GOLDORAK : LA GUERRE D'EUPHOR
LA GUERRE D'EUPHOR Episode 26
Le soleil pointe au-dessus des montagnes qui surplombent le centre de recherche spatial. Le professeur Alcor est assis dans le fauteuil central dans la salle d'observation déserte. Il suit la trajectoire de la sonde sur l'écran géant du Cosmodrive.
- Je me doutais que je trouverais là, lance une voix.
Alcor pivote le siège. Il découvre sa compagne sur le pas de la porte. Celle-ci est déjà coiffée et habillée
- Quand je me suis réveillée et que tu n'étais plus dans le lit. Je me suis dit que tu devais être là, ajoute Sayaka. Je suis venue vérifier avant de partir pour mon centre.
- Je n'arrivais plus à dormir, répond simplement le professeur.
- Tu es conscient que la sonde n'arrivera à destination que dans plusieurs semaines ?
- Je le sais parfaitement, soupire Alcor. Je sais aussi que je ne pourrais plus la suivre quand elle quittera notre système solaire. Mais, je suis inquiet. Que se passe-t-il sur Euphor ?
Sayaka s'approche du siège pour saisir les mains de son compagnon.
- Nous le découvrirons bientôt. Mais garde à l'esprit que si Euphor a des problèmes, nous ne pourrons rien y faire. Nous ne possédons pas encore la technologie pour nous y rendre.
- Je le sais, grimace Alcor.
À quelques kilomètres de là, dans le ranch du bouleau blanc, les animaux sont réveillés et le travail a déjà débuté. Le jeune Yoshi travaille d'arrache-pied. Il a déjà effectué la traite et il change la paille de l'étable. Mizar entre dans l'étable.
- Tu es bien matinale encore ce matin, constate le propriétaire du ranch. Tu as encore un examen ce matin ?
- Non m'sieur. C'juste qu'j'tais prêt.
- Dans ce cas, fait Mizar. Et cet examen, tu as les résultats ? Tout s'est bien passé ?
- Oui, j'crois. J'aurais les résultats la s'maine prochaine.
- N'oublie pas de nous le dire.
- Bien m'sieur.
Au même instant, Banta traverse la cour pour rejoindre l'écurie.
- Allez, continue comme ça, fait Mizar avant de se retourner vers la cour. Attends-moi ! J'arrive, lance-t-il au vieux garçon de ferme.
Le capitaine Yamato est debout sur la passerelle du bombardier Xanta. Il passe une main sur le dossier de son siège. Le poste de pilotage est pratiquement refait, quelques câbles pendent de-ci de-là. Le borgne en fait le tour.
- Il y a peu encore, je n'aurais jamais pensé pouvoir en reprendre le commandement.
Des bruits de pas surgissent, la capitaine se retourne, il découvre le lieutenant Sito qui pénètre sur la passerelle en transportant un rouleau de câble.
- Capitaine, salue le lieutenant.
Le borgne répond d'un mouvement de tête.
- Bientôt, nous pourrons reprendre le combat, fait Sito.
- J'en ai bien l'impression, confirme Yamato. Les rapports sur l'avancé de la remise en état sont très encouragent.
- Oui, confirme Sito. Il ne reste plus qu'à reconnecter l'armement et les moteurs. Une fois fait, il ne restera plus qu'à refermer la coque et vérifier son intégrité.
- Toute l'équipe a accompli un travail de titan.
- Nous tenons à prendre notre revanche et libérer Euphor de l'envahisseur.
Chronaris est dans ses quartiers, il est assis sur le bord de son lit. D'une main distraite, il caresse la tête de sa panthère mécanique.
- Qui pouvait bien être cet homme ? Qui dans mon entourage oserait porter la même tenue que moi ?
Cette question taraude l'homme au masque depuis le bal.
- Ce n'est pas lui qui s'est introduit dans mon bureau. Il était présent quand l'alarme a résonné. Des rapports parlent d'un invité portant une combinaison rouge et noir. La même tenue que le pilote de Goldorak. Le pilote aurait-il eu l'audace de venir au palais durant le bal ? Comment aurait-il appris que je donnais une réception ?
Le tyran ouvre grand les yeux.
- J'oubliais que le signal-espion a été capté quelques jours avant. Qui peut bien être cet espion ? Qui était l'homme déguisé en moi ? Se pourrait-il Actarus soit venu au bal ? Mais comment serait-il entré ?
L'homme au masque entend la porte de ses quartiers s'ouvrir, puis le bruit du chariot du petit déjeuner. Il se lève du lit pour rejoindre la pièce principale. Quand il y entre, Aliéna est en train de disposer le repas sur la table. L'homme au masque fait un pas vers la table quand quelqu'un s'adresse à lui.
- Le moment approche, tiens-toi prêt !
- Qu'avez-vous dit ?
Aliéna se retourne avec surprise.
- Vous vous adressez à moi ?
- C'est vous qui m'avez parlé ?
La femme le regarde avec étonnement.
- Je n'ai rien dit, affirme-t-elle.
- J'ai du rêvé, fait Chronaris.
La servante reprend la disposition des plats.
- Bientôt, tu devras partir, reprend la voix.
Le tyran réalise que c'est sa propre voix qu'il entend, devant ses yeux un tourbillon sombre se forme, mais il est minuscule, pas plus gros qu'une balle de tennis. Au centre du trou, il arrive à distinguer un morceau de masque.
- D'ici peu, tu devras voyager, lui annonce son doppelganger juste avant que la faille disparaisse.
Chronaris regarde autour de lui pour voir s'il est le seul à avoir vu le tourbillon. Il constate que sa servante continue à servir le petit déjeuner.
Le prince Procius arrive dans la salle de commandement de la base lunaire. Il jette un rapide coup d'œil dans la pièce, il remarque sur un écran que le vaisseau Kirigan est de retour et qu'il s'apprête à entrer dans le tunnel conduisant aux hangars. Procius quitte la pièce pour rejoindre son bureau, en chemin il croise le capitaine Yamato.
- Comment avancent les réparations du Xanta, demande le prince.
- Il sera prêt à reprendre son envol incessamment.
- Vous m'en voyez ravi.
Les deux hommes sont sur le point de se séparer quand Procius fait une remarque.
- J'ignorais que le vaisseau Kirigan devait rentrer aujourd'hui.
- Il est en avance alors, il ne devait arriver que demain. Cela pose un problème ? Vous vouliez lui assigner une mission peut-être ? Rapporter une marchandise précise ?
- Non, rien de spécial. C'est juste que je suis surpris de son retour si rapidement.
- C'était prévu. Il va rester un moment en cale sèche, donc si vous avez besoin de quelque chose rapidement, il faut le dire avant qu'il y soit.
- Il doit subir des réparations, s'inquiète le prince.
- Non, mais l'équipage a demandé à ce que le bâtiment soit dorénavant armé. J'ai accédé à leur demande.
- Suite à l'acte de piraterie ?
- Il y a de cela, mais l'équipage a émis le vœu de se joindre aux combats en compagnie du bombardier.
- Je vois, fait Procius en plissant le front. Une grande partie de l'équipage vient de mon vaisseau royal. Ce dernier ne pouvant combattre, ils veulent donc utiliser ce vaisseau.
- C'est tout à fait cela.
- Qu'a dit le capitaine Knoch ?
Le capitaine borgne hésite à répondre, Procius le remarque.
- Je sais qu'une partie de mon équipage est composé de militaires et l'autre de civil venant de la marchande, dont Knoch, fait le prince.
- Je dois dire qu'une partie de l'équipage venant de la marchande a exprimé le choix de combattre sur le Kirigan.
- Knoch a-t-il donné son accord ?
- Il l'a donné.
- Bien, sourit le prince. Vous savez, Knoch n'a aucune formation militaire, mais c'était le meilleur des capitaines interstellaires de la marchande, il connaît toutes les voies commerciales et leurs pièges. C'est pour cela qu'il était le commandant de mon vaisseau.
- J'ai parcouru son dossier. Je sais qu'il a sauvé un vaisseau Magélien d'un trou de ver. Je n'ai jamais mis en doute ses capacités de capitaine civil, précise le borgne.
- J'en suis certain.
Le colonel Niiva arrive à son bureau dans le hangar secret. Il traverse celui-ci d'un pas tranquille, il sifflote même en franchissant la distance. Quand il arrive dans la pièce, il va directement s'installer dans le fauteuil derrière son bureau. Il actionne la console pour lire les derniers rapports tout en jouant avec sa badine. Soudain, des coups sont donnés à sa porte, il lève la tête pour découvrir l'ingénieur albinos. Le colonel pose sa badine avant de lui faire signe d'entrer.
- En quoi puis-je vous être utile, demande Niiva jovialement.
L'ingénieur referme la porte avant de s'approcher du bureau.
- C'est au sujet de votre projet.
- Il y a un problème, demande avec précipitation le colonel.
- Aucun. Nous l'avons achevé cette nuit.
Le visage du colonel s'illumine encore plus.
- Parfait ! Parfait ! Lequel est-ce ?
L'ingénieur lui désigne du doigt l'un des œufs sombres se trouvant sur la ligne d'assemblage.
- Mettez-le sur le côté, ordonne Niiva. Je le lancerais au moment que j'aurais choisi.
L'albinos acquiesce d'un hochement de tête. Le colonel saisit sa badine avant de jongler avec.
Actarus se trouve dans la cavité qu'il occupe avec ses proches. Il tourne et retourne le communicateur dans ses mains, il l'examine sous toutes les coutures.
- Qu'est-ce que tu examines de la sorte, lance Phénicia en entrant dans la pièce.
- Un appareil de communication.
- Et où te l'es-tu procuré ?
- C'est Alièna qui me l'a remis.
- La fille du Chambellan, s'étonne la femme. C'est pour espionner les communications de Chronaris ?
- Non.
- Alors pour quelle raison ?
- Pour pouvoir communiquer avec Pro… le pilote de Goldorak.
- Avec …
Aucun des deux n'ose prononcer le nom du prince au cas où il y aurait des oreilles indiscrètes.
- Mais comment est-ce possible, reprend Phénicia.
- Je n'ai pas tout saisi. Mais apparemment, c'est Alièna qui l'a fabriqué, elle ignore comment elle a fait. Mais cela fonctionne, elle a réussi à transmettre des informations au pilote.
- Mais c'est fantastique !
- En effet, nous allons pouvoir coordonner nos efforts.
- Qu'est-ce que tu attends pour prendre contact !?
- J'ai déjà fait un essai. Cela fonctionne parfaitement.
- Et alors ?
- Je le rappellerais quand j'aurais quelque chose de concret à lui soumettre.
- Bien, s'énerve sa sœur. Mais comment va-t-il ?
- Je crois qu'il va bien.
- Tu crois qu'il va bien !
- Nous avons juste échangé quelques mots. Je n'ai pas pris de ses nouvelles, s'excuse le roi.
- Et bien la prochaine fois, fait Phénicia en plongeant son regard dans celui de son frère. Tu n'oublieras pas de lui poser la question !
- J'y penserais. Je sais ce que j'aurais à supporter si j'oublie, ironise Actarus.
Le général Zota entre dans la salle de commandement du palais, il se dirige immédiatement vers la console affectée à la localisation du signal-espion.
- Alors, demande-t-il simplement.
- Aucune émission, annonce le préposé.
- Continuez, ordonne le général en s'éloignant.
Le général se met à réfléchir.
