Chapitre 40 : They all fall down (DAY 1)
Théodore Nott contemplait, impassible, les joyaux contenus dans le sablier de Serpentard. Les émeraudes scintillantes dominaient nettement les saphirs, diamants jaunes et autres rubis des maisons concurrentes. Contrairement aux années passées, le jeune homme n'éprouvait aucun enthousiasme au constat de cette première place dans la coupe des Quatre Maisons. Le climat dans lequel évoluait Pouldard et ses élèves n'était plus propice à quelconque engouement pour cette compétition reposant sur le nombre de points rapportés par chaque maison. Même le Quidditch lui semblait vide de tout sens aujourd'hui, bien que les matchs n'aient pas encore débutés en cette fin de mois d'octobre.
Les sabliers géants renvoyaient à Théodore son propre reflet. Ce futt avec gravité qu'il observa le Sang-Pur qui s'imposait face à lui. Paré avec classe de son costume sorcier trois pièces, son masque vénitien fait de dentelle métallique était là pour lui rappeler la raison de sa présence en ces lieux. Le regard qu'il se lançait à lui-même avait quelque chose d'accusateur et de coupable à la fois.
Le Bal Masqué d'Halloween organisé par les directeurs-adjoints, n'avait évidemment été réservé qu'aux seuls Sang-Purs. Il n'était sans dire que cela réduisait sensiblement le nombre d'invités. Sans mentionner ceux qui refusaient d'y assister par pure délation de cette déplorable ségrégation. Aurait-il dû en faire partie ? Etait-ce cela que dénonçaient ses yeux sombres et perçants à travers ce masque qu'il trouva tout à coup ridicule. Telle était sa plus grande lutte intérieure en ces temps ombrageux. Paraître ce qu'il n'était pas. Etre ce qu'il ne devait paraître.
Son statut de fils de mangemort le rongeait plus que tout et le rôle que cela lui conférait désormais n'avait jamais semblé aussi dur à tenir. Pourtant, cela lui assurait une place de choix dans ce nouveau contexte auquel était confrontée toute la communauté magique. Mais le fait était qu'il ne partageait aucunement les idées de son père, de ces mangemorts, et de ce Lord Noir qui désormais régnait. Alors – comme beaucoup d'autres – il endurait en silence la vision de la souffrance du monde.
Ses noires pensées s'interrompirent lorsqu'il sentit la présence d'une autre personne. Théodore tourna la tête vers le grand escalier de marbre et son esprit se vida aussitôt pour ne se concentrer que sur une seule et unique chose : sa cavalière.
Emma était là – toute de rouge vêtue – sublime. Alors que la jeune fille descendait lentement les marches, Théodore ne put que constater l'emballement de son cœur et la coupure de son souffle. Reprenant ce dernier, il remercia finalement la présence de son masque qui l'espérait-il, camouflait l'ineptie de son expression. Ses défenses tombèrent à nouveau une fois sa cavalière face à lui. Les yeux verts de cette dernière – surmontés d'un masque unissant les couleurs noires et rouges qu'elle arborait – le fixaient, d'abord impassibles. Puis, un sourire éclaira son visage. Sans doute était-ce le silence ridicule et embarrassant que le jeune homme ne paraissait réussir à quitter qui amusait ainsi Emma.
- Tu es magnifique, réussit-il à dire.
Elle ne répondit rien, son regard hypnotisant le traversant de toute part. Déglutissant difficilement, Théodore finit par inviter d'un geste sa cavalière vers la salle de bal. Emma cala son bras ganté au creux du sien et c'est ainsi que tous deux se dirigèrent vers la Grande Salle décorée pour l'occasion. Là n'était pas vraiment une décoration digne d'Halloween, mais le tableau que composaient ces invités masqués et ces ornements plus que classiques correspondait tout à fait à ce que l'on pouvait attendre d'un rassemblement de Sang-Pur.
A leur entrée, ils furent comme transportés dans un autre monde, emprunt de mondanité, frivolité et vanité. Tous les convives exécutaient à la perfection une danse traditionnelle Sang-Pur, un orchestre magique jouant l'un des plus célèbres et classiques morceau du monde sorcier. Théodore fut légèrement surpris du nombre de personnes occupant la piste de danse. Il ne lui semblait pas que Poudlard recensait autant de Sang-Pur. Son incapacité à reconnaître leurs identités amplifia cette étrange impression et le poussa à se tourner vers Emma pour lui en faire part. Cette dernière, bras tendu à l'horizontal et main levée, adoptait déjà la gracieuse position d'introduction de la prochaine danse, qui comme par hasard, commençait à l'instant. Le jeune homme répondit alors aussitôt à cette invitation silencieuse, se calant sur les pas et gestes du restes des convives.
Lorsque la phase introductive de la chorégraphie connue de tous ici prit fin, Théodore eut enfin l'occasion d'approcher sa cavalière d'un peu plus près. Une main sur sa taille, l'autre sur l'épaule, il tentait au maximum de dissimuler sa fébrilité. Perdu dans le vert de ses yeux masqués de cet élégant masque rouge et noir, il la faisait tournoyer au son des violons, hautbois et timbales. Le souvenir de leur première réelle rencontre s'imposa à lui. Il n'était en effet sans rappeler que tous deux avaient partagé quelques danses au cours de la soirée d'anniversaire de Daphné, un an et demi plus tôt.
Une fois les dernières notes de la musique évaporées, leurs corps cessèrent tout mouvement sans pour autant rectifier leur chaste mais sensuelle proximité. Le sourire tendre et affectueux qu'Emma lui lançait, lui réchauffa le cœur et les joues. Le jeune homme eut la soudaine impression que le monde autour d'eux avait disparu. Quelle ne fut sa surprise lorsqu'il constata que tel était littéralement le cas, un néant neutre et lumineux ayant pris la place de la salle de bal qu'ils occupaient quelques minutes plus tôt. Théodore ouvrit la bouche afin de manifester son étonnement mais ce fut sans compter Emma qui s'empara subitement de ses lèvres.
Oubliant soudainement l'étrangeté à laquelle ils faisaient face, il ne se fit pas prier et répondit ardemment au baiser. Une vague de désir le submergea lorsqu'il sentit tout contre son corps et ses mains la fine taille de sa cavalière. Les bras enroulés autour de son cou, Emma semblait s'accrocher à lui comme si sa vie en dépendait. Abandonnant sa prise, il leva ses mains vers le visage de la jeune femme alors que leurs bouches s'éloignaient doucement le temps d'un tendre regard vers l'autre. Croisèrent les siens des yeux mystérieusement libérés de tout masque, étincelants et enjôleurs. Il crut même y percevoir un soupçon de désir. Mais sans doute était-ce le sien, se faisant un peu trop saillant dans son esprit, ainsi d'ailleurs qu'au niveau de son corps. Après une légère moue coquine, la jeune fille enfouit sa tête dans le cou du jeune homme et entreprit d'y déposer de chauds baisers.
Théodore ne put retenir un soupir de plaisir et descendit ses mains le long des bras de sa cavalière désormais libres de tout gant, les caressant du bout des doigts. Puis, doucement, il entrelaça ceux d'Emma avec les siens. Faisant amoureusement pression sur les mains de sa partenaire, cette dernière se mit à lui titiller le lobe de l'oreille. Son souffle se perdit au creux de cette zone qu'il n'aurait pas pensée si érogène. Totalement envouté par l'instant présent, Théodore ne se préoccupa pas du fait qu'ils se trouvaient à présent dans sa chambre. D'autant plus que la jeune fille lui chuchotait ses premières paroles depuis qu'elle était arrivée auprès de lui ce soir-là.
« C'est toi que je veux, Théo. Ca a toujours été toi... »
Ne résistant plus à son envie de goûter à nouveau à ses lèvres, il recula brusquement la jeune fille pour mieux l'embrasser, encadrant délicatement ses joues qu'il caressa de ses pouces. Puis, se furent leurs corps qui les guidèrent jusqu'au lit de la pièce, quelques pas derrière Emma. Lorsque les jambes de cette dernière butèrent contre le rebord du grand meuble à baldaquin, elle se mit à déboutonner le gilet, puis la chemise du jeune homme avec hâte. Une nouvelle et brûlante vague de désir traversa alors le corps de Théodore qui se débarrassait de son costume sorcier
« Emma... »
Soupira-t-il en sentant la bouche de la jeune femme sur son torse, ne sachant lui-même si ce murmure faisait plutôt office d'encouragement ou de résistance à ce qui semblait se passer en cet instant. Comme pour répondre à cette interrogation muette, Emma se décala légèrement avant de défaire sa longue robe rouge. Celle-ci glissa jusqu'à ses pieds, découvrant alors son corps magnifiquement mis en valeur dans un ensemble de dentelle noire. Se reculant un peu plus, elle finit par gagner le lit tout en tirant à elle Théodore par la cravate quasiment dénouée déjà. L'énième rapprochement de leurs deux corps conduisit à un nouveau langoureux et passionné baiser.
Sans qu'il ne se rende vraiment compte du déroulement exact de leurs faits et gestes, le jeune homme se retrouva tout d'abord au-dessus de celle qu'il désirait plus que tout – leurs deux corps nus l'un contre l'autre. Une respiration haletante, des soupirs de plaisir, un échange de regards embués d'allégresse... Puis, ce fut lui qui se retrouva allongé sur le dos, menant à sa bouche le poignet de sa partenaire sur lequel il déposa son souffle chaud ainsi que quelques doux baisers.
Il ne put s'empêcher de remarquer l'absence de cicatrice sur la main d'Emma. Et comme pour illustrer ce constat, une voix sortie de nulle part vînt interrompre et briser l'intimité de cet instant de pur bonheur.
« Tu te doutes sûrement de la raison pour laquelle sa cicatrice n'apparait pas. »
Théodore eût un sursaut d'horreur lorsque cette voix qu'il connaissait bien lui parvînt aux oreilles.
- Drago ! s'exclama-t-il avec effroi, avant que ce ressentiment ne s'amplifie au moment de découvrir qu'Emma avait tout simplement disparu. Nom d'une gargouille ! Qu'est-ce que tu fous-là, putain ! continua-t-il en menant à lui l'un des oreillers afin de cacher sa nudité.
- Il me semble te l'avoir déjà dit pourtant, amorça le blond de sa voix trainante, confortablement installé dans un fauteuil rembourré. Il n'y a que dans tes rêves que tu peux compter poser tes mains sur ma fiancée.
- Rêve ou pas, je m'en fous ! Tu n'as absolument rien à faire ici, bordel de merde !
- La prochaine fois je penserai à frapper à la porte, fit-il nonchalamment tout en s'inspectant le dos de la main.
- Tu peux te la foutre où je pense, ta fichue porte ! Casse-toi de mon rêve, immédiatement, s'écria Théodore qui ne décolérait pas.
- Pas avant que je ne reprenne ce qui me revient de droit, se fit plus cassant et rude son interlocuteur d'infortune.
Plutôt éprouvé par tant de rebondissements, le jeune homme se prit la tête dans la main et se massa les tempes, espérant ainsi se réveiller et quitter ce qui était désormais devenu un cauchemar.
- Je ne voudrais pas te vexer, Théodore, mais tu penses vraiment que je suis du genre à tomber si facilement dans ton lit ? Tu me déçois beaucoup... lui parvînt la voix d'Emma à nouveau habillée de sa robe rouge et qu'il découvrit assise sur les genoux de son fiancé, les jambes et le dos reposant sur chacun des bras du fauteuil.
- Putain, Théo, tu vas finir par sortir de ce fichu rêve oui... se parla-t-il à lui même, en s'allongeant et en se couvrant la tête du second oreiller de ce qui était soit-disant son lit. Réveille-toi, bordel, allez...
Il ne voulait plus les voir, ni les entendre. Il ne voulait plus la voir, elle, ni repenser à ce à quoi il avait rêvé dans ce qui était devenu un cauchemar. Il n'attendait qu'une chose : en sortir.
« Tu vas finir par te réveiller, oui ! Théo ! Magne-toi, tu vas être en retard ! »
Cette fois-ci, c'était la voix de Blaise Zabini qui retentissait dans la pièce, de manière un peu trop forte à son goût. Il sortit difficilement sa tête de sous l'oreiller et constata qu'il était en fait allongé sur le ventre. Blaise, exaspéré par la lenteur de sa réaction s'était éloigné et bougonnait dans son coin. Légèrement hébété, Théodore était plutôt choqué au sortir d'un tel rêve. Dans un état second, il se redressa lentement en se ressassant les récentes images et sensations ainsi vécues. Un frisson le traversa et l'électrisa quelque peu.
- C'est pas trop tôt. Ca fait cinq minutes que j'essaie de te sortir du lit ! C'est que tu y avais l'air accroché à ton rêve. Allez grouille-toi, tu te souviens du sort qu'a réservé Carrow à Hopkins la dernière fois ? Bon ce n'était qu'un Sang-mêlé, mais vaut mieux pas tenter le diable.
Alors que le brun émergeait peu à peu, son camarade préparait ses affaires du jour, tout en lui jetant des regards moqueurs. Prenant conscience du peu de temps restant avant le début de son premier cours, le jeune homme se leva enfin et se dirigea vers la salle de bain. Un éclat de rire l'arrêta toutefois dans son action.
« J'ignorai que Carrow te faisait tant d'effet ! »
Blaise s'esclaffa de plus belle. Un coup d'œil vers son bas-ventre lui apprit la raison d'une telle boutade. Mi-gêné, mi-contrarié, Théodore fila rapidement dans la salle de bain, ne manquant pas d'offrir à son camarade de chambre un regard des plus meurtriers. Une fois sous la douche – froide de préférence – le Serpentard se dit que Blaise ne risquait pas d'oublier cet incident de sitôt. La semaine allait être longue.
*** They all fall down ***
Morag MacDougal émergea lentement de son sommeil. Elle porta la main à sa bouche afin d'étouffer le bâillement qui lui venait. Le réveil d'Emma sonnait depuis plusieurs minutes déjà, une douce mélodie parcourant ainsi la chambre avec insistance. Les souvenirs de la veille la submergèrent soudain, lui rappelant alors la raison pour laquelle elle se trouvait dans le lit de sa camarade de chambre et non dans le sien. Toutefois, rien n'expliquait encore l'absence de cette dernière dans ledit lit. Ouvrant les rideaux encore fermés du baldaquin, Morag découvrit une Emma en proie à de fébriles recherches.
La brune ne faisait aucun cas de son réveil dont la sonnerie retentissait toujours et ne semblait pas s'être rendue compte qu'elle n'était plus la seule éveillée. Un voile de tristesse assombrit le visage de Morag qui se doutait bien de la cause d'une telle fouille matinale. Soupirant d'impuissance, elle regarda son amie avec inquiétude, se préparant mentalement à l'affrontement qui suivrait sûrement.
- Emma...
- Où sont-elles ? demanda-t-elle abruptement au constat du réveil de sa colocataire. Où sont mes fioles ? C'est toi qui les a prises ? l'assomma-t-elle de questions alors qu'Emma mettait leur armoire commune sens dessus dessous.
- Si tu cherches tes fioles, elles sont dans le double fond du tiroir vide, répondit Morag la plus neutre possible.
Emma abandonna les piles de vêtements contre lesquelles elle s'acharnait et se dirigea vivement vers le lieu ainsi indiqué. Faisant valser le faux-fond de sa baguette magique, fut enfin atteint l'objet de sa demande. Morag perçut l'air dépité de son amie à la découverte des récipients plus vides les uns que les autres.
- Ma potion... Il n'y a plus rien... Qu'est-ce que t'en as fait ? geignit-elle, au bord du désespoir.
- J'ai vidé toutes tes fioles pendant que tu dormais cette nuit.
- Espèce de sale garce ! explosa-t-elle soudain en lui jetant au visage deux des échantillons que Morag évita de peu. Pourquoi t'as fait ça ! Pourquoi... se brisa sa voix dans un sanglot.
- Tu sais très bien pourquoi je l'ai fait, Emma.
- Non... Pas maintenant, Morag. Pas après ce qu'il s'est passé hier... gémit-elle les larmes aux yeux.
- Justement ! Te laisser la gestion de cette fichue potion après ce qu'il s'est passé hier...
- NON ! hurla brusquement la jeune fille, l'air complètement affolé, contrastant plus que jamais avec son calme et sa retenue habituelle. Il faut que.. J'en ai besoin, Morag, tu comprends...
- Emma, regarde-moi, tenta-t-elle de capter le regard de son amie en la prenant par les bras.
- Dis-moi qu'il en reste, par pitié, se dégagea-t-elle de l'emprise de Morag avant de retourner vers le tiroir et d'inspecter fiévreusement le fond de chaque fiole. Je ne pourrai pas affronter tout ça ! Pas sans cette potion. Je ne peux pas lui faire face sans elle ! s'exclama Emma avec une vive anxiété déformant sa voix.
