Un œil averti
Arya grimaça en se préparant. Cela allait faire trois jours qu'elle était de nouveau à Winterfell mais son cœur était lourd. Sans son père et Sansa, cela ne ressemblait plus exactement à la maison. Certes, elle avait une grande liberté. Les maîtres d'armes l'acceptaient enfin à leur cours mais c'était une maigre compensation comparé à l'absence de son maître à danser. Chaque jour, elle continuait les exercices qu'il lui avait donnés.
Elle avait demandé à Robb s'il pouvait le trouver et le faire venir à Winterfell mais il semblerait qu'il ait d'autres choses en tête.
Pas étonnant. Elle avait un frère qui broyait du noir cloué au lit. Elle avait un petit frère nerveux qui passait un temps fou à gambader dans la forêt. Leur père avait été condamné. Leur sœur était aux mains des Lannister. Pour couronner le tout, Jon était inaccessible.
Arya brossa sommairement ses cheveux, abattue. Des fois, elle acceptait que Sansa lui brosse les cheveux. C'était agréable, du moins pendant les trois premières minutes. Après elle ne tenait plus en place et Sansa l'agaçait à vouloir faire des coiffures compliquées et elles finissaient par se disputer. Arya caressa le dos de la brosse sans y penser. Alors que la perspective de ce voyage l'avait enthousiasmée, elle se rendait compte que Port-Réal avait détruit leur famille.
Ils mangèrent ensemble dans la grande salle alors que Robb, Theon et la châtelaine continuaient d'éplucher des documents. Ce n'était pas Arya qui aurait brisé ce silence pour une fois. Theon prit la parole :
— Te souviens-tu de ce que disait Sansa du vieil Oncle du conte de l'infante du Lac ?
Arya fronça les sourcils, la réponse lui vint tout naturellement − elle aimait enregistrer les dires de Sansa pour se moquer d'elle :
— Qu'elle s'en méfiait, que c'était une sorte de vieux pervers manipulateur. Pourquoi ?
Robb et Theon venaient d'échanger un regard entendu et elles espérait qu'ils allaient pas l'exclure après avoir demandé son avis.
— Sansa m'a envoyé une lettre où elle évoquait Lord Petyr Baelish sous les traits de ce personnage. Nous sommes d'avis que c'est une mise en garde contre lui mais Mère n'est pas d'accord. Selon ses dires il est « particulier mais pas néfaste ».
— Qu'est-ce qu'on peut faire pour en avoir le cœur net ?
Sa mère fronça les sourcils dans sa direction mais cette fois, ce n'était pas un prélude à une énième dispute mais une question muette.
— Il faudrait pouvoir vérifier ce qu'il a dit à Mère, voir s'il a déformé les faits pour une raison ou une autre.
Catelyn tressaillit doucement. Une telle perspective était effrayante. Il fallait qu'ils en aient le cœur net le plus vite possible. Malheureusement, c'étaient des informations sensibles et ils eurent du mal à trouver qui pourrait leur garantir la vérité.
Ils y réfléchirent plusieurs jours et Arya finit par avoir une idée que sa mère désapprouverait à grands cris. Elle attendit que Robb ait fini de traiter la partie administrative et qu'il se rende aux cuisines pour l'approcher. Il fronça les sourcils devant son air.
— Parle.
Ça avait été dit sans animosité mais c'était quand même un ordre, Arya ne s'y trompait pas.
— On ne peut faire confiance à aucun espion et puisque personne ne sait que je suis revenue à Winterfell… Je pourrais être cet espion. Je sais que ça te semble fou et que tu vas objecter que je suis trop jeune. Mais, je tiens à faire valoir que je suis loyale à ma famille, je suis intelligente, débrouillarde et je suis une enfant − personne ne se méfiera de moi.
— Aucune enfant ne peut voyager seule et-
— Je trouverais des compagnons ! coupa rapidement Arya. Prends le temps de vraiment y réfléchir et on en parlera après.
Elle partit avant qu'il ait le temps de refuser sans y penser.
Prompt : 550. Objet – Brosse à cheveux
Code : 018
