ARIA DESCENDAIT D'UN PAS LÉGER vers son dortoir. Une session de révisions et de devoirs comme elle venait d'en faire, il y avait longtemps que cela ne lui était pas arrivé ; et elle en ressortait toujours satisfaite, comme parfaitement repue après un copieux mais délicieux repas. Elle était surprise de la facilité avec laquelle elle avait réussi à se plonger dans le travail, sans une seule fois laisser son esprit vagabonder vers les différents évènements récents de sa vie ; alors qu'il y avait pourtant de quoi se perdre. L'infiltration lente et insidieuse de la magie noire au sein de la communauté sorcière, qui creusait perfidement un fossé entre deux camps, dans son école comme dans sa famille. L'avènement de nouveaux amis dans sa vie, et ainsi de nouvelles habitudes bouleversant sa routine établie depuis plus de six ans. L'apaisement progressif des tensions entre elle et Black, une grande première depuis des années. Et l'arrivée douce de Benji dans son cœur, aussi tranquille et légère que la plume d'un oiseau se déposant sur la surface tranquille d'un lac par une chaude journée d'été.
En poussant la porte de son dortoir, elle souriait timidement. Elle ne pouvait plus rien faire contre tous ces changements plutôt positifs pour la plupart, et de toute manière elle n'en avait aucune envie. L'Aria solitaire d'antan s'ouvrait peu à peu aux autres, et elle avait juste eu du mal à s'adapter à tout cela. Elle avait eu peur, depuis son mois de retenues et l'enchaînement de journées avec leur lot d'aventures, de s'être un peu perdue. Elle se trouvait plus facilement préoccupée par des futilités. Elle avait moins souvent envie de travailler. Même son objectif final, devenir Ministre de la magie, était parfois flou. Mais ce que la jeune fille n'avait pas compris ; c'était que désormais, et sa session de travail venait de le prouver, il lui fallait simplement jongler entre le tout. Elle en était visiblement capable, il suffisait juste qu'elle s'en rende compte d'elle-même.

Alors qu'elle déposait ses affaires près de son lit, elle remarqua qu'un silence pesant s'était installé dans le dortoir. La jeune fille, qui se tenait dos à ses camarades trônant chacune sur leurs lits respectifs, se leva lentement pour leur faire face. Dolores Graves et Pearl Shafiq, en miroir l'une de l'autre comme à leur habitude, avaient les bras croisés sur leurs poitrines et toisaient Aria d'un air grave mais décidé. Evelyn Tewn, quant à elle, évitait son regard et tortillait entre ses doigts une mèche de ses longs cheveux. Elle semblait gênée, et la jeune Justice devina sans peine qu'elle était au cœur de leur discussion avant son arrivée.

Aria soupira, s'assit sur son lit et regarda Dolores et Pearl en croisant les bras elle aussi. Elle attendit qu'elles prennent la parole, mais elles n'en firent rien. Elle consentit à attendre quelques secondes en soutenant le regard tantôt de l'une, tantôt de l'autre, mais aucune ne pipa mot. Le dortoir était plongé dans une pénombre propre à la nuit au fond du Lac Noir. Les fenêtres en laissaient voir les eaux verdâtres, remuées de temps à autre par quelque Strangulot ou sirène s'y baladant. Et à l'intérieur, l'éclairage des bougies n'effaçait pas les reflets dansants de l'eau dans la pièce; et des traînées d'un vert sombre striaient les visages des jeunes filles. Aria soupira à nouveau, et décida de crever l'abcès d'elle-même ; car après tout, comme à son habitude, la Justice n'était pas très patiente et voulait toujours tout savoir, tout de suite.

- Alors ?

Le mot résonna comme un claquement de fouet dans le dortoir. La parole efficace, la voix ferme, la tête haute, Aria faisait couler dans son discours et son attitude toute la fierté, le prestige et l'influence de sa famille. Elle était une Justice, et ses camarades semblaient trop souvent l'oublier à son goût. Mais, après tout, peut-être l'oubliaient-ils car elle-même ne s'en rappelait plus assez souvent...

- Alors, commença Dolores d'un air agacé, il y a un sérieux problème en ce moment, Aria.
- Évidemment, rien que tu ne puisses arranger, ajouta aussitôt une Pearl doucereuse.

Aria vit Evelyn rouler des yeux. Leurs deux camarades passaient tant de temps ensemble qu'elles avaient fini, au bout de quelques années, par terminer les phrases l'une de l'autre. C'était parfois assez agaçant.