- Drago ne mérite vraiment pas que tu te mettes dans un tel état pour lui, affirma la rousse en s'attirant le brusque regard de sa camarade de chambre, comme si cette dernière ne s'était pas attendu à ce qu'elle lui parle de lui. C'est bien de Drago dont tu parles ?
La jeune fille se recula et appuya son dos contre la porte de l'armoire qui se referma dans un claquement sec à son contact. Le regard perdu, elle semblait en pleine réflexion, comme rongée par un débat intérieur. Morag sentait que quelque chose lui échappait. Il y avait l'élément potion et le manque de cette dernière que son amie s'était habituée à prendre bien trop souvent. Puis, il y avait la coucherie de Drago qui l'avait mise à rude épreuve la veille au soir. Cela avait-il été suffisant pour la mettre dans un tel état ou s'était-il passé autre chose ?
Un nouveau regard vers Emma lui apprit qu'elle s'était laissée glisser au sol, ne cessant de dodeliner la tête de gauche à droite, comme si elle se refusait de faire quelque chose.
- Je ne peux pas aller à ce cours sans ma potion, Morag, déclara-t-elle résolument sans toutefois oser croiser son regard.
- Pourquoi ? demanda doucement la jeune fille qui ne voulait trop la brusquer. Il y a un problème avec Carrow ? C'est lui que tu ne veux pas affronter ?
Aucune réaction ne lui parvînt, les yeux verts obstinément tournés vers le sol jonché de vêtements et d'accessoires de tout genre.
- Ce n'est pas Drago dont tu parlais, mais de lui, n'est-ce pas ? ajouta-t-elle après s'être à son tour mise à sa hauteur et toujours aussi précautionneusement.
- Drago pourrait souffrir le martyr que je ne lèverai même plus le petit doigt pour lui, éructa-t-elle la gorge nouée.
- On est d'accord là-dessus alors, risqua Morag un petit rire succinct qui arracha le très faible sourire d'Emma. Quoiqu'il ce soit passé, il ne peut rien te faire. Ils ont besoin de toi à Poudlard. Ils ont besoin d'une Sang-Pur, fille de mangemort, au poste de Préfète-en-chef.
- C'est peut-être bien ça le problème... souffla la brune qui s'affairait à jouer nerveusement avec sa bague de fiançailles. Si seulement je n'étais pas tout ça... Préfète-en-chef, Sang-Pur, fille de mangemort, fiancée de mangemort ! ajouta-t-elle en agitant sa main baguée et rougie par les brûlures de la veille, sous les yeux de Morag.
- Si seulement tu n'étais pas devenue dépendante de cette maudite potion, glissa consciemment la rousse qui capta enfin le regard de sa camarade de chambre.
- Tu sais pertinemment, articula Emma avec un effort de contrôle, que l'on ne prive pas quelqu'un de son addiction, sans qu'il n'y ait de conséquences. Et... à l'heure actuelle, je ne me penses vraiment pas capable de gérer ce genre de conséquences.
- Je comprends. Tu es bien trop accro à ta potion pour une interdiction brusque et totale, déclara Morag, une lueur d'espoir se reflétant dans les yeux verts qui la fixaient avec intensité. Tu vois que l'espèce de sale garce est finalement plutôt compréhensive.
- Désolée pour ça... s'excusa Emma avec embarras.
- Voilà ce qu'on va faire, commença avec autorité et sérieux, Morag, qui attendit de capter à nouveau l'attention de son amie pour continuer. Tu auras droit à une demi-fiole par jour. Un quart le matin, un quart le soir.
- Ce n'est pas suffisant.
- On réduira les doses de semaines en semaines, jusqu'à ce que tu réussisses à t'en passer définitivement.
- Comme si c'était si facile que ça ! lança-t-elle après un petit rire nerveux.
- C'est le marché que je te propose. C'est à prendre ou à laisser. Evidemment cela inclue ta participation et ta promesse de te tenir aux doses que je te fournirai. Interdiction de te procurer toi-même cette potion par quel que moyen que ce soit. Et je me réserve le droit de fouiller tes affaires et de vérifier le contenu de tes colis.
- J'accepte ton « marché » à une seule et unique condition, tenta de négocier Emma après quelques secondes de réflexion.
- Laquelle ?
- Interdiction d'aborder à nouveau le sujet Carrow.
Morag plongea son regard opale dans celui résolu de sa camarade et essaya de déchiffrer les raisons de cette volonté de taire cette histoire. La gravité de l'addiction d'Emma pour sa potion l'emportait-elle sur l'éventuelle gravité des évènements survenus entre Amycus Carrow et cette dernière ? Etait-ce une erreur d'à nouveau fermer les yeux sur son intuition ? Car elle le sentait, quelque chose se passait. Mais aurait-elle seulement le pouvoir d'intervenir ? N'était-il pas mieux de résoudre un problème à la fois ? Quoiqu'il en était, une chose était sûre, cela ne serait pas tâche facile...
« Marché conclu. »
*** They all fall down ***
Drago Malefoy soutenait avec sérieux ces yeux bleu-acier qui faisaient baisser tant de regards. Posté devant le miroir de la salle de bain des préfets – attenante à la salle commune qu'il s'était appropriée depuis le début d'année – le jeune homme paraissait plongé dans une intense et grave réflexion. A la question, « Arrives-tu à te regarder dans la glace ? », la réponse était – comme il cherchait à se convaincre lui-même – oui, puisqu'en tout état de cause, tel était le cas. Mais le fait était qu'il n'arrivait plus à quitter des yeux celui qu'il voyait dans son reflet. Là n'était pas du narcissisme, bien qu'il puisse régulièrement en faire preuve. Ou était-ce plutôt à son personnage qu'il fallait attribuer ce genre de comportement futile ? D'ailleurs quelle était donc la réelle limite entre son personnage et sa personne ? Telle était la question qui planait au-dessus de lui ces derniers temps.
A quoi jouait-il réellement ? Jouait-il ou était-il ? Il avait beau effleurer l'écoute de ces questions existentielles, qu'il les chassait aussitôt, adoptant alors la belle et fameuse politique de l'autruche. C'était tellement plus facile ainsi. Pourquoi se torturer à écouter son esprit lui-même torturé ? Il avait un rôle comme fait sur mesure à sa disposition,. Alors comme toujours, il l'endossait, sautant à pieds joints dans ce contre quoi une infime partie de son esprit le mettait sans cesse en garde. Mais c'était là un engrenage sans fin, dont les rouages avaient été activés au jour de sa naissance. Il était Drago Malefoy et se devait donc d'agir comme un Drago Malefoy.
Alors pourquoi ne se sentait-il plus aussi en phase que par le passé ? Et quel passé... Son monde s'était écroulé depuis bien longtemps déjà, un certain jour de juin 1996, lors de l'arrestation de son père au Ministère de la Magie. Depuis tout n'était qu'échec autour de lui. La réhabilitation des Malefoy à travers sa mission – échec – l'entretien et le maintien de ses relations avec sa fiancée en vue de la construction de leur vie maritale – échec – et même cette inexplicable envie et besoin de protection envers Astoria, pour qui il admettait un sincère attachement – échec. Pourquoi avait-il fallu qu'il atteigne ce point de non-retour, ce marqueur, cette ligne, qu'il s'était juré de ne pas franchir ? Car au fond tout était lié. Sa relation avec Astoria – élément aussi futile soit-il de sa vie – influait logiquement sur son futur mariage avec Emma, qui lui même aurait inévitablement des conséquences sur une éventuelle réhabilitation des Malefoy.
Le jeune homme soupira bruyamment avant de rompre enfin le contact visuel avec son reflet. Il ouvrit une nouvelle fois le robinet et s'hydrata le visage, ses mains tirant légèrement sur ses joues. Drago avait déserté sa chambre une demi-heure plus tôt, après une courte nuit en grande partie due à sa longue insomnie. Astoria dormait encore d'un sommeil si paisible qu'il avait eu du mal à en supporter la vision. Succomber à son désir pour elle n'avait pas été la meilleure de ses décisions et le regret se faisait déjà sentir en lui. Elles ne lui pardonneraient pas. Astoria ne lui pardonnerait pas de ne pas donner suite à ce qu'elle devait forcément attendre de lui après cette première fois. Et Emma... Devait-il en être ainsi de ce triangle qu'ils formaient, où chacun se voyait incapable de pardonner à l'autre ?
Secouant la tête afin de chasser ses pensées, Drago décida qu'il était temps de mettre fin à cette séance d'introspection. Comme il le disait, ces histoires de relations étaient futiles, surtout dans le climat actuel. Il allait perdre Astoria – soit – c'était certainement mieux ainsi pour elle. Cela avait dû faire enrager Emma plus que tout – parfait – ce n'était pas comme si elle ne le méritait pas. Non pas qu'il voyait dans cet acte une vengeance, mais là avait sans doute été l'occasion de la décevoir autant qu'elle l'avait déçu lui. Mais en y réfléchissant, il aurait certainement eu plus de facilités à digérer une tromperie de sa fiancée que la trahison de sa confiance. Les hormones, ça ne se commandait pas après tout, il en était le premier témoin.
Ce fut sur cette réflexion très mature que le jeune homme quitta la salle de bain par la porte menant directement au couloir. Abandonner Astoria de la sorte au lendemain de leur nuit passée ensemble faisait de lui un incroyable et beau salaud. Mais n'était-ce pas là un comportement correspondant au rôle qu'il s'était forgé toutes ces années durant ? Drago Malefoy était un con arrogant, égocentrique et méprisant. C'était donc ce qu'il allait continuer à être ou alors n'était-ce qu'à jouer ?
*** They all fall down ***
Michael Corner quittait hâtivement la tour ouest de Poudlard où se trouvait en sus de la salle commune des Serdaigle, la volière du château. Le jeune homme avait décidé d'y faire un saut avant son cours d'Art de la magie noire afin d'envoyer un hibou à sa petite-amie, Cho Chang. Il était préférable de ne pas se faire remarquer dans ce cours, voilà pourquoi Michael pressait le pas afin d'éviter tout retard.
Pour ce faire, le jeune homme avait volontairement quitté plus tôt la Grande Salle et ses amis. Désormais réduit de moitié, leur groupe n'avait jamais semblé aussi brisé. La faute à cette guerre et ce pouvoir tyrannique, la faute à Emma aussi, ne pouvait-il s'empêcher de penser. Michael avait vécu l'implication d'Emma – aussi infime soit-elle – comme une trahison pure et simple. Il en avait fait des efforts pour essayer de comprendre celle qu'il considérait comme l'une de ses plus proches amies et la situation épineuse dans laquelle elle s'était retrouvée bien malgré elle. La mort de Dumbledore avait cependant changé la donne. Il avait beau avoir vu Severus Rogue ôter la vie de l'ancien directeur de Poudlard, il ne pouvait s'enlever de l'esprit la présence de Drago Malefoy en haut de cette tour et donc l'inévitable complicité d'Emma dans ce drame. Il n'en revenait toujours pas. Un excès de rage s'empara de lui.
Elle avait été au courant de quelque chose et avait préféré se taire pour mieux protéger son crétin de fiancé. Michael considérait que la jeune fille avait fait son pas de trop dans le camp ennemi. Il suffisait de la voir d'ailleurs aujourd'hui : une Préfète-en-chef exécutant ce stupide règlement et obéissant à cette satané direction. Le pire dans tout ceci était qu'elle paraissait fière de ce statut, fière de faire partie de ce cercle Sang-Pur qui oppressait le reste du monde. Il avait beau lui-même été étiqueté de ce statut de sang – de même que son ami Anthony – jamais il ne s'assimilerait à ces riches familles traditionalistes et à leurs pratiques et modes de pensées arriérés.
Comme à chaque fois que ce sujet accaparait son esprit, Michael en sortit remué et agité, comme submergé d'une sourde rancœur. Ce fut par conséquent légèrement sur les nerfs que le jeune homme quitta les escaliers magiques et atteignit le premier étage afin de rejoindre sa salle de classe. Au carrefour du premier couloir, il croisa Ernie Macmillan et Wayne Hopkins, deux de ses amis de Poufsouffle.
- Salut les gars, les salua-t-il posément.
- Hé, salut Michael, lui répondirent-ils, contents de le trouver là.
- Prêts pour deux heures de pur bonheur ? ironisa-t-il face à leur emploi du temps matinal.
- M'en parle pas... bougonna Wayne Hopkins qui se souvenait surement douloureusement du dernier cours auquel il avait risqué un retard.
- Tu as entendu ce qu'on raconte sur nos Préfets-en-chef ? Ca a dû vous faire un choc, Padma, Anthony et toi ? demanda prudemment Ernie, intriguant alors le jeune homme.
- Tu as dû quitter la Grande Salle avant que ça ne fasse le tour de table des Serdaigle, supposa Wayne.
- Oh vous savez, la vie d'Emma ne nous intéresse plus vraiment depuis quelques temps... feignit-il d'être indifférent alors même que la curiosité le démangeait.
- Franchement, il y a de quoi être choqué ! Surtout pour vous qui avez été si proches... assura Ernie avant que son camarade de maison ne dévoile enfin ladite nouvelle.
- Il paraitrait qu'elle et Malefoy sont fiancés ! fit-il alors, Michael le fixant d'un regard indéchiffrable.
- Tu le savais déjà ? suspecta Ernie face au manque de réaction de son ami.
- Pourquoi croyez-vous qu'on ne se côtoie plus, décida-t-il de confirmer, les trois jeunes hommes continuant toujours leur marche.
- Ceci explique donc cela, commenta Wayne comme s'il comprenait mieux le subit éloignement des amis Serdaigle.
- Mais tu le savais depuis longtemps ? Depuis quand sont-ils fiancés ? Et surtout, comment ça a pu arriver ? enchaîna Ernie les questions.
- La vraie question est, comment est-ce que Poudlard a-t-il bien pu être au courant ?
- C'est le jeune Ackerley qui a lâché le morceau, apprit Wayne avant que son camarade de maison ne continue la petite histoire.
- Il sortait tout juste d'une retenue de Carrow frère. Il était dans un sale état le pauvre selon Seamus. Et apparemment, Oreiro aurait bel et bien participé à la punition.
- Elle a quand même eu la présence d'esprit de le raccompagner jusqu'à la salle commune des Gryffondor.
- Ca n'excuse rien, affirma Ernie avant de jeter un regard à Michael qui restait jusque là silencieux.
- Vous voulez dire qu'Emma a torturé Adrian Ackerley aux côté de Carrow ? sembla intégrer le jeune homme alors que ses camarades hochaient affirmativement la tête avec gravité.
Michael se sentit soudainement bouillir de colère. Comment avait-elle osé obéir aussi aveuglément ? Evidemment, il était désormais coutume de se voir contraint à user de sortilèges de torture au cours des cours d'Art de la magie noire. Mais la plupart des élèves s'arrangeaient toujours pour en réussir le moins possible, quitte à récolter des Trolls ou autres représailles physiques. Toutefois, ce qui s'était passé avec Ackerley était hors du cadre des cours. Même hors du cadre de son statut de Préfète-en-chef, car ce n'était pas à ces derniers de mener les punitions.
Ce fut donc une soudaine rage envers celle qui avait été son amie et bien plus encore qui conduisit Michael à accélérer le pas. Impulsif qu'il était, il n'avait plus qu'une envie : mettre Emma face à la méprisante personne qu'elle était devenue. Enfin le couloir de la salle de classe atteint, il fondit vers le petit groupe d'élève rassemblé devant la porte en attendant le début du cours. Il repéra rapidement Anthony et Padma en compagnie de leur petite-amie pour l'un, et sœur pour l'autre. Lavande Brown, l'amie de Parvati était également présente. Il ne vit aucune trace de celle qu'il cherchait, les élèves n'étant pas encore au complet. Michael rejoignit donc ses amis, les nerfs à vif.
- Vu ta tête, tu as dû apprendre la « nouvelle », l'interpella Padma alors que tous l'observaient.
- Elle a pas intérêt à montrer le bout de son nez, si elle y tient, grogna-t-il plus qu'il ne cria.
- Calme-toi, Michael. On ne sait pas exactement ce qui s'est passé... tenta de temporiser comme à son habitude Anthony.
- Adrian tenait à peine sur ses jambes, informa Parvati qui avait été présente au retour du première année dans sa salle commune.
- Une fois Oreiro partie, il n'a plus vraiment rien dit. Mais c'est quand même dingue cette histoire de fiançailles, ajouta Lavande en risquant un regard vers Drago Malefoy quelques mètres plus loin.
- Ce qui est vraiment dingue, c'est que même ma propre sœur a gardé ça pour elle, invectiva la deuxième Gryffondor avant que tous ne se turent.
