Chapitre 25 – Désert mortel
Cela faisait maintenant plusieurs heures que le soleil était levé, et la chaleur commençait à devenir étouffante même avec une tenue adaptée. Hyri'ah était partie depuis un moment en éclaireuse, tandis que j'attendais harnaché à mon morse derrière une des rares dunes de sable présentes à cet endroit, m'offrant un excellent point de vue ainsi qu'un accès rapide au désert. La zone en question était constituée d'une corniche rocheuse servant de frontière entre le désert sableux et montagneux l'extrémité ou je me situais étant progressivement envahie par le sable. Une petite avancée rocheuse dans le sable à une vingtaine de mètres de ma cachette faisait office de promontoire, et offrait un abri sûr pour les Gerudos face au Moldarquor. Juste aux pieds de cette avancée se trouvaient une demi-douzaine de vieilles colonnades en pierre usées par le temps. Enfin, une sorte de vieux sentier permettait de descendre des hauteurs sans risquer de tomber. D'après le peu que savait Hyr'iah, les filles seraient jetées en bas de la falaise, ce qui attirerait le Moldarquor. Du moins, c'était ainsi que les anciennes Gerudos procédaient selon elle. La stratégie envisagée était donc que j'occupe le Moldarquor à l'aide de mon morse, tandis qu'elle emmènerait Médolie et Amipha en sûreté, avant de revenir m'aider à débarrasser la région d'un monstre et d'un tyran. C'était basique et très dangereux, mais nous n'avions pas trouvé de solution plus efficace.
Une autre heure s'écoula avant que j'aperçoive au loin un groupe se rapprochant de la falaise. Même à cette distance, il était difficile de rater Kelar'iah, avec sa tenue d'apparat. Equipée d'un plastron en or serti de rubis, elle portait en plus un pantalon en soie blanche, et une immense couronne sertissait sa tête. Difficile de croire pourtant qu'elle et Hyr'iah étaient sœurs tant leurs caractères était différents. Tandis que le groupe avançait, je vis sa garde rapprochée surveiller attentivement les filles, enchaînées l'une à l'autre. Je dus faire appel à toute ma volonté pour ne pas me précipiter vers elles, au risque de faire capoter le plan d'Hyr'iah. D'ailleurs, que faisait-elle ? Elle aurait dû revenir depuis longtemps déjà. Pourvu qu'elle ne se soit pas fait capturer elle aussi, ou pire. C'est alors que je vis qu'un second groupe arrivait lui aussi, composé essentiellement de… Non… ? Elle n'avait quand même pas osé en faire un spectacle… Ma crainte se révéla malheureusement fondée lorsque les premières habitantes s'éparpillèrent le long de la corniche dans le but de trouver les meilleures places pour l'exécution à venir. Cette vision me fit frissonner de terreur en me rappelant une situation tristement familière, ce qui renforça ma détermination à les sortir de ce mauvais pas.
Dès que l'ensemble des Gerudos furent installées, Kelar'iah s'installa au niveau de l'à-pic rocheux, puis toujours entourée de sa garde rapprochée, s'adressa à la foule :
- Peuple Gerudo ! Depuis des années, on nous a cru affaiblies et vouées à disparaître. Aujourd'hui nous allons montrer au reste du monde que notre force et notre détermination n'ont jamais été aussi grandes ! Aujourd'hui, nous allons leur prouver qu'ils ont eu tort de nous oublier ! Aujourd'hui, nous allons reprendre la place qui nous revient de droit et rappeler à tous qu'ils doivent nous craindre et nous respecter ! Il est temps de cesser de courber l'échine, comme l'on fait mes prédécesseurs. L'heure est venue de se lever contre cette injustice et cette condescendance affichée par les autres peuples ! L'ère de la soumission est terminée ! Aujourd'hui, nous entrons dans une nouvelle ère, celle du renouveau de notre glorieuse nation ! Et pour le prouver à tous ceux qui doutent encore de notre puissance, nous devons ressembler à ce qui sera le symbole de notre nouvel empire, le Moldarquor. Si nous voulons retrouver notre grandeur passée, nous devons nous montrer aussi féroces, aussi implacables, aussi sournoises, résistantes et déterminées que lui ! Alors seulement nous pourrons imposer notre volonté aux autres peuples. Quant à ceux qui oseront nous résister, nous les anéantirons, comme le Moldarquor va anéantir ces deux espionnes ! Qu'on les attache aux piliers !
