Chapitre 41 : Recoller les morceaux

Une claque. Une nouvelle claque ! Il avait recommencé !

Mais qu'est ce qui ne tournait pas rond chez lui ? C'est moi qui avais eu un coup à la tête, pas lui ! Comme lors de sa déclaration enflammée, en disant à César Flickermann et dans le même temps tout Panem qu'il m'aimait lors de nos premiers jeux, sans me prévenir au préalable, il me mettait de nouveau dans l'embarras devant tout le monde, mes amis inclus pour l'inauguration de sa fichue boulangerie !

Vraiment, j'en étais à présent convaincue, je n'aurais jamais dû venir, ou rester après qu'il m'ait presque supplié. Il n'avait pas tourné la page ! Et il me le faisait bien comprendre et aux autres aussi, alors qu'il savait pertinemment que je détestais plus que tout ces déballages publics. D'autant que, même si la soirée était privée et qu'il n'y avait pas de caméras, cela n'allait pas tarder à se savoir dans tout Panem.

J'imaginais déjà les commentaires : « Peeta Mellark le héros des Hunger Games, a dédié le nom de sa boulangerie à sa chère et tendre Fille du feu – les amants maudits du District douze se dévoilent un peu plus : A quand le mariage ? »

J'avais envie de lui sauter dessus devant tout le monde pour le frapper, avec ma canne s'il le fallait ! Ou l'enfermer tiens ! Le séquestrer jusqu'à ce qu'il comprenne qu'entre nous c'était terminé ! Au lieu de quoi je filais à la dérobée empruntant des rues désertes, pour éviter d'avoir à traverser la foule qui était euphorique après la révélation du nom, applaudissant à tout rompre leur hôte.

Je mis au moins une heure à rentrer chez moi. J'étais fatiguée, en colère et triste. Je montai dans ma chambre me débarrassa de ma robe et fila dans mon lit, décidant d'y rester plusieurs jours d'affilés si nécessaire, le temps de me calmer ! Bien sûr, impossible de trouver le sommeil. Je me repassais en boucle le film de la soirée : Ma réaction quand je l'avais vu au bras de Delly et que j'avais cru qu'ils étaient ensemble, la sensation ressentie quand il m'avait attrapé par le bras alors que je n'avais eu aucun contact physique ou vocal avec lui depuis des mois, les pensées qui me revinrent quand j'avais vu sa toile représentant le lac, ou la toile me représentant en train de dormir et la présentation du nom. Le Docteur Aurélius se régalerait à m'interroger sur tous ces points. Mais je n'avais pas besoin de lui, ni de personne pour savoir qu'au fond, cette soirée avait ravivé ce que j'avais mis des mois à enfouir.

J'avais évidement toujours des sentiments pour Peeta, il me manquait c'était certain.

J'ai été jalouse de le voir avec Delly, j'ai été apaisée de voir ses toiles, de le voir lui d'entendre sa voix, de voir son sourire. Au fond pourquoi m'étais-je vraiment rendue là-bas si ce n'était pour le voir ? Mais ça me contrariait tellement de le reconnaître !

D'admettre, que j'avais une fois de plus repoussé Peeta, pour ensuite que ça soit lui qui fasse comme si ce n'était pas grave et me pardonne, encore. C'était moi la cause perdue dans cette histoire. J'étais décidément bien trop instable. C'était la raison pour laquelle je ne pouvais pas me permettre de le laisser revenir ou de me laisser aller à céder à mes pulsions le concernant. Ça faisait du mal oui, à lui autant qu'à moi, mais j'essayais de continuer à me persuader que je lui rendais service.

J'entendis les autres rentrer, je ne savais pas quelle heure il était et je m'en fichais.

Après quelques minutes de bruits divers en bas ils regagnèrent tous leurs chambres et je retrouvai de nouveau le silence.

Je ne savais pas combien de temps je mis pour trouver le sommeil, mais quand ma mère frappa à ma porte le lendemain j'étais littéralement épuisée.

J'avais mal à ma jambe, j'avais dû un peu trop forcer la veille.

- Katniss, tu dors ma chérie ?

Tu as de la visite.

- Je ne veux voir personne Maman et même si c'était la Présidente en personne !

J'entendis alors ma mère dire :

- Tant pis ! Vas-y quand même, au moins là elle ne devrait pas pouvoir s'enfuir.

- Maman, j'ai dit non !

J'entendis alors quelqu'un dévaler les escaliers et au même moment la porte de ma chambre s'ouvrit et Peeta entra. Je m'enroulai dans ma couverture et lui tourna le dos

- Va-t'en ! Tu en as assez fait comme ça hier !

- Non je ne partirais pas Kat, pas tant qu'on n'aura pas discuté toi et moi. Dit-il en prenant un fauteuil et s'installant près de moi.

- Je vais tuer ma mère quand tu seras parti et tu auras sa mort sur la conscience ! Dis-je en grommelant.

- J'assumerais. Répondit-il calmement.

- Alors, tu veux me parler, vas-y, comme tu le vois je suis très occupée et je n'ai pas beaucoup de temps à t'accorder.

- Oui je veux te parler. Tu es partie sans rien dire hier.

Je pense savoir pourquoi mais j'ai besoin que tu me l'explique.

Je me redressais comme une furie.

- Tu te moques de moi Peeta ! Ce nom ! « L'en K » ! K ! comme la première lettre de mon prénom !

Je te dis de tourner la page et toi tout ce que tu trouves à faire c'est de me « dédier » le nom de ton établissement !

Comme quand tu as dit à tout Panem que tu m'aimais !

Tu sais parfaitement que j'ai horreur de ce genre de déballages publics.

Et maintenant ça va donner quoi ?

AH AH ! Tu y as pensé au moins ?

Les journalistes vont s'en donner à cœur joie mon p'tit père !

Et je te préviens, c'est toi qui devras te débrouiller avec eux !

Et il n'y a pas intérêt à ce que j'en trouve un seul sur le devant de ma porte, sinon je collerais une bombe dans ton foutu magasin !

- Tu as fini ? Demandât-il l'air amusé.

- Pour l'instant ! Répondis-je en croisant les bras sur ma poitrine.

Et je ne vois pas ce qui peut t'amuser là-dedans !

C'est là que je m'aperçus que j'étais en soutien-gorge devant lui. En me relevant les draps avaient glissé et dans mon élan de colère je n'y avais pas prêté attention. Je remontai donc les couvertures précipitamment sur moi. Peeta étouffa un petit rire. Il se racla la gorge avant de reprendre la parole.

- Je peux parler maintenant ?

Je lui fis oui d'un signe de la tête essayant de garder une certaine contenance.

- Bien, d'abord je ne sais pas si tu sais à quel point tu es vraiment belle quand tu te mets en colère ?

Ensuite ta maison est très sympa, j'aimerais bien que tu me la fasses visiter à l'occasion.

- Viens-en au fait Peeta !

- Je ne m'excuserais pas !

- Ah non ?

- Non ! Je refuse de m'excuser pour ce choix que j'ai fait, pour tous les choix que j'ai fait y compris celui de t'aimer.

La seule chose pour laquelle je tiens à m'excuser c'est de t'avoir laissé me chasser aussi facilement de ta vie.

J'aurais dû te tenir tête.

Mais tu étais dans un tel état, et moi aussi.

Puis après, le temps a passé et je savais que tu reviendrais au douze, donc j'ai décidé de te laisser le temps dont tu avais besoin.

Gale m'a conseillé de ne pas te brusquer, que lui il avait essayé de le faire et que ça n'avait pas marché.

Bon, j'avoue que je n'avais pas besoin qu'il me le dise, puisque je te connais quand même assez bien pour savoir, qu'en effet ça ne marche pas forcément avec toi ce genre de tactique.

Le Docteur Aurélius aussi m'a conseillé de te laisser le temps, ce qui m'a permis à moi aussi de mettre de l'ordre dans mes idées.

D'ailleurs, je voulais te dire que j'ai beaucoup travaillé avec lui depuis la dernière fois qu'on s'est vu.

Je voulais vraiment arriver à trouver une solution pour mes épisodes.

Et ça va vraiment mieux de ce côté-là. Je voulais que tu le saches.

Je l'écoutais religieusement, faisant en sorte de ne laisser transparaitre aucune émotion.