Ne se sentant pas concerné par cette réprimande, Michael jeta un coup d'œil à Malefoy et constata que ce dernier était en compagnie de Parkinson. Leurs yeux se croisèrent furtivement, le temps d'un regard tueur pour l'un et hautain pour l'autre. Il ne savait qui des deux il détesta le plus sur le moment, cette fouine écœurante ou sa fiancée décevante. Une silhouette les dépassant tous changea quelque peu la donne et remporta le palmarès de haine.
L'arrivée d'Amycus Carrow expliquait le silence s'abattant sur le petit groupe. Ce fut à reculons que les élèves gagnèrent la salle de classe. Michael était le dernier de la file, Ernie et Wayne ayant rejoint leur amie Susan Bones. Quasiment devant l'entrée de la salle, le regard du jeune homme fut attiré par deux nouvelles arrivantes. La colère le submergea à nouveau, l'image d'une Emma torturant sans merci le première année Gryffondor s'imposant à lui.
- Toi ! l'interpella-t-il en fondant sur la Serdaigle accompagnée de Morag MacDougal. Comment peux-tu encore te regarder dans une glace ! Tu n'es pas mieux que toutes ces pourritures, Emma. Tu viens juste de franchir le pas qui te fais devenir comme eux maintenant.
- N'étais-je pas déjà une pourriture à tes yeux, Michael, lui rétorqua-t-elle froidement en le prenant de haut.
- De quoi parle-t-il ? questionna MacDougal alors qu'Emma avait repris son avancée, non sans manquer de frôler abruptement le jeune homme par pure provocation.
C'en fut trop pour Michael qui retînt brutalement la brune d'une dure pression juste au-dessus des clavicules. Lorsque leurs regards se croisèrent, une lueur de défi brilla dans chacun de leurs yeux. Peu importait l'heure qu'il était et le lieu où ils se trouvaient, le jeune homme voulait faire payer à Emma ses actions méprisables de ces derniers mois. C'était plus fort que lui.
- Ne t'ai-je pas fait comprendre de ne plus jamais poser tes mains de primate puéril sur ma personne, Michael ? lança Emma, placide.
- Et tu m'as également suggéré le recours au duel si je me souviens bien, renchérit le jeune homme qui ne se départait pas de son soudain calme, non moins polaire.
- On peut savoir ce que tu fais, Corner ? intervint de nulle part Théodore Nott qui venait tout juste d'atteindre le couloir en compagnie de Blaise Zabini, apercevant ainsi la scène de loin.
Michael ne quitta pas Emma des yeux, alors que celle-ci lui renvoyait son regard le plus perçant. Il se rendait bien compte qu'il avait intérêt à contrôler ses pulsions. Carrow n'attendrait pas bien longtemps et ils auraient tous les cinq assurément droit à de viles réflexions de la part de leur professeur.
- Tu n'as qu'à considérer ça comme la provocation d'un « sorcier respectable », murmura-t-il à l'oreille de son ancienne amie en reprenant les mots qu'elle avait usé le jour de la rentrée, avant de la repousser sèchement vers Nott qui la réceptionna de plein fouet.
- Du mal à supporter les fiançailles de ton ex, peut-être ? tenta une pique Zabini qui s'attira alors le regard surpris de MacDougal.
- Comment tu sais-ça toi ? demanda-t-elle aussitôt, ne semblant pas avoir eu vent des rumeurs matinales.
Le sourire moqueur aux lèvres, Michael décida qu'il était enfin temps pour lui de rejoindre la salle de classe. Qu'importe la punition qu'il risquait pour son retard, il ne regrettait pas son petit accrochage avec Emma. Il était temps qu'ils règlent leurs comptes une bonne fois pour toute. Il était temps que lui, tire un trait sur celle qu'il avait pu connaître autrefois. Anthony avait raison, il ne pouvait plus continuer comme ça, à sans cesse s'accrocher à elle, même si c'était pour le moment de manière haineuse et rancunière. Et si un duel était la solution, alors il aurait lieu.
*** They all fall down ***
Amycus Carrow présidait son assemblée d'élèves avec toujours autant de satisfaction. Qu'il lui était grisant de sentir cette haine, cette crainte et cette appréhension passant dans leurs yeux à chaque début de cours.
Un regard circulaire lui fit constater que contrairement à l'accoutumée, plusieurs élèves manquaient à l'appel. Il ne fut guère étonné de voir que la jeune Oreiro faisait partie de ces derniers. Cet avorton d'Ackerley n'avait pas mis bien longtemps à colporter la participation de la Préfète-en-chef dans sa récente retenue, ainsi que – fait anodin – les fiançailles de cette dernière avec son homologue masculin. De quoi donc remuer cette chère Emma Oreiro. D'ailleurs, tel semblait être devenu son passe-temps favori depuis peu : mener la vie dure à cette potentielle main d'œuvre dans les rangs du Maître.
C'était certain, Amycus Carrow prenait ainsi malin plaisir à tourmenter la fille d'Héléna Dorkins. Le souvenir de cette femme fit monter en lui une vieille rancœur. Ce n'était toutefois pas le moment pour se remémorer le passé, une quinzaine d'élèves patientant en silence le fixant de leur regard méfiant. Juste avant qu'il ne se décide à prendre enfin la parole, le premier retardataire – à savoir un Serdaigle héritier de la médiocre famille qu'était devenue les Corner – fit son apparition, bientôt suivi des quatre autres élèves manquants.
- Il me semblait bien que l'air n'était pas aussi respirable que d'habitude. Cinq Sang-Pur manquant à l'appel, ça ne passe pas inaperçu, intervint le professeur face aux nouveaux arrivants.
- Veuillez nous excuser, professeur, pour ce malencontreux retard, présenta ses excuses au nom de tous la jeune Oreiro qui – il le remarqua avec une jubilation certaine – se refusait à croiser son regard.
- Il est sûr que ce n'est pas là l'exemple à donner pour une Préfète-en-chef, réprimanda-t-il modérément compte tenu de leur statut de sang. Il reste justement quatre places au premier rang, aux côtés de votre... ajouta-t-il avant de laisser un léger suspense volontaire au moment de désigner Drago Malefoy, « collègue ».
Laisser en suspend la fin de sa phrase lui valut enfin un regard de la part de son élève. Le contact visuel se rompit presqu'aussitôt qu'il s'établit, la jeune fille exécutant les ordres de son professeur, les trois autres à sa suite.
- Monsieur Corner, il ne me semble pas vous avoir autorisé à vous installer. Serdaigle perd vingt-cinq points pour votre impolitesse, sanctionna-t-il le premier retardataire qu'il avait jusque là ignoré. Bien, maintenant que tout le monde a daigné faire acte de présence, le cours peut donc commencer. Inutile de sortir votre manuel, Monsieur Zabini, interrogation surprise pour tout le monde.
Un sourire cruel échappa à ses lèvres alors qu'il observait avec contentement les réactions diverses et divergentes de son assemblée. Il s'intéressa particulièrement à celle de sa proie actuelle, Emma Oreiro, qui paraissait plus contrariée d'avoir le jeune Malefoy pour voisin que par l'annonce de cette interrogation inopinée. D'un coup de baguette, le professeur fit apparaître les sujets devant chacun des élèves.
« Vous avez une heure. »
Quinze minutes plus tard, nonchalamment installé à son bureau, Amycus Carrow s'ennuyait déjà. La vie de professeur était loin de correspondre à ses envies, lui qui aimait l'action et le combat. Bien sûr, mener cette petite dictature aux côtés de sa sœur était jouissive, mais plutôt lassante à la longue. Voilà pourquoi il était plutôt fier d'avoir enfin trouvé un hobby dans le fait de parfaire l'éducation mangemoresque de l'héritière Oreiro. Il avait d'ailleurs hâte de mettre à exécution le plan qu'il avait concocté pour elle, ses obligations de professeur l'empêchant toutefois de pouvoir agir dans l'immédiat. Et quelle idée, de leur avoir collé cette interrogation écrite qu'il allait devoir corriger. A moins qu'il ne la refile à sa sœur qui serait sans doute heureuse de traiter d'autre chose que de vermine moldue.
Au bout de trente minutes, Amycus regretta totalement et purement l'idée de cet écrit surprise. Rien ne valait la pratique, surtout en ce qui concernait l'Art de la magie noire. Ce fut ainsi qu'il se décida à prolonger cet examen d'une partie pratique. Il les ferait combattre tous contre tous lors de la dernière heure. Cela serait un bordel pas croyable, impossible à noter. Mais peu importait, il n'était pas du genre à noter les élèves en fonction de leur mérite. Voilà donc ce qu'il allait faire les trente prochaines minutes : établir des notes pour chacun des élèves, se réservant tout de même le droit de les modifier en cas de réelles surprises ou de navrantes déceptions au cours de l'exercice pratique.
Le mangemort garda selon lui le meilleur pour la fin. Un doute subsista cependant : quelle note donner à la jeune Préfète-en-chef ? Se devait-il de rester à la notation de base, à savoir Troll ? Un coup d'œil vers la jeune fille fit naître en lui la pensée qu'elle n'avait rien d'un troll. Il fallait l'avouer, elle était même plutôt agréable à regarder. Comme sa mère fut un temps, se dit-il avant de revenir au but de sa réflexion initiale. Ainsi, s'il fallait noter son physique – ainsi que son talent – il était sûr que la note Optimal lui reviendrait de droit. Mais voilà, il n'était pas d'humeur à lui faire ce plaisir. La veille, son insolence l'avait certes amusé, mais ce n'avait pas été là un comportement approprié pour une élève Sang-Pur de son rang. Désolant, voilà ce que cela avait été. Qu'avait-elle d'autre pour elle afin d'éviter ce D qu'elle n'avait surement jamais dû récolter de toute sa scolarité ?
Qu'en était-il de sa performance lors de la séance de torture de l'avorton ? N'avait-ce donc pas été un Effort Exceptionnel de sa part ? Non, tout de même pas. Elle était capable de beaucoup plus et de beaucoup mieux. Cela n'avait été que d'un niveau Acceptable. Il lui faudrait davantage de pratique pour espérer atteindre la note suprême. Tel était d'ailleurs ce qu'il comptait entreprendre une fois son plan mis à exécution. Un sourire cruel naquit sur son visage à la pensée de ce dernier.
Devait-il ainsi apposer définitivement la note Acceptable à la jeune demoiselle ? Le méritait-elle vraiment ? Ne valait-il mieux pas plomber plus intensément son moral en ne lui mettant pas la moyenne ? La fin de l'interrogation écrite allant bientôt sonner, il fallait qu'il se décide rapidement. Un dernier regard vers la fille de son ancien instructeur lui fit prendre sa décision finale. Son retard du matin lui vaudra le Piètre résultat qu'elle recevra, à moins qu'elle ne le surprenne. D'ailleurs, il allait lui en donner l'occasion.
- Le temps est écoulé, annonça-t-il soudain alors que les copies de tous disparurent d'un coup de baguette magique. J'ose espérer avoir affaire à quelques chefs-d'œuvres, mais je crains que ça ne soit peine perdue. Bon, passons maintenant au plus intéressant : l'interrogation pratique !
Un froid sembla être jeté dans l'assemblée d'élèves. Voyant la mine mécontente et résignée de ces derniers, sa journée ne pouvait mieux commencer. Il était toujours jouissif de voir l'expression rageuse de certains, tel que le fils Longdubat, Gryffondor de son état. Sa satisfaction prenait toutefois fin dès que ce dernier se permettait de prendre la parole, ce qui était bien trop souvent le cas à son goût. Fort heureusement cela n'était pas encore arrivé en ce jour. Peut-être était-ce dû au fait que pour une fois, il leur avait imposé ce à quoi tout autre professeur avait recours : une interrogation.
- Me sentant sous un bon jour, je vous offre la possibilité d'assister à une démonstration qu'auront l'honneur de nous présenter nos deux Préfets-en-chef, lança avec délectation l'homme massif en guettant les réactions mutuelles de ces derniers. Encore faut-il qu'ils daignent prendre place, précisa-t-il froidement, déçu de voir l'inertie totale des deux fiancés.
Drago Malefoy fut alors le premier à se lever et à rejoindre le bureau que le professeur fit disparaître en un mouvement. La jeune Oreiro l'imita vite et se plaça de manière à tourner le dos à Amycus Carrow. Ne souhaitant satisfaire sa volonté d'éviter tout contact visuel, il parcourut lentement la classe et trouva l'emplacement idéal pour ne rien rater des actions des deux Préfets-en-chef. Décidément, la Serdaigle avait bien du mal à affronter le regard d'autrui ce matin-là. Cette dernière gardait les yeux résolument baissés vers le sol, bien que son port de tête se faisait le plus hautain possible.
Ces deux-là n'avaient pas l'air de beaucoup s'apprécier. En y réfléchissant, il ne les avait jamais vu entretenir un lien autre que celui de Préfets-en-chef. Il fallait dire que Drago Malefoy n'était plus un aussi haut placé parti que par le passé. Le jeune Serpentard se contentait de fixer sa partenaire – ou plutôt son adversaire – comme s'il la défiait silencieusement de croiser son regard.
« C'est quand vous voulez. »
Le professeur d'Art de la magie noire s'impatientait alors que de légers murmures bourdonnaient au fond de la salle. Après tout, les adversaires n'étaient-ils pas les fiancés récemment mis au jour ? Son invitation à débuter le duel sembla atteindre son but, puisque la charmante Emma leva enfin des yeux déterminés vers le fils Malefoy. Un rictus déforma le visage de ce dernier qui attaqua le premier. La Serdaigle dévia avec aisance et grâce le sortilège informulé de son adversaire... que le professeur eût tôt fait de détourner à son tour puisque ce fut vers sa personne que le sort fut redirigé. Loin de se vexer, Amycus Carrow trouva cette franche et vive réaction, intéressante, puisque donnant ainsi une nouvelle facette à la jeune élève restée jusque là d'un ennui mortel.
Malefoy fils parut laisser le soin à son adversaire de mener la prochaine attaque, ce qu'elle ne fit pas. Ce fut donc une deuxième attaque qui fondit vers la jeune fille. Elle se contenta cette fois-ci d'éviter le rayon violet.
« On n'a pas toute la journée à ce que je sache ! Vous avez intérêt à monter d'un cran niveau sortilèges. »
Sa réprimande porta ses fruits puisque furent jetés simultanément un sortilège Doloris pour l'une et un sortilège Imperium pour l'autre. Les rayons de lumière de couleurs opposés firent de violentes étincelles lorsqu'ils se rencontrèrent. Pour l'instant aucun d'entre eux ne semblait avoir l'avantage. Ce fut alors le moment que choisit la Serdaigle pour y mettre une soudaine impulsion, son sortilège fusant alors vers la baguette de son adversaire qui fit un bon impressionnant afin d'éviter de peu l'attaque ainsi dirigée contre lui. Désormais sans défense – sa baguette ayant voltigé à un mètre de lui – Drago Malefoy se voyait par conséquent à la merci de celle qui était sa fiancée. Leurs regards semblèrent se capter avant qu'elle ne lance le coup de grâce, de manière informulée cette fois-ci.
Alors que le fils Malefoy se mettait à geindre de douleur de manière parfaitement ridicule, Amycus Carrow sentit la colère monter en lui. Emma Oreiro avait une nouvelle fois – de manière totalement effrontée – usé de son subterfuge : utiliser l'Imperium afin de simuler un Doloris. Non seulement, cela paraissait être un moyen de se moquer ouvertement du Serpentard que les cris aigus décridibilisaient aussitôt, mais semblait également être un moyen de s'opposer à sa propre personne et autorité de professeur et directeur adjoint. Au final, c'était bien un Désolant que cette petite insolente méritait, pensa-t-il en s'insurgeant.
« Ca suffit maintenant ! Cessez vos cris de gamine effarée, Monsieur Malefoy. »
Ce fut l'une des premières fois qu'il entendit le ricanement d'élèves autres que de ceux de Serpentard. Désormais, c'était lui que la jeune Oreiro affronta du regard, une lueur de rage éclairant ses yeux verts. Le professeur rompit lui-même le contact, se retournant vers le reste des élèves. Il leur ordonnèrent de quitter leur place avant de faire disparaître les tables afin de préparer le lieu de la réelle épreuve pratique.
« Que l'épreuve pratique commence ! »
Comme prévu, l'enchaînement des actions laissa traîner une certaine léthargie dans l'assemblée. Les élèves s'observaient, se jaugeaient pour certains, ne sachant pas vraiment par quoi commencer. La première à lancer un sort fut la jeune Parkinson prenant pour cible une Lavande Brown qui réalisa un parfait sort du bouclier.
