Roi des Neiges
Arc Final
Chapitre 40 : La Passerelle
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C'était bien Erik. Son corps, ses cheveux, son visage. Mais son expression… aucun de ses amis ne l'avaient jamais vu avec une expression pareille sur le visage, aussi neutre, aussi…vide.
Non, pas vide, sans émotions. Car oui, il y avait quelque chose. Pas sûr sa bouche ou le reste de son visage, non, tout cela était froid, figé dans une expression neutre. Mais ses yeux…ses yeux étaient ce qui était le plus effrayant car il y avait bien quelque chose à l'intérieur mais ce n'était pas des sentiments. C'était quelque chose de froid, de factuel, de purement et uniquement logique. Rien à voir avec leur ami.
« Wolf ? Qu'est-ce qui ce passe avec Erik ? » Demanda Draco.
Mais à ce moment-là, lui et ses amis se rendirent compte qu'Erik n'était pas le seul à avoir changé. Il y avait aussi quelque chose de différent chez Wolf.
Si le visage d'Erik ne montrait aucune expression alors celui de Wolf ne montrait que ça. Leur ami toujours si mesuré et placide semblait ne plus pouvoir contrôler son visage. Étonnement, peur, colère, joie…les émotions se succédaient, parfois simultanément, sur les traits du jeune Arendil.
Mais comme pour Erik, c'était ses yeux qui étaient le plus effrayants. Ils n'avaient rien d'humain. Alors que ceux d'Erik avaient la froideur d'une machine, ceux de Wolf avaient la sauvagerie d'une bête seulement guidée par ses instincts.
Draco approcha de son autre amant pour essayer de lui parler mais Wolf se jeta sur lui. Les autres allaient réagir quand ils virent que leur ami n'était pas en danger. Wolf ne faisait que…se frotter contre lui en poussant des grognements inintelligibles.
« Mais qu'est-ce qui se passe bon sang ! » S'exclama Ingrid. « Qu'est-ce qui leur arrive ? »
« Réponse » dit Erik de sa voix mécanique. « L'Avatar Wolf Henrickson a été convertit. L'intégralité de son être a été transformée en particules de Magie Viscérale. Wolf Henrickson a cessé d'exister. Son corps est celui de la Magie Viscérale. »
« Quoi ? » Dit Draco avec désespoir en regardant son amant de frotter contre lui.
« Convertit ? » Demanda Hotun. « Qu'est-ce que ça veut dire ? »
Un doute le saisit alors.
« Est-ce qu'il est arrivé la même chose avec toi ? »
« Réponse : Oui. L'Avatar Erik Potter Elsasson a été convertit. Il est la Magie Sidérale. »
« Je ne comprends rien » dit Ingrid. « Qu'est-ce que ça veut dire ? »
« Erik…Erik est devenu… »
Hotun avait du mal à parler. Des larmes perlaient au coin de ses yeux.
« Il est devenu la Magie Sidérale, la magie de la connaissance. Il…il n'a plus aucun sentiment, seulement de la logique. Et pour Wolf…c'est l'inverse. »
Donc s'il se comportait comme un animal, c'était parce qu'il était un animal. Il ne ressentait plus que des émotions. Il n'avait ni raison, ni réflexion. Juste des besoins.
« Mais il doit bien y avoir un moyen de les faire revenir ! » s'exclama Draco en repoussant Wolf.
Celui-ci tomba au sol, à quatre pattes mais ne se releva pas. Il se mit simplement à se frotter contre les jambes de Draco. Mais celui-ci s'avança et saisit Erik par les épaules.
« Toi ! Toi tu dois savoir ! Tu es l'avatar de la réflexion et de la connaissance ! Tu dois savoir comment redevenir Erik. »
« Réponse : Je suis Erik Potter-Elsasson et je suis là Magie Sidérale. Je possède tout ce qui faisait Erik Potter-Elsasson. »
« Mais pas ses sentiments » dit Hans avec désespoir.
« Réponse : correct. La Magie Sidérale n'est pas compatible avec les sentiments. Ils ne peuvent cohabiter. »
« Non, non, non ! Je refuse de le croire ! » S'exclama Draco.
Il ferma les yeux et plongea dans son esprit puis dans la zone de son esprit qui n'appartenait pas qu'à lui mais à eux tous. Arrivé sur le Carrefour Mental, il regarda là où auraient dû se trouvait les esprits d'Erik et Wolf, leur paysage mental.
Mais il n'y avait plus de paysages. Il n'y avait plus que deux murs d'énergies purs qui rongeaient petit à petit le Carrefour. Bientôt, ils se détacheraient et l'union mentale avec Wolf et Erik serait brisée.
Mais Draco refusait cette fatalité. Il refusait tout simplement de perdre les hommes qu'il aimait. Il se précipita vers l'un des murs, celui derrière lequel devait se trouvait Erik et l'attaqua de toutes ses forces. Mais au lieu de fléchir et au lieu de l'arrêter, c'était comme si le mur était aspiré en lui. L'énergie commençait à couler dans son corps plus rapidement et plus puissamment que jamais auparavant. Il arriverait à peine à respirer mais il tint bon.
À ce moment-là, il ressentit quelque chose, une douleur, comme si son cœur allait exploser. Il tint bon mais soudain il fut expulsé du Carrefour vers son propre esprit puis dans la réalité. Il s'effondra durement sur le sol, Wolf sur lui.
« Draco ! » S'exclamèrent les autres en se précipitant vers lui.
« Qu'est ce qui s'est passé ? » Demanda leur ami en essayant de se redresser.
« Tu avais l'air de souffrir » dit Neville. « Wolf s'est mis à paniquer puis s'est jeté sur toi. Sans doute pour te sortir de transe. »
« Qu'est-ce que tu as vu ? » Demanda Haldus.
« Je…je n'arrive pas à les atteindre ! » s'exclama Draco avec une voix rendit plus aiguës par l'impuissance. « Ils…ils sont derrière ce mur…l'énergie, elle sature même leur esprit. Pourtant je suis sûr qu'il est là, que la partie qui contient ses sentiments est quelque part et qu'on peut la faire revenir ! »
« Assertion impossible » dit la voix glacée d'Erik. « Mes sentiments ne sont pas compatibles avec la Magie Sidérale. Ils ont donc été dissous. »
« Je refuse de le croire ! » S'insurgea alors Draco.
Il se releva et fit face à la Magie Sidérale, son visage déformé par la colère.
« Je refuse de le croire » Répéta-t-il. « Cela aurait déjà dû être impossible qu'Erik survive dans la Source ou que Wolf survive sans corps mais ils l'ont fait ! »
« Situation différente. Les paramètres… »
« Cela restait tout de même impossible, n'est-ce pas ? »
La bouche d'Erik s'ouvrit puis se referma. Il resta figé pendant quelques secondes avant de reprendre la parole.
« La probabilité de la situation a été augmenté par le conjonction d'éléments multiple le premier étant la Prophétie Astrale. »
« Et quels étaient les autres ? »
À nouveau Erik hésita.
« Données Inconnus » dit-il finalement.
« C'est parce que ça relève des sentiments et que tu ne peux pas les comprendre » dit Draco.
Il se retourna ensuite vers ses autres amis.
« Écoutez, je suis sûr que les parts manquantes d'Erik et Wolf sont là, quelque part, en eux. Nous devons les retrouver ! »
« Mais comment ! » S'exclama Hotun. « Les sentiments ne peuvent pas cohabiter avec la Magie Sidérale ! »
« Pourtant c'est ce qui se passe en nous, non » intervint Hans. « Hotun est affilié à la Magie Sidérale et pourtant il a des sentiments et inversement pour Ingrid, non ? »
« Mais là il s'agit de magie pur ! » S'exclama Hotun. « Nous, nous ne sommes pas fait exclusivement de Magie. Eux, si ! »
« Tu veux dire, c'est que ce qui leur manque, c'est de l'humanité ? » Demanda Draco.
Hotun soupira.
« C'est dit simplement mais oui, c'est ça. »
Draco se tourna alors vers Erik, puis vers Wolf.
« Dans ce cas, je pourrais leur donner la mienne » dit-il.
« Quoi ? »
« Non ! »
« Ça va pas ? » S'exclamèrent les autres.
« Pas tout » reprit Draco. « Juste assez pour qu'ils reviennent. »
Il se tourna vers les autres, les larmes aux yeux.
« Je les aimes tellement ! » Dit-il.
Ses amis restèrent quelques instants silencieux puis Ingrid prit la parole.
