Chapitre 40 – La famille Zabini
Laureen faisait de son mieux pour ne pas paniquer, mais la peur commençait à sérieusement s'installer en elle, depuis que Lucius Malfoy et Antonin Dolohov l'avaient laissée là.
Où et quel était ce « là » en question elle n'aurait pas su dire précisément, mais de ce qu'elle pouvait voir, c'était une pièce entièrement fermée, sans fenêtre, seule une porte de métal qui lui faisait face aurait pu lui permettre de sortir de cette prison, mais il n'y avait ni serrure ni quoi que ce soit, juste un panneau de métal. Et elle était quasiment certaine de ne pas connaître la formule qui la ferait ouvrir.
Justement, en parlant de formule, sa baguette lui avait été retirée. Elle était sur une chaise, seul meuble visible, attachée. Aucun son ne lui parvenait, et cela commençait à la rendre nerveuse.
Après ce qui lui sembla une éternité, la porte s'ouvrit avec un grincement de fin du monde et elle grimaça. Puis releva les yeux, et pencha la tête sur le côté en fronçant les sourcils.
Une sorcière se tenait là, main sur la hanche, baguette dans l'autre elle se tenait droite, l'air fier et le menton relevé. Elle était sculpturale, sa longue robe jaune parfaitement ajustée mettant en valeur sa peau sombre.
-Madame Zabini, salua Laureen avec étonnement.
-Miss O'Neil, répondit la femme sur un ton légèrement distant.
Laureen nota qu'elle avait employé le nom de famille qu'elle avait hérité de sa mère.
-Excusez-moi de ne pas me lever et vous serrer la main, ou faire la révérence, je ne sais pas trop ce que vous préférez… tenta Laureen.
-Pas la peine de jouer la carte de la provocation avec moi, la coupa l'aînée. J'ai beaucoup entendu parler de toi, Laureen.
-J'aimerais sincèrement pouvoir répondre la même chose mais ce n'est pas vraiment le cas.
-Je suis Ella Zabini, la mère de Blaise.
-Oui, je connais votre fils, de vue.
-Tu sais que tu ressembles comme deux gouttes d'eau à ta mère ? lâcha alors Ella avec un léger sourire.
Cela attira définitivement l'attention et la curiosité de la plus jeune.
-Vous connaissiez ma mère ?
-C'était ma meilleure amie.
-QUOI ?
-Pas si fort ! la tança Ella. Je ne suis pas censée te parler.
Laureen lui jeta un regard incrédule.
-Brianna et moi étions meilleures amies, nous nous étions rencontrées dans le train pour Poudlard, au début de notre première année. Ta mère était un sacré bout de femme, déjà à l'époque, rit doucement Ella en se remémorant les souvenirs. J'étais seule dans un compartiment et un des frères Lestrange a trouvé drôle de commencer à me provoquer. Ta mère l'a littéralement taclé au sol dans le couloir avant de s'enfermer dans le compartiment avec moi.
Laureen sourit avec attendrissement, les larmes aux bords des yeux alors qu'elle imaginait la scène.
-Mais tu as aussi le sourire de ton père, ajouta la plus âgée.
La jeune femme sursauta et jeta un regard paniqué à Ella.
-Ne fais pas cette tête, je ne mords pas. Enfin pas souvent, rit Ella. Sirius et moi avons été fiancés, lors de notre septième année. Contre notre gré à tous les deux, je te rassure. On ne peut pas dire que je l'appréciais beaucoup, mais nous avions réussi à nous entendre pour briser cette idée stupide, heureusement.
Laureen ouvrit la bouche, la referma, puis fit ce manège de poisson rouge pendant une bonne minute.
-Je… je… quoi ? réussit-elle à dire finalement.
-On m'avait pourtant dit que tu étais une fille intelligente, se moqua gentiment l'aînée. Cesse de t'inquiéter, je suis de ton côté.
-De mon côté ? répéta Laureen. Une Mangemort, de mon côté ?
-Je ne suis pas une Mangemort ! s'énerva Ella et aussitôt Laureen se tassa dans sa chaise. Ni mon mari, ni mon fils ! A cause de mes parents et de ceux de mon mari, nous nous sommes retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment, et après il a fallu faire un choix pour survivre !