Son discours terminé, Kelar'iah se tourna vers l'étendue de sable, tandis que des gardes amenaient Médolie et Amipha en bas de la falaise, avant d'attacher l'extrémité de leurs chaînes à un pilier. Et mince, cela mettait en l'air tout notre plan nous n'avions rien pour couper ces épaisses chaînes. Et par les Déesses, que faisait-donc Hyr'iah ?
- Moi, Kelar'iah, ait été désignée reine des Gerudos par notre relique sacrée. J'ai été investie des pouvoirs de nos ancêtres et peut contrôler à ma guise la foudre. Que le tonnerre frappe cette terre et libère la fureur du Moldarquor !
La situation empirait de seconde en seconde. Si Kelar'iah contrôlait bel et bien les orages, alors il serait impossible de s'en sortir. Mais même en sachant cela, je ne pouvais pas abandonner, pas cette fois. Me mettant en position, j'attendais l'éclair qui annoncerait l'arrivée imminente du Moldarquor… mais rien ne se passa. Jetant un rapide coup d'œil par-dessus la dune, je vis la plupart des habitantes interloquées, tandis que le visage de Kelar'iah s'assombrissait. Masquant son embarras, elle recommença une fois, puis encore. Toujours rien. Mais bon sang que se passait-il en bas ?
- Qu'est-ce que cela signifie ? Pourquoi rien ne se passe ? Qui a osé ?
Kelar'iah était désormais rouge de colère, mais la surprise fut générale lorsque j'entendis :
- Est-ce cela que tu cherches ?
Tout le monde se retourna immédiatement vers celle qui avait prononcé ces mots et qui se tenait maintenant face à l'assemblée avec autorité. Hyr'iah ? Mais à quoi jouais-tu ? Au lieu de sa tenue habituelle, elle portait maintenant une magnifique tenue en soie émeraude brodée d'or, avec de splendides bijoux incrustés de rubis à ses poignets. Un imposant cimeterre se trouvait accroché à sa hanche, tandis que son sac de toile était posé derrière elle. Dans une de ses mains se trouvaient deux petites bombes artisanales qu'elle jeta dédaigneusement aux pieds de Kelar'iah, sous le regard stupéfait de l'assemblée.
- Est-ce ainsi que tu souhaites rendre sa grandeur à notre peuple Kelar'iah ? En livrant deux jeunes filles en pâture à un monstre, et ce alors que leur seul crime est d'être différentes à tes yeux ? En mentant à notre peuple sur ta prétendue légitimité au trône ? En abusant sa confiance sur tes pouvoirs inexistants ? Tu n'as cessé de mentir, et ce dès le début ! Tu te dis protectrice du peuple, mais tu n'en as cure car en réalité, c'est le pouvoir que tu convoites ça et rien d'autre ! Que nombre des nôtres puissent mourir dans tes stupides guerres n'est rien pour toi du moment que tu peux parvenir à tes fins ! Tu n'es et tu n'as jamais été la reine des Gerudos ! Tu n'es rien de plus qu'une opportuniste et une traître à notre peuple ! Et il est temps aujourd'hui que tu lui rendes des comptes !
Jamais je n'avais vu Hyr'iah dans un tel état auparavant. Son éloquence et sa posture faisaient qu'il se dégageait d'elle une telle aura d'autorité qu'il était difficile de ne pas l'écouter avec respect. La foule entière semblait intriguée et étonnée par ces paroles, tandis que le visage de Kelar'iah se décomposait. Mais elle parvint rapidement à se ressaisir.
- Hyr'iah. Jamais je n'aurais cru revoir ton visage après ce que tu as osé faire à notre reine. Es-tu enfin venue pour accepter son châtiment ?