« Très bien, Vas-y »
« Ingrid ! » S'exclama Hotun.
« On a pas le choix, c'est la seule chose à faire. »
« Mais si on les perd tous les trois ? »
« Tu crois que ça ne me fait rien ? » S'écria Ingrid. « Bien sûr que j'ai peur que ça arrive mais c'est à Draco de prendre la décision. »
Hotun ouvrit la bouche pour répliquer mais soupira et baissa la tête, vaincu. Draco prit une grande respiration puis s'approcha de ses amants. Il prit la main de Wolf puis celle d'Erik et ferma à nouveau les yeux.
Il se retrouva à nouveau sur le Carrefour Mental, devant les murs d'énergie. Il s'avança alors mais cette fois ci, au lieu d'essayer d'en forcer un, il se connecta aux deux en même temps.
L'énergie se mit à couler en lui, plus forte et puissante encore que tout à l'heure. Sauf que cette fois, il ne faisait pas que recevoir, il donnait aussi. Son humanité. Cellules, particules, atomes…une part de lui le quittait mais ce n'était pas grave car la magie était alors libre de l'occuper.
Cependant il savait qu'il devait arrêter. Il savait qu'il ne devait pas tout donner et tout prendre. Il savait qu'il devait garder un peu d'humanité en lui pour être avec Erik et Wolf. Pourtant il devait encore quelques instants prendre l'énergie pour être sûr qu'ils étaient libre.
Et puis il les vit. Ou plutôt il les sentit. Quelque chose de différent qui émergeait de l'espace saturé. C'était la chaleur des sentiments d'Erik et la fraîcheur de la logique de Wolf. Ils avaient bien survécus. Ils avaient bien résisté à l'annihilation. Pais c'était normal. Chaque chose contient un peu de son contraire en lui.
Draco dit alors que c'était assez et il arrêta de donner et de recevoir. Il lui restait pile un tiers de son humanité. Le reste était partagé entre ses amants.
Il rouvrit les yeux.
« J'ai…j'ai réussi ? » Demanda-t-il encore étourdi.
« Oui Draco, tu as réussi. »
La respiration du jeune homme se bloqua dans sa poitrine. Il avait reconnu sa voix.
« Erik… » Souffla-t-il en se précipitant dans ses bras.
Il sentit alors quelque chose se presser contre lui et d'autres bras serrer son corps. Il tourna la tête et vit que c'était Wolf.
« Merci de nous avoir sauvé » dit-il.
Puis ils se séparèrent.
« Vous l'avez fait peur » dit Draco.
« Nous aussi nous avons eu peur » le rassura Erik. « Nous ne savions même pas que ce que tu as fait était possible. Et pourtant tu l'as fait. »
« Mais il y a plus encore » dit alors Wolf. « Aujourd'hui tu as réalisé un exploit que même la Magie elle-même pensait impossible. »
« Vraiment ? »
« Oui » reprit Erik. « Ce que tu as fait, c'est devenir un Avatar. Comme nous. Mais au lieu de n'être que celui d'une seule Magie, tu en es un des deux. »
« Pourtant cela ne devrait pas être possible, n'est-ce pas ? » Demanda Hotun.
« C'est vrai, ça n'aurait pas dû. Tout comme des sentiments ne devraient pas subsister en moi ou de la raison en Wolf. En étant seulement Avatar, nous demeurions faits de chaire et de sang, mais pour vaincre les Dieux Anciens, nous avons dû abandonner cette chaire et notre corps est devenu pure magie…jusqu'à ce que Draco nous ramène. »
« C'est l'humanité, la chaire de nos corps qui permet à la magie de cohabiter avec ce qui ne devrait pas être » ajouta Wolf.
« Donc c'est vrai, je suis un Avatar ? » Demanda Draco.
« Oui. Et cet état de fait est inscrit sur ton corps. »
« Je ne comprends pas » dit Draco en fronçant les sourcils.
Erik se tourna alors vers ses amis en tendant la main. Hotun conjura alors un miroir et le lui tendit.
« Regarde par toi-même » dit Erik en lui tendant l'objet.
Draco vit alors son reflet et se figea, bouche ouverte. La première parole qu'il prononça ensuite fit rire tous ses amis autour de lui.
« Par Merlin, qu'est ce qui est arrivé à mes cheveux ? »
En effet sa chevelure blonde platine qu'il aimait tant n'était plus. L'association de la Magie Sidérale et de la Magie Viscérale dans son corps avait changé leur couleur en un gris pâle d'une beauté à couper le souffle. Ses yeux étaient également changés, ils avaient pris une teinte gris perle avec des reflets opalescents et débordants à la fois de connaissance et de sentiments.
« C'est…c'est… »
Il en perdait ses mots. Erik sourit et l'embrassa.
« Je pense que ça se passe de mots pour l'instant » dit-il avec un petit rire.
Marlin que ce son avait manqué à Draco. Pendant un instant il avait même crains ne plus jamais l'entendre.
« Au fait, c'est bon là ? Y'a plus de danger ? » Demanda Ingrid.
« Non c'est bon » dit simplement Erik. « Cette fois on a bien sauvé le monde. »
Mais à ce moment-là, comme si ces mots avaient été une sorte de signal, des rayons de lumière tombèrent du ciel. Quatre rayons pour quatre sorciers. À nouveau l'esprit de la magie venait de bénir ceux qui le méritaient : Hans, Ingrid, Hotun et Wolf.
Quand la lumière se dissipa et qu'ils revinrent au sol, tous les quatre portaient un anneau qui faisait d'eux les Seigneurs de quatre nouvelles Maisons.
Cependant il n'était pas coutume pour les Arendil d'avoir de noms de familles si ce n'est une forme modifié du nom de leur père ou de leur mère. C'est pourquoi la magie leur en inventa un, un nom de famille qui leur survivrait et qui se transmettrait de générations en générations.
Wolf, dont le blason représentait une tête de loup argenté sur champs de sable barré de pourpre devint le premier Seigneur du Duché de Skygge.
Ingrid, elle, devint la première Dame du Duché de Lyn et son blason représentait une tête d'aigle orangée sur fond d'or et sowilo d'or sur franc quartier sable.
Hans, le Duc de la Maison de Støv, avait, lui, un blason avec un sablier sable sur fond d'or orlé d'azur.
Enfin, Hotun, qui arborait un blason représentant un arbre tanné sur fond sinople chaussé de sable, portait à présent le titre de Duc de Skog.
Les quatre nouveaux nobles restèrent encore quelques instants à regarder leurs anneaux. Ils avaient de la peine à croire ce qui s'était vraiment passé. Cette, tout comme celles Hermione avant eux, leurs actions avaient menés à sauver le monde mais jamais ils ne se seraient attendus a…ça.
« Wow » dit finalement Hans. « C'est vraiment une journée pleine de surprise. Je vous propose de rentrer avant qu'une autre nous tombe dessus. »
Mais c'était visiblement trop tard. En effet à ce moment-là, Haldus poussa un cri de douleur et se plia en deux en se tenant le ventre.
« Le…le bébé ! » Haleta-t-il. « Je crois qu'il arrive ! »
Alors que Neville commençait à paniquer, tous les autres se retournèrent vers Hans avec des regards noirs.
« Non mais tu pouvais pas te taire ? »
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Poudlard était vide. Il n'y avait plus une seule âme qui vive dans le château.
Les blessés intransportables avaient dû finir par être rapatrié. Tout ce qui restait c'était des présences loin dans les profondeurs. Cela devait être tous les prisonniers qui avaient été fait durant la bataille et ceux qu'Haldus avaient fait à la Forteresse ainsi que les Défenseurs chargé de les garder. Erik espérait que rien n'avait été laissé au hasard et que le nombre de soldats était suffisant. Certes aucun Mangemort ou autre membre de l'armée de Voldemort dans les cachots avaient été désarmés mais il fallait tout de même rester prudent. Heureusement, il avait confiance dans ses amis restés ici pour avoir pris leurs précautions.
Toujours est-il qu'il n'allait pas pouvoir trouver ce qu'ils cherchaient ici. Ils devaient absolument se rendre sur le terrain d'entraînement.
Cependant celui-ci avait beau se trouver sur une Terre Incertaine possédée par Erik, celui-ci n'y avait jamais mis les pieds. Il ne pouvait donc pas créer le portail. En même temps, vu l'imprécision de ses pouvoirs toujours conséquents, cela aurait été du suicide d'emprunter un portail fait par lui. C'était donc Ingrid qui s'en était chargée.