Elle lâcha un soupir.
-Je n'ai plus beaucoup de temps avant qu'ils n'arrivent, marmonna-t-elle. Écoute-moi bien jeune fille, si tu veux une chance de survivre à cette guerre. Je sais que c'est beaucoup te demander, mais fais-moi confiance. Je ne vais pas laisser la fille de ma meilleure amie prisonnière de ce monstre.
Et avec ça elle disparut dans un froissement d'étoffes. Laureen était encore abasourdie. Ella, sa mère, son père ? De son côté ? Plus rien n'avait de sens et elle était tellement perdue dans ses pensées que la porte qui s'ouvrait une deuxième fois la fit sursauter. Lucius Malfoy apparut dans l'encadrure, un sourire mauvais étirant ses lèvres.
-Prends cet air satisfait et carre-le-toi dans la raie, Malfoy, cracha Laureen en sentant la rage bouillonner en elle à sa vue.
Lucius sembla s'étouffer une seconde, et la gifla l'instant d'après. Laureen ne lâcha rien de plus qu'un rire de dédain après que sa tête soit partie sur le côté, même si sa joue la piquait horriblement à présent, et qu'elle était sûre qu'elle aurait une belle marque rouge bientôt.
-Tu es descendu pour me torturer, me tuer, ou contempler ma beauté ?
-Petite insolente, siffla-t-il en la prenant par la gorge. Tiens ta langue à l'avenir, ou tu risques de te la faire couper.
Laureen choisit de se taire pour cette fois, et n'opposa pas plus de résistance que de traîner les pieds alors qu'il la tirait hors de la salle et en haut d'une volée d'escaliers. Il la poussa finalement dans un immense salon dans lequel il y avait foule. « Que des Mangemorts » remarqua-t-elle avec un frisson de dégoût. Elle fit de son mieux pour conserver un air neutre quand elle vit que Voldemort était au centre de la pièce.
-Ah, Miss O'Neil, comme c'est gentil de nous gracier de votre présence, dit-il de sa voix insupportablement douce.
Elle se retint de répliquer, mordant sa lèvre inférieure jusqu'au sang.
-Bien, bien, je crois qu'il est inutile de faire des présentations, hm ? continua l'homme sans nez. Alors, qui veut commencer ?
Dolohov s'avança le premier.
-Vraiment, Antonin ? Bien, commence.
-Pas la peine de me torturer à coup de sortilège de Doloris et autres techniques barbares, lâcha Laureen d'une voix qu'elle aurait aimé plus confiante. Dumbledore a placé une protection sur moi juste avant cette nuit à Poudlard… Si vous me torturez, je ne peux rien révéler, c'est comme ça que ça marche.
Un silence pesant suivit ses paroles. Voldemort semblait hautement contrarié par ces paroles.
-Elle ment ! caqueta alors Bellatrix. C'est impossible !
-Vraiment ? répliqua Laureen.
-Si c'était vrai, tous les sangs de bourbe et les traîtres qui s'opposent à nous seraient protégés !
-Sauf si le sort jeté sur moi a été prononcé par quelqu'un qui est mort pour me protéger, et lancé avec la Baguette de Sureau, contra Laureen. J'ai été la seule à avoir le temps de bénéficier de ce sortilège.
-Mais qui a bien pu prononcer les paroles ? intervint mielleusement Voldemort.
-Qui est la seule personne morte pour me protéger, moi en particulier ?
-Brianna… grinça Antonin. Comment est-ce possible ?
-Un portrait magique, souffla la voix de Narcissa Malfoy.
-Vous voilà battus par ma mère et Dumbledore, alors qu'ils sont morts respectivement il y a vingt ans et il y a sept mois, se moqua Laureen.
Elle reçut une deuxième gifle, de la part de Voldemort cette fois.
-Je n'apprécie guère votre ton, Miss O'Neil, prévint-il froidement.
-Mon nom est Laureen Black ! Et je vous défie de porter la main sur moi encore une fois ! rugit-elle en serrant les poings.
Des éclairs commençaient à parcourir les cheveux et les mains de la jeune fille – qui était complètement shootée à l'adrénaline présentement – aussi Voldemort ne répliqua pas mais lui envoya un regard haineux.
