Nuées Blanches

Chapitre 25 : Fuite

Sylvain avait regardé Felix s'entrainer avec son épée toute la journée. Il s'était aperçut qu'il ne faisait que ça, le regarder. C'était probablement pour cette raison qu'il avait cédé aux avances de cette Cora, une fille de meunier qui ne s'était intéressée qu'à son emblème. L'odeur entêtante du foin avait presque réussit lui faire oublier que ce n'était pas cette fille qu'il avait voulut avoir. Mais la porte des écuries s'était ouverte, permettant à la tempête de neige qui avait sévit dehors de pénétrer à l'intérieur du bâtiment.

Felix les avait regardés depuis le seuil, choqué, avant de s'enfuir sous la neige tourbillonnante.

Sylvain s'était élancé à sa poursuite, conscient qu'avec une telle tourmente, Felix ne survivrait pas s'il se perdait.

Il l'avait retrouvé dans un coin à l'écart, un endroit où il le retrouverait bien des années plus tard, après la mort de Glenn…

Felix lui avait adressé un regard chargé de reproches. Sylvain avait posé sa main sur son front et avait sursauté en réalisant qu'il était brûlant de fièvre.

Il avait voulut repartir chercher de l'aide mais Felix l'avait retenu par le bras. Il s'était vivement redressé et avait jeté ses lèvres sur celles de Sylvain. Dans ses yeux, Sylvain avait eut l'impression de voir le reflet de ses propres sentiments.

Mais l'instant d'après, Felix s'était évanoui.

Il ne s'était réveillé que deux jours plus tard.

Et aucun d'eux n'avaient jamais reparlé de ce qu'il s'était passé ce jour-là.

_oOo_

Chambre de Felix, jour 6 de la Lune de la Protectrice…

Sylvain garda les yeux fermés, terrifié à l'aidé de réaliser que sa nuit avec Felix n'avait été qu'un rêve de plus. Combien de déception avait-il eut ? Il ne voulait plus ressentir ça. S'il ouvrait les yeux et se retrouvait face à l'une de ces filles d'un soir… S'il réalisait que les caresses et les baisers échangés n'étaient qu'une illusion de plus, que leurs souffles mêlés n'avaient pas existés, ni leurs étreintes enfiévrées…

_ Personne ne doit être au courant, c'est clair ?

Sylvain ouvrit les yeux en entendant cette voix. Le visage de Felix en face du sien n'était pas plus expressif que d'habitude, mais ses joues rouges trahissaient son état d'esprit.

Le rouquin sourit et l'embrassa sans retenue, le brun se serrant contre lui sans plus de retenue que lui…

_oOo_

Vestibule…

Byleth avançait, perdue dans ses pensées. Depuis qu'elle avait lut le journal de Jeralt, elle ne parvenait pas à arrêter d'y penser. Y apprendre que sa mère avait été une sœur du monastère avant de tomber amoureuse de son père n'était pas une grande surprise. Mais y lire que Rhea avait fait quelque chose le jour de sa naissance, quelque chose de grave que son père soupçonnait d'être à l'origine de la mort de sa mère, lire que bébé elle ne pleurait pas plus qu'elle ne riait, lire que Jeralt avait mit en scène leur propre mort lors d'un incendie pour les soustraire tout deux à l'influence de Rhea… Elle n'arrivait pas à oublier le malaise qu'elle ressentait face à Rhea, comme une réminiscence des évènements entourant sa naissance. Clairement, il s'était passé quelque chose et elle aurait voulut savoir quoi.

Autre chose l'intriguait. Des pages au début et à la fin du carnet avait était arrachées. Jeralt aurait-il voulut lui cacher certaines choses ? Que c'était-il passé sur ses pages manquantes ? Ou bien quelqu'un d'autre s'en était-il emparé ?

La jeune femme se prit la tête entre les mains.

_ Tout va bien, professeur ?

_ Ah ! Claude ! Vous m'avez fait peur… ça va, je suis juste un peu perplexe.

_ A propos du carnet que vous tenez dans les mains ? Il a l'air vieux… Est-ce… un souvenir de votre père ?

Byleth hocha la tête avant de fixer Claude avec insistance.

_ Euh… oui ? Il y a quelque chose sur mon visage, professeur ?

