Chapitre 33. Amour déraisonnable

Thranduil parcourait Bar an Aran d'un pas rageur. Il revenait tout juste de chez Niphredil, mais il n'y avait trouvé que cette pale servante pour l'accueillir, lui assurant que l'elleth était partie depuis plusieurs heures en compagnie d'Arphen.
Il était furieux, car il souhaitait l'entretenir de sujet aussi pressant que sérieux, mais surtout parce qu'il sentait la morsure de la jalousie le blesser cruellement.

Il s'en allait donc vers les appartements réservés aux invités de marque. Il fut accueilli par plusieurs serviteurs, trop à son goût, dont nombre d'humaines, ce qui ne fit qu'accentuer sa mauvaise humeur. Il savait que le seigneur elfe recrutait toujours de jolie jeune femme à la beauté éphémère pour user de leurs charmes, en dépit des convenance, puis qu'il les abandonnerait d'ici quelques années, sans le moindre égard, et une maigre chance de pouvoir reprendre leurs vies convenablement.

Une d'entre elles voulut ralentir sa course, pour l'annoncer à son maître avant qu'il ne pénètre le coeur de ces lieux, mais elle ne reçut qu'un regard dissuasif alors qu'il franchissait le corridor de la luxueuse demeure d'hôte d'un geste brusque. Il finit par trouver Arphen attablé sur sa terrasse privé, lisant quelques documents avec une théière fumante devant lui, presque indifférent à l'entrée fracassante du souverain sindar.

On va pouvoir rire un peu, et en apprendre beaucoup songea-t-il en réprimant un sourire.

-Bonjour, roi Thranduil, pardonnez moi de ne pas vous avoir invité à entrer, vous m'avez devancé, je le craint, grâce à votre célérité légendaire, lâcha-t-il d'un ton ouvertement moqueur.
- Ou est-elle, Arphen ?
-Qui donc, mon roi ? Fit-il avec un air faussement innocent. Si vous parlez de la cuisinière… -Niphredil ! Coupa le roi, qui se contenait difficilement face à son insupportable cadet. Elle est introuvable depuis le matin, et vous êtes la dernière personne à l'avoir vu !
-Ah, oui, fit en levant enfin le nez de ses papiers ave cun air faussement innocent, la fille de Gondren. Hé bien, elle se repose. La journée a été éprouvante pour elle, les jeunes elleth se fatiguent si vite…

Thranduil fulminait, luttant pour se contrôler alors que sa jalousie mettait ses nerfs à rude épreuves alors qu'Arphen le provoquait délibérément. La guerre venait, et il la voulait à ses côtés pour les moments à venir. Mais pourtant, elle frayait avec ce prince querelleur et hautain qui créait par sa seule existence de dissension dans leur peuple.

-Que lui avait vous fait ?
-Oh, quelque chose que vous auriez dû lui faire avant moi, si vous aviez un peu de bon sens, Aran nin, assura le prince en se tassant sur son fauteuil d'un air décontracté, se saisissant de sa tasse de thé.
-Elle est mon sujet, je vous prierais de me la rendre sur le champ, Ernil Arphen a moins que vous ne souhaitez contester mon autorité sur mon territoire, déclara-t-il, dans une menace froide, le visage parfaitement impassible pour tout le monde, ou presque.
Arphen reconnu ce léger soubresaut de son sourcil, qu'il savait être un tique de colère incontrôlable.
-Mais quelle idée avez-vous là roi Thranduil ! Je ne voulais juste pas éveillé cette adorable dormeuse, fit il en se levant de son siège, mais si vous insistez…

L'ellon se leva, et se dirigea vers la chambre qui se trouvait derrière, alors que le roi lui emboitait le pas en palissant. Le prince aux cheveux aussi noir que la nuit écarta les voiles de son lit de baldaquin et repoussa quelques luxueuses couverture, révélant les boucles rousse que Thranduil connaissait bien.

-Lumineuse petite fleur, réveille toi, dit-il d'un ton sucré, en s'accordant un coup d'oeil moqueur vers le roi sindar.

Niphredil émit un grognement, puis, sous l'insistance du prince, elle se redressa en se frottant les yeux, relevant sur elle une robe de nuit à peine décente tant elle était légère et échancrée.

