Bonjour/Bonsoir !

J'espère que vous allez bien. Compte-tenu de la perte de mes données j'ai dû réécrire tout ce chapitre et ça n'aura pas été plaisant. Mais on y est. Politique, Port-Réal et voyage en mer au programme. Et cette fois-ci, on se retrouve avec moins de personnages. Comme je vous l'avais dit, on part sur un chapitre plus court que d'habitude mais clairement, je n'avais pas le temps ni le courage de refaire un chapitre de 35-40 pages. Et si je continue sur cette lancée, il va bientôt y avoir des chapitres de 70 pages. Genre, non.

Je vous suis toujours très reconnaissant pour les reviews et les messages personnels que vous m'avez laissées, cela m'aide à garder la motivation pour la suite.

REPONSES AUX REVIEWS ANONYMES : je suis vraiment désolé, mais je n'ai pas eu le temps d'y répondre. Je me rattraperai un grand coup pour le prochain chapitre. Merci beaucoup si vous avez pris le temps de me laisser un message, vous êtes super. J'espère que ce chapitre vous plaira.

RATING : T

SUGGESTION MUSICALE : il y a une suggestion dans le texte. A partir du POV de Jaime, toute musique « pirate » ou épique fera l'affaire – ou presque. Désolé, mes oreilles ont été un peu capricieuses et ont écoutés des choses très diverses pendant l'écriture.

LISTE DES PERSONNAGES (inventés ou sous-développés dans la série mais qui vont avoir de l'importance dans ce chapitre) :

- Brise-Tempête (navire de la Guilde du Blanc)

- Leth Aranoth, 34 ans, guerrier de la Guilde. Originaire d'Essos. Arrivé à Tarth à 3 ans, il a été élevé avec Brienne et Leung. Depuis la mort de son père, il codirige la Guilde avec ses tantes. Il est le capitaine du Brise-Tempête.

- Leung, 28 ans, enfant de la Guilde. Originaire du continent Yi Ti, esclave affranchie. A été élevée avec Leth et Brienne. Elle tient le rôle de capitaine en second sur le Brise-Tempête.

- Ahnne, 14 ans, enfant de la Guilde. Orpheline originaire de Tarth, archère et combattante émérite. Jeune acrobate des gréements.

- Gydeon, 15 ans, enfant de la Guilde. Orphelin originaire de Tarth, jeune guerrier. Calme et amical avec tous, ami d'Ahnne et de Podrick.

- Fitz Rivers, 19 ans, jeune guerrier émérite de la Guilde.

- Autres : Lao Jan, guerrier d'origine yi tienne, Mandor, guerrier d'origine westerosi, Nyri et Orea, deux jeunes guerrières Dothrakies

- Martyn Qu'un Œil, 63 ans, capitaine de la flotte de Port-Réal, il dirige le dernier navire royal de l'expédition et vogue vers Dorne avec le Brise-Tempête.

- Port-Réal

- Joana Byle, 29 ans, ancienne courtisane du Bief, ambassadrice de Hautjardin, opposante à la politique de Bronn, elle est venue à Port-Réal faire valoir l'inconséquence de son seigneur.

- ser Hadrian, lord commandant du Donjon Rouge, démis de ses fonctions et jeté au cachot après avoir massacré les survivants au pied des portes du palais.

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Petite information supplémentaire : le chapitre s'ouvre sur le point de vue de Tyrion et relate certains des faits qui se sont produits pendant le bonus de La pantomime, et un peu après. Dès le point de vue de Jaime, il sera question de ce qu'il se passe quinze jours après La pantomime, une fois les guildiens déjà partis pour Dorne.

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Bonne lecture.

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LES PORTES DE L'HIVER

Partie 1

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Les déferlantes

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Tyrion

Le temps était frais. Etrangement froid même, selon les normes de Port-Réal. En n'importe quelle autre circonstance, Tyrion aurait simplement pensé que c'était une des banalités de l'Hiver. N'avait-on pas vu la pluie et quelques flocons de neige investir la capitale ces dernières semaines ? Mais depuis l'arrivée de la missive des Stark, il craignait chaque matin de se réveiller dans la tourmente d'une tempête de neige. Pour le moment, en onze jours, il n'avait pas eu à se plaindre d'une telle horreur. Et c'était encore la plus belle accalmie qu'on eût pu offrir à la capitale exsangue. Il y avait bien trop à faire sans que les intempéries ne se déchainent sur la pauvre population.

Ce jour-là comme souvent, le nain avait rendez-vous avec Bronn et lady Joana Byle. Depuis que les hommes du Bief étaient venus au secours des derniers lambeaux de population qu'il restait à la capitale, lady Joana avait pris au sein du Donjon Rouge un ascendant difficile à réfuter – et plus difficile encore à contrebalancer. Tyrion ne lui en voulait pas, pas plus qu'il n'en voulait Bronn de l'avoir fait intervenir. Sans elle et ses hommes, il n'aurait plus rien resté de Port-Réal au matin, et peut-être même plus rien de Tyrion lui-même. Mais lady Joana était fine stratège, et avait, en dépit de sa relative jeunesse, bien assez de talents et d'expériences pour tirer son épingle du jeu.

Depuis le lendemain du massacre, elle avait pris sur elle l'approvisionnement des rares denrées comestibles qu'il lui restait, mais aussi des couvertures et des premiers soins. C'est avec son concours que Tyrion avait réussi à obtenir de Vieilleville une promesse d'aide supplémentaire, car la jeune femme avait là-bas un cousin qui étudiait pour devenir mestre. Qui que fut ce cousin, il avait visiblement l'oreille des vieux croulants qui n'avaient pas choisi de répondre prestement lors des précédentes sollicitations de Tyrion. Le fait est que dix jours après le drame, on recevait au Donjon Rouge l'assurance qu'un convoi de mestres se pressait sur la route avec l'objectif d'atteindre la capitale au plus vite…

Tyrion aurait aimé être simplement soulagé que les choses tournassent en ce sens. Mais il n'y parvenait pas. Et de savoir qu'on était sans nouvelle du Nord et même des Eyriés, et plus encore que les seules nouvelles qui leur soit parvenues de la reine soient qu'elle était réfugiée à la Guilde de Tarth jusqu'à ce que son navire soit à même d'appareiller, le nain ne voyait vraiment pas ce qui aurait pu l'aider à se sentir soulagé. La nuit, il s'était surpris par deux fois à faire des cauchemars dans lesquels il voyait Sansa et Varys périr par le fond, ou embrocher au fil de l'épée d'un pirate.

- Te voilà avec une de ces têtes, commenta Bronn en le voyant franchir le seuil de la salle du conseil. Qu'est-ce qu'il t'arrive encore ? Des mauvaises nouvelles ?

- Une mauvaise nuit, maugréa Tyrion. Et toi, alors ? Depuis quand es-tu ici avant moi ?

L'ancien mercenaire avait troqué ses beaux atours pour des frusques plus modestes et plus pratiques, mais il ne se défaisait pas de quelques morceaux de tissus purement décoratifs que Tyrion trouvaient assez ridicules. Néanmoins, Bronn aurait pu porter les vêtements les plus princiers qui fussent, à voir sa manière de s'asseoir à la table du conseil restreint et d'y manger une aile de poulet (si chétive qu'elle paraissait celle d'un poussin), il était impossible de voir en lui un grand seigneur.

- Il se pourrait que j'ai pas des bonnes nouvelles, soupira Bronn.

- Alors garde-les pour toi encore au moins cinq minutes. J'aimerais ne pas avoir à me dire que nous sommes tous des morts en sursis avant que lady Joana ne franchisse le seuil de cette pièce.

- On est tous des morts en sursis, c'est bien connu. Et crois-moi, ce que j'ai à t'annoncer est plutôt urgent.

Tyrion soupira, le nez dans sa coupe d'eau. Par la fenêtre, il savait qu'il ne verrait qu'un ciel gris et terne, menaçant d'une neige qui tardait mais qui, il en était sûr, ne s'en abattrait que plus fort sur eux. Bran l'avait dit, après tout. Et qui était-il, lui, pour remettre en doute la parole de la Corneille à Trois Yeux ?

Alors pourquoi venir donc en rajouter ? Pourquoi ne pas le laisser en paix se pencher sur des problèmes plus urgents, comme le retour de la discipline et l'approvisionnement en denrées de premières nécessitées ?

- Vas-y, gémit-il. Annonce-moi donc ces mauvaises nouvelles.

- Je suis descendu aux cachots voir ce qu'il en était de notre ami Hadrian. Et devine quoi : son voisin de cellule a disparu. Edmure Tully n'est plus enfermé dans l'une de nos geôles.

Sur le coup, Tyrion en laissa retomber sa coupe sur la table, suffisamment fort pour renverser quelques gouttes du précieux liquide sur le bois.

- En es-tu sûr ?

- J'ai fouillé tous les souterrains avec quelques gardes pendant la moitié de la nuit, répondit Bronn. Je te jure qu'il s'est envolé.

- Depuis quand ?

- Aucune idée. Le geôlier lui passait sa nourriture par la trappe depuis un moment. Et avec ce qu'il s'est passé, il avait autre chose à faire que de se préoccuper de l'oncle taré de la reine. L'emprisonnement d'Hadrian a fait un sacré foin. Il n'arrête pas de gueuler pour qu'on le tire de là et il affirme qu'il se vengera. Il a fallu placer des hommes du Bief devant sa cellule pour pas qu'il retourne le cerveau de tout le monde. J'ai pris la liberté de le mettre à la diète, aussi, ajouta Bronn sur le ton de la conversation. Il a vraiment la langue trop bien pendue, c'est pas possible. Alors pour le moment, il est à l'eau jusqu'à nouvel avis.

- Comment Tully a pu s'enfuir sans que personne ne le remarque ? demanda Tyrion sans faire cas de la dernière remarque.

L'ancien mercenaire haussa les épaules.

- Un complice bien planqué, j'imagine. Qui aura attendu le bon moment pour agir. On peut pas dire que les occasions aient vraiment manquées, ces temps-ci.

Tyrion se prit la tête entre les mains. Il se sentait épuisé, tout à coup. Et inquiet. Tully était faible et dépourvu de charisme, mais si quelqu'un l'avait fait évader, c'était pour une bonne raison. Or, qui d'autre détestait les Lannister et les enfants Stark, désormais ? La liste était trop longue pour être dressée de tête.

- Avec un peu de chance, il ira pas bien loin, dit Bronn. Tu m'as pas dit qu'on allait avoir des tempêtes sur le nez dans peu de temps ?

- Et qu'est-ce qui nous dit que Tully ne s'est pas enfui depuis déjà des jours ? répliqua le nain d'un ton acide. Il pourrait trouver un endroit où s'abriter bien avant l'arrivée de l'Hiver.

- Peut-être, admit Bronn. Sauf que dans tous les cas, il pourra pas venir nous chier dans les bottes avant un moment. Y a plus une seule armée qui tienne le coup, et encore moins qui soit assez désespérée pour en faire un commandant.

Tyrion ne répondit pas immédiatement. Bronn avait raison sur un point : les intempéries se faisaient sentir, comme si l'atmosphère de la région toute entière se modifiait au fil des jours, et il serait inconcevable de se lancer dans une conquête ou une bataille armée avant le retour des beaux jours. Sans même parler des problèmes d'alimentation et de financement. Le royaume allait bien trop mal pour que Tully puisse lever une armée – mais s'il y parvenait...

Tyrion promena son regard sur la salle. Ils n'avaient pratiquement plus aucune ressource et devraient s'estimer heureux de survivre encore quelques semaines. Alors défendre la ville...

- Tu veux toujours qu'on exécute ser Hadrian en place publique ? s'enquit Bronn d'un ton dégagé.

- Pas tout de suite. La priorité, c'est de relever la ville. Renforcer les murailles et nourrir les pauvres qui meurent de faim dans les rues. Et j'aimerais aussi que tu tâches de comprendre comment Tully a pu faire pour s'échapper.