_ Vous êtes intelligent, Claude, l'un des meilleurs élèves du monastère… Oui… Daraen aussi, mais elle est effrayante… Lysithea trop jeune… Linhardt, n'en parlons pas, il est trop occupé à flirter avec Elion… Claude, voudriez-vous lire ce journal et en tirer toutes les informations possible ? Je veux savoir ce qu'il cache, mais… C'est encore trop récent…

Claude sourit et hocha la tête. Il n'aurait pas imaginé que les choses soient si faciles. Il s'attendait à négocier pendant des heures avec Byleth pour lire le contenu des mémoires de Jeralt, clé de beaucoup de mystères, et voilà qu'elles les lui offraient sur un plateau d'argent.

_ Avec plaisir !

Byleth lui confia son carnet et se dirigea vers le réfectoire d'un pas un peu plus léger. Le chagrin d'avoir perdu aussi brutalement son père restait malgré tout là, bien visible, et Claude se sentait impuissant à soulager cette professeur qu'il considérait comme une sœur.

_ Mon petit Claude !

Le jeune homme sursauta et se retourna. Personne n'était derrière lui. Pourtant il était certain d'avoir entendu une voix l'interpeler. Il leva les yeux et les écarquilla en voyant Daraen juchée sur une pile de caisses installée là par les nombreux marchands d'Edelgard.

_ Que…

_ Ce carnet m'a tout l'air d'être très intéressant…

La jeune femme se laissa glisser souplement au bas de sa pile, et en la voyant, Claude frémit. Cette fille se mouvait comme un félin prêt à égorger sa proie.

_ Daraen ! Que puis-je faire pour vous ?

_ Discutons stratégie pour, disons… les cinq années à venir ?

Le délégué des Cerfs d'Or resta interloqué alors que Daraen l'entrainait par le bras vers les écuries du monastère, là où Chrom, Léo, Corrin, Niles, Kamui, Darios et Rowan les attendaient avec des airs de conspirateurs.

_oOo_

Réfectoire…

Byleth tritura son assiette sans y toucher, malgré les encouragements d'Edelgard.

_ Vous ne comprenez pas Lorenz ! Ne faites pas semblant de pouvoir me réconforter alors que vous ne savez pas à quel point… Le capitaine était comme mon père !

L'explosion attira le regard de Byleth et des autres élèves présents dans le réfectoire. Léonie repoussait la main de Lorenz, tendue vers elle dans un geste de soutien. Un mouchoir blanc dépassait de la poche de sa veste, derrière l'imposante fleur rouge épinglée sur son torse.

_ Comme mon père, vous entendez ?! Mais pour lui, je n'étais qu'une apprentie comme les autres ! Comment pouvait-il… Alors que cette garce ne souriait même pas lorsqu'il était là ! Et elle a eut le culot de pleurer sa mort !

Le doigt de la jeune fille rousse se tendit d'un geste accusateur vers Byleth alors que son visage n'exprimait qu'un profond méprit.

_ Elle n'était même pas là pour son enterrement ! Et c'est pourtant elle qu'il aimait plus que quiconque ! Elle n'est pas digne d'être la fille du capitaine !

Byleth encaissa chaque mot. Assister à l'enterrement de son père avait été au-dessus de ses forces. Elle s'était cachée dans un recoin du monastère pour pleurer tout son saoul. Ce n'était que bien plus tard qu'elle s'était aperçue que Darios et Rowan montaient la garde à l'entrée du couloir, comme pour empêcher quiconque de déranger la jeune femme dans son chagrin.

_ Je suis certaine qu'au fond, Jeralt avait honte d'avoir une fille aussi dénuée de sentiments ! Pourquoi l'aurait-il cachée sinon !?

Byleth posa la main sur la poignée de l'Epée du Créateur pendue à sa ceinture. Elle renonça à la tirer et se précipita vers la sortie du réfectoire en luttant contre les larmes brûlantes qui voulaient couler.

Elle entendit vaguement Léonie glapir de douleur dans son dos mais continua sa fuite éperdue. Elle oublia simplement qu'il y avait des escaliers et se retrouvant à genoux en bas des marches, à pleurer sans plus pouvoir se retenir.

