Yo yo yo !

Alors … Cet OS est particulier ? Comme c'est le trentième, et pour plein d'autres raisons, il est en trois partie. C'est un triptyque. Et … Trois parties, qui utilisent trois thèmes retardataires de trois Nuits du mois d'août : Acéphale (avec la consigne d'utiliser des paroles de chanson), Amphisbène et Syncrétisme.

Voilà voilà. C'est un peu mystique ? C'est pas ma faute. Y a trop de bazar dans ma tête. Ça peut être la faute de Misty ? Voilà, c'est la faute de Misty.

Merci beaucoup à Karshall, cœur de lune et scrameustache4 pour leurs commentaires sous l'OS précédent !

5 Sens : la vue, 7

Waltz,

Premier temps

3, 2, 1 : L'œuf du serpent

Izuku est assis dans le coin le plus sombre de la pièce.

Ses cheveux ondulent comme des serpents humides, chargés d'odeurs de terreau, d'électricité, de terreur.

Il a joint les mains devant sa poitrine, ne semble pas capable de défaire les nœuds qui attachent ensemble ses doigts pâles et sans chair.

Son regard prostré, bête et furieux comme celui d'une chèvre aveugle, fixe le vide.

L'énergie d'All For One a recouvert ses jambes de plaques noires et luisantes, de bleus inquiétants et de taches brun-vert qui ressemblent à des écailles.

Sue ses joues, ses pommettes et son front, sa peau est piquée de plumes de serpent.

Katsuki est assis sur une chaise, dans le coin le plus lumineux de la pièce.

Ses yeux sont fatigués de fixer Izuku, et la sclérotique visqueuse et blanche est peu à peu rainurée de lignes rouges, vaisseaux explosés et douloureux.

Les poches lourdes et violettes qui pèsent sur ses paupières lui donnent l'air d'avoir cinquante ans et sa mine affreusement contrite, inquiète, rappelle l'ourse qui veille son petit.

Le sang séché fait des taches brunes sur ses lèvres, colle ses cheveux en mèches sales et compactes.

Deux bêtes aveugles. Il faudra bien pourtant créer le trois.

« Der Vogel kämpft sich aus dem Ei. »

L'oiseau se débat pour sortir de l'œuf.

C'est la première fois qu'Izuku ouvre la bouche depuis qu'ils sont ici. Il semble toujours mort : les mots qu'il prononce, graves et lointains, n'animent rien dans son visage. Katsuki ne savait pas qu'il parlait Allemand. Izuku non plus.

« Das Ei, ist die Welt. »

Cet œuf, c'est le monde.

Katsuki ne comprend rien. Il ouvre la bouche pour parler, mais pas un son ne sort. Il ne peut pas bouger. Il ne peut ni se lever ni crier. Tout ce qu'il peut faire, c'est regarder Izuku parler.

« Wer geboren werden will, muß eine Welt zerstören. »

Celui qui veut naître doit détruire un monde.

Izuku lève la tête vers lui. Il lui sourit, et Katsuki voit distinctement la peau gercée des lèvres qui s'étirent se déchirer, fragile et rouge pâle.

« Tu comprends, Kacchan ?

— Je parle pas Allemand.

— Non, non, non. Ce que je dis : tu comprends ?

— De quoi est-ce que tu parles ?

— Kacchan. Tu es vraiment là ? »

Katsuki se tait. Il ne sait pas quoi répondre. Le visage d'Izuku fait face au sien, mais ses yeux ne s'accrochent nulle part. Il serre les mains plus fort encore, on croirait qu'il veut les enfoncer dans sa poitrine. Son visage se tort.

« Kacchan ? »

Il ne le voit pas. Il ne le sent pas. Katsuki retient un soupir, comme les yeux aveugles d'Izuku se chargent de larmes. Oh non, il va encore pleurer.

« Kacchan ? Kacchan ?

— Je suis là. »

Un hoquet, comme un rire, comme un sanglot.

« Il fait tout noir Kacchan. C'est ça, la mort.

— Tu n'es pas mort.

— Si. Si, si. J'y connais quelque chose, moi, je suis déjà mort avant, toi tu n'es jamais mort c'est sans doute pour ça que tu ne comprends pas – tu sais, maintenant je dois faire un choix, parce que je vais devoir naître tu comprends ?

— Nan, je comprends pas. Tu dis des trucs fous.

— Kacchan, tu es vraiment là ?

— Oui.

— Pourquoi ? »

Katsuki recule à peine sur sa chaise, fronce les sourcils et ouvre la bouche sans répondre. Izuku lui sourit. Il a envie de partir. Il ne peut pas. Pourquoi ?

« Je suis content que tu sois là, même si je suis triste de ne pas te voir. Tu pourrais leur demander d'allumer la lumière ?

— La lumière est allumée.

— Ah bon ? Ah. Bon. Je suis déjà né deux fois, Kacchan.

— Tu dis n'importe quoi.

— Si, si. La première fois, j'ai détruit le monde de ma mère. En naissant, j'ai tué mon père et beaucoup d'espoir.

— Dis pas de conneries !

— C'est pas grave, Kacchan. C'est comme ça, c'est tout. Quand je suis né la deuxième fois, c'est ton monde à toi que j'ai détruit. Tes idées. Ton quotidien. Boum, j'ai tout plongé dans le noir avec moi.

— C'est pas vrai.

— C'était nécessaire. Mais cette fois … Cette fois, si je veux naître encore, si je veux te voir une nouvelle fois, je dois détruire un monde plus grand. Tant que je ne l'aurais pas fait, je serai toujours mort.

— T'es pas mort.

— Tu n'as pas besoin de t'inquiéter, Kacchan. Tu n'as pas non plus besoin de pleurer. Tout va bien.