Au début, Erik avait eu peur que leur arrivée provoque des remous et qu'ils aient du mal à se déplacer. En arrivant il comprit qu'en effet ils auraient beaucoup de difficultés à atteindre l'hôpital de fortune qui accueillait les patients de Sainte Mangouste mais pas pour les mêmes raisons.
En effet l'immense pleine devenue terrain d'entraînement était un véritable tohu-bohu. Des dizaines et des dizaines de sorciers en robes de combats blanches courraient dans tous les sens. D'autres, montés sur des estrades et avec la voix amplifiés, criaient sur eux en leur indiquant des points de ralliement matérialisés par des drapeaux flottants, un pour chaque pays magiques. Ils devaient organiser le rapatriement.
« Votre Altesse ! » S'exclama alors une voix.
Erik dirigea son regard dans sa direction et vit Rufus Scrimegeour arriver vers lui à grand peine à cause de la foule.
« Enfin vous voilà, Votre Altesse » dit-il en arrivant près d'eux. « Est-ce que c'est fini ? Est-ce que Vous-Savez-Qui est… ? »
« Plus tard, Rufus ! » L'interrompit Erik. « Pour l'instant nous devons rapidement rejoindre l'hôpital.
L'ex directeur du Bureau des Aurors cligna des yeux et sembla enfin remarquer l'état d'Haldus, qui gémissait doucement en respirant fort dans les bras de Neville.
« Par Merlin ! Que lui est-il arrivé ? Il est blessé ? »
« Ça s'appelle accoucher » répondit Ingrid sur un ton goguenard.
« Oh…Oh je vois ! » S'exclama le pauvre homme légèrement paniqué. « Je…suivez-moi, je vous prie. »
Il leur dit signe de le suivre puis s'engagea dans la foule avec toujours autant de difficultés. Pour avancer plus vite, Erik et Neville se mirent au centre de leurs amis qui écartaient la foule sur leur passage.
Certaines personnes voyaient le jeune Prince et voulaient l'approcher mais ils étaient rapidement écartés. Ils n'avaient pas vraiment de temps à perdre.
Finalement, ils émergèrent de la foule près des nombreuses tentes qui composaient l'hôpital et entrèrent à l'intérieur de la première.
« Vite ! » cria Neville dès qu'il fut entré. « Vite, quelqu'un, vite ! »
Il manquait trop pour dire les choses clairement. Hotun allait prendre le relai quand Sirius arriva. Il remarqua tout de suite l'état d'Haldus et tira Neville vers lui.
« Venait, il fait qu'on trouve une chambre de libre.
Tout le monde les suivit mais Rufus retint Erik.
« Désolé de vous arrêter de la sorte mais il fait que je puisse dire quelque chose à l'état-major. »
Erik regarda vers le groupe qui s'éloignait puis se tourna à nouveau vers l'autre homme.
« Dites-leur…dites-leur que Voldemort est vaincu et qu'il n'y a plus de danger…enfin normalement » dit-il après une hésitation. « Je viendrais tout à l'heure pour leur parler des détails mais en ce moment… »
« Ou…oui, je comprends, je comprends » dit Rufus.
Erik se retourna alors et se mit à courir pour rejoindre ses amis. Déjà, Sirius avait trouvé un lit vide.
« Poses-le là » dit-il.
Neville s'approcha et déposa délicatement le corps d'Haldus sur les draps. Quand il recula, il vit que son armure était humide.
« Qu'est-ce que… » Balbutia-t-il.
« Merde ! » Jura Sirius. « Il a perdu les eaux. Ça veut dire que sa fente prénatale est déjà ouverte. »
« Sa…sa fente ? » S'écria Neville d'une voix suraiguë. « Haldus est blessé ? Où… »
« Non, Nev » l'interrompit Hotun en lui prenant le bras. « Allez viens, laisse Sirius travailler. »
« Mais… »
« Viens » répéta Hotun. « Je te répète que c'est normal. »
En effet puisque les hommes n'avaient pas d'orifice prévu pour l'accouchement, une fente apparaissait magiquement à l'endroit de leur périnée. C'est par là que pourra passer le bébé. Malheureusement, si cette fente apparaissait de manière naturelle, le contraire n'était pas vrai et il fallait l'aide d'un médicomage pour la refermer.
« Haldus ! » appela alors Sirius. « Haldus, regarde-moi ! »
Il lui tapota la joue pour qu'il ouvre les yeux et le força à se focaliser sur lui.
« Il fait que je sache à combien tu en es » dit-il distinctement.
« Près…près de neuf mois » gargouilla Haldus avec difficulté.
« C'est trop tôt… » Dit Sirius, soucieux.
Une nouvelle fois, dire que c'était trop tôt était normal. Une grossesse masculine devait durer environ dix mois. Le premier mois, après que l'embryon était formé, il se mettait en stase magique de lui-même afin que la magie du porteur forme un utérus artificiel autour de lui. C'était une étape assez fatigante car elle prenait beaucoup de magie. Par la suite, une fois l'embryon protégé, il reprenait un cycle de gestation normal et arrivait à son terme neuf mois après.
Huit mois seulement de gestation c'était prématuré. Heureusement rien de trop grave. L'enfant n'aurait pas de séquelles. Il est même probable qu'il n'aurait pas besoin d'être mis en couveuse…mais ça c'était en temps normal. Le problème du bébé d'Haldus était que son porteur avait notamment été soumis à un stress intense mais il avait également été drogué.
Rapidement, Sirius prépara Haldus. Il fit disparaître des vêtements et les remplaça par une blouse d'hôpital. Il surélevé également ses jambes grasse à la magie et les tint dans cette position.
« Dites ça vous dérangerait de vous mettre ailleurs ? » Demanda Haldus dont le visage était déformé par la douleur. « Je me sens un petit peu exposé. »
En effet tous ses amis étaient justes derrière Sirius qui lui était entre les jambes de son patient. Tous s'excusèrent en rougissant et se mirent sur le côté. Neville s'approcha du lit et prit la main de son époux.
« Je suis là » dit-il. « Je suis là. »
« Je vois bien que tu es là espèce de grand dadais ! » S'exclama Haldus méchamment avant de serrer les dents à cause d'une contraction.
Neville se tourna vers ses amis, paniqué. Il voulait savoir ce qu'il avait dit de mal. Ceux-ci voulurent le rassurer mais Sirius ne leur en laissa pas le temps.
« Ne t'inquiète pas mon grand » dit-il au futur papa. « C'est normal. Mumus aussi était sur les nerfs à chacun de ses accouchements. Il criait des trucs genre « Tu ne me touchera plus jamais », tu vois ? »
« Dites, vous deux » les interrompit Haldus, « On vous a jamais dit que vous aviez des voix très désagréah…ah ! »
Une nouvelle contraction venait de couper sa phrase.
« Ça se rapproche. Encore quelques instants et tu pourras pousser. »
« Oh put… je peux pas le faire maintenant ? Je…ah ! »
« Voilà, c'est bon, à la prochaine contraction, je veux que tu pousses…prêt ? Vas-y ! »
Haldus poussa un cri et se mit à pousser de toutes ses forces. Alors que jusqu'à présent il ne sentait pas vraiment le nouvel orifice de son corps, il commença soudain à le sentir s'étirer.
« Continue ! Je commence à voir la tête, pousse ! »
Haldus cria à nouveau et poussa de toutes ses forces. La douleur était atroce pourtant il continuait tout en essayant de broyer la main de Neville. Soudain, il sentit que sa tête commençait à tourner. Il avait du mal à voir ce qu'il se passait. La douleur s'atténuait mais en même temps il arrivait de moins en moins à sentir son corps.
« Sirius ! » S'exclama Neville. « Je crois que quelque chose ne va pas. Haldus se sent mal. »
« Merde ! » Jura Sirius.
Il lança un sort de diagnostic sans bouger les mains de là où elle se trouvait et jura à nouveau.
« Il nous fait un malaise. La tête n'est pas assez sortit pour que je la sorte moi-même et je peux pas faire une césarienne… »
« Qu'est-ce qu'on fait ! » S'exclama Neville.
« Je peux me débrouiller pour le bébé en l'attirant par magie mais pour Haldus… putain ! Je suis seul et je n'ai aucune potion. »
Erik regarda alors Wolf et Draco qui lui rendirent son regard en hochant la tête.
« On s'en occupe » dirent-ils en même temps.