_ Tout va bien, professeur… Tenez le coup encore un peu…

Elle reconnu la voix de Dimitri et le laissa l'aider à se relever pour la guider vers un endroit plus calme. Elle ne fit pas attention aux marches qu'ils montèrent, ni à leur pas résonnant dans un long couloir. Ce fut le bruit d'une porte se refermant doucement qui la fit relever la tête.

Dimitri l'avait amenée dans sa chambre, seul endroit où personne n'irait la chercher.

_ Soyez rassurée, professeur, vous pouvez rester ici aussi longtemps que vous le voudrais. Je… Je vais vous laiss…

Il ne finit pas sa phrase quand les bras de Byleth s'enroulèrent autour de sa taille pour le retenir. Elle tremblait alors que de lourds sanglots s'échappaient de ses lèvres.

Dimitri se retourna et la serra de toutes ses forces contre lui, caressant d'un geste apaisant ses cheveux indigo alors que la jeune femme pleurait pour de bon la mort de son père.

Tenter de rester forte, de garder la tête haute pour ne pas inquiéter ses élèves, elle ne le pouvait plus. Pas après avoir entendu Léonie lui cracher tout son méprit au visage.

_ Je suis là, professeur… Toujours à vos côtés… Toujours ensemble, quoi qu'il arrive. Je serais votre lance, si vous désirez la vengeance. Mes forces sont les vôtres. Vos ennemis sont les miens. Je ne dirais ces mots à personne d'autre. Mon bras et mon cœur n'appartiennent qu'à vous. Je combattrais pour vous… je tuerai quiconque vous me désignerez.

Byleth releva son visage baigné de larmes.

_ Je les tuerais… Monica, Solon, cet homme sorti de nulle part… Je les massacrerais !

Dimitri hocha la tête et Byleth enfouit de nouveau son visage contre son torse en pleurant de plus belle.

_oOo_

Réfectoire…

Claude retourna au réfectoire après un long interrogatoire de Daraen. Il était certain qu'elle planifiait quelque chose, et quand il le lui avait demandé, son sourire lui avait fait froid dans le dos.

Et pourquoi lui avait-elle demandé de lui dire tout ce qu'il trouverait dans le carnet de Jeralt remit par Byleth ?

L'agitation qui régnait dans la vaste salle relégua ses interrogations au fond de son esprit.

Le jeune homme s'approcha de Petra et posa sa main au bas de son dos pour ne pas l'effrayer en surgissant sans prévenir.

_ Il s'est passé quelque chose ?

_ Oui. Léonie a parlé des insultes à le professeur Byleth et elle est partie en pleurant. Ensuite, Dimitri a frappé Léonie et a rejoindre le professeur. Lorenz a prit Léonie pour aller à l'infirmerie.

_ Je vois… Merci pour ce résumé de la situation, très chère Petra. Que diriez-vous d'une petite partie de chasse ?

_ Maintenant ? Les cours de le professeur Hanneman vont commencer… Mais je ai très envie d'aller chasser. Allons-y !

Claude sourit joyeusement et présenta son bras à Petra pour partir avec elle. En marchant ainsi, il comprenait très bien pourquoi Dimitri souriait à chaque fois que Byleth et lui traversait le monastère ainsi.

Il comprenait aussi que le futur roi de Faerghus ait frappé Léonie si elle avait déversé toute sa rancœur sur Byleth. Lui-même se savait capable de montrer les crocs de façon parfaitement irréfléchie pour Petra.

Certaines choses rendaient irrationnel même les meilleurs stratèges.

Il se demanda si Daraen aussi pouvait se montrer irrationnelle, si Chrom était en danger.

_oOo_

Entrée de Garreg Mach, jour 8 de la Lune de la Protectrices…

Elion laissa son poste à son collègue venu le relever et se hâta de rejoindre l'étang.

Linhardt était assit au bord de l'eau, une canne à pêche à la main. Il était lourdement appuyé contre un tonneau et l'inclinaison de sa tête indiquait qu'il faisait l'une de ses nombreuses siestes quotidiennes.

Le garde de la porte sourit et s'assit à côté de lui, récupérant doucement la canne à pêche. Il avait toujours aimé pêcher, ses parents le lui avaient apprit quand il était enfant.

Linhardt émergea de sa sieste alors qu'Elion sortait un treizième poisson de l'étang.