« Il va de soit qu'une retenue est à la clé pour ceux qui refuserait de lancer le moindre sort. Je tiens également à vous rappeler qu'il s'agit d'un cours d'Art de la magie noire et non plus de Défense contre les forces du mal ! »
Une fois ceci dit, les élèves se firent un peu plus énergiques et osèrent s'atteler à leur tâche, bon gré mal gré. N'en ayant pas vraiment attendu plus de leur part, Amycus Carrow reporta son attention vers les Préfets-en-chef, toujours postés à l'avant de la salle de classe. Drago Malefoy semblait hors de lui, tenant fermement sa fiancée par le bras.
- Tu n'es pas le seul à savoir toucher là où ça fait mal, Drago. J'ai bien compris qu'atteindre ton image était beaucoup plus efficace que la torture physique, répliquait la jeune fille à voix basse.
- Ca te ferait pourtant pas de mal de relâcher cette haine que tu retiens inutilement, semonça-t-il avec condescendance.
- Tu m'as l'air bien au courant de ce que je peux ressentir pour quelqu'un qui m'a rayé de ses fréquentations, railla-t-elle en se dégageant de la prise du jeune homme sur son bras.
- Tu ne me feras pas croire que tu ne me détestes pas aujourd'hui, Emma, déclara-t-il empli d'assurance après un rire moqueur.
- Te haïr serait t'accorder bien trop d'importance. Je vais donc me contenter d'un simple mépris.
- Serait-on enfin sur la même longueur d'onde ? s'étonna-t-il faussement d'un ton empreint d'ironie.
La jeune fille sembla se taire et lui lancer un regard que ne put voir le professeur. Puis, elle laissa le Préfet-en-chef afin de rejoindre le reste des élèves qui, timidement, se battaient entre eux. Le mangemort s'attarda sur la jeune Parkinson qui s'attaquait toujours à Lavande Brown, ainsi qu'à l'une des sœurs Patil. Il n'était pas dupe et remarquait clairement les sorts basiques utilisés par un petit groupe d'élève composé de Serdaigle et de Poufsouffle. Comme à son habitude, le jeune Longdubat ne participait pas, posté les bras croisés près de la sortie.
Le fils Malefoy rejoignit à son tour le champ de bataille improvisé et prit directement pour cible Théodore Nott, ce dernier ayant déjà entamé un duel avec le jeune Zabini. Le fils Nott se défendait plutôt bien face à ces assaillants de taille, démontrant ainsi un potentiel que semblait pourtant réfuter son paternel. Etait-ce par pur aveuglement de sa part, ou par instinct de protection ? Amycus Carrow ricana silencieusement à ce questionnement. Comme si cette brute qu'était Nott senior pouvait ressentir une quelconque affection !
Un léger raffut retentit du côté des Serdaigle. Le professeur fut agréablement surpris de voir que la Préfète-en-chef avait entreprit un duel avec l'un de ses camarades de maison, à savoir Michael Corner. Ce dernier s'était vu propulsé vers le mur du fond de la classe et tentait de se remettre sur pied tant bien que mal. Les deux élèves étaient trop loin pour qu'Amycus Carrow n'entende quoique ce soit, mais cela avait tout l'air d'un règlement de compte. La jeune fille attendit que son adversaire soit prêt à riposter avant de lui envoyer un nouveau sort qui – il le déplorait – ne paraissait pas vraiment issu de la magie la plus noire. Le jeune Corner para cette nouvelle attaque au moyen d'un sortilège de défense plutôt bien maitrisé. Le duel entre les deux jeunes continua de plus belle, ces derniers se déplaçant au rythme de leurs assauts respectifs. La jeune Oreiro paraissait ne pas donner le meilleur d'elle-même, comme si elle souhaitait là profiter d'un combat d'égal à égal.
L'attention des élèves alentours retomba et tous semblèrent reprendre leur propre duel. Restaient cependant à les fixer, la deuxième jumelle Patil, l'héritière MacDougal, un troisième Serdaigle dénommé Goldstein, ainsi que deux Serpentard, Daphné Greengrass et le jeune Nott qui s'était échappé de son combat avec Zabini et Malefoy. Neville Longdubat, non loin de là, regardait avec méfiance l'échange de sorts entre les deux assaillants.
Jusqu'à présent les rares sortilèges atteignant leur destinataire démontraient la volonté de ces derniers de n'en rester qu'à la moins noire des magies possible. Cependant, Michael Corner lança soudain un Doloris assez bien exécuté. Le sort toucha Emma qui tenta de contrôler au maximum la douleur ainsi ressentie afin de pouvoir riposter à son tour. La Préfète-en-chef propulsa à nouveau son adversaire contre le mur, de manière plutôt brutale. Cette fois-ci, sans lui laisser le temps de se relever, la jeune fille lui envoya un Imperium qui atteignit de plein fouet le Serdaigle. Désormais sous contrôle, le jeune Corner se redressa tel un pantin et se plaqua contre la paroi de pierre, sa joue droite s'écrasant lamentablement. L'adolescente s'approcha alors, lui plantant sa baguette au creux du dos et parut lui chuchoter quelque chose. Le petit groupe d'élèves resté assister à leur combat se rapprocha d'eux, Anthony Goldstein en tête.
Après une tirade s'éternisant un peu trop à son goût, la Préfète-en-chef se recula et libéra son prisonnier de l'Imperium dont il était victime. Ce dernier lui fit alors face avec le peu de dignité qu'il lui restait et la fixa d'un regard dur. Puis, le jeune Corner parut cracher à la jeune fille des paroles peu avenantes.
Le professeur se sentit soudain fier de l'héritière Oreiro lorsque celle-ci lança un sortilège Doloris d'une puissance plus que satisfaisante. Dire que la veille il lui avait fallu une éternité pour en arrivé à ce stade-ci, lorsqu'il l'avait obligé à corriger elle-même cet avorton d'Ackerley. Au constat de la tournure des choses, Goldstein tenta d'arrêter sa camarade de maison qui le repoussa comme elle put de son bras de libre. Alors que Longdubat arrivait à son tour, Théodore Nott entreprit d'éloigner Goldstein et le Gryffondor de la Préfète-en-chef. Se plaçant derrière elle, il lui murmura quelque chose à l'oreille, posant calmement ses mains sur les bras de la jeune fille.
Au bout de longues secondes, Emma Oreiro cessa le sortilège de magie noire et abaissa lentement son bras. Toute tremblante, elle semblait regarder avec horreur l'état de Corner qui avait cessé ses couinements de douleur. La jeune fille se recula et buta contre le jeune Nott – toujours positionné derrière elle – avant de se retourner aussitôt vers lui et de rencontrer le regard du Serpentard. Puis, ce furent les yeux scrutateurs de son professeur qu'elle croisa. Soudainement curieux sa savoir ce qui s'était dit quelques minutes plus tôt, Amycus Carrow tenta d'entrer dans la tête de cette chère Emma.
L'exercice fut d'une facilité déconcertante, cette dernière lui ayant habitué à beaucoup plus de résistance. Les premières images lui parvenant furent celles concernant la raison de leur retard au début du cour. Ainsi donc y-avait-il eu une provocation en duel entre les deux Serdaigle ennemis. Le professeur regretta aussitôt de n'avoir eu connaissance d'une telle information plus tôt. C'était le jeune Corner qu'il aurait dû choisir pour effectuer la démonstration face à la Préfète-en-chef, cela lui aurait évité le minable combat entre les deux fiancés. Puis, lui parvint un enchainement d'images accompagnées de quelques paroles qu'ils n'avaient su distinguer de là où il se trouvait.
« Il me semble que c'est là le moment idéal pour accepter ta provocation en duel, Michael. »
Le jeune homme se retourne.
« Laisse-moi deviner, c'est là l'occasion rêvée pour te déculpabiliser en cas d'éventuels sortilèges de magie noire. »
La Préfète-en-chef propulse sans hésiter le Serdaigle contre le mur, déclenchant ainsi les hostilités et ledit duel, jusqu'au moment où le premier Doloris est lancé par le jeune Corner.
« Pour quelqu'un qui s'offusque de l'utilisation d'un tel sort, voilà qui est plutôt contradictoire de ta part. »
Plaqué contre le mur et placé sous l'emprise de son adversaire, Corner est à sa merci.
« Je ne m'autorise à le lancer qu'aux personnes qui le méritent. »
Elle approche sa bouche de son oreille de manière à lui chuchoter froidement.
« Qui es-tu, Michael, pour déterminer qui mérite ou non d'être torturé ? N'as-tu pas sous la contrainte, toi aussi jeté ce genre de sort aux élèves de cette classe ? Quel impudence de ta part que de te croire mieux que d'autres ici, de te croire mieux que moi...»
L'adolescent veut répliquer mais est entravé par l'Imperium, la jeune fille refusant probablement d'entendre une parole de plus.
« Vous vous dites trahis, déçus et trompéS par ma personne et mes actes... Mais c'est vous les plus déloyaux dans la relation que nous avions pu avoir ! Vous, êtes la réelle désillusion. Et pourtant... J'ai beau vous en vouloir, au fond, j'ai toujours l'infime espoir qu'un jour vous compreniez, que vous me compreniez enfin... Surtout toi, Michael. Autant j'ai toujours su à quel point tu pouvais être un insupportable impulsif aussi têtu que le plus coriace des hypogriffes. Autant, j'ai toujours pensé que ce lien qui semblait exister entre nous saurait toujours te faire comprendre quelle est ma vérité. Mais tout porte à croire que j'avais tort de penser ainsi. »
Un court silence s'installe durant lequel Emma semble ravaler un sanglot. Puis, la Préfète-en-chef murmure encore plus doucement.
« Ca me tue de te l'avouer, mais... tu me manques, Michael. Mon ami me manque. Et Merlin sait qu'au vu de tout ce qui me tombe dessus en ce moment, j'aurai eu besoin de toi, de ta façon de me dire et me faire prendre conscience de certaines choses. Est-ce vraiment impensable à l'heure d'aujourd'hui de retrouver cet ami que j'avais ? Je ne vois vraiment pas en quoi je mérite autant de haine de ta part. Après toutes ces années... Où l'on a pu s'apprécier, se découvrir, s'aimer, s'entraider et tout simplement s'accepter... Pourquoi cela changerait-il maintenant ? »
La jeune fille abaisse sa baguette – signe que l'Imperium est désormais levé – et chuchote une dernière phrase.
« Je t'en supplie, Michael... Arrête de jouer au con et reviens-moi... »
Une fois totalement libéré, le Serdaigle se retourne, la tête bien haute, le regard perçant.
« Tu peux toujours courir, Emma. Et tu sais quoi ? Même Cédric aurait tourné le dos à ce que tu es devenue. »
C'est là une claque pour la propriétaire de ce souvenir. Une douche froide qui l'embrase soudain d'une sourde rage. Est alors lancé un magnifique sortilège Doloris empli de cette volonté de faire mal et de ce plaisir de voir souffrir l'autre.
Telle fut la dernière image et le dernier ressenti que perçut Amycus Carrow lors de cette intrusion dans l'esprit de la jeune Emma Oreiro. Il ne s'écoula qu'une seconde et demie lorsque le professeur ingurgita les souvenirs ainsi captés. La légimancie était décidément une pratique dont il ne se lasserait jamais, se réjouissait-il au sortir de la tête de la Préfète-en-chef. Cette dernière pour sa part, n'avait pas du tout l'air ravie et avait détourné le regard dès que cela lui avait été possible. Quasiment dans les bras de Nott junior, la jeune fille semblait capter un point devant elle.
Une série d'évènements s'enchaina alors. Il se trouvait tout d'abord que la personne qu'elle avait ainsi fixé n'était autre que le jeune Drago Malefoy qui avait lui-même cessé tout combat pour mieux observer la scène. Puis, après un dernier regard vers sa victime et les amis de cette dernière venus en aide au Serdaigle, la jeune Oreiro fondit vers la sortie, quittant ainsi le cours de manière totalement impromptue. Enfin, dernier élément notable : Amycus Carrow croisa le regard soupçonneux et méfiant de Morag MacDougal, juste avant que celle-ci ne détourne aussitôt la tête, faisant alors comme si de rien n'était.
Un sourire cruel déforma le visage asymétrique du professeur d'Art de la magie noire. Les choses seraient-elles plus faciles que prévu ? La jeune Préfète-en-chef qu'il comptait transformer en une puissante mangemort semblait plus près du gouffre qu'il ne le pensait. Qui devait-il remercier pour cela ? Son incapable fiancé qui paraissait lui imposer une certaine indifférence ? Ou était-ce là le seul fait de celui – l'avait-il appris – qui avait été son ancien ami et qui rejetait la jeune fille sans aucun remord ? Dans tous les cas, sa propre action – à savoir le fait d'avoir déterré le souvenir de la mort de son père – avait forcément dû briser la jeune Oreiro.
Et le plan qu'il lui avait préparé finirait par achever les dernières de ses résistances. Ainsi pourrait-il enfin la cueillir et faire d'elle le pantin obéissant que requiert la fonction de mangemort. Telle serait sa seule issue pour enfin se libérer de cette inutile souffrance qu'impliquait l'humanité d'un Homme. Alors, elle remercierait le Maître de l'accueillir dans ses rangs... Alors, le Maître le remercierait lui, de gonfler son effectif d'une si probante main d'oeuvre...
*** They all fall down ***
Astoria Greengrass n'avait rien suivi de sa matinée de cours, trop perdue dans ses nombreuses pensées. Par manque d'appétit et souhaitant surtout éviter toute confrontation avec qui que ce soit, la jeune fille avait directement rejoint les sous-sols du château, au niveau desquels se situait la salle commune des Serpentard. Ne faisant pas de cette dernière sa destination finale, elle avait gagné son dortoir, avant de se laisser mollement tomber sur son lit. Pas un mot n'était sorti de sa bouche depuis la veille au soir. Un frisson de plaisir la parcourut en se remémorant les images et sensations vécues quelques heures plus tôt.
N'importe quelle adolescente se serait empressée d'apprendre la nouvelle à sa meilleure amie. Mais quels amis avaient-elle réellement ? Depuis sa première année, Astoria s'était toujours évertuée à garder de bonnes relations avec les élèves de sa promo, se greffant par-ci, par-là, aux groupes déjà constitués parmi les Serpentard de son année. De nature complaisante et souvent de bonne humeur, elle était réellement appréciée de tous. Toutefois, ses relations avec les filles – notamment avec celles de son dortoir – n'allaient pas plus loin que cette bonne entente. Jamais elle ne s'était aventurée à leur confier ses plus secrètes émotions et confidences. Cela n'était arrivée qu'avec une seule et unique personne : Emma. Cette dernière avait été une réelle amie. D'où ce sentiment d'infâme trahison à la découverte de ses fiançailles avec Drago et des mensonges en découlant.
En y réfléchissant, puisque inattendue, cette amitié avait été surprenante. Pourquoi s'être aussi rapidement et facilement ouverte à cette Serdaigle de deux ans plus âgé ? Astoria ne se l'expliquait pas vraiment. Tout s'était joué sur le ressenti et cette sensation qu'elle pouvait tout lui dire. Peu importait l'irrégularité de leurs entrevues, des liens forts s'étaient alors consolidés au fil du temps. Il y eut cependant la découverte de ce secret, qui ne put que fausser et vicier leur amitié. Trois petits chocs – mais non moins violents – avaient contribué à briser ces liens, à briser son cœur.
De ce jour, elle s'en souvenait comme si c'était hier. La nouvelle de l'attaque de Potter sur la personne de Drago avait déjà été suffisante pour la mettre dans un impulsif état d'affolement. Sans réfléchir, elle avait couru jusqu'à l'infirmerie, aussi vite qu'elle avait pu.
Vînt à ce moment là le PREMIER CHOC. Après avoir raté un battement, son cœur s'était serré douloureusement à la vue de son amie et de son amour secret, tous deux enlacés. Alors, sans chercher à comprendre, elle avait à nouveau couru loin de cette insupportable image. Emma l'avait rejointe, tentant de s'expliquer. « Cela fait plus d'un an que je suis fiancée à Drago Malefoy. »
SECOND CHOC. Nouvelle cassure. Comprendre les choses lui avait fait prendre conscience de l'ampleur des mensonges et des actes que les deux fiancés avaient pu faire à son encontre. Mais un doute persistait, une interrogation la démangeait. Secret, fiançailles, tradition, obligation, cela ne s'arrêtait-il donc qu'à la fatalité des choses ? A sa question une réponse. Et quelle question ce fut... « Vous couchez ensemble ? »
TROISIEME CHOC de cette découverte de la vérité. Au final, le fait était qu'Emma – son amie – partageait avec Drago – celui qu'elle aimait – un lien particulier qu'elle ne pourrait jamais égaler. Les imaginer ensemble dans cet acte si intime avait fait naître en elle, cette frustration, cette jalousie, cette envie qui ne l'avait jamais vraiment quittée depuis, à chaque vision et pensée du couple.