« Vous êtes sûr ? » Demanda Ingrid. « Ce n'est pas dangereux dans votre état ? »
« Pour un sort de soin ça devrait aller » dit Draco.
« Alors faites-le ! » S'exclama Sirius.
Les trois Avatars se prirent alors par la main et fermèrent les yeux. Tous ensembles ils se mirent à tisser un sort. C'était un sort spécial car il s'appuierait à la fois sur l'affectif et sur la raison. Un charme à la fois doux et chaud qui pourrait réconforter et aussi efficace pour soigner quoique puisse avoir leur ami. Draco, lui, serait chargé de rendre les deux fragments cohérents entre eux. Chacun avait les connaissances nécessaires pour faire cela.
« Dépêchez-vous ! » S'exclama Neville paniqué.
Il sentait la main d'Haldus dans la sienne devenir froide et son teint commençait à devenir gris.
Soudain, une puissante lumière blanche jaillit dans la chambre. Tous poussèrent des cris à cause de l'éblouissement. Sirius jura mais ne lâcha pas prise. Il continuait à extraire magiquement le bébé aussi délicatement que possible.
Soudain, un cri différent des autres se fit entendre. La lumière se dissipa rapidement et tous purent voir qu'ils s'agissaient d'un bébé. Une petite fille recouverte de sang, le cordon ombilicale toujours raccordé à son porteur et qui criait en respirant pour la première fois.
« Haldus ! » S'exclama alors Neville.
Mais la main de son époux était à nouveau chaude et sa peau avait repris une couleur normale. Un gémissement jaillit alors de ses lèvres et il cligna des yeux.
« C'est fini ? » Demanda-t-il d'une voix un peu faible.
« Presque » dit Sirius.
Il déposa délicatement la petite nouvelle née dans une couverture et, d'un regard, jeta un sort pour pincer le cordon. Il invoqua une paire de ciseaux et la tendit à Neville.
« Tiens, tu veux le couper ? » Lui demanda-t-il.
Le jeune papa rendit muet par l'émotion hocha la tête et se saisit de l'outil. Il voulut couper le tube couleur chair et dû s'y reprendre à plusieurs fois tant il était nerveux et tremblait.
« Et voilà pourquoi on évite de proposer aux pères de couper le cordon avec un sort de découpe » murmura Sirius aux autres.
Finalement, Neville réussit l'opération. Sirius enroula alors le bébé dans la couverture puis se retourna.
« Quelqu'un saurait comment lui faire prendre un bain ? »
Hotun avança et tendis les bras.
« Je vais le faire » dit-il.
Sirius hocha la tête puis dirigea à nouveau son attention vers Haldus. Comme il l'avait dit, le travail n'était pas encore finit. Il fallait encore lui faire expulser le placenta et la membrane de l'utérus artificiel. Cela prit quelques minutes supplémentaires mais heureusement, le fait que l'utérus soit en quelque sorte détachable, permettait qu'aucun fragment du placenta ne reste collé à l'intérieur du corps d'Haldus. Il vérifia tout de même la membrane mais elle était entière.
Sirius relâcha alors les jambes d'Haldus puis le nettoya ainsi que le lit et plaça des couvertures sur lui. À ce moment-là, Hotun revint et tendis son bébé à Haldus qui le prit avec un grand sourire.
« Elle fait 2,5 kilo pour 46 cm. Les tailles et poids minimum » dit-il. « Aucun problème à signaler. »
Sirius prit tout de même quelques instants pour lui faire passer des tests.
« Comment tu sais faire ça ? » Chuchota Hans à Hotun alors qu'ils attendaient les résultats.
« J'ai lu des trucs peu après leur mariage » répondit son ami. « Je me suis dit que ça leur serait bien utile à un moment, à eux ou à quelqu'un d'autre. »
« Tout va bien » dit finalement Sirius au grand soulagement de tous et surtout des parents qui souriaient à présent. « Vous avez déjà trouvé un nom ? »
« Helori » répondit alors Haldus qui ne pouvait détacher ses yeux de sa fille. « Helori Londubat. »
« Tu ne veux pas qu'elle ait aussi ton nom ? » Lui demanda Neville.
Haldus secoua la tête.
« Je ne veux plus que quelqu'un souffre à cause de ce nom et surtout pas notre fille. »
Neville sourit puis embrassa le front de son époux avant de faire la même chose à sa fille. Haldus sourit encore plus puis se mit à bailler.
« Je pense qu'on va devoir le laisser se reposer » dit Sirius en faisant apparaître un berceau. « Neville, tu prends ta fille pour la coucher ? »
« J'ai…j'ai peur de lui faire mal » dit celui-ci.
« Mais non, tu vas très bien t'en sortir » lui dit Haldus en lui faisant un geste apaisant sur le bras.
Sous les conseils de Sirius, Neville prit délicatement sa fille dans ses bras. Pendant quelques instants, il l'a regarda en souriant. Elle était si petite et si rose. On pouvait déjà voir sur sa tête quelques cheveux bruns bouclés comme ceux de son porteur. On voyait aussi qu'elle tentait de garder ses petits yeux bruns chocolats ouvert mais que c'était difficile.
Neville l'approcha alors de son visage et embrassa son front. Helori sourit à son tour en poussant un petit gloussement avant de s'endormir. Neville amena alors le berceau près du lit puis déposa le bébé délicatement sur le dos.
À ce moment-là, la porte s'ouvrit brusquement et Neville eut juste le temps de mettre une bulle de silence autour de sa fille et de son époux avant qu'elle ne se réveille. Il fusilla du regard l'infirmière qui venait d'entrer mais celle-ci semblait trop affolée pour le remarquer.
« Gué…Guérisseur Black ! » S'exclama-t-elle. « Les…les blessés ils… »
« Et bien quoi les blessés ? » Demanda Sirius.
« Ils…ils ne le sont plus Guérisseur ! Plus du tout ! Plus personne ! »
« Quoi ? Mais comment est-ce possible ? »
« Il y à eut une grande lumière blanche tout d'un coup et quand elle s'est dissipé, tous étaient guéri. »
Wolf, Erik et Draco se regardèrent. Peut-être que leur sort était allé un peu loin tout de même.
« Il paraît que la lumière s'est diffusée partout dans le camps. »
Bon, d'accord, beaucoup trop loin.
« C'est la panique ! » Continua l'infirmière. « Tous se lèvent en même temps de leur mit et courent partout pour aller chercher leurs familles, c'est la panique, il risque d'y avoir des blessés. »
« J'arrive ! » S'exclama Sirius.
Il jeta des sorts de surveillance sur Haldus et la petite Helori et se leva pour sortir de la pièce.
« On vient aussi » dit Ingrid. « On va essayer d'aider à calmer tout ça.
« Moi je… » commença Neville.
« Tu viens nous aider » dit Ingrid d'un ton péremptoire. « On va avoir besoin de toute l'aide possible. »
« Mais Haldus…Helori… »
« Ils ont tous les deux besoins de se reposer » intervint Sirius. « Ne t'inquiète pas, j'ai mis des charmes sur eux pour me prévenir en cas de problème ou s'ils se réveillent. »
Neville hésita mais finit par hocher la tête. Il suivit ses amis et sortit de la chambre, non sans avoir d'abord jeté un dernier coup d'œil aux deux amours de sa vie.
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Erik serait bien resté aider ses amis mais la Patronus de Rufus Scrimegeour était venu lui rappeler qu'il devait parler de la situation à l'état-major. Il dû donc se séparer de ses amis et plus particulièrement de Wolf et Draco. Il ne voulait pas vraiment les quitter mais il avait un devoir à accomplir.
Ce n'est qu'alors qu'il sortait de l'hôpital qu'il ressentit leur absence comme une torture. Heureusement, il sentit leur présence dans sa tête le rassurer.
Il suivit alors le busard argenté jusqu'à une grande tente à l'écart de la foule. Il dû cependant la traverser pour y arriver mais le trajet fut étonnement simple. C'était comme si les gens l'évitaient sans vraiment s'en rendre compte. Il comprit la raison de ce comportement quand il arriva enfin à destination. En effet, Jīnfă, drapée dans sa longue robe jaune et noire autant que dans ses neuf queues, l'attendait à l'entrée, prête à dissiper le sortilège qu'elle lui avait lancé. Elle avait un éventail qui couvrait la moitié inférieur de son visage mais le pétillement de ses yeux trahissait son amusement.
« Heureux de te revoir » dit Erik en souriant à la femme.