L'ancien mercenaire leva les yeux au ciel en soupirant.

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Trois jours après le massacre, Bronn revint auprès de Tyrion avec un rapport dépourvu de bonnes nouvelles. L'ancien mercenaire s'était donné la peine de tenter plusieurs méthodes pour fuir les geôles et avait passé deux jours complets hors de la ville à la recherche d'une piste. On ne pouvait lui reprocher d'y avoir mis de la mauvaise volonté, mais lui et ses hommes revinrent bredouille. Trop las pour s'énerver, Tyrion accepta le rapport sans un mot. Il attendait l'arrivée de lady Joana d'un instant à l'autre et devait concentrer toutes ses forces intellectuelles aux problèmes dont elle ne manquerait pas de lui faire part. Il ne servait à rien de se préoccuper d'Edmure Tully pour le moment. Pour ce qu'il en savait, le pauvre homme était peut-être mort à l'heure qu'il était.

- Nous devons nous concentrer sur la sauvegarde de la population, dit-il en lissant le bord d'un parchemin sur lequel il avait inscrit les comptes des blessés, des morts et des quantités de nourriture. Et préparer le Donjon Rouge pour qu'il puisse accueillir tous les réfugiés dès la levée de la tempête. Il n'y a nulle part ailleurs un endroit où nous serons un tant soit peu à l'abri.

- Des milliers de survivants affamés et belliqueux dans le Donjon, résuma Bronn. En voilà une riche idée. Je croyais qu'on avait pourtant tout fait pour les empêcher de rentrer, l'autre nuit. Fallait le dire si tu voulais qu'on leur offre le gîte et le couvert.

- Si tu as une meilleure proposition, je suis preneur, cingla Tyrion. Nous n'avons pas d'autre choix si nous voulons sauver un maximum de personnes. Il n'y a plus aucun bâtiment en ville qui puisse protéger qui que ce soit des intempéries.

Avant que Bronn n'ait eu le temps de lui faire remarquer qu'installer des gens furieux qui voulaient sa tête à quelques couloirs de celle-ci ne l'aiderait pas à gouverner jusqu'au retour de sa reine, la porte de la pièce s'ouvrit dans un grincement. Il n'y avait qu'un seul garde pour en tenir l'entrée, et il s'effaçait déjà pour laisser passer lady Joana, dont les bras étaient chargés de documents.

- Lord Tyrion, lord Bronn, les salua-t-elle. La séance peut-elle s'ouvrir ?

- Elle le peut, répondit le nain en retenant un soupir. Quelles nouvelles avez-vous ce matin ?

La jeune femme prit place face à Bronn et déplia soigneusement plusieurs feuillets, qu'elle fit passer à la Main de la reine.

- Vous y trouverez les engagements de deux de mes amis seigneurs, reprit lady Joana. Ils y témoignent leur intention d'aider la Couronne dans cette situation de crise. Leur don pourra vous sembler modeste, mais au regard de la situation que nous traversons, je ne prendrai pas le risque de le mésestimer si j'étais vous.

- Croyez bien, répondit Tyrion en relisant pour la seconde fois le montant inscrit, que je ne ferai pas une telle erreur. Avez-vous donc encore de telles ressources ? Je croyais que l'une de vos raisons de récriminations contre lord Bronn était sa gestion déplorable de ses terres et les conséquences que cela avait sur vous ? Sans parler du fait que nous avons déjà fait le voyage jusqu'à Hautjardin pour prendre les ressources dont nous avions besoin.

- Il s'agit là d'un travail de persuasion de ma part, répondit lady Joana d'une voix chantante. Voyez plutôt cela comme le fond des caisses personnelles que tout seigneur s'efforce en temps normal de conserver pour son propre salut.

- Et ils veulent bien donner tout ça maintenant ? s'étonna Bronn. Comme ça ? Juste parce que vous leur avez fait les yeux doux ?

Tyrion lui adressa un regard qui aurait dû constituer un rappel à l'ordre, mais l'ancien mercenaire ne lui prêtait aucune attention. Dépité, il reporta son attention sur les engagements signés qu'il avait sous les yeux. Les seigneurs Haldebert et Dorcan étaient des hommes de bien, selon ce qu'il se racontait, mais ils n'avaient pas grande fortune et bien que le montant de leur don soit effectivement bien peu élevé au regard des dépenses à venir, c'était très certainement là un sacrifice conséquent de leur part. La dernière clause, au bas du document, ne le surprenait pas.

- Ce don substantiel ne se fera pas sans reconnaissance, dit-il, et Bronn se tourna vers lui avec un regard interrogateur. Ils demandent à être exonérés de la prochaine dîme.

- Tu veux, qu'ils ne paieront pas d'impôts ?

- Non, en effet.

Tyrion tira à lui la plume et l'encrier qu'il avait amenés, et d'un geste sûr, il écrivit une seule et unique ligne avant de tracer sa signature et d'y appliquer le sceau royal.

- Voilà, lady Joana, dit-il en repoussant les documents à elle pour qu'elle les lise. Vous ferez venir à moi cet après-midi lord Haldebert et lord Dorcan afin que nous discutions plus avant de la façon dont ils pourront nous faire parvenir leur don. Est-ce tout ce que vous aviez à nous annoncer ?

- Cela en était l'information principale. Les hommes du Bief continuent de relayer les vôtres dans la protection des indigents, et nous n'avons déploré aucun incident.

Tyrion hocha la tête, faillit soulever la problématique d'Edmure Tully, puis renonça. Il y avait plus urgent, et il avait bien trop besoin des hommes de lady Joana à la capitale pour les envoyer battre la campagne. Ce serait là certainement plus une mission à confier à Bronn, ou bien à Arya... Mais les dieux seuls savaient où se trouvaient Arya Stark à cette heure. Peut-être Robyn Arryn, s'il tenait toujours Vivesaigues... Mais les corbeaux ne reviendraient sans doute pas à temps. Il pouvait s'être déclencher l'Hiver des Sept Enfers d'ici là.

Le nain se frotta le front. Qui pouvait avoir intérêt à libérer Edmure Tully ? Pour le mener où ? Et dans quel but ? L'homme n'avait plus ni château ni armée, et il n'avait aucune autorité quelle qu'elle soit sur quelque dirigeant que ce soit. Jamais les Stark ne plieraient devant lui. Il y avait fort à parier qu'Arya ne l'égorge pour faire bonne mesure, s'il tentait quoi que ce soit contre l'un ou l'autre des membres de sa fratrie.

Mais Arya Stark n'était pas là, et quel recours avait-il ? Eh bien, peut-être un. Il ouvrit la bouche, prêt à congédier lady Joana, quand celle-ci demanda :

- Ne serait-il pas temps, messeigneurs, de reconsidérer l'idée de la libération du Bief du joug d'un lord qui n'en respecte pas la charge ?

Bronn bondit de sa chaise.

- Et puis quoi encore ! Je l'ai gagné, ce titre !

- Et n'étiez-vous pas prêt à le remettre en jeu pour la protection de Port-Réal ? répliqua lady Joana. Au-delà de nos divergences, vous devez admettre que nous ne pouvons rester dans cet entre-deux délicat éternellement. Vous n'avez ni le temps ni la patience pour apprendre à vous occuper de vos terres comme elles le réclament. Et avant que cette émeute n'éclate, il était question de régler ce problème au plus tôt.

- Il est vrai, intervint Tyrion en levant les deux mains pour tenter de suspendre la diatribe furieuse qu'il voyait déjà jaillir des lèvres de Bronn. Mais je crains que la Couronne ne soit pas en position de faire la moindre proposition pécuniaire au Bief pour l'heure, de même que je n'ai guère de moyen de revenir sur ma parole. Comme il le dit bien lui-même, lord Bronn a gagné ses titres après des années de loyaux services envers ma famille.

Pas toujours envers les meilleurs membres, songea Tyrion avec aigreur, mais là n'est pas la question, après tout.

- Je ne peux non plus refuser d'entendre la colère légitime du Bief, reprit-il avait que Bronn ne lui coupe la parole. Mais je ne vois malheureusement qu'une seule solution à cet insoluble problème.

- Qui est ? maugréa l'ancien mercenaire.

- Le mariage.

Au regard que lui jeta lady Joana, Tyrion sut qu'elle avait déjà envisagé cette possibilité et ne s'en réjouissait pas. Mais ses lèvres pincées ne déversaient aucun fiel, et il en profita pour développer :

- Il faut trouver à lord Bronn une épouse capable de poigne qui saurait tenir les rênes du Bief et en aurait la connaissance et la naissance. Elle pourrait alors seconder son époux dans son apprentissage des usages et des responsabilités de sa nouvelle condition, mais aussi garder Hautjardin en son nom lors de ses absences à la Cour. Mais il ne s'agirait pas de le supplanter et de reprendre le contrôle du château et du titre qui lui auront été donnés. Lord Bronn aurait l'autorité finale sur toutes les décisions et toute duperie à ce sujet seraient immédiatement considérées comme une trahison envers la Couronne.

- Vous savez, dit lentement lady Joana, que trouver une femme du Bief qui remplisse toutes ces conditions que vous énumérez ne sera pas simple.

- Croyez bien que j'en ai conscience, ma Dame. Mais vous ne pouvez exiger de la Main de la reine et de la reine elle-même qu'elles reviennent sur les dons et les honneurs qu'elles ont faits à ceux qui ont su se distinguer durant toutes ces années de guerre. Il nous faut renforcer nos alliances, non les compromettre à nouveau. Je crois que tout le monde s'accordera à dire que nous n'avons pas le luxe de faire la fine bouche, et pas les moyens d'engendre une autre guerre. Si nous ne nous unissons pas immédiatement, nous pourrions bien ne pas être là pour voir la fin de l'Hiver. Aucun de nous.

Pendant quelques secondes, la jeune dame ne dit rien. Puis, elle hocha résolument la tête et se tourna enfin vers Bronn. L'homme n'était pas idiot, mais il avait gardé le silence et suivit l'échange des yeux avec une inquiétude presque palpable. Tyrion s'en voulut presque d'esquisser un infime sourire.

- Lady Joana Byle, pourriez-vous me dire si je fais erreur en présumant que vous n'êtes à ce jour ni l'épouse ni la promise de quiconque ?

La jeune femme acquiesça.

- Mon fiancé est mort lorsque les armées Lannister ont déferlé sur Hautjardin voilà plus d'un an. Je n'ai contracté aucune alliance depuis la fin de mon deuil.

Tyrion hocha la tête, sans surprise. Il savait qu'un grand nombre d'hommes de valeur avaient été tué durant la rébellion des Tyrell. S'il n'avait pas fait de recherches particulières sur la jeune lady Joana, il n'en songeait que plus fort à la nécessité d'une alliance. Trop de rancœurs dormaient dans le Bief pour qu'il y soit laissé à l'abandon.

- Attends, tu es sérieux ? s'exclama Bronn. Tu veux que je l'épouse, elle ?

- Il me semble que vous souhaitez conserver vos titres et votre château, lord Bronn, répliqua Tyrion. Au regard de la situation, je ne vois malheureusement pas comment vous le permettre autrement. Il ne sera pas question d'envoyer une pauvre et innocente jeune fille dans vos pattes, mais de conclure une alliance en toute connaissance de cause. Lady Joana a à cœur de protéger le Bief, elle y est respectée et écoutée. Vous n'aurez aucun mal à profiter de tous les avantages d'un seigneur sans conduire à la révolte.

Bronn paraissait avoir avaler un citron entier. Avec un élan de satisfaction un brin cruelle, Tyrion reporta son attention sur la jeune femme.

- Lady Joana Byle, acceptez-vous que j'écrive à votre père en qualité de Main de la reine pour lui soumettre cette alliance ?