Et voilà qu'en ce jour, elle était parvenue à partager avec lui cette intimité tant jalousée, rêvée, désirée et crainte à la fois. Cela avait beau être la plus belle nuit de sa vie, bien des choses venaient noircir cet idyllique tableau. Que ce soit du fait du comportement de Drago au petit matin, marquant elle en était consciente la fin de ce qui avait à peine commencé entre eux ; ou du fait de sa conscience, car n'avait-t-elle pas elle même trahi quelque part celle qui avait été son amie ? Alors qu'Emma l'avait trompée en voulant la protéger, elle, n'avait fait que détruire les maigres chances de retrouver son amitié et ce par pur égoïsme.
Quoiqu'il en était, Astoria ne regrettait rien. Mais qu'en était-il de Drago ? Elle redoutait vraiment que ce soit le cas pour le jeune homme. Sans doute avait-il peur qu'elle ne finisse par s'imaginer l'impossible ? Les choses n'avaient pourtant jamais été aussi claires entre eux. Voilà pourquoi d'ailleurs leur relation aussi ambigüe que limpide avait si bien fonctionné jusqu'à maintenant. Ces dernières semaines avait été merveilleuses à ses côtés. Elle ne s'était jamais sentie aussi comprise, aussi écoutée, aussi femme tout simplement. Certes, elle n'était pour le moment qu'une adolescente de quinze ans et demi, mais elle n'était plus cette gamine que tous semblaient encore voir en elle. Au même titre que tout le monde, elle grandissait et forgeait la personne qu'elle deviendrait plus tard. Faisait-elle des erreurs ? C'était possible, mais elle assumait tout ça. L'on apprenait de ses erreurs, disait-on. Alors au fond, sans doute avait-elle hâte d'apprendre, provoquant et multipliant ainsi les impairs. Un coup d'œil sur sa montre apprit à Astoria qu'il lui restait tout juste le temps de passer par les cuisines afin de satisfaire la faim qui avait gagné son estomac. Soupirant de lassitude face à toutes ces envahissantes pensées, la jeune fille se leva avec un semblant de motivation avant de s'exécuter.
Les cours reprirent, ainsi que l'ennui hebdomadaire associé à cette Etude des Moldus imposée et enseignée par Alecto Carrow. Lorsqu'enfin sa journée se termina, Astoria décida de rattraper le retard qu'elle avait pris dans ses devoirs – notamment ceux de Métamorphose – et s'installa sur une table isolée de la bibliothèque. Elle ne voulait vraiment croiser personne, surtout pas sa soeur qui finirait bien assez tôt par se douter de quelque chose. Depuis qu'elle était au courant de ses sentiments pour Drago, il lui était très difficile de cacher quoique ce soit à Daphné. C'en était presqu'effrayant, d'ailleurs. Leurs discussions s'apparentaient toutefois plus à un interrogatoire qu'à de réelles confidences.
Voilà que son esprit recommençait à s'égarer. Ce n'était pas comme ça que se finirait son devoir de Métamorphose et Merlin savait que le professeur McGonagall était loin d'être clémente en la matière. Se faisant force, Astoria se concentra assez pour rédiger entièrement sa dissertation. Lorsqu'elle déposa sa plume, un coup d'oeil aux alentours lui fit supposer que l'heure du diner avait sonné, les élèves désertant de plus en plus la bibliothèque. Lorsqu'elle quitta à son tour cette dernière, ce n'était pas vers la Grande Salle que la jeune fille se dirigea. Astoria souhaitait mettre les choses au clair avec Drago. Elle voulait lui assurer qu'il n'avait pas à s'inquiéter concernant les espoirs qu'elle pouvait mettre en l'avenir de leur couple. Ils n'avaient pas d'avenir, ils n'étaient pas un couple, elle en était parfaitement consciente.
Répétant intérieurement son petit discours, ce fut avec assurance que la jeune fille gagna la salle des préfets, vide à cette heure-ci. Marquant toutefois un petit arrêt, elle fixa la porte de la salle commune durant quelques secondes de silence. Retourner sur les lieux du crime – aussi passionnel soit-il – avait quelque chose de sensiblement excitant. Elle avait tout de même la malheureusement intuition qu'ils ne récidiveraient pas vers un acte aussi délictuel. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle elle souhaitait dire à Drago qu'elle comprenait ce choix. Ils étaient arrivés au bout du bout, ne pouvant s'avancer plus loin. Il était à la fois trop tard pour retourner en arrière – à l'étape du simple flirt – et impossible d'approfondir ce qu'ils ne pouvaient construire ensemble.
Prenant une profonde inspiration, Astoria prononça le mot de passe que lui avait confié le jeune homme il y avait quelques temps déjà. La porte se débloqua, ouvrant ainsi l'accès à la salle commune des préfets condamnée des années auparavant. Lorsqu'elle referma derrière elle, le son qui lui parvint la figea sur place, coupant court à toutes pensées.
QUATRIEME CHOC. Surprendre celui qu'elle aimait en plein ébat sexuel moins de vingt-quatre heures après leur nuit passée ensemble. Elle ne s'était vraiment pas préparée à recevoir une telle claque. Les cris de plaisir lui parvenaient distinctement maintenant et même s'ils n'étaient que féminins, qui d'autre que Drago pour les provoquer ? Autant elle pouvait comprendre et admettre un éloignement de sa part, mais « ça ». C'était volontairement lui faire du mal. Quel était le but de tant de souffrance infligée ? L'éloigner à tout jamais de lui ? C'était donc ça... elle en mettrait sa main à couper. Il n'y avait que Drago pour agir de la sorte, que lui pour faire passer ses messages de manière aussi maladroite. Il voulait qu'elle lui en veuille au point de ne pas lui pardonner. En voilà une belle manière de rompre une relation qui avait été pourtant claire.
Une indécente curiosité la poussait à s'approcher de l'entrebâillement de la porte de la chambre. Complètement ouverte, celle-ci semblait laisser apercevoir bien des éléments, telle que notamment, l'identité de la partenaire de ce si prévenant Drago Malefoy. Le son de la scène lui était toutefois amplement suffisant. Toujours collée à l'entrée de la salle commune, Astoria avait toutes les peines du monde à se mouvoir hors de la pièce. Obnubilée par ce que lui infligeait consciemment Drago, la jeune fille ne put s'empêcher de se poser la fameuse question : avec qui était-il ? Ce ne pouvait être Emma, cette hypothèse improbable au vu des relations entre les deux fiancés ne pouvant que fausser sa propre supposition de la raison qu'elle accordait à un tel acte de la part du jeune homme. Mais alors qui... La question ne se posa plus du fait de la réponse apportée par la voix qui lui parvenait tout juste. Pansy.
Drago était avec Pansy. Drago couchait avec Pansy. L'action lui parut alors encore plus dégoutante qu'elle ne l'était déjà. Une grimace déforma son visage alors qu'un sanglot aussi inattendu que silencieux s'échappa de ses lèvres. Il fallait absolument qu'elle s'en aille le plus loin possible de cette pièce. Sortant de son immobilité, Astoria tourna avec hâte la poignée et sortit enfin de la salle commune.
CINQUIEME CHOC. Emma était là. Ainsi coupée dans son élan, Astoria se colla à nouveau à cette porte – refermée désormais – qu'elle ne semblait plus quitter. Penchée sur la grande table de la salle des préfets, la Serdaigle semblait avoir été interrompue dans la rédaction d'un parchemin, la main tenant sa plume scintillant de sa cicatrice rougeâtre. Emma semblait aussi surprise qu'elle de la trouver ici. Après un rapide regard vers sa blessure encore ouverte, ce fut un sourire narquois qu'elle lui lança alors. Il y avait de quoi après tout. Sans doute la jeune fille s'était-elle attendue à ce que Drago soit avec elle. Sans plus de cérémonie, la brune reprit l'écriture de son mot, l'ignorant tout bonnement.
- Je suis tellement désolée, Emma, intervint alors Astoria d'une voix calme mais teintée de repenti.
La plume s'arrêta soudainement d'écrire dans un très léger grincement, bavant quelque peu sur le parchemin avant qu'Emma ne finisse par la lever. Se redressant, la jeune fille affronta à nouveau le regard de la Serpentard.
- Je dois comprendre que c'était bien toi hier soir, déclara-t-elle avec froideur, un silence assez pesant s'installant alors. C'est à croire que tu ne l'as pas assez satisfait, brisa-t-elle ce silence, sarcastique.
- Drago a sa façon de faire passer certains messages. Mais ça tu dois le savoir...
- Tu es pathétique, Astoria. Toujours à le défendre et à lui trouver des excuses. Ca me donne encore plus la nausée que ce qui se passe derrière cette porte.
- Peut-être qu'au final, je le connais tout simplement mieux que toi, répondit la plus jeune d'une voix moins dure qu'elle ne l'aurait voulu.
- On va éviter de débattre là-dessus, si tu permets. Drago et tout ce qui s'y rapporte, ne font vraiment plus partie de mes priorités à l'heure d'aujourd'hui, annonça-t-elle en pliant le parchemin qu'elle inséra dans un petit sac en toile de jute disposé sur la table.
Comme pour illustrer ses propos et peu après un bref regard vers sa bague de fiançailles, Emma libéra son doigt de cet objet si porteur de sens. Elle le plaça à son tour à l'intérieur du petit sac qu'elle referma au moyen du ruban de serrage. Un petit bruit tinta, la bague semblant rencontrer du verre sur son chemin. Les regards des deux jeunes filles se croisèrent à nouveau en silence.
- Je suppose que tu détiens le mot de passe de la salle commune des préfets, formula-t-elle indirectement sa demande.
- Drago risquerait d'être assez contrarié si je te le donnais... commença Astoria affichant une légère moue. Ce qui au vu des circonstances ne me dérange absolument pas.
- Astoria qui va à l'encontre de son Drago adoré, Merlin, je dois rêver, feignit Emma d'être scandalisée.
- Ce n'est pas parce que je comprends le pourquoi de ses actes que je les approuve pour autant. Mais si son choix a été de me faire du mal, alors je le respecte.
- Tu as beau devenir moins naïve, tes discours sur lui sont toujours aussi horripilants.
- Tu as changé, Emma. Etre aigrie, ça ne te va vraiment pas, rétorqua la plus jeune d'un air désolé.
Son ancienne amie ne répondit rien, se contentant de la défier de ses yeux verts impassibles. Astoria décida qu'il était temps pour elle de s'en aller, loin de tout ça. Elle préférait encore affronter sa soeur plutôt que de rester une minute de plus dans cet endroit. Se dirigeant vers la sortie, elle fit toutefois de nouveau face à la Préfète-en-chef.
« Nuages. C'est le mot de passe. »
*** They all fall down ***
Drago Malefoy, yeux clos, ne réussissait plus à se laisser aller au plaisir censé le submerger. Certes il en avait – Pansy étant loin d'être une mauvaise partenaire – mais depuis qu'il avait entendu cette porte s'ouvrir au loin, puis se refermer de longues minutes après, il ne pouvait s'empêcher d'avoir à l'esprit son but désormais atteint. Même s'il n'en avait aucune envie, il était de toute façon trop tard pour reculer. Alors autant finir ce qu'il avait commencé, non sans en profiter.
Un geste expert de Pansy provoqua une nouvelle vague de plaisir en lui. Cognant légèrement son crâne contre la haute tête de lit, le jeune homme se mordilla le côté de la lèvre inférieure pour s'éviter de gémir. Il encouragea toutefois la jeune fille à continuer son action en lui passant gentiment les doigts dans les cheveux. Entrouvant légèrement les yeux, l'image d'Emma s'imposa à lui.
Pourquoi fallait-il qu'il pense à elle en un tel moment ? Sans doute parce qu'il aurait préféré partager ledit moment avec sa fiancée plutôt qu'avec son amie Pansy, lui glissa une petite voix intérieure. Drago interrompit la réfutation qui lui venait lorsqu'il réalisa que la vision d'Emma à l'entrebâillement de la porte était bien réelle. Relevant brusquement la tête, il la fixa avec un effarement non contenu. La jeune fille lui lança un sourire goguenard et accrocha un petit sac à la poignée de la porte. Puis, elle disparut de son champ de vision.
D'une impulsion soudaine, Drago dégagea la prise qu'avait Pansy sur son sexe, sauta hors du lit et quitta la chambre non sans récupérer au passage la veste longue échouée au sol afin de masquer sa nudité. Emma était encore là, lui faisant face, bras croisés, l'air hautin. Refermant la porte, la main du jeune homme rencontra le sac accroché à la poignet ronde. Drago tourna alors son attention sur ce dernier.
- J'ai pensé que ça pouvait t'être utile, déclara-t-elle sans animosité aucune.
Le blond plongea alors son regard bleu dans celui vert de la jeune fille et entreprit de récupérer le sac avant de l'ouvrir, sans la lâcher des yeux. Lorsque ce fut fait, il baissa le regard vers l'objet et en sortit un morceau de parchemin accompagné d'une solution liquide ainsi que d'un genre de mitaine.
« Du plaisir sans souffrir.
Cela te sera désormais possible en suivant les instructions ci-contre.
E.O »
- Et, il y a une autre petite chose qui n'est plus vraiment très utile en ce moment, ajouta-t-elle alors qu'il levait à nouveau les yeux vers elle.
Après vérification, Drago trouva cette « autre petite chose » tout au fond du petit sac en toile. Il s'agissait de la bague de fiançailles qu'il lui avait offerte – à deux reprises – il y avait plus d'un an déjà. Masquant le sentiment que ça lui inspirait, le jeune homme remit le tout dans le sac et tira sur les rubans d'un coup sec afin de le refermer.
- Autre chose, peut-être ? demanda-t-il d'une neutralité sans faille.
- Tu n'es pas très bavard pour quelqu'un ayant planté sa partenaire aux fins de m'interpeller, le railla-t-elle face à son manque de verve.
- Je voulais surtout m'assurer que tu ne remettes plus les pieds ici, rétorqua-t-il avec froideur.
- Je n'en ai personnellement pas la moindre envie.
- Et à l'avenir, j'exige que tu te contrôles davantage en présence des mangemorts qui nous servent de professeurs.
- Ne me dis pas que toi aussi, tu te mets à me reprocher d'avoir régler son compte à Michael, finit-elle par dire après quelques secondes de fixation intense.
- Là n'est pas le problème. Il était temps d'ailleurs. Mais te faire remarquer en quittant précipitamment le cours, et pire, viser Carrow en déviant l'un de mes sorts ! Tu crois que je ne l'ai pas remarqué !
- Il l'aurait déjà fait savoir s'il s'était senti offensé, assura-t-elle semblant vouloir clore le sujet.
- Emm...
- Y-a-t-il autre chose ? l'interrompit-elle d'un ton cassant.
- Comment ça s'est passé avec Astoria ? ne put-il s'empêcher de demander, d'un ton tout aussi abrupt.
- Il va falloir arrêter de vouloir la protéger à tout prix. Ce n'est plus une gamine – maintenant – à ce que je sache.
- Le prix à payer n'était pas si désagréable, indiqua-t-il avec satisfaction.
- Eh bien je t'en prie, retournes-y donc.
Aucun des fiancés ne relança la conversation, tous deux se contentant de s'examiner du regard. Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus pris le temps de la regarder avec un minimum d'attention. Une rancoeur amer avait pour habitude de le submerger à chaque contact avec la jeune fille. Et comme toujours à ces moments là, il ravalait son ressentiment, le digérait au possible et s'imposait d'ignorer sa fiancée de toute sa superbe. Alors qu'il s'autorisait enfin à poser ses yeux un peu plus longuement sur Emma, il ne put que constater sa flagrante perte de poids, son teint pâle quasi blanchâtre, et cet air qu'il ne lui connaissait pas. Ce n'était ni le dédain qu'il avait pu voir chez elle au tout début, ni la détresse infinie qui avait transpiré d'elle à leur « rupture ». Cette allure suspecte l'intriguait quelque peu, mais il se força à classer cet élément sans suite. Il n'avait plus à se préoccuper d'elle désormais, si ce n'était de l'image qu'elle se devait de donner en tant que future Madame Malefoy.
- Un peu de distraction ça ne te ferait pas de mal non plus. Tu verrais ta dégaine... tenta-t-il de justifier ce silencieux examen visuel.
- Je vais finir par t'écouter si tu continues à me pousser à l'adultère.
- On n'est pas encore mariés à ce que je sache.
- Vu comme c'est parti, cela m'étonnerait fortement que le mariage change quelque chose à ce niveau-là. Sur ce, je vais te laisser à ta si plaisante occupation, coupa-t-elle court à la conversation semblant sentir qu'ils commençaient à tourner en rond.