- « Que signifie tout cela ? L'espion est-il encore dans le palais ? La dernière transmission détectée provenait d'un tout autre lieu. Dans ce cas, qui était l'espion ? Il ne manque personne dans le palais ! Il est impossible que cet espion ait réussi à se cacher durant des mois dans ces murs sans que personne ne le voie ! C'est à devenir fou ! Quel est ce mystère ? »
Zota s'installe dans le fauteuil central de la salle, un aide de camp vient lui apporter les derniers rapports.
Chronaris a fini de prendre son petit déjeuner. Il se rend dans le bureau de ses quartiers pendant que sa servante débarrasse la table. L'homme au masque actionne sa console informatique pour entrer en conversation vidéo, il patiente en tapotant du bout des doigts sur le meuble, le temps passe, mais son interlocuteur ne prend pas la conversation. Au bout d'un moment, le tyran ferme l'appel vidéo.
- Qu'est-ce que cela signifie ! Aucun moyen d'entrer en contact depuis plusieurs jours.
Yoshi a fini son travail du matin, il enfourche son vélo pour rejoindre le village avant de se rendre en cours, sur le chemin il croise un véhicule du centre qui monte vers le ranch. Dans la voiture se trouve Daisuké ainsi que Kohumé et leur enfant. Le jeune homme va les déposer au ranch avant de se rendre au centre de recherche spatial. En entrant dans la cour, il aperçoit Bélier qui se dirige vers la grange. Le véhicule s'immobilise devant l'habitation, Dai suit Bélier du regard pendant que Kohumé et le bébé descendent. Mizar s'approche d'eux pour prendre son petit-fils dans ses bras.
- Il fait quoi Bélier dans la grange ? Ne me dis pas qu'il travaille dans la ferme, demande Dai.
- Il ne doit pas aller dans la grange, mais sûrement derrière, répond Mizar en jouant avec le bambin.
- Mais pourquoi irait-il derrière ?
- C'est là que se trouve Boss robot, répond le propriétaire du ranch en faisant des grimaces pour amuser le bébé.
Daisuké détache sa ceinture de sécurité pour quitter le véhicule, il se dirige alors vers l'arrière de la grange. Quand il y arrive, il découvre Bélier faisant le tour du robot en portant une caisse à outils.
- Un problème, demande Dai.
- Bof ! Non. Je fais juste une petite vérification, répond le vieil homme. Mon robot est comme moi, il n'est plus tout jeune. Faut que je resserre un boulon par-ci par-là, que je le graisse. Mais il est toujours prêt pour le combat.
Bélier se retourne en levant le pouce et en faisant un clin d'œil.
- Je n'en doute pas, répond le jeune homme.
Le colonel Niiva sifflote dans son bureau, quand il reçoit un appel sur sa console informatique. Il prend la communication et découvre Chronaris sur le moniteur.
- Maître. Que puis-je pour vous ?
- Le commandant Vesta est-il là, questionne l'homme au masque.
- Le commandant n'est pas à son bureau, déclare le colonel en réprimant un frisson.
- Dites-lui de me contacter dès que vous le verrez.
- Je l'informerais, annonce Niiva avec une goutte de sueur perlant à son front.
Le visage de Chronaris disparaît de l'écran.
- « Voilà que Chronaris est à la recherche de Vesta ! Je n'avais pas pensé à cela, mais ce n'est pas grave. Dans peu de temps, tout sera oublié. »
Chronaris est dans son bureau, il marche de long en large sous le regard de son animal artificiel.
- Où a-t-elle donc disparu ? Je ne lui ai confié aucune mission ! Alors pourquoi est-elle absente ?
Le tyran s'assoit à son bureau, il appuie sur un bouton.
- Général Zota. Venez à mon bureau sur-le-champ !
L'homme masqué quitte le siège et se remet à arpenter la pièce durant quelques minutes jusqu'à ce que le général entre dans la pièce.
- Maître. En quoi puis-je vous être utile ?
- Avez-vous vu le commandant Vesta, demande sèchement Chronaris en prenant place dans son siège de bureau.
- Je dois dire que non. Je n'ai pas vu Vesta depuis un moment.
- Elle n'était pas présente au bal alors qu'elle était conviée, fait avec contrariété le tyran. Cela n'est pas son genre de manquer une invitation. Lui avez-vous confié une mission ?
- Aucune, maître
- Dans ce cas, pourquoi a-t-elle disparu ?
- Je l'ignore.
- Faites-la rechercher ! Je veux savoir où se trouve le commandant !
- Je vais faire le nécessaire immédiatement.
Chronaris adresse un geste de la main au général lui signifiant qu'il peut quitter la pièce.
Le général Zota marche dans le couloir, il est songeur.
- « Mais où peut bien être cette maudite femme ! Quel rapport entretient-elle avec Chronaris pour qu'il soit aussi inquiet à son sujet ? Que cache tout cela ? À qui vais-je confier la recherche du commandant ! Comme si je pouvais mobiliser des soldats facilement pour la rechercher ! Nos forces et nos ressources s'épuisent ! Si cela continue ainsi, nous allons perdre ! »
Zota cesse de marcher. Une idée lui traverse l'esprit.
- « Vesta aurait-elle fui ? S'est-elle rendu compte que tout était perdu ? Si c'est le cas, ne devrais-je pas en faire autant ? Plus rien ne me retient aux côtés de Chronaris. Mon meilleur ami et mon fils sont morts. Je restais pour me venger, mais depuis j'ai découvert que l'ordre de tirer sur le vaisseau provenait d'une manipulation ourdie par Vesta ! Si je déserte, vais-je me lancer à la poursuite de cette femme pour obtenir justice ? »
Le général se remet en marche.
- « Avant de penser à tout cela, il faut déjà savoir ce qu'il est advenu du commandant. »
Une sensation étrange, indéfinissable envahit son esprit. Toujours plonger dans le noir et sans possibilité de bouger. Cette sensation que son corps est absent, aucun membre ne répond à ses sollicitations.
- « Suis-je morte ? Je ne me rappelle pas déjà avoir eu ce genre d'impression. Mais suis-je déjà décédé pour comparer ? J'ai été vaincu sur Euphor puis je me suis réveillé devant Chronaris... Ne serais-je pas dans une « expérience» du Maître ? Cela pourrait expliquer ce que je ressens, enfin tout ce que je ne sens plus ? Comment le savoir ? »
Vesta cesse ses réflexions, car elle vient de percevoir quelque chose, du moins, elle le croit. Quelque chose attire son attention. Une très faible lueur lointaine, un simple point lumineux qui apparaît et disparaît régulièrement dans la noirceur, comme un phare dans la nuit.
- « Cela indique-t-il que la fin de l'expérience ou du voyage est proche ? Ou alors, vais-je faire face à une quelconque divinité !? »
Vesta sourit mentalement.
- « Moi face à un Dieu ! Alors que je n'y crois aucunement ! Comme cela serait cocasse ! »
Soudain, une image traverse son esprit. Elle voit le visage de Niiva.
- « Pourquoi ai-je une vision de cet imbécile ? »
Daisuké arrive au centre de recherche spatial, il se rend dans la salle d'observation pour connaître la position de la sonde. Quand il entre dans la pièce, il est surpris de trouver le professeur Alcor assis dans le siège faisant face au Cosmodrive.
- Vous n'avez quand même pas passé la nuit ici, lance le jeune homme pour plaisanter.
- Une bonne partie de la nuit, répond Alcor sans détourner le regard de l'écran. Sayaka me l'a déjà fait remarqué.
Dai ne sait plus comment réagir, lui qui pensait détendre l'atmosphère vient de la rendre lourde sans le vouloir.
- Un souci avec la sonde pour que vous restiez à l'observer, finit-il par demander.
- Non. Pour l'instant, tout se déroule comme prévu.
- Alors pourquoi restez-vous là ?
- Je l'ignore. Enfin si, je sais pourquoi. J'ai une boule au ventre qui me fait rester ici.
- Vous craignez un incident avec la sonde ?
- Peut-être, soupire le professeur. Mais je crois que c'est ce que nous risquons de découvrir qui me fait le plus peur.
- Je sais que la rupture des communications avec Euphor est étrange, admet Dai. Mais nous imaginons peut-être une catastrophe alors qu'il n'en est rien.
- Dans ce cas pourquoi les communications n'ont pas été rétablies ? Cela fait des mois ! Trop de mois !
- Nous le découvrions quand la sonde arrivera à destination.
Le général Zota arrive dans son bureau situé non loin de la salle de commandement du palais. Il s'installe devant sa console, il tente d'entrer en communication avec le commandant Vesta. L'indication d'un appel en cours clignote sur son moniteur, il reste ainsi pendant presque deux minutes avant de couper la tentative de communication. Il change de fenêtre pour consulter le mouvement des navettes, après quelques instants de recherche, il découvre que la navette personnelle du commandant est bien au sol.
- Mais où se trouve donc cette femme !
Le général se repousse sur son fauteuil.
- Il va falloir que j'organise une équipe de recherche pour retrouver le commandant ! Où vais-je trouver ces hommes ?
Zota se redresse pour pianoter sur sa console.
Procius se réveille dans ses quartiers, il regarde autour de lui comme s'il ignorait où il se trouve. Le prince est assis dans son fauteuil de bureau.
- La base lunaire, murmure-t-il.
Il se lève en s'étirant. Il ressent quelques courbatures, après s'être assoupi. Il se tourne vers sa table de nuit, il voit le communicateur.
- Était-ce un rêve ou ai-je réellement parlé avec Actarus hier soir ?
Le prince s'assoit sur le bord de son lit en prenant sa tête entre ses mains.
- Pourquoi me suis-je assoupi, suis-je épuisé à ce point aujourd'hui ? Je n'ai rien fait d'exceptionnel.
Il reste là sur le lit un instant de plaquer ses mains sur ses cuisses.
- Allez ! Une petite douche me donnera un coup de fouet, décide-t-il pour se motiver.
Il se lève pour rejoindre la salle d'eau en se déshabillant rapidement. Il s'engouffre dans la douche, il pousse un soupir de bien-être en fermant les yeux quand l'eau coule sur son corps. Soudain, il sursaute dans la cabine, il ouvre les yeux, comme pris de panique, il se retourne avant d'ouvrir de grands yeux. Face à lui, se trouve le masque ruisselant de Chronaris. Instinctivement, il se recule contre la paroi de la cabine. Le tyran fait un pas dans sa direction.
- Comment avez-vous pu entrer ici, demande Procius d'une voix chevrotante.
L'homme au masque reste muet. Le regard du prince est intrigué par une chose, le masque du tyran semble se ramollir sous l'eau de la douche, il se déforme lentement.
- Que signifie tout ceci, fait Procius en tendant une main vers le masque.
Il pose un doigt prudent sur la surface du masque. L'extrémité de son doigt s'enfonce dedans. Il retire son doigt, l'emplacement reste visible à la surface du masque.
- Quelle est cette plaisanterie.
Procius lève ses mains rapidement, il saisit le bas du masque, des doigts s'enfoncent dedans, il tire dessus. Des morceaux du masque restent dans ses doigts révélant une partie du visage. Le prince jette les morceaux sur le sol de la douche. Chronaris ne bouge pas. Procius saisit de nouveau le masque pour en arracher de nouvelle partie. Après quelques secondes, il ne reste pratiquement plus rien du masque, le visage du tyran est visible. Le prince se recule horrifié, ce n'est pas le visage de Chronaris qu'il voit, mais celui d'une femme qui lui sourit, le visage d'Alièna lui fait face, elle éclate de rire puis le visage est remplacé par le sien. Procius se regarde derrière les rares morceaux du masque encore en place.