- Quel est donc ce problème ?
- Écoute, on s'en fiche de avec qui tu traînes, vraiment...
- ... On a bien vu que tu te rapprochais de ta cousine...
- ... Et on préfère franchement qu'elle passe du temps avec toi, qui es une personne respectable...
- ... Plutôt qu'avec cette bande de Gryffondors.

Aria ne répondit pas et attendit la suite. Comme toujours, dès que l'on parlait de sa cousine, son sang n'avait fait qu'un tour et elle était sur ses gardes, ce que ses camarades semblaient avoir remarqué, car elles avaient échangé un regard affolé.

- Tu le sais bien toi-même, reprit Pearl, c'est une bande de bons à rien, même s'il y a deux éminents Sang-Purs dans le lot...
- ... On sait tous ce que pense Sirius Black des valeurs de nos familles et James Potter n'est pas beaucoup mieux.

À ce moment-là, Evelyn laissa échapper un ricanement qu'elle étouffa rapidement. Les trois autres se tournèrent vers elle, surprises. Dolores lança un regard appuyé à Evelyn, qui se sentit obligée de s'expliquer.

- Oh, je veux dire..., commença-t-elle avec un sourire en coin, vous êtes les premières à vous extasier devant eux, franchement...

Pearl et Dolores rougirent violemment, tandis qu'Aria échangeait un regard amusé avec Evelyn. Il était vrai que depuis leur arrivée à Poudlard, les deux jeunes filles ne manquaient jamais de tarir les deux Maraudeurs d'éloges.

- Eh bien, bafouilla Dolores dans une vaine tentative d'explication, ils peuvent être agréables à regarder et de mauvaises fréquentations à la fois.
- L'un n'empêche pas l'autre, renchérit sa meilleure amie. Et puis, tu as bien pour meilleurs amis des Pouffsouffles dont la pureté de sang n'est pas vraiment établie. À côté d'eux, Black et Potter restent tout de même dans la limite du respectable.
- Je resterais à ma place, si j'étais toi, asséna Dolores en coup final.

Elles échangèrent un hochement de tête, comme satisfaites de leur justification, puis reportèrent leur attention vers Aria.

- Ce qu'il y a, Aria, c'est que... Bon, c'est une chose que tu ne prennes pas parti publiquement en faveur du Mage Noir.
- C'est d'ailleurs plutôt logique et normal que tu veuilles rester discrète à ce propos, observa Dolores. Cette école et même le Ministère que tu vises, ne sont pas de cet avis, mieux vaut rester prudente.
- Il est normal de ne pas vouloir compromettre ta carrière, ajouta Pearl d'un air entendu mais désagréablement condescendant.

Aria les connaissait depuis des années, et savait quelle était leur tactique. Après avoir tartiné son ego de remarques mielleuses, elles allaient l'attaquer sur un sujet qui lui tenait à cœur. Si ce n'était ni Will, ni ses études, ni ses convictions, ce ne pouvait être que...

- Ce Serdaigle, que tu fréquentes...

Benji. Mais que pouvaient-elles reprocher à... La jolie blonde sentit son cœur faire un raté, et son visage pâlir. Évidemment... Comment avait-elle pu omettre ce minuscule, microscopique détail, si insignifiant pour elle mais si important pour ses pairs ?

- Tu sais, celui qui passe son temps avec cette pipelette de McKinnon ?
- Vous parlez de Benji Fenwick, dit simplement Aria en tentant de masquer la panique dans sa voix.

Elle n'en revenait pas d'avoir été aussi idiote, aussi peu précautionneuse. Évidemment que des gens l'avaient vue, papoter avec lui dans les couloirs, manger à sa table, se balader avec lui à Pré-au-Lard, manquer de l'embrasser dans la cour de l'école ! Et elle en parlait à voix haute à sa cousine, n'importe qui pouvait l'entendre...

- Ah, Fenwick, voilà. Beau garçon, par ailleurs...
- ... Intelligent, à ce qu'on me dit...
- ... Apparemment drôle également...
- ... Il a tout pour lui, quoi !
- Mais nous sommes assez étonnées que tes parents approuvent cette union.

Aria, qui s'était sentie comme invincible quelques secondes auparavant, avait envie de se recroqueviller sous ses couvertures. D'une voix blanche, elle joua le jeu de ses camarades et leur répondit.

- Pourquoi n'approuveraient-ils pas ?

Elle avait pris l'habitude, depuis quelque temps, de faire l'imbécile qui ne comprenait rien à ce qu'on lui disait afin de revenir avec plus de violence par la suite. Cela laissait généralement penser à la personne d'en face qu'elle avait pris le dessus, et lui permettait ainsi d'asséner son coup final avec intelligence et finesse. Mais, cette fois-ci, Aria se sentait véritablement imbécile.

