Chapitre 29.


La Gazette de Poudlard
Le journal par les élèves, pour les élèves !

L'ÉDITION SPÉCIALE qui n'est PAS pour tous les élèves !


DERRIÈRE LE SILENCE DE LA CABANE HURLANTE, LE DRAME

Chers lecteurs, chères lectrices,

Chers curieux, chers complotistes,

En mai dernier, dans l'édition régulière, nous évoquions ensemble l'histoire de la Cabane de Pré-au-lard, dite la « Cabane hurlante », ainsi que quelques théories visant à expliquer les cris et sanglots entendus à plusieurs reprises tout au long du siècle passé, et en particulier dans les années 1970. Suite à la parution de cet article dans l'édition numéro 178, j'ai été contacté par plusieurs Sorciers fréquentant depuis plusieurs décennies le village, et plus particulièrement l'un de ses pubs : les Trois Balais.

Refuge pour sans-abri ? Cachette pour fugitifs ? Ancienne maison close rouverte ? Terrier pour une colonie de Créatures magiques ? Esprits vengeurs désireux d'annihiler toute notre civilisation ? Les trois piliers de bar ont tranché : la Cabane hurlante était en réalité un Sorcier métamorphosé par erreur, incapable de reprendre sa forme originelle, qui a agonisé pendant sept longues années.

L'analyse d'experts en Métamorphose humaine ?

Pour ces trois habitués de Pré-au-lard, c'est en effet l'explication la plus plausible aux événements survenus dans les années 1970. Le premier homme* explique, avec de grands gestes pour me permettre de visualiser aux mieux ses propos, que les cris — « les véritables hurlements, hein, pas juste le craquement des planches ou les [prostituées] de la Seconde guerre, quoi qu'elles en aient fait, du boucan (…) » — ont commencé un soir de Pleine Lune. « Comme par hasard », si l'on ouvre l'édition de 1968 du Manuel de métamorphose avancée, il est recommandé à la page « Se métamorphoser en élément architectural » de réaliser sa transformation à la Pleine Lune. « Je tiens à rappeler que j'ai eu un O à mon ASPIC de Métamorphose », avance le deuxième homme*, de la Bièraubeurre coulant encore le long de son menton. Il hoquette. « Ou peut-être était-ce à celle de Potions (…) j'aimais déjà faire des mélanges à l'époque ». Alors que Madame Rosmerta lui ressert un verre il fronce les sourcils et surenchérit : « C'était dans les années 1930, je ne sais plus trop (…) Merci pour le whisky pur feu, Rosmerta, tu peux déjà m'en préparer un autre ».

Ébahi par ce que je viens d'apprendre car, alcool mis à part, ces débuts d'explication tiennent la route, je m'en retourne vers le troisième Sorcier*, celui-là même qui a décidé les autres à me contacter. Il me glisse dans l'oreille : « Vous savez, moi (…) J'ai approché cette maudite cabane une fois, en mars 1973, et elle m'a parlé... ».

Un appel à l'aide sans ambiguïté

Lorsque je lui demande de m'en dire plus, les détails avec lesquels il me décrit la scène me surprennent énormément. S'approchant de l'entrée de la Cabane malgré les grognements et les cris déchirant l'air — c'est une « délicieuse » liqueur de café qui lui avait fait oublier toute crainte quelques minutes plus tôt — il se décide alors à coller son oreille à la porte de bois. C'est alors qu'une petite voix , « celle d'un môme qui n'avait pas encore mué, peut-être douze ou treize ans grand maximum », s'est adressée à lui. Ce qu'elle lui aurait dit, celui-ci s'en rappelle très distinctement : « Aidez-moi, depuis des mois je ne fais plus qu'un avec cette Cabane, je vais finir par perdre la tête ou la vie ». Abasourdi, comprenant que le garçon ne « faisait plus qu'un » avec le bois, il dégaine sa baguette et tente d'annuler la Métamorphose… Mais le maléfice ne fut jamais levé.

Lorsqu'il retourne sur les lieux le lendemain matin, se disant que, peut-être, son esprit lui aura joué des tours et qu'il s'agissait simplement d'un garçonnet enfermé dans la Cabane et non fondu en elle, il n'y a plus de trace de personne. La voix s'est comme évaporée. Et elle n'est revenue ensuite que chaque mois, comme elle le faisait au début, durant la Pleine Lune. « C'est le propre de ce sortilège, il ne se manifeste qu'à la Pleine Lune », insiste le deuxième homme, le « grand spécialiste ». Avec le temps, les cris « d'agonie (…) c'étaient des cris d'agonie » sont devenus plus graves, preuve que même dans sa forme de bois l'adolescent continuait de grandir. Puis, à l'été 1978, la Cabane s'est finalement tue. Les clients des Trois Balais l'ont interprété comme « le trépas définitif du pauvre garçon resté métamorphosé en Cabane ». Le premier homme* se dit « soulagé » que sa souffrance ait enfin été interrompue, même si cela « a dû se payer au prix de sa vie ». Si Madame Rosmerta lève les yeux au ciel, les miens sont baignés de larmes.

S'agissait-il de l'un des disparus de la Première guerre Sorcière ?

En raison de la terreur que faisait régner Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer le nom et ses fidèles à cette époque, cela pourrait expliquer pourquoi la disparition d'un enfant au début des années 1970 n'aura pas retenu plus d'attention que cela. Sans doute le nom du pauvre enfant figure-t-il parmi la liste des victimes disparues durant la Première guerre des Sorciers ? « C'est triste », déclarent les trois hommes de concert. C'était « à coup sûr, un gosse de Poudlard qui aura raté son coup ». Malheureusement, ça ne serait pas la première fois que des expériences d'élèves auraient mal tourné. Nous en profitons pour rappeler à tous les jeunes qui nous lisent que la magie est quelque chose qui s'acquiert graduellement, et qu'il faut toujours s'armer de prudence et de patience avant de s'exercer à des sortilèges plus élaborés. En particulier en ce qui concerne la Métamorphose humaine, qui peut avoir des conséquences absolument dramatiques. Le Cabane hurlante en est peut-être le plus terrible exemple.

Prenez soin de vous.

Votre dévoué reporter,

Thomas Beurk

*Tous les intervenants ont été anonymisés à mon initiative