Elle se tourna alors vers la foule et pointa Hyr'iah d'un geste dédaigneux.
- C'est elle ! C'est cette traîtresse qui a osé assassiner notre bonne reine Nahborah, et ce de la plus ignoble des manières ! Elle l'a odieusement empoisonnée et espérait pouvoir prendre le contrôle du palais à l'aide de ses complices. Mais heureusement, Nahborah, dans sa grande sagesse, avait eu vent de ce complot, et m'a alors nommée dans le plus grand secret son héritière. Et lorsque que cette traîtresse s'en est rendue compte, elle a alors tenté de me tuer moi aussi ! C'est uniquement grâce à la force de nos valeureuses guerrières que j'ai pu m'en sortir et que nous avons réussi à mettre hors d'état de nuire les complotistes ! J'aurais pu la tuer comme ses complices, mais dans ma grande magnanimité, je l'ai uniquement condamnée à l'exil. Et voilà qu'aujourd'hui elle revient une nouvelle fois revendiquer le trône en semant le trouble parmi nous. Mais cette fois, je m'assurerai qu'elle ne pourra plus jamais troubler la sécurité de notre peuple !
- Si tu es bel et bien l'héritière du trône, pourquoi refuses-tu de prouver ta légitimité en passant l'épreuve du Tonnerre ? Serais-tu tellement sûre de ton droit à régner que tu estimes cette épreuve inutile, et ce au mépris de nos lois ancestrales, ou est-ce parce qu'en réalité tu sais que si tu venais à poser ta main dessus, tu serais foudroyée sur le champ ? Par ailleurs, si tu as réellement été choisie par notre relique, pourquoi ne te sers-tu pas d'elle pour appeler ton soi-disant pouvoir au lieu d'utiliser ces simulacres de magie ? Aurais-tu donc honte de toi, ou est-ce pour éviter de devoir révéler à toutes que tu n'as jamais reçu le moindre pouvoir ?
La situation semblait devenir de plus en plus instable. Les Gerudos semblaient confuses et ne parvenaient pas à déterminer qui avait raison. Hyr'iah et Kelar'iah étaient deux oratrices hors pair, et leurs paroles troublaient l'assemblée de plus en plus, incapable de décider qui croire exactement. Profitant du vacarme causé par la distraction, je tentais discrètement de me rapprocher de Médolie et d'Amipha, mais je dus vite arrêter à cause des gardes. Jetant un rapide regard vers l'assemblée, je vis alors Hyr'iah poser son sac par terre et en sortir…
- Peuple Gerudo, votre soi-disant reine n'a jamais obtenu ses pouvoirs, pour la simple et bonne raison qu'ils ont déjà été attribué ! Regardez toutes, voici notre relique la plus sacrée, le Masque du Tonnerre ! Kelar'iah ne pourra jamais le toucher car il m'a choisie, et ce bien avant l'attaque du palais. Car il s'agissait bel et bien d'un coup d'état, mais orchestré par Kelar'iah ! C'est toi qui as empoisonné notre bien-aimée reine, afin d'obtenir enfin le prétexte que tu recherchais pour te débarrasser de moi et revendiquer le trône ! Tu m'as injustement accusée de tes crimes, tandis que ta garde massacrait toutes celles qui restaient fidèles à notre défunte reine ! De tels crimes ne sauraient rester impunis plus longtemps ! Tu voulais la puissance de notre relique, eh bien je vais t'en donner un aperçu. Contemple la puissance du Masque du Tonnerre !
Au même moment, un formidable éclair déchira le ciel pour s'abattre à quelques dizaines de mètres derrière Hyr'iah, sous le regard incrédule des Gerudos. Des murmures s'élevaient de partout, tandis que de nombreux regards noirs se tournaient vers une Kelar'iah débordante de haine.
- J'aurais pu te foudroyer sur place sans te laisser la moindre chance, mais je refuse d'assassiner quelqu'un sans défense, aussi coupable soit-elle. Tu as dit vouloir régler ce conflit une bonne fois pour toute, eh bien soit ! Je te lance un duel Kelar'iah ! Toi et moi, avec juste nos armes, sans magie ni aide quelconque ! Et que nos ancêtres décident enfin laquelle de nous deux mérite vraiment d'être reine.