_ Bonjour, Lin ! Bien dormit ?

_ Moui… Je n'avais pas envie d'aller m'entrainer, c'est épuisant. Cela dit, j'aurai put en profiter pour demander à Catherine de m'autoriser à toucher Fulgurante… Mais ces derniers temps, elle passe beaucoup de temps avec Ashe. Il semblerait qu'elle lui parle de son frère, un certain Christophe. Il est mort il y a longtemps.

_ En parlant de mort, Byleth semble se remettre doucement de celle de Jeralt. C'est triste qu'il soit parti si tôt, mais au moins, j'ai put le remercier de m'avoir sauvé quand j'étais bébé.

Linhardt hocha la tête et regarda la surface de l'étang se rider sous un souffle de vent.

_ Je crois que je suis dépourvu de la capacité à pleurer les morts… Si quelqu'un est mort, même s'il m'était cher, pourquoi perdrais-je mon temps à pleurnicher au lieu de continuer à vivre ma vie ? C'est comme cette idée qu'on ne doit dire que du bien des morts. Je ne la comprends pas non plus. Si je n'aimais pas quelqu'un de son vivant, pourquoi devrais-je prétendre le contraire une fois qu'il est parti ?

Elion serra la main du jeune homme dans la sienne et lança de sa main libre la ligne à l'eau.

_ Je ne te contredirais pas. Et j'espère que tu resteras fidèle à toi-même si jamais je venais à mourir…

_ Ne parlez pas de malheur… Et si vous mourriez… Je crois que je ne m'en remettrais pas.

Elion sourit et serra un peu plus les doigts de Linhardt.

_oOo_

Salle d'audience, jour 9 de la Lune de la Protectrice…

Rhea arracha presque des mains de Seteth les feuilles qu'il venait de lui apporter. Le bord déchiré indiquait qu'il s'agissait des pages d'un carnet.

_ Dame Rhea… dites-moi que ce raconte ces feuilles que j'ai trouvé dans le bureau de Jeralt… C'est faux, n'est-ce pas ?

L'Archevêque lui jeta un regard glacial que Seteth ne lui avait jamais vu.

_ Dame Rhea, ce nourrisson que Jeralt dit avoir trouvé sur un tas d'ordure… Et le garde que nous avons à la porte de l'entrée du monastère…

_ Va me chercher ce garde, Seteth… Cet Elion aurait dut disparaitre depuis bien longtemps !

Seteth sursauta à la voix de Rhea, à la façon dont elle lui avait parlé. Il s'inclina néanmoins et quitta la salle d'audience, s'autorisant à soupirer profondément. Au moins, Flayn n'avait pas assisté à cette scène. Il regrettait d'avoir apporté ces feuillets à Rhea. Il avait espéré qu'elle le rassurerait, dirait que ce n'était qu'un tissu de mensonge, divagation d'un homme qui vivait dans le souvenir de sa défunte épouse. Mais ce qu'elle avait dit…

_ Ce pauvre bougre était pourtant bien gentil… Si je livre Elion à Rhea…

_ Ne le faites pas.

Seteth sursauta et se retourna pour se retrouver face à Darios et Rowan.

_ Ne lui livrez pas Elion.

_ Je n'ai pas le choix.

_ Elle le tuera et vous le savez.

_ Rhea est généreuse et bonne, elle…

Darios saisi l'homme par le col de son vêtement bleu en le fusillant du regard.

_ Cette cinglée à tué plus de personne que vous ne pouvez l'imaginer ! Ne faites pas semblant de ne pas avoir lut l'histoire d'Elion. Ne faites pas semblant de ne pas savoir ce qu'elle voulait faire à ces hommes de l'Eglise Occidentale s'ils ne s'étaient pas enfuit ! Si vous êtes assez bête pour lui livrer Elion, nous vous affronterons.

Rowan soutint les propos de son compagnon en posant la main sur la poignée de son épée. Seteth l'observa et baissa les yeux.

_ J'ai quelque chose à dire à Flayn… J'irais chercher Elion à son poste dans une demi-heure.

Darios le relâcha et parti en courant avec Rowan sur ses talons.

Seteth réalisa en les regardant partir que ses jambes tremblaient. Le regard noir de Darios était terrifiant, comme emplit d'une ancienne rancœur et d'une soif de pouvoir inextinguible.