- Donc voilà, je suis venu te dire, que je t'aime toujours, que tu me manques et que je ne m'excuserais pas.

Ah et aussi que je t'attendrais, le temps nécessaire, mais je ne baisserais pas les bras.

Je compte bien me battre pour toi, parce que c'est toi et parce que je refuse de croire que tu n'as plus de sentiments pour moi.

Voilà j'ai terminé.

Alors je vais te laisser te reposer maintenant.

Et puisque tu as visiblement décidé de passer la journée au lit, j'espère que ça ne te dérangera pas que je me sois permis d'inviter tout le monde à la maison ce soir ?

Si tu veux venir ça sera avec plaisir, sinon on se reverra bientôt à l'école de toutes façons.

Il ne me laissa même pas le temps de répliquer. Il se leva, se pencha vers moi et m'embrassa sur le front, puis il partit.

Il venait de me mettre KO ! Piquée au vif, je décidai effectivement de passer ma journée au lit à ruminer. Ma mère me fit apporter de quoi manger par Annie, qui me confirma qu'ils allaient tous chez Peeta ce soir. Voilà à quoi on en était réduit, se partager la garde de nos amis. Tête de mule jusqu'au bout des ongles, je lui dis qu'il n'y avait pas de soucis et que de toutes façons j'étais fatiguée et que Peeta serait surement de meilleure compagnie que moi. Gale essaya de venir me voir, mais après avoir pris un oreiller en pleine tête, il fit demi-tour et reparti. Après quoi j'eu enfin droit à un peu de paix.

Après les avoirs entendus quitter la maison, je décidai de descendre. Maman m'avait laissé de quoi manger et m'avait écrit un mot pour dire qu'elle passerait la nuit chez Haymitch et qu'elle reviendrait demain.

Je décidai de me faire un plateau repas et alla m'installer dans le salon, sur le canapé avec une couverture devant la télé. J'essayais d'éviter de penser au fait qu'ils devaient être tous en train de bien rigoler, car on s'ennuie rarement avec Peeta.

Quand le son de leurs voix se rapprochèrent de la maison, il était bien tard et je me précipitai en boitant jusque dans ma chambre, d'où je pouvais tout de même les entendre encore rigoler comme des bossus.

Gale qui revenait d'une soirée chez Peeta en rigolant, j'aurais vraiment tout vu !

Le lendemain, après m'être douchée et habillée, je descendais préparer le petit déjeuner pour tout le monde. Je n'échappai pas aux railleries de Jo, ni au résumé de la soirée épique qu'ils avaient passé la veille, durant laquelle apparemment, ils s'étaient lancés des défis à tour de rôle et il semblerait que Peeta ai gagné haut la main et se retrouvant tout nu à courir dans le village des vainqueurs. En le racontant, ils devaient être en train de revivre la scène, car ils en pleuraient de rire. C'est là que Johanna me balança :

- T'avais raison Kat, je te confirme qu'il est vraiment bien bâti le petit boulanger !

- Dis donc ! lui dis Gale à moitié vexé.

- Mais non mon lapin en sucre, ne t'inquiètes pas tu n'es pas en reste, mais ça, Kat l'ignore.

- Gale tu oses la laisser t'appeler « mon lapin en sucre » ? Dis-je pour détourner l'attention

- Oui, mais ça c'est parce qu'elle me laisse l'appeler…Il n'eut pas le temps de finir que Jo se jeta sur lui pour lui mettre les mains sur la bouche, pour l'empêcher d'en dire plus

- Non Gale ! Tu sais que c'est entre nous ! Et ils éclatèrent de rire.

J'aimais voir leur complicité, ce qui me renvoya au fait que j'avais la même avec Peeta, avant.

Ma mère ne revint que tard dans la soirée. Gale et Jo étaient déjà partis, ils devaient rentrer car Gale travaillait le lendemain. Annie jouait dans le salon avec Finn et moi.

Elle avait proposé de rester jusqu'à l'inauguration de l'école et cela ne me dérangeait pas. Ma mère avait l'air bien, heureuse.

- Tu vas mieux ma chérie ? Demandât-elle.

- Oui, mais il n'en reste pas moins que tu es une traitresse ! Lui dis-je avec un sourire en coin.

- J'avoues. Mais c'était pour la bonne cause.

Bon et puisque tu as l'air d'être à peu près de bonne humeur aujourd'hui, je voudrais te parler de quelque chose.

- Pourquoi je sens que ça concerne encore Haymitch et toi ?

- Ah ne commence pas Katniss !

- Non non, vas-y je t'en prie, je t'écoute.

- Je préfère ça ! Dit-elle soudainement avec un ton autoritaire qu'elle n'utilisait que très rarement.

Bon voilà maintenant que tu sembles aller mieux et de t'en sortir, et vu qu'Annie va rester encore quelques semaines ici, je voulais te dire qu'Haymitch et moi allons aménager ensemble.

J'ai enfin réussi à trouver un poste à l'hôpital du douze, donc plus rien ne s'oppose à mon retour définitif maintenant.

Nous allons d'abord habiter ensemble chez lui, mais nous avons décidé de suivre ton exemple et de nous trouver une maison nous aussi, car il règne vraiment de trop mauvais souvenirs là-bas.

Bon, peut-être un peu moins depuis les exploits de Peeta hier soir. Dit-elle en regardant Annie qui éclatât de rire à nouveau.

Contre toute attente je n'étais ni en colère, ni contrariée. Pour la première fois j'étais simplement, contente pour eux. En fin de compte je préférais qu'ils officialisent vraiment leur relation, plutôt que de jouer les adolescents perturbés par leurs hormones sous mon nez.

- C'est une bonne idée Maman. Je suis sincèrement contente pour vous. Dis-je.

Ma mère ne dit rien et m'observa du coin de l'œil, échangeât un regard circonspect avec Annie pour la sonder. Voilà, avec mon caractère, même quand je disais les choses sincèrement, sans me transformer en furie, on ne me croyait pas.

- Je ne plaisante pas Maman, je suis vraiment contente pour vous deux. Tiens, je vais même te le prouver.

Je me levais du canapé, alla attraper le téléphone et appela Haymitch.

- Haymitch ? C'est Katniss.

- Ah ! Comment tu vas Trésor ? Tu m'appelles pour me passer un savon ?

- Non pas du tout au contraire, je voulais vous féliciter.

Maman vient de me faire part de votre décision et je voulais que vous sachiez que je suis sincèrement contente pour vous deux.

- Passe-moi ta mère ! Dit-il soudainement.

- Maman ? Haymitch veut te parler.

Elle se leva et je lui passai le combiné et je l'entendis dire :

- Non, non je t'assure elle m'a dit la même chose. Non elle ne s'est pas énervée…

Elle marqua une pause car Haymitch devait être en train de lui parler.

- Non je ne pense pas qu'elle ait pris quoique ce soit, non plus et elle a l'air sobre.

De nouveau elle marquât une pause.

- Oui moi aussi. Je te vois demain. Je t'embrasse. Puis elle me tendit de nouveau l'appareil

- Katniss, écoutes, je te remercie pour tes félicitations, c'était assez inattendu mais, heu, enfin merci.

- De rien. Bon je vous laisse. Passez une bonne soirée.

- …Oui…vous aussi.

Je raccrochai et alla me reposer dans le canapé. Annie et ma mère me fixaient.

- Mais tout va bien ! Leur dis-je.

Maman, puisque du coup tu as l'intention de rester maintenant, je voulais te parler d'une idée que j'ai eu il y a plusieurs semaines, mais ne sachant pas trop ce que tu comptais faire, bref.

Je t'ai expliqué qu'à l'école nous allions dispenser des cours de médecine de campagne et je pensais que ça serait bien que ça soit toi qui t'en occupe.

Je ne connais pas de meilleure guérisseuse que toi dans tout le District et c'est toi qui avais tout apprit à Prim.

Puis ça nous permettrait de faire quelque chose ensemble.

Qu'en penses-tu ?

- Tu me prends un peu de court là ma chérie. Tu peux me laisser y réfléchir ? Ce n'est pas que l'idée ne me plaise pas, mais il faut que je vois comment je pourrais intégrer ça, en plus de mon travail à l'hôpital.

- Oui bien sûr. Tu as encore un peu de temps pour me donner ta réponse, mais je pense vraiment que ça pourrait être une bonne idée.