- Non ! C'est impossible.
Il remarque une chose sur son visage, ce dernier ne possède pas la légère cicatrice au niveau de la joue.
- As-tu compris, questionne son reflet.
- Que dois-je comprendre ?
- Mais c'est évident, éclate de rire son double. Tu ne vaux pas mieux que celui que tu combats !
- Non, hurle Porcius.
Son cri se répercute dans la cabine de douche. Le prince ouvre les yeux, l'eau coule sur lui. Il est au centre de la cabine.
- Un rêve, non un cauchemar éveillé, se demande-t-il à haute voix.
Le colonel Niiva marche de long en large en faisant claquer sa badine sur l'une de ses jambes.
- « Que faire, que faire, se demande le colonel. Je ne dois pas m'en faire, personne ne peut me soupçonner d'avoir fait disparaître Vesta. »
Niiva sursaute quand sa console informatique se met à sonner pour une communication entrante. Le colonel s'installe devant le moniteur puis actionne une commande, le visage du général Zota apparaît.
- Général, fait Niiva légèrement tremblotant. En quoi puis-je vous aider ?
- Avez-vous vu le commandant Vesta ?
Le colonel réprime un tremblement.
- Pas récemment comme je vous l'ai dit lors du bal. Notre maître m'a posé la même question, il y a peu, précise-t-il.
Zota grimace sur le moniteur.
- Comment se passe la construction des Gats, demande le général.
- Ma foi, c'est calme en ce moment. Nous avons plusieurs machines d'avance.
- Dans ce cas, je vais vous confier une mission.
Le colonel se mord la langue intérieurement d'avoir répondu ainsi.
- Quelle est cette mission ?
- Vous allez superviser une équipe d'homme que je vais vous fournir.
- Bien. Et dans quel but ?
- Retrouver le commandant Vesta, lâche le général.
Niiva a un mouvement de recul qui ne passe pas inaperçu à Zota.
- Un problème, demande le général.
- Non. Non, c'est juste que je ne m'attendais pas à ceci.
- Je vous envoie votre équipe dans peu de temps.
- À vos ordres.
Le visage du général disparaît du moniteur.
- Voilà que l'on me confie la tâche de retrouver Vesta ! De mieux en mieux, ajoute le colonel en éclatant de rire.
Le prince sort de la salle d'eau, il est encore perturbé par la vision qu'il a eue dans la douche.
- Quel tour me joue mon esprit ? Pourquoi me suis-je vu sous le masque de Chronaris ? Suis-je devenu une sorte de tyran dans ma façon d'agir ? Mon seul but est de libérer Euphor !
Bélier regagne l'habitation du ranch du bouleau blanc. Le vieil homme est couvert de saleté et de tache graisseuse quand il entre dans le salon.
- Bon sang ! Mais qu'est-ce que tu as bien pu faire pour être dans un état pareil, lance Hikaru.
- Bah ! J'ai fait une petite révision à Boss.
Bélier s'approche du berceau.
- Va prendre une douche et te changer, s'emporte la jeune femme. Tu vas laisser des traces partout !
- Il est hors de question que tu t'approches de mon enfant dans cet état, ajoute Kohumé.
Les épaules du vieillard s'abaissent.
- Comme vous voulez, soupire Bélier.
Il part dans le couloir en traînant les pieds, jusqu'à qu'il atteigne l'escalier qui mène à l'étage où se trouve sa chambre. Pendant ce temps, Kohumé sort Umon de son berceau, le bébé mordille l'extrémité d'un hochet.
Le capitaine Knoch se trouve dans le bureau du capitaine Yamato. Les deux hommes parcourent des rapports quand la porte s'ouvre. Ils tournent la tête et découvrent le prince qui s'avance rapidement vers eux.
- Bonjour messieurs, lance Procius.
Les deux hommes commencent à se redresser.
- Restez assis, fait le prince en les voyant.
Les capitaines posent leurs documents.
- J'aurais une question à vous poser, fait le prince.
- Nous vous écoutons, affirme le borgne.
- Suis-je un tyran, demande à brûle-pourpoint Procius.
Les deux capitaines l'observent étrangement.
- Votre silence confirmerait-il ma question ?
- Pas le moins du monde, s'empresse de faire Knoch.
- C'est que votre question nous a surpris, ajoute Yamato. Pourquoi une telle question ? Serait-ce l'impression que nous vous donnons ?
- Aurions-nous agi d'une façon qui vous laisserait à penser que…
Procius coupe d'un geste de la main la phrase du capitaine Knoch.
- Oubliez cela, fait le prince. Je pensais à Chronaris et cette idée m'a traversé l'esprit, ment-il. Alors, y a-t-il quelque chose d'intéressant dans ces rapports ? Où en est l'armement du vaisseau Kirigan ?
Bélier est sorti de la douche et il porte des vêtements propres, il descend l'escalier rapidement, car il veut passer un peu de temps avec le bébé de Dai et Kohumé. La jeune femme a fini par accepter que lui et Banta approchent du bébé depuis la dernière fois. Bélier arrive dans le salon, il le trouve vide, les deux jeunes femmes ont disparu, il avance à pas de loup vers le berceau, ce dernier est vide aussi. Le vieil homme entend la porte s'ouvrir, il se précipite dans le couloir, il découvre le vieux garçon de ferme qui vient de l'extérieur.
- Hé ! Qu'est-ce qui t'arrive, lance Banta. Tu cherches quelque chose ?
- Le bébé et les filles !
- Ils viennent de grimper dans un taxi. Ils vont se balader en ville.
- Elles m'ont bien eue !
- Mais de quoi tu parles, fait Banta en se grattant la tempe.
Alièna est dans la chambre de Chronaris, elle refait le lit. L'un de ses pieds heurte quelque chose se trouvant sous le lit. La femme finit de remettre en place le drap avant de se pencher pour fouiller sous le lit. Elle sort un coffret en bois.
- Qu'est-ce que c'est que cela ?
Elle examine l'objet, un tintement se fait entendre quand elle le bouge.
- Il y a quelque chose à l'intérieur.
Elle dépose le coffret sur le lit avant de l'ouvrir. Elle découvre l'intérieur qui contient des flacons. Un grand nombre de ces flacons sont vide, les rares, encore, remplie contiennent un liquide étrange bleuté.
- À quoi peut bien servir ce coffret ? Que peut faire Chronaris avec ces flacons ?
Subitement, Alièna referme précipitamment le coffret avant de le remettre en place, car elle a entendu la porte des quartiers s'ouvrir.
Chronaris pousse la porte de sa chambre, la panthère mécanique se précipite dans la pièce pour rejoindre le pied de lit. L'homme au masque se fige.
- Que faites-vous là, demande-t-il d'une voix puissante.
Alièna lisse le dessus-de-lit avant de se retourner apeurée.
- Je faisais votre lit, répond-elle en baissant la tête. Ai-je commis une erreur ?
Le tyran se détend.
- Pardonnez-moi, fait l'homme masqué. Je ne vous avais pas reconnu de dos. J'ai cru à un intrus.
Alièna reste la tête baissée.
- Quittez la pièce, ordonne le tyran. J'ai besoin de me reposer quelques instants.
Sa servante quitte la chambre, quand elle arrive sur le pas de la porte, elle se retourne.
- Dois-je vous préparer quelque chose, demande-t-elle.
- Pas pour l'instant. Je vous le ferais savoir. Fermez la porte.
Alièna obéit en tentant de rester le plus naturelle possible.
Chronaris reste immobile dans la pièce, son regard est dirigé sous son lit alors que sa panthère mécanique flaire le sol.
Bien loin de là, sur Euphor, la troupe du cirque du nain Pouky s'est installée non loin d'une rivière dans une vallée montagneuse. Thalia, la femme clown, est assise sur une roche à proximité du cours d'eau. Ses traits se sont affaissés, elle affiche un visage triste, ses yeux ne pétillent plus comme avant. Ses vêtements sont devenus amples. Depuis le campement, deux hommes l'observent. Il s'agit de Minima, le colosse, et le directeur du cirque ambulant.
- Elle pense encore à Antarès, déclare le colosse.
Antarès était le nom d'emprunt de Procius lorsqu'il a voyagé avec la troupe durant quelques semaines.
- En effet, soupire le nain. Je croyais que cela lui passerait, mais elle est plus amoureuse que je ne l'aurais imaginé.
- Qu'allons-nous faire ? Elle ne mange presque plus !
- Je le sais bien. Peut-être rencontrera-t-elle quelqu'un lors d'une de nos prochaines représentations.
- Vous savez très bien, qu'elle ne s'attachera jamais à un spectateur. Qu'elle ne veut pas d'un amour éphémère.
- Pourtant, c'est ce qui pourrait lui faire oublier Antarès.
- Peut-être, murmure amèrement le géant. Quelle idée a-t-elle eu de s'amouracher de ce pilote.
- Qui sait, peut-être qu'ils se retrouveront quand cette planète sera libérée.
Minima regarde le nain.
- Vous y croyez ?
- Disons c'est ce que je souhaite. Nous ne savons rien de ce pilote, hormis qu'il œuvre contre l'envahisseur comme la résistance. Sont-ils en contact ? Travaillent-ils main dans la main, nous n'en savons rien.
- Nous savons qu'il est encore en vie, car on entend parler de ses exploits avec sa machine de combat.
- C'est la seule chose dont nous soyons certains pour l'instant, soupir Pouky.
- Espérons que cette guerre se termine rapidement.
- Il nous reste encore plusieurs endroits à visiter pour recruter et livrer des armes.
En effet, le cirque opère pour la résistance. Grâce à leurs représentations itinérantes, ils voyagent sur Euphor sans trop attirer l'attention des militaires. Cela leur permet, d'établir de nouvelle cellule et de livrer de l'armement dissimulé dans tout le matériel du cirque.
- Pourvue, qu'elle résiste jusque-là, déclare tristement le colosse avec sa petite voix.
- L'armement du vaisseau Kirigan se passe bien, annonce Knoch. Il sera terminé dans quelques heures si tout se passe bien.
- Tout cela est encourageant, fait le prince avant de se tourner vers Yamato. Et pour la Xanta ?
- Mes hommes ont hâte de repartir sur le bombardier. Les réparations sont pratiquement achevées aussi, mais contrairement au bâtiment Kirigan, il y a encore plusieurs jours de travail sur le bombardier. Les hommes ne mâchent pas leur effort pour la remise en état.
- Ce n'est pas un concours de vitesse, commente Procius. L'important pour moi est de savoir que j'aurais deux vaisseaux en renfort le moment venu pour la libération de notre monde.
- Et quand cela arrivera-t-il, demande Knoch.
- Ah ! Ça ! Il faut que j'en parle avec le roi. J'ignore ce qu'il a fait de son côté, fait le prince pensif.
Les deux capitaines échangent un regard surpris.
- Mais encore un peu de patience, reprend le prince. Je suis certain que nous touchons au but !
Kohumé et Hikaru se promènent dans la ville la plus proche du ranch. Umon dort dans les bras de sa mère. Les deux jeunes femmes discutent en marchant dans la rue, elles passent devant un petit magasin d'électroménager. Soudain, Hikaru s'immobilise devant la vitrine.
- Tu as repéré quelque chose qui te fait envie, demande Kohumé.
- Non. Regarde, répond son ami en pointant du doigt un endroit de la vitrine.
