Cette histoire est une traduction de « A Tangled Web », écrite par airedalegirl1, dont vous trouverez le lien sur mon profil.
Chapitre Trente
Jasper
Avoir Bella en sécurité dans mes bras était le sentiment le plus merveilleux au monde, mais les choses n'étaient pas exactement comme je l'avais espéré. Bien sûr, physiquement, elle avait l'air bien, courageuse même, mais elle était poursuivie par quelqu'un qui avait une arme à feu, ou du moins elle avait été poursuivie. Cette personne se débattait maintenant au milieu des mauvaises herbes dans l'étang et, en ce qui me concernait, elle pouvait s'y noyer.
Elle en avait aussi beaucoup trop vu. Peter et Charlotte lui avaient caché leur véritable identité pendant des années, mais Darius et moi n'avions pas pu tenir plus de quelques secondes. Et maintenant elle allait poser de trop nombreuses questions embarrassantes et dangereuses, et il n'y avait aucune façon sûre d'y répondre.
"¨POSEZ-LE PAR TERRE. LAISSEZ-LE PARTIR."
Bella criait sur Darius, qui tenait toujours le nouveau venu par la gorge et écrasait lentement sa trachée.
"S'IL VOUS PLAÎT, POSEZ-LE. IL N'A RIEN FAIT. POSEZ-LE, VOUS ALLEZ LE TUER."
Sa voix devenait hystérique et je fis signe à Darius de le lâcher, même si j'aurais préféré qu'il le laisse tomber au sol de plusieurs mètres de haut.
Bella se débattit et se précipita vers le gars qui se tenait à quatre pattes, haletant et s'étouffant en essayant de reprendre son souffle. Voyant la façon dont elle réagissait, j'espérais juste que Darius n'était pas allé trop loin et n'avait pas écrasé sa trachée, sinon nous aurions tous de gros problèmes avec la fille que nous étions censés sauver !
Bella
Je tombai à genoux à côté de Luke, soulagée que le... fou qui l'étranglait ait lâché prise quand je lui avait crié dessus. Pauvre Luke, il se battait pour respirer, le visage rouge et marbré et avait à peine la force de ne pas s'effondrer par terre.
Je me tournai vers Jasper.
"Sors Norah de l'eau avant qu'elle ne se noie, bon sang."
Il me fixa un instant, puis haussa les épaules et courut jusqu'au bord de l'eau, puis il sauta si gracieusement qu'il n'y eut même pas d'éclaboussure. Super, non seulement il était à l'épreuve des balles, mais il pouvait plonger comme une sirène, et quoi encore ?
L'état de Luke ne s'améliorait pas, son visage était encore plus sombre maintenant et je commençai à paniquer.
Je me tournai vers l'étranger qui l'avait blessé et je criai pour qu'il fasse quelque chose.
"Vous ne voyez pas qu'il est en train de mourir et que c'est de votre faute. Aidez-le."
L'étranger me regarda avec étonnement, puis secoua la tête avec un sourire ironique lorsque soudain, il apparut à mes côtés sans avoir l'air d'avoir bougé.
Je sursautai, effrayée, alors qu'il examinait la gorge de Luke, puis il me regarda attentivement.
"Est-ce que tu as un stylo à portée de main ?"
Perplexe, je le regardai fixement.
"Un quoi ? Non, pourquoi ?"
"Alors ramasse un roseau creux. Il y en a au bord de l'eau et fais vite."
Je lui obéis sans réfléchir, et me jetai à la recherche d'un roseau, bien que je n'avais aucune idée de pourquoi il m'avait demandé ça. Il me vint à l'esprit qu'il m'avait peut-être envoyée à la chasse au dahu pour qu'il pouvoir achever Luke, mais je me débarrassai de cette idée. Je refusais d'y croire, ces gens connaissaient papa et maman, ils ne pouvaient pas être des tueurs de sang-froid. Surtout pas Jasper.
J'attrapai quatre roseaux et courus vers Luke, tombant à genoux quand je réalisai qu'il ne respirait plus.
L'étranger, celui que Jasper avait appelé Darius, me les prit et les étudia avant de les jeter tous sauf un. Il sortit ensuite un petit couteau de sa poche et avant que je ne puisse l'arrêter, il fit un trou dans la gorge de Luke et y inséra le roseau. Immédiatement, Luke prit une grande inspiration, puis une autre et son visage perdit cette horrible couleur rouge, reprenant une teinte plus naturelle.
Je me tournai vers Darius, et pour la première fois, je lui parlai doucement, "Merci."