Drago décida de ne rien répondre, se contentant de l'observer quitter la pièce. Une fois Emma partie, il se maudit de sentir en lui cette envie de la voir à nouveau. Où était-donc passée cette rancoeur qu'il souhaitait entretenir le plus longtemps possible ? Dumbledore, Potter, Emma, trahison. Tels étaient les mots clés ayant le don de titiller sa rancune qu'il avait tenace.
Un coup d'oeil vers la porte de sa chambre lui remémora la présence de Pansy. Un soupir de lassitude s'échappa de sa bouche à cette idée. Il allait devoir trouver le moyen de se débarrasser d'elle et connaissant le personnage, cela n'allait pas être de tout repos. Ouvrant la porte, il entra dans la pièce et découvrit une Pansy en plein lecture. Très étonnant de sa part de s'intéresser aux devoirs de Métamorphose qu'il avait dû laisser trainer, pensa-t-il en s'installant nonchalamment dans le lit.
- Je vois que tu t'es trouvée une occupation, lança-t-il tout en observant le petit sac qu'il avait toujours à la main.
- Très intéressante trouvaille en effet, répondit-elle avec fierté.
- J'ignorai que les sujets donnés par cette vieille chouette te passionnait à ce point, ironisa-t-il sans vraiment prêter attention à la jeune fille qui fut prise d'un rire moqueur avant de dévoiler à voix haute l'objet de sa lecture.
- « Bonsoir Drago, Je voulais te remercier pour cet après-midi. Contre toute attente j'ai passé un bon moment. Je pense que comme nous l'avons deviné au cours de ce repas, les répliques et autres piques font partie de l'infime complicité (amicale?) que nous pouvons avoir. Toujours est-il que tu es aussi exaspérant et irritant que d'habitude. En espérant que Parkinson ne t'ait pas sorti le grand jeu (auquel cas pauvre de toi !). A moins que ça n'ait déjà été fait par le passé... Bonne soirée à toi. E.O. » lut-elle de manière assez théâtrale, comme la Serpentard savait si bien le faire. Alors comme ça vous parliez de moi ! C'est qu'elle doit vraiment dater cette lettre.
- Repose ça immédiatement, Pansy, ordonna-t-il en la fusillant des yeux.
- Si tu l'avais vraiment voulu, tu m'aurais arrêtée bien avant, clama-t-elle, un sourire espiègle accroché au visage. Ah oui, il y a celle-là aussi ! « Cher Drago, L'on vient à peine de se quitter, mais je me sens l'envie de t'écrire ces mots. » Trop mignon, se moqua-t-elle. « Demain je pars en Argentine[...], » Blablablabla... « Je regrette que nous ne puissions pas nous voir durant ces deux mois, [...] Je ne voudrais pas que ce que nous avons construit pour le moment se détériore à cause de cet éloignement [...] » Ce n'est pas très gai tout ça, dis donc. Tiens, elle admet qu'elle est ennuyante dans celle-ci : « A y réfléchir, t'ennuyer pourrait être un hobby fort sympathique. ». « [...] je me suis faite à l'idée de devenir ta femme. Voilà, c'est dit. » De quoi elle se plaint, elle aurait vraiment pu tomber sur pire que toi, commenta Pansy en changeant de lettre. La suivante est la pire de toutes. Quoique le PS mérite qu'on y porte attention... « PS : La dernière phrase m'a fait repensé à la manière dont tu révisais tes BUSE, au final je souhaite que tu ais les notes que tu mérites. C'est à dire Troll. Il n'y a qu'un Troll pour faire ce que tu as fait. » Qu'est-ce que t'as fait pendant tes BUSE ? l'interrogea-t-elle sans feindre sa curiosité.
Pour seule réponse, Drago se décida enfin à arracher les lettres des mains de sa camarade de maison. Celle-ci n'émit aucune résistance si ce n'est un air moqueur plus qu'affiché.
- C'est toi qu'on devrait appeler la fouine, persiffla-t-il en replaçant les lettres où elles se trouvaient auparavant – à savoir le tiroir de sa table de chevet – tout en profitant pour y placer le sac qu'Emma lui avait donné.
- Ca aurait été plus amusant de lire tes propres lettres, prospecta Pansy qui, tournée vers lui, laissa sa main se promener sur le torse du jeune homme, une fois ce dernier réinstallé. Merlin, j'ai vraiment du mal à t'imaginer avec Oreiro ! Cette fille est tellement insaisissable, ajouta-t-elle d'un air pensif alors que le blond haussait vers elle des sourcils dubitatifs quant à ce mot faisant tâche de la part de Pansy Parkinson. Epargne-moi ce regard, Monsieur-je-conserve-précieusement-toutes-les-lettres-de-ma-fiancée-dans-le-tiroir-de-ma-table-de-chevet.
Sans prévenir, Drago se retourna brusquement vers la jeune fille, l'immobilisant de ses jambes et de son bras. La main gauche positionnée judicieusement autour de sa gorge, les yeux de Pansy ne purent que tomber sur le tatouage sombre de son amant du soir. Cette fille allait vraiment devoir apprendre à se taire...
*** They all fall down ***
Théodore Nott dînait péniblement en compagnie de Blaise qui n'avait pas manqué de commenter l'arrivée d'Emma dans la Grande Salle, ce dernier la soupçonnant avec raison d'être l'objet de son rêve de la veille. Le Serpentard n'avait pas eu l'occasion de parler à la jeune fille depuis l'incident du matin. A dire vrai, il avait préféré l'éviter jusqu'à maintenant, encore très troublé par son difficile réveil. Cela avait d'ailleurs été très délicat de justifier la chose à Morag, celle-ci l'ayant encouragé toute la journée à aller voir Emma. Il était vrai que la rousse avait déjà pas mal avancé de son côté, concluant notamment avec leur amie un précieux marché quant à son addiction. Il était donc logique que ce soit à lui de débriefer sur ce qu'il s'était passé en cours d'Art de la magie noire. Il avait finalement promis à Morag qu'il le ferait, mais n'avait cessé de repousser le moment.
Alors qu'il entamait son shortbread au chocolat, Daphné vint se placer aux côtés de Blaise, face à lui. L'air grave et pincé, elle ne prononça aucune parole, se contentant de se servir d'un peu de soupe de poireaux. Se demandant ce qui pouvait bien mettre son amie dans un tel état, Théodore supposa qu'elle avait sans doute été mise au courant de l'occupation de sa chère petite sœur la veille au soir.
- Si tu me dis ce qui te contrarie autant, je te raconte quelque chose que ton cher ami Théodore n'osera surement jamais te dévoiler, proposa Blaise en souhaitant tirer profit de ce dont il avait été témoin plus tôt dans la journée.
- En plus de me prouver que je ne peux vraiment pas te faire confiance, tu sous-estimes fortement les liens qui m'unissent à Daphné, rétorqua placidement Théodore alors que la jeune fille jaugeait son voisin de table tout en mâchant bruyamment le crouton encore croquant de sa soupe.
- Dis-toujours, lâcha-t-elle avant de reporter son attention sur son plat.
- A toi l'honneur ! Laissons donc le meilleur pour la fin, clama Blaise en adressant un magnifique sourire moqueur à son camarade de maison.
Théodore garda son calme face à cette énième moquerie. Si ce qui avait mis Daphné dans un tel état de nerf était ce qu'il pensait être, Blaise perdrait bien assez tôt son air de vainqueur. Sa rupture avec Astoria lui étant toujours restée en travers de la gorge, apprendre que Drago et son ex étaient finalement passés à l'acte lui filerait la claque qu'il méritait.
- Je me suis prise la tête avec les amis d'Anthony. Il s'est mis de leur côté, on s'est disputé, dévoila la Serpentard sans émotions.
- Je me suis toujours demandé comment tu faisais pour supporter cette bande d'idiots, commenta Blaise avec sarcasme.
- Après avoir supporté Pansy et sa clique pendant six ans, on est capable de bien des choses tu sais.
- C'est à cause de ce qui s'est passé avec Corner ? voulut en savoir plus Théodore qui ne s'était pas attendu à cette raison-ci.
- J'ai eu le malheur de dire que je comprenais ce que pouvait ressentir Emma. Padma m'est immédiatement tombée dessus et Michael n'a pas vraiment apprécié que je le compare à Pansy.
- Corner tirait une de ces tronches ce matin, se moqua ouvertement Blaise alors que Daphné capta le regard interrogatif de Théodore face à ses dires.
- Ta chère Emma ne doit pas croire qu'elle est la seule à se faire lyncher pas ses anciens amis ! Demande aux quelques Sang-Pur déclassés en Sang-Mêlé comme moi, qui se font snober par ceux en qui ils avaient toute confiance, confia-t-elle avec dureté. Même si j'avoue que Corner agit comme un parfait petit con avec elle, je ne pense pas que ce soit pire que ce que me fait subir Pansy !
- Tu t'en fous de Pansy, à part elle, Tracy et Bulstrode, aucun d'entre nous ne t'a jamais snobée à ce que je sache. Pour quelques petites moqueries, je dis pas, concéda toutefois Blaise, mais franchement je me ferai grave chier sans toi, Daphné.
- Mais c'est qu'il deviendrait presque sentimental le petit Zabini, nargua Théodore alors que pour le remercier d'une telle déclaration, la jeune fille fit un bisou sonore sur la joue de son voisin de table.
- Dommage que tu ne sois pas resté mon beau-frère plus longtemps, lâcha-t-elle alors que Blaise se renfrogna aussitôt.
- Oublie pas le deal entre nous, Daphné, on parle de tout sauf de ta sœur.
- De toute façon, Astoria ne fait que m'éviter depuis qu'elle traine avec Drago. J'aurai pas grand chose à te dire sur elle... continua l'aînée des Greengrass alors que Théodore entreprit de boire son jus de citrouille, feignant de n'en savoir plus. Bon et c'était quoi ta fameuse info sur Théo, histoire que je pense un peu à autre chose.
- Notre cher ami a passé une très bonne nuit, commença-t-il avant d'ajouter face à l'air indifférent de son interlocutrice. Le genre de nuit qui laisse des traces au petit matin, où le mec qui se réveille n'est pas le seul à se lever, si tu vois ce que je veux dire...
- Je crois qu'elle a parfaitement compris où tu voulais en venir, l'interrompit abruptement le concerné par la délicate information.
- Evidemment, il n'y a aucun doute quant à l'identité de l'objet de ses rêves, poursuivit fièrement le Serpentard.
- Je suis vraiment gêné, Blaise... Jamais je n'aurai pensé qu'un jour tu devinerais ta présence au sein de mes rêves les plus précieux, joua-t-il la comédie, en guise de dernière arme.
- Y-a rien à faire, Théo, je risque pas d'oublier ma vision de ce matin de sitôt, conclut Blaise en se levant de table. Bon, on se voit dans la salle commune.
- S'il y a Pansy dans le coin, aucune chance que je me la coltine une minute de plus. Elle me sort par les yeux, assura Daphné.
- Quant à moi, ça devient trop dur d'être à tes côtés mon cher Blaise, tu comprends ? continua-t-il son jeu.
- « Trop dur »... Ouai, j'ai bien vu que tu t'y connaissais en la matière, ne rata-t-il pas la dernière occasion de narguer son ami avant de quitter la Grande Salle.
- Je pense que t'en as pour l'année entière avec lui, précisa Daphné, le sourire aux lèvres. Ca devait vraiment être quelque chose à voir !
- Pitié, tu ne vas pas t'y mettre, toi non-plus !
- Je vais me gêner ! Franchement Théo, tu ne peux pas continuer comme ça. Ou tu passes à la vitesse supérieure avec Emma ou tu te trouves une copine. Mais par la barbe de Merlin, profite donc de ta dernière année !
- Ce n'est pas si simple que ça et tu le sais très bien.
- On s'en fou de Drago ! Tu crois qu'il pense à sa fiancée, lui, quand ils se bécotent avec ma sœur, déclara-t-elle avec humeur.
- Ah, c'est donc ça. Tu m'encourages à aller dans les bras d'Emma, par simple désir de vengeance.
- Tant qu'il ne met pas ma sœur dans son lit, il n'y a pas vraiment lieu de se venger.
- Bon, c'est pas tout mais j'ai une promesse à tenir moi, se servit-il de ce qu'il devait faire pour échapper maladroitement à cette conversation, alors qu'il voyait Emma quitter la Grande Salle.
- Y-a-t-il quelque chose que je devrais savoir, Théodore Nott, quémanda froidement Daphné qui soupçonna immédiatement quelque chose. Théo ! ajouta-t-elle alors qu'il semblait la planter là sans aucune réponse.
- J'ai assez de chose à gérer comme ça, Daphné. Tu n'as qu'à aller voir la principale concernée.
Bien qu'elle eût devinée ce qu'il en était, Daphné sembla tout de même choquée de ce semblant d'aveu de la part de son ami. Souhaitant éviter qu'elle ne s'accapare sa personne aux fins d'en savoir plus, Théodore rejoignit le Grand Hall à grandes enjambées et se mit à la recherche d'Emma. Il la trouva en pleine ascension du grand escalier et entreprit de la rejoindre, grimpant deux par deux les marches de marbres.
- Bonsoir Théo, le salua-t-elle une fois arrivé auprès d'elle, la jeune fille s'étant arrêtée au sommet de l'escalier.
- Salut... Emma, lui répondit-il alors qu'elle le fixait d'une manière qui le mit mal à l'aise.
- Tu voulais me dire quelque chose peut-être ? finit-elle par lui demander au bout de quelques secondes de silence.
- Oui, se reprit-il en se rappelant la raison pour laquelle il devait s'entretenir avec elle. Tu serais disposée à faire quelques pas avec moi ?
- A la condition qu'on règle de suite le sujet Michael, négocia-t-elle fermement sa demande.
- Très bien, fut-il un peu pris de court alors que de nouvelles secondes de silence s'écoulèrent.
- Mais si tu n'as rien à me dire à ce propos, on ferait mieux d'y aller maintenant, le couvre-feu ne va pas tarder.
- Tu y es allée un peu fort, ce matin.
- C'est vraiment tout ce que tu trouves à dire sur la question ?
- Je suppose que Morag n'a pas pu s'empêcher de te faire la morale, alors je vais m'abstenir d'en faire de même.
- Tu es sûr ? Car vraiment, ça ne me dérange pas d'entendre ce que tu penses. Au point où j'en suis aujourd'hui...
- D'accord, se résolut le jeune homme, les yeux verts impassibles troublant toujours ce dernier. Je pense que cette potion influe de manière plus que néfaste sur ton comportement et tes actes. Je suis donc content que tu aies accepté le marché de Morag. Et j'ose espérer que tu t'y tiennes réellement.
- Plus que du doloris, c'est donc de ça dont tu voulais parler, constata Emma en reprenant sa marche, non vers les escaliers mobiles mais vers le couloir du premier étage ouvert sur l'extérieur.
- Dans un combat contre une addiction, c'est la volonté qui compte plus que toute autre chose.
- Te voilà bien renseigné sur le sujet, fit-elle remarquer.
- C'est que tu m'as beaucoup inquiétée, Emma.
A cette phrase, la jeune fille s'arrêta et se retourna vers Théodore qui l'imitait. Elle lui offrit alors un tendre et doux sourire garant de toute la complexité de leur relation. Sans qu'il n'y prenne garde, elle posa sa main – légèrement tremblante – sur sa joue. Par réflexe, il recouvrit cette dernière de la sienne, complètement happé par son regard teinté d'une certaine mélancolie. Glissant sa main sur la nuque du jeune homme et se mettant sur la pointe des pieds, Emma pressa ses lèvres contre les siennes. Loin de s'en offusquer, Théodore ne se priva pas pour approfondir ce baiser inespéré, tentant au maximum d'éloigner les souvenirs encore frais de son dernier rêve. Alors qu'il entreprenait de la rapprocher de lui, Emma se dégagea doucement de cette étreinte. Après un sourire mutin, la Serdaigle reprit son chemin comme si de rien n'était. Le regard de Théodore tomba sur la main rougie de son amie, faisant naître alors en lui une explication logique à ce qui venait de se passer.
Les deux amis longèrent le couloir ouvert sur le ciel étoilé dans un silence loin d'être pesant, bien au contraire. Théodore ne pouvait s'empêcher de ressentir cette légèreté s'emparer de lui, peu importait les raisons ayant poussé Emma à l'embrasser. Il n'avait qu'une envie, qu'ils récidivent. Au bout de quelques minutes, ils stoppèrent leur marche, décidant de s'accouder au rempart ouvrant sur le parc éclairé d'une lune presque pleine. Sans doute le couvre feu avait-il déjà sonné, mais n'était-il pas après tout en compagnie de la Préfète-en-chef en personne ?