La dame du Bief le regarda droit dans les yeux, et, l'air solennel, elle répondit :

- Oui, seigneur Main, je l'accepte. Et j'espère que vous trouverez en mon père un homme favorable à votre idée.

- Et moi, on s'en fout, c'est ça ? cingla Bronn.

Tyrion voulut le rappeler à l'ordre, mais deux coups brusques à la porte le figea, bouche ouverte. Il n'eut pas le temps de donner à l'importun l'autorisation d'entrée, déjà la porte s'ouvrait et un coursier essoufflé se pendant contre le battant. Tyrion bondit sur ses pieds.

- Qu'y a-t-il encore ? Une émeute ?

Le toit de l'hôpital était particulièrement fragile, sans même parler des murailles... Y avait-il eu un effondrement ? Mais le messager secouait la tête de gauche à droite, le bras tendu en avant. Lady Joana fut la première sur lui, lui prit la lettre roulée des mains et la donna à Tyrion. Il reconnut le sceau des Baratheon dès qu'il le vit, et fit sauter le cache. Il parcourut la lettre à toute allure, le cœur battant. Arrivé à la dernière ligne, il sentit ses jambes flageoler.

- Lord Tyrion ? dit lady Joana d'un ton inquiet. Que se passe-t-il ?

Il avala sa salive. Ses mains tremblaient légèrement.

- C'est une missive d'Accalmie, de la part de Gendry Baratheon. Il écrit qu'une caravane et une centaine d'hommes sont partis pour venir Port-Réal. Des aliments de première nécessité et du matériel. S'ils n'ont pas été retardés, ils seront là dans quelques jours.

Tyrion se laissa tomber sur sa chaise. La liste que lui avait faite Gendry (il reconnaissait son écriture malhabile) était brève et bien insuffisante pour couvrir les besoins de toute la cité, mais ce serait un appui certain pour les moyens que le Bief avait déjà engagés. Sous ses yeux, il voyait se dessiner des promesses de moutons, de cochons, de pain, de légumes d'hiver, de tonneaux de céréales, de laine, de tissus, de nécessaires de soins et d'hommes valides. Varys avait envoyé un appel à l'aide à Accalmie des semaines plus tôt. Tyrion n'avait simplement plus espéré obtenir de réponse et, pris à la gorge par toutes les problématiques de Port-Réal, il avait oublié le jeune seigneur Baratheon.

Et soudain, l'espoir et le soulagement lui coupaient les jambes.

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Chaos is a Ladder – Ramin Djawadi

Le lendemain, cependant, le soulagement n'avait plus sa place. Au contraire, l'atmosphère était lourde au Donjon Rouge, et quand il en franchi la porte, sous bonne garde car la peur demeurait de subir une nouvelle émeute, Tyrion en avait presque oublié l'espoir qu'il avait éprouvé en découvrant la missive d'Accalmie.

Il aurait aimé ne ressentir que de la colère quand il vit apparaître ser Hadrian au pied de l'échafaud qui avait été monté devant les remparts du Donjon Rouge, mais c'était un cruel sentiment de déception qui prédominait. Il avait donné à cet homme le pouvoir de tuer les vies qu'il était supposé défendre, et rien ne pourrait effacer de sa mémoire les cris et l'odeur infâme du massacre que ser Hadrian avait perpétré au pied du palais.

Les hommes du Bief appuyaient la garde pour assurer le calme. Quelques membres de la population s'étaient traînés jusque-là avec un regard vide qui n'avait plus le moindre espoir. Il n'y avait plus eu d'émeutes depuis plusieurs jours. Initialement, Tyrion aurait souhaité que l'exécution se tienne au plus vite, d'autant plus qu'il redoutait une évasion discrète, comme celle de Tully. Mais Port-Réal avait besoin de mettre un nom et un visage sur le massacre et pour cela, il fallait que la population soit en état d'assister à son exécution et au discours de la Main. Ce qui ne laissait que peu de possibilités.

La perspective de faire exécuter ser Hadrian en place publique avait jeté de la tension sur l'ensemble de la garde et sur Bronn lui-même. Au moins cela évitait à Tyrion de devoir subir ses jérémiades. Il s'était écoulé moins d'une journée depuis qu'il avait lancé l'idée du mariage et l'ancien mercenaire s'était déjà tant plaint que le nain se demandait s'il n'allait pas lui faire arracher la langue avant de ne plus en supporter davantage. Lady Joana représentait une chance inespérée de réunifier le Bief et c'était une femme belle et intelligente qui saurait tenir tête à Bronn – et sans doute était-ce là le principale point de discorde. Sans doute aurait-il préféré une femme docile et sotte à qui il aurait fait des enfants en menant une existence oisive sans risque de se faire rappeler à l'ordre. Tyrion n'était pas devin, mais il savait déjà qu'il en irait bien autrement.

Il reporta son attention sur ser Hadrian. Quatre jours de cachot n'avaient pas suffit à entamer son autorité et sa colère, et malgré la diète sévère à laquelle l'avait soumis Bronn, il avait la tête haute et le regard incendiaire. Ses yeux parcouraient les rangs des gardes en lançant des éclairs à mesure qu'il reconnaissait le visage d'un compagnon d'armes ou d'un autre. Tyrion serra les dents. Il s'était placé à la droite de l'échafaud, face au peuple hagard et exsangue. Le peu de gens qui avaient fait le déplacement semblaient prêts à s'effondrer d'un instant à l'autre – et ils représentaient les mieux lotis. Du coin de l'oeil, Tyrion vit Bronn s'installer à la gauche de l'échafaud tandis que deux gardes solidement armés forçaient ser Hadrian à se mettre à genoux. Des chaînes lui entravaient les poignets et limitaient l'écartement de ses jambes, et il luttait encore. D'un geste sec, les gardes firent cogner ses rotules contre le bois.

Tyrion s'éclaircit la gorge. Il régnait un silence presque parfait.

- Lors des récents évènements qui ont secoué notre ville, clama-t-il d'une voix forte, c'est en parfaite connaissance de cause et en totale contradiction avec les ordres qui lui avaient été donnés que ser Hadrian a jugé bon d'ébouillanter la population affamée. La reine ne voulait pas cela. Moi, Tyrion Lannister, Main de la reine Sansa Stark Ière du nom, je ne voulais pas cela. C'est pourquoi tout a été mis en oeuvre pour vous nourrir et vous soigner autant que faire se peut dans la situation critique que nous traversons. Bientôt, l'Hiver sera sur nous et il nous faudra nous entraider ou disparaître. C'est pourquoi les hommes tels que ser Hadrian, en plus de déshonorer la chevalerie et la garde royale, mettent la survie de tous en danger. A compter d'aujourd'hui, tout homme ou femme, quelle que soit sa condition, quel que soit son rang, devra faire preuve de solidarité envers les autres. En cas de meurtre ou de tentative de meurtre, la sentence sera la même pour tous.

D'un signe de tête, il commanda à Bronn d'avancer. Celui-ci dégaina son épée. Il n'y avait pas de billot, mais c'était inutile. Tyrion voulait simplement que cela soit impressionnant. Les gardes qui tenaient ser Hadrian firent un pas de côté. Le chevalier adressa à Tyrion un regard mauvais, mais au fond de ses yeux, il y avait un fond de peur. Bronn haussa un sourcil, déjà en position.

Il y eut un infime signe de tête.

Le sifflement d'une lame.

Le bruit sourd d'une tête qui s'effondre dans une mare de sang tandis que se déverse à gros bouillons le liquide vital. Le bruit d'un corps qui s'effondre de côté, à sa suite.

Mais il n'y eut pas un frisson dans la foule. Pas de cri, pas d'évanouissement, pas même de montée d'enthousiasme comme c'était souvent le cas. Une exécution était une chose courante et appréciée, après tout. Là, cela ressemblait simplement à un souffle. Comme un mourant qui en contemple un autre.

Tyrion lui-même se sentait creux, alors qu'il contemplait le corps et le sang qui se répandait tout autour de lui. Peut-être est-ce le goût de l'échec.

Il l'ignorait encore, mais ce goût ne disparaîtrait pas le surlendemain à la vue de la fameuse caravane envoyée par Gendry Baratheon. Malgré le soulagement, ce goût âcre demeurerait et irait même en s'intensifiant quand, trois jour après l'exécution de ser Hadrian et moins d'une journée après l'arrivée des vivres, l'Hiver s'abattrait pour de bon sur la capitale.

Des siècles plus tard, le souvenir de cette journée figurerait encore dans les livres d'Histoire comme la preuve qu'un jour, Port-Réal fut engloutie par la neige.

Car quand l'Hiver frappa la ville, ce ne fut pas par une tempête dévastatrice et une neige implacable comme cela avait été le cas durant la Longue Nuit. S'il n'avait pas pris l'habitude de se rendre à la fenêtre chaque matin dès le lever pour observer la ville, Tyrion aurait même pu ne pas le remarquer.

D'abord, ce fut le froid du matin. La fine pellicule de bruine glaçante qui voletait au-dessus de la ville ne s'évanouit pas dans les premiers rayons du soleil. Les particules gelèrent dans l'air, et une couche de givre tapissa peu à peu les toitures. Loin de s'effacer avec le soleil des premières heures du jour, elle s'ancra davantage dans la pierre et les tuiles. A son balcon, Tyrion Lannister plissa les yeux. La veille, l'arrivée des vivres et des hommes de Gendry Baratheon lui avait permis de réorganiser rapidement le Donjon Rouge. La population, privée de toutes ses forces et sa volonté de rébellion, s'était laissée guider à l'intérieur du palais sous la garde des soldats. On avait cantonné les miséreux dans la salle du trône et les grandes salles de banquet destinées d'ordinaire à la basse noblesse.

Au-delà des portes de la ville, au-dessus du bois qui se relevait à peine de la destruction que lui avait fait subir la guerre, d'épais nuages noirs progressaient lentement en direction du Sud. Tyrion se dévissa le cou pour apercevoir les plaines du Nord. Celles-ci étaient à peine visibles avec la bruine, et le devenaient de moins en moins au fil des minutes. Le nain battit en retraite dans ses appartements et ferma la porte du balcon. Il s'habilla précipitamment et sortit dans le couloir. Il n'eut pas le temps d'atteindre les appartements de Bronn que celui-ci le percutait de plein fouet et jaillissant d'un couloir.

Tyrion chancela, se retint au mur.

- Que t'arrive-t-il ?

- La main chose qu'à toi, j'imagine, répondit Bronn. Les gens du Bief se sont pressés aux portes du donjon il y a quelques minutes. Il neige de la glace au-delà des remparts.

Les deux hommes se précipitèrent dans la salle du trône. Dans les couloirs et les escaliers, il y avait tant de passages qu'il était presque impossible de reconnaître le Donjon Rouge détruit. Quand ils émergèrent au milieu des réfugiés tremblants, plusieurs soldats avaient allumé des feux dans les braseros de métal. Mais, contre les vitres que les ouvriers étaient parvenus à remettre en place peu de temps auparavant, une fine pellicule de givre se dessinait lentement.

Tyrion l'observa quelques instants. Une légère buée s'échappait de sa bouche.

- Tout le monde est rentré ? demanda-t-il.

- Les hommes de lady Joana sont en train de ramener les retardataires, dit Bronn. On pourra fermer les portes du Donjon dans quelques minutes.

Sans doute tous les survivants de la ville ne se trouveraient pas à l'intérieur du palais à ce moment-là, mais Tyrion avait abandonné l'idée de pouvoir sauver tout le monde. Cela faisait des jours qu'il préparait ce moment en faisant amener les habitants à l'abri – mais il savait que tout le monde n'avait pas pu être escorté jusqu'au donjon. Il y aurait des morts. Probablement beaucoup.

- Où est lady Joana ? s'enquit Tyrion en parcourant la foule malodorante des miséreux qui s'entassaient entre les colonnes.

- Près de l'entrée des cuisines, en train de discuter avec le commandant de la caravane d'Accalmie.