De loin, je pus voir Kelar'iah tourner la tête à la recherche de soutien, mais après les révélations d'Hyr'iah, les Gerudos semblaient l'abandonner une à une. Alors qu'elle regardait dans tous les sens, ses yeux s'arrêtèrent brusquement sur moi, et ce que j'y vis me fit frissonner d'effroi. Ce n'était plus le regard d'une reine fière et sûre d'elle, mais celui d'une personne se sachant acculée et rempli de haine. Arborant un sourire inquiétant, elle se retourna alors vers Hyr'iah et ramassa la grenade qui traînait à ses pieds.
- Tu as réussi à m'humilier devant notre peuple, et ce pour quoi ? Pour sauver ces deux pauvres idiotes en bas ? Je me demande à quoi tu tiens le plus… Te venger de moi ? Ou bien secourir tes nouvelles amies ? Tu veux un défi, eh bien soit je le relève ! Mais pour que ce soit plus palpitant, il faut plus de tension. Que dirais-tu d'une course contre la montre…ma sœur ?
Et avant que quiconque ait pu esquisser un geste, elle se retourna et propulsa violemment la bombe dans le vide, tandis qu'au même moment, une flèche enflammée s'éleva parmi la foule et embrasa la mèche. Au ralentit, je vis la bombe tomber à quelques mètres des filles, avant d'exploser bruyamment. Ces dernières ne subirent heureusement aucune blessure, mais je pus constater avec horreur l'apparition soudaine d'une énorme dune au loin, et qui semblait se rapprocher très vite. Le Moldarquor venait d'arriver. Avec un sourire carnassier, Kelar'iah se mit alors en position de combat.
- Et maintenant, que le combat commence pour de bon !
Il n'était plus question de suivre le moindre plan. Immédiatement, je lançais mon morse en direction des filles, tandis que sur le plateau régnait le chaos le plus total les fidèles de Kelar'iah se battant contre celles qui s'étaient maintenant ralliées à Hyr'iah. Les deux Gerudos s'affrontaient avec une violence inouïe, effectuant une chorégraphie mortelle avec leurs cimeterres. Laissant Hyr'iah à son combat, je me dépêchais de rejoindre mes amies le plus vite possible, tandis qu'au loin la silhouette du Moldarquor devenait de plus en plus imposante. Arrivant enfin vers les colonnes de pierres, je sortis aussitôt mon épée et commença à asséner de violents coups à la chaîne qui retenait fermement Amipha, mais malgré tous mes assauts, elle refusait de céder. Jetant un rapide coup d'œil en arrière, je vis l'imposante dune à maintenant moins d'un demi-kilomètre. Jamais je ne parviendrai à les libérer avant…
C'est alors que sans réfléchir, j'ordonnai à mon morse de foncer vers le Moldarquor. C'était une action-suicide, mais j'étais prêt à tout pour sauver Médolie et Amipha. Bien que récalcitrant, mon morse se lança à vive allure vers le monstre des sables, tandis que j'essayais de garder le meilleur équilibre possible sur mon bouclier qui me servait de planche. L'idée que j'avais en tête était complètement insensée, et nécessitait un timing parfait, auquel cas je risquais de finir en friandise pour Moldarquor. La distance qui nous séparait se réduisait de plus en plus vite, à tel point que durant un bref instant, je songeais à faire demi-tour, avant de me raviser. Je refusais de laisser tomber une nouvelle fois après tout ce que j'avais vécu, et c'est avec une détermination sans faille que je m'apprêtais à affronter le plus grand monstre d'Hyrule.