Il hocha la tête : "De rien. C'est qui, lui ? Je croyais que c'était lui qui vous avait kidnappées, ton amie et toi. C'est le fils du pasteur, Luke, c'est ça ?"
J'acquiesçai, posant la tête de Luke sur mes genoux.
"Oui, mais il ne m'a pas kidnappée. Je suis partie de mon plein gré. C'était peut-être une erreur, mais Luke n'y est pour rien."
"OK, d'accord, maintenant que ce point là est éclairci, tu pourrais peut-être me parler de la femme qui a essayé de te tirer dessus."
Je jetai un coup d'œil à l'endroit où Norah gisait, trempée, sur le sol, haletante et grimaçante, tandis que Jasper la regardait d'un air impassible. Il ne semblait pas se soucier du fait que son bras blessé saignait et qu'elle s'était presque noyée, et n'avait visiblement pas l'intention de lui offrir son aide.
Darius vit mon expression et se mit à rire, une sorte d'aboiement court et rugueux, sans humour.
"Si tu t'attends à ce que le Major éprouve de la sympathie pour cette femme, oublie ça. Elle a essayé de te tuer, elle a de la chance qu'il ne lui aie pas arraché les membres un par un."
De la part de n'importe qui d'autre, une telle déclaration aurait semblé absurde, mais dans la bouche de Darius, cela ressemblait à un fait, simple et froid.
Darius fit alors un geste vers Luke.
"Il a besoin d'une aide médicale. On devrait peut-être l'emmener à l'hôpital avant que Peter n'arrive si tu veux qu'il continue à respirer."
Je fronçai les sourcils.
"Comment connaissez-vous mon père ?"
Il sourit, "Disons qu'on a un ami commun."
En disant cela, il jeta un coup d'œil à Jasper, ce qui me permit de comprendre que Darius était son ami, mais pas mon père.
"Est-il ici ? Maman est avec lui ?"
Je faillis grimacer tant ma voix semblait désespérée, même à mes propres oreilles.
"Ouais, ils seront bientôt là, alors je devrais probablement y aller maintenant, avec ton ami."
"Et Norah ? Elle a aussi besoin de voir un médecin."
D'étonnement, ses yeux s'écarquillèrent, puis il rejeta la tête en arrière et éclata de rire.
"Tu veux que j'essaie de l'éloigner du Major ? Sans parler de ton père ? Je crois que je vais passer mon tour, j'aime trop mon corps tel qu'il est. Reste ici, tu es en sécurité maintenant."
Tandis qu'il ramassait Luke sans effort, je ne pus m'empêcher de lui demander : "Est-ce que je te reverrai ?"
Il acquiesça : "Oh oui, tu me reverras très bientôt. Essaie juste de ne plus rencontrer d'autres amis comme celui-là d'ici là."
Avant que je ne puisse ajouter quoi que se soit, il était parti, encore une fois, si vite que je ne sentis que le souffle de son passage. Comment pouvait-on aller aussi vite ? Surtout en portant un adulte dans ses bras ? C'était de plus en plus curieux, mais j'étais déterminée à avoir bientôt des réponses.
Pour l'instant, je me contentais de m'asseoir là où j'étais et de regarder Jasper tandis qu'il avait les yeux baissés vers Norah. Ça me rappela une photo que j'avais vue dans un vieux magazine caché sous une pile de livres mis de côté dans la bibliothèque du village, qui, selon Jude, attendaient d'être détruits. Une statue de saint Michel debout, appuyé sur son épée, regardant en bas vers un ennemi déchu, avec une prière écrite dessous.
Encore une fois, une sonnette d'alarme retentit en moi au sujet de la communauté. Pourquoi détruire des livres ? Surtout ceux qui étaient, à mes yeux, des textes purement religieux ? S'il s'agissait de magazines classés X ou de fictions frivoles, peut-être, mais ça n'était pas le cas. Cela me rappelait beaucoup trop Fahrenheit 451, un livre de Ray Bradbury.
Jasper dût sentir mon regard parce qu'il se retourna pour me fixer. Je ne savais pas à quoi je m'attendais exactement, après tout, je m'étais comportée comme une horrible petite morveuse la dernière fois que nous nous étions vus, et cette pensée me fit rougir. Ce à quoi je ne m'attendais pas, c'était l'air soulagé qu'il avait, et une autre chose sur laquelle je n'arrivais pas à mettre le doigt.