-Arphen… Thranduil? S'étonna-t-elle.

-Lève toi,nous partons, assena le souverain alors que sa main tremblait de rage, au bord de l'implosion, esquissant un geste brusque pour la presser.
Arphen, s'amusait ouvertement de la jalousie de celui qui fut jadis son ami, et son plus grand confident.

J'ai trouvé ton point faible, sourit-il intérieurement.

-Je… Mes vêtements…
-Oh, fit innocemment Arphen, mais cette robe ci te va a ravir.

Thranduil lui jeta un regard abyssal, qui le convainquit de lui tendre un manteau d'intérieur. Voyant qu'aucun des ellons ne semblait disposé à un peu d'intimité pour qu'elle puisse sortir du lit sans dévoiler la robe trop courte qui revelait la quasi totalité de ses jambes, Niphredil se racla la gorge. Devant leur absence de réaction, elle se leva sans plus aucune considération pour leur présence.
Thranduil se détourna immédiatement en se maudissant, mais Sirion s'attarda un instant pour poser un regard appréciateur sur l'elleth. S'en fut trop pour Thranduil, qui administra une claque derrière la nuque d'Arphen, le forçant à détourner le regard. Mais loin de s'offusquer, ce dernier laissa échapper un rire :
- Ahaha, Gwador nim, mon frère [de coeur/d'arme], si loin est l'époque ou les elfines, grandes et belles nous laisser les regarder sans se soucier de la pudeur ! Elles étaient fières que nous daignons dévorer des yeux leurs corps magnifique ! Ah ! Je donnerais n'importe quoi pour retrouver les bains d'Arnor !

Le souverain Sindar lui jeta un regard surpris devant sa réaction enfantine venu d'un autre âge. pendan tu instant, il revoyait l'Arphen rieur et poète qu'il avait connu, cet Orphelin rebel qui l'entrainait dans les pires problèmes que le jeune prince insouciant pouvait connaître.

Le retour de Niphredil vêtu du manteau trop grand pour elle du prince du Beleriand le ramena à la réalité, et ce n'est qu'avec un bref signe d'adieu qu'il quitta les appartements de celui qu'était devenu son rival, sentant une plaie de son fea prête à se rouvrir.

C'est d'un pas que Niphredil peinait à suivre que le roi la mena jusqu'à ses appartement, où Murron les accueillit, en offrant de leur servir des rafraichissement. Alors qu'elle faisait le service, Thranduil brisa enfin le silence :
-Es tu une des servantes ramené ici par Arphen ?
-Oui, Monseigneur, je…

Sans attendre, Thranduil lui administra à l'humaine une gifle puissante qui la projeta au sol. Niphredil resta un instant sidéré devant cette brusque violence, mais alors qu'il lui administrait un coup de pied dans les côtes, elle s'interposa, retenant le prochain qu'il qu'il allait porté à sa servante :

-AS TU PERDU L'ESPRIT ? QU EST CE QUI TE PRENDS ?
- Jamais je ne lèverais la main sur une elleth, et encore moins sur toi, cruelle Niphredil, alors je corrige ta servante à ta place. Enfin, si tu es assez sotte pour croire qu'elle t'es fidèle, car sinon l'on peut dire que je met en garde une espionne d'Arphen.

L'elleth resta devant la pauvre Murron ,surprise et furieuse, mais sachant que l'affrontement directe ne saurait résoudre cette situation. Elle inclina la tête et commença à conter le récit de ce qui l'avait poussé à finir inconsciente à la merci d'Arphen.
Il la regardait avec intensité, cherchant à déceler le mensonges dans ses propos, mais il savait pertinemment que Niphredil n'était pas une menteuse. Aucun doute que si elle avait fait de son rival son amant, elle ne l'aurait jamais suivi, ni fait acte de contrition pour apaiser sa colère. Non, elle lui aurait jeté sa liberté en plein visage et l'aurait humilié devant ce sale serpent.