J'en avais parlé avec Sam et il était tout à fait d'accord avec moi sur le principe.

Entre toutes ces annonces, ma mère semblait complétement perdue. J'avais été ingérable ces derniers mois, je ne l'avais pas vraiment ménagé depuis mon accident, et surtout concernant sa relation avec Haymitch, et voilà que maintenant je prenais tout cela avec calme.

Mais je l'étais vraiment, calme. Je voyais bien que depuis le temps c'était devenu sérieux entre eux et qu'Haymitch ne semblait pas s'amuser avec Maman. Donc j'étais rassurée de voir qu'ils prenaient une décision significative tous les deux.

C'était tout ce que j'avais besoin de savoir.

C'est ainsi que la semaine suivante, après en avoir de nouveau discuté avec moi, je poussais ma mère à avancer son installation avec Haymitch, au village des vainqueurs et qu'un mois plus tard ils quittèrent celui-ci pour s'installer dans une petite maison, pas très loin de la mienne, avec évidement, un jardin, pour les oies d'Haymitch.

Ma mère était retournée quelques jours avec Annie et Haymitch dans le quatre, pour aller préparer ses affaires et rendre la location de sa maison qu'elle avait là-bas. Ce qui me laissa quelques jours de repos, à pouvoir profiter du calme de ma maison.

Un soir je décidai d'appeler Peeta pour lui proposer de venir boire un verre et lui faire officiellement visiter la maison, puisqu'il en avait manifesté l'envie. Mais je voulais aussi mettre les choses au clair avant l'ouverture de l'école qui n'allait plus tarder, car nous allions être amenés à travailler ensemble et que je voulais que tout se passe dans les meilleures conditions possibles. Il était hors de question de nous donner en spectacle devant les enfants ! Il accepta immédiatement ma proposition et arriva une heure plus tard avec une bouteille et des petits mets qu'il avait préparé à la boulangerie le jour même, mais qui n'avaient pas été vendus. Nous nous installâmes dans la véranda, qui pouvait presque s'ouvrir complétement. C'était l'un de mes endroits préférés de la maison. Je lui fis faire le tour du propriétaire et je constatai que celle-ci semblait beaucoup lui plaire. Il fut tout particulièrement intrigué par la dépendance dans le jardin et quand il entra dans celle-ci il fut immédiatement sous le charme.

- J'aurais dû faire comme toi et changer de maison. Me dit-il.

Je n'y avais jamais pensé à vrai dire.

Tu peux être certaine que si j'avais vu cette maison avant toi je te la piquais sans hésiter.

- Et bien pas de chance ! Il n'y en avait qu'une comme celle-là et c'est moi qui l'ai.

- J'aurais préféré bien sûr, qu'on ait eu la chance de la trouver ensemble toi et moi.

- Peeta…

- Je disais ça comme ça, parce que je le pense.

J'ai décidé que peu importe si cela devait te contrarier ou non, je te dirais les choses maintenant.

- Ah ! Merci de me prévenir, quoi que la dernière fois, effectivement, tu n'y es pas allé de main morte.

- Et ça t'as fait réfléchir ?

- Un peu. Mais ne vas pas t'imaginer des choses.

D'ailleurs c'est aussi pour ça que je voulais te voir ce soir.

Tu sais la rentrée est pour bientôt, et comme on va souvent se croiser tous les deux, je veux que les choses soient claires, de manière à ce qu'il n'y ait aucun incident à l'école et surtout devant les enfants.

- Quel type d'incident penses-tu qu'il pourrait se produire ?

- Oh je ne sais pas, une nouvelle déclaration enflammée de ta part, des gâteaux que tu ferais faire à tes élèves avec inscrit « Katniss je t'aime » par exemple ? Dis-je l'air un peu moqueur.

- J'avoue que sur un gâteau pour plus de six personnes ça peut s'envisager, mais sur des pâtisseries individuelles un peu moins.

Sinon je pourrais toujours leur faire faire des pains en forme de cœur et te les faire envoyer à ton bureau Madame la Directrice. Et il rigola et moi aussi pour le coup.

- Non sérieusement Peeta, tu comprends ce que je veux te dire ?

- Oui évidement que je comprends.

Tu sais pour le nom de la boulangerie, je l'avais choisi après notre première fois. Je n'ai pas eu envie d'en changer depuis.

Je ne savais pas quoi lui répondre. Cela fit remonter en mois des souvenirs, les souvenirs de cette fois-là. Je me re servis un verre de vin.

- Je suis désolée si j'ai gâché ce moment qui était important pour toi. Lui dis-je.

- Ne t'en fais pas. Ça a été une telle surprise de te voir là. Je ne m'y attendais vraiment pas.

- Et moi non plus. Mais je voulais être là, pour toi, en un sens.

Je savais que c'était un moment important pour toi.

Et puis j'étais curieuse de voir le résultat final.

- Et alors tu en penses quoi ?

- Je trouve que c'est parfait. C'est exactement comme je me l'étais imaginé.

- Les gens me font beaucoup de retours positifs.

L'activité fonctionne bien on commence à avoir des clients réguliers.

On fournit aussi quelques petits restaurants et aussi l'orphelinat, mais gratuitement.

Et tu verrais Haymitch derrière son bar !

Jamais je n'aurais cru qu'il serait si à l'aise.

A propos, ça me fait bizarre de ne plus l'avoir comme voisin.

- Oui je comprends, tu es un peu seul maintenant là-bas ?

- Oui et non.

Du coup je n'y vais plus trop, je dors pas mal à l'étage au-dessus, de la boutique.

- Ah bon ? Dis-je surprise.

- Oui ça fait vide sans vous deux.

- Tu devrais faire comme nous et te débarrasser de cette maison pour en avoir une dans laquelle tu pourrais avoir tes propres souvenirs.

- Sans doute, mais c'est difficile pour moi d'oublier les plus importants qui ont eu lieu dans celle-ci tu vois ?

De nouveau je ne savais quoi lui dire. Je me resservais un autre verre de vin

- Et donc tu ne vois personne ? Me dit-il comme ça de but en blanc.

- Non, je suis trop occupée avec mon travail et je n'en n'ai pas envie.

- Ni au quatre ?

- Encore moins ! Puis je n'étais absolument pas en état.

Et toi ? il avait aiguisé ma curiosité avec ses questions.

- Non. J'ai bien quelques admiratrices qui viennent se planter parfois la journée entière au bar, mais Haymitch leur fait comprendre que je suis inaccessible.

Ce qui semble produire l'effet inverse puisqu'elles insistent encore plus ! Il se mit de nouveau à rire et moi aussi.

J'imaginais ces groupies désespérées n'attendant qu'un signe de lui…ça me rendit un peu jalouse.

- Et donc il ne s'est rien passé avec Delly ?

- Non absolument rien.

D'une part parce qu'elle ne m'attire pas, du moins pas comme ça et qu'en plus elle est avec Thom, tu sais l'ancien collègue de Gale à la mine ?

- Ah bon, je ne savais pas. Gale ne m'en n'a pas parlé.

D'ailleurs vous deux, comment ça se fait que vous soyez aussi proche maintenant ?

- Oh je ne sais pas. Ça s'est fait comme ça.

Et puis je crois qu'il est vraiment tombé amoureux de Jo, donc j'imagine qu'il lui est plus facile maintenant de me parler.

- Ils ont l'air bien ensemble, oui.

Mais je t'avoue que ça m'aurait arrangé que vous vous entendiez mieux plus tôt.

Ça nous aurait évité à tous de sacrées engueulades.

- Mieux vaut tard que jamais comme on dit.

Il me resservit du vin.

- Tu comptes me souler Peeta ?

- Non, pourquoi ? Dit-il d'un air innocent

- Tu sais très bien que je ne tiens pas très bien l'alcool et je ne sais déjà plus à combien de verres j'en suis.

- Et au niveau de ta santé, tu te sens mieux ?

Ta mère me tenait au courant, à ma demande je précise.

Elle m'a expliqué que tu avais eu quelques effets secondaires ?

- Des sautes d'humeurs tu veux dire ? La pauvre elle en a bavé pendant des mois ! Mais sinon oui dans l'ensemble ça va.

C'est juste ma jambe qui me pose vraiment problème, elle n'a plus la même souplesse qu'avant.