Juste avant l'impact, je fis dévier mon morse vers la droite, tandis que je détachais en même temps mon harnais. A peine une seconde plus tard, une immense gerbe de sable fut projetée à côté de moi, tandis que le Moldarquor se propulsait dans les airs. C'était le moment ou jamais ! Prenant appui sur mes jambes, je me jetais avec le plus de force possible sur la créature, et parvins in-extremis à m'accrocher à une des piques au niveau de son aileron dorsal, malgré la violence du choc lorsqu'il retomba lourdement sur le flanc. Profitant de ce moment d'inattention, je me mis à grimper vers son ventre désormais visible, sorti mon épée, et la planta jusqu'à la garde. Un immense mugissement résonna alors, tandis que le Moldarquor, fou de rage, se mit à plonger dans le sable, me laissant juste le temps de me cramponner à une de ses écailles avant d'être ensevelie sous le sable. Maintenir ma prise était extrêmement difficile, tant j'avais la sensation d'étouffer. Chacun de mes muscles me faisait souffrir, et je bataillais difficilement pour ne pas respirer le sable qui me frappait le visage. Si je lâchais maintenant, c'en était fini de moi mon seul espoir était d'espérer que le Moldarquor remonterait à la surface pour essayer de se débarrasser de moi autrement. Mais plus le temps passait, plus mes poumons me brûlaient à cause du manque d'oxygène. De nombreux points noirs commençaient à voiler ma vision, et je sentais ma poigne se relâcher lentement mais sûrement. Encore quelques secondes, et cela serait sans doute la fin du voyage pour moi, mon seul souhait était d'espérer qu'Hyr'iah avait réussi et que les filles étaient saines et sauves. C'est à peine si je sentis le Moldarquor changer de course, ou que mes mains lâchèrent finalement leur prise pour me faire chuter… au sol ? A moitié étouffé, je tentais tant bien que mal de recracher le sable avalé, tandis que le Moldarquor, désormais débarrassé de moi, retombait à terre avant de disparaître à nouveau sous le sable.
Complètement épuisé, ce fût à peine si je sentis être relevé par les bras, puis traîné sur le sable. Il me fallut plusieurs minutes avant de recommencer à percevoir l'environnement autour de moi, et ma première surprise fut que contrairement à ce que je pensais lorsque j'étais sous terre, j'avais été éjecté à peine à quelques dizaines de mètre de la falaise. La seconde, ce fût de voir que c'étaient les Gerudos qui m'avaient récupéré, et qu'elles m'amenaient vers trois silhouettes en haut de la falaise qui ressemblait à…Hyr'iah, Médolie et Amipha ? A peine fus-je relâché par les gardes une fois arrivé en haut qu'Amipha se précipita vers moi, avant de se jeter dans mes bras.
- Tu es revenu ! Je savais que tu ne nous abandonnerais pas ! Tu ne sais pas à quel point tu m'as manqué.
Je rêvais de lui dire que jamais je ne l'avais abandonnée, mais la joie de la retrouver était telle que je n'arrivai pas à sortir le moindre mot. Serrant affectueusement Amipha, j'adressai un sourire à Médolie, heureux de les retrouver saines et sauves, avant de me retourner vers Hyr'iah, intrigué.
- Dis-moi Hyr'iah, comment se fait-il que les Gerudos ne soient pas hostiles envers nous ? Est-ce que Kelar'iah est… ?
- Morte ? Oh non. Elle a préféré s'enfuir avec ses dernières fidèles en voyant que l'ensemble de mon peuple se retourner contre elle. La connaissant, je suis sûre qu'elle va chercher à se venger de nous un jour, mais en attendant elle n'est plus une menace.
Savoir que la responsable de tous ces malheurs allait certainement chercher à nuire m'inquiétais, mais le fait de savoir que cette mésaventure se terminait finalement bien me remplit de joie
- Tu es vraiment un voï plein de ressources. Jamais je n'aurais imaginé que quelqu'un essayerait un jour de grimper sur un Moldarquor. C'était une idée des plus originales, même s'il a fallu que j'intervienne pour te sortir de là.
Tentant tant bien que mal de cacher ma gêne, j'essayais de comprendre comment Hyr'iah avait pu me sortir de cette situation, lorsque mon regard se posa sur le casque du Tonnerre à ses pieds.
- Tu as foudroyé le Moldarquor n'est-ce pas ?
Pour toute réponse, elle afficha un large sourire, avant de s'adresser à l'assemblée Gerudo.