-Sort d'ici, Firiel, jeune mortelle, gronda le souverain à la servante qui se relevait difficilement en restant prudemment derrière Niphredil.
-Va voir Amdir, de ma part, ajouta Niphredil. Qu'il te soigne, et garde toi de parler à quiconque de ce qui vient de se passer.
Cette dernière s'exécuta promptement, trop heureuse de pouvoir quitter cette pièce avant que le souverain ne s'en prenne de nouveau à elle. Une fois que la porte claqua derrière elle, Thranduil poursuivit :
- Arphen a pour blason le faucon, mais le serpent lui sied bien mieux. Il s'insinue partout, délicatement, pour frapper au moment opportun. Tu ne dois pas lui faire confiance, ni être seule avec lui ! C'est un coureur de jupons, ta réputation en serait à jamais ternie.
-Je n'ai cure de ma réputation quand il est question de la volonté des Valar ! S'exclama Niphredil, laissant enfin parler son émoi. Je croyais que je devenais folle Thranduil, alors que j'entendais la voix de Mandos m'appeler, encore et encore ! En dépit de vos querelles, il m'est venu en aide ! Il m'a guidé ! Je serais prudente avec Arphen, concéda-t-elle, mais si à nouveau, il se révèle être le seul à pouvoir m'aider… C'est la Volonté de Mandos ! Pas seulement pour moi, Thranduil, mais pour Vert-Bois !

Thranduil retint une remarque autoritaire, lui accordant un instant d'admiration silencieuse. Il ne pouvait nier qu'elle avait été choisi par Mandos pour accomplir quelque dessein, mais il n'aurait pas cru avant cet instant, qu'elle oeuvrait non pas seulement pour la volonté du Valar dans une affaire relevant de sa propre destinée, mais aussi dans l'intérêt de Vert-Bois.

Tu es prête, songea t il avec un sourire triste.

-Fais ce que tu as à faire, mais reste prudente, concéda-t-il. Tes intentions sont louables, mais le discernement reste la clé de l'équilibre. Il ne s'agit pas de foncer tête baissé dès que l'on te dit que "cela servira Vert-Bois", certains elfes mal intentionné pourrait bien retourner cela contre toi… Et je ne parle pas seulement d'Arphen. Vert bois est comme tous les royaumes, avec son lot d'intrigants, qui risques de s'interesser à toi, maintenant que tu es une elleth.

-J'aurais une dernière question sur Arphen…

-Oublie donc ce serpent pour le moment, coupa-t-il avec agacement, j'étais venu te parler de choses de la plus haute importance. Tu n'es plus une enfant, il est temps que tu saches qu l'Oracle nous a prédit un avenir de guerre.
Si en premier lieu, Niphredil voulu le chahuter un peu, cette déclaration lui rendu tout son sérieux, bien qu'elle ne le surprit pas outre mesure, au vu des paroles qu'avait proféré Mandos.

-Qui ? Quand ?

-Nous n'en savons rien, Niphredil, avoua le souverain avec lassitude. Ces questions me rongent jours et nuit, mais aucune réponse ne vient… Nous préparons nos armées, pour quand le jour viendra.. mais nous sommes aveugle.

Niphredil sentit sa crainte, et en dépit de ses accès de violence d'il y a quelques instants, elle le prit tendrement dans ses bras, le surprenant par cet élan de douceur.

-C'est parce que toi, mais aussi les ellons qui te servent, sont aussi prévoyant et vigilant que, dans dix ans ou dans un siècle, quand cette guerre adviendra, nous survivrons.

Cette fois, Thranduil ne fut que peut toucher par le compliment, fermant les yeux pour enfin révéler ce qui le préoccuper le plus :
-Gondren souhaite te former au combat au corps-à-corps, pour ensuite te voir reprendre ta place parmi les éclaireurs… Tu devras savoir te défendre, mais aussi gérer les situations difficile à grande échelle, Sirion t'instruira de cela.
-Il a déjà bien assez de monde qui ont pareil tâche, rechina-t-elle, alors que Thranduil levait les yeux au ciel.
-Obéiras-tu donc un jour sans faire d'histoires…
-Tu sais que non, roi de mon coeur, dit-elle d'un ton joueur, lui volant un baisé en ce issant sur la pointe des pieds avant de repartir dans un bon léger avant qu'il ne la saisisse. Je ne peux obéir à ce que je ne comprends pas.
-Tu es de très noble lignée, et nul doute que tu feras un noble mariage. Ces notions seront essentielles si tu dois avoir à gérer une maison.