Le fait même qu'il soit venu avec mes parents pour me rechercher prouvait mon arrogance. Comment avais-je pu imaginer que mes actions pourraient détruire un lien forgé bien avant ma naissance ? Jasper et papa avaient probablement arrangé les choses tout de suite après leur dispute et papa ne m'en avait pas parlé. Après tout, c'était tous les deux des adultes, et une fois papa remis de sa crise de protection parentale, ils avaient probablement bien ri de mon béguin immature.
"Ça va, Bella ? "
Il retira son blouson et me le lança : "Mets ça, tu frissonnes."
Je m'enveloppai dedans docilement et je me sentis tout de suite à la fois plus calme et plus détendue. Mon calvaire était terminé, j'étais loin du village et Norah ne pouvait plus me faire de mal. Je verrai bientôt mes parents et puis... eh bien, on verrait.
Puis je pensai à Ashley. Était-elle vraiment engagée envers Timothy et la communauté ou avait-elle simplement l'impression de n'avoir personne d'autre vers qui se tourner, surtout maintenant qu'elle était peut-être enceinte de l'enfant de Timothy ?
Je détestais l'idée qu'elle soit piégée là-bas et malheureuse. Je demanderai à papa de parler au pasteur et à Luke en espérant qu'ils lui permettraient de parler à Ashley et de découvrir par lui-même ce qu'elle voulait vraiment faire.
Je frissonnai et mis mes mains dans les poches de la veste, sentant la balle déformée écrasée dans la paume de ma main. J'avais beaucoup de questions à poser, il y avait quelque chose de très étrange à propos de Jasper et de son ami Darius, mais ce n'était pas le moment de les poser. Je voulais juste être dans les bras de ma mère et ressentir sa gentillesse, l'amour qu'elle et papa ressentaient pour moi. Ce ne serait pas suffisant, il y avait encore beaucoup trop de secrets, de questions auxquelles il faudrait trouver des réponses, et pourtant, je savais que je serais en sécurité et qu'ils m'accueilleraient à la maison si je voulais revenir. Quoi qu'ils aient fait, je sentais qu'ils avaient eu une bonne raison pour le faire, j'avais juste besoin de savoir quelle était cette raison. Je sentis des larmes de soulagement et de lassitude me piquer les yeux et cette fois, je ne pus les empêcher de déborder.
Jasper
Je pouvais sentir le soulagement de Bella d'être en sécurité, mais il y avait aussi un sentiment de colère et de confusion. Quelque chose l'inquiétait, peut-être était-ce ce qu'elle avait vu ici aujourd'hui et j'aurais voulu la réconforter, mais je n'étais pas sûr qu'elle apprécierait mon initiative. Elle s'était éloignée de moi aussi vite que possible pour sauver le jeune homme que Darius était sur le point de tuer. Elle était encore si jeune et vulnérable, je n'étais pas sûr de pouvoir être proche d'elle, en tant qu'ami, sans lui faire part de mes vrais sentiments et je devais bien ça à Peter. Alors je restai là à regarder la chienne qui avait essayé de tuer ma compagne en train de cracher ses poumons pour chasser l'eau qui l'avait presque tuée.
Soudain, je sentis que Bella était au bord de l'effondrement et, sans réfléchir, je posai mon pied sur la jambe de la femme juste assez fort pour lui fracturer le tibia et l'empêcher de tenter de s'échapper et je courus pour rattraper Bella avant qu'elle ne glisse au sol.
Je la recueillis dans mes bras, et la serrai contre moi puis je calmai ses émotions qui partaient dans tous les sens tout en lui parlant doucement.
"C'est bon Bella, tu es en sécurité maintenant, Peter et Charlotte seront là très bientôt pour te ramener chez toi. Ils seront tellement soulagés, on était tous tellement inquiets pour toi."
Elle renifla et prit quelques respirations saccadées avant de parler.
"Je suis vraiment désolée Jasper."
"Pourquoi ?"
"Pour avoir été une telle garce avec toi, pour avoir dit et fait ce que j'ai fait. S'il te plaît, pardonne-moi. Je suis content que papa et toi vous soyez réconciliés. Ne lui reproche pas d'avoir agi comme un père."
"Je ne lui reproche rien, mais il n'y a rien à pardonner."
Elle leva la tête pour me regarder en face.
"Pourquoi est-ce que Darius t'appelle Major ? J'ai entendu papa t'appeler comme ça aussi. Je veux dire, je sais que tu es trop jeune pour être un vrai Major. C'est un surnom ?"
"Ouais, un truc comme ça. C'est une habitude qu'ils n'arrivent pas à perdre."