L'une des fenêtres émit un craquement sonore. Elle était presque entièrement couverte de givre. Tyrion la fixa quelques secondes. Il sentait presque la peur se tordre dans ses entrailles, lui remonter du ventre vers la gorge. Au-delà du verre qui gelait, il ne distinguait plus qu'un ciel sombre.

Il traversa la salle du trône dans la largeur, remonta un escalier étroit partiellement délabré et émergea sur un balcon. Autrefois surmonté d'une arcade savamment sculpté, il n'était plus qu'un tas de pierres pourvu d'une plateforme miraculeusement épargnée par la guerre. Mais c'était bien assez pour contempler la ville. Tyrion sentit à peine Bronn surgir derrière lui. Face à lui, le mur d'enceinte et les rues disparaissaient à vue d'oeil, envahis par un brouillard givrant comme il en avait vus, quelques fois, au Nord. Au-dessus d'eux, le ciel était d'un gris chargé, de neige ou de glace, Tyrion n'aurait su dire. Au-dessus de la mer toute proche, les nuages d'un noir d'encre laissaient entrapercevoir des traînées brutales qui frappaient l'eau avec vacarme. Les vagues s'agitaient, et gorgées d'écume. Un éclair presque timide zébra le ciel.

- Tyrion.

Le nain se tourna vers Bronn. Celui-ci fixait un point au-delà des remparts du donjon. Une rue se colorait de blanc, submergée par le brouillard. Des bruits étranges, comme si une multitude de projectiles s'abattait sur les toitures, se faisaient entendre. De la glace, réalisa Tyrion. Il pleut de la glace.

Il recula d'un pas, se cogna contre le ceinturon de Bronn. L'ancien mercenaire ne dit rien. Avait-il vu, lui aussi, au milieu de la pluie gelée déjà impressionnante, ces morceaux de glace gros comme des casques qui se fracassaient contre les tuiles ?

- Fais fermer les portes immédiatement, dit Tyrion dans un souffle. Que plus personne ne sorte. Et trouve-moi les maîtres maçons et charpentiers. Je vais chercher lady Joana et je te retrouve dans la salle du conseil immédiatement après. Il faut s'assurer que le donjon survive à ce qui nous attend.

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Jaime

Le vent hurlait sous le ciel noir et donnait à la pluie froide l'inclinaison et la force d'une armée de lances. Des vagues de quinze mètres se creusaient sous la coque pour mieux se dresser ensuite par-dessus les voiles que les guildiens avaient repliées à la hâte dès les premières pluies, des jours plus tôt. S'il avait encore eu la moindre foi à accorder aux dieux, Jaime les aurait suppliés de bien vouloir cesser le déchaînement de leur colère. Mais il doutait fort que la moindre divinité ne prenne la peine de l'écouter, plus encore de l'exaucer.

Quelqu'un le cogna violement dans le dos alors qu'il s'échinait contre un cordage. Il vacilla, se cramponna de justesse. Il lui sembla qu'on hurlait derrière lui, mais il ne reconnut ni la voix ni les mots. Debout à la poupe du navire, solidement campé sur ses pieds et cramponné à la barre, Leth tentait de maintenir le cap. Avram, un natif guildien métissé dothraki-westerosi, relayait ses ordres en hurlant en langue commune, les mains en porte-voix pour se faire entendre. Il fallait maintenir les voiles, les tonneaux de matériel, vérifier la solidité des cordes de vie que chaque guildien avait noué à sa taille et qui les reliaient au mât. Mais surtout, il fallait se tenir prêt à n'importe quelle instruction qu'on leur beuglât, y compris celles dont Jaime ne comprenait pas le sens. Il avait renoncé à saisir. Tout au plus savait-il que les guildiens étaient dans leur élément. S'ils disaient de faire une chose, c'était qu'il le fallait.

Une nouvelle vague, de dix mètres au moins, se dressa soudain à tribord du navire. Jaime n'eut que le temps de s'accrocher aux gréements avant que des tonnes d'eau ne s'abattent sur lui. La pression le projeta en arrière. Il sentit la corde à laquelle il s'était cramponné lui sabrer le bras quand il lâcha prise. Il se reçut douloureusement sur le bastingage, heurta le plancher sans frapper aucun autre membre d'équipage. Le temps qu'il se redresse à quatre pattes, il sentit son estomac se tordre de cette manière caractéristique qu'il avait d'appréhender le creux des vagues.

Jaime se releva péniblement, au moment exact où une voix déchirait l'air au-dessus de sa tête. C'était Fitz. Fitz hurlait. Pourquoi ? Pour qui ?

Le Brise-Tempête dévala le creux de la vague et un nouveau mur d'eau le frappa, de face cette fois-ci. Aveuglé par le sel, Jaime se retrouva adossé au mât principal. Les cheveux lui tombaient dans la figure, mais il vit bien une silhouette pointer le ciel, soudain paniqué. Le chevalier n'eut pas le temps de lever les yeux : un éclair zébra les nuages et illumina le navire.

- A l'aide !

Le cri lui fit faire volte-face. Gydeon s'était empêtré dans les gréements et s'agitait avec l'énergie du désespoir. Sa corde de vie… Où était sa corde de vie ?

Jaime se précipita, vacillant sous le choc des vagues qui continuaient de frapper. Il se jeta sur les gréements au moment où un mur d'eau plus eau que les autres passait par-dessus le bastingage et frappait l'équipage de plein fouet. Emmêlé dans les cordages, le chevalier lança sa main en avant et saisit de justesse la tunique de Gydeon. Indifférent à la brûlure qui lui déchirait la main sous le poids du garçon, il parvint à le tirer vers lui. A travers le rideau de ses cheveux, Jaime vit le guildien se raccrocher aux gréements, la bouche ouverte, les yeux écarquillés d'horreur.

- Où est ta corde de vie ? beugla-t-il pour couvrir le bruit de la tempête.

Mais Gydeon ne parut pas l'entendre. Le Brise-Tempête tangua dans l'autre sens et Jaime se sentit chavirer en arrière. Profitant que le sens de gravité s'inversait, l'adolescent contourna les gréements pour repasser du côté du bastingage. Une vague les frappa soudain dans le dos, bousculant Jaime de plein fouet. Gydeon parvint à se cramponner aux gréements, mais le chevalier n'avait qu'une main. Ses doigts furent arrachés à la corde et il fut projeté en arrière. Il tournoya, perdit le sens du haut et du bas, et se fracassa brutalement contre le pont, les mains en avant. Une douleur cuisante lui ébranla le moignon et il sentit l'attache de sa main de bois rentrer dans sa peau.

Emporté par les flots furieux qui se déversaient sur le pont, Jaime glissa dans la largeur du navire. Il acheva sa course contre un baril qui lui fracassa les côtes. Il gémit douloureusement, le souffle coupé. Il n'y voyait rien, sinon une tempête furieuse où les formes et les couleurs se mêlaient sans parvenir à se distinguer.

On hurlait près de lui. Il sentit qu'on le saisissait par les épaules pour le redresser. Il ne vit ni ne comprit rien, et se reçut une vague dans le dos. Titubant, il échoua contre une silhouette frêle. Des cheveux noirs, un teint pâle. Gydeon. Il lui tendit une corde, hurla quelque chose – que fallait-il faire ? Tirer dessus ? Jaime n'y comprenait plus rien. Il campa ses pieds dans le sol instable et tira. Le corps mince du guildien contre lui, il lui sembla, l'espace d'une seconde, que le bateau se maintenait droit.

Puis une nouvelle vague le frappa de dos et il lâcha la corde.

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Brienne

Sansa se sentait malade. Nul n'aurait pu lui en vouloir, quand on voyait quelle tempête maudissait le voyage des navires depuis des jours. Brienne avait été reléguée à la cabine de commandement sur le prétexte fallacieux de devoir relayer Leung durant la nuit. Varys lui-même était rendu trop nauséeux par les intempéries pour y trouver à redire, et la chevaleresse avait pu dès lors conserver un oeil sur sa reine.

Dans la cabine dont le mobilier n'avait de cesse de tomber et de glisser, Sansa en avait été réduite à s'installer sur sa couche et à prier pour ne pas vomir sur les bottes de son ministre ou de sa guerrière.

- Nul ne vous en tiendra rigueur, majesté.

Ce disant, Brienne lui avait apporté une bassine, analogue à celle qui se trouvait dans sa propre cabine. Les dieux soient loués, depuis le début de sa grossesse, la chevaleresse n'avait eu a subir que des nausées nocturnes, et aucune ne s'était encore manifestée en public.

- Combien de temps durent ces journées de tempêtes, d'ordinaire ? haleta Sansa.

- En pleine saison, il peut leur arriver de tenir une semaine, peut-être même dix jours. Mais je n'ai jamais eu l'infortune de servir sur un navire durant cette période.

- Sans doute est-ce parce qu'il n'y a que des fous pour s'engager en mer à un tel moment, répliqua lord Varys, la main devant la bouche.

Lui aussi avait trouvé refuge contre un mur, en s'appuyant sur une chaise, et lui aussi avait un teint verdâtre des plus seyants. Brienne ne répondit rien. Elle ne savait que dire, de toute façon.

Bien que lord Varys ait déjà emprunté plusieurs navires dans sa vie, et que Sansa en ait fait autant pour quitter Port-Réal et s'en retourner aux Eyriés, aucun d'eux n'avait jamais connu de réelle tempête en pleine mer. Brienne avait dû en affronter quelques-unes, autrefois, quand elle suivait Naath Aranoth dans ses expéditions punitives, et elle était fréquemment sortie en mer avec lady Gaelyn, qui commandait aussi son propre navire, quand elle plus jeune.

Elle était habituée à de telles intempéries. Elle savait, aussi, qu'elle n'était en mesure de rien à moins de se mêler docilement à l'équipage pour obéir aux ordres de Leth. La saison des tempêtes méritait son nom. Il fallait être fou, pirate, fer-né ou guildien pour s'engager en mer pendant la saison et y survivre.

La chevaleresse ravala un soupir. Elle avait plus ou moins accepté d'opérer un roulement avec Jaime, afin qu'ils ne se trouvent pas tous les deux dehors en même temps. Elle savait qu'il comptait en réalité assumer suffisamment de sa charge pour lui empêcher l'accès au pont – et le bougre avait le soutien de Leth et Leung, pour ne rien arranger. Aussi affrontait-il les éléments pendant qu'elle-même devait veiller sur Sansa et Varys.

- Je ne peux vous garantir la qualité du voyage, dit-elle en attirant à elle l'attention de la reine et de son conseiller. Mais les guildiens sont l'une de vos meilleures chances de survivre.

- Voilà qui est magnifique, commenta Varys dont ton sardonique. Où se trouve donc notre cher ser Davos ?

- Certainement avec Leth Aranoth.

Ils n'avaient plus eu d'échange avec le navire du capitaine Martyn depuis des jours, car il était impossible, même pour les acrobates guildiens, de passer d'un navire à l'autre. Ser Davos avait, comme Sansa et lord Varys, décidé de demeurer sur le Brise-Tempête.

- Il faut être fou pour sortir sur le pont à cet instant, marmonna l'eunuque.

- Sans ces fous, nous n'avancerions pas, répliqua Sansa.

- Avançons-nous seulement ? Il est impossible de se repérer dans une telle tempête, et les dieux seuls savent où se trouvent les côtes. Nous pourrions nous échouer sans même réaliser la vérité avant qu'il ne soit trop tard.

- Vous prêtez peu de savoir aux guildiens et aux marins, dit Brienne en mêlant une dose de tisane avec un doigt de remède qui ressemblait à s'y méprendre à de la crème.

Elle mélangea la mixture avant de la tendre à Sansa. La jeune reine tremblait un peu et son teint avait la couleur verdâtre des malades de la mer, mais Brienne faisait confiance au plus fameux remède guildien pour préserver la santé de la louve. La chevaleresse en prépara une tasse analogue pour lord Varys, sans quitter sa reine des yeux. Il lui semblait qu'en dépit de la grandeur de la jeune femme, Sansa demeurait aussi fragile qu'autrefois, lors de leur fuite de Winterfell. Sans doute était-ce le prix de la tempête.