Niphredil se figea à cette déclaration, comme s'il venait de sortir une élucubration obscène.
-Me marier ? Thranduil… Je… Nous verrons le moment venu, dit-elle, le regard plus vide, soucieux. Je vais aller voir Murron …
-Laisse la Firiel, dit-il en l'enlaçant, et je laisserais de côté ces sujets sérieux qui te font fuir… Nous avons eu trop peu de temps ensemble dernièrement.

Après ce jour, Niphredil retrouvait une routine tranquille, loin du prince Arphen et de ses manipulations. Quand elle n'était pas avec Tarnnath, elle prenait le temps de découvrir sa famille, s'entraînant avec Gondren ou un de ses oncles, et apprenait, la gestion à appliquer aux temps difficile avec Sirion et Elena. Un souhait royal, qui avait fait hausser les sourcils du général aux long cheveux roux, mais qui s'était pourtant tenu à étouffer la curiosité de Niphredil: un ordre était un ordre, nul n'avait à questionner le roi pour sur ses motivations. Elena n'avait de cesse de lui répéter qu'elle avait de la chance, mais Niphredil se sentit vraiment chanceuse quand elle eut l'occasion de retourner de nouveau dans l'arène d'entraînement, et revêtir sa tunique de Vert-bois pour retrouver son capitaine, en vue de réintégrer son détachement d'éclaireur.

Ce soir-là, Wilwarin l'attendait en fin journée, alors que l'endroit se vidait lentement des derniers guerriers qui accordait des sourires encourageant à Niphredil.

Son capitaine l'accueillit avec une accolade chaleureuse, déjà suintant de transpiration, mais déterminé à l'aider à reprendre son entrainement après des lunes d'interdiction par décret royal. Il brandi deux épées d'entraînements, tout sourire bien qu'il regrettait de devoir attendre pour lui remettre un bel acier entre ces mains dont les meurtrissures de ces dernières mésaventures s'étaient estompés.

-Thranduil a dit, pas d'arme pour le moment, releva Niphredil. Soit disant, "pour faire face aux pires situations".

-Elles sont en bois, ce ne sont pas des armes à proprement parler… Enfin, pas plus qu'un barreau de chaise…

Sans prévenir, il l'attaqua quelques instants plus tard, cherchant à réveiller ses réflexes depuis trop longtemps endormi en elle.
Il ne fut pas déçu, car même si elle avait perdu en musculature et en puissance en dépit d'une récente reprise d'entraînement, Niphredil demeurait une guerrière dans l'âme, qui s'était entraînée des dizaines d'années durant.

Un jour, nous compterons son entraînement en siècle, et comme ceux de son sang, elle sera ira alors comme une brise meurtrière sur le champs de bataille. Songea-t-il avec un pincement au coeur.

Aujourd'hui il la menageait et il se plaisait à parfaire son enseignement, mais son destin n'était pas d'être sa subalterne pour des siècles, il en avait la certitude.

Alors qu'elle reprenait son souffle, il s'attarda un moment à l'observer, ses tâches de rousseur mutine et ces boucles rebelles qui reflétaient si bien son caractère. Mais il voyait aussi ses armes de la meilleure facture qui soit, un collier d'émeraude à son cou… Elle était définitivement destinée à la grandeur, à épouser un ellon comme Arphen…

Non, un ellon meilleur encore, plutôt un des fils d'Elrond, ou même Legolas ! A nen pas douté, cela ferait la joie de son père !

Lui, aurait aimé lui remettre une fleur blanche, non pas parce qu'il voulait retrousser ses jupons et encore moins l'avoir comme épouse, mais par ce qu'il aimerait partager avec elle son plus grand secret qui lui brûlait particulièrement les lèvres ces temps-ci. Mais il craignant tant le courroux de Gondren, que de se confier, même a elle.

Ils s'entrainèrent ensemble une grande partie de l'après-midi, jusqu'à ce que la lumière ne décline, annonçant le début d'une soirée pluvieuse au-dehors, car l'air était humide et parfumé d'humus.

L'arène est totalement vide de spectateur à présent, seulement ponctué de bruit de choc et de halètement, jusqu'à ce qu'un jeune homme arrive armée d'une mandoline, les gratifiants d'un air entraînant et joyeux, plus propices aux soirées de beuverie qu'aux entraînements.