"Donc, tous les quatre, vous êtes amis ?"
"Oui, nous sommes de bons amis et ce depuis très longtemps."
Elle hocha la tête : "Assez bons amis pour les aider à me retrouver. J'aimerais avoir des amis comme ça."
Je lui souris.
"Il faut vivre certaines expériences pour forger de tels liens, Bella. Tu es encore trop jeune pour comprendre ça."
Elle me renvoya un sourire las.
"Maintenant, on dirait papa. Il parle comme un octogénaire, alors qu'il n'a même pas trente ans. Jasper, je dois retourner à la colonie et parler à mon amie. Je pense qu'elle se sent obligée de rester, qu'elle n'a nulle part où aller et ça n'est pas juste."
Inflexible, je secouai la tête.
"Pas question, du moins pas avant d'avoir parlé à Peter. Si je te ramène là-bas, il me tuera et je ne parle pas au figuré."
Elle me regarda en plissant yeux.
"Vraiment ? Et qu'est-ce qu'il va faire ? Te tirer dessus ? Visiblement ça ne fonctionne pas très bien. S'il te plaît, Jasper."
J'aurais dû savoir que ça allait me revenir en pleine face !
Je fus sauvé d'un second refus car il y a eu un bruit de chute dans le sous-bois et Peter apparut, suivi de près par Charlotte.
En voyant Bella dans mes bras, les yeux de Peter se plissèrent, mais il hocha ensuite la tête quand je la lui remis.
Charlotte les rejoignit et je retournai vers la tireuse qui se roulait dans tous les sens en serrant sa jambe fracturée.
Je m'accroupis près d'elle, et lui parlai tout bas pour que Bella ne puisse pas m'entendre.
"Si cela ne tenait qu'à moi, tu te serais noyée. C'est Bella qui t'a sauvée. Maintenant, tu vas me dire qui a eu l'idée de la tuer ?"
La femme me regarda, les lèvres serrées. Alors, lui posant la main sur la bouche pour étouffer ses pleurs, je m'appuyai sur sa jambe blessée.
Quand elle pût enfin reparler, les larmes coulant sur ses joues, je lui redemandai.
"Tu sais, on peut continuer à faire ça aussi longtemps qu'il le faudra, mais crois-moi, tu finiras par me donner son nom, je te le promets. Tu ne marcheras peut-être plus jamais, mais c'est ton choix."
A mon expression, elle vit que j'étais sincère et elle s'affaissa sous le poids de la défaite.
"Le Pasteur Daniel. Il a dit qu'elle était dangereuse et il avait raison. Bella va faire venir les autorités et nous faire fermer la colonie. Alors qu'arrivera-t-il à tous les jeunes qui s'y sentent chez eux ?"
"Personnellement, je m'en fous. Il se peut même qu'il n'y ait plus de village quand on en aura fini avec le pasteur Daniel. Maintenant, viens."
Je la balançai sur mon épaule et elle s'évanouit à cause de la douleur de sa jambe. C'était tout aussi bien, je n'avais aucune envie qu'elle me hurle dans les oreilles jusqu'à la colonie, mais je ne l'aiderai certainement pas en atténuant la douleur, elle méritait chaque minute de cette torture et bien plus encore.
Je sentais les yeux de Bella sur moi, mais je les ignorais, je savais exactement ce qu'elle allait dire, elle me supplierait de prendre soin de cette aspirante tueuse et je ne pouvais pas accepter ça. Du moins, pas dans le sens où elle le voulait. Personne ne pouvait menacer la vie de ma compagne et vivre assez longtemps pour s'en vanter. Elle serait toujours une menace et je savais comment faire face à ce genre de choses. Je l'emmènerai dans un endroit tranquille, quelque part où nous ne serions pas dérangés, puis je déverserai toutes les craintes refoulées que j'avais ressenties pour Bella sur la femme qui avait failli me l'enlever définitivement.
Je laissai Bella là où elle devait être et où elle avait besoin d'être maintenant, avec ses parents, et je me frayai un chemin lentement à travers le sous-bois dense avec ma prisonnière, qui gémissait par intermittence alors qu'elle reprenait conscience. Une fois que je me serais occupé d'elle, je les rejoindrai et peut-être que nous ferions une halte dans la communauté et pas seulement pour parler à l'amie de Bella qui s'y trouvait encore.
Note de l'auteur :
Vous pouvez faire une recherche et trouver la photo de St Michel dont j'ai parlé. Ça me rappelle vraiment le Major.