-Je pense que nous nous y prenons mal, fit une voix un peu plus loin.
-Que dis-tu, Ella ? demanda Voldemort en pointant son regard glaçant sur elle.
-Pourquoi ne pas la garder avec nous un moment ? Lui montrer tous les avantages qu'elle aurait à nous rejoindre ?
-Qu'as-tu en tête ?
Ella Zabini sourit largement, très fière d'elle-même.
-Je crois qu'elle ferait une excellente épouse pour mon fils. C'est l'héritière d'une des vingt-huit familles de sang pur les plus illustres, et une sorcière puissante de ce que je sais. Parfaite pour Blaise. Et il saura la dompter…
Quelques ricanements se firent entendre dans la salle, alors que Lucius semblait sur le point de s'étouffer.
-Quoi ? s'étrangla-t-il.
-Silence, Lucius, cesse de jacasser, ordonna le Seigneur des Ténèbres. Très bonne idée, Ella.
-Merci, dit-elle en inclinant la tête.
-Emmène-la avec toi. Disparaissez, tous.
Ella marcha droit vers Laureen et l'attrapa fermement par le bras avant de transplaner en vitesse. Lorsqu'elles apparurent dans un jardin, Laureen se dégagea précipitamment.
-Me marier à votre fils, vraiment ?! Vous n'avez rien trouvé d'autre ?
-C'était ça ou te faire tuer sur-le-champ ! répliqua Ella d'un ton sévère. Non mais tu es folle ? Hurler dans cette salle pleine de Mangemorts que tu es la fille de Sirius Black ! Provoquer le Seigneur des Ténèbres ! Tu es encore plus inconsciente que ton père !
-Je vais prendre ça comme un compliment, la défia Laureen en croisant les bras.
-Attention, jeune fille. A présent je suis la seule barrière entre toi et ta mort aux mains du Seigneur des Ténèbres. Alors ravale cette attitude ingrate et inconvenante, et serre les dents par Merlin ! Je pensais que la fille de Brianna aurait un peu plus de force que ça…
Laureen la fusilla du regard.
-Blaise ne te fera aucun mal, et ce mariage garantit ta sécurité, reprit Ella plus doucement. Crois-moi, la situation pourrait être bien pire.
Après quelques secondes de silence, Laureen finit par acquiescer.
-Excusez-moi, je suis juste… retournée par tout ça. Mais j'apprécie beaucoup ce que vous faites pour moi.
-Voilà qui est mieux, sourit Ella. Viens, allons à l'intérieur, il ne va pas tarder à neiger je pense.
L'aînée passa un bras rassurant autour de ses épaules et la guida dans l'immense manoir de pierres blanches et grises aux tuiles roses. Laureen trouva hautement rassurant que ce ne soit pas une maison noire et sombre comme celle des Malfoy.
-C'est joli, souffla-t-elle en levant les yeux. Je suis en désaccord avec le vert des volets, bien sûr.
Ella laissa échapper un petit éclat de rire.
-Si tes amis sont aussi intelligents et braves que je le crois, on pourra bientôt les repeindre. Peut-être en blanc ? Ou en bleu clair, ça irait bien avec le reste.
Laureen lui jeta un regard surpris alors qu'elles passaient la porte, la refermant soigneusement derrière elles.
-Ne prends pas cet air si surpris. Comment crois-tu que le jeune Dean Thomas ait échappé à la mort aux mains des Raffleurs ? Bien que je n'aie pas réussi à sauver Ted Tonks, ce que je regrette profondément.
-Ted Tonks est mort ?
Laureen s'était figée.
-Je suis sincèrement désolée, dit Ella. Mais je ne pouvais pas faire plus sans exposer ma propre famille à une mort certaine. Le rôle de double espion est ingrat…
-Je comprends, déglutit Laureen. Je… je ne veux pas abuser de votre protection, mais y'a-t-il un moyen pour que je puisse envoyer un message ? A ma famille, mes amis, n'importe qui ?
-Pas pour le moment, répondit Ella en secouant la tête. Mais je vais y travailler. Viens, je vais te montrer tes appartements.
-Mes appartements ?
-Tu n'as quand même pas cru que j'allais laisser ma future belle-fille dormir sur le tapis du salon ?