Je n'ai pas encore essayé d'aller chasser, ça me manque, mais j'ai peur de m'apercevoir que je ne peux plus y arriver.

- Ils t'ont mis des broches non ?

Ils ne t'ont pas dit si avec le temps ta jambe pourrait re fonctionner normalement ?

- Non, ils n'étaient pas très optimistes. Et puis j'ai une nouvelle cicatrice du coup, une de plus.

Et sans faire attention à ce que je faisais, je relevais machinalement mon pantalon pour la lui montrer.

- Elle n'est pas trop moche. Lui dis-je. Ils ont fait du bon boulot je trouve.

- Oui en effet. Dit Peeta qui commença à passer la main sur celle-ci, ce qui déclenchât instantanément des frissons en moi.

Il s'arrêta et me regarda droit dans les yeux, je le fixais moi aussi. Une alarme s'alluma à l'intérieur de moi, et je me rendis compte que, sans le vouloir, j'étais en train de l'aguicher. Je recouvris instantanément ma jambe écartant ainsi sa main.

- Il commence à se faire tard. Dis-je.

- Oui tu as raison je vais peut-être y aller. Dit-il, semblant reprendre lui aussi ses esprits.

Une partie de moi n'avait pas du tout envie qu'il parte, j'avais envie qu'il reste et de perdre le contrôle, ce soir, juste une fois, peut-être une manière de se dire au revoir ?

Mais non ! Ce n'était pas une bonne idée. Enfin pour lui. Il risquait de se faire des films après et le problème demeurait toujours le même à mes yeux, c'est que je ne serais jamais capable de lui apporter ce dont il avait besoin. Il me fallait penser à lui.

- A quoi tu penses ? Me demandât-il me faisant sortir de mes rêveries.

Je n'avais pas fait attention mais il s'était rapproché de mon visage et je pouvais sentir son odeur familière de cannelle.

- Au fait d'essayer de me maitriser pour éviter qu'on ne fasse une bêtise toi et moi. Répondis-je machinalement.

- Et si moi j'avais envie qu'on la fasse, cette bêtise ?

- Ça ne réglerait pas nos problèmes pour autant.

Et après on se retrouverait dans la même situation.

- Comment peux-tu le savoir ?

Tu as une boule de cristal cachée chez toi et dont tu ne m'aurais jamais parlé, qui te permettrait de voir l'avenir ?

- Non, mais je me connais et je sais que je ne serais jamais en mesure de te donner ce que tu attends.

- Tu me manques, j'ai vraiment envie de la faire cette bêtise. Me dit-il en passant sa main sur ma joue.

- Tu me manques aussi. Avouais-je.

Mais je ne peux pas. Ça ne serait pas bien. Enfin si ça le serait, sur le moment, mais non, je ne peux pas me le permettre.

Et ça serait malhonnête vis-à-vis de toi.

Il ne disait plus rien, on se regardait simplement tous les deux. Je devais faire un effort surhumain pour éviter de lui sauter dessus.

- Je vais y aller. Dit-il simplement. Merci en tous cas pour cette soirée.

C'était vraiment agréable de te retrouver un peu et de pouvoir se parler comme ça.

- Oui, c'était très sympa. Répondis-je, encore trop perturbée pour ajouter quoique ce soit d'autre.

Arrivés à la porte d'entrée, il s'arrêta un instant et se tourna vers moi.

- Je peux juste te poser une dernière question ?

- Je t'écoute. Dis-je

- Tu m'aimes toujours, réel ou pas réel ?

Et il ne me laissa même pas le temps de me répondre qu'il franchit le seuil de la porte sans se retourner. Et voilà, il me laissait comme ça, après avoir lâché une fois de plus sa bombe ! Je devrais m'y être habituée avec le temps, mais il semblerait que non.

Je me retrouvais de nouveau seule chez moi, frustrée au possible, à moitié ivre en ayant qu'un mot à la bouche : Réel !

Les jours suivants passèrent vite. Maman, Haymitch et Annie revinrent du quatre et nous reprîmes nos petites vies. Du moins, j'essayais de me concentrer un maximum, pour éviter de penser à cette soirée avec Peeta qui avait failli déraper.

Haymitch et Maman avaient décidé d'attendre l'ouverture de l'école, avant de faire leur pendaison de crémaillèrec car ils savaient que de nouveau, tous nos amis, notre « famille », serait réunie, ce qui leur évitait d'interrompre plusieurs fois leurs activités respectives.

J'allais presque tous les jours à l'école, puisque maintenant je pouvais travailler directement depuis là-bas. L'équipe de professeurs était complète, bien qu'il me manquât encore la réponse de ma mère.

Nous attendions, dans la semaine, une livraison en provenance du Capitole avec toutes les fournitures scolaires ainsi que les manuels qui seraient distribués gratuitement aux élèves.

La semaine d'avant nous avions réceptionné les livres destinés à la bibliothèque.

Je n'en connaissais pour ainsi dire aucun, car avant nous n'avions pas accès à ce genre d'ouvrages. Pourquoi faire, compte tenu du destin funeste qui nous pendait au nez ? Il y en avait de toutes sortes, des manuels, des romans, des encyclopédies, des livres d'histoire. Des tas d'ouvrages que nous, nous ne connaissions pas mais qui étaient pourtant bien connus avant la grande guerre, celle qui entraina la création des Hunger Games, et qui étaient accessibles librement partout dans le monde.

J'avais l'impression qu'on nous ouvrait une fenêtre immense vers d'autres cultures.

J'avais aidé à tout ranger. Cela me fascinait. J'en avais même emmené certains à la maison pour les lires.

La semaine prochaine, arriveraient également les équipements audio et vidéo destinés à l'enregistrement de la cérémonie d'ouverture.

Paylor devait venir en reconnaissance d'ici quelques jours bien que la cérémonie n'aurait pas lieu avant plusieurs semaines.

Enfin, durant le dernier mois, nous devions travailler avec l'équipe enseignante pour préparer le programme de l'année et tester tout le matériel pour s'assurer que tout serait en place pour le jour de la rentrée. Il fallait organiser les classes, les programmes, désigner les professeurs principaux pour les deux grandes sections.

L'équipe de Sam s'était occupée de recenser tous les enfants du douze afin de nous fournir la liste pour que nous puissions les répartir dans les classes. Nous avions dénombré cinq-cents enfants à gérer. Une cinquantaine pour la première section, environ deux cents pour la seconde et près de deux cent cinquante pour la dernière.

« Environ », car certains avaient passé des tests d'aptitudes afin d'évaluer au préalable leur niveau et montraient, soit des capacités qui leur permettrait de sauter une classe, ou au contraire, des lacunes qui nécessiteraient un renfort pédagogique.

Toutes les familles avaient été invitées à participer à une grande réunion afin de leur exposer les grandes lignes du modèle d'éducation que nous comptions proposer.

On leur avait également expliqué que l'école serait totalement gratuite, repas inclus. Tout était pris en charge par le Capitole et le District. Tous réagirent positivement et les enfants, pour les remontées que nous avions eues, étaient enthousiastes.

Nous avions envoyé par courrier, aux familles, les différents cours proposés pour la troisième section afin que nos futurs élèves puissent commencer à faire leur choix ce qui nous permettrait par la suite d'estimer le nombre à dispatcher par classe et par discipline. Beaucoup furent tentés par le cours de cuisine proposé par Peeta, mais comme pour chaque matière d'orientation, il y avait un nombre de place restreint.

Il fallut donc demander à tous les futurs élèves de fournir une lettre de motivation expliquant pourquoi ils voulaient étudier cette matière. J'avais donné les lettres à Peeta, pour qu'il sélectionne par lui-même ceux qu'il jugeait vraiment motivés. Après tout, personne d'autre que lui ne pouvait le faire.

Nous approchions du but et je me sentais plus à l'aise même si j'étais un peu nerveuse.

J'avais constitué mon équipe de direction qui m'aiderait à m'assister dans mon travail. J'avais, sur les conseils avisés de Peeta, proposé à Delly d'en faire partie. Celle-ci, très touchée, accepta immédiatement. Son rôle consisterait principalement à gérer mon agenda, prendre le relais avec certains élèves quand il n'était pas nécessaire que j'intervienne, et gérer la communication de manière générale. Nous affinerions au fur et à mesure ses missions car nous ne savions pas du tout, comment, une fois la machine en marche, tout allait s'articuler et nous savions que nous devrions nous adapter au fur et à mesure. Ce n'était pas évident pour moi d'envisager de devoir déléguer des choses à une tierce personne, ou même de devoir donner des ordres. Il faudrait bien que je m'y habitue.