- Je n'ose imaginer ce que ce doit être dehors, dit Sansa en achevant péniblement de boire sa tasse.

- J'ose espérer que ser Davos ne basculera pas par-dessus bord, marmonna Varys.

J'ose espérer que nul ne passera par-dessus bord, songea Brienne au moment où on frappait à la porte. Elle s'assura que Sansa était convenablement assise avant d'aller ouvrir. Leung pénétra dans la pièce en dégoulinant, mais Brienne la vit à peine. Chancelant, appuyé contre la yi tienne, Jaime avait l'air hagard et des cheveux plein les yeux.

- Devine le niveau de la tempête, dit Leung.

- Quatre, proposa Brienne sans quitter le chevalier des yeux. Que s'est-il passé ?

- Je l'ai trouvé au milieu du pont, dit Leung. On a été un peu chahuté et je crois qu'il a pris quelques coups.

- Ai-je bien entendu ? s'exclama Varys. Vous dites que nous avons été un peu chahutés ? Que faut-il qu'il se passe pour que vous jugiez que nous sommes dans une véritable tempête ?

- Que le navire se retourne, répondit Leung d'un ton parfaitement neutre.

Brienne ne lui accordait aucune attention, trop occupée à détailler Jaime. Au-delà de la fatigue apparente qui se lisait sur son visage et de ses vêtements détrempés, une tâche attira immédiatement son attention, juste au-dessus de la main de bois.

- Que t'est-il arrivé ? demanda-t-elle.

Jaime lui retourna un regard hagard. La chevaleresse se tourna vers Sansa. Elle n'eut même pas à poser la moindre question.

- Va donc, dit la jeune reine. Je doute que tu puisses servir à quelque chose ici.

Brienne prit congé d'un signe de tête, murmurant un remerciement à Leung et saisit Jaime par le coude pour l'entraîner au-dehors. Une fois encore, ils avaient obtenu une cabine. Le fait que Sansa, Varys et Davos voyagent à bord du Brise-Tempête avait nécessité de revoir toute la répartition des cabines individuelles. Leth avait offert sa cabine personnelle à Sansa, mais celle-ci avait décidé de se contenter de celle de Leung, capitaine en second. Leth avait donc fait installer deux lits supplémentaires près du sien, pour lord Varys et ser Davos, et Sansa ne s'était pas formalisée qu'on lui demandât de coucher dans la même pièce que Leung.

Les deux chevaliers traversèrent les étroits couloirs du navire, et Brienne poussa la porte de leur cabine d'un coup d'épaule. Etroite et confortable, la pièce était néanmoins sans dessus-dessous. La chevaleresse avait abandonné l'idée de garder le moindre élément de mobilier debout. Seul un coffre et le lit, tenus par des lanières clouées au mur, avaient réussi à demeurer à leur emplacement d'origine.

Brienne fit asseoir Jaime sur le lit et fouilla dans le coffre pour en sortir le nécessaire, qu'elle déposa sur l'oreiller. Elle défit d'un geste brusque l'attache de sa main de bois et la posa au sol, sans y prêter attention. A peine lui sembla-t-il entendre la main rouler dans un coin.

Elle s'en était doutée, mais de voir la tâche de sang qui se répandait à l'emplacement du moignon, elle grimaça et ôta, plus délicatement, le tissu imbibé. Une belle coupure, nette, courrait sur l'intérieur du bras, dans le sens de la largeur. La main de bois avait certainement dû cogner contre les attaches et s'enfoncer dans la peau.

- Mords là-dedans, ordonna Brienne en tendant à Jaime une lanière de cuir.

Elle empoigna une bouteille d'alcool, en huma le contenu puis vérifia du coin de l'oeil que Jaime était bien prêt. Alors, elle répandit l'équivalent d'une bonne gorgée sur la plaie. Un gémissement déchira le silence relatif de la cabine qui tanguait et craquait, et Brienne posa la bouteille au sol pour la reboucher à la hâte. Le visage tendu à craquer, les veines saillantes, Jaime haletait. Il cracha la lanière de cuir et papillonna des yeux.

- Je suis désolée, murmura Brienne. J'aurais dû te proposer du lait de pavot.

- On en aura besoin bien assez tôt pour de vraies blessures, répliqua le chevalier. Tu as bien fait.

La chevaleresse repoussa quelques mèches trempées qui tombaient dans les yeux de Jaime, tenta d'évaluer sa douleur à son regard. Ce qu'elle vit n'avait rien de satisfaisant, mais elle ne pouvait espérer mieux. Elle le laissa un instant, le temps de rassembler un linge propre et une écuelle d'eau. Elle nettoya délicatement le moignon ensanglanté, puis l'enroula autour d'un linge sèche et propre. D'un cordon qu'elle noua autour, elle s'assura qu'il ne glisserait pas.

- Tu es interdit de main de bois jusqu'à nouvel ordre. As-tu été blessé ailleurs ?

- Nulle part. et ce n'est pas une blessure, à peine une égratignure. Si tu n'avais pas répandu d'alcool dessus, ç'aurait très bien été.

- Et tu risquais d'infecter la plaie.

Pour s'assurer qu'il n'insiste pas davantage, Brienne lui jeta une serviette à la figure. Le geste fut sans doute un peu trop violent, car elle entendit un son étouffé, comme une plainte. Repoussant ses habitudes, elle mit à nouveau genou à terre et reprit la serviette pour essuyer doucement la chevelure trempée. Impossible de reconnaître la blondeur légendaire des lions Lannister sous cette pluie.

Jaime la regarda faire sans un mot, et il semblait presque fasciné.

- Quoi ? dit Brienne.

- Rien de particulier.

- Quoi ? répéta-t-elle, comme le regard du chevalier s'adoucissait de cette façon qu'elle ne savait pas encore convenablement gérer, même après tout ce temps.

- Rien de particulier.

Cette fois-ci, Jaime avait esquissé un sourire joueur. La chevaleresse secoua la tête et décida de ne plus se préoccuper de l'air qu'il pouvait bien prendre pour se concentrer uniquement sur ce qu'elle faisait. Cela ne tint pas cinq secondes.

- Arrête de me regarder comme ça !

Mais Jaime n'avait pas plus l'intention de cesser qu'il n'avait celle de laisser Brienne se braquer trop avant. Il se redressa d'un coup, juste assez vite pour la prendre par surprise, et l'embrassa. L'ancienne Brienne de Tarth aurait réagi avec méfiance, mais celle qu'elle était devenue se contenta de lâcher la serviette pour étreindre le chevalier.

- Tu es toujours interdit de main de bois, dit-elle dans un souffle alors qu'elle se reculait.

- Bien, ma Dame.

Elle sentit un sourire moqueur se dessiner sur ses lèvres. Il y avait fort à parier que la belle obéissance de Jaime ne tienne pas plus d'une demi-journée.

- Que pensent Leth et Davos ? demanda-t-il en attirant la chevaleresse un peu plus près, de sorte à ce qu'elle s'asseye près de lui sur le lit.

- Rien qui ne soit très positif pour nous. Tant que nous n'aurons pas réussi à quitter cette tempête, nous n'aurons aucune idée précise de là où nous nous trouvons. A en croire le compas, il semble que nous ne soyons plus exactement sur la bonne route. Le cap est bien trop difficile à tenir. Nous nous sommes éloignés de la côte, mais Leth ne pense pas que cela soit trop important.

- J'ai toujours trouvé étonnant que Leth conduise les expéditions maritimes. Les Dothrakis ne sont pas connus pour leur sens de la navigation. Ils n'avaient jamais pris la mer avant que Daenerys Targaryen ne les y contraigne. Pourquoi n'est-ce pas Leung qui s'en charge ? Ou toi ? Quand tu vivais à la Guilde, tu aurais pu apprendre à diriger le Brise-Tempête.

- Je rentrais bien trop fréquemment à Evenfall Hall pour cela, et mon père n'aurait jamais permis une telle folie. Je n'ai pu manier les armes que parce qu'il a fini par capituler et me le permettre. Et puis, j'ai bien moins le pied marin que la plupart des guildiens. Et Leung est un excellent capitaine en second. Je ne sais pas très bien d'où cette passion de la mer a pu venir à Leth. La seule fois où il s'en est approché avant de suivre les enseignements de la Guilde, c'était en tant que fuyard d'Essos, quand Naath Aranoth devait trouver secours de l'autre côté de la mer. Je ne crois pas que Naath avait déjà pris la mer avant cela. Il en était sans doute terrifié. Mais c'était l'unique façon de sauver sa vie et celle de son fils.

Les cheveux de Jaime, encore humides, lui gouttaient dans le cou.

- Je n'aurais pas aimé apprendre la navigation comme j'ai aimé apprendre l'épée, reprit-elle. Et je n'y aurais certainement pas gagné autant.

Pour toute réponse, Jaime la serra un peu plus fort, et du coin de l'oeil, elle vit se dessiner un sourire sur son visage.

- Le naturel semble te rattraper, de toute évidence, dit le chevalier. Te voilà en mer, au final.

- Nous voilà tous en mer, corrigea Brienne. Je fais toute confiance à Leth et au capitaine de la reine, mais j'ignore quand nous atteindrons Dorne. Il se pourrait bien que cela soit trop tard pour Port-Réal.

Cette perspective était terrible, mais Brienne ne voyait pas par quel prodige elle aurait pu faire quoi que ce soit en ce sens. Ils étaient à la merci des éléments. Il n'en demeurait pas moins que cela lui pesait sur le cœur. Sansa se sentirait atrocement coupable de n'avoir pu sauver son peuple si la tempête les retenait trop longtemps, et aucune vengeance contre la principauté dornienne ne ferait revenir les malheureux qui auraient péri par la faim.

- Je n'ai jamais aimé l'océan, dit Jaime du ton geignard qu'il avait coutume d'employer à chaque fois qu'il cherchait à se faire plaindre. Trop instable à mon goût.

- De la même manière que tu n'as jamais aimé le Nord. Décidément, tu en subis des choses indignes à côtoyer la plèbe.

- Ne me lance pas sur ce sujet, où tu pourrais bien t'en mordre les doigts.

Brienne esquissa un mince sourire et ferma les yeux. Si elle faisait abstraction du roulis terrible et incessant, elle aurait presque pu oublier qu'ils étaient en pleine tempête.

- Je ne vais pas tarder à devoir te relayer.

- N'espère même pas bouger de cette cabine, dit Jaime en la serrant plus fort. Si je croyais les dieux capables de nous en vouloir encore, je dirais qu'ils se déchaînent sur nous. Ce n'est pas le moment pour toi de sortir.

- Tu sais que je ne suis pas impotente, ou faut-il que je te le rappelle ?

- Je le sais fort bien, rassure-toi. Mais je n'ai pas l'intention de te laisser sortir.

Il jeta son bras estropié contre la poitrine de Brienne et la fit brutalement basculer en arrière. Il dut mal calculer son coup, cependant. Le lit était bien plus étroit que celui dont ils avaient pris l'habitude à la Guilde, et il était accolé à la cloison. En se laissant tomber dos contre le matelas de plume, ils se cognèrent le crâne contre le mur dans un bruit sourd.

Pendant une seconde, le silence leur tomba dessus. Puis :

- Aïe, dit Jaime.

- Espèce d'imbécile ! s'exclama Brienne en portant la main à ce qui serait très bientôt une belle bosse. On ne tient pas dans la largeur de ce lit !

- Je crois que je viens de m'en apercevoir.

Brienne aurait aimé lui en vouloir, mais quand elle le frappa, le coup n'était pas violent, et elle se mordait déjà la langue. Cela ne suffit pas, et dès l'instant où Jaime se plaignit, elle éclata de rire.