-Non, avoua Laureen en haussant les sourcils. Mais un placard avec un matelas aurait suffi…
-Tu vois tant d'invités que ça dans ma maison que tu proposes de laisser ta chambre ? se moqua Ella. Il n'y a que moi, Blaise pendant les vacances, et mon mari.
-Pas d'elfes de maison ?
-Non, un sortilège marche très bien pour le ménage, et j'aime cuisiner. Et les elfes de maison pourraient parler.
Elles traversèrent le hall et montèrent un magnifique escalier en marbre vers le premier étage. Ella ouvrit finalement une porte sur la gauche, et la laissa découvrir ses appartements tranquillement.
-Je vais préparer le dîner, tu veux peut-être te rafraîchir. La cuisine est en bas, si tu as besoin de quoi que ce soit.
-D'accord. Merci.
Laureen fit quelques pas hésitants, découvrant l'immense chambre, le coin salon et la salle de bain rattachée. Tout en marbre, soie, bois brut et tapis moelleux, mais agréablement bien arrangé et harmonieux. Après avoir passé un peu d'eau sur son visage et arrangé ses cheveux comme elle le pouvait, elle descendit l'escalier et trouva miraculeusement son chemin vers la cuisine.
-Madame Zabini ? appela-t-elle doucement.
-Appelle-moi Ella, répondit l'aînée en lui renvoyant un sourire avant de retourner à ce qu'elle faisait.
-Je, hum… je peux peut-être vous aider à faire quelque chose ?
-C'est gentil, ça va. Mais assieds-toi, mets-toi à l'aise.
Laureen s'assit à la table au centre de la pièce, et essaya de se détendre un peu.
-Je prépare des lasagnes, j'espère que tu aimes ça ?
-Oui, oui c'est parfait, merci, répondit Laureen en hochant la tête.
-Mon mari ne devrait pas tarder à rentrer.
Comme pour prouver ses dires, le bruit de la porte d'entrée se fit entendre.
-Amore ? fit une voix grave.
-Nella cucina !
Des bruits de pas se rapprochèrent, et bientôt un bel homme dans la fleur de l'âge fit son apparition. Il haussa un sourcil voyant la jeune fille assise dans la cuisine.
-Chi è ?
-La figlia di Brianna. Ne abbiamo parlato.
-Sì, mi ricordo.
Il embrassa tendrement sa femme avant de se tourner vers Laureen.
-Laureen, c'est ça ? Enchanté, jeune fille, dit-il en lui tendant la main avec un sourire.
-De même, monsieur Zabini.
-Paul, s'il-te-plaît. Enfin, Paolo.
Elle hocha la tête, un sourire faisant lentement mais sûrement une apparition sur son visage. Il posa ses affaires sur un meuble et sortit des verres d'un placard.
-Tu veux un verre de vin, Laureen ?
-Hum…
-Un vin rouge frizzante du Piémont, en Italie.
-Pourquoi pas, mais juste un verre s'il-vous-plaît.
Il versa trois verres et ils burent dans un silence confortable pendant que Ella finissait le plat de lasagnes. Après dîner, Laureen allait monter mais Ella l'appela dans le salon.
-Si tu n'es pas trop fatiguée, j'espérais que nous pourrions discuter un peu.
-Bien sûr, mad… Ella, se reprit la jeune fille.
Ils s'installèrent confortablement.
-Je sais qu'un mariage arrangé avec notre fils ne t'enchante pas, loin de là.
-C'est vrai, admit Laureen. Sans vouloir vous offenser, je n'ai aucune envie d'épouser Blaise. Mais je comprends que la situation est extrêmement compliquée, et que vous sauvez littéralement ma vie en faisant cela, et j'apprécie votre geste à sa juste valeur j'espère.
-Tu connais un peu Blaise ? demanda Paul.
-De vue uniquement. Mais je me dois de remarquer que c'est le seul de sa bande à ne m'avoir jamais insultée. La situation pourrait être bien pire.
Cela détendit un peu l'atmosphère, et les parents de Blaise la mirent à l'aise et lui expliquèrent calmement toute la situation quant à leur fils, Voldemort, l'Ordre du Phénix et Poudlard.