Maman avait fini par accepter ma proposition, tout en me disant qu'elle le ferait pour la première année, mais qu'elle aimerait bien avoir une assistante qu'elle pourrait former pour ensuite prendre le relais. Sa demande était tout à fait légitime d'autant que ça permettrait de palier à d'éventuelles absences de sa part, en cas d'urgences à l'hôpital. Elle allait s'occuper de trouver la personne « idéale » pour ce poste, avait-elle dit. Je savais qu'elle avait déjà sa petite idée sur la question, puisque cela faisait plusieurs semaines, que, l'air de rien, elle parlait de son métier de guérisseuse à Annie.

Cette dernière, bien qu'éperdument éprise du District quatre, ne semblait pas vouloir repartir, car elle allait de nouveau se trouver seule et elle faisait maintenant intégralement partie de la famille. Je crois que ma mère la considérait un peu comme sa fille. Finn qui commençait à parler l'appelait même mamie, nous le laissions faire on trouvait cela mignon.

Nous avions passé une longue soirée avec Annie à parler de son avenir, et je lui avais proposé de rester le temps qu'elle le souhaitait à la maison. Leur présence à tous les deux ne me gênaient pas du tout. Je reconnaissais également être totalement tombée sous le charme de Finn, qui était vraiment un petit garçon adorable et très intelligent pour son âge. Il me faisait beaucoup rire. Sa présence avait quelque chose de rafraichissante.

La dernière semaine avant l'ouverture de l'école je sentis le stress monter.

Paylor était venue, nous avions fait le tour des locaux et elle semblait satisfaite, à la fois par la qualité des aménagements et des équipements et aussi par ce que nous avions mis en place avec l'équipe pédagogique. Une chose l'avait cependant mise très en colère. En effet je lui avais expliqué que nous n'avions toujours pas réceptionné certains ordinateurs, qui devaient servir entre autres pour les cours de technologie. Sans même attendre son retour au Capitole, elle avait passé un appel devant moi et elle avait exigé avec calme mais fermeté, que la livraison se fasse dans la journée. Son appel débloquât la situation, puisque le jour même nous réceptionnions enfin le matériel que nous attentions.

Nous avions discuté de la cérémonie d'ouverture qui se tiendrait un vendredi. Je lui avais expliqué que je souhaitais le plus possible rester en retrait, compte tenu des évènements qui s'étaient produits au Capitole, ce qu'elle comprit. Je devrais néanmoins prendre la parole le temps de faire un bref discours. Sam en tant que maire du District et Paylor de par sa fonction eux aussi en feraient un. Après quoi, l'école serait ouverte pour la journée à tous les habitants du douze qui le souhaitent, afin qu'ils puissent voir les travaux réalisés. Cela devait également permettre aux familles, ainsi qu'aux futurs élèves, de découvrir les lieux qui les accueilleraient officiellement le lundi en suivant.

Un grand buffet et des rafraichissements seraient également proposés dans la grande cour. Évidement c'était Peeta et son équipe qui s'occuperaient de tout. Haymitch avait même proposé d'inviter l'un de ses groupes pour mettre un peu d'ambiance ce que j'accepta.

Paylor m'expliqua enfin, qu'une fois de plus, Plutarch l'avait contacté pour lui demander de couvrir l'évènement mais qu'elle avait refusé prétextant qu'il s'agissait d'une petite cérémonie et qu'elle ne voulait pas en faire un grand évènement médiatisé. J'avais rigolé et elle aussi, car je savais bien qu'au fond, elle faisait son possible pour m'éviter trop d'exposition. Elle ne savait que trop bien que l'engouement de Plutarch pour ce type d'évènements, même si cela n'était pas vraiment dans son registre, aurait été difficile à contenir. Nous savions toutes les deux que ce qu'il voulait avant tout, c'était de faire de l'audimat en se servant de mon image « Le Geai Moqueur au secours des enfants ». J'imaginais avec un certain dégoût ce que cela aurait pu donner ! D'après Paylor, cela l'avait visiblement contrarié, mais il s'était montré courtois et avait accepté la décision de sa Présidente.

Je me sentais épuisée mais satisfaite. Aussi un soir, je proposai à Annie, de laisser Finn chez Maman, afin d'aller prendre un verre à la boulangerie de Peeta, pour me changer les idées et me détendre. Elle accepta sans hésiter ma proposition. Nous avions évité le plus possible, tous les deux, de nous retrouver seuls depuis le soir où il était venu à la maison. Enfin, moi j'avais évité, car je ne me faisais pas confiance.

Quelques jours après notre soirée, alors que je me promenais seule dans les bâtiments en fin de journée, je fis un détour par les cuisines pour contrôler une livraison et je surpris Peeta torse nu en train de terminer le montage et l'installation de certains matériels. Comme il était très affairé et qu'il ne semblait pas m'avoir entendue, je m'étais laissée aller à l'observer de longues secondes, discrètement.

Puis j'étais reparti sans un bruit. Cette nuit-là, mes rêves avaient été tout sauf sages. Depuis cela ne s'était pas arrangé.

L'air de rien, j'avais demandé à Maman si Haymitch et Peeta étaient de service ce soir. Elle me répondit qu'Haymitch oui, mais que Peeta était de repos. Donc je ne risquais rien à aller boire un verre là-bas, d'autant que l'endroit était vraiment agréable de ce qu'on m'en avait dit. Je n'y avais pas remis les pieds depuis l'inauguration, bien que je fusse passée devant à plusieurs reprises, par curiosité sans doute, mais n'osant pas y entrer.

Arrivées là-bas nous fumes accueillies chaleureusement par un Haymitch ravi de nous voir. Nous nous installâmes au bar et il nous servit un cocktail chacune qu'il avait baptisé le « sexymitch » ! Je ne voulais même pas savoir d'où pouvait bien provenir ce nom absurde, ni ce qu'il y mettait dedans.

- Alors mes tourterelles, qu'est-ce qui vous amène ce soir ? Dit-il l'air amusé

- L'irrépressible envie de vous voir travailler. Répliquais-je

Ce soir-là il y avait un petit groupe local, qui jouait une sorte de musique blues.

- Z'avez vu mes copains ? Ils jouent bien hein ? Dit Haymitch fière de lui.

- C'est très sympa oui. Répondit Annie.

La salle n'était pas bondée, mais il y avait quand même du monde pour un jeudi soir.

- Si vous avez envie de danser un peu, surtout n'hésitez pas, lâchez-vous ! Nous glissât Haymitch, avant d'aller s'occuper d'autres clients.

Le voir travailler là me faisait bizarre. Mais il semblait être totalement dans son élément en fin de compte. J'avais bien fait de suggérer l'idée à Peeta. Maman m'avait dit qu'elle le trouvait beaucoup plus épanoui depuis qu'il avait une activité. Et en plus et contre toute attente, il était totalement sobre maintenant. Enfin, il ne s'autorisait à boire, que lors de nos petites soirées entre amis. Nous passâmes deux bonnes heures avec Annie à discuter, rigoler, à siroter plusieurs « sexymitch », à écouter la musique. Nous étions même allées danser, même si de mon côté c'était un peu approximatif au niveau des mouvements à cause de la raideur de ma jambe. Alors que nous retournions au bar, prêtes à passer de nouveau commande, j'entendis une voix familière derrière moi dire :

- Une bière pour moi, s'il te plait Haymitch.

Je me retournai et vit Peeta, en chemise blanche à manche courte, un short et des tongs !

- Tiens ! Patron, qu'est-ce que tu fais encore là à cette heure-ci ? Demanda Haymitch.

- Je terminais l'inventaire. Lui répondit Peeta attrapant sa bière.

- Salut les filles. Nous dit-il, visiblement ravi de nous voir.

Vous passez une bonne soirée ?

- Très ! Lui répondit Annie. Comme à chaque fois !

- Et toi Kat ?

- Pareil, et ton barman est un pro ! Dis-je avec un sourire.

- Ah oui ! Une vielle connaissance. Très efficace, je te l'accorde.

- Alors les filles une autre tournée de « sexymitch » ? Lança Haymitch.