« Je suis également très heureuse » dit sincèrement la Femme-Renard. « Et soulagée. »
Erik hocha la tête et la suivit à l'intérieur de la tente. Aussitôt, il fut assaillir par une foule de sorciers qui parlaient tous en même temps. À chaque fois que le jeune prince ouvrait la bouche pour répondre à une question, dix autres jaillissaient simultanément.
« Ça suffit ! » Finit-il par s'écrier, excédé.
Il devait y avoir eu un peu de magie dans ses paroles car aussitôt ses assaillants furent rendus muets.
« À présent reculez et asseyez-vous, bon sang ! » Reprit-il avec la même autorité. « Si vous voulez vraiment me poser des questions, vous devrez le faire chacun votre tour. »
Il se retint de rouler les yeux. Franchement ! C'est hommes et ces femmes étaient censées être des adultes, pas des enfants de cinq ans ! Qui plus est, ils n'étaient pas de simples adultes mais des généraux de chacune des nations magiques du monde. Ils devraient tout de même savoir mieux se tenir.
De l'autre côté de la pièce, un autre groupe se tenait plus tranquille. Certains regardaient les généraux avec un regard goguenard, d'autres réprobateurs ou d'autres encore indifférent. Parmi eux il y avait Jīnfă mais aussi le Frère Zuma, le Moine de Gaïa, Goldva, le chef des Paches, Rufus Scrimegeour ainsi que Olokun M'bagba qui représentait la Confédération Internationale des Sorciers.
« Bien » dit finalement Erik. « Comme je l'ai dit à Rufus, Voldemort est mort. »
« Est-ce qu'on en est sûr cette fois ? » Demanda l'un des généraux.
« Oui » répondit Erik. « Pour assurer son immortalité, Voldemort avait créé plusieurs horcruxes, des objets de magie noir contenant un fragment de son âme, arraché après avoir commis un meurtre rituel et sans éprouver de remords. »
Certains dans l'assistance frémirent. Apparemment, même si les horcruxes étaient une magie assez obscure, elle était connue de certaines personnes.
« Tous les horcruxes ont été retrouvés et détruits avant que son corps mortel ne soit tué. En aucun cas il ne pourra revenir. »
Mais cela ne voulait pas dire que certains de ses fidèles n'essaieraient pas de faire quelque chose. Tous n'étaient pas mort ou en prison.
« Il y à eut un pic d'énergie magique à un moment » intervint alors Jīnfă. « À quoi était-ce dû ? »
Erik réfléchit quelques instants avant de répondre. Après tout, les informations qu'il détenait étaient assez délicates. Il fallait donc prendre des précautions…même sommaires.
« Ce que je vais vous dire devra rester sous le sceau du secret. Seuls vos dirigeants pourront en entendre parler puis le secret sera scellé, est-ce que j'ai été clair ? »
Tous les sorciers autour de lui firent un serment magique avant qu'Erik ne parle des Dieux Anciens. Ils avaient été depuis longtemps oubliés et c'était tant mieux comme ça. Inutile de tenter des personnes mal intentionnés en leur faisant miroiter le pouvoir de ces entités au risque de leur donner à nouveau une prise dans leur monde.
En tous les cas, Erik fut satisfait d'avoir réussis à inspirer la peur à son auditoire. Même Jīnfă semblait inquiète, chose qu'Erik n'avait jamais vu. Bien entendu, pour expliquer comment ils avaient empêché les Anciens de revenir, il avait dû leur parler de la Source et de ce qu'elle leur avait fait.
« Et ce pouvoir » commença un général. « Vous le possédez toujours. »
« Non, le sort pour chasser les entités avait failli être trop pour notre corps à Wolf et moi. Donc l'énergie nous a quittés avant de nous faire trop de mal. Je suppose qu'elle est retournée à la Source. »
Erik avait longuement réfléchi à la réaction du monde sorcier à son état depuis qu'il était devenu Avatar. Il craignait d'être sollicité ou pire qu'on tente de le manipuler pour obtenir des choses de lui et que ce serait la même chose pour Wolf (et par extension, Draco). Et au vue de l'expression avide du général qui avait posé la question il avait raison.
De plus, Erik connaissait le côté malsain de la dévotion des sorciers. Héros un jour, fou un autre, leurs humeurs étaient changeantes et il ne comprenait pas les notions de vie privée ni d'espace personnel. Pour eux, les gens célèbres leur appartenaient et n'étaient plus considérés comme des humains à part entière avec des sentiments et des besoins.
Erik savait déjà que son statut de Sauveur ne lui laisserait pas beaucoup de libertés sauf en Arendelle où il comptait bien passer le reste de sa vie. C'était inutile donc de créer une frénésie parmi les moutons qu'étaient les sorciers en annonçant qu'il était non seulement la chose qui les définissait mais aussi qu'ils vénéraient le plus. Il n'était pas fou.
Cependant, il n'était pas sûr que son mensonge suffise à écarter tout danger. Il le trouvait un peu bancale mais il n'avait pas vraiment eut le temps de penser à autre chose. Heureusement il semblait que son auditoire soit satisfait de cette explication ou tout du moins, à voir les mines déçus, qu'ils le croyaient. Erik sentit alors un léger parfum de magique et se tourna vers Jīnfă en inclinant légèrement la tête pour la remercier d'avoir facilité les choses. Il était conscient qu'elle, n'avait pas cru un mot de ce qu'il avait dit mais tant que c'était elle, il savait qu'il pouvait dormir sur ses deux oreilles.
« Maintenant à vous, dites-moi quelle est la situation » reprit-il en tournant à nouveau son attention sur les généraux.
« Nous avons entreprit le rapatriement général des troupes dans leur pays d'origine » répondit Olokun M'bagba. « Chaque pays aura la charge de concentrer ses troupes en vue d'un recensement et d'interrogatoire en vue d'archivage avant démobilisation. »
« Les shamans ont rejoint les groupes de sorcier selon leur pays d'origine » intervint le vieux Goldva. « Ils recenseront eux-mêmes les survivant et…les autres. »
« Qu'en est-il des morts ? » Demanda Erik.
« Nous n'avons aucun chiffre précis pour le moment » répondit Rufus. « Comme nous devions nous retirer ici, nous avons simplement jeté un charme de stase surpuissant sur le terrain de l'école afin de conserver les dépouilles. Celles des Défenseurs seront bientôt récupérées et renvoyés dans leurs pays. »
« Nous récupéreront également les nôtres » intervint Zuma.
Goldva et Jīnfă hochèrent la tête pour dire qu'ils s'occuperaient des corps des moines et des shamans tombés au combat.
« Qu'allez-vous faire ensuite ? » demanda alors Erik au prêtre des enfants de Gaïa.
« Nous restons ici pour le moment. Notre ordre doit être réforme et nous devons pour cela en parler avec notre nouveau Grand Prêtre Hotun Georgson. »
Erik cligna des yeux surpris. Il n'était pas au courent de ça.
« Nous devrons aussi récupérer les corps de nos adversaires également » reprit finalement Erik. « Tous ceux qui ne sont pas des créatures bien sûr. Ils auront droit à une sépulture décente. »
« Et pour ceux des nains, elfes et autres alliés que vous avez amenés avec vous ? » Demanda alors un troisième général.
« Je suppose qu'ils les récupéreront » répondit Erik. « D'ailleurs où sont-ils ? À part Jīnfă il ne me semble pas avoir vu de non humains ici. »
« Nous l'ignorons. Ils sont répartis dans la forêt après la bataille au lieu de se replier ici. »
Erik ne pouvait pas leur jeter la pierre. Ce n'était pas parce qu'ils s'étaient battus contre un ennemi commun qu'ils allaient pouvoir oublier des siècles de méfiance et d'intimité. Mais le jeune prince savait qu'à présent il pouvait aller les voir. Ils feraient en sorte qu'ils puissent pleurer leurs morts et aussi qu'ils fassent partie des festivités qu'il y aurait pour célébrer la victoire. Ce serait sans doute aussi l'occasion de dresser une statue en l'honneur de l'égalité des races. Il l'a verrait bien sur la fontaine de l'atrium à la place de l'horreur qui s'y trouvait déjà.
Erik soupira. La guerre était finie mais il restait encore beaucoup de choses à faire.
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« Sio vous plait, calmez-vous ! » S'écria Neville. « Ne courrez pas où vous risquez de tomber et de vous blesser une nouvelle fois. Les Défenseurs, veuillez vous diriger vers le camp d'entraînement, les autres, attendez le Magicobus à l'extérieur pour être conduit au camp de réfugiés.