-Compagnons ! La nuit est là, les chants et le vin aussi, par pitié, lâchez ces armes et allons boire avec ces elfesqui savent ce que veut dire danser !

Arnulf entrait dans l'arène. Le jeune homme aux boucles blondes et yeux qui rappelait le ciel d'été jouait quelques notes de sa mandoline, vêtu d'une élégante livré verte et jaune alors qu'il esquivait une révérence peu conventionnel devant Niphredil.

Cette dernière fut surprise de voir un Homme au coeur du refuge, pensant qu'il n'y avait que les quelques serviteurs amenés là par Arphen qui avait eut ce privilège, or ce poète n'avait rien du genre des gens du prince sindar.

-Niphredil, voici mon ami, Arnulf, poète, conteur, fripouille… Je le connais depuis quelques années, et.. commença Wilwarin, légèrement mal à l'aise.

-Et tu as tardé m'inviter dans ce royaume merveilleux ! Allons ne tardons pas ! Je n'ai pas l'éternité pour boire, moi !

Il saisit Wilwarin par la main, et fit mine de l'entraîner vers la sortie sans atteindre. Les deux elfes lui emboîtèrent le pas vers la sortie de l'arène où il s'exclama, haut et fort d'une voix mélodieuse !

Faites place ! Car j'ai la Gueule de Bois !
Oui, La gueule de bois ! La gueule de bois !

Point d'eau fraîche, et trop de vin je bois !

Quand ma mère, mes soeurs et frère,
On voulu me mettre au travaille
Pour gagner l'écu dans les champs de paille

Dans les tonneaux , c'est là que je bus, moi

Point d'eau fraiche, mais du bon vin de noix !

Depuis, Nul n'est avide de boire autant que moi !

Qu'importe, je suis le roi de ceux qui ont la gueule de bois !

Les deux elfes étaient hilare, esquivant quelques pas de danse sur la route des jardins, quand, alors qu'il passait au-dessus du lac qui entourait Bar Rhunnen sur un pont sans rambarde. Goguenarde, Niphredil poussa Wilwarin dans l'eau, lui offrant, dit-elle, un bain nécessaire avant d'aller rire avec les demoiselles.

-Joyeuse Niphredil, nous ne nous connaissons que peu, fit le barde, mais je pense qu'il est de mon devoir de vous aider à suivre le même chemin que votre supérieur, pour votre bien, cela va sans dire !

Avant qu'elle ne puisse se prémunir de l'inévitable, elle aussi nageait au côté de son capitaine qui vengeait sa chute dans de grande éclaboussures.

Toute la soirée et la majeur partie de la nuit, les trois lurons allèrent de fête en facéties, pareils à des enfants qui venaient de se retrouver après une longue séparation. Arnulf et Niphé s'entendaient à merveille. Quand le barde voulu la chanter la chanson de la belle et l'ours dont il était si fier, lui contant que c'était pour le remercier de cette chanson que Wilwarin avait consenti à le faire entrer dans la cité elfe, ce dernier lui arracha son instrument des mains, arguant qu'elle était de mauvais goût. Il lui lança un regard appuyé, n'osant pas croiser le regard de Niphredil qui n'avait pas vu sa gène, et c'est là que le barde réalisa qu'il connaissait la partie la plus sombre de sa vie, avant même d'avoir vu.
Il aurait cru l'elfe de son histoire morte au vu de ce qu'avait dit Wilwarin, mais il la voyait, la souriante, jouant avec Wilwarin dans une complicité qu'il jalousait. Avec tristesse, il se demanda comment il pouvait rivaliser avec une elfe, si forte et résiliente, que ce soit celle-ci ou une autre, si belle, si éternelle… Puis il se souvint de la fascination des elfes pour l'éphémère, l'ombre de son coeur se dissipa aussi vite qu'elle était venue, il saisit Wilwarin par les épaules pour l'entraîner dans une danse.
Qu'importe ce qu'il adviendra au siècle prochain ! La vie est ici et maintenant !

Ils finirent ivres et grisés de bonheur, et ce n'est qu'à premier signe de l'aube que Niphredil laissa ces deux compagnons de foire pour remonter vers les hauteurs de Bar-an-Aran, guillerette.
Une fois devant sa porte, elle hésita un instant à entrer, puis ouvrit la porte seulement pour y jeter sa cape nocturne avant de poursuivre sa route vers les appartements royaux dans un grand éclat de rire.