- Oh mais avec joie. Répondis-je

- Pour moi, ça ira pour ce soir. Répondit Annie.

Je vais vous laisser, il se fait tard et je ne voudrais pas embêter trop ta mère avec Finn. Me dit-elle.

- Tu sais très bien que ma mère adore Finn et qu'il ne doit absolument pas l'embêter, ton excuse est bidon. Lui dis-je à l'oreille pour qu'elle seule puisse entende.

Elle me répondit par un clin d'œil.

- Je vous laisse. A bientôt les garçons. A toute à l'heure Kat.

- Je peux m'assoir avec toi ? Demanda Peeta.

- Fais comme chez toi.

- Trop aimable ! Alors Haymitch t'as fait gouter sa spécialité ?

- Oui ! J'étais sceptique au début, surtout avec ce nom, d'ailleurs comment tu l'autorise à utiliser ce genre d'appellation ?

- Honnêtement, ce n'est pas un problème et en plus c'est son cocktail fétiche il fait un malheur. Surement à cause du nom justement. Dit-il hilare.

- Tu n'étais pas censé être en repos ce soir ? Lui demandais-je

- Tu essayais de m'éviter ?

- Je, non, enfin si, peut-être. Mais tu ne réponds pas à ma question.

- Si je suis sensé l'être, mais je t'ai dit que je n'habitais presque plus à la maison alors du coup, à être là, je travail.

Et comme j'avais soif et que la musique m'attirait…

- C'est vrai qu'il est vraiment sympa ce groupe.

- Les soirées d'Haymitch font un carton.

Tu as vraiment eu une bonne idée de me suggérer de l'intégrer au projet.

La musique changea et le groupe entama un morceau beaucoup plus calme. Peeta me regarda et me tendit la main.

- Tu accepterais de danser avec moi, en tout bien tout honneur ?

- Ok ! Mais en tout bien tout honneur uniquement, je te préviens !

Il m'entraina alors au milieu d'autres gens qui dansaient. J'avais mes bras autour de son coup et lui ses mains sur mes hanches. Évidement cela éveilla en moi des envies, qui se manifestaient un peu trop souvent à mon goût ces derniers temps et la seule manière que j'avais pour les faire passer était de travailler. Sauf que là, il était tard, j'avais un peu bu et surtout, il était là, face à moi son, regard de nouveau plongé dans le mien. Il resserra un peu plus son emprise autour de ma taille et m'incita à me rapprocher de lui. De nouveau je sentais cette douce odeur de cannelle qui émanait de lui. Je sentis l'une de ses mains commencer à me caresser le dos.

- En tout bien tout honneur Peeta ! Lui rappelais-je dans un murmure.

- Je ne fais rien de mal, des amis peuvent avoir des gestes de tendresse l'un envers l'autre sans qu'il n'y ait d'ambiguïté. Non ?

Je le laissais faire. Mes mains commencèrent alors à se balader dans ses cheveux. Son regard se fit plus intense. Et je sentais que j'allais perdre le contrôle.

- Je ne t'ai pas montré mon bureau au fait ?

Maintenant qu'il est terminé, d'ailleurs tu n'as pas non plus vu l'étage si je ne me trompe pas ?

- Non en effet. Lui dis-je

Il n'attendit pas la fin de la chanson, il me prit par la main et m'entraina derrière lui, et me fit monter les escaliers quatre à quatre pour m'emmener à l'étage. A peine la porte refermée nous nous sautions dessus mutuellement, comme des bêtes enragées. Et je perdis totalement la raison, et m'abandonna dans ses bras. Cela faisait tellement longtemps, et tellement de bien. Son bureau, qui avait, pour le peu que je pus en voir, l'air si bien rangé, subit en l'espace de quelques secondes une véritable tornade. Peeta envoya tout balader pour m'installer dessus. Nous étions presque en train de déchirer nos habits. Il allait pouvoir s'amuser à recoure les boutons de sa chemise.

Cette fois-là, ne fût pas des plus romantique, mais elle fut d'une intensité folle, la suivante aussi, puis celle d'après encore. Il n'avait rien perdu de son habileté. Quant à moi je crois que je m'étais rarement laissée aller comme ça avec lui. A y réfléchir, je ne m'étais jamais laissée aller comme ça tout court. Pour finir nous nous retrouvâmes allongés sur le canapé, dans la salle de repos. Je n'avais pas vraiment pu visiter les lieux à proprement parler, en tous cas je l'avais fait mais pas de façon orthodoxe. Quand Peeta s'endormi, je le regardai tendrement, lui déposa un léger baiser sur les lèvres, puis je m'habillai et partais le plus discrètement possible. Il était près de quatre heure du matin quand je me couchai, après avoir pris une bonne douche. Je repensai à ce que j'avais fait ce soir. Une partie de moi s'en voulait, car j'avais craqué malgré toutes mes bonnes résolutions, mais l'autre partie ne le regrettait absolument pas, bien au contraire. J'étais cependant mortifiée à l'idée de devoir le revoir et de subir l'incontournable discussion du « Et maintenant ? ».

La semaine suivante passa rapidement. Je me plongeais de nouveau dans le travail car vendredi devait se tenir la cérémonie d'ouverture.

Annie ne m'avait posé aucune question sur le reste de la soirée ni sur l'heure à laquelle j'étais rentrée, ce qui m'avait soulagé car je lui aurais certainement menti. J'avais scrupuleusement évité Peeta depuis notre déchainement de l'autre soir. Mais je devais malgré tout le croiser lors des dernières réunions préparatoires. A la fin de chacune d'entre-elles, je m'éclipsais rapidement regagnant mon bureau et m'enfermant dedans. Je devais rédiger mon discours, mais je n'y arrivais pas. Cela m'agaçait au plus haut point.

Le jeudi soir, veille de l'inauguration, Gale et Johanna arrivèrent à la maison. Nous avions prévu d'aller manger tous ensemble, chez Maman et Haymitch. En arrivant Peeta était là lui aussi. Ils avaient fermé ce soir et le seraient aussi demain, car ils devaient terminer les préparations pour le buffet.

- Salut Trésor ! Me dit Haymitch.

Tu ne m'en veux pas j'ai proposé à Peeta de se joindre à nous ce soir ? Comme apparemment ça a l'air d'aller mieux entre vous, je me suis dit que ça ne te poserait pas de soucis.

A propos je te remercie, me dit-il au creux de l'oreille, grâce au raffut que vous commenciez à faire tous les deux j'ai pu pousser la sono à fond l'autre soir…ça déchire ! Me dit-il avec un sourire d'une oreille à l'autre

- Haymitch, je ne sais pas ce que vous vous imaginez…peu importe ! Surtout, bouclez là !

- Mais bien sur ma tourterelle ! Tu me connais je suis une tombe. Dit-il en me faisant un clin d'œil.

Je saluai Peeta comme si de rien était. Celui-ci m'adressait des regards parfaitement explicites, ce qui eut le don de me de me retourner une fois de plus le cerveau, mais je décidai de me contenir et de ne rien laisser paraitre. Il ne devait pas être dupe pour autant.

- Bon ! Enfin nous pouvons de nouveau passer une soirée tous ensemble. Dit Haymitch.

Mais s'il te plait Peeta cette fois-ci interdiction de courir nu devant la maison, je ne suis pas certain que nos voisins apprécieraient.

Nous venons à peine de nous installer et je crois que déjà ils n'aiment pas trop mes oies.

- Mais non Mitch, tu te fais des idées. Et puis elles dorment dedans la nuit, comme ça elles ne mettent pas le bazar. Dit ma mère.

- Ah parce que tu l'autorise à garder ses bêtes dans la maison maintenant ? Lui dit-je, surprise.

- Eh bien oui elles sont mignonnes comme tout et tellement affectueuses.

- Tu vois Katniss, la différence entre mon « petit oiseau des îles » et toi, c'est qu'elle au moins, elle est tolérante ! Et elle a du goût ! Dit Haymitch en prenant ma mère dans ses bras.

- Mais j'ai du goût, la preuve je les imagines parfaitement dans mon assiette. Dis-je pour le taquiner.

- Rahhh Katniss, tu ne peux pas dire ça devant elles tu vas les traumatiser !

Tout le monde rigola, il était vraiment tordu avec ces bestioles, et en plus il avait contaminé ma mère.

