Enrique Sanchez Monastorio se tenait bien droit, les bras posés sur la chaise en bois brut, ses yeux bleus fixaient la porte du bureau lorsqu'un bruit sec se fit entendre.
" Entrez ! " Lança l'homme avec violence.
Il ne fut pas surpris de voir le gros Garcia ouvrir la porte et passer son énorme ventre dans le bureau, mais la mine plutôt guillerette qu'avait son visage lui déplut.
" Que voulez-vous sergent ?
- Mon commandant, Diego de La Vega, le fils de Don Alejandro arrive à l'instant d'Espagne.
Le militaire se pinça les lèvres, peut-être le moment de devenir riche était-il enfin arrivé ? Cela faisait bien trop longtemps que son rêve attendait. Depuis plus d'un an qu'il était à la tête de Los Angeles, se désir ne l'avait jamais quitté. Faire de ce jeune don un ami et un allié pourrait s'avérer utile; étant le fils d'Alejandro le plus riche notable de Los Angeles, il serait influent et pourrait convaincre beaucoup de monde qui se joindraient à eux. Restait à savoir à quel point il était lui même influençable.
- Eh bien qu'attendez-vous pour le faire entrer ? Je suis certain qu'il lui tarde de revoir son père et de pouvoir se reposer après ce long voyage.
L'attitude posée qu'avait repris Monastorio rendit le pauvre sergent un peu confus mais il se hâta d'aller chercher le jeune homme.
Pendant un moment, la petite pièce fut plongée dans le silence. Et Monastorio en profita pour réfléchir à une approche pour amadouer le jeune noble.
Soudain on toqua à la porte. Enrique allait à nouveau hausser la voix mais il se retint.
Ce fut donc une voix calme et posée qui accueillit le fils d'Alejandro.
Un jeune homme d'à peine une vingtaine d'années entra. Il était très grand et avait les cheveux bruns, parfaitement coiffés et tirés en arrière.
" - Buenos días señor De La Vega, je vous en prie asseyez-vous.
- Gracias"
Le jeune homme fit un léger mouvement de tête et sourit dévoilant de magnifiques dents blanches. Il ferma la porte, s'approcha du bureau et s'assit.
Enrique ne pouvait plus détacher ses yeux du jeune homme, tellement sa beauté le troublait. Il avait déjà une profonde attirance pour celui qui venait d'entrer. De plus, ses vêtements sans doute fait sur mesure, lui rappela de par leurs couleurs et leur tissu que malgré sa condition de militaire il aimait le luxe. La moustache qu'il portait était merveilleusement bien taillée et Enrique l'aimait déjà.
" - Je ne veux pas vous importuner trop longtemps señor, je sais que vous êtes impatient de rentrer chez vous. Mais je dois, malheureusement, vous demandez de remplir ses documents."
Diego acquiesça et prit les documents que lui tendait le militaire, ainsi qu'une plume.
Alors que le jeunot commençait à écrire, Enrique ne perdit pas un instant et retourna se plonger dans sa contemplation du don.
Ses yeux étaient de couleur noisette, Monastorio y décelait à présent une certaine malice, chose qu'il n'avait pas remarqué au premier regard. Seule la fatigue semblait s'y reflèter. D'ailleurs, le jeune don était très pâle. L'instinct d'Enrique lui criait que quelque chose n'allait pas.
" - Pardonnez-moi si ma question vous met mal à l'aise mais vous sentez vous bien ? "
Diego faillit lâcher sa plume de surprise, certes il ne se sentait pas bien mais il avait espéré que cela passerait inaperçu. Un demi-sourire se dessina sur son doux visage.
" - Oui, je suis simplement fatigué par le voyage. Le contrôle de la douane à été long. D'ailleurs, continua le jeune don tandis que son sourire s'élargissait, j'ose espérer que cette fouille sera la dernière. "
Dans d'autres circonstances, Monastorio se serait sans doute jeté sur le plaisantin pour l'étrangler mais, quelque chose au fond de lui le retint et il se surprit même à répondre :
" - Je suis navré que cela vous ait causé des désagréments. Il me semble que cette fouille est bien la dernière mais, je vais vous rédiger rapidement une lettre pour stipuler que tout est en règle et que vous n'avez plus besoin de vous plier aux fouilles. "
Pendant un instant, Diego resta muet de surprise assimilant les paroles du commandant.
" - Gracias capitaine.
- C'est tout naturel. "
Un bon moment passa encore durant lequel Diego finissait de remplir les papiers administratifs. Quant à Enrique, ayant fini la rédaction de la missive, il se surprit à vouloir passer ses mains dans les cheveux du jeune don. Il était persuadé que derrière cette coupe impeccable se cacher de folles boucles d'une douceur inimaginable.
Finalement, le jeune homme posa la plume et tendit les feuillets à Monastorio.
" - Je vous remercie de votre patience señor de la Vega.
- Et moi de votre accueil capitaine. "
Diego se leva mais dû fermer rapidement les yeux alors que la pièce commençait à tourner avec violence.
Le jeunot tenta de faire un pas supplémentaire pour se rapprocher de la porte mais il fut pris de vertiges, ses jambes ne le soutenaient plus et il tomba sur le plancher alors que la conscience le quitta.
Sa réaction n'avait pas échappé à Enrique. Mais il fut trop lent.
Bien qu'Enrique n'ait pu empêcher sa chute, il réussit à éviter que sa tête ne rencontre trop durement le sol.
Le jeune don était à présent couché dans la petite pièce, immobile, les yeux clos. Il semblait dormir.
La scène avait secoué plus qu'il ne l'aurait cru le commandant. Il s'agenouilla, dénoua la lavallière du jeune homme, et ouvrit les premiers boutons de sa chemise.
Ensuite il alla dans sa chambre pour y récupérer une carafe d'eau et des serviettes, qu'il gardait toujours près de son lit.
Il posa donc un linge humide sur le front de Diego qui réagit immédiatement à la sensation de fraicheur.
Ses yeux s'ouvrirent permettant à Enrique d'admirer un court instant les multiples nuances de leur belle couleur noisette.
Mais déjà le jeune don essayait de se lever. Enrique posa alors ses mains sur ses épaules le forçant à rester allongé.
" Vous avez fait un malaise señor De La Vega, vous êtes à Los Angeles.
- Je vais bien capitaine... Monastorio ? "
Un sourire passa sur les lèvres du plus vieux.
" Enrique Sanchez Monastorio pour vous servir. Vous vous sentez mieux ?
- Oui, répondit honnêtement le jeunot.
- Bien. "
Diego accepta la main tendue du capitaine et se releva. Sa tête ne tournait plus.
" - Voulez vous que je fasse quérir un médecin ?
- Ce ne sera pas nécessaire je vous assure que je vais bien.
- A votre guise. "
Le jeune don se dirigea donc vers la porte mais remarqua que sa chemise et sa lavallière étaient desserrées. Il referma donc les boutons de sa chemise puis lança un regard gêné à Enrique.
" - Pourriez-vous... m'aider ? "
Seul un sourire lui répondit. Enrique se rapprocha et noua impeccablement la lavallière.
" - Gracias, souffla Diego gêné de ne pas savoir le faire lui-même sans miroir.
- Avec plaisir, murmura Enrique. Votre père doit vous attendre impatiemment, il ouvrit la porte; tenez et soyez prudent.
Diego prit la missive et sourit.
- Muchas gracias commandante. Adíos.
- Adíos. "
Et la porte se referma sur le jeune don.