Cela faisait plus d'une demi-heure que Neville criait la même chose. Le problème était que les Défenseurs et les civils se mélangeaient alors que ce n'était pas conseillé. Les Défenseurs devaient faire acte de présence afin d'être recensé. Ça éviterait de les déclarer mort alors qu'ils étaient bien en vie. Pour les autres, il avait fallu organiser en urgence des portoloins vers l'autre bout de la vallée où se trouvait le camp de réfugiés, c'est-à-dire les sorciers anglais qui n'avaient pas pris part la bataille. Ils avaient été évacués bien avant la bataille pour les mettre à l'abri. Ils seraient bientôt rapatriés sur le sol anglais mais ce n'était pas vraiment le moment maintenant.
« Calmez-vous ! » Reprit encore une fois Neville. « Je vous ai dit…ouch ! »
Il tomba sur le sol. Quelqu'un venait de lui foncer dedans. Avec de la chance, cette personne aurait eu moins mal que lui car il avait enlevé son armure.
« Non mais ça va pas ? » S'exclama-t-il, les yeux fermés de douleurs.
« Je suis désolé ! » S'exclama alors une voix de femme.
Elle semblait paniquée.
« Je…je cherche mon bébé ! Mon petit bébé, je ne sais pas où il est ! Je vous en prie aidez-moi ! »
Neville voulut se redresser mais la femme se jeta dans ses bras en pleurant.
« Mon bébé ! Mon petit bébé ! Où est-il ? Mon petit Neville ! »
En entendant son nom, celui-ci se figea. Les yeux écarquillés il baissa les yeux vers la femme. Il ne voyait d'elle que des cheveux châtains foncés, courts et qui partaient dans tous les sens.
« Maman ? » Dit-il d'une voix étranglé sans trop y croire.
La femme releva alors la tête et Neville put voir ses yeux. Il n'avait plus aucun doute c'était bien elle. C'était bien sa mère. Il reconnaissait ses yeux verts même s'il ne les avait jamais vus de cette façon. Dans ses souvenirs, les yeux d'Alice Londubat étaient vides, dénués de raisons mais à présent ils étaient vifs. Ils exprimaient de la peur, de la tristesse, de l'angoisse et de la panique mais même ces émotions ne pouvaient pas dissimuler le fait qu'ils étaient vivants.
« Maman » répéta-t-il. « Maman, c'est…c'est moi…c'est…moi »
Alice le regarda dans ses yeux et Neville pu y voir une étincelle de joie.
« C'est... c'est toi mon bébé ? Mon Neville ? »
« Oui, Maman, c'est moi, c'est Neville » dit celui-ci les larmes aux yeux.
Sa mère le prit alors dans les bras et il se mit à pleurer. Elle aussi pleurait.
« Alice ! » S'exclama alors une voix d'homme.
Neville releva la tête et pu voir l'homme à qui appartenait la voix approchait d'eux. Il plongea son regard dans le sien et ses larmes redoublèrent.
Il ne dit qu'un seul mot.
« Papa ! »
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Il avait fallu de nombreuses heures pour que le camp se vide. Pourtant, petit à petit, la cohue s'était calmée. Il y avait de moins en moins de monde à mesure que les portoloins s'activaient, renvoyant les soldats sorciers chez eux.
L'hôpital avait également été vidé. Puisque plus personne n'était malade, blessé ou même souffrant, il n'était plus nécessaire que les médicomages y restent. Même Haldus avait été évacué par portail avec sa famille. Au départ, s'il avait été décidé l'installer là et non pas dans le camp de réfugiés, c'était pour éviter de diviser les forces des soignants. En effet, une partie de leurs effectifs étaient déjà à Poudlard pour la bataille, le reste devait attendre qu'ils leurs envoient les cas pouvant être transportés mais plus aptes au combat afin qu'ils s'en occupent. Pour cela il fallait toute l'aide nécessaire mais ils ne pouvaient en même temps pas laisser leurs patients sans surveillance.
L'idée d'installer cet hôpital dans le camp de réfugiés avait été envisagée avant d'être rapidement rejetée. S'ils avaient installé ce camps si loin de là où allaient s'entraîner les troupes, c'était justement pour ne pas le mêler aux combats. Mettre l'hôpital près d'eux aurait été incongru et aurait ruiné leurs efforts.
Une navette avait été mise en place entre l'hôpital et le camp par le Magicobus qui avait été rapatrié d'Angleterre et quoi faisait l'aller-retour plusieurs fois par jour pour amener les patients et les visiteurs et pour les ramener. Après la bataille, Stan et Ernie, les conducteurs, avaient fait des heures supplémentaires mais finalement tout le monde avait pu regagner sa famille au camp de réfugiés.
Tout le monde sauf deux personnes.
L'une d'elle était venue chercher Erik à la sortie de sa réunion avec l'État-Major pour lui demander de l'accompagner. Bien que ce soit la première fois qu'il le rencontrait, Erik l'avait tout de suite reconnu. En effet, Abelforth Dumbledore avait les mêmes yeux que son frère. C'était un homme grand et marge avec une longue barbe et une imposante chevelure, les deux poivres et sel. Si on avait souvent comparé Albus à Merlin alors Abelforth, lui, ressemblait plus au Père Noël mais pas la version commerciale, plutôt la version rustique de l'homme du nord.
Erik l'avait suivi à l'hôpital à présent désert jusqu'à une chambre à l'écart. Celle-ci était simple mais, au contraire des autres était assez bien meublée, ce qui montrait l'importance de celui qui l'occupait. Au centre de la pièce il y avait un grand lit à baldaquin occupé par un homme qu'Erik eut du mal à reconnaitre.
Son teint était cireux et ressortait à peine sur le blanc des draps, de sa barbe ou de ses cheveux. Albums Dumbledore ressemblait plus à une poupée de cire dénaturée qu'à lui-même. En effet on lui avait mis des blouses d'hôpital sans couleur qui semblait jurer sur le personnage. Sa poitrine se soulevait à peine pourtant Erik entendait bien le souffle rauque qui sortait de sa gorge.
Abelforth s'avança près du lit et prit la main du malade dans la sienne.
« Albus » chuchota-t-il, « tu dors ? »
Il y eut un grognement.
« Comme tu le voulais, je t'ai ramené le petit prince. »
Il fit signe à Erik se s'approcher et celui-ci se mit de l'autre côté du lit. Il vit alors Albus tourner la tête vers lui et ouvrir péniblement les yeux.
« Erik, mon cher garçon » dit-il d'une voix rauque et essoufflée.
« Albus » dit simplement Erik.
Il ne pouvait pas dire grand-chose de plus. Sa gorge était nouée par l'émotion. Il ne comprenait pas. Leur sort à Wolf, Draco et lui avait soigné tout le monde dans cet hôpital. Elle avait guérie les blessé, désensorcelés les maudits et fait repoussé les membres des amputés. Elle avait pourtant rendu leurs esprits à Alice et Franck Londubat et même à cet idiot de Gilderoy Lockhart. Alors pourquoi Dumbledore était-il encore dans cet état ?
Il se baissa et prit la main du vieillard. Il était l'Avatar du savoir à présent, il pouvait trouver la solution et le guérir. Cependant celle-ci ne s'avéra pas vraiment encourageante. La maladie d'Albus ne pouvait pas être traitée car c'était la vieillesse. Albus était un très vieil homme. Le poison qu'il avait ingéré n'avait fait que précipiter un dénouement inévitable.
« Il était dans un état bien pire il y a quelques heures » intervint alors Abelforth. « Il était dans le comas depuis…depuis sa maladie mais tout à l'heure, après la lumière, il s'est réveillé et a demandé à vous voir. »
« Je ne sais pas combien de temps il me reste » dit alors Albus. « Pas longtemps. Plus qu'il y a quelques heures mais je ne me fait pas d'illusion. Je serais bientôt près pour la prochaine grande aventure. »
Il rit légèrement et Erik vit ses yeux pétiller comme ils le faisaient avant.
« C'est pourquoi je voulais absolument te parler le plus tôt possible. Je ne voulais pas partir avant…avant de te dire que j'étais…que j'étais désolé. »
Sa voix s'étrangla et il fut pris d'une quinté de toux. Abelforth se précipita pour l'aider mais Albus lui toucha le bras pour le rassurer. Déjà, la crise commençait à passer.