- Peuple Gerudo, la traîtresse Kelar'iah, par ses actes, a essayé de briser l'équilibre autrefois établi avec nos voisins en essayant de les envahir. Mais nous avons eu la chance de parvenir à l'arrêter avant qu'elle ne mette ses plans à exécution, et ce grâce au courage d'une seule personne. C'est elle qui m'a permis de retrouver l'espoir et la volonté de me battre contre Kelar'iah, et c'est aussi cette personne qui aujourd'hui nous a permis de nous libérer de la tyrannie. De toute notre histoire, rares sont les voïs qui obtinrent notre reconnaissance, mais plus rares encore sont ceux qui, à la suite d'actes héroïques, devinrent des membres à part entière de notre communauté. Moi, Hyr'iah, reine du peuple Gerudo, je suis heureuse de décerner, et ce avec l'approbation de mon peuple, le titre de Gerudo à Link, pour son courage et son aide inestimable.
A cette annonce, tout le monde se mit à applaudir, tandis que je rougissais d'embarras. Jamais je n'aurais pu imaginer un tel dénouement lors de mon réveil chez Hyr'iah. C'est avec bonheur que je parcouru des yeux l'assemblée autour de nous, lorsque je vis une Gerudo qui essayait se rapprochait de nous. Son visage, bien qu'en partie caché par la foule, ne m'était cependant pas étranger, mais impossible de mettre un nom dessus. La dernière fois que je l'avais vue, c'était… lorsqu'elle avait violement présenté Amipha et Médolie à l'assemblée lors du discours de la veille. C'était une des âmes damnées de Kelar'iah, et ma crainte se confirma lorsque je vis un objet luire dans sa main alors qu'elle arrivait juste derrière…
- Hyr'iah, attent…
La scène qui s'ensuivit se déroula alors comme au ralentit pour moi. Poussant Hyr'iah, je vis Médolie attraper violemment la guerrière, avant de basculer dans le vide avec elle en écartant ses ailes.
- Médolie !
Courant jusqu'au bord de la falaise, j'aperçus avec angoisse Médolie aux prises avec la Guerudo sur le sable, mais je sentis mon cœur s'arrêter de battre en voyant avec horreur une nouvelle dune de sable se diriger vers elles à toute vitesse.
- Médolie ! Sors de là vite !
Je m'apprêtais à descendre le sentier pour les rejoindre, mais Hyr'iah et une garde m'attrapèrent violemment et me plaquèrent au sol.
- Hyr'iah ! Qu'est-ce que tu fais ? Laisse-moi aller l'aider !
- C'est trop tard ! Tu ne peux plus rien faire pour elle !
- Lâche-moi ! Je refuse de la laisser tomber à nouveau ! Médolie !
- Te sacrifier ne servirait à rien ! Si jamais tu descends de cette falaise, tu meurs !
Incapable de me libérer malgré mes efforts, je ne pus qu'assister impuissant à l'arrivée maintenant imminente du monstre. Je vis Médolie lever la tête vers moi, un léger sourire sur son visage, puis le Moldarquor surgit en dessous d'elle.
- NON ! MEDOLIE !
Ce devait être un cauchemar, je refusais d'y croire. Après tout ce qui s'était passé, cela ne pouvait pas se finir comme ça. Médolie ne pouvait pas être morte, ce n'était tout simplement pas possible. Mais plus j'essayais de me convaincre du contraire, plus j'étais contraint de me rendre à l'évidence. Médolie était belle et bien morte, et j'avais échoué. Je n'avais pas su la protéger comme je l'avais promis. C'est moi qui aurais dû être à sa place c'est moi qui aurais dû mourir aujourd'hui, pas elle. Je sentais les larmes ruisseler sur mes joues, tant mon désespoir était grand. Elle m'avait fait confiance, et je l'avais abandonnée… Alors qu'Hyriah et la Gerudo me relâchaient enfin, je vis Amipha s'approcher lentement de moi, elle aussi bouleversée. Abattu, je l'enlaçais tendrement avant de me laisser aller au désespoir, accablé par la perte de celle qui venait de donner sa vie pour nous.