- Ne te moque pas !

- Tu as faillis nous assommer, espèce d'idiot !

- Cesse donc de frapper un infirme !

Mais Brienne s'était déjà à demi redressée pour le frapper gentiment dans les côtes. En quelques secondes, l'affrontement dégénéra et ils se cognèrent à nouveau, l'un contre l'autre cette fois-ci. Au train où allaient les choses, ils finiraient par se faire des bosses eux-mêmes de belles bosses.

- Qui est l'idiot, maintenant ? dit Jaime en se tortillant pour s'adosser aux oreillers et ne pas se fracasser une nouvelle fois contre le mur.

- Celui qui ne domine pas le combat !

Et Brienne pesa de tout son poids contre lui. Une lueur se ralluma dans le regard de Jaime.

- Je ne suis pas sûr que ce soit bon pour le bébé de nous disputer de la sorte.

- Pourquoi, tu te crois plus dangereux qu'un équipage de pirates ?

Il n'en fallut pas plus. Malgré la cabine qui tanguait et le peu de place dont ils disposaient, la bataille s'engagea. C'était à celui qui coincerait les bras de l'autre le premier, et à ce jeu, il y en avait forcément un pour être désavantagé. Jaime rattrapait cependant en ruse ce qu'il perdait en mains. Il était certes plus précautionneux que jamais pour ne pas risquer un coup mal placé, mais attaqua sans aucun remord là où cela ne risquait rien. Tandis que Brienne luttait contre lui pour lui clouer les bras au matelas, il s'étira pour l'embrasser dans le cou. Il y avait un endroit, juste sous l'oreille, qui provoquait toujours un frisson. Cela ne manqua pas. Profitant de la diversion, Jaime dégagea sa main et en quelques secondes de lutte, il se retrouva au-dessus de la chevaleresse. Tous les coups semblaient permis. Sentant qu'elle n'obtiendrait pas la victoire à la loyale, Brienne glissa intentionnellement sa main sous la tunique du chevalier et effleura une bande de peau très sensible, le long de la hanche. Tout le corps de Jaime se tendit sous la caresse et elle en profita.

Cela n'avait rien de sexuel. A bien y regarder, c'était même affligeant de puérilité. Pourtant, la chevaleresse se sentait heureuse, joueuse. Ils luttaient tous les deux comme deux enfants qui se seraient chamaillés sans vouloir se faire de mal. Ils se cognèrent bien une fois encore contre le mur, déclenchant un fou-rire vite étouffé. Mais cela faisait tellement de bien. Après quelques minutes de lutte, Brienne déclara l'égalité et s'installa confortablement dans les bras de Jaime.

- J'ai gagné, protesta faiblement le chevalier en jouant avec quelques mèches de cheveux.

- Il n'y a pas de vainqueur.

- Oh que si, et c'est moi.

Brienne abandonna. Même sa ténacité légendaire n'aurait pu la convaincre de remettre ça. Elle voulait simplement oublier la fenêtre qui tremblait, le vente qui hurlait, la tempête qui se déchaînait au-dehors. D'un doigt, elle suivit une tempe jalonnée de cheveux de plus en plus gris. Elle aimait ce gris. Elle lui rappelait qu'à une époque encore récente, elle avait bien cru qu'elle n'en verrait jamais autant. Que Jaime serait mort bien avant. Ce gris était une forme de promesse, finalement. Une revanche sur toutes ces années d'épreuves. Il avait la couleur de l'argent, loin de la richesse de l'or Lannister. Comme une preuve que le monde n'était pas mort avec les lions d'or.

Un lion d'argent voyait lentement le jour, plus mesuré, plus heureux aussi. Un lion d'argent qu'elle espérait connaître assez longtemps pour le voir devenir un lion blanc.

- On se fout de la loyauté, murmura-t-elle

Jaime chercha son regard, et elle quitta le fil de sa tempe pour le croiser. Il lui sembla qu'il la fouillait des yeux à la recherche de quelque chose, mais quoi que ce fût, il sourit.

- On se fout de la loyauté.

Un regard doux, un silence aussi. Le temps parut s'étirer et Brienne ferma les yeux. Se lova un peu plus contre le chevalier.

- Peut-être faudra-t-il se questionner sur les prénoms, dit-elle d'un ton prudent.

La tradition voulait que le choix revienne au père de l'enfant à naître, quand il était encore vivant. Mais si elle ne voulait rien imposer elle-même, elle avait l'envie – le besoin – de s'en charger elle aussi. Cet enfant était le sien. Il grandissait dans son ventre, après tout. Et puis, ni l'un ni l'autre ne savait encore quels étaient réellement les sentiments de Jaime à ce sujet. Il n'y aurait probablement qu'à la naissance qu'ils en prendraient conscience.

- J'ai déjà une foule d'idées, dit le chevalier en emmêlant et démêlant inlassablement les mêmes mèches de cheveux.

- Je n'accepterai aucune variation autour du nom « Jaime ».

- Quelle rabat-joie... Je pensais à mon père. Ne voudrais-tu pas avoir un fils qui porterait l'illustre nom de Tywin ?

Brienne rouvrit un oeil menaçant, pour tomber sur une face goguenarde.

- Et pourquoi pas Selwyn, tant que nous y sommes ?

Jaime grimaça.

- Entendu, laissons les pères de côté. Les frères et les soeurs, aussi.

Brienne acquiesça du menton. Elle n'y avait pas songé jusqu'à présent, mais la perspective de donner naissance à une fille affublée du nom de Cersei lui arracha un frisson. C'était déjà bien assez de savoir que l'enfant à naître aurait forcément, en grandissant, les traits de son père. Ce que la chevaleresse lui souhaitait d'ailleurs, malgré une peur insidieuse tapie au fond de sa conscience. Elle ne pouvait s'empêcher de craindre que l'enfant, particulièrement s'il s'agissait d'une fille, ne prenne les traits de sa tante.

- Avais-tu pris une part dans la nomination de tes enfants ?

- Ils étaient ceux de Cersei, rectifia le chevalier. Et de Robert. Lui a imposé Joffrey. Je crois que Cersei pensait au prénom de Myrcella depuis longtemps, et Tommen était le nom d'un ancêtre de la famille Lannister. Je pense que c'est par égard pour la famille qui finançait sa couronne que Robert a accepté de l'appeler ainsi.

Brienne ferma à nouveau les yeux et laissa ses pensées dériver. Une idée avait commencé à germer dans son esprit, mais elle ignorait comment Jaime la recevrait. Ils avaient plusieurs fois parlé de Myrcella, de sa douceur, de la douleur et de l'impression d'inachevé qu'avait laissé sa mort brutale. Elle savait que, des trois enfants, c'était celle qui avait le plus éveillé un instinct paternel chez Jaime, sans qu'il pût jamais le mettre en pratique.

Un doigt vint lui défroisser le front.

- Pourquoi fronces-tu toujours des sourcils ? soupira Jaime.

- Je réfléchis. C'est une activité qui t'est trop étrangère pour que tu comprennes, j'en ai bien peur.

- Je te pensais trop honorable pour frapper un homme à terre, mais visiblement je me trompais.

- Quelle erreur, répliqua Brienne.

Elle ne voyait pas son air faussement affligé mais n'avait mal à le deviner. Quand il reprit ses démêlages (et ses emmêlements) systématiques dans ses cheveux, elle s'efforça de se détendre à nouveau.

- A quoi as-tu songé ? demanda-t-il. Tu as des idées, n'est-ce pas ?

- Je ne suis pas sûre de la façon dont tu les prendrais.

- Tant que tu ne me proposes pas Renly...

Un sursaut d'appréhension l'empêcha de sourire. Bien sûr, elle ne proposerait pas Renly, malgré toute l'importance qu'il avait eu dans sa vie. Elle ne voulait pas non plus trop s'attacher à l'idée de donner un prénom de la famille Stark, car cela risquait de trop réveiller la culpabilité de Jaime vis-à-vis de Bran. Et quand bien même cela n'aurait été qu'une preuve de réconciliation pour le chevalier, elle s'était accrochée à une autre idée et l'aimait déjà.

Il était traditionnel de piocher dans les arbres généalogiques des parents ou de leurs amis les plus proches pour nommer les enfants à venir. Brandon Stark avait été nommé selon son oncle tué par Aerys, et ce n'était que le second exemple qui venait à Brienne, juste après le cas de Galladon II. Il était à la fois honorable, inspirant et écrasant d'imposer à un enfant la mémoire de quelqu'un qu'il n'avait pas eu le temps de connaître. Mais cette tradition permettait de perpétrer l'unité d'une famille ou d'une dynastie à travers les âges. Brienne avait passé de longues heures, autrefois, penchée sur les livres de généalogie du royaume pour tenter d'en comprendre les ramifications. Les noms étaient la meilleure façon pour qu'une famille ne tombât pas dans l'oubli si elle n'était pas parvenue par elle-même à faire vivre sa légende. Si elle présentait parfois quelques doutes sur certains choix, c'était une tradition que Brienne respectait et affectionnait, et avec laquelle elle avait vécu toute sa vie. Elle avait même songé, dans son enfance, quand elle était encore suffisamment naïve pour croire qu'elle aurait un jour des enfants elle-même, à donner à sa descendance les noms de ses tantes et de son oncle. Elle avait été jusqu'à chercher des variations de ceux-ci, au cas où ils n'auraient pas correspondu avec le sexe du bébé. Naath, Gaelyn et Oldvalon lui paraissaient alors être les noms les plus inspirants qui soient.

Mais la situation avait changé. Aujourd'hui, elle savait que si Leth engendrait un fils un jour, il lui donnerait forcément le nom de son père. Et son affection pour ses tantes était sans pareille, mais ne conviendrait peut-être pas à Jaime. Alors elle avait commencé à mêler et tordre ces règles dans son esprit, et avait finalement trouvé une idée. Mais elle était étrange, et source d'une inquiétude qu'elle n'aurait pas osé verbaliser.

- Allez, insista Jaime. Dis-moi.

Brienne soupira, prit une inspiration et rouvrit les yeux. Elle affronterait son émotion, quelle qu'elle soit, comme la guerrière qu'elle était.

- J'ai pensé à Mylla, si c'est une fille. Et à Torryn, si c'est un garçon.

Pendant une seconde, Jaime la dévisagea comme s'il était incapable de réfléchir. Il avait les yeux rivés aux siens. Brienne enchaîna, mal à l'aise :

- Je pensais mêler les noms des deux familles, Erwyn et Tommen en Torryn, et Mylla pour Myrcella et Adrella... ce n'est qu'une idée, d'accord ? Et elle est stupide. Oublie-la.

Jaime paraissait partagé entre plusieurs sentiments contradictoires. Ses doigts s'étaient arrêtés dans leur ballet. Brienne craignit un instant qu'il ne s'emporte. Il en aurait eu le droit, bien entendu. A peine formulée, l'idée paraissait grossière. Il y avait bien d'autres moyens de prendre un nouveau départ que de concilier de la sorte l'union des deux familles. C'était si maladroit que ça paraissait presque cruel. La chevaleresse aurait voulu reprendre ses mots et le laisser encore pérorer moqueusement.

- Excuse-moi, bredouilla-t-elle, je n'avais pas l'intention... Nous le nommerons comme tu le voudras, ce n'est pas...

Jaime lui plaqua la main sur la bouche, étouffant la fin de sa phrase.

- Tais-toi un peu, d'accord ?

Le ton n'était pas particulièrement froid, mais il n'était pas non plus chaleureux. Et les yeux verts ne semblaient même plus la voir. Pendant quelques instants, il lui sembla que Jaime se trouvait à des lieux d'elle. Elle pinça le col de sa tunique entre ses doigts, sans tirer dessus pour ne pas lui donner l'illusion de l'étrangler, mais dans une tentative de l'amarrer au présent. Il avait tant pris d'habitudes décontractées et joueuses ces derniers mois qu'un instant durant, elle avait minimisé les profonds stigmates qu'il avait encore.

