La chronique du Savant, épisode 31 : « Les zibelines triompheront bien » de Mirka Fay.
Bonjour lectrices, lecteurs et très chers auteurs.
Avant de passer à l'épisode du mois, souhaitons la bienvenue à une nouvelle chroniqueuse, j'ai nommé : Timaelan !
On se retrouve pour l'épisode 31 portant sur « Les zibelines triompheront bien » sur le fandom Harry Potter. Une courte fanfiction de 10 chapitres que je vous propose de découvrir. Sans plus tarder, voici l'épisode 31.
1° Le résumé
« Les zibelines triompheront bien » de Mirka Fay
« Les zibelines avaient bien failli disparaître au début du XXème siècle à force d'être traquées pour leur fourrure. Des décennies plus tard, Sybil Kvapilová n'était pas prête à les laisser s'effacer dans l'indifférence générale, et elle comptait bien sauver Regulus Black avec elles. »
2° L'analyse
La review de Timaelan
Premier avis pour la Chronique en ce qui me concerne, nous voilà dans l'univers d'Harry Potter avec Les « Zibelines triompheront bien ». Il faut quand même que je précise tout de suite que je ne connais quasiment rien d'Harry Potter.
Où l'on suit Regulus Black, élève de 6ème année, fils de bonne famille au destin tout tracé, croiser le chemin d'une nouvelle élève (Sybil, OC si j'ai bien compris) qui va peu à peu lui ouvrir les yeux sur les complications de ce monde. Pour la suite je vais spoiler un petit peu.
D'abord, le style est impeccable. J'ai été bluffée par l'intelligence de l'écriture qui évité habilement tout un tas de pièges gras et répandus. Du coup, c'est un délice à lire pour ceux qui apprécient les phrases qui vont au-delà de sujet/verbe/complément.
J'ai particulièrement aimé le personnage de Regulus, dont je rappelle qu'il ne m'évoque absolument rien au départ puisque je ne connais pas HP (il finit méchant dans HP, non ?). Il est magnifiquement construit, tout dans la maîtrise malgré ses doutes et ses blessures.
Le personnage de Sybil est également bien manié, et s'agissant d'un OC, ça mérite d'être souligné. J'ai personnellement moins accroché que Regulus, mais c'est certainement en lien avec le sujet que je développerai par la suite.
Alors évidemment, on voit la romance arriver, mais ça reste assez subtil au début et là aussi, c'est plutôt bien joué.
Sur le fond, malheureusement, l'histoire ne m'a pas vraiment accrochée. C'est une impression qui est certainement très subjective mais le côté croisade « me-too » qui hurle sa douleur, c'est pas trop mon truc. J'aurais aimé qu'on fasse sortir Regulus de sa zone de confort autrement que par ce biais. Pour le coup toute la subtilité injectée dans le récit se retrouve ruinée par cette unique motivation de Sybil, qui s'avère être le moteur de l'intrigue.
C'est néanmoins un thème très à la mode qui conviendra sûrement à beaucoup de lecteurs. Si c'est votre cas, je vous recommande chaleureusement d'aller tester ce bijou d'écriture.
Les impressions de Rozenn
Nous voilà à nouveau ressemblés pour l'analyse d'une fic que j'ai moi-même proposée à la Chronique parce que je ne concevais pas qu'un tel petit bijou se perde dans la mer de fanfictions qui composent le fandom d'Harry Potter, et s'éteigne pour cause d'un manque de retours. J'ai eu la chance de tomber sur ce trésor au gré de mes errances à la recherche d'une bonne romance et d'un récit qui ait du sens, et je n'ai pas été déçue. C'est le type d'histoire de qualité qui me fait aimer les fanfictions et confirme que non, la fanfiction n'est pas un sous-genre de la littérature mais bien un art à part entière qui mérite d'être davantage considéré.
Bref, je m'égare.
Je ne promets pas de rester objective face à ce récit qui répond parfaitement à mes préférences, mais je tiens à partager avec vous les raisons pour lesquelles j'ai tant apprécié cette histoire. Sans plus tarder, place à l'analyse !
Cette petite fic au titre bien énigmatique, qui comporte 10 chapitre (je me suis arrêtée au 7 faute de temps pour lire les 3 derniers), prend place à l'époque poudlardienne des parents de notre petit balafré préféré. Mais point de facétieuses plongées dans le train-train quotidien des Maraudeurs ici. L'auteure a pris le parti de nous entraîner dans l'univers plus torturé et nuancé des Serpentard sang-pur, avec Regulus Black comme point d'ancrage. On suivra essentiellement son évolution mois après mois dans ces eaux troubles sur fond de romance, en compagnie d'une petite poignée d'OC parmi lesquels se trouve notre héroïne parfois bien anti-héroïne qui va bouleverser sa vie, j'ai nommé Sybil.