— Comment tu peux dire ça ?

— Je pense … Tu sais, je pense que tout est dans l'ordre des choses. »

Katsuki ne sait pas bien comment il peut sourire encore, et enfin, enfin, Izuku se lève. Ses mains se délient brutalement et il écarte les bras. Les écailles y ont pris du terrain.

« Der Vogel fliegt zu Gott. Der Gott heißt Abraxas.»

L'oiseau prend son envol vers Dieu. Ce Dieu s'appelle Abraxas.

« Kacchan ? Suis-moi. Je ne vois rien : il faudra alors que tu sois mes yeux. »

.

Ils marchent dans la rue. Au milieu de la rue. Les voitures se sont arrêtées et le monde, lui aussi, semble avoir cessé de tourner. Des caméras les suivent, comme autant d'yeux synthétiques qu'Izuku n'a plus. Autour d'eux bruisse un parterre de serpents noirs et verts et bruns. Ils frôlent les pieds de Katsuki. Ils prennent toute la route, et aussi un peu du trottoir. On les regarde, Izuku guide Katsuki qui guide Izuku vers le sanctuaire bouddhiste le plus proche. Il dit qu'Abraxas sera là-bas, car Abraxas aime les serpents entre toutes les créatures des trois mondes. Quand ils arrivent, Katsuki ne voit pas Abraxas. Il voit All Might.

« Je savais que tu serais là.

— Rends-toi. Tu deviens un monstre. Une abomination. Je ne veux pas devoir te tuer.

— Tu ne peux pas me tuer : je suis déjà mort. Toi aussi, tu vas mourir.

— C'est ce qu'on va voir. »

All Might se rue vers eux. Il les manque. Pas de peu, il les manque de beaucoup. Il est au sol, bientôt, et Izuku est assis sur lui. Il a fermé les yeux – Katsuki se demande quel bien cela peut-il faire.

« Ne te tourmente pas autant, All Might. Si All For One t'a parlé de moi, il a dû te dire que je ne peux pas mentir. Si je dis que tu vas mourir, c'est que tu vas mourir. Vois-tu, je dois naître. Et pour cela, je dois te détruire.

— Pas tant que j'aurai mon mot à dire ! »

Il se débat, mais Izuku le maîtrise, trop facilement. Katsuki n'a jamais vu ça. Il n'aurait jamais cru voir All Might ainsi, aussi pitoyable. Il n'a jamais vu aucun être aussi puissant qu'Izuku.

« All Might. Je ne veux pas me battre.

— Ah non ? Et comment comptes-tu me tuer alors ?

— J'aurais pu te tuer trois cents fois déjà. Mais je veux quelque chose avant. Je sais que tu n'as pas d'héritier.

— Ha ! Si tu crois que je vais te céder One For All, à toi entre tous, tu te fiche le doigt dans l'œil !

— Non, non, pas à moi. A Kacchan. »

All Might regarde Katsuki maintenant. Et Katsuki grimace. Il aimerait ne pas savoir ce dont Izuku parle, mais la vérité, c'est qu'il comprend mieux que jamais. La vérité, c'est que quand il avait seize ans, All Might lui avait offert son pouvoir. La vérité, c'est que Katsuki avait eu trop peur. Qu'il ne s'était pas senti capable. Il savait qu'il décevrait All Might. Et c'est pour maintenant, voilà : la déception dans le regard du Symbole de la Paix.

« Alors tu as fait ton choix ? Tu es de leur côté ? »

All Might reçoit un coup. Izuku s'écarte.

« Ne sois pas bête. Et ne dis pas de choses méchantes à Kacchan. All Might, il n'y a plus de côté. All For One est mort. Tu mourras bientôt. Mais tu ne peux pas être assez égoïste pour laisser ton alter mourir avec toi. Tu comprends, All Might ? Le Bien et le Mal, le Divin et le Démoniaque, toutes ces choses … Toutes ces choses doivent mourir et renaître sous une nouvelle forme, parce que le monde est sale et injuste. All Might. Regarde-moi. »

All Might le regarde. Katsuki voit quelque chose passer dans ses yeux, quelque chose qui ressemble à de la compréhension. Il ne peut rien faire. Il voit sans comprendre, sans vouloir comprendre, All Might s'arracher un cheveu. Le lui tendre.

« Avale. »

Il veut dire non. Il veut penser, encore, qu'il n'en est pas digne. Il n'est digne de rien. Il est faible. Trop faible pour protéger Izuku. Il ferme les yeux. Il a peur du noir.

« Kacchan. Abraxas est un Dieu qui doit concilier l'élément divin et l'élément démoniaque. J'ai besoin de toi, Kacchan. Je veux créer un monde humain. »

Il inspire. Un cheveu dans sa bouche. Quand il ouvre les yeux, All Might est mort, et Izuku lui sourit.

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Voilà pour cette première partie sur trois. En vrai ce serait plus simple de se dire que ce sont trois OS. Mais dans ma tête c'en était un seul de base alors voilà.

Cette partie est celle qui était supposée être centrée sur le syncrétisme, du coup, mais c'est le thème le plus global de tous puisque chaque partie fera intervenir des religions et/ou mythologies différente. Et pour celleux qui ne connaîtraient pas le terme, le syncrétisme c'est en gros le mélange de plusieurs croyances. C'est plus courant en Asie qu'en Europe parce qu'iels ont des religions pas monothéistes et du coup, genre, quand le bouddhisme est arrivé au Japon, les gens ont dit « Nan mais Bouddha c'est cool, mais vos divinités elles sont cools aussi … Si ça se trouve vos divinités shintô c'est un peu des Bouddha ? Hein ? Hein ? », et du coup mic-mac et BAM. Deux religions cohabitent et se mélangent et personne n'est mort. Bref.

A très vite !