Enfin, il écarta la main avec laquelle il la bâillonnait et referma sa prise sur sa nuque, en y imprimant assez de force pour forcer la chevaleresse à apposer son front contre le sien.

Brienne déglutit.

- Je suis désolée, je ne voulais p...

- J'aime Mylla, la coupa-t-il. Et Torryn.

- Tu n'es pas obligé...

- Qui est Adrella ?

- C'était ma mère, dit Brienne. Mais je ne veux pas que tu te forces à aimer ces noms parce que je te les ai proposés. Si tu n'en veux pas, nous trouverons autre chose.

- Nous en trouverons d'autres s'il en faut d'autres un jour, trancha Jaime. Maintenant, cesse de me regarder de la sorte. Je vais bien, Brienne.

Son ton s'était adouci, et il l'embrassa avant qu'elle n'insiste davantage. Et ce n'était pas un baiser rapide, ou doux parce que les chevaliers ne se refusaient plus aucun geste d'affection dans l'intimité. C'était un baiser possessif, vorace. Un de ceux qu'elle avait appris à aimer autant qu'à redouter, peut-être pour la force de l'émotion qu'ils véhiculaient.

Quand Brienne parvint à le repousser, les yeux verts brillaient d'une lueur étrange.

- Qu'y a-t-il ?

Elle cherchait son souffle, mais Jaime paraissait n'en avoir cure. Si elle ne l'avait repoussé aussi fermement, une main sur l'épaule et l'autre rivée à son visage dont elle écartait les mèches sillonnées de gris pour voir ses yeux correctement, il aurait probablement repris son baiser, et plus encore.

- Jaime, qu'y a-t-il ?

Car il y avait quelque chose. Le regard vert s'adoucit, sans se départir de cette lueur étrange, et les doigts du chevalier s'égarèrent, dessinant le fil d'une pommette, de l'arête du nez, la courbe d'une arcade sourcilière.

- Merci, murmura-t-il, et sa voix était comme nouée.

Brienne n'insista pas. Elle-même sentait sa gorge se serrer. Cette fois-ci, ce fut elle qui le força à approcher pour l'embrasser. Elle essaya d'apporter un peu de douceur à la violence qui habitait le chevalier, mais renonça en le sentant prendre les rênes.

Un fracas plus impressionnant que les autres ébranla soudain le navire et les deux chevaliers en tombèrent brutalement du lit. Leurs armures rangées dans le coffre émirent un fracas infernal et l'unique chaise de la cabine se renversa sur la jambe de Jaime. Brienne se redressa et braqua immédiatement son regard sur la fenêtre. La tempête continuait de hurler au-dehors comme une possédée. Il lui semblait même entendre des cris. Des ordres effrayés.

Elle bondit sur ses pieds et écarta Jaime d'un geste brusque, car il avait déjà tendu une main vers elle.

- Où vas-tu ?

- Faire ma part ! cria-t-elle sans se retourner.

- N'y compte même pas !

Elle avait déjà claqué la porte derrière elle – elle l'entendit se rouvrir d'un coup brutal et n'eut pas besoin de se retourner pour savoir que Jaime lui avait emboîté le pas. Si elle avait eu le temps, elle lui aurait hurlé de retourner à l'intérieur. Mais quelque chose n'allait pas, et elle n'avait pas le temps de se battre avec lui ni de lui rappeler qu'un infirme n'avait pas assez de sa main unique pour se rendre utile par un temps pareil.

Quand elle émergea sur le premier pont, ce fut dans un torrent dévastateur et un chaos des enfers. Elle tituba en arrière, se cogna contre Jaime et leva les yeux juste à temps pour reculer en repoussant le chevalier. Un guildien chuta à travers la trappe et s'écrasa devant eux dans un fracas terrible. Brienne se précipita sur lui, le retourna. Sa corde de vie n'avait pas été assez courte pour retenir sa chute. Son visage était fendu d'une large plaie et son nez s'était cassé. Ses cheveux, trop longs, ne permettaient pas de voir s'il avait été blessé en un autre endroit au niveau du crâne.

- Aide-moi !

Jaime empoigna le guildien et, à eux deux, ils le traînèrent hors du chemin. Brienne plaqua sa main tout contre sa bouche. Un souffle faible s'y répercuta. Elle lui secoua l'épaule, vérifia la clarté de son regard en soulevant une paupière, l'appela, mais sans succès.

- Il a besoin de voir Ahnne, dit Jaime.

- Il ne le pourra pas. Elle est certainement dans les gréements.

- Pas avec ce vent !

Brienne aurait été moins catégorique. La jeune fille était l'un des meilleurs acrobates de l'équipage et il y avait fort à parier que la tempête ne la convainque pas de regagner le sol.

La chevaleresse cala tant bien que mal le guildien pour qu'il ne glisse ni ne reçoive quoi que ce soit sur lui, puis elle gravit les marches vers le premier pont, Jaime à sa suite. Ils émergèrent en plein chaos. Le vent avait encore forci, et la houle déchaînait la puissance des Sept Enfers. Au sommet des gréements, ballotés comme des branches dans un ouragan, Ahnne et Fitz se cramponnaient de toutes leurs forces.

Jaime lui saisit le bras et la tira en arrière.

- Retourne à l'intérieur !

- Toi, retourne-s-y ! hurla-t-elle. Tu n'as qu'une main !

Elle se dégagea et courut jusqu'au mât principal pour arracher l'une des cordes de vie inutilisées. Elle la noua rapidement, non autour de sa taille, mais autour de son bras gauche. Tout autour d'elle, les guildiens courraient et hurlaient des ordres. Leung passa près d'elle. Brienne dut crier pour couvrir le bruit de la tempête.

- En quoi puis-je aider ?

- Prends l'une des cordes et aide-nous à diriger les voiles !

La chevaleresse rejoignit en courant Nyri et Mandor, une Dothrakie et Andal, qui luttaient pour maintenir l'une des voiles comme le souhaitait Leth, qui s'époumonait à la barre. Le vent déchaînait sa force dans les voiles en manipulant le navire en tous sens. Une partie des voiles avaient été ramenées, mais il en demeurait quelques-unes qui permettaient encore de diriger le Brise-Tempête.

Brienne saisit la corde au-dessus de Nyri, qu'elle dépassait de la tête et des épaules, et se pencha en arrière pour imprimer à la voile l'inclinaison voulue. Le vent frappait le navire si fort que la chevaleresse se sentait presque tanguer. Un instant, elle leva chercha la silhouette d'Ahnne dans les gréements, et la peur lui mordit le ventre. La jeune fille était fluette. Malgré toute son adresse et sa corde de vie, la tempête pouvait l'emporter d'un instant à l'autre.

.

Leth

En plus de trente ans de navigation, dont dix passés aux commandes de son propre vaisseau, Leth Aranoth avait vu sa part de tempêtes. Mais il lui semblait n'en avoir jamais affronté une si redoutable. Était-ce la violence avec laquelle elle frappait depuis plus de dix jours ? Les relents du premier véritable Hiver de sa connaissance ? Ou bien la fatigue qui lui raidissait les membres ? Il n'avait que très peu dormi depuis le début des intempéries. Il ne pouvait se le permettre, cramponné qu'il était à la barre, à beugler des ordres.

Mais pourquoi, par tous les dieux, ce foutu déferlement ne se calmait-il pas ? Il aurait dû. Il y avait quelque chose de surnaturel et de mauvais dans le déchaînement de puissance et de violence de cette tempête. Comme si quelqu'un animait sciemment les vagues et jetait des pleines poignées d'eau contre les navires pour en affaiblir la résistance sans le détruire. Pour arracher ses hommes un à un, sans lui crever les voiles et la coque trop rapidement.

Un chat jouant avec sa nourriture, songea Leth. Et cette fois, nous sommes les souris.

- LEUNG ! Viens prendre ma place !

La Yi Tienne traversa le pont en courant pour remplacer Leth à la barre, et celui-ci tituba de côté pour tenter de se faire une vue d'ensemble. Le Brise-Tempête tenait péniblement le coup, mais les assauts des vagues, de la pluie et du vent le malmenaient dans tous les sens. L'homme vit-il le danger survenir ? Sûrement. Il n'eut cependant pas le temps de l'éviter. Une bourrasque plus violente que les autres jeta le navire contre une vague qui s'abattit si violement sur le pont qu'Ahnne, perchée près du nid de pie où elle tentait de contrôler l'une des voiles défaites, fut éjectée du mât. Leth la vit, horrifié, se précipiter vers le sol. A moins d'un mètre du pont, sa corde de vie, attachée au nid de pie, stoppa sa course dans un claquement sonore et arracha à la jeune guildienne un cri de douleur. Plusieurs autres, hommes et femmes, titubèrent sur le pont, sonnés.

Et ils en lâchèrent les cordages.

Les voiles les plus courtes, qu'ils contrôlaient tant bien que mal, se gonflèrent soudain dans la mauvaise direction, et le Brise-Tempête s'affaissa de côté. Leth n'eut pas le temps de se cramponner. Le navire se coucha à demi dans les vagues dans une série de hurlements, et lui-même fut projeté contre le bastingage. Sa corde de vie, trop longue, ne lui épargna pas de s'écraser contre le bois massif. Il sentit son bras se tordre et poussa un cri.

- LEUNG !

- JE TIENS BON ! hurla la jeune femme.

Mais aurait-elle eu la force d'un géant, cela n'aurait rien changé. Le vent avait plus de force que n'en aurait jamais quiconque. Leth se redressa. L'eau déchaînée ne se trouvait plus qu'à un ou deux mètres de lui. Les amarrages du pont avaient partiellement rompus – comment, il ne l'avait pas vu. Un éclair illumina le ciel juste à temps. Leth vit arriver sur lui un pan d'une voile qui trempait dans les vagues et se déchirait. Il leva les bras juste à temps. La toile lui fouetta les bras dans une douleur cuisante mais il n'offrait aucune prise, et son dos était appuyé contre l'escalier. Il sentit qu'il s'y incrustait, et la douleur lui coupa le souffle, mais ça ne dura qu'un instant. Emportée par le vent, la toile poursuivit son chemin. Hagard, crachant l'eau qui continuait de frapper le pont et le submergeait presque entièrement, Leth escalada les marches.

Le perroquet. Il fallait affaler le perroquet, sans quoi, jamais ils ne redresseraient.

- GUILDIENS ! rugit-il. AFFALEZ LE PERROQUET !

.

Jaime

Le chevalier surgit sur le pont, sa main de bois accrochée à la va-vite, au moment même où la lame submergea le navire en l'affalant de côté. Fauché en pleine course, Jaime ne vit rien, ne comprit rien, et se sentit emporté. Il n'avait pas noué de corde de vie autour de sa taille. Il glissa sur le pont incliné et percuta quelque chose. Un cri résonna à ses oreilles.

Il sentit qu'on l'empoignait par les épaules pour le redresser, que Leth hurlait des ordres. Mais il n'y comprenait rien. Il voyait simplement Brienne, accroupie près de lui, qui le tenait. Emportée par la vague, elle avait lâché les cordages.

- AFFALEZ LE PERROQUET ! hurlait Leth.

Jaime se redressa, de l'eau plein la bouche. Brienne le tenait à l'en faire mal, coincée contre une caisse dont l'amarrage avait tenu.

- De quoi parle-t-il ? cria Jaime.

- Des voiles les plus hautes !

Elle essaya de se relever mais une nouvelle vague les frappa de plein fouet et les cloua au pont. Brienne parvient péniblement à se redresser. Que vit-elle, en se dévissant le cou ? Jaime n'en sut rien. Il l'entendit simplement hurler :

- GYDEON ! AFFALE LE PERROQUET !