Quels sont les points qui m'ont fait apprécier cette histoire ? Il y en a plusieurs. Tout d'abord, et c'est le plus gros point fort de cette histoire tout comme, selon les considérations de chacun, cela peut être sa plus grande faiblesse c'est le sujet choisi. À la lecture, on se rend compte qu'on est face à un écrit engagé qui traite avec une remarquable finesse un thème très difficile à aborder : le viol. Sauf que le texte ne se contente pas de ça. Il aborde tous les aspects liés à cette thématique, comme le traumatisme des victimes, la culpabilisation dont elles font l'objet, les solutions désespérées trouvées pour se protéger d'une telle agression, la parole tue et libérée, les revendications et révoltes face à la situation. Et la reconstruction, longue, difficile, douloureuse, parfois impossible. De ce fait, on se retrouve embarqués dans un écrit extrêmement riche, bien que très sombre, qui ne sera pas sans évoquer notre propre société à travers la société sorcière fictive. Et cette mise en abîme est d'une efficacité redoutable.
Peut-on dire, au vu du sujet qu'il porte, que ce texte est féministe ? Sans aucun doute, à mon sens. Même si on devrait pouvoir évoquer ce sujet sans l'associer à une forme de revendication car il serait normal de s'indigner face à ce crime. Peut-être cette fic heurtera-t-elle du coup certains esprits obtus, ou une sensibilité exacerbée, et rebutera donc certains lecteurs. D'aucuns y verront plutôt un texte profondément pédagogique sur le vécu des victimes de viols, les multiples formes que peut prendre ce crime. Ce qui ressort clairement, c'est que l'auteure maîtrise son sujet et la manière de l'introduire. Grâce aux personnages et à une progression du récit maîtrisée, ça passe comme une lettre à la poste en ce qui me concerne. Après, ce sont des problématiques auxquelles je suis déjà sensibilisée, donc ma perception différera sans doute de celle d'autres lecteurs.
Dans tous les cas, on voit que l'auteure maîtrise son sujet et, par conséquent, la progression de son récit.
Autre point fort de cette histoire : les personnages. Ils sont très bien développés. S'il faut donner un mot pour les qualifier, je dirais qu'ils sont gris. Oui, pas de personnage tout blanc ni tout noir, la plupart sont tout en nuances, en plus d'être fidèles à l'image qu'on peut s'en faire pour ceux qui font partie du canon.
Prenons l'exemple de Regulus. On ressent tout de suite que c'est le personnage qui doit absolument rentrer dans les clous vis-à-vis de sa famille et de sa réputation, ce qui lui colle une pression monstrueuse. Il y a aussi beaucoup de colère chez lui par rapport à la désertion de son frère, au double sentiment de trahison qu'il éprouve à l'idée d'avoir perdu son aîné, mais également son bouclier face aux obligations familiales. Mais c'est aussi un sang-pur, élevé comme tel, bourré de préjugés et peu disposé à remettre en question son univers. Même au contact de Sybil, il rechigne à changer son point de vue et à s'arracher à l'emprise de son rôle de futur Mangemort. Et c'est ce qui en fait un personnage très crédible. Il ne change pas du tout au tout, ne s'abandonne pas à ses sentiments pour Sybil avec facilité, ne quitte pas le mauvais camp dès les premiers chapitres.
Passons maintenant à Sybil qui, étant un OC, est le plus gros vecteur de risques de basculement vers la tant redoutée Mary-Sue. Et c'est un écueil joliment évité. Car non, Sybil n'est pas une beauté, elle a un physique ordinaire. Non, elle n'est pas davantage appréciée par l'ensemble de Poudlard, ou du moins seule la façade qu'elle arbore constamment est appréciée, pas la véritable Sybil. Car la véritable Sybil est profondément torturée, traumatisée par ce qu'elle a subi. Elle est dotée de qualités, comme un sens aigu de la justice et une grande loyauté, mais également de défauts, avec une franche tendance à basculer dans la violence et donc à se montrer extrême, avec un penchant prononcé (et compréhensible) pour la vengeance. Mais Sybil est surtout l'incarnation du changement, la voix des victimes, l'arme contre les préjugés. C'est essentiellement elle qui porte les revendications du texte, même si elle n'est pas la seule.
Autre personnage très intéressant : Josephine. Archétype de la parfaite sang-pur, hautaine, méchante, détestable, engoncée dans les préjugés, passive. Et étonnamment fidèle aussi. Mais tout simplement victime, elle aussi, de son statut, des restrictions imposées à la gent féminine par la société sang-pur très patriarcale. Et, malgré tous ses défauts, consciente d'être rattrapée par son statut de femme et solidaire avec les autres, en pensée du moins.