- Tu penses que mon seul but est de faire payer Drago, n'est-ce pas ? brisa-t-elle ce silence jusque là si paisible.
- S'il n'est pas seul, c'est tout du moins l'un de tes buts, assura Théodore alors que tous deux continuaient de fixer la vue qui s'offrait à eux. Mais, jamais je n'ai dit que ça me dérangeait... ajouta-t-il avant qu'il ne sente le regard d'Emma se tourner vers lui.
Lorsqu'il fit de même, le jeune homme découvrit que celle-ci – le menton soutenu par sa main droite – arborait un air plutôt charmeur. En la contemplant, Théodore se rendit compte qu'Emma ne portait plus sa bague. Remarquant son regard posé sur sa main, la brune décala cette dernière et fixa à son tour ses doigts vierges de tout bijou.
- Ca n'a pas l'air comme ça, mais c'est un sacré poids dont je me suis débarrassée aujourd'hui.
- Je veux bien te croire.
Alors qu'ils observaient tous deux la fine main rougie de la jeune fille, Théodore prit l'initiative d'y apposer la sienne. La caressant tout d'abord du bout des doigts, il finit par l'entrelacer. L'une contre l'autre, leurs mains entamèrent une lente et douce danse. Un frisson le parcourut tout entier lorsque leurs yeux se croisèrent. C'était fou à quel point il pouvait se sentir connecter à elle lorsqu'ils se laissaient aller ainsi. Très peu de paroles avaient été échangées, mais il avait suffit d'un premier pas pour tout déclencher. Leurs moments à eux que composaient leur premier baiser à la fête de Daphné, leur second durant ce match de Quidditch et cet autre baiser sur ce banc – qui faisait d'ailleurs partie de la vue malgré l'obscurité ambiante – lui revenaient et ne faisaient que confirmer ce qu'il avait rapidement su peu après leur rencontre. A regret, Théodore éloigna sa main de celle de son amie et se redressa quelque peu, tournant le dos au parc.
- Tu vois bien qu'au final ça te dérange... mes fiançailles...
- Là n'est pas vraiment le problème, déclara-t-il faiblement. On a beau avoir cette connexion assez déconcertante toi et moi, je dois quand même me rendre à l'évidence...
- Tu te fais du mal inutilement, Théo, lui coupa-t-elle la parole qu'il avait laissée trainer.
- J'ai eu beau clamer ma foi en ton amour pour moi par le passé, aujourd'hui je n'en ferais pas autant.
- Je me suis construit ce que j'ai pu ressentir pour Drago, au vu de l'avenir qui nous est destiné. Avec toi, ça a surgi de nulle part alors que je n'avais rien demandé. J'ai beau refouler mes sentiments pour toi, il y a toujours un moment où ils finissent par rejaillir.
- Comme ce soir ? supposa-t-il, une pointe de charme dans la voix.
- Pour être honnête, ils sont pour le moment à la limite de l'éruption sans toutefois l'avoir atteinte...
- Il faudrait y remédier alors...
Alors qu'ils s'étaient à nouveau rapprochés, Emma tira lentement sur sa cravate afin que leurs bouches se lient pour la deuxième fois. Le baiser se fit beaucoup plus ardent que précédemment, les entrainant dans cette passion singulière qui les caractérisait tant. La plaquant contre le muret donnant sur le parc, Théodore libéra ses lèvres et colla son front contre le sien, avant de lui offrir un tendre baiser sur le bout de son nez. Puis, c'est vers son cou qu'il tenta de redescendre. Leur différence de taille entravant quelque peu son action, le jeune homme entreprit de la lever et de l'assoir sur le muret pour qu'elle soit un peu plus à sa hauteur. Emma l'entoura alors de ses jambes, l'attirant encore plus à elle. Il pouvait sentir ses mains glissées sous sa cape frôler son dos d'une manière qui le faisait frissonner de plaisir. Baisant chaudement son cou, il remonta jusqu'à son oreille et ne put s'empêcher de souffler quelques mots au creux de celle-ci, derniers signes de son incompréhensible résistance.
- On ne devrait vraiment pas faire ça...
- Faire quoi...? répondit-elle à son tour dans un souffle rauque alors qu'il lui mordillait affectueusement le lobe de l'oreille. Ca...? suggéra une Emma coquine alors qu'elle s'emparait doucement de son entrejambe.
A cette proposition Théodore se figea soudainement, juste avant que ne le submerge la vague de plaisir ainsi provoquée par la main de la jeune fille. Déglutissant avec difficulté, celui-ci libéra l'oreille de sa partenaire et la fixa avec ardeur.
- C'est dangereux ce que tu fais-là, Emma.
- Pouquoi donc...? lui répondit-elle, l'air mutin.
- Nous sommes en plein couloir...
- C'est moi qui suis chargée de la ronde de cette aile du château ce soir, réfuta-t-elle son premier argument.
- Il fait à peine 8° degrés...
- Parce que tu as froid, là-tout de suite...? contra-t-elle son deuxième argument alors qu'elle n'avait aucunement cessé le mouvement précédemment entrepris.
Sur le coup, Théodore se demanda vraiment ce qui le poussait à se retenir de la sorte. Abandonnant toute résistance, le Serpentard se laissa emporter par l'embrasement et la passion que lui dictait son corps et son cœur. Il n'espérait plus qu'une chose : que ce ne soit plus un simple rêve cette fois-ci.
*** They all fall down ***
Severus Rogue n'appréciait que très peu les entrevues avec ses directeurs adjoints, mais celles-ci s'avéraient inévitablement nécessaires. Il était de son devoir de s'assurer que Poudlard ne sombre pas dans cette folie tortionnaire que souhaitaient tant imposer les Carrow, sans toutefois aller à l'encontre des principes nouvellement édictés par le nouveau régime. Délicate action s'ancrant néanmoins dans ce double rôle qu'il campait depuis tant d'années déjà. Les stratégies élaborées à la lumière des conseils du précieux portrait de Dumbledore, semblaient avoir fonctionné jusqu'ici, malgré les quelques regrettables dommages collatéraux. Il ne pouvait rien faire contre les actes de pseudo-rébellion engagés principalement par quelques élèves de Gryffondor. A travers son tableau, la représentation de Dumbledore n'avait de cesse de lui répéter qu'il s'agissait là d'agissements inévitables et fondamentalement essentiels et qu'il était logique que la société – Poudlard étant une micro-société en soi – comprenne son lot d'indignés et d'insurgés ne pouvant tout simplement pas se soumettre à cette révoltante autorité.
Le choix qu'ils avaient fait de nommer Emma Oreiro en qualité de Préfète-en-chef avait semblé porter ses fruits jusqu'à maintenant, même si au final, contrairement à ce qu'ils avaient espéré, cette dernière n'admettait pas de véritable influence sur son homologue masculin et fiancé, Drago Malefoy. Malheureusement pour elle – et pour eux – Amycus Carrow avait entrepris depuis la veille une tentative de radicalisation de son action de Préfète-en-chef, trop insatisfaisante à son goût. Ainsi l'avait-il obligée à punir elle-même ce jeune première année qui n'en faisait qu'à sa tête depuis la rentrée. Severus Rogue n'avait pas encore eu l'occasion d'en débattre avec le portrait de Dumbledore accroché aux côtés de tous les anciens directeurs de Poudlard dans son bureau. Le nouveau directeur du château avait un mauvais pressentiment quant à l'entreprise d'Amycus Carrow. Emma Oreiro – bien que Dumbledore semblait curieusement persuadé du contraire – était selon lui le genre de personne à suivre les ordres pour mieux sauver l'honneur de sa famille ainsi que sa propre vie. Telle était en règle générale, la ligne de conduite des Sang-Pur ou de tout autre Sang-Mêlé haut placé souhaitant conserver un niveau de vie digne de ce nom. Dumbledore avait toutefois visé juste au vu de la gestion de son statut de Préfète-en-chef, qui tendait fortement à la protection des élèves de Poudlard. Mais maintenant qu'elle était à découvert, jusqu'où irait-elle face à la répression employée par les Carrow ? De cela, il en discourrait volontiers avec son prédécesseur un fois son bureau rejoint.
Il n'avait jamais autant converser avec Dumbledore qu'après sa mort. Constat paradoxal du seul fait de la présence du portrait magique de ce dernier dans le bureau du directeur. Ce n'était cependant pas pour autant que cette version d'outre-tombe de celui pour qui sa loyauté était sans faille, lui dévoilait la totalité de ses plans. Severus Rogue admettait tout de même une confiance aveugle en Dumbledore. Trop de choses semblaient avoir déjà été entreprises pour qu'ils ne finissent par subir un fatal échec. Tout reposait sur ses épaules, sur celles de Potter et sur cet espoir que se devait de conserver leur camp.
Ce fut avec un ennui infini mais non sans une attention certaine, que le directeur de Poudlard écoutait le vantard récit de son directeur adjoint quant au déroulement de ses cours d'Art de la magie noire de ces derniers jours. De plus en plus à l'aise dans son rôle de professeur et plus que désireux d'imposer ses propres règles, il devenait compliquer de contenir le mangemort dans ses actions. Ainsi apprit-il alors que tous deux parcouraient les couloirs du château que le professeur d'Art de la magie noire avait pris l'initiative d'infliger un examen pratique aux élèves de septième et de sixième année, durant lequel s'étaient échangés des sorts plus ou moins dangereux. Il ne fallait pas que cela devienne une habitude, ce que Severus Rogue s'employa à lui stipuler sans que cela ne paraisse trop suspect de la part du mangemort qu'il était censé incarner.
Après ce délicat avertissement, la conversation dévia sur l'action du nouveau régime et des récentes mesures employées. L'ennui serait redevenu total si n'était pas apparue au loin la silhouette d'un couple d'élève semblant s'enlacer. A la place, ce fut un complet agacement qui s'empara de lui. Un regard rapide vers Amycus lui fit constater l'indécente impatience que ce dernier peinait à contenir face à ces fauteurs de troubles. Les adolescents semblaient bien trop occupés pour remarquer leur approche. Lorsqu'ils furent assez proches pour le comprendre, les directeur et directeur adjoint constatèrent bien malgré eux que les deux jeunes paraissaient avoir dépassé le stade de la simple embrassade. Une certaine répugnance fit tressaillir sa lèvre supérieure à la vue de la position compromettante à laquelle il assistait bien malgré lui.
« C'est qu'ils n'ont pas froid aux yeux, ces deux-là ! Pour le plaisir des notre... »
La remarque de Carrow le dégouta davantage, et de la situation, et de son collègue. Puis ce fut au tour d'une sourde consternation de faire son apparition lorsque Severus Rogue croisa le regard horrifié de la Préfète-en-chef. Jupe relevée, cuisses dénudées, chemisier dévoilant sa poitrine encore protégée de sa lingerie fine, assise sur le muret du rempart, la Serdaigle entourait de ses jambes le bassin de son partenaire. Le souffle coupé, la jeune Oreiro s'empara de la tête de ce dernier encore plongée dans son cou afin de la tourner vers eux en guise d'alerte. Comme son intuition laisser le présager, il ne s'agissait pas là de Drago – fiancé de la demoiselle – mais de Théodore Nott, Serpentard de son état et accessoirement fils de mangemort.
Partagé entre la désolation et le blasement quant au comportement de cette jeunesse dorée Sang-Pur, ce fut un regard transperçant qu'il posa sur les deux élèves qui ne savaient plus où se mettre. Lorsqu'ils eurent enfin le bon sens de bouger, le directeur s'épargna le spectacle du rhabillage en détournant légèrement la tête. Apparut alors dans son champ de vision un Amycus Carrow fortement intéressé par la chose. Il ne sut alors vraiment lequel des deux spectacles étaient le plus affligeant. Un bruit de ceinture se bouclant et de chemises se reboutonnant en vitesse rompait le silence pesant qui régnait dans le couloir pas si désert que ça. Lorsque ses yeux perçants recroisèrent ceux de la Préfète-en-chef, cette dernière baissa honteusement les siens. Le jeune Nott n'en menait pas large non plus et déglutissait difficilement, attendant que la sentence ne tombe.
- Vous me surprenez d'heure en heure, Miss Oreiro, intervint le premier le professeur d'Art de la magie noire qui ne se départait pas de son inquiétant sourire satisfait.
- Quelle désolation de vous trouver en pareille posture, Mademoiselle la Préfète-en-chef, articula-t-il de ce ton qui lui était propre. Il en va de même pour vous, Mr. Nott, ajouta-t-il en le dévisageant à son tour, ne souhaitant nullement l'épargner.
- Vous n'aviez pas vos langues dans vos poches, tout-à-l'heure, il me semble, continua ses remarques inappropriées celui qui faisait office de collègue.
- C'est à croire que la dernière fois ne vous a guère servi de leçon, Miss Oreiro, se permit-il d'agrémenter ses réprimandes alors que Carrow tournait vers lui un regard curieux et le Serpentard remuant légèrement face à cette remarque. Professeur Carrow, voudriez-vous bien raccompagner sur le chemin de sa salle commune, Mr. Nott, à cause de qui je me vois dans l'obligation de retirer 50 points à la maison Serpentard.
- Bien sûr, Monsieur le directeur, accepta-t-il une légère pointe de déception dans la voix.
- Quant à vous, Miss Oreiro, j'aurai quelques mots à vous dire en sus des 50 points que vous faites perdre à votre maison.
Après un court moment de flottement, Théodore Nott le salua d'un bref hochement de tête avant de prendre la direction du Grand Hall en compagnie de son professeur d'Art de la magie noire. Emma Oreiro gardait les yeux résolument baissés, le dos bien droit et la tête bien haute. De longues secondes de silence s'écoulèrent durant lesquelles Severus Rogue remettait en question son choix de Préfète-en-chef. Et s'ils s'étaient totalement trompés sur l'allégeance de la jeune fille qui semblait bien plus occupée à batifoler qu'à remplir ce qu'on attendait d'elle. Le voilà qui se voyait confier la délicate tâche de lui faire prendre le droit chemin tout en gardant son statut de mangemort. D'autant plus qu'il était fort possible qu'elle en sache plus que n'importe qui au sujet de la mort de Dumbledore au vu de ses relations avec le jeune Drago, même si en l'occurrence, celles-ci ne semblaient pas au beau fixe du fait de son petit écart du soir.
- Vous souhaitiez ajouter quelque chose, Monsieur le directeur ? prit-elle la parole le plus dignement possible.
- Une question semble se poser quant à votre compréhension de votre rôle de Préfète-en-chef, Miss Oreiro.
- Je regrette que vous nous ayez surpris...
- Ce qu'il faut regretter c'est de vous être trouvée dans cette situation qui n'avait nul lieu d'être et qui plus était – si je puis me permettre – avec un autre que votre fiancé, l'interrompit-il de sa voix doucereusement froide.
- Dites-vous cela en tant que Directeur de Poudlard ou en simple qualité de proche de ma future belle-famille, eut-elle l'impudence de lui demander le fuyant toujours du regard.
- C'est définitivement en qualité de Directeur de Poudlard que je requiers de votre part un peu plus de respect.
- Ainsi souhaitez-vous que je fasse preuve du même genre de respect que celui que vous avez pu avoir envers le précédent directeur, questionna-t-elle effrontément, le défiant enfin des yeux.
- C'est bien la première fois que je vous vois faire preuve d'autant d'idiotie, Miss Oreiro. Et c'est en qualité de mangemort que je vous confirme qu'il faut être idiote pour oser me parler sur un tel ton, tout comme il faut être idiote pour avoir l'indécence de se construire une telle réputation auprès de mangemorts, les rumeurs courant très vite dans les rangs. Je ne fais évidemment pas référence ici à votre réputation d'insolente, enfonça-t-il le clou alors que la jeune fille paraissait s'être pétrifiée à l'entente de tels propos, perdant de fait toute forme de rébellion. Quoiqu'il en soit, Miss Oreiro, sachez que le directeur de Poudlard compte encore sur vous pour représenter au mieux la fonction de Préfète-en-chef, reprit-il en plongeant son regard sombre dans le sien. J'ose donc espérer que vous ne vous égarerez plus de la sorte.
- Vous pouvez compter sur moi, Professeur Rogue, assura-t-elle alors avec une certaine lenteur comme si le cours de ses réflexions était toujours en marche.
Après de polis hochements de tête, Severus Rogue quitta son élève, sa cape claquant contre le sol au moment de la dépasser. Avait-il souhaité faire passer un message ? Avait-elle compris cet éventuel message ? Fallait-il qu'elle le comprenne ? Il ne le savait pas vraiment, le principal étant tout de même qu'il ne la surprenne plus à faire de telles bêtises dans l'enceinte du château. Ce n'était ni le lieu, ni le moment.