_oOo_

Jardin de Garreg Mach…

Daraen se retourna vers Rowan et Darios en les entendant courir vers elle.

_ Daraen ! Rhea… Elle veut Elion ! Il doit s'enfuir, maintenant !

La jeune femme regarda ses amis et lâcha le bras de Chrom avant de disparaitre pour se téléporter jusqu'à l'entrée du monastère.

Elion sursauta en voyant la jeune femme apparaitre devant lui.

_ Daraen ? Que faites-vous ici ?

_ Partez, maintenant. Rhea se doute de quelque chose, il n'y a plus un instant à perdre !

_ Partir ?

Daraen lui tendit la main et il la prit avant de sentir une sensation désagréable tordre son estomac. L'instant d'après, ils étaient de retour dans le jardin que la jeune femme venait de quitter.

Daraen glissa deux doigts entre ses lèvres et émit un sifflement. Une chouette surgit de nulle part et se posa sur son bras.

_ Elion, vous prendrez cette chouette avec vous et partirez à la recherche de tout ce que Rhea cache depuis des années. Vous voulez votre vengeance ? Vous l'aurez. Il nous faut des preuves de ses abominations. Quand vous aurez trouvé quelque chose, envoyez-moi cette chouette. Cependant n'oubliez jamais qu'aucune magie, pas même celle du Sang, ne peut vous trouver. S'il vous arrivait quoi que ce soit, ni moi, ni personne ne pourrait vous sauver.

Elion hocha la tête, un peu perdu. Daraen semblait avoir déjà prévu qu'il soit contraint de fuir un jour ou l'autre, prévu ce qu'il devrait faire, tout.

_ Vous êtes effrayante, Daraen.

_ Nous vous ferons partir cette nuit. En attendant, cachez-vous dans notre chambre à Chrom et moi. Même si un sort de dissimulation n'aurait aucun effet sur vous, ceux que j'ai jeté sur notre chambre resterons actif. Toute personne s'en approchant éprouve le besoin irrépressible d'aller voir ailleurs.

_ Et… Linhardt ?

_ Nous le protégerons. Ce que vous lui avez révélé de votre histoire sera protégé par les mêmes protections entourant nos esprits, à mes amis et moi. Prions pour que les adeptes de la magie du Sang ne soit pas légions, car contre eux, je ne peux rien faire.

Elion inclina la tête alors que son destin se voyait chamboulé de façon aussi brutale.

_oOo_

Entrée de Garreg Mach…

Elion rajusta son manteau gris sur ses épaules et vérifia le contenu de son sac de cuir brun. Une chouette blanche se posa devant lui en le fixant de ses grands yeux d'ambre.

Il secoua la tête et referma son sac d'un geste sec.

Tout était prêt.

Il leva les yeux vers la silhouette du monastère éclairée par la lune. Il haïssait la femme à la tête du lieu, mais pas l'endroit en lui-même. Comment pourrait-il mépriser l'endroit où il avait fait la connaissance de Linhardt ? Rien qu'en pensant au jeune homme, ses yeux bleu s'embuèrent. Pourquoi les choses en étaient-elles arrivées là ? Ils commençaient à peine à découvrir les joies d'être deux, et voilà que tout volait en éclats. Il devait partir et ne savait même pas s'il reviendrait un jour.

_ Si vous êtes parti avant l'appel de la messe du matin, je n'ai aucune objection à ce que vous alliez lui dire au revoir.

Elion se retourna et observa Daraen, accompagnée de Chrom.

_ Ce serait même mieux qu'il sache que vous partiez, sinon il risque de vous chercher partout et de s'angoisser.

_ Lui dire au revoir… A Linhardt ?

_ A moins que vous n'envisagiez de passer la nuit avec Rhea, je ne vois pas de qui je pourrais parler ! Léo pense comme moi, partir sans explication, il n'y a pas pire. Et… disons qu'il s'y connait, sur ce sujet.

Chrom tourna la tête en entendant un bruit indiquant que des personnes venaient dans cette direction. Plusieurs voix éclatèrent alors, dont celle de Niles clamant haut et fort avoir le droit d'assouvir ses désirs pervers avec son partenaire au beau milieu du chemin si ça lui chantait.