Parmi les hommes, on a de tout également. Les agresseurs, de l'égoïste au prédateur. Ceux qui refusent de voir ou ne parviennent pas à comprendre. Et ceux qui ouvrent les yeux et leur esprit. On a une belle diversité de caractère qui évite l'écueil d'une potentielle stigmatisation de la gent masculine, et c'est cet équilibre qui donne de la crédibilité tant aux personnages qu'au récit.
D'un point de vue général, l'intrigue est plutôt bien menée, même si l'histoire est davantage centrée sur le côté psychologique que sur l'action. L'histoire démarre de façon plutôt originale, le sujet tombe à pic, ni trop tôt ni trop tard. Quant à la romance, on peut peut-être la trouver un peu rapide au départ, mais compte tenu du fait qu'il s'agit d'une fic courte, et en creusant davantage la relation des deux tourtereaux, on s'aperçoit qu'elle n'arrive pas si tôt que ça, et que le tour est loin d'être joué.
Quant à la fin (que j'ai rapidement regardée par curiosité), elle s'accorde bien avec la tonalité générale de l'histoire. Et vu ladite tonalité, en tant que lecteur, on flippe en attendant la fin.
Bref, après cet examen du fond dont on pourrait facilement discuter pendant des heures, passons à la forme.
Dans l'ensemble, je dirais que là encore, on a un certain équilibre. Les descriptions sont nombreuses, à l'image des plongées dans la psychologie des personnages, et assez élaborées pour bien planter le décor et l'ambiance. La syntaxe est assez fluide dans l'ensemble. Bref, c'est une jolie plume qui tient cette histoire, et c'est agréable. On a une certaine qualité de langue aussi, avec un vocabulaire riche, maîtrisé et varié. Orthographiquement parlant, c'est un régal pour les yeux, avec très peu de fautes qui sont, pour la plupart, des fautes de frappe. Je reviendrai juste sur deux points qu'on retrouve assez régulièrement dans les histoires et qui méritent donc d'être soulignés.
Tout d'abord, la différence entre « tache » et « tâche ». La confusion s'opère parfois entre les deux orthographes, comme c'est le cas dans cette fanfiction. L'accent circonflexe, dit diacritique (un mot barbare à caser dans vos dissertations pour faire bonne impression), sert à marquer une différence de sens. « Tache » désignera une marque ou une salissure, tandis que « tâche » désignera les corvées, les missions, les devoirs, les choses à faire.
Plus délicat, et j'ai sûrement déjà évoqué ce point : la concordance des temps après la locution « après que ». On a tous tendance à utiliser spontanément, surtout à l'oral, le subjonctif après « après que ». Après qu'elle « ait » marqué les esprits et qu'elle « soit » entrée dans les mœurs, il faut rétablir la vérité : les deux conjugaisons entre guillemets que je viens de faire sont fausse d'un point de vue grammatical. Sur la ligne temporelle, « après que » évoque une action ou un fait passés qui se sont donc réalisés. Et quel est le mode qui décrit ce qui est déjà réalisé ? L'indicatif. Il convient donc de lui redonner sa place après qu'il a souffert de l'analogie qu'on fait avec l'expression « avant que ».
Pour les plus curieux, oui, on utilise bien le subjonctif après « avant que », parce que cette locution se réfère à une action ou un fait qui va potentiellement se produire… ou pas. Et le subjonctif est le mode servant à évoquer l'hypothétique.
Pour terminer cette analyse, je dirai que cette fanfiction est pleine de partis pris, qui peuvent attirer la sympathie comme l'aversion du lecteur. Ce n'est pas une lecture légère qui invite à la détente, c'est un récit qui prend les clichés et les matraque, qui invite à la réflexion et à la remise en question. C'est une fic exigeante qui demande une certaine ouverture d'esprit mais qui peut enrichir un lecteur prêt à écouter. La romance est torturée comme ses protagonistes, mais belle à sa façon, et pas guimauve. En bref, c'est tout un cocktail donnant une histoire très sombre, poignante, désespérante et encourageante, qui ne laissera sans doute aucun lecteur indifférent.
Kiran nous en parle !
Fandom Harry Potter cette fois ci !
Je n'ai aucune connaissance dans le fandom Harry Potter excepté les films (et encore pas le dernier), c'est à dire pas grand-chose. Donc lire cette fic aura été une aventure aveugle dans l'inconnu pour moi. Certains noms de famille me sont familier, mais je serais bien incapable de dire quand l'histoire se passe, qui sont les personnages, ou bien si il y a des ocs dans le lot (à part la protagoniste).
La seule chose que je sais de sûr, c'est que le résumé parle d'un personnage appelé Sybil qui veut sauver une certaine Amy et des espèces de visons magiques appelés des zibbelines avec l'aide d'un certain Regulus qui veut également percer ce mystère.