- Eh bien, il est sang-mêlé.

Le silence qui suivit cette phrase fut imposant, et sembla peser tout à coup sur les épaules de la jeune Justice.

- Il est impossible, pour une personne de notre rang et surtout pour une Justice, d'espérer une quelconque union avec quelqu'un d'autre qu'un Sang-Pur, n'est-ce pas ?
- Et quand bien même cela serait dans tes projets, bien que cela nous paraisse assez inconcevable...
- ...Ce serait dommage que ta famille, tes parents, tes grands-parents, ton oncle et ta tante, l'apprenent d'une autre plume que la tienne, non ?

Les deux jeunes filles la regardaient avec un sourire innocent alors qu'elles venaient de lui asséner le coup de grâce, et qu'Aria sentait presque les eaux du Lac Noir l'entraîner dans leurs fonds. Evelyn lui lança un regard désolé tandis que les deux amies, satisfaites de leur petit effet, se levèrent et se dirigèrent vers la salle commune.
Aria se laissa alors tomber dans son lit, et Evelyn vint s'asseoir à ses côtés.

- Au moins, tu es tranquille pour le reste... soupira-t-elle.
- Le reste ? demanda Aria.
- Elles ont assez d'influence pour que la bande de Lestrange et Rosier laissent tomber.
- Oh...
- Elles pensent que tout ce que tu as fait, à Pré-au-Lard et même plus tôt ce soir, ce n'est que pour garder les apparences intactes.

Aria lui jeta un regard en biais. C'était la première fois qu'Evelyn ne lui paraissait pas être une écervelée qui ne vivait que la tête dans les planètes.

- Dolores, avec l'influence qu'elle a sur Rosier, va réussir à faire en sorte qu'ils te laissent tranquille. Tu verrais comment elle est avec lui... Très persuasive. Tu as de la chance, conclut-elle avec un sourire, ç'aurait pu être pire.
- Tu parlais de tout à l'heure...
- Ah, oui. Ils sont tous revenus en dansant n'importe comment et en bavant presque à cause du sort de babillage. Tout le monde les a vus, ils étaient furieux contre toi. Mais après en avoir débattu toutes les deux juste avant que tu n'arrives, Pearl et Dolorès ont estimé que ne pas prendre parti publiquement faisait partie de ta stratégie. D'un côté, tu te positionnes contre les actions de Rosier et compagnie, mais d'un autre tu es toujours en conflit constant avec Sirius Black.
- Mais, je passe quand même plus de temps avec eux, là, les Gryffondors et les Serdaigles...
- Oui, mais Aria, tu es une Justice. De tous ceux qui sont dans notre maison, tu fais partie des familles les plus respectées. Les gens savent qu'ils ne doivent pas trop te chercher de noises.
- Donc, ils essaient de m'attaquer sur une des seules choses sur laquelle ils peuvent. Mes fréquentations amoureuses.
- C'est un peu leur sujet de prédilection, en plus, observa Evelyn.
- Oui...

Aria était de taille pour tout ce qui concernait les études, la politique, les sujets de société de manière générale. Mais ses camarades avaient décidé de l'attaquer de front sur un terrain qu'elle ne découvrait qu'à tâtons. Durant leurs six ans et demi de vie commune, elle les avait entendu parler maintes et maintes fois de magouilles perpétrées à l'encontre de pauvres filles qui avaient osé s'approcher de leurs prétendants. Elles étaient terribles à cette guerre, et Aria craignait de ne pas faire le poids.


Liliana : Sans approuver aucune de leurs actions passées, présentes ou futures, j'ai un peu pitié de ces Serpentard, quelque part... Car ce sont la bêtise et l'ignorance qui mènent à l'extrémisme. Ils n'ont pas grandi dans un milieu suffisamment sain pour avoir une quelconque ouverture d'esprit sur le monde et je trouve ça très triste, finalement. Poudlard est un peu l'endroit où ils pourraient s'épanouir en tant qu'individus propres, loin des croyances de leurs familles, mais c'est pas le chemin qu'ils ont choisi. Même si certains (Regulusssss ) sont capables de rédemption, ils sont rares, c'est quand même vachement triste. Quand t'y penses, y en a style Lucius, Bellatrix, etc qui ont attendu pendant TREIZE ANS que leur maître revienne à eux sans réfléchir une seule fois à leurs actes etc. Bref je m'égare mdr, merci de toujours me lire