Ahnne pendait toujours au bas de sa corde de vie, ballottée par la houle. Mais en se tordant pour mieux voir les toiles déchaînées, il aperçut Gydeon. Le garçon était toujours accroché aux gréements, à des mètres du sol – bien que le sol ne le fut plus. Emmêlé dans les cordages, il évoluait lentement dans la voilure. Un nouvel éclair illumina le ciel, et Jaime crut voir quelque chose briller à la main du garçon.

Il ne peut pas ramener les voiles tout seul, réalisa-t-il. Il va les couper.

Une autre vague les submergea, et Jaime perdit le guildien de vue. Il chercha quelque chose à quoi se rattraper, mais il n'y avait rien, sinon la femme à côté de lui qui le tenait de toutes ses forces – mais ils ne pesaient rien face aux vagues.

Soudain, la pression s'inversa. Jaime sentit le Brise-Tempête se redresser violement, sous une impulsion qui le jeta en avant contre le pont. L'eau lui arrivait aux coudes. Sa main de bois glissa et il se cogna. A côté de lui, Brienne haletait comme un animal blessé.

- Tu vas bien ? cria-t-il.

Elle hocha la tête. Leva les yeux. Loin au-dessus d'eux, Gydeon se cramponnait au mât, un long couteau en main. De multiples voiles hautes pendaient, partiellement détachées des gréements. Jaime reporta son attention sur Brienne.

- Retourne à l'intérieur !

- Je ne vois pas ce que ça changerait ! répliqua-t-elle.

Elle se releva en titubant et regarda autour d'eux. Etait-ce une illusion, ou bien la tempête se calmait-elle ? Le vent semblait moins fort, comme si sa voix s'était fatiguée des hurlements. Les vagues elles-mêmes n'étaient plus si terrifiantes, maintenant que le navire s'était redressé.

- Guildiens ! hurla Brienne. Comptez-vous ! Leth ! Leung !

- Présent ! cria le capitaine en remontant lamentablement l'escalier qui menait à la barre. Ser Davos ! Venez prendre la barre ! Leung, monte dans les haubans !

La suite des ordres se perdit. Jaime n'y comprenait plus grand-chose. Tout ce dont il était certain, c'était que le vent diminuait. Les vagues continuaient de frapper le navire, mais elles n'avaient plus la même force – ou alors, il n'avait vraiment pas les idées claires.

- Il te faut une corde de vie, dit Brienne en l'entraînant vers les nœuds épais pour nouer une corde autour de la taille du chevalier. J'imagine que tu ne vas pas retourner à l'intérieur.

- Tant que tu resteras dehors, n'y pense même pas.

Elle secoua la tête comme s'il venait de dire une ineptie plus grosse que lui, mais n'insista pas. Jaime songea distraitement qu'elle ne lui rabattait pas les oreilles avec sa main de bois et que c'était heureux – il aurait certainement crié. Sa place à elle était à l'intérieur, dans l'abri relatif du ventre du navire, certainement pas sur le pont où tout pouvait arriver, et surtout le pire.

Le chevalier prit une grande inspiration, chargée de pluie. Il était peut-être encore sous le choc et avait toujours des cheveux pleins la figure, mais il lui semblait que la tempête se calmait belle et bien. Les dieux soient loués.

On lui donna une corde, on lui ordonna de tirer dessus – un gréement, probablement. Il ne comprit pas. Il nota à peine que Brienne lui avait noué une corde de vie autour de la taille. Il se sentait sonné, et son instinct de survie si développé sur terre paraissait avoir été entraîné par une vague. Tant que la chevaleresse demeurait debout et indemne à côté de lui, la tempête ne lui importait plus.

L'accalmie tout relative creva soudain d'un hurlement qui traversa le Brise-Tempête.

- Liúmáng bō ! VAGUE SCELERATE !

C'était la voix de Leth. Jaime chercha le guildien des yeux, sans le trouver. Il avait crié en yi tien, mais le chevalier n'avait jamais entendu ce mot avant aujourd'hui. Avant qu'il ait pu demander une explication, Brienne l'avait percuté de plein fouet et poussé contre le mât.

- Cramponne-toi ! cria-t-elle. Et surtout, ne lâche pas !

- Que se passe-t-il ?

Elle ne répondit pas tout de suite. Elle était en train de tester la solidité des nœuds des cordes de vie. Jaime se tassa contre le mât, tout en se dévissant le cou. Tous les guildiens s'étaient précipités sur les mâts, et ceux qui étaient dans les gréements étaient en train de s'emmêler avec les cordages comme s'ils craignaient d'être catapultés hors du navire. Mais pourquoi ? Les vagues avaient enfin diminué en intensité, le vent lui-même connaissait une forme d'accalmie que l'équipage n'avait pas vue depuis des jours !

Jaime fronça les sourcils à travers la pluie. Le ciel était sombre, mais il s'était habitué à la faible luminosité. Et il était certain de voir une forme immense approcher, de l'autre côté du navire royal. Navire où les hommes semblaient eux aussi en proie à la panique.

- Qu'est-ce que c'est ? s'écria Jaime.

La masse sombre était plus proche du navire royal. Celui-ci semblait en pleine manœuvre. Le chevalier se tourna vers la barre, et vit Leth Aranoth qui la faisait tournoyer, tandis que loin au-dessus d'eux, Fitz, Ahnne et Nyri dépliaient deux voiles stratégiques pour donner au Brise-Tempête l'élan suffisant pour changer d'alignement.

- Brienne !

- C'est une vague scélérate ! hurla-t-elle pour couvrir le vacarme.

La chevaleresse leva les yeux, et n'eut que le temps de croiser le regard de Jaime avant qu'il ne l'attire violement contre lui, de sorte à la coincer entre le mât et lui. Pour la première fois, le chevalier la maudit pour être sa grande taille. Si elle avait été plus petite, il aurait pu la cacher et la protéger plus efficacement. Là, il parvenait à peine à passer un bras autour d'elle et à se saisir des attaches auxquelles étaient nouées les cordes de vie.

Jaime jeta un dernier regard par-dessus son épaule et il le vit, soudain : un mur d'eau qui faisait bien le double de la taille des vagues, et qui avançait vers eux comme l'aurait fait une falaise sur laquelle aurait foncé le navire. Horrifié, le chevalier se rabattit sur Brienne, le nez enfoui dans ses cheveux, et il ferma les yeux.

Pendant quelques horribles secondes, il ne se passa rien. A peine Jaime sentit-il le vent qui ne soufflait plus dans la même direction – mais peut-être était-ce simplement la manœuvre de Leth qui aboutissait. Puis un bruit immense, comme un grondement sous-marin, retentit sous ses pieds, et il sentit le Brise-Tempête s'élever pratiquement à la verticale. La proue pointait vers le bas tandis que la poupe grimpait vers la cime de la vague, comme si elle avait voulu basculer cul par-dessus tête. Le vent hurla à ses oreilles, et il y eut d'autres voix, celles des guildiens qui hurlaient comme jamais il ne les avait entendus. Le cœur au bord des lèvres, Jaime serra plus fort sa pauvre prise. Il se sentait glisser. Pour le moment, Brienne et lui étaient calés contre le mât, mais pas tout à fait dans l'alignement du navire.

Soudain, un bruit de flèche fendit l'air juste au-dessus d'eux, suivi d'un cri. Puis il y eut un claquement sec. Jaime ne leva pas les yeux. Il glissait, et il sentait Brienne arquée contre lui qui tentait de ses deux mains de se retenir et de le retenir lui aussi. Il ne voulait pas voir qui, des guildiens, venait de lâcher prise et de travers le pont de la poupe à la proue sans toucher le sol. Il voulait croire que le claquement était celui de la corde de vie qui avait mis fin à sa course folle avant qu'il ne soit trop tard.

Le mur d'eau les frappa à ce moment-là. Il faucha tout sur son passage, malgré que le bateau eût déjà atteint pratiquement le sommet de la crête, et Jaime se retrouva simultanément noyé d'écume et projeté loin du mât. Il hurla mais l'eau lui envahit immédiatement la gorge et les poumons. Un instant plus tard, sa chute se stoppa nette et une douleur cuisante lui traversa le ventre quand la corde s'enfonça dans sa chair. Pendant une seconde, il flotta au-dessus du pont. Puis, comme le Brise-Tempête qui dévalait le versant de la vague, il retomba lourdement. Le fracas fut énorme. Le navire donna l'impression de chanceler et le mât secondaire émit un craquement inquiétant.

Hagard, les poumons en feu, Jaime cracha lamentablement l'eau qui lui obstruait la gorge. Il ne voyait plus rien et ne sentait plus rien, hormis la douleur. Le monde n'avait plus aucun sens. Des cris s'élevaient autour de lui, sans qu'il en comprenne le sens. Il chercha à se mettre à quatre pattes, mais sa main de bois glissa sur le sol détrempé et il retomba front en avant. Un éclair de douleur lui transperça le crâne, mais il essaya à nouveau.

Brienne. Il avait lâché Brienne.

La vision de leur chute des remparts de Port-Réal s'imposa à lui et il cracha une dernière gorgée d'eau qui le brûlait de l'intérieur, soudain terrifié. Il avait lâché Brienne, une fois encore.

Il se hissa à quatre pattes. Autour de lui, il y avait des corps essoufflés, rejetés par la vague, crachant leurs poumons. Des tonneaux qui avaient roulé, des caisses qui s'étaient échouées un peu partout. Certaines s'étaient brisées sur des visage. Les vents hurlaient, en projetant toujours plus de pluie sur le pont, et Jaime n'y voyait pratiquement rien. Le sel lui brûlait les yeux. Lorsqu'il hurla, il entendit à peine le son de sa propre voix.

Il ne voyait Brienne nulle part.

..

.

Voilà pour cette fois.

J'ai hésité sur cette fin un peu putassière en cliffanger, mais je ne voyais pas où couper de manière plus satisfaisante, donc... désolé. Ou pas. Tout dépendra de vous. Ne criez pas trop fort si ça ne vous convient pas, j'ai besoin de mes yeux et de mes oreilles.

Je tiens à préciser que si je me suis renseigné sur les vagues scélérates, je n'en ai jamais vécue et je n'ai pas pris en compte la durée de vie très courte qu'elles semblent avoir. En revanche, concernant leur taille, deux fois plus grande que les vagues qui les entourent, je m'y suis conformé. Mais il est peu probable qu'un navire moyenâgeux puisse survivre à une telle chose. Après, on est dans GOT, on part du principe qu'il y a des dragons et des Marcheurs Blancs. Je pars donc aussi du principe que les vagues scélérates de Westeros ne sont pas les mêmes que les nôtres.

Concernant le perroquet, les haubans, tout ça... j'ai fait quelques recherches sur les éléments d'un voilier à un ou deux mâts, mais je ne suis pas dans la marine, donc il se peut qu'il y ait des erreurs.

Le chapitre suivant est déjà en bonne partie réécrit (et à l'heure où je poste ce chapitre, il doit y avoir au moins une copie de sauvegarde sur ffnet au cas où ma poisse informatique aurait l'idée de se manifester à nouveau). Mais, comme je vous l'ai dit, j'essaie de me reconstituer une avance d'une part, et je suis en plein rush pour ma soutenance de fin d'année d'autre part. Donc, pour le moment, je pose une date de publication à titre purement indicatif. Le 1er Juillet, si tout se passe bien, vous aurez le chapitre suivant. Et en fonction de l'avancée des choses (de la reprise du travail, tout ça), je vous dirai à ce moment-là ce qu'il en est de la suite. Dans l'idéal j'aimerais vous proposer un chapitre tous les 15 jours comme l'année dernière, mais je ne peux pas vous le promettre. De même que la mise à jour des anciens chapitres, que je suis en train de re-réécrire (puisque dossiers perdus, tout ça tout ça).

BREF.

Merci beaucoup si vous continuez à lire, et merci encore plus si vous prenez le temps de me laisser votre avis. A bientôt j'espère.

Kael Kaerlan