Kohumé tourne la tête, mais elle ne remarque rien, parmi les postes de radio, les réfrigérateurs et les télévisions exposés quand finalement, elle découvre ce qui a attiré l'attention de son amie. Sur l'un des écrans, passe une vidéo dans laquelle on voit un robot ressemblant à Goldorak. Les deux femmes n'ont que les images dans la rue, elles ne peuvent pas entendre le son provenant du téléviseur et ce qu'il y est dit.
- Qu'est-ce que cela veut dire, blanchit Hikaru.
Des scènes de combat surgissent sur l'écran. Goldorak y affronte des soucoupes.
- C'est étrange, je ne me rappelle pas de cela, remarque Kohumé.
Sur la télévision des mots en très gros caractère apparaissent : UFO ! La soucoupe et le robot géant venu de l'espace pour nous sauver !
Un homme surgit sur l'écran, il porte une combinaison ressemblant vaguement à celle de Procius et une date barrant toute la largeur de l'écran.
- Ouf, soupire Kohumé. Ce n'était que la bande-annonce d'un film qui va sortir au cinéma.
Hikaru reprend un peu de couleur.
- J'ai eu une de ces peurs, déclare la jeune femme. J'ai cru que nous étions encore attaqués.
- Moi aussi un instant, mais heureusement, ce n'est que pour la sortie d'un film.
Umon bouge dans les bras de sa mère.
- Nous allons devoir trouver un coin tranquille, annonce Kohumé. Il va être l'heure de son biberon.
Pendant ce temps, au ranch du bouleau blanc, Bélier sort en courant de l'habitation. Il traverse la cour rapidement pour rejoindre son robot. Mizar et Banta le voient passé, ils le suivent du regard avec étonnement. Bélier grimpe jusqu'au poste de pilotage, il s'installe dans le siège central puis enfile sur sa tête un vieux casque de moto. Le propriétaire du ranch et le vieux garçon de ferme s'approchent du robot au moment où celui-ci se dresse sur ses jambes.
- Mais quelle mouche l'a piqué, fait Banta.
- Je n'en sais rien, répond Mizar haussant des épaules. Hé ! Bélier qu'est-ce qui se passe !?
- On nous attaque, répond le vieux pilote par les haut-parleurs de sa machine.
Banta fait un geste de la main pour signifier que Bélier est devenu fou.
- Comment ça, on nous attaque, reprend Mizar.
- Oui ! Je viens de le voir à la télévision ! Goldorak est revenu, il se bat contre des navettes !
Les deux hommes au pied du robot se regardent apeurer.
- Je me tiens prêt à les recevoir s'ils se pointent dans le secteur, annonce Bélier.
Boss robot tape du poing dans ses mains pour montrer sa détermination. Mizar se tourne vers le vieux garçon de ferme.
- Va à la maison et regarde les chaînes d'informations. Reviens dès que tu as appris quelque chose.
Banta hoche la tête de façon affirmative avant de trotter vers l'habitation. Mizar se met à mordiller l'ongle de son pouce.
Pendant ce temps, Bélier effectue des mouvements d'assouplissement avec Boss robot.
- Il ne faudrait pas qu'une articulation se grippe en plein combat, commente le pilote.
Les minutes tournent, Mizar ne cesse de jeter des regards en direction de l'habitation. Soudain, le vieux garçon de ferme en sort, il marche tranquillement en direction du robot.
- Alors, hurle Mizar.
- J'ai fait le tour des chaînes d'informations. Aucune trace d'un combat avec des navettes extra-terrestres, répond Banta.
Un taxi s'arrête dans la cour du ranch. Hikaru et Kohumé en descendent avec le bébé. Elles aperçoivent la tête de Boss robot qui dépasse de la grange.
- Mais qu'est-ce qui se passe ici, s'étonne Hikaru portant un sac en papier dans une main.
Kohumé règle le chauffeur. Le taxi fait demi-tour dans la cour avant de s'éloigner sur la route du ranch.
- Allons voir pourquoi le robot est debout, suggère la jeune femme.
En s'approchant, elles découvrent Mizar et Banta au pied de la machine.
- Pourquoi Bélier est-il dans Boss, demande Hikaru.
- Il guette les navettes, répond le vieux garçon de ferme.
- Les navettes, s'étonne Kohumé. Quelles navettes ?
- Bélier aurait vu à la télévision Goldorak en prise avec des navettes.
Après un instant d'étonnement, les deux jeunes femmes éclatent de rire.
- Qu'est-ce qui leur arrive, fait Banta.
- Je ne vois pas ce qui vous fait rire, ajoute Mizar.
Kohumé tente de reprendre son sérieux.
- Nous l'avons vu aussi en ville, fait-elle en riant.
- Et cela ne vous inquiète pas ?
- C'est la bande-annonce pour un film, annonce Hikaru.
- La bande-annonce pour un film, répète son père.
- C'est pour ça que j'ai rien vu sur les chaînes d'infos, constate Banta.
- Oh hé ! Bélier, crie Hikaru. Ce que tu as vu, c'est une bande-annonce pour un film au cinéma.
Boss robot s'abaisse.
- Qu'est-ce que tu viens de dire, demande son pilote.
- Tu as vu une annonce pour un film, répète la jeune femme.
- Quoi, s'étouffe Bélier en manquant de chuter du poste de pilotage. Ce n'était qu'un film ?
- Oui ! Il va sortir bientôt au cinéma.
Boss robot se redresse puis croise ses bras d'un air contrariés.
- Ils ne sont pas fous de nous faire des peurs comme ça, grommelle Bélier.
- Allez ! Descends de ton perchoir, lance Banta. Ce n'est pas encore aujourd'hui que ton robot sera le héros d'une bataille.
La tête de Boss robot pivote en direction du vieux garçon de ferme et semble le regarder de façon menaçante.
- Mon robot a participé à de nombreuses batailles, rétorque Bélier. Contre le docteur Hell, Véga et … l'autre Véga !
- Bon ! Cela suffit vous deux, intervient Mizar. Bélier ! Éteint Boss. Allez ! Tout le monde à la maison !
- D'autant plus que j'ai rapporté un gâteau de la ville, annonce Hikaru en montrant le sac en papier qu'elle porte. Le logo sur le sac montre un gâteau surmonté d'une toque.
En moins de temps qu'il faut le dire, Boss robot s'assoit en tailleur sur le sol et son pilote en sort.
- C'est quoi comme gâteau, demande immédiatement Bélier.
Le colonel Niiva est assis à son bureau, il est en communication vidéo.
- Personne ne semble l'avoir vu dans la flotte, annonce un soldat.
- Inspectez aussi les vaisseaux usines, quelques soient leurs tailles, ordonne le colonel fermement. Nous devons à tout prix retrouver le commandant !
Le colonel incline sensiblement sa tête pour regarder un autre militaire sur le moniteur.
- Et pour vous, demande-t-il sèchement.
- Nous n'avons aucune trace de son passage dans nos postes les plus éloignés sur la planète.
- Continuez en vous rapprochant de la capitale !
- À vos ordres.
Niiva appuie sur un bouton pour terminer la conversation. Il vérifie bien que sa console informatique soit éteinte avant d'éclater de rire.
- Cherchez ! Cherchez bien mes gaillards ! Vous ne retrouverez jamais Vesta !
Le colonel se lève, il attrape sa badine sur le bureau et se dirige en sifflotant vers la porte. Il jette un regard dans le hangar, l'activité étant réduite l'équipe s'occupe à la maintenance de la chaîne de montage. Il cesse de siffler quand il ouvre la porte, il se compose un visage contrarie et reste silencieux en traversant le hangar.
La nuit est tombée au-dessus du palais d'Euphor. Chronaris est assis sur son lit, il tient dans ses mains le coffret en bois. Sa panthère mécanique est assise sur le sol, face à lui. L'homme au masque a les mains tremblantes quand il ouvre le coffret. Il compte les fioles qui se trouvent à l'intérieur.
- Il n'en manque aucune, constate-t-il.
Il prend l'un des flacons remplis. Il le porte à la hauteur de son regard. Ses yeux semblent vouloir traverser le liquide bleuté.
- Pourvu que j'en aie assez pour accomplir ce que je dois faire, soupire-t-il.
Il remet le flacon dans le coffret avec mille précautions, puis il remet sous son lit l'objet en bois. Chroanris regarde en direction de la fenêtre. Un halo lumineux provenant des générateurs de secours gêne la vision du ciel nocturne. Le tyran retire son masque pour le jeter sur sa couche.
- Bientôt, tout sera conclu.
Le général Zota est assis dans le siège central de la salle de commandement du palais. Il observe l'activité de la pièce en ce début de nuit, sans y prêter vraiment attention, car il est songeur.
- « Que se passe-t-il avec le commandant Vesta ? Pourquoi cette femme a disparu ! Et Chronaris qui me demande d'organiser des recherches pour la retrouver ! »
Le général marque une pause dans sa réflexion.
- « Se pourrait-il que quelqu'un l'ait fait disparaître ? Se serait-elle attiré les foudres d'un autre ? Dans ce cas, bon débarra, même si cela me prive de ma vengeance ! »
Zota croise joint ses mains devant son menton.
- « Je serais fixé quand les recherches seront terminées. Si Vesta est retrouvée, j'accomplirais ma vengeance ! »
Le roi Actarus marche dans les galeries souterraines. Après un long moment, il se retrouve dans une galerie étroite qui monte. Une fois arrivé au bout de l'ascension, il se retrouve à l'air libre en plein cœur d'un bosquet. Il fait sombre, la nuit est tombée depuis un bon moment. Actarus lève la tête, il regarde les étoiles puis son regard se dirige vers la Lune.
- Voyons voir si j'arrive à joindre Procius.
Le roi plonge sa main dans l'une de ses poches, il en sort le communicateur puis l'actionne.
- Procius, tu me reçois ?
Actarus attend la réponse avec une légère inquiétude. Les secondes passent.
- Ici Procius. J'écoute mon oncle.
- En premier lieu, comment te portes-tu ?
Un silence de quelques secondes.
- Pas trop mal, vu les circonstances, finit pas répondre le prince. J'irais beaucoup mieux quand notre monde sera libre. Maintenant, que nous avons un moyen de communication, nous allons pouvoir joindre nos efforts. Mes attaques solitaires ne font pas assez de dégât sur l'envahisseur.
- Tes actions ont porté leur fruit, rassure le roi. Notre ennemi ne veut pas le montrer, mais il a subi de nombreux revers grâce à toi.
- Que dois-je faire ?
Le général Zota est dans ses pensées quand un soldat se met au garde-à-vous devant lui. Le général lève les yeux.
- Qu'y a-t-il ?
- Le signal-espion vient d'être détecté, annonce le militaire.
Zota bondit du siège pour foncer sur la console dédiée à la découverte de ce signal, au passage, il bouscule le soldat.
- Alors, demande-t-il immédiatement à l'opérateur.
- Le signal est très faible, répond l'homme sans quitter des yeux sa console. Une chance que nous connaissions la fréquence exacte, sinon cette transmission serait passée totalement inaperçue.
- Sa localisation ?
- Impossible à déterminer, le signal est trop faible. En tout cas, cela ne provient plus du palais.
- « L'espion a donc bien quitté le palais, remarque Zota. Mais comment est-ce possible ? Il ne manque personne à l'appel ! Aurait-il réussi à rester dissimulé dans ces murs pendant tous ces mois ! Non, c'est impossible ! Et pourquoi serait-il parti si subitement ? »
- Continue tes actions, répond le roi. Elles ne sont pas du tout inutiles.
