Chapitre 41 – Des salades

Des coups furent frappés à la porte.

-Entrez ! lança Laureen alors qu'elle observait son reflet dans le miroir.

Ella, magnifique comme toujours, entra dans la chambre et lui envoya un sourire sympathique.

-Tu es prête ?

Laureen secoua la tête, sentant les larmes monter. Ella se précipita vers elle et la prit dans ses bras.

-Ne pleure pas, tu ne veux pas ruiner ton maquillage, la tança-t-elle gentiment. Allons, reprends-toi. Je sais que c'est dur, mais tu ne peux pas te laisser aller.

Un peu moins de deux semaines s'étaient écoulées depuis qu'elle habitait chez les Zabini, et Blaise avait eu une autorisation exceptionnelle pour rentrer ce weekend, afin de donner une interview tous les deux quant à leurs fiançailles qui allaient être rendues officielles ce week-end.

Elle avait laissé Ella la maquiller et la coiffer pour l'occasion, faisant un chignon bas simple avec quelques mèches encadrant son visage, et un léger maquillage pour cacher la pâleur inquiétant de son teint. Elle portait une longue robe rose à manches courtes et col de chemise noir, qui la couvrait de la base du cou jusqu'à ses pieds, chaussés d'escarpins noirs, et elle avait une pochette blanche à la main.

-Tiens, il fait frais dans le hall du ministère, prend ce châle.

Laureen enveloppa l'étole autour de ses épaules, et s'observa encore une fois dans le miroir. Qui était donc cette jeune fille maigre et pâle, déguisée en sorcière de la haute société, qui la regardait en retour ?

-Nous devons partir. Tu te souviens de tout ?

-Il arrive au ministère où nous l'attendons, je lui saute au cou car je ne l'ai pas vu depuis longtemps, puis nous allons tous déjeuner sur le Chemin de Traverse dans ce restaurant chic et hors de prix. Nous avons un peu de temps pour souffler, puis Blaise et moi allons dans un salon de thé où nous recevons les journalistes. Puis nous dînons ensemble dans un autre restaurant.

Ella hocha la tête et lui caressa doucement la joue.

-Tout va bien se passer, j'ai réussi à prévenir Blaise de toute la situation. Vous serez obligés de vous embrasser face aux journalistes pour rendre le tout crédible, mais il sait parfaitement que c'est une comédie pour ta sécurité. Il m'a promis de te protéger.

Laureen hocha la tête, ferma les yeux, inspira un grand coup, et se força à sourire en expirant.

-Voilà qui est mieux, apprécia Ella. Allons-y.

Les deux sorcières se rendirent donc au ministère, où tout le monde se retournait sur leur passage. Ella ne leur accordait pas un regard, et Laureen s'appliqua à faire de même. Elles fendirent donc la foule peu compacte de ce samedi matin, et se tinrent bien droite près de la cheminée par laquelle Blaise était censé arriver très bientôt, tout à fait conscientes que leurs moindres faits et gestes étaient épiés par la dizaine de journalistes qui étaient présents. Ella jeta un coup d'œil à la montre sorcière en or et diamants qui brillait à son poignet.

-D'une minute à l'autre, souffla-t-elle à Laureen.

Laureen se força donc à prendre l'air impatient, excité et heureux d'une jeune femme qui attend son – futur – fiancé. Elle ne portait pas de bague, puisque leurs fiançailles, bien que déjà à l'état de rumeurs depuis plusieurs jours, n'étaient pas encore officielles. Soudain, des flammes vertes s'allumèrent dans la cheminée, et Laureen déglutit. Blaise en sortit, très élégant dans son costume sorcier taillé sur mesure, et son visage s'illumina dès qu'il posa les yeux sur Laureen. L'expression semblait si authentique que Laureen faillit y croire.

En quelques enjambées il l'avait rejointe, la soulevant en serrant ses bras autour de sa taille avant de la faire tournoyer dans les airs. Elle lâcha un rire incrédule, et le laissa faire lorsqu'il la posa sur le sol et se pencha vers elle avant de l'embrasser doucement.

-Tu m'as tellement manqué, bella, dit-il suffisamment fort pour que les journalistes entendent.

-Tu m'as manqué aussi, répondit Laureen en plongeant ses yeux dans les siens.