- Bon Catnip, dit Gale, j'espère que tu nous as préparé un beau discours pour demain ?

- Ne m'en parles pas, je suis nulle pour ce genre de choses, j'ai dû gaspiller au moins trois cahiers à tenter de l'écrire, sans résultat.

- Tu n'as qu'à improviser. Dit Peeta. C'est ce que tu as toujours fait.

Tu sais très bien que c'est quand tu improvises que tu es la meilleure. Me dit-il avec l'œil pétillant.

Il avait raison dans ce qu'il disait, mais je soupçonnais sa phrase d'avoir un double sens.

- Du coup, dis-je pour changer de sujet, vous voudrez que je vienne vous aider vers quelle heure samedi pour préparer votre crémaillère ? Demandais-je

- Oh je ne sais pas ma chérie, Peeta va s'occuper encore une fois du buffet, le pauvre il n'aura pas chômé cette semaine.

Mitch se charge des cocktails, et moi de la décoration.

Donc quand tu voudras.

Par contre on voulait te demander si on pouvait t'emprunter des chaises, j'ai peur d'en manquer.

- Oui bien sûr, je les apporterais. Rappelez-moi un peu la liste des invités ?

- Eh bien, déjà nous sept plus mon petit bouchon, dit-elle en parlant de Finn qu'elle tenait dans les bras, Beetee et Enobaria, la Présidente Paylor avec qui on a vraiment bien sympathisé et qui a accepté de rester passer le weekend au douze pour l'occasion, Sam, Delly et Thom et bien sûr et les collègues d'Haymitch et Peeta.

- Ha et j'ai proposé au groupe de l'autre soir, quand vous êtes venues avec Annie, de venir jouer.

J'ai eu l'impression qu'il vous avait bien plus ! Dit Haymitch, me regardant avec l'air taquin

- Kat ! Dit Jo. Tu es sortie un soir en semaine pour aller picoler avec Annie ? Tu m'en bouche un coin là.

- Oui ma chère, nous avons bu beaucoup de « sexymitch » ce soir-là !

- Ah ! Ne m'en parle pas ! J'adore ce cocktail. Dit-elle. Il y en aura samedi bien sûr ? Demanda-t-elle.

- Évidement. C'est mon truc pour faire tomber les filles.

D'ailleurs Katniss, tu dois savoir que c'est ta mère qui a trouvé ce nom.

Je manquai de m'étouffer en entendant ça, ce qui fit rire tout le monde.

- Bon et si on re jouait à ce jeu des défis maintenant que Kat est avec nous ? Proposa Gale.

- Ah heu, je ne sais pas, dis-je, personne ne m'a expliqué les règles.

Et il est hors de question que je finisse toute nue !

- Non non Chérie, dit Haymitch, ça ce n'est réservé qu'à mon copain Peeta !

Il nous a mis la raclée du siècle ce soir-là.

C'est d'ailleurs à ce moment-là qu'il a gagné le droit de me tutoyer.

- Je vois. Et donc ça marche comment votre jeu ?

Ils passèrent plusieurs minutes à tenter de m'expliquer des règles invraisemblables, avant que je ne comprenne que c'était eux qui avaient inventé le jeu au fur et à mesure. Je pense qu'ils avaient dû abuser des « sexymitch » ce soir-là. J'accepta néanmoins de jouer…

C'est comme ça que je me réveillai le lendemain matin, aux aurores, car la journée était plus que chargée, avec un mal de crane infâme, des dessins au feutre partout sur la figure – je m'en rendis compte en voyant la tête de ma taie d'oreiller- et Peeta dans mon lit !

- Qu'est-ce que tu fiches ici ?! Lui dis-je en le secouant pour le réveiller.

Il était encore habillé, alors que moi j'étais en pyjama. Je ne me souvenais plus comment j'étais rentrée, ni même mettre mise en pyjama.

- Bonjour à toi aussi. Me dit-il dans un bâillement.

- Réponds à ma question !

- Tu t'es un peu lâchée hier durant le jeu des défis, et tu n'étais pas en état de rentrer.

Gale a bien proposé de te porter mais tu as insisté pour que je le fasse, alors je t'ai mise au lit, je t'ai aidé à te mettre en pyjama, et après tu as insisté pour que je reste dormir avec toi, comme la fois où tu t'étais cassé le talon et où ta mère t'avais donné du sirop de sommeil.

Je n'ai pas cherché à aller à l'encontre de ta volonté, voyant que dès que j'essayais de partir tu te cramponnais à moi.

- Et on a… ?

- Non non ! Pas dans l'état dans lequel tu étais.

Ce n'est pas l'envie qui manquait visiblement, mais je n'ai pas voulu profiter de la situation. Tu vois ? Je suis un vrai gentleman !

- Mouais, bon, merci.

Écoutes, là je dois me préparer, je dois doit être à l'école dans une heure et il va falloir que je trouve une solution pour me rendre potable.

Alors, on se voit là-bas. Dis-je sans ménagement à Peeta.

- Pas de soucis, de toutes façons j'ai du travail qui m'attend moi aussi. Alors à toute à l'heure.

Je ne lui répondis pas et dès qu'il sorti de la chambre je me ruai sous la douche. Après avoir passé un quart d'heure à frotter mon visage, celui-ci était enfin redevenu propre. Je m'habillai et descendis pour prendre un calmant, pour mon mal de tête. Les autres dormaient encore quand je partis de la maison.

La cérémonie ne devait pas commencer avant onze heures. J'avais encore trois heures devant moi pour finir de tout préparer. Paylor devait arriver avec Beetee et les autres vers dix heures. Je n'avais pas de discours de prêt, alors je m'installai à mon bureau, tentant de griffonner quelque chose, mais sans plus de succès que les autres fois. Tant pis ! J'allais devoir improviser.

Je regardai par la fenêtre, qui donnait sur la cour principale et je voyais les employés de Peeta s'affairer pour préparer le buffet. Haymitch état en train d'aider les musiciens à installer leurs équipements.

La matinée passa vite, trop vite. Je sentais monter l'angoisse en moi. A dix heures, j'alla accueillir Paylor avec Sam. Nous parlâmes une fois encore des derniers détails, tandis que les gens commençaient à arriver et à s'installer sur des chaises, dans la grande cour devant l'estrade où nous prononcerions nos discours. Il faisait beau ce qui était une chance et nous évita d'avoir à utiliser notre plan B, celui de nous installer dans le gymnase.

A onze heure précise, Paylor montât sur scène et reçu un accueil des plus chaleureux de la part des personnes présentes. Et le moins que l'on puisse dire, c'était que les habitants du douze s'étaient déplacés en masse.

- Chers citoyennes et citoyens du District douze.

Je suis particulièrement heureuse d'être avec vous pour cette journée si particulière.

Votre District plus qu'aucun autre a subi durement, affreusement et sans aucune pitié, la colère du Capitole sous le règne du Président Snow.

Au nom du gouvernement que je représente désormais et pour toutes ces années d'injustices que vous avez pu vivre, nous vous demandons pardon.

Mais aucun pardon ne pourra hélas effacer les pertes douloureuses des milliers de personnes disparues au cours des dernières décennies, ni au cours du bombardement qui fut fatal à des milliers d'habitants.

Cependant, et c'est là que réside toute la beauté et le courage dont vous avez toujours su faire preuve, vous avez pour certaines et certains survécus à tout cela et aujourd'hui vous êtes là, tous ensemble pour vous soutenir, vous reconstruire et donner une nouvelle vie à ce District, longtemps négligé et oublié.

Durant des décennies, vous n'avez été là que pour travailler, tandis que le Capitole s'amusait et de profitait sans gènes aucunes du fruit de vos labeurs, tout en voyant chaque années vos enfants partir pour les Hunger Games.

Sur ces soixante-quinze années, seulement trois d'entre eux sont revenus.

Ils étaient des enfants quand ils sont partis, ils étaient brisés en revenant.

Nous ne devons jamais permettre que cela se reproduise. Jamais !

Le Capitole a une dette immense envers vous tous et je m'efforce de faire en sorte de la rembourser au fur et à mesure, même si cela n'effacera pas tout, je le sais.

Nous avons mis en place des moyens importants pour vous aider à reconstruire votre District, vos maisons, les structures nécessaires afin que vous ayez enfin une vie normale et paisible dans cet endroit au charme dénaturé par tant d'années d'infamies.