- Quel est ton plan ?
- Je suis en train de mettre en place un soulèvement général, mais tout n'est pas encore terminé. Certaines zones ne sont pas encore couvertes.
- Tu veux prendre toutes les installations au même instant ?
- Exactement.
- Tes informations datent de quand ?
- Pourquoi cette question ?
- J'ai découvert très récemment de nouvelles installations. Cela va d'un simple poste de contrôle à une base aérienne.
- Tu as récolté ces informations lors du bal masqué ?
- En effet.
- Il est fort probable que tes informations sont plus récentes que les miennes.
- Dommage qu'il n'y a pas un troisième communicateur, ronchonne Procius.
- Pourquoi donc ?
- Pour demander à la personne qui les a conçus si on pouvait transférer des données !
- Ce n'est pas grave, tu me donneras leurs coordonnées à notre prochain contact. Je prendrais de quoi noté.
- Nous ferons ainsi.
- Il serait prudent d'interrompre notre conversation. Cela fait plusieurs minutes que la communication a débuté.
- Tu as raison. Portez-vous bien tous et à bientôt.
- Prends soin de toi.
Les deux hommes referment le communicateur.
L'opérateur de la console assigné à la découverte du signal-espion secoue la tête négativement.
- Que se passe-t-il, questionne le général Zota.
- La communication a cessé, le signal a disparu.
Le général se redresse.
- Continuez l'observation de cette fréquence.
Zota tourne les talons.
- « Est-ce bien utile de continuer la surveillance ? L'espion est parti ailleurs, mais pour quelle raison ? »
Procius pose le communicateur sur sa table de chevet.
- Bon, soupire le prince. Je vais devoir continuer mes raids contre les installations de Chronaris.
Le prince s'allonge sur le lit en croisant ses bras sous sa tête.
- Il faut que je trouve une cible… Pourquoi pas l'une de celle que j'ai découverte récemment, fait-il en souriant. Cela fera un lieu de moins à prendre pour les résistants de mon oncle.
Le colonel Niiva a quitté son bureau dans le hangar. Il fait tournoyer sa badine entre ses doigts. Le colonel ouvre la porte de ses quartiers. La lumière surgit, Niiva fait un bond en arrière. Il agrippe sa badine à deux mains et se prépare à tourner le manche de l'objet. Le colonel reste immobile un moment à fixer un endroit précis dans la pièce, les sens aux aguets. Puis, il se détend avant d'entrer dans la pièce, il referme la porte derrière lui.
- C'est la première fois que vous me rendez visite dans mes quartiers, fait le colonel. Que désirez-vous ?
Zota se lève d'un fauteuil se trouvant dans un angle de la pièce.
- Vous sembliez sur votre garde, remarque le général.
- J'ai vu quelque chose d'inhabituel dans la pièce. Je me suis montré… prudent. J'ai cru à une attaque de la résistance.
- Hum, fait simplement Zota.
- Quelle raison vous a poussé à venir de cette façon dans mes quartiers ?
- Où en est la recherche du commandant Vesta.
Le colonel n'affiche aucune expression particulière.
- Mes équipes n'ont toujours pas trouvé de traces de son passage pour l'instant. Il reste encore un grand nombre de base à visiter sur Euphor, ainsi que de vaisseau en orbite.
- La dernière fois que vous l'avez vu, le commandant vous a-t-il semblé étrange ? Un comportement inhabituel ?
- Vesta était abattue pour le nouvel échec de notre Gat, et la mort brutale du professeur Krema n'a pas dû arranger la chose.
- Je vois, souffle Zota. Et quand elle a quitté le bureau que vous partagez ?
- Si mes souvenirs sont exacts, j'ai quitté la pièce avant le commandant.
- Et que faisait-il ?
- Vesta était plonger dans des dossiers me semble-t-il. Je n'ai pas regardé ce qu'il y avait sur son moniteur. Ce jour-là, nous avons peu échangé. Elle est restée cloîtrée dans un silence. Comme je vous l'ai dit, elle était abattue et préoccupée.
- Tenez-moi informé de la progression des recherches, fait Zota en gagnant la porte.
- Je n'y manquerais pas.
Le général sort des quartiers du colonel. Niiva se précipite pour verrouiller la porte.
- « Il m'a fait peur ! Pendant un instant, j'ai cru que c'était le commandant qui était dans l'angle de la pièce ! »
Le colonel commence à retirer sa veste en marchant.
- Très étrange cette visite. Que voulait savoir exactement Zota ?
Actarus regarde la voûte céleste, dans sa main se trouve encore le communicateur.
- J'aurais dû lui demander s'il avait du soutien, murmure le roi.
Il met l'appareil dans sa poche.
- J'espère qu'il n'est pas tout seul dans sa cachette. Il faudra que je lui pose la question à la prochaine occasion.
Le roi regagne alors l'étroite galerie qui va le mener dans les souterrains occupés par la résistance.
Le général Zota traverse une aile du palais pour rejoindre ses quartiers. Pendant que ses pas le conduisent, son esprit est pensif.
- « Le colonel Niiva m'a semblé nerveux. Il est vrai que ma façon de m'introduire dans ses quartiers n'était pas très formelle. Mais malgré cela, je l'ai senti tendu quand j'ai abordé le sujet du commandant Vesta. Quelle en est la raison ? Aurait-il quelque chose à voir avec sa disparition ? »
Zota entre dans ses quartiers.
- « Cela serait surprenant. C'est certes un arriviste, mais je ne le vois pas faire disparaître une personne. Il ne salirait jamais les mains, et je le vois mal confier ce type de tache à un tiers de peur de se faire trahir. »
Il commence à se dévêtir.
- « Je crois que je m'imagine des choses, finit-il par penser ».
Chronaris est dans son lit sans son masque, sa panthère mécanique dort au pied du lit. Tout est calme et silencieux, soudain l'animal artificiel se redresse pour fixer de ses yeux luisants un endroit dans la pièce. Une forme s'approche du lit dans l'obscurité. La panthère suit de regard la progression de la forme, mais elle ne semble pas être sur la défensive. L'inconnu arrive à côté du lit sans que l'animal mécanique ne se montre agressif. Le masque que Chronaris apparaît, le tyran s'observe, ou observe l'un de ses doubles.
- Repose-toi bien, murmure Chronaris. Car très bientôt tu vas devoir subir une grande épreuve. J'ai remporté cette épreuve et maintenant, je suis le monarque absolu. Toi aussi, tu régneras sur ce monde.
Le Chronaris couché dans le lit fait un mouvement, immédiatement l'autre se recule craignant que son double se réveil. Mais celui qui est dans les draps se retourne simplement.
- Il est temps que je retourne dans mon monde, fait simplement l'autre.
Il jette un regard à la panthère mécanique.
- Quel étrange animal de compagnie pour moi qui n'en ai jamais eu aucun.
Puis, il se retourne avant de disparaître dans le noir comme il était venu. L'animal mécanique reste un moment à fixer l'obscurité, puis elle s'allonge à côté du lit en bâillant.
C'est le petit matin, et pourtant le prince Procius se trouve déjà dans son bureau de la base lunaire. Procius étudie des clichés satellites sur son moniteur. Ces images montrent une base en cour de construction. C'est l'une des bases dont Procius a découvert l'existence en fouillant le bureau de Chronaris. N'ayant eu le temps que de relever les coordonnées des installations. Le prince de retour sur la Lune a utilisé un des satellites pour obtenir ces photographies.
- Les installations défensives ne sont pas achevées, remarque-t-il. Cela sera plus facile pour détruire cette base. Cela rassurera aussi les capitaines, commente-t-il en souriant.
Il passe à une autre photographie montrant un autre secteur.
- Le dépôt de munition… cela y ressemble bien.
Procius s'adosse dans son siège.
- La base aérienne la plus proche est à environ dix minutes de vol à pleine vitesse pour les navettes. Je dois pouvoir réussir dans ce temps…
Le prince regarde le plafond en soupirant.
- Il est vrai que mes plans ne se déroulent pas toujours comme prévu, comme me l'ont fait remarquer Knoch et Yamato.
Procius transfère toutes les informations sur un support de donnée.
- Il ne me reste plus qu'à convaincre les capitaines.
Chronaris termine de prendre son petit-déjeuner dans ses quartiers. Il quitte la table, immédiatement, Alièna qui attendait debout à côté commence à débarrasser la table. Le tyran ajuste sa tenue tout en observant la femme du coin de l'œil. Un étrange sentiment l'envahit quand il pense à sa servante, il ne saurait décrire ce que c'est, comme une vague intuition qui ne le quitte pas. La fille du chambellan a fini de tout déposer sur le chariot. Chronaris émet un léger toussotement. Aliéna se retourne vers lui.
- Vous avez des instructions à me donner ?
- Non. Non, vous pouvez continuer à vaquer à vos tâches. Je m'éclaircissais la voix.
- Bien, répond la femme en baissant la tête.
Puis, Alièna prend le chariot et quitte la pièce. Chronaris attend un instant avant de sortir à son tour. Il sort dans le couloir avec à sa suite son animal de compagnie. Ils sortent dans le couloir puis se dirigent vers la salle de commandant, pendant que la garde personnelle les entoure rapidement.
Quand Chronaris arrive dans la salle de commandement, il voit le général Zota debout au centre de la pièce. Il se dirige vers lui d'un pas rapide.
- Général !
Zota se retourne pour le saluer.
- Maître. Je peux vous être utile ?
- Avez-vous retrouvé le commandant Vesta ?
- Hélas non. Les derniers rapports que j'ai eus n'indiquent aucune trace de sa personne. Mais nous n'avons pas fini de contacter et visiter toutes nos installations sur la planète et en orbite.
Les yeux du tyran se plissent de contrariété sous son masque.
- Je vois, fait Chronaris dans un soupir d'agacement. Continuez ! Je veux savoir où se trouve Vesta ou ce qu'il est advenu d'elle !
- Croyez bien que nous nous y employons.
L'homme au masque tourne les talons pour regagner la porte, immédiatement suivi par sa garde et sa panthère mécanique.
Le général se dirige vers un pupitre pour appuyer sur une commande.
- Colonel Niiva. Vous m'entendez ?
Quelques secondes se passent avant que la voix du colonel ne se fasse entendre.
- Je vous écoute général.
- Vos équipes ont-elles retrouvé le commandant Vesta ?
- Négatif. Aucun rapport qui m'est parvenu ce matin n'indique sa découverte.
- Notre maître s'impatiente, précise Zota.
- Hélas, les équipes font tout leur possible. Mais, je crains qu'il va falloir nous résoudre à penser que le commandant a déserté, annonce Niiva avec une fausse pointe d'amertume dans la voix.
- J'ai aussi envisagé cette possibilité, mais cela ne correspond pas à son caractère.
- Du moins à celui que nous lui connaissons, insinue le colonel.
- Je vous contacterais plus tard pour faire le point, mais si vous avez une trace, même minime, informez-moi sur-le-champ.
- Je n'y manquerais pas.
Le général coupe la communication.
Dans son bureau du hangar, le colonel Niiva pousse un soupir de soulagement quand il entend que la communication avec Zota se coupe. Niiva a le front en sueur, il se repousse sur le dossier de son siège, il semble totalement liquéfié.
- Quelle frayeur, soupire-t-il. Heureusement, que ce n'était qu'en audio sinon le général aurait remarqué mon trouble cette fois.