Murron, qui était déjà réveillé , la regardait agir, puis se glissa dans les escaliers et se rendit d'un pas pressé dans les appartements ou Arphen demeurait, se faisant aussi discrète que possible.

Les servantes du seigneur la connaissaient bien et la laissèrent entrer sans poser de question. Faussement paisible, le prince aiguisait son épée de cavalier, impatient de reprendre la chasse d'automne alors qu'il n'était pas revenait fraîchement d'une chasse après un cerf noir qui avait duré pas moins d'une lune. Il leva tout juste les yeux quand la servante été entrée en trombe, prenant tout juste le temps de faire une révérence avant de s'exclamer d'un ton triomphant :

-Monseigneur, je n'ai plus de doute, je puis vous assurer que la demoiselle Niphredil est bien l'amante du roi Thranduil. À l'instant même, je viens de la voir se glisser dans ses appartements avec des intentions limpides.

-Tu es bien sûr que ceux sont ceux du roi, et non du prince, Murron ?

-Oui monseigneur, j'ai bien pris garde à m'en assurer, cette fois.

-Je l'espère, car cette information est aussi capital pour moi, que pour toi. Si tu dis vrai, tu pourras rentrer dans ta famille avec de quoi les faire vivre pendant dix ans, sinon… Je les tuerais tous, y compris ton frère qui est encore au berceau.

-Je n'ai aucun doute, assura à nouveau la jeune femme en pâlissant. C'est bien souvent qu'elle découche et qu'elle prétexte pour se rendre auprès de Thranduil, ou elle reste souvent la nuit, pour en revenir vêtu comme une princesse. Je ne comprends même pas comment nul n'a pu s'en rendre compte jusque-là.

Sirion retint un sourire satisfait, retenant une remarque sarcastique. Seul un air carnassier inquiétant se peint sur son visage alors qu'il ruminait un plan qu'il mûrissait depuis des années, ou il restait dans cette caverne bien trop étroite à son goût. Sa patience allait bientôt payer, mais pour assurer son triomphe, il devait encore attendre :
-Bien, laissons les en paix pour aujourd'hui. Sais-tu quand elle ira de nouveau froisser les draps royaux ?

Legolas aimait l'aube, sa lumière chaleureuse qui annonçait une nouvelle journée, ainsi que la tranquillité de la cité à ces heures encore fraîche. Il aimait particulièrement sortir de la cité pour s'entraîner ainsi à l'air libre, courant sur la terre meuble de la forêt et revisitant ces pièges et ses subtilités, affrontant parfois seuls les créatures malveillantes sans avoir à se soucier de la sécurité de son escouade.
La liberté, tel que nous aurions dû savoir la conserver en tenant tête à l'Ombre...

Ce jour-là, il avait été parti plus tôt qu'à l'accoutumé, désireux d'aller plus loin, hors de la vigilance des gardes de la cité, pour sentir la brise du vent de l'aurore sur son visage. Mais sa course fut vite perturbée par quelques araignées de Dol Guldur trop confiante. Grisé par ce vent de liberté qui faisait virevolter ses cheveux, il les tuait rapidement, les prenant par surprise sans leur laisser la moindre chance.

Aussi satisfait qu'inquiet de la hardiesse de ces monstres pour oser s'aventurer si proche de leurs terres, il rentrait néanmoins d'un pas victorieux au matin, rencontrant les regards complice et envieux des gardes des portes de la cité, allant en courant du pas silencieux et rapide du cerf blanc de l'Est.
Alors qu'il rentrait à ces appartements pour un repos bien mérité, il rencontra Murron, la servante de Niphredil. Cependant, il ne s'étonna pas quand cette dernière annonçait porter une lettre à son attention portant le sceau de son père. La fille de Gondren dédaignait les raisons qui poussaient les seigneurs à conforter leur pouvoir en usant de servitude sur de pauvres gens, et ne cessait de congédier la demoiselle à d'autres tâches pour peu qu'elle soit loin d'elle. Sans doute, le roi Thranduil en avait-il profité pour lui confier une mission.
Ce dernier voulait le voir le plus rapidement possible, apparemment à propos de la menace qui semblait s'étendre de Dol Guldur et qui avait atteint leur terre pourtant a des mille au nord de ce lieu maudit. Hélàs, la menace était bien réelle, comme avait pu le constater le prince il y a quelques heures à peine.
Etait-ce un hasard, ou est ce que la situation était à ce point préoccupante qu'elle requerrait une intervention armée urgente ? Legolas n'en savait encore rien, mais ces monstres, bien trop près de leurs portes, et ce message si matinal le poussa à ne pas attendre davantage pour évoquer ce sujet avec son père.