L'auteure maîtrise sa narration et son intrigue comme une cheffe, les trois premiers chapitres m'ont clouée à ma chaise. Le vocabulaire ne prend pas de risque mais les piques que s'envoient les deux protagonistes ont été délicieux à lire. La narration est fluide et extrêmement travaillée et recherchée. On ressent dans les mots le souci du détail de l'auteure ainsi que sa rigueur. Et chaque mots et cliffanghers de fin de chapitres donne cette petite pique dans le ventre qui vous poussent à découvrir la suite un peu plus.
Les premiers chapitres ont été très divertissants à lire. L'auteure prend le temps de bien mettre en place les éléments de l'intrigue ainsi que les motifs des personnages, tout en gardant une grande part de mystère qui pousse à lire toujours un peu plus de mots.
Le personnage de Sybil me plaît bien. Elle ne recule devant rien pour protéger ceux qu'elle aime et est pleine de ressources.
Regulus est aussi plaisant à suivre car on découvre les mystères en même temps que lui, c'est un personnage sur qui on peut aisément se reposer dans la narration.
La description de Sybil était très intéressante à lire et intelligemment narrée. Mettre l'accent sur le côté exotique d'une femme décrite avec un vocabulaire de « curiosité venue de l'étranger » est une stratégie crédible et originale pour justifier l'intérêt que l'on puisse avoir pour elle. Parier une description sur des archétypes et des stéréotypes d'un trait « général » (comme un groupe ethnique, un pays, un sexe, un club de foot...) rend toujours les personnages (en particuliers les ocs) plus agréable car cela confronte le lecteur sur des attentes et des préjugés déjà existants qu'ielle pourrait avoir sur ledit personnage sans que l'auteur ne s'embarrasse à inventer des caisses et des échelles pour justifier sa présence au lecteur.
Le subplot parlant des violences sur les femmes, en particuliers les personnages secondaires, était très délicieux à lire. Le sentiment d'impuissance et du manque de justice de tous ces personnages qui ne sont pas des acteurs principaux et qui sont noyés dans leurs ombres. Ces personnages qui ne manqueraient à personne car personne ne s'intéresse à eux quand il y a les grands costauds qui font des trucs si incroyables à côté. Sybil veut défendre ces personnages dont on profite de la vulnérabilité impunément, et Regulus qui est à cheval entre les deux mondes celui des grands grâce à son statut de sang pur et ses liens avec les principales lumières de Poudlard, et celui des oubliés car il sait aussi par rapport à son frère ce que ça fait que de vivre en étant toujours rabaissé et comparé à quelqu'un peut changer et devenir une meilleure personne.
Le chapitre 3 est le dernier des chapitres de mise en bouche pour cette fic. Toute les bases sont posées, les caractères sont sur le tapis, l'objectif de l'intrigue est enfin dévoilé : il ne manque plus qu'à faire bouger ce petit monde sur la table d'échec. Je pense pouvoir dire que c'est à la fin de ce troisième chapitre que vous pourrez dire si vous accrochez ou non à l'histoire.
Et c'est à partir de là qu'on commence à soupçonner que ce résumé ne parle pas tant de trafic de fourrures que de faire la lumière sur des affaires de viols de grande ampleur.
C'est une histoire qui parle de deux personnages qui n'ont à priori rien à faire ensemble. D'une éprise de justice trop impulsive et d'un pessimiste mille fois moins aimable qu'une porte de prison d'Azkaban. En général j'ai un énorme faible pour les oc x canon qui ne se concluent pas à la fin, et cette fic me donne de bonnes vibration par rapport à ça, mais bien que cette histoire soit terminée, il est encore trop tôt pour dire si l'auteure va décider de les garder « ensemble pour toujours » à la fin ou non.
Je dois admettre que moi qui suis plutôt frileuse en matière de séries longues, je sens que j'ai bien envie d'accorder du temps à celle-là. Cette fic est une valeur sûre et elle ne fait que 10 chapitres. Si les oc x canon ne vous dérangent pas, vous aimerez sûrement celle-là. Pour ma part c'est la deuxième fic longue d'affilée qui me donne bien envie de savoir la suite.
3° L'interview
« Les zibelines triompheront bien » de Mirka Fay
NDA de Sakka : L'interview de l'auteure sera ajoutée à l'épisode dès que possible.
Je remercie Mirka Fay d'avoir joué le jeu en répondant à mes questions, ainsi que Timaelan, Rozenn et Kiran pour m'avoir apporté leur aide.
À suivre : épisode 32 : « Le secret de la secrétaire Haruno » de Yarney Liag.
*N'oubliez pas d'offrir des reviews à vos auteurs*