Il essuie son front.
- Personne ne la retrouvera, mais j'aimerais pouvoir m'en débarrasser rapidement.
Un peu plus tôt, alors que c'est le petit matin sur Euphor. Le roi Actarus regagne la cavité qu'il occupe avec les siens. Il est étonné de ne trouver personne dans la pièce principale. Il passe en revue rapidement toutes les pièces en soulevant les toiles qui servent de séparation. Vénusia et Phénicia sont absentes.
- Mais où sont-elles à cette heure, se demande-t-il à haute voix. Pourtant, ce sont elles qui me réclamaient des nouvelles, soupir-t-il.
Actarus se dirige vers un réchaud portable, il se prépare une boisson chaude. Une fois la boisson prête, le roi s'installe à la table. Il se met à réfléchir jusqu'à ce que la toile servant de porte d'entrée soit soulevée par Phénicia.
- Tu es enfin revenu, s'exclame sa sœur. On commençait à être inquiète.
Elle franchit le seuil suit par Vénusia.
- Alors qu'elles sont les nouvelles, demande-t-elle en baissant la voix.
Le roi se lève silencieusement pour aller prendre deux autres tasses qu'il remplit avant de les poser sur la table.
Les deux femmes prennent place devant les tasses, puis Actarus s'assoit à son tour.
- Alors, demande Phénicia avec impatiente.
- Il va bien compte tenu de la situation.
- C'est bien… mais ensuite ?
Actarus hésite.
- Nous n'avons pas beaucoup parlé de lui, finit-il par murmurer. Nous avons plus parlé stratégie.
- Je vois, soupire Phénicia. Ah ! Ces hommes…
- Mais tu vas reprendre contact avec lui, intervient Vénusia.
- C'est prévu. Cette fois, je m'enquerrais plus de lui.
Phénicia regarde son frère avec un regard perplexe.
- Je n'y manquerais pas, ajoute le roi.
Chronaris est dans son bureau, il se tient debout devant une fenêtre, le regard dans le lointain.
- Que signifie tout ceci ? Pourquoi cette disparition ? M'aurait-elle trahie ? Se serait-elle enfuie ? Mais pour quelle raison ?
L'homme au masque se retourne, il jette un regard à sa panthère mécanique qui est assise à ses pieds.
- Je vais finir par croire qu'il n'y a que toi qui m'es fidèle, lui dit-il.
L'animal synthétique incline la tête sur le côté tout en fixant son maître. La console du bureau émet un signal sonore indiquant un appel. Le tyran s'installe au bureau avant actionné le pupitre. Le général Zota surgit sur le moniteur.
- Vous avez enfin retrouvé le commandant, demande immédiatement l'homme masqué.
- Je vous contactais, pour vous annoncer que ce n'est pas encore le cas. Le commandant semble avoir complètement disparu de nos effectifs.
- Sa disparition remonte à quand ?
- Je n'ai pas la date exacte, mais dans la semaine précédente le bal masqué.
Chronaris pousse une sorte de gémissement entre le soupir et le cri de douleur.
- Quelque chose ne va pas, demande le général.
- Ce n'est rien, répond Chronaris d'un ton neutre. Que les recherches se poursuivent. Je veux savoir ce qu'il est advenu du commandant.
- Il en sera fait suivant vos ordres.
L'homme au masque coupe la liaison avant de se repousser dans son siège.
- Vivement que la victoire soit mienne, marmonne-t-il.
Le prince entre dans le bureau de capitaine Yamato, ce dernier s'y trouve en compagnie de Knoch.
- Parfait, déclare Procius en entrant. Vous êtes là tous les deux.
- Que pouvons-nous pour vous, demande le borgne.
- Rien. Je viens juste vous exposer mon prochain plan d'attaque, annonce le prince tout sourire.
Les deux capitaines en restent bouche bée de surprise.
- Allons messieurs ! Remettez-vous, lance Procius.
Procius a fini d'exposer son plan d'attaque aux deux capitaines. Il attend leur réaction en les regardant. Les deux hommes semblent pensifs.
- Alors, finit par demander le prince. Vous n'avez aucune remarque à formuler ?
- Votre plan semble bien planifié, finit par dire Yamato.
- Mais vous êtes certain d'avoir assez de temps pour accomplir cette attaque, souligne Knoch. Vous avez dit que les navettes pouvaient être sur place en dix minutes.
- C'est exact, confirme Procius. Il devrait me falloir moins de ce temps pour détruire cette base qui est en cours de construction. Il n'y a pratiquement aucune défense d'installer, il n'y aura aucune résistance ennemie.
- Mais pourquoi nous avoir exposé votre plan, remarque le borgne. Ce n'est pas dans vos habitudes.
- Vous me faites remarquer assez souvent que je ne communique pas assez sur mes plans d'action. Cette fois, j'y ai songé, répond le prince en souriant.
- Quand comptez-vous le mettre en œuvre, demande Knoch.
- Dès aujourd'hui. Goldorak est déjà paré pour le départ.
- Vous ne veniez juste que pour nous demander notre accord ?
- Plus votre avis que votre accord.
- De toute façon, quoi que nous disions, vous ferez ce que vous voulez, fait Yamato. C'est vous notre chef suprême actuellement. Nous ne pouvons pas vous empêcher de faire ce que vous avez décidé.
- En effet, grimace Procius. Votre remarque est fondée, mais je tenais à vous en faire part.
Le visage du prince se referme.
- Nous ne voulions pas vous offenser, ajoute Knoch.
- J'ai bien saisi la situation. Je me conduis comme un enfant gâté qui fait ce qu'il veut.
- Ce n'est pas du tout ce que j'ai dit, proteste Yamato.
- C'est vrai. Mais comme je suis le seul représentant de la monarchie ici, c'est moi qui décide pour tous et principalement sur ce que je dois faire, coupe Procius en parlant froidement.
- Prince, je vous assure que ce n'était pas mon intention. Nous sommes à vos ordres…
- Il suffit, tonne Procius en levant une main autoritaire. Sachez que je vais lancer cette action. Nous nous reverrons au débriefing de la mission.
Procius tourne les talons puis quitte la pièce sans un mot sous le regard des deux capitaines.
- Qu'en pensez-vous, demande Knoch à son homologue.
- Je crains que l'enlisement de ce conflit commence à porter ses fruits sur le moral de notre prince.
- Que pouvons-nous faire ?
- Pas grand-chose, je le crains.
Le commandant Vesta tente une nouvelle fois de bouger, mais en vain.
- « Suis-je morte ? Dans un coma ? Pourquoi ne puis-je pas bouger, je n'arrive même pas à ouvrir mes yeux ! Je ne peux même pas parler ! »
Un visage rempli de rage passe dans son esprit, c'est celui du colonel Niiva.
- « Pourquoi cet imbécile me vient à l'esprit ! Ce couard est-il pour quelque chose dans mon état ? »
Soudain, Vesta remarque une chose devant elle.
- « Je ne suis peut-être pas aveugle après tout. »
Une faible lueur lointaine lui apparaît par intermittence.
- « Qu'est-ce que ceci ? »
Procius a revêtu sa tenue de pilotage. Il se trouve dans le cockpit de la soucoupe porteuse. Il effectue une dernière vérification de ses instruments.
- Tout est en ordre, déclare-t-il. En avant pour une nouvelle mission, mon vieux Goldorak.
Le prince étire ses doigts avant de les serrer autour des commandes de pilotage.
- Goldorak demande autorisation de décollage.
Procius attend la réponse de la salle de commandant, cela lui semble long. Il se prépare à refaire sa demande quand une voix se fait entendre dans la radio.
- Autorisation refusée, une patrouille se trouve dans le secteur.
- Il ne manquait plus que cela !
En effet, la patrouille n'est constituée que de quatre navettes. Elles examinent la surface de la Lune. Les pilotes sont des soldats détachés à la recherche du commandant Vesta. L'ordre leur a été donné de survoler l'astre à la recherche d'une éventuelle trace d'un alunissage d'urgence, ou de débris de vaisseau. Tout cela au cas où le commandant serait parti sur une navette sans se signaler.
Procius trépigne dans le poste de pilotage, il trouve le temps long. Les minutes s'écoulent lentement.
- C'est bien la première fois qu'une patrouille s'aventure aussi près de la Lune.
Procius regarde son radar. Même si le signal est atténué, celui-ci montre les navettes même si la distance qui le sépare de la surface est importante.
- Que recherchent-elles ? Ma trajectoire a-t-elle été relevée par un vaisseau, un radar ? Ont-ils découvert ma cachette ?
Tout ceci contrarie le prince. Il remarque qu'une voix l'appelle.
- Prince ! Prince Procius !
Il baisse la verrière avant de passer la tête, en se contorsionnant, il voit le capitaine Yamato qui se tient à côté de la soucoupe.
- Un problème ?
- J'aimerais parler avec vous, vu que votre départ est retardé, répond le borgne.
- Un instant ! Je descends.
Procius saute de la soucoupe.
- De quoi vouliez-vous me parler ?
- De ce qui s'est passé dans le bureau, fait le borgne avec une légère gêne.
- Et pourquoi donc ?
- Knoch et moi-même ne voulions pas nous montrer irrespectueux envers vous. Vous n'agissez pas du tout comme un enfant gâté, pour reprendre votre expression. Mais vous ne nous avez pas habitués à nous consulter pour vos actions. Comme vous l'avez remarqué, vous êtes le plus élevé hiérarchiquement, et nous ne pouvons pas aller contre vos ordres…
- Cessez de vous excuser, coupe Procius. Je comprends ce que vous faites, mais c'est inutile.
Yamato ouvre la bouche et son œil valide.
- Non, laissez-moi terminer. J'ai été injuste envers vous deux. Je crains que mon humeur ne soit guerre bonne en ce moment. J'ai pris la mouche facilement et je m'en excuse.
- Goldorak. Préparez-vous pour le décollage, la patrouille quitte le secteur, résonne dans la radio du cockpit. Les navettes repassent sur la partie visible de la Lune.
- Il semblerait que vous avez le feu vert pour aller combattre notre ennemi, commente Yamato.
- En effet.
- Je ne vais pas vous retenir plus longtemps. Je dois aller voir où en sont les réparations du Xanta.
- Vous me ferez un compte rendu à mon retour.
- Je n'y manquerais pas.
Yamato se retourne puis se dirige hors du hangar. Procius bondit jusqu'au poste de pilotage de la soucoupe. L'interface de pilotage vient se poser sur ses membres.
- Où se situe la patrouille, demande le prince à la radio.
- Elle ne se trouve plus dans le secteur de la Lune. Vous pouvez décoller.
- Parfait. Goldorak Go !
La machine de guerre s'élance dans la galerie menant à la surface.
Le général Zota marche de long en large dans son bureau se trouvant non loin de la salle de commandement.
- Toujours aucune trace de Vesta. Pourquoi cette femme a-t-elle disparu ? Tout cela n'augure rien de bon. Nous n'aurions jamais dû venir sur cette planète !
Le général tourne la tête vers un cadre holographie représentant son fils affichant un large sourire. Le cliché a été pris après sa victoire à la course à pied.
- J'ai perdu tant de choses sur ce monde, soupire amèrement Zota.
En disant cela, il ne pense pas uniquement à son fils, mais aussi à son plus vieil ami et parrain de son fils, le capitaine Log.