Sur le chemin menant à son bureau, Severus Rogue n'appréhenda qu'une chose : la légèreté frivole avec laquelle le portrait de Dumbledore risquerait de prendre le récit qu'il lui ferait des très récents évènements...
*** They all fall down ***
Morag MacDougal était confortablement installée dans son lit, écrivant avec attention une lettre à son fiancé. Il était difficile de lui faire état de sa véritable vision des évènements à Poudlard, le courrier étant surement surveillé que ce soit au cours de l'envoi ou de la destination. Ethan et elle avaient établi un certain code, usant des nombreuses formules de styles offertes par leur si belle langue. La voici donc qui s'employait à rédiger un parchemin empli de ce genre de procédés.
Un coup d'œil vers son réveil lui apprit que le couvre-feu était passé depuis plus de deux heures maintenant. Elle savait Emma en ronde ce soir-là, mais généralement cela ne prenait pas plus d'une heure. La crainte que son amie ne respecte pas son engagement quant à la dose de potion à respecter était plus que présente. Il serait très difficile de la surveiller 24h/24, seule la confiance prévalait donc.
Dire qu'aujourd'hui n'était que la première journée, pensa lascivement Morag. Entre ce qui s'était passé avec Corner le matin-même et ce dont Emma lui avait parlé au cours du diner, la jeune fille n'était vraiment pas rendue. Sans parler de ce dont elles avaient interdiction d'aborder concernant leur professeur d'Art de la magie noire. Quelque chose de louche se passait à ce niveau-là, elle l'avait très bien senti lors du cours, notamment peu après qu'Emma ait lancé ce malencontreux sortilège de Doloris sur son ancien ami.
Ses pensées s'interrompirent lorsqu'elle aperçut sa camarade de chambre entrer dans la pièce. Sa démarche ne présageait rien de bon. Le regard dans le vide et le pas lent, Emma finit par s'assoir sur son lit de manière assez saccadée.
- Je ne t'attendais plus... démarra-t-elle la conversation en tentant de définir si son amie avait failli à son contrat.
- Tu te souviens de ce que je t'ai raconté tout-à-l'heure ? Sur Drago et Pansy, précisa-t-elle, un air légèrement choqué sur le visage.
- Oui...
- Eh bien, ce n'est absolument rien à côté de ce qui s'est passé ce soir...
- Ton allure est carrément flippante, Emma, ne put s'empêcher de faire remarquer Morag. Est-ce que tu as...
- Bu de la potion à ton insu ? Je te promets que non. Et pourtant Merlin sait que j'en aurai bien besoin là tout de suite, assura la brune avant d'observer les tremblements de ses mains.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé alors ?
- Il me faut une dose, Morag, enchaina directement son amie en lui lançant un regard implorant.
- On s'est mises d'accord toi et moi pour deux quarts de fiole par jour, Emma. Tu as pris ton dernier quart durant le repas.
- Je suis tétanisée par les images et les sensations qui me reviennent. Avant d'être mon addiction, c'est une potion de relaxation avant tout. Et là... j'ai vraiment ce besoin d'être relaxée, d'oublier, de dormir et... de ne plus jamais me réveiller... ajouta-t-elle en ramenant à elle ses genoux et se blottissant à l'intérieur de sa cape. Merlin, Morag, j'ai tellement honte. Je n'oserai plus jamais leur faire face, tous autant qu'ils sont...
- Je ne vois absolument pas de quoi, ni même de qui tu me parles, Emma. Il va falloir que tu m'éclaires un peu sur le sujet... s'enquit-elle avec inquiétude face à l'air pétrifié de sa camarade de chambre.
- Je... commença-t-elle avant de s'interrompre et de soupirer bruyamment. C'est impossible de raconter ce qui est arrivé à voix haute.
- Tu n'as qu'à chuchoter alors, ne put-elle s'empêcher de rétorquer alors que la rousse se demandait si elle n'assistait pas là à de la pure comédie dans l'unique but de recevoir une dose de potion supplémentaire.
- Promets-moi que j'aurai droit à de la potion si je te le dis.
- J'en étais sûre, tout ce cinéma pour... ça ! cracha presque Morag, plus qu'agacée.
- Je t'assure que je ne te mens pas, s'exclama la brune, plus tremblotante que jamais, le sanglot ne se départant pas de sa voix. Il s'est vraiment passé quelque chose de très choquant, qu'aucun élève ne souhaiterait subir.
- Est-ce en rapport avec ce dont je ne dois surtout pas aborder avec toi ?
- Pas vraiment...
- Pas vraiment, ça veut dire un peu quand même, la brusqua sans vraiment le vouloir la rousse, qui – elle le remarquait à l'instant – faisait les frais de son manque de sommeil de la veille.
- Ca veut dire qu'Amycus Carrow fait également partie de cet événement, répondit-elle tout de même sans toutefois dévoiler la clé de l'affaire. Et il était en compagnie de Rogue, poursuivit-elle après quelques secondes de silence.
- Ils t'ont fait quelque chose..? s'inquiéta alors la jeune fille.
- Moi j'étais avec Théo... et on...
- Vous quoi ?
- On... Et eux... ils nous ont vu...
- Ils vous ont vu vous embrasser ? atténua-t-elle sa compréhension de la chose dans l'espoir que ce ne soit pas ce qu'elle pensait.
- Plus que ça...
- Merlin tout puissant ! Où ça ?
- Dans un des couloirs donnant sur le parc.
- Mais quelle idée vous est passée par la tête ! s'exclama la rousse, choquée par l'image qui lui venait en tête alors qu'Emma gardait le silence. Et Carrow et Rogue vous ont surpris en pleine action ? Oh l'horreur... Mais quelle horreur ! ne put-elle que répéter.
- Je sais, j'ai vraiment merdé là.
- Et comment ! Mais... Dans un couloir, Emma ! J'en reviens pas...
- Il y a certaines choses qui ne se contrôlent pas vraiment, tenta-t-elle de se défendre malgré tout.
- Tu as passé ta vie à te contrôler face à Théodore ! Alors pourquoi maintenant ?
- « Ma vie », tu exagères légèrement.
- Je peux savoir ce que vous avez tous avec le sexe en ce moment ! Merde à la fin ! s'énerva Morag qui commençait à en avoir marre de devoir récupérer les pots cassées de ce genre de choses. Tu n'auras pas de dose supplémentaire, Emma.
- Je t'en prie, juste pour cette fois...
- Certainement pas, fut-elle catégorique.
- Mais...c'est mon premier jour de cure ou appelle ça comme tu veux. C'est vraiment dur pour moi, pour mon esprit, pour mon corps, pour tout !
- Eh bien... je pense qu'une bonne douche, bien froide, pourra t'aider à surmonter « tout » ça, lâcha la rousse en feignant de reprendre l'écriture de sa lettre.
Emma resta là encore quelques minutes à la regarder longuement, la suppliant certainement en silence. Elle ne bougea pas les yeux du parchemin destiné à son fiancé, qu'elle tenta d'achever. Qu'il était dur de reprendre ses soi-disant belles formules de leur si riche langage. Encore sur les nerfs, sa plume grinçait désagréablement. Son état de fatigue était vraiment à son paroxysme. Elle n'avait dormi que quelques heures la veille, à cause de la connerie de ce cher Drago Malefoy. C'était son action qui avait déclenché toutes ces mésaventures du jour et du soir... Et qui en faisait les frais ? Emma, elle, Astoria, Théodore, et même ces « pauvres » Rogue et Carrow qui n'avaient rien demander. Quel sale égoïste il était !
Lorsque sa camarade de chambre rejoignit enfin la salle de bain de son pas si désagréablement lent, Morag laissa brutalement tomber son bras et sa plume contre son matelas, une tâche d'encre se formant au passage. La jeune fille regarda l'encre se déverser à son rythme et le draps s'imbiber au fur et à mesure, telle la progression d'une onde à la surface de l'eau. Relevant la plume, Morag déposa cette dernière sur sa table de nuit et jeta un oeil à sa lettre. Elle s'empara alors soudainement dudit parchemin et le froissa avant de le jeter contre l'une des fenêtres de la pièce. Soupirant profondément, elle finit par se lever brusquement et se diriger vers l'armoire de la chambre. Annulant le sort de protection qu'elle avait jeté pour éviter qu'Emma ne se procure des fioles, la rousse en attrapa une et la fixa pensivement.
Rejetant le sortilège de protection sur le tiroir contenant les potions, Morag tourna le dos à l'armoire et se dirigea vers le lit d'Emma. Celle-ci toujours sous la douche, ne devrait pas tarder à revenir. Elle souleva l'oreiller de son amie et plaça un quart de fiole supplémentaire sous ce dernier. Puis, elle retourna sous ses propres couvertures, éteignit sa lampe et tenta de trouver rapidement le sommeil. Chose qui ne serait pas si facile au vu de son agitation actuelle. Merlin que ces jours de « cure » allaient être difficilement supportables...
*** They all fall down ***
Théodore Nott ne revenait pas vraiment de ce qui venait de se passer en cette soirée d'octobre. Il préférait d'ailleurs ne pas y repenser, comme il se l'était promis avant de prendre sa douche. Mais difficile était l'épreuve. S'essuyant à nouveau les cheveux au moyen de sa serviette, le jeune homme entreprit de récupérer le haut de son pyjama resté dans la chambre, n'ayant emporté que le bas dans la précipitation de la prise d'une bonne douche. Lorsqu'il dégagea sa tête de la serviette, un sursaut brusque s'empara de lui en apercevant Drago, assis confortablement sur le lit qui était le sien avant sa migration pour la salle commune des préfets. Le fixant droit dans les yeux pendant quelques secondes, Théodore finit par jurer dans sa barbe avant de reprendre son chemin vers son lit et sa chemise de pyjama. Il enfila cette dernière en silence et la boutonna.
Le blond ne semblait pas énervé, il l'observait juste d'un air indéchiffrable, presque pensif. Jambes étendues de leur long, pieds croisés, Théodore remarqua toutefois qu'il avait à la main une bague qu'il faisait tourner entre ses doigts. Une fois complètement habillé pour la nuit qui s'annonçait difficile, le brun eut l'intention d'amorcer la fatale conversation. Mais ce fut sans compter sur Drago qui le devança tout juste, sans doute l'avait-il fait exprès.
- Tu as une idée de ce que peuvent faire Crabbe et Goyle hors de la salle commune ? l'interrogea-t-il alors contre toute attente.
Théodore ouvrit la bouche pour lui intimer d'aller droit au but de sa présence ici, mais se ravisa. A quoi bon démarrer les hostilités après tout, elles allaient bien finir par arriver. Lui tournant le dos, le jeune homme entreprit alors de vider son sac de cours du jour. S'il voulait tourner autour du pot, ils tourneraient autour du pot.
- On pensait tous que tu avais quelque chose à voir là-dedans, répondit-il simplement en continuant son action.
- C'est ce que m'ont dit Blaise et Pansy à l'instant.
- C'est étrange, mais pas bien inquiétant en soi. C'est Crabbe et Goyle, lâcha-t-il avec une certaine évidence.
- Justement, ces deux-là sont bien trop idiots pour manigancer quoique ce soit. La question est : Qui peut bien être derrière tout ça ? raisonna Drago avec pertinence.
- Une fille peut-être, proposa-t-il, un sourire mi-nerveux, mi-amusé aux lèvres, en provoquant le rire moqueur de son camarade de maison.
- En parlant de filles... commença-t-il de sa voix trainante alors que Théodore décida de lui faire à nouveau face, bras croisés, attendant patiemment que les critiques ne fusent. Je t'avouerai en avoir eu ma dose pour la journée, continua-t-il en chassant de sa manche gauche des poussières surement invisibles. Pas toi ? fit-il sournoisement avec un aplomb ayant déconcerté n'importe qui.
- En ce qui me concerne, j'ai eu ma dose d'invités inopinés pour aujourd'hui, répondit-il honnêtement sur le même ton nonchalant adopté depuis le début de la discussion.
- Malefoy ! cria soudainement une voix furieuse que Théodore reconnue comme étant celle de son amie Daphné.
- Depuis quand t'es devenu un as en divination, se contenta de réagir Drago face à l'intrusion de la Serpentard dans leur chambre.
- Crois-moi, si je l'étais, j'aurai évité bien des choses... déplora-t-il en accordant son attention à la nouvelle arrivante.
- Comment t'as-pu oser faire ça ? l'invectiva-t-elle, tentant tout de même de contrôler sa colère.
- Je n'ai aucun compte à te rendre, Daphné.
- Pas quand il s'agit de ma soeur ! assura-t-elle alors que Drago tournait vers elle un regard empli d'ennui.
- Si je puis me permettre, ma belle, épiloguer sur ce qui s'est passé ne changera rien. Ce qui est fait est fait, tempéra Théodore en s'avançant vers son amie.
- Tu peux parler toi ! Ca ne fait qu'arranger tes petites affaires avec mademoiselle la fiancée ! rétorqua-t-elle en repoussant le bras qu'il s'apprêtait à passer autour d'elle.
- Si ce n'est déjà fait... glissa le Préfet-en-chef comme si de rien n'était, la jeune fille passant alors son regard du blond vers le brun, tour à tour.
- Tu... as couché avec Emma ? le questionna-t-elle aussitôt, ne cachant nullement sa surprise. Mais tout-à-l'heure, tu disais que... ajouta-t-elle tout en intégrant la chose avant de d'interrompre sa phrase. Et toi t'es là, tranquille, en train de gentiment papoter en compagnie de celui avec qui ta fiancée t'as fait cocu.
- En tant que jeunes adultes majeurs, on est capable de régler ça sans effusion de sang, expliqua calmement Drago avec tellement d'assurance que Théodore y croirait presque.
- Vous m'en direz tant... Mais justement, en parlant de majorité et de jeunes adultes, je te ferai remarquer qu'Astoria n'est rien de tout ça encore ! rebondit-elle sur la formulation employée par son camarade de maison.
- Rappelle-moi déjà à quel âge toi et Théo vous avez succombé au plaisir charnel ? répliqua le Préfet-en-chef en faisant mine de réfléchir, sourcils froncés. C'est bien ce que je pensais, reprit-il plus froidement face à l'air pris de court de l'ainée des Greengrass. On peut donc clore le sujet.
- Ce n'est absolument pas la même chose, contesta-t-elle tout de même.
- Daphné, intervint Théodore, ça suffit maintenant.
- Je rêve ou tu es en train de le défendre lui, plutôt que moi, ton amie de toujours ! se vexa la jeune fille, loin d'être calmée.
- Je dis juste que ça suffit maintenant. Si vous tenez tant que ça à régler vos comptes, faites-le hors de la chambre. Ma soirée a été assez pourrie comme ça, exposa-t-il son envie de finir cette journée au plus vite.
- Tu te fous de ma gueule là et ta partie de jambe en l'air avec Emma ? l'attaqua-t-elle alors que le jeune homme se renfrogna un peu plus en se souvenant du déroulé des évènements.
- Je serai également curieux de savoir ce qu'il s'est passé pour que ma cicatrice cesse toute activité d'une minute à l'autre, l'enfonça Drago dans son désagréable souvenir.
Théodore leur tourna le dos pour se diriger vers son lit en se grattant nerveusement le front. Il imaginait déjà la satisfaction de Drago en apprenant la raison pour laquelle Emma et lui n'avaient pu aller jusqu'au bout. De même que l'éclat de rire moqueur de son amie Daphné qui ne semblait pas vraiment digérer son manque de soutien. Après un long soupir las, le jeune homme se retourna afin de faire face aux deux paires d'yeux inquisiteurs. Il terminait décidément cette journée aussi mal qu'il l'avait commencée, si ce n'est plus...
Voici comment se termine cette première partie, ce DAY 1 de They all fall down...
J'espère de tout coeur que cela vous aura plu ! Vous l'aurez peut-être remarqué, la particularité de ce chapitre est que le point de vue ne se fait jamais du côté d'Emma ! En espérant que cela n'aura pas été trop troublant ! Bien que cela a été intéressant à faire, l'exercice de style a été parfois complexe (notamment pour les points de vue de Carrow et de Rogue, mais aussi pour les points de vue des garçons ! Dur dur de se mettre dans leurs têtes ! )
Il est également beaucoup fait mention de sexe dans ce chapitre. Là aussi, exercice de style plutôt délicat, car je ne voulais pas non plus tomber dans un Rating trop sexuel.
J'ai eu une nouvelle lubie à ce moment de l'écriture. Les fameux - et surement lassants - tirets ! Promis j'ai du en supprimer près de la moitié. Autre changement invisible dans cette version corrigée mais qui me facilite grandement la tâche : à ce moment de l'écriture j'ai abandonné les didascalies en italique avec lettres majuscules dans les dialogues. J'ai donc moins de modifications à faire !
A bientôt pour la suite !
Desea Oreiro