« J'ai fait peser un tellement grand poids sur tes épaules mon cher garçon » reprit-il. « Et c'est de ça dont je voulais m'excuser. »
« Allons, Albus » intervint Erik, « je ne crois pas… »
« Si. Si mon garçon. Je comprends bien que j'aurais pu faire certaines choses différemment. Il y a certains de mes choix que je regrette et d'autres dont je ne regrette pas qu'ils aient été contrariés, je… »
Erik se sentit mal quand il vit les yeux bleus de l'homme se mouiller de larmes.
« Je suis vraiment désolé, Erik » dit-il.
Mais celui-ci secoua la tête.
« Vous parliez de choses que vous auriez fait différemment. Moi il n'y en pas. Je pense que si c'était à refaire je ferais les mêmes choses, que vous interveniez ou pas. Je…le poids sur mes épaules, je l'ai moi-même accepté, personne ne me l'a mis. Et surtout pas vous. »
Il avança alors sa main et essuya l'un des yeux de son directeur, non, de son ami. Il allait faire la même chose avec l'autre quand son regard se posa sur son doigt humide. À nouveau, l'eau lui parlait et sa mémoire se déversait en lui.
« Je reviens vite » dit-il en se levant.
Il sortit de l'hôpital et s'arrêta quelques instants. Il savait ce qu'il devait faire mais pas où chercher. Alors il étendit son esprit et il eut l'impression que celui-ci recouvrait toute la terre. Grâce à cela, il trouva rapidement ce qu'il cherchait. Il créa alors un portail et s'y engouffra.
Quelques instants plus tard, il entra à nouveau dans la chambre d'Albus, tenant par la main un jeune homme déboussolé.
« Albus, Abelforth, je voudrais vous présenter quelqu'un » dit-il en tirant son invité près du lit. « Voici Croyance Barebone. Croyance, je te présente Albus et Abelforth Dumbledore. »
« Dumbledore ? » S'étonna Croyance. « J'ai…j'ai beaucoup entendu ce nom depuis que je suis ici. »
« Et moi il me semble connaître le vôtre » dit Albus. « Même si je ne me souviens plus bien où je l'ai entendu. À mon âge, ma mémoire n'est plus ce qu'elle était. »
« Je suis sûr que celui qui vous en a parlé est Newt Scamander » reprit Erik. « À propos d'événement survenus à New York en 1927. »
« Ah oui, ça me revient. Il m'a parlé d'un jeune obscurial qui avait compté la bête en lui…avant de disparaitre. »
« En fait il m'avait accompagné ici, à notre époque. Et il nous a bien aidés sur le champ de bataille. »
Erik sourit à Croyance qui rougit.
« C'est incroyable » dit Albus. « Cependant je ne comprends pas bien pourquoi il était nécessaire que je le rencontre. »
« En fait, c'est à vous deux que je le présente, à vous et à votre frère. »
Il fit alors apparaître plusieurs chaises.
« Je vous propose de vous assoir et de me laisser vous raconter une histoire. »
Croyance obéit ainsi qu'Abelforth mais non sans que celui-ci n'ai d'abord aidé son frère à se relever.
« L'histoire commence en 1901, sur un bateau partit de Liverpool à direction de New York » reprit Erik. « Sur ce bateau il y avait un homme du nom de Tristan Dumbledore. »
« Notre frère aîné » dit Abelforth. « Il souffrait de la mort de notre sœur Ariana et de celle notre mère peu de temps après. »
« En effet. L'aîné des trois fils de Kendra et Percival Dumbledore qui partait recommencer sa vie dans le nouveau monde avec sa femme et leur fils nouveau-né, Aurelius. »
Aucun des trois hommes ne pensait plus à poser des questions tant ils étaient absorbés par-là l'histoire.
« Cependant dans ce même bateau, il y avait une autre famille de sorciers, les Lestrange. Eux-mêmes avaient amenés leurs enfants dont leur fille, Leda. »
Celle-ci était déjà une connaissance d'Erik. En effet il avait vu une photo d'elle en 1927 dans la valise de Newt Scamander. Celui-ci en avait été amoureux mais elle lui avait préféré son frère.
« Un soir d'orage, la jeune Leda n'arrivait pas à dormir à cause des pleurs de son petit frère, Corvus. C'était encore un bébé, il était donc normal qu'il pleure. Mais la jeune Leda s'en fichait. Elle a pris le bébé et l'a échangé contre un autre, un bébé qui semblait ne jamais pleurer, le jeune Aurelius. Elle pensait récupérer son frère plus tard mais le destin s'en est mêlé. »
« Le naufrage » dit Albus, la gorge nouée. »
« En effet » approuva Erik. « L'orage s'est transformé en tempête et le bateau a coulé. Leda a survécu et a été renvoyé en Angleterre puisque ses parents étaient morts. C'était aussi le cas de son frère Corvus disparut avec les Dumbledore. »
Erik pouvait voir des larmes apparaître dans les yeux des deux frères. Mais il devait continuer.
« Cependant, Aurelius aussi à survécu. La gouvernante de Corvus, Irma Dugard, l'a protégé en croyant qu'il s'agissait de son bébé. Elle est morte peu après avoir été sauvée et le bébé, qu'on croyait à elle, a été confié à un orphelinat. Quatre ans plus tard, en 1905, il a été adopté. Pour être précis, c'était le 25 octobre 1905 »
Croyance frémit. Il connaissait cette date. C'était celle où…
« Ironiquement la femme qui l'a adopté était membre d'une église anti magie, la Ligue des Fidèles de Salem. Elle s'appelait Mary-Lou. Mary-Lou Barebone. »
À ce moment-là, les yeux des deux vieux Dumbledore se posèrent sur le plus jeune. Celui-ci était figé sur place, comme s'il ne voulait pas croire ce qu'il venait d'entendre.
« Comme il n'avait pas de nom, Mary-Lou a donné un nom à son enfant. Et comme elle était très pieuse, elle lui donna le nom de l'une des vertus cardinales. Croyance. Croyance Barebone. »
Erik se tut alors. Il se leva puis quitta silencieusement la pièce. Les trois Dumbledore avaient à présent besoin d'être seuls. Ils devaient réaliser la portée de l'histoire que venait de leur raconter le jeune Avatar et apprendre à se connaître. Dieu et Merlin savaient qu'ils n'auraient pas beaucoup de temps.
Erik quant à lui avait autre chose à faire. Autre chose de très important concernant sa propre famille.
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Draco avait tout fait pour éviter de penser. Toute la journée il s'était activé pour chasser de son esprit ses doutes. Mais à présent il n'avait plus vraiment le choix. Comme tous les autres amis d'Erik, il avait été invité à séjourner au Château d'Arendelle jusqu'à ce que les choses se tassent il faudrait beaucoup de temps avant que tout ne revienne à la normale.
Mais pour le moment, il se trouvait dans sa chambre, celle qui était réservée pour lui par Erik. Il n'y avait pas été depuis longtemps et n'y était pas resté beaucoup de temps mais pour tout le monde au château c'était la sienne et il s'y était enfermé dès son arrivée.
Son comportement n'avait pas paru étrange aux yeux de ses amis. En effet eux-mêmes étaient partis se coucher dès leur arrivée. Après tout, ils sortaient d'une bataille qui avait presque durée toute la nuit et ils avaient passé toute la matinée et le début de l'après-midi à faire la circulation au camp d'entraînement. Ils étaient fatigués et voulaient dormir.
Pourtant Draco, lui, ne dormait pas. Il ne pouvait pas. Un doute l'avait assailli toute la journée, depuis le moment de l'accouchement d'Haldus. Certaines de ses propres réactions de ces dernières semaines lui étaient revenues en mémoire et lui avaient fait craindre le pire. Il avait refusé d'y penser, se forçant à s'activer pour oublier mais à présent il n'avait plus d'autre choix.
Assaillit par les doutes, il avait lancé un sort de diagnostic précis sur lui-même et le résultat avait été ce qu'il craignait. Positif. À présent il ne pouvait plus nier la situation, il était bien enceint.
Cette nouvelle aurait dû le faire bondir de joie si l'identité du père ne le faisait pas frémir. Il en était seulement à deux mois de grossesse. C'est-à-dire que la conception avait eu lieu quand il se trouvait coincé dans la Forteresse de Voldemort et que les seuls contacts sexuels qu'il avait…étaient avec l'Être Sombre.
De nombreuses pensées se bousculaient dans sa tête à ce moment-là. Bien sûr le corps était celui de Wolf. Mais celui qui l'occupait était un être immonde qui n'avait rien à voir avec lui.