Et aujourd'hui nous avons permis la reconstruction de votre école.

Cette école, pour toutes et tous, âgés de trois à dix-huit ans, doit être le nouveau cœur du douze, car il n'y a rien de plus précieux que la vie d'un enfant et surtout il n'y a rien de plus important à mes yeux, que de leur permettre de grandir à leur rythme et de leur assurer un avenir qu'ils auront choisi, un avenir qui ne leur aura pas été imposé.

Vous avez été consultés tout au long de la mise en place du projet, par l'équipe municipale, l'équipe pédagogique ainsi que l'équipe de direction de ce nouvel établissement.

J'ai personnellement choisi une personne, qui représente beaucoup à mes yeux pour, diriger cette école.

Une personne ! J'insiste sur ce terme et non pas un symbole.

Une personne issue de ce District, qui a tout donné pour lui et qui a accepté avec courage de s'engager de nouveau aujourd'hui, afin de permettre à la jeunesse, à notre avenir à tous, de pouvoir apprendre dans un lieu de paix, doté de tous les moyens nécessaires pour garantir une éducation solide et fiable.

Vous connaissez tous Katniss Everdeen.

Elle est certes jeune, mais elle avait su montrer à l'ensemble du pays, son dévouement et surtout envers vous toutes et tous qui êtes ici aujourd'hui.

Elle a accepté ce rôle fondamental que je lui proposais et s'est impliquée corps et âme, au cours des derniers mois, malgré l'accident dont elle a été victime comme vous le savez, afin d'être prête à assumer pleinement ses fonctions.

J'espère que vous saurez lui faire confiance et vous laisser guider par elle de nouveau, en ce qui concerne l'avenir de vos enfants.

Pour ma part, je n'ai aucun doute sur le fait qu'elle saura mettre en œuvre tout ce qu'il faut pour leur garantir un bel avenir.

A vous maintenant futurs élèves, je voudrais vous dire ceci : ce n'est pas une chance d'avoir le droit d'accéder à une bonne éducation, c'est simplement normal.

Vous auriez dû en bénéficier bien plus tôt que cela.

Pour certains d'entre vous, vous avez connus l'école avant la guerre.

J'espère que vous saurez apprécier celle d'après.

Je compte sur votre investissement, car c'est pour vous que tout ceci est fait.

Saisissez chaque opportunité, exprimez-vous de toutes les manières possibles au travers des nombreuses disciplines qui seront enseignées ici, dévoilez à notre pays ce qu'il n'a jamais pu voir en vous et surtout assurez-vous un avenir qui vous correspondra totalement.

Soyez libres de vos choix de vie, soyez libres de vivre tout simplement.

Je vous remercie pour votre attention.

Elle récolta des tonnerres d'applaudissements, une standing ovation et au bout d'un moment, tous levèrent les trois doigts en sa direction, geste qu'elle leur rendis à son tour.

Après quoi, Sam pris à son tour la parole, afin d'expliquer de nouveau le rôle de l'école dans le District, le soutient qu'apportait la municipalité à celle-ci, comment elle aiderait les jeunes à faire le lien avec les commerces et les entreprises pour effectuer des stages ou des formations. C'était un discours beaucoup plus technique que celui de Paylor mais les gens l'applaudirent aussi avec ferveur.

Puis ce fut mon tour. Mes mains étaient moites, et le petit papier que je broyais depuis un moment dans l'une d'elle était détrempé et l'encre avait bavé. J'étais comme un funambule sans filet, prête à me jeter dans le vide. Je m'approchai du micro et j'entendis parmi la foule une grosse voix d'homme hurler :

- Vas-y Catnip !

Ce qui me permis de me lancer :

- Je vois que j'ai déjà des supporters enragés parmi la foule…

Vous passerez me voir dans mon bureau après la cérémonie, que l'on puisse parler de discipline. Dis-je, ce qui fit rire l'assemblée.

Bonjour à toutes et à tous.

Je…je suis sincèrement émue de voir autant de monde aujourd'hui, merci d'être venus, bien qu'à n'en pas douter, ce doit avant tout être pour le buffet plutôt pour nous écouter parler durant des heures. De nouveau les gens se mirent à rire.

J'ai tenté d'écrire depuis des jours mon discours, mais je n'ai jamais été douée pour cela.

D'une part, car il n'est pas dans ma nature d'aimer les discours, autrement je serais surement à la place de Madame la Présidente aujourd'hui et d'autre part, car on ne m'a jamais appris comment faire.

J'ai arrêté l'école à seize ans après avoir remporté les premiers jeux.

Je n'étais pas une élève brillante de toute façon, mais je crois surtout que c'était parce que ce qu'on nous enseignait – et je dis ça avec un profond respect pour nos anciens professeurs, qui, pour la grande majorité ne sont hélas plus avec nous aujourd'hui – que ce qu'on nous enseignait disais-je, n'était pas destiné à nous permettre de nous élever intellectuellement, ni de nous donner l'opportunité de choisir notre avenir.

Nous connaissions tous notre avenir. Il n'y en avait pas.

Si nous n'étions pas moissonnés, nous finissions à l'usine ou à la mine ou dans la rue…rien qui ne pouvait donner envie de se dépasser en sommes.

Il est clair que pour ceux qui me connaissent, j'étais beaucoup plus épanouie à passer mon temps libre à chasser dans la forêt, qu'assise en classe à écouter les cours sur l'histoire de Panem – une histoire biaisée dont le seul but était de nous endoctriner – ou de comprendre l'utilité du charbon, comment, le récolter etcetera.

Aujourd'hui je regrette de n'avoir pas pu bénéficier d'un enseignement digne de ce nom.

C'est pourquoi, lorsque Madame la Présidente m'a proposé ce poste…bon j'ai tout d'abord cru qu'elle été atteinte de démence…De nouveau des rires et je tournai la tête vers Paylor qui riait elle aussi.

Mais après, j'ai fini par accepter car je voulais absolument contribuer, à mon petit niveau, à offrir aux générations futures ce que nous n'avions pas eu.

Il est nécessaire de se cultiver, d'apprendre, de découvrir pour vivre une vie riche et épanouie.

Alors je n'obligerais aucun d'entre vous à mettre le nez dans vos bouquins si vous ne le voulez pas, j'estime que chacun est libre de ses choix, mais il faudra en assumer les conséquences le moment venu.

Je ne veux pas d'une école répressive, je veux d'une école qui sache écouter et accompagner avant tout.

Je n'ai pas voulu de barrières pour vous enfermer toute la journée, car je veux vous voir libre de circuler comme vous le souhaitez, du moment que vous revenez à temps quand retenti la sonnerie.

Je veux passer un contrat moral avec vous, je veux que l'on se fasse confiance vous et moi.

Je vous donne ma confiance, là, maintenant.

Si vous ne respectez pas ce lieu, ou les personnes qui vont y travailler pour vous, alors vous n'aurez plus votre place parmi nous. Je serais intransigeante là-dessus.

Vous avez la possibilité aujourd'hui, de faire de votre vie ce que vous en voulez.

C'est là, entre vos mains, ça n'a peut-être pas encore de nom, ni de forme, mais les années que vous passerez ici vous permettront d'y remédier et nous serons là pour vous y aider, moi la première.

Je ne serais pas seulement la directrice, je serais une personne, là pour vous écouter, vous conseiller, vous aider si vous en ressentez le besoin.

Je veux d'un lieu sans haine et sans violence, un lieu de respect et de tolérance, un lieu pour toutes et tous.

Je veux que l'on prenne soin les uns des autres, qu'on protège les plus faibles.

Il ne tient qu'à vous de faire en sorte de ne pas reproduire les erreurs du passé.

Puis-je compter sur vous ?

J'entendis des « oui » tonitruants

- Saurez respecter ce contrat moral que nous passons ensemble aujourd'hui ?

De nouveau des « oui » forts et clairs

- Alors je vous vois lundi à la première heure, et sachez que quoi qu'il arrive, je garde mon arc et mes flèches à portée de main dans mon bureau.

Merci à tous.

Tout comme Paylor, j'eu le droit moi aussi à une ovation ainsi qu'au signe des trois doigts, que je partageai avec eux, la gorge nouée. J'aurais tellement aimé que Prim puisse voir cela.