Il faut se hâter, cesser de se croire invulnérable dans ce refuge, où lui aussi, il serait un jour détruits comme notre cité dans les arbres de jadis…. Mais cette fois, où irons nous nous réfugier ? Nous risquons de perdre notre royaume au profit de l'horreur.

Confiant et empli de réflexions passionnées, l'ellon montait les marches qui menait aux appartements royaux, étonné de trouver une porte entrouverte.

Il a surement dû abuser de vin, cette nuit encore, songea-t-il avec une moue dégoûté, alors qu'il poussa la porte de bois précieux, s'attendant à trouver un spectacle aussi triste que pathétique. Il soupira et se promit de passer sur ce manque de tenue, car c'était un sujet bien plus important qui l'animait. Passant la porte, il constatait avec surprise qu'il n'y avait pas les habituelles carafes vide ou brisées qui jonchés le sol, victime de royales accès de violence, symptôme du mal qui dévorait son féa depuis des millénaires.

Mais il fut surpris de voir des lieux impeccable, "sûrement une oeuvre de cette servante, qui relève du miracle", pensa-t-il, bien qu'il ne parvenait pas à être totalement confiant dans ce brusque changement de comportement.

Ses sens en alerte, il se dirigeait vers la chambre, alors qu'il tentait d'ignorer les avertissements de son esprit pour franchir le pas de la porte, ouvert à tout-vent.

Il passa l'embrasure, toujours silencieux, et la quiétude de la scène fut troublé par le bruit de son arme qui avait glissé de ses doigts pour se planter dans le plancher dans un tintement typique du mithril.

Son père était là, vautré dans un luxe royal de draps de soie et de coussins brodés, levant vers lui un regard surpris alors qu'il caressait contre lui le dos de Niphredil, qui comme lui, était alangui dans son plus simple appareil, ne laissant aucun doute sur la nature de leur relation réelle.

Un instant, tous restèrent figés, incapable de prononcer le moindre mot, mais le bruit de l'arme de Legolas se fichant sur le sol les tirèrent de leur torpeur. Alors que Legolas tournait les talons, Niphredil le rattrapa sur le pas de la porte, tout juste vêtu d'une tunique trop grande pour elle, fermée par une unique attache dans la précipitation :

-Par pitié Mellon, je t'en supplie, trouve en ton coeur de l'indulgence de nous pardonner pour cet amour…

Le prince s'arrêta net dans un rire froid, glacial et la coupa :
-Oh naïve Niphredil, quelle misère que tu n'es pas eut de mère pour te mettre en garde contre les ellons et leurs appétits… Allons, viens, puis ce que tu es là.

Il la saisit par le poignet d'une prise ferme, voulant l'entraîner avec lui dans les escaliers, mais Thranduil ne tarda pas à arriver :
-Fils, que fais tu ? Lache, là, nous allons discuter, de père à fils...

-SILENCE ! Je ne veux rien entendre de ta part, garde ta langue fourchu entre tes dents ! Je ne te savais pas si cruel pour vouloir réduire ainsi sa vie à néant alors qu'elle est tout juste Elleth ! Tu insultes la couronne d' Oropher, tu insultes Gondren ET TU INSULTES TA ÉPOUSE ET REINE ! Niphredil, vient, c'est un ordre !

L'elleth aux cheveux roux restait figé, incapable de réagir, mais le prince, a bout de nerfs, l'empoigna pour la jeter son épaule, ne jetant pas un regard à son père qui était devenu livide, aussi raide et incapable d'agir qu'une statue de glace.

Le prince était allé d'un pas rapide et furieux jusqu'à la maison de soin, silencieux, et avait jeté Niphredil dans une chambre en ordonnant qu'on appel le médecin en chef sur la minute, et nul autre, avant de refermer la porte à clé.