Le capitaine Yamato arrive dans le hangar où est réparé le bombardier Xanta, il trouve l'équipe de réparation d'humeur joyeuse.
- Que vous arrive-t-il, demande le borgne abordant le premier venu.
Le soldat se reprend en voyant le capitaine, l'homme se redresse promptement.
- Capitaine ! Nous célébrons la fin des réparations.
- Le Xanta est réparé, s'exclame Yamato en ouvrant grand son œil valide.
- Affirmatif. Les réparations de la coque sont terminées. Tous les systèmes sont connectés.
- Le bombardier est paré pour le décollage ?
Le visage du soldat change.
- Pas encore, s'excuse l'homme. Il y a encore quelques tests de fonctionnement à faire sur les systèmes et surtout sur les moteurs.
- Je vois, répond Yamato.
Le lieutenant Sito s'approche du capitaine.
- On vous a averti ?
- Je sais que les réparations sont accomplies.
- En effet, nous allons pouvoir passer en phase de test.
- C'est ce que j'ai compris.
- Encore quelques jours de travail et nous pourrons reprendre notre envol si tout se passe bien.
- Je suis tout aussi impatient que vous d'expulser les envahisseurs de notre monde.
La nuit est tombée depuis longtemps. La salle d'observation du centre de recherche est déserte. Le professeur Alcor est assis dans son siège face à l'écran géant du Cosmodrive, sur le moniteur la sonde est devenue minuscule.
Les portes coulissantes de la pièce s'ouvrent.
- Je me doutais bien que je te trouverais encore là, lance une voix grondeuse de femme.
Le professeur retourne son siège.
- Sayaka ! Mais quelle heure est-il ?
- L'heure d'aller se coucher, répond-elle en s'avançant.
Alcor regarde autour de lui, il constate qu'il n'y a personne d'autre dans la pièce.
- Mince ! Je n'ai pas vu le temps passé… Aie !
Il ressent une forte douleur au sommet d'une oreille, sa compagne est en train de la tirer.
- Maintenant, tu vas venir avec moi ! Mangez quelque chose puis au lit !
Alcor quitte son siège, car Sayaka le tire par l'oreille jusqu'à la sortie.
- Aie ! Ouille, grimace le professeur.
Les portes coulissantes s'ouvrent, le technicien de garde arrive avec dans ses mains une grande tasse de café. Il fait semblant de ne rien voir de la scène en plongeant son regard dans le liquide chaud quand il croise le couple.
Goldorak est arrivé sur Euphor sans problème encore une fois. Il survole actuellement une grande zone boisée, il frôle la cime des arbres. Procius consulte ses instruments.
- Je ne devrais plus être très loin, commente-t-il.
Au moment où il dit cela, un trou dans la canopée se dessine.
- Voici la base.
Une navette décolle au même instant de cet endroit. Le pilote voit la menace en approche, car immédiatement, il ouvre le feu en direction de Goldorak.
- Je repasserais pour l'effet de surprise. Missiles Gamma !
La navette explose sous l'impact des projectiles, la soucoupe porteuse traverse le nuage de fumée pour rejoindre la base en construction. Durant l'attaque de la navette, des soldats ont eu le temps de s'organiser et de prendre les armes. Goldorak essuie des tirs de fusils laser sans gravité pour lui.
La salle de commandement du palais s'active brusquement, puis l'alerte retentit. En entendant le signal sonore, le général Zota quitte son bureau pour rejoindre son poste.
- Que se passe-t-il, lance-t-il en entrant dans la salle.
- Goldorak vient d'être signalé dans le secteur X37, annonce un soldat.
Zota réfléchit un instant.
- Nous n'avons rien dans ce secteur, murmure-t-il avant de réaliser. La base en construction ! Nous avons bien une base de navette dans le secteur voisin ?
Le soldat se retourne vers sa console pour pianoter dessus avant de répondre.
- Affirmatif.
- Qu'elles décollent immédiatement !
Le général prend place dans le siège central.
- Et coupez-moi cette alerte, ajoute-t-il.
Le signal sonore se tait. Zota quitte son siège pour rejoindre la console la plus proche, il actionne quelque bouton.
- Colonel Niiva ! Avez-vous un Gat paré au décollage ?
Le visage de Niiva surgit sur l'écran.
- J'ai toujours une machine prête à décoller, répond-il.
- Parfait ! Qu'elle décolle sur-le-champ ! Goldorak se trouve dans le secteur X37.
- J'ai ce qu'il vous faut, fait le colonel avec un sourire énigmatique sur le visage.
Le visage de Zota disparaît du moniteur. Le colonel affiche toujours son sourire, il attrape sa badine sur le bureau avant de se lever vers la porte de la pièce. Il sort dans le hangar.
- Nous devons lancer un Gat, annonce-t-il d'une voix puissante à l'adresse de ses hommes. Mettez sur la zone de décollage celui-ci !
Il désigne un œuf sombre avec sa badine.
- Faites vite, ajoute-t-il avant de rentrer dans son bureau.
Pendant ce temps, le Gat qu'il a désigné rejoint l'aire de lancement.
- Voilà, soupire Niiva en regardant par la baie vitrée la machine de combat se rendant au décollage. Je vais enfin être complètement débarrassé de cette femme.
Le plafond du hangar s'ouvre pour le lancement du Gat.
- L'effet de surprise étant perdu, grimace Procius. Je vais avoir moins de dix minutes avant de voir les navettes arrivées. Il faut que je fasse vite !
Goldorak vire vers un bâtiment non achevé.
- Pulvonium !
Le bâtiment s'effondre sous les rayons.
- Passons à une autre cible.
Il vire vers une zone de stockage où se trouve la réserve de carburant.
- Météo-punch !
Les deux bras se détachent de la soucoupe porteuse avant que les poings soient propulsés sur le dépôt. L'impact des poings provoque une explosion d'où s'élève un nuage noirâtre en forme de champignon.
Au sol, les soldats courent dans tous les sens pour échapper à toute cette destruction.
Vesta ressent une étrange sensation, elle a l'impression de bouger, mais ne ressent toujours pas ses membres.
- « Que se passe-t-il ? J'ai l'impression de flotter dans les airs ! »
Elle remarque de nouveau le minuscule point clignotant, le rythme du clignotement se modifie, le point semble bouger, il descend. Subitement, des lignes surgissent devant elle sans qu'elle arrive à les lire.
- « Qu'est-ce que… »
Elle ne termine pas sa phrase, car la vision lui revient. Vesta voit qu'elle traverse des nuages.
- « Je vole ? »
Elle se rend compte un instant plus tard qu'il y a aussi des indications devant ses yeux.
- « Des coordonnées, altitude, vitesse…Armement ! Mais où suis-je !? »
Une voix surgit dans sa tête.
- Il faut que vous détruisiez Goldorak à tout prix, inutile de vous le rappeler !
-« C'est la voix de Zota ! Mais alors… Je serais dans un Gat !? »
Vesta éclate de rire mentalement.
- « Je vais pouvoir me venger de Goldorak et de Procius d'une façon que je n'aurais jamais imaginée ! Voyons comment je dirige ce Gat ! »
Après quelques essais, Vesta comprend qu'elle peut commander la machine comme si c'était son corps, le Gat accélère sa vitesse de déplacement.
- « J'ai compris ! À nous deux, prince d'Euphor ! »
Chronaris entre dans la salle de commandement accompagné de sa panthère mécanique et sa garde personnelle. Zota quitte le fauteuil central et s'incline devant le tyran.
- Maître. Goldorak attaque l'une de nos bases en construction. Des navettes et un Gat ont été dépêchés sur place.
- Parfait, répond l'homme au masque en prenant place dans le siège.
Goldorak fait exploser le dernier bâtiment intact quand les navettes arrivent sur la zone.
- Un timing parfait, ironise le prince.
Il regarde son horloge.
- Elles ont mis sept minutes, soupire-t-il.
Les navettes rompent la formation pour lancer leur attaque. Des missiles ennemis explosent sur le bouclier de la soucoupe porteuse provoquant un épais nuage. Les navettes s'écartent pour encercler le nuage. Celui-ci se dissipe, il n'y a aucune trace de Goldorak. Soudain, deux navettes explosent après avoir reçu des projectiles provenant de plus haute altitude.
Procius a profité du nuage pour monter en flèche avant de virer pour plonger sur ses adversaires.
- Magnavolt !
Les quatre rayons frappent des navettes qui se retrouvent attirées l'une contre l'autre avant d'exploser.
Le radar de Procius se met à biper. Il y jette un œil et découvre un gros objet approchant rapidement.
- Voilà le plat de résistance, mon vieux Goldorak. J'espère que tu as encore de l'appétit, car voici un nouveau Gat !
- « Je le vois ! Je le vois, s'exclame Vesta. Je vais te vaincre prince Procius ! »
L'œuf sombre continu sur sa trajectoire à vive allure, ignorant les navettes survivantes se trouvant sur son chemin en les détruisant.
Tout le monde dans la salle de commandement du palais a pu voir le Gat percuter les navettes.
- Que signifie cela, s'exclame Chronaris.
- Je l'ignore, répond Zota avec embarras. Le pilote semble un peu trop motivé.
Un trait lumineux surgit sur la circonférence de l'œuf pour se concentrer sur l'avant en un point, puis un tir surgit en direction de Goldorak. Le rayon laisse une trace fumante dans le ciel. Procius fait virer sa machine sur le côté pour l'éviter pendant que des signaux sonores résonnent dans son cockpit.
Le prince jette un regard à son adversaire, la coquille de l'œuf se fissure. Les craquelures sont localisées, mais s'étendent rapidement sur toute la surface du Gat.
- Profitons de ce moment pour tenter de le détruire avant l'éclosion, commente Procius.
Goldorak s'avance vers son adversaire.
- Mégavolt !
Les rayons quittent la soucoupe en direction de la coquille de l'œuf sombre, mais celle-ci explose avant que les rayons ne la frappent.
- « Ah ! Ah ! Ah ! Je me sens revivre, s'exclame Vesta avec une pointe de folie dans la voix. Je tiens enfin ma revanche ! »
La coquille du Gat a explosé pour libérer une forme recroquevillée.
- Allons bon, fait Procius. Que vais-je affronter aujourd'hui ?
La forme se déplie lentement, le prince observe la scène en cherchant une faille chez son adversaire.
- « Je bouge à nouveau, jubile Vesta. Je ressens mes membres ! Non, les membres de ce corps artificiel ! »
Vesta pousse un cri de joie, mais cela se traduit par un hurlement de bête pour le Gat. Le corps de ce dernier a fini de se déployer, dévoilant une sorte de tête de Bulldog monté sur un corps de lion. Le Gat se pose dans les décombres de la base, il lève la tête pour observer la soucoupe porteuse.
- J'ignore si je dois sortir un fouet ou lui jeter un os, ironise le prince en regardant son adversaire.
Le Gat ouvre la gueule, un rayon vert en sort propulsé vers la soucoupe. Goldorak esquive rapidement, mais son adversaire le suit de la tête avec le rayon émis de façon continue. La machine de combat de Chronaris bouge son corps pour suivre la trajectoire de Goldorak qui tourne autour de la base.
- Il ne veut pas me lâcher, grommelle Procius.
Goldorak change de cap brusquement pour faire face à son adversaire.
- Missiles Gamma !
Les deux cônes filetés sont projetés vers le Gat.
- Plantirons !
Les deux disques dentés partent vers l'adversaire, mais en décriant une courbe de façon à arriver chacun d'un côté.
