'ai trouvé.

J'hésite à préciser le lieu de ma cachette. Je sais qu'elle va se foutre de ma gueule dès qu'elle le saura.

Mais je décide quand même de tout lui dire. Alors je prends une profonde inspiration , prête à recevoir ses moqueries, et lâche :

- Il s'est avéré que cet endroit se trouvait être les vestiaires des Gryffondor. Plus précisément, les douches. Et que James a justement choisi la cabine dans laquelle je me trouvais pour se laver après son entraînement.

La réaction de Lucretia ne se fait pas attendre. Elle explose littéralement de rire. Tous les élèves dans un rayon de cinq mètres se retournent vers nous, surpris par son éclat soudain. Puis s'intéressent de nouveau très vite au contenu de leur assiette lorsqu'ils avisent mon regard assassin.

Il faut quelques instants à Lucretia pour se calmer, un temps pendant lequel James finit par débarquer en trombe dans la Grande Salle. Vu son air essoufflé, il a couru jusqu'ici. Je le vois parcourir ma table du regard et ses yeux s'arrêter sur moi. Il fait mine de vouloir me rejoindre mais je sors ma baguette de ma poche et la mets bien en vue, de manière particulièrement menaçante. Le message est plutôt clair : T'avises pas de t'approcher. Et il le reçoit correctement puisqu'il hésite deux secondes avant de renoncer à son idée première et de changer de route pour rejoindre sa propre table.

Lucretia retrouve son souffle au moment où James pose son royal fessier près de ses amis.

- Et alors ? Après, il s'est passé quoi ? demande-t-elle avec avidité.

Déposant une tranche de saumon sur un morceau de pain beurré, je dévisage Lucretia avec suspicion. D'où lui vient ce soudain intérêt pour ma nouvelle vie amoureuse ? La veille encore, elle dégobillait rien qu'à l'idée que je puisse trouver James Potter attirant.

- Il est aussi bien foutu que les rumeurs le disent ? renchérit-elle.

J'ouvre de grands yeux. Premièrement, j'ignorais qu'il y avait des rumeurs à ce propos dans ce château. Deuxièmement, je n'aurais jamais pensé que Lucretia y aurait un jour porté un quelconque intérêt. Et troisièmement, elle pense vraiment que je vais répondre à sa question ?

- Il a été cool, réponds-je en ignorant sa dernière question. Il a pris sa douche sans trop me poser de question, puis il a attendu que ses coéquipiers se soient barré pour me faire sortir à mon tour de la cabine.

Lucretia sourcille et m'interrompt :

- Et il a rien tenté ? T'es vraiment sûre que tu lui plais ? Ou même qu'il est hétéro ?

Pourquoi je suis amie avec elle, déjà ?

Peu importe. Je décide de faire, genre, je n'ai pas entendu ses propos terriblement vexant, et poursuis comme si de rien n'était :

- Je comptais me barrer sans vraiment donner d'explications, vu que j'en avais aucune de valable, mais il m'a retenu. Et quand il m'a demandé pourquoi je voulais le voir, il m'a chauffé. J'ai trouvé ça franchement mesquin de sa part de faire comme si rien ne s'était passé dans cette fichu salle des armures alors j'ai fait ce pourquoi j'étais venue à la base : je l'ai embrassé.

Je prononce cette dernière phrase à mi-voix, peu désireuse de découvrir par la suite que quelques oreilles indiscrètes ont entendu ma confession. J'ai assez de raisons comme cela de trouver cette journée mortifiante. Inutile d'en rajouter en devenant la risée de ma maison.

- Il a réagi comment ? Il te l'a rendu avec ferveur ?

Lucretia est toute excitée par mon histoire. Je crois qu'elle a du mal à se souvenir de l'état dans lequel elle m'a découvert en arrivant, ce qui devrait lui mettre la puce à l'oreille sur le fait que ça ne s'est pas du tout passé comme elle l'imagine.

- Ce bisou n'avait rien de ce que tu crois. Je l'ai fait avec colère. C'était plus un genre d'agression. Ensuite, je me suis barrée en l'insultant. Voilà, tu sais tout.

Lucretia fait une drôle de tête, avant de m'asséner :

- Tu sais que t'es la fille la plus bizarre que j'ai jamais rencontré ?

Pour seule réponse, je coule un regard vers Shelly, assis un peu plus loin, près de son chéri, et qui recouvre une tranche de pain de yaourt et de mayonnaise.

- Shelly est un cas à part, précise Lucretia.

Puis elle croise les bras et se penche vers moi, véritablement soucieuse.

- Du coup, tu vas faire quoi maintenant ? Ce n'est pas vraiment le scénario que tu avais prévu. Il te plaît, non ?

Non mais sérieux ! Qui est cette fille et où est passée ma Lucretia ?

Mon visage doit être assez parlant puisqu'elle semble lire dans ma tête et m'explique :

- Dominique Weasley est venue me parler tout à l'heure. Elle avait l'air persuadée que je faisais une très mauvaise amie puisque, apparemment, tu ne penses pas pouvoir venir me confier ce qu'il se passe entre toi et James.

Pour le coup, je ne sais pas quoi répondre. C'est vrai, mais je me vois mal le lui avouer. Puis, je me sens un peu coupable. On ne peut pas dire que j'ai été mieux envers elle quand elle a commencé à voir l'autre babouin.

- C'est bon, je ne t'en veux pas, fait-elle ensuite en secouant la main. Passons à autre chose. Qu'est-ce que tu comptes faire avec Potter maintenant ?

Je lâche un lourd soupir. Si seulement je le savais ...