L'attente n' améliorait en rien son humeur et quand Amdir arriva au pas de course, à moitié débraillé en craignant quelque catastrophe, il dessert enfin les dents :

-Mon prince êtes vous blessé ?

- De ce genre de blessure que nul ne peut guérir, mellon, car c'est l honneur de ma lignée qui est touché. Je t'ordonne d examiner l elleth qui est dans cette pièce, de découvrir si elle porte la vie en son sein et de voir si elle a été violentée récemment dans son corps ou dans son fea. Tu ne feras ton rapport à moi, et à moi seul, Amdir. Il en va de la stabilité du royaume.

Amdir s inclinait, inquiet, mais ne dit rien et entra dans la pièce sans délai. Il avait rarement vu Legolas dans un tel état, et craignait le pire. Une fois qu il eut refermé la porte derrière lui, il s'autorisait enfin un regard vers sa patiente, et fut plus que surpris de voir Niphredil, à peine vêtu d'une tunique bien trop grande pour elle.

-Niphė… Par tous les Valar que fais tu là ?

-Je… dit-elle en détournant le regard, j ai déplu à notre prince…

D'un geste fraternel, il se saisit d'un drap plié posé non loin et l y enroula pour protéger sa pudeur et s assit près d elle.

-Legolas veut que je t'examine, pour, enfin… Est-il ton amant ?

L elleth eut un rire bref et triste, puis déclara :

-Oh non, je ne serais pas là si c'était le cas… Les Valar me gardent de sa fureur…

Tout était de plus en plus confus pour Amdir, qui d'ordinaire, était assez clairvoyant avec ces pairs, mais cette fois, le mystère demeurait, car Legolas n'était pas un ellon colérique, et que son affection fraternelle pour l'elleth était sincère. Aussi, il choisit un approche plus directe :

-Legolas m'a demandé de m'assurer que tu ne portais pas d'enfant, et que tu n'es subi aucune violence d'ordre physique ou mental...

Niphredil lui lança un regard choqué, mais baissa la tête et ne répondit rien. Il savait depuis longtemps qu'elle gardait un secret, et avait toujours soupçonnait que plus d'une de ces décisions avaient été motivé par un amour secret, mais aujourd'hui, il réalisait qu'il avait largement sous-estimé la portée de ce dernier. Il l'approcha d'un pas lent avec des paroles rassurantes, alors qu'il remarquait enfin sur son dos la tunique blanche étincelante dans laquelle elle nageait.

C'était un ouvrage d'une grande qualité, qui ne pouvait appartenir qu'à un noble ellon, alors immédiatement, il songea à Arphen, connu pour être un bourreau des coeurs. Alors qu'il l'examinait, il retournait le problème dans son esprit et fini par considérer que cette information était pertinente pour son diagnostic:

-Depuis quand… depuis quand es tu l'amante d'Arphen, Niphé ?

Elle lui lança un regard surpris, puis déclara :

-Oh, Elena aimerait tant que tu aies raison, mellon… Peut-être m'imposera t-on pareil mariage dans un avenir proche…. Mais si tu dois garder un secret, mellon, alors garde celui-ci : le roi devant lequel tu t'agenouilles, sera le seul ellon qui gouvernera jamais mon coeur.

Il lui lança un regard choqué, ôtant les mains de son ventre qu'il palpait délicatement à la recherche d'un signe d'une nouvelle vie, alors que dans son esprit, des événements prenaient à présent un sens. Combien de fois il avait été surpris tant de la générosité que de l'emportement du souverain Sindar à propos de cette elfine dont il aurait pu déléguer la responsabilité en un claquement de doigt.

Il aurait aimé rire d'une boutade à la limite de l'inconvenance qu'il pouvait tolérer, mais Amdir savait qu'il aurait déjà soupçonné cette relation si il n'avait pas toujours été convaincu que le Grand Roi des Elfe était au-dessus de la passion déraisonnable.
C'est la sueur au front qu'il reprit sa recherche de l'étincelle de vie dans les entrailles de Niphredil, incapable de répondre, se réfugiant dans les gestes rassurant de sa fonction. De ce qu'il découvrirait, dépendait la stabilité du plus grand royaume elfe qui soit en ce monde.

à suivre !