Draco croyait profondément que même si la situation avec l'Être Sombre s'apparentait à un viol, Wolf n'avait rien avoir avec ça et même s'ils avaient la même apparence, cela n'avait pas d'importance. Ça, il le savait parce que Wolf l'avait touché, il l'avait embrassé et il ne s'était pas sentit agressé, bien au contraire.
Mais cet enfant, c'était différent. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser à la possibilité qu'il puisse servir de moyen pour l'esprit de revenir parmi eux ou pire, que son esprit ait déjà été perverti par celui de son géniteur.
Draco avait peur et il ne savait pas quoi faire. Il savait qu'il devait en parler, demander conseil mais il n'y arrivait pas.
Il sursauta en entendant des coups à la porte. Essayant de maîtriser ses tremblements, il se leva et alla ouvrir la porte. Il se retint de gémir en voyant que c'était Wolf.
« Tu…tu ne dors pas ? » Demanda-t-il d'une voix hésitante.
« Non » répondit l'autre avec un doux sourire. « Je voulais te voire avant d'aller me coucher. »
« Pourquoi ? »
« Pour ça. »
Il avança la main et effleura le ventre de Draco. Celui-ci sursauta et recula comme s'il avait été brûlé.
« Que…quoi ? Comment… » Hoqueta-t-il.
« Draco, tu n'as rien à craindre » lui dit alors Wolf. « Cette enfant n'a aucun problème. »
« Comment peux-tu le savoir ? » Demanda Draco en se retournant. « Je ne peux pas m'arrêter de penser qu'Il puisse… »
« Chut, ne pense pas à ça » dit Wolf en se collant contre le dos de son compagnon. « Ça n'arrivera pas. Je le sais. »
Il força Draco à se retourner vers lui et lui caressa les joues.
« Je le sais comme je sais toujours tout. »
« Ce ne serait pas la première fois qu'il te trompé » le contra Draco.
« Mais cette fois ce n'est pas le cas. C'est impossible. Quand je suis devenu un Avatar, j'ai eu la certitude qu'il avait disparu et qu'il ne reviendrait pas. C'est la magie qui me l'a dit. Tu le saurais si tu t'ouvrais à elle. »
Wolf approcha son visage et posa son front sur celui de son amant. Tous les deux fermèrent alors les yeux et Draco se laissa guider vers sa magie, vers la magie, là où se trouvaient toutes les réponses.
Et alors il sut.
Rouvrant les yeux, il se mit à pleurer. Il pleurait de rage, de tristesse, de peur, de dégoût, de toutes ces émotions qu'il avait éprouvé pendant ces longs mois et même ces années sans pouvoir les laisser s'exprimer. Mais maintenant tout était fini, il pouvait pleurer. Il pouvait même verser des larmes de joies. Joie de la fin de la guerre, joie d'avoir survécu, joie que ses amis aient survécus, que Wolf et Erik aient survécus. Joie aussi de cet enfant à naître, symbole d'un nouvel espoir et de l'avenir qu'il allait pouvoir construire.
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Erik sourit doucement, heureux que son amant aille mieux, qu'il soit rassuré et envoie de guérison.
Il semblerait que Draco n'ai pas bien comprit qu'en devenant un Avatar, il partageait tout avec les deux autres. Rien ne pouvait être caché entre eux. Le lien qu'ils partageaient était encore plus fort que celui qu'ils avaient partagé jusqu'alors. Draco apprendrait bientôt qu'il n'y avait rien que ses amants sachent, pensent ou ressentent qu'il ne puisse savoir.
Erik était donc heureux que Wolf ait pu rassurer leur bien aimé. Il aurait bien voulu être présent mais il avait quelque chose à faire avant.
À nouveau, il se retrouvait dans la forêt automnale des Northundra. On avait beau être en été au printemps, les feuilles des arbres étaient toujours brunes et tombaient doucement sur le sol. Elle avait été figée dans le temps pendant de nombreuses années, il en faudrait peut-être tout autant pour qu'elle soit à nouveau en phase avec la nature, si cela arrivait jamais.
Erik avançait au travers des arbres, les feuilles craquant sur son passage il approchait d'une clairière ou se trouvait la personne qu'il cherchait, sa mère, la Reine Elsa.
Des géants de pierre étaient assis derrière elle et un cheval fait d'eau se tenait à ses côté. Erik pouvait voir un petit lézard sur son épaule et un petit vent faisait voler ses cheveux. Fait étrange pour Erik, ceux-ci étaient totalement lâchés. Il ne les avaient jamais vus comme ça de toute sa vie. Grâce à cela sa mère semblait comme rajeunie. Ou peut-être que c'était dû à autre chose.
« Bonjour Mère » dit Erik.
Elsa sourit et s'avança vers son fils pour le serrer dans ses bras. Il était presque plus grand qu'elle à présent. Cela n'empêcha pourtant pas Erik de serrer le corps frêle de sa mère contre lui, nichant sa tête au creux de son épaule comme un enfant. Cela faisait tellement longtemps qu'il ne l'avait pas vu.
Ils restèrent ainsi un long moment, savourant la présence rassurante de l'autre. Et pourtant ils durent se séparer. Ils avaient des choses à se dire.
« Tante Anna m'a envoyé voir si tu allais bien. Elle était inquiète quand tu n'es pas rentré avec les troupes. »
En effet la Reine avait disparu pendant la bataille sans que personne ne sache où elle se trouvait. Nicolas et Pernelle avaient tout de même reçu un Patronus de la part de Severus leur disant qu'elle allait bien et qu'elle les rejoindrait à Arendelle. Pourtant ils n'avaient eu aucune nouvelle depuis.
« Elle doit être bouleversée » dit Elsa. « Tu lui présentera mes excuses. »
« Cela veut dire que tu ne rentres pas ? »
En fait ce n'était pas vraiment une question. Plutôt une affirmation dire avec fatalité.
« Je ne pense pas que ma place soit encore à Arendelle » dit Elsa.
Elle se retourna et regarda le cheval d'eau et les géants de pierre.
« Ce qui s'est passé, c'est… »
« Je sais… » L'interrompit Erik.
Il le savait depuis déjà quelques temps. Depuis qu'il était entré en contact avec le pouvoir de la Magie Sidérale et qu'il était devenu un Avatar. Il avait alors eut conscience des esprits élémentaires. Des cinq esprits. Il savait que sa grand-mère Idunna en avait appelé au cinquième esprit pour sauver son grand-père Agnarr et que l'esprit avait répondu favorablement en échange de la possibilité de s'incarner, de prendre chaire.
Sa mère, Elsa, était le cinquième esprit, celui de la Magie de ces terres. Elle appartenait à cette forêt et la forêt avait besoin d'elle.
« Severus a déjà accepté de vivre ici avec moi » dit-elle. « De toute façon il n'était pas très à l'aise à l'idée de monter sur le trône à mes côtés. »
Elle regarda alors son fils et lui posa les mains sur les épaules.
« Ta tante Anna pourra assurer la régence jusqu'à ce que tu sois prêt. »
Erik n'avait pas besoin de demander à quoi il devait être prêt. Il le savait. Il s'était préparé depuis des années à cela et même s'il avait encore un peu peur, il savait qu'il y arriverait.
Enfin, il allait être couronné Roi d'Arendelle.
Enfin il allait devenir le Roi des Neiges.
FIN
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Ouah ! J'en reviens pas d'écrire ces mots. Bon, dans deux semaines il y aura encore l'épilogue mais il sera loin d'être aussi long qu'un véritable chapitre. Donc pour le moment, on peut vraiment dire que c'est la fin.
Et le retour des blasons. Ça vous avez manqué ? Je vais pas vous expliquer à quoi ils ressemblent cette fois, faites vos propres recherches. Par contre je vais vous dire à quoi correspondent les nouveaux noms des quatre Arendil. Déjà, c'est du Norvégien et c'est en fait leur pouvoir. Skygge veut dire ombre, Lyn veut dire foudre (dans son blason, le sowilo est une rune qui ressemble à un éclair), Støv veut dire poussière (ça rend mieux en Norvégien, non ?) et Skog veut dire forêt.
En tout cas, j'espère que ça vous a plu et que cette fin est bonne pour vous. J'espère ne pas vous avoir laissé insatisfait et j'espère aussi que l'épilogue répondra aux questions que vous vous posez sur le récit.
N'hésitez pas à m'envoyer un commentaire pour en poser, ça me permettra de bien centrer ma pensée et de me donner des idées pour bien conclure cette histoire. D'ici là, je vous dis à dans deux semaines.