Le Gat détruit les missiles avec son rayon avant de rouler sur le sol pour esquiver les deux disques.
Procius profite de cet instant pour actionner la commande se trouvant au-dessus de sa tête.
- Transfère !
Le bulldog-lion se remet sur ses pattes.
- « Où se trouve-t-il, hurle mentalement Vesta. Il faut que je le réduise à néant ! »
- Autolargue !
Le robot géant quitte sa soucoupe porteuse.
Dans son bureau du hangar secret, le colonel Niiva suit le combat sur le moniteur de son bureau. Il affiche un large sourire triomphant alors qu'il joue machinalement avec sa badine.
- D'une façon ou d'une autre, je serais gagnant à la fin de ce combat, déclare-t-il. Si Goldorak gagne, je serais définitivement débarrassé de Vesta. Si c'est elle qui gagne, je serais félicité pour avoir vaincu notre adversaire.
Le colonel laisse échapper un petit rire victorieux.
- Ce pilote semble très impulsif, constate Chronaris dans la salle de commandement.
- En effet, confirme Zota. Les actions des autres pilotes cybernétisés étaient plus coordonnées. Je me demande comment il a pu passer la sélection.
Sur le moniteur central de la salle de commandement, Goldorak touche le sol dans les décombres fumants de la base.
- Bien ! À nous deux, fait Procius en assurant sa prise sur les commandes.
Le Gat bondit sur le robot géant.
- Fulguropoing !
Le bras droit du robot se lève pour lancer le projectile. Le poing part sur son adversaire, mais ce dernier l'intercepte en l'attrapant dans sa gueule. Cela le coupe dans son élan, ses pattes touchent le sol. Il tente de broyer le projectile en le serrant dans sa mâchoire alors que le propulseur du poing crache une puissante flamme. La mâchoire du bulldog grince, un bruit métallique se fait entendre. La flamme du propulseur augmente, finalement le poing s'extirpe de la mâchoire. Un grand claquement résonne quand la gueule du Gat se referme brutalement. Le poing regagne le bras de Goldorak.
- « Maudit sois-tu ! Je connais ta façon de combattre, lance Vesta mentalement. J'arriverais à te vaincre ! Tu as gagné sur Terre, mais ce ne sera pas le cas ici ! »
Le Bulldog-lion tourne la tête comme pour cracher, ses yeux lancent des éclairs quand son regard revient sur Goldorak.
- On dirait presque qu'il est vivant, remarque le prince.
Le Gat bondit une nouvelle fois sur le robot géant, Procius tente une manœuvre d'esquive, mais il ne réagit pas assez vite. Les pattes avant du bulldog-lion arrivent sur les épaules du robot. Ils basculent vers l'arrière tous deux. Pendant la chute qui les emporte, Goldorak donne un coup de genou dans le ventre du lion, cela lui permet de le faire voler loin de lui quand ils touchent le sol. Un cri de rage bestiale sort de la gueule du bulldog. Les deux combattants se relèvent. Procius se prépare pour un nouvel assaut, mais à sa grande surprise, le Bulldog-lion recule de plusieurs pas avant de se dresser sur ses pattes arrière.
- Que prépare-t-il, se demande le prince.
Une étrange chose se produit alors, ses membres se transforment, les pattes arrière deviennent des jambes, les pattes avant se métamorphosent en bras.
- « Je devrais mieux m'en sortir dans cette configuration, pense Vesta. »
- Voila que d'un quadrupède, je passe à un bipède à affronter, constate Procius.
Le Gat fait quelque mouvement d'assouplissement sur ses membres.
Dans la salle de commandement, le général Zota jette un regard en coin à Chronaris. L'homme au masque regarde le moniteur sans montrer la moindre émotion. Le général reporte son attention sur l'écran.
Le Gat se met à tourner sur lui-même tout en avançant vers Goldorak. Procius est sur la défensive, il observe cette étrange attaque quand soudain il voit quelque chose briller à hauteur des mains de son adversaire, il réalise que des griffes sont sorties de ses poings. Avec un mouvement rapide, Goldorak bloque l'un des bras du Gat, l'autre bras se dirige vers sa ceinture. Procius manœuvre promptement, il fait reculer, ce qui correspondrait au bassin chez un homme, du robot géant. La pointe des griffes de son ennemi ne l'atteigne pas de peu, trot peu à son gout.
Vesta agit frénétiquement les griffes libres pour atteindre Goldorak alors qu'il lui bloque l'autre bras. Le Gat pousse sur ses pieds pour tenter de réduire la distance entre la pointe des griffes et le robot géant.
- Goldorak ne va pas pouvoir garder cette position indéfiniment, constate son pilote.
Les deux machines de combats s'affrontent dans un duel de puissance. Laquelle des deux prendra le dessus sur l'autre.
Des griffes sortent des pieds du Gat. Les pointes s'enfoncent dans le sol. Dans son poste de pilotage, le prince jette un regard inquiet aux indicateurs de son tableau de bord. Certains circuits approchent de la zone critique.
- Il faut que je trouve une astuce pour me sortir de ce pétrin !
Les pieds de Goldorak commencent à glisser sur le sol par la poussée de son ennemi. Vesta le remarque, elle accentue encore la poussée. Les pieds du robot géant perdent leur adhérence. Goldorak bascule vers l'avant, immédiatement, son adversaire lui décoche un coup de pied griffu dans le ventre. Cela a pour effet de soulever le robot géant, complètement déséquilibré, il lâche le bras du Gat. Vesta effectue une rotation avec sa machine pour donner un autre coup à Goldorak avant qu'il touche le sol. Le robot se retrouve projeté hors des débris de la base, il s'écrase dans les arbres.
- Ce n'est pas la solution que j'espérais, souligne Procius. Mais au moins, nous sommes libres.
Goldorak se redresse, il lève la tête. Le prince découvre son adversaire qui se jette sur lui toutes griffes en avant.
- Body Repulsor !
Le rayon arc-en-ciel entoure le corps du robot, le Gat est repoussé violemment sur les décombres de la base. Le robot géant en profite pour se lever.
- Apparemment, il aime les choses tranchantes, fait Procius. Alors, faisons de même ! Excalium !
La lame énergétique sort du bras droit du robot. Le Gat se remet sur ses pieds lui aussi.
- « Tu crois que ta lame va m'impressionner, fait Vesta mentalement. »
Le colonel Niiva a posé sa badine, il a approché son visage du moniteur de son bureau.
- Le combat touche à sa fin, jubile-t-il. D'une façon ou d'une autre, je suis gagnant.
Le Gat se met sur la défensive en brandissant ses griffes.
- Tout va être une question de vitesse, constate Procius. Parer mon vieux Goldorak ?
Dans la salle de commandement du palais, le général Zota a le front en sueur. Il glisse un regard vers l'homme masqué, ce dernier reste stoïque.
- « Pour l'instant, aucun des deux n'a l'avantage, pense le général. Comment cela va-t-il se terminer ? »
- « Je vais te réduire en morceaux, profère mentalement Vesta. »
Le Gat se met à courir en direction de Goldorak, celui-ci reste immobile avec sa lame levée.
- « Serais-tu pétrifié de peur devant un adversaire de ma trempe, pense Vesta. Je vais te porter le coup de grâce ! »
Goldorak fait un pas sur le côté au dernier moment, dans un mouvement rapide la lame énergétique décrit un arc de cercle. Un bruit de métal tombant sur le sol se fait entendre. Le Gat pris dans son élan a dépassé son adversaire, il se retourne. Il manque les griffes de ses poings.
- « Manquez, grogne Vesta mentalement. »
Elle observe Goldorak, puis remarque quelque chose aux pieds de ce dernier. Elle y porte le regard.
- « Qu'est-ce donc ? Mes griffes, s'exclame-t-elle quelque seconde plus tard. Il a réussi à trancher mes griffes ! »
La gueule du bulldog s'ouvre, le rayon vert en sort.
- Rétrolaser !
Le rayon multicolore sort du torse de Goldorak. Les deux rayons se heurtent provoquant une boule de lumière à leur point de rencontre.
Le Gat réussit à faire un pas en avant pour tenter de prendre le dessus sur le rayon de Goldorak. Procius le remarque, il augmente la puissance de son rayon.
Le colonel Niiva est courbé en deux au-dessus de son bureau afin de mieux suivre le combat.
- Oui ! Oui ! Oui ! L'issue du combat est imminente, je le sens !
L'ambiance est tendue dans la salle de commandement du palais.
- Non ! Non ! Non, grogne le général Zota. Comment cela va-t-il se finir ? Ils sont de force égale.
- Gardez votre calme, lui rappelle Chronaris.
- Pardonnez-moi, maître.
Le général essuie la sueur sur son front avant de reprendre l'observation du combat sur le moniteur central.
Le Gat réussit à faire encore un pas en avant, ce qui n'échappe pas au prince.
- « Je suis près du but, fait Vesta. Encore un ou deux pas ! »
La machine de combat lève l'un de ses pieds.
- Maintenant, annonce Procius.
Goldorak coupe le Rétrolaser tout en faisant un pas sur le côté. Le Gat est déséquilibré ce qui le fait basculer en avant. Il s'effondre sur le sol face contre terre.
- Oui, s'exclame Niiva dans son bureau.
Goldorak bondit en tenant à deux mains sa lame énergétique pointée vers le bas, quand il retombe sur le sol, la pointe s'enfonce dans le dos du Gat. Procius tourne la lame dans le corps de son adversaire. Du liquide sombre et de la fumée commencent à s'échapper. Goldorak recule de plusieurs pas.
- « Non ! Non ! Non, proteste Vesta mentalement. »
Le Gat écarte les bras pour prendre appui pour se relever.
- Cornofulgure !
Le rayon en forme d'éclair vient frapper la tête du bulldog, le rayon se répand sur tout le corps de son adversaire. Une explosion se produit quand un arc s'engouffre dans l'ouverture béante du dos.
Un hurlement presque humain sort de la gueule du Gat avant d'être disloqué par une violente explosion.
Le colonel Niiva jette sa badine en l'air de joie.
- Me voilà définitivement débarrassé de cette maudite femme ! Personne ne la retrouvera maintenant !
Soudain, le colonel blanchit. Il réalise qu'il a laissé exploser sa joie dans le bureau, il jette un regard affolé à la baie vitrée. Il se détend en voyant que le store est baissé. Il fait le tour du bureau pour rejoindre la partie vitrée. Il écarte légèrement le store pour voir ce qu'il se passe dans le hangar. L'équipe d'ingénieur se trouve à côté de la chaîne de montage.
- Personne n'a pu m'entendre, ni me voir. Ouf !
Goldorak scrute le ciel à la recherche de sa soucoupe porteuse.
- Récupération !
Le robot géant se met à courir avant de bondir vers sa soucoupe.
- Encore une défaite, grimace Zota. Pourtant… notre combattant lui a tenu tête ! Alors que rien ne le laissait envisager au début du combat.
Chronaris se lève du siège central.
- Je crois que le moment est venu, fait énigmatiquement l'homme masqué.
Sans un mot de plus, le tyran se dirige vers la porte de la salle de commandement. La panthère mécanique et sa garde personnelle lui emboîtent le pas.
- Il est temps de rentrer, mon vieux Goldorak. Tu as bien mérité un peu de repos, déclare Procius.
La soucoupe porteuse s'élève dans le ciel en passant au-dessus des décombres de la base.
- Missiles fantômes ! Parasitaire ! Mégamach !
FIN
- 29 -