Chrom haussa un sourcil étonné. Il savait que Daraen avait posté les membres de leur groupe à divers endroits pour donner l'alerte en cas de patrouille approchante, mais ne s'attendait pas à une alerte de ce genre.

_ Il n'a rien trouvé de mieux, comme excuse ?

_ En même temps, c'est du Niles tout craché. Elion, le temps presse, vous devez partir.

Le garde de la porte hocha la tête, hésita à prendre le chemin des dortoirs puis se tourna vers la sortie du monastère.

Daraen le regarda partir, la chouette blanche planant haut dans le ciel.

_ Finalement, il n'ira pas voir Linhardt.

_ Va savoir, mon chéri… Va savoir…

_oOo_

Elion s'arrêta alors qu'il venait à peine de pénétrer dans la Forêt Scellée bordant Garreg Mach. Partir comme ça…

_ Avant que les cloches ne sonnent…

Il fit demi-tour sans réfléchir, reprenant le chemin du monastère.

Il longea le mur d'enceinte jusqu'à atteindre un endroit où des fenêtres perçaient la pierre à intervalle régulier. Il compta les fenêtres jusqu'à trouver celle qu'il cherchait. La seule à encore avoir de la lumière.

Le jeune homme sourit et, s'appuyant sur les interstices du mur, commença son ascension.

_oOo_

Chambre de Linhardt…

Linhardt recopia un passage de son épais volume de cuir abimé par le temps sur un parchemin avant de reprendre sa lecture.

_ Tout bonnement stupéfiant…

Dehors, il faisait nuit noire mais le jeune homme ne s'en préoccupait pas. Ses recherches étaient bien trop captivantes pour qu'il prenne le temps de dormir.

_ Encore en train de travailler… Et après il y en a qui s'étonne que tu passes tes journées à dormir !

Linhardt sursauta vivement et leva les yeux vers la provenance de la voix : sa fenêtre.

_ Elion !? Mais qu'est-ce que vous faites là ?

Le garde de la porte le fixa de ses profonds yeux bleus irréel, sans répondre. Il y avait quelque chose de triste dans son regard.

Il glissa sans bruit sur le sol et prit le visage de Linhardt entre ses mains avant de l'embrasser. Il s'écarta et posa son front contre le sien.

_ Je vais partir, Lin… Et je n'ai pas la moindre idée de quand je reviendrais.

L'élève resta stupéfait, incapable de prononcer un mot. Un froid polaire l'envahissait alors que les paroles d'Elion se frayaient un chemin jusque son cerveau.

Partir…

_ Non !

Il s'accrocha au manteau d'Elion pour tenter de le retenir. Chose parfaitement futile puisque le garde était bien plus fort que lui. Mais Elion ne bougea pas. Il recouvrit les mains de Linhardt avec les siennes et le fixa dans les yeux.

_ Je partirai demain, avant que les cloches ne sonnent l'appel de la première messe du matin. Nous avons toute la nuit…

Linhardt le regarda avant de l'embrasser en enroulant ses bras autour de ses épaules…

_oOo_

Elion regarda Linhardt dormir contre lui et se força à se lever. Il devait partir pendant que les brumes matinales le masqueraient à la vue d'éventuels guetteurs.

Il s'apprêtait à rattacher l'étui bleu à sa ceinture quand il regarda l'élève endormit. Il se rappela ce que son père lui avait dit en lui remettant cette dague, lui demandant de ne la donner qu'à celle qu'il aimerait au point de vouloir passer le reste de sa vie avec elle.

Il sourit et déposa l'arme sur le matelas à côté du visage serein de Linhardt.

Son père ne devrait pas lui en vouloir qu'il offre cette dague à celui, et non à celle, qu'il aimait.

Elion rajusta son manteau, récupéra son sac de cuir et sorti par la fenêtre, de là où il était venu.

Il regarda une dernière fois Linhardt en souriant un peu tristement.

_ Je te retrouverais un jour, Lin, c'est promit…


Mon dieu je suis désolée ! Je me suis aperçue que j'avais totalement oublié de poster le chapitre d'hier ! Je n'ai aucune excuse. Je pourrais en poster deux pour me faire pardonner… Ou pas XD Désolée, je vais continuer d'en poster un par jour !