Blaise lui renvoya un sourire éclatant et l'embrassa sur le front avant d'aller embrasser sa mère. Laureen devait retenir son envie de pleurer. Charlie l'embrassait ainsi sur le front avant de dormir, et pour tant d'autres occasions. Elle n'eut pas le temps d'y penser davantage, Blaise avait doucement saisi sa main pour la placer au creux de son coude, suivant ainsi sa mère qui sortait du ministère. Il se pencha à l'oreille de Laureen.

-Là, ils vont tous croire que je te chuchote des mots d'amour, dit-il d'un ton de conspirateur. Alors qu'en fait, je vais juste te dire que j'ai très faim.

Laureen éclata de rire, se détendant un peu. Effectivement les « clics » frénétiques des appareils à photographies se faisaient entendre derrière eux.

-Je préfère quand tu ris, sourit Blaise. Ça fait briller tes yeux.

Elle sourit doucement, de plus en plus à l'aise en sa présence alors qu'ils sortaient du ministère.

-Souris, tu vas manger gratuitement dans le meilleur restaurant sorcier d'Angleterre.

Laureen lui renvoya un regard amusé.

-Ce n'est pas parce qu'il est le plus cher que c'est le meilleur.

-C'est vrai, mais il est vraiment excellent, répliqua Blaise avec un sourire en coin.

Laureen se contenta d'hocher la tête alors qu'ils rejoignaient Ella avant de transplaner. Ils arrivèrent devant le restaurant, et y entrèrent immédiatement, un serveur les conduisant au salon privé à l'arrière où les attendait Paul. Blaise salua son père, avant de tirer Laureen à l'écart un moment.

-Ginny est à Poudlard, elle va bien, murmura-t-il. Neville aussi, tous les Gryffondor de septième année vont bien. Enfin, certains sont amochés, mais aucun gravement.

Laureen laissa s'échapper un soupir de soulagement. Elle embrassa impulsivement Blaise sur la joue, le surprenant un peu puisqu'il n'y avait aucune caméra autour d'eux à cet instant.

-Merci, murmura-t-elle. Merci beaucoup.

Il hocha la tête, avant de l'accompagner vers la table d'un geste du bras.

-Bien, nous avons un mariage à préparer, lança Ella une fois qu'ils étaient tous assis.

-Ella, Blaise vient à peine de rentrer ! protesta Paul.

-Les vacances d'hiver sont dans un mois à peine, et le mariage devra avoir lieu à ce moment, répondit Ella. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre du temps.

-D'accord, intervint Blaise. Quel est le plan ?

-Blaise, contente-toi de trouver un costume, et de choisir ton témoin. Avec les cours, c'est déjà bien assez de travail.

Il hocha la tête, sirotant le verre de Whiskey Pur Feu qui était devant lui. Paul en avait un aussi, Ella et Laureen avaient des verres de vin blanc.

-Je m'occupe de la liste des invités, et je verrai avec Laureen pour sa robe. Ce dont je voulais discuter ce midi c'est le menu, le thème, la décoration. Qui veut commencer ?

-Il faut du vert et de l'argent dans les couleurs de la décoration, dit Blaise. Un thème est vraiment nécessaire ?

-Pourquoi pas une féérie hivernale ? intervint Laureen. Un mariage sous une neige qui tombe du plafond mais ne nous touche pas, comme dans la Grande Salle de Poudlard.

-J'aime beaucoup cette idée, intervint Paul. Simple et de bon goût.

-Enfin, si ça te convient, fit Laureen en se tournant vers Blaise.

-Bien sûr. Ne reste que le menu, n'est-ce pas maman ?

-Le menu attendra bien que nous ayons fini les entrées, sourit Ella alors qu'un serveur arrivait.

Il déposa des toasts de foie gras devant les hommes, et une salade devant les femmes. Laureen écarquilla les yeux, mais Blaise lui attrapa rapidement le poignet, l'empêchant de dire quoi que ce soit tant que le serveur était là.

-De. La. Salade ? grogna Laureen une fois que Blaise la lâcha.

-Tu t'attendais à quoi, du poulet et des frites ? ricana son pseudo-fiancé.

-Si tu me donnes du poulet et des frites, je t'épouse demain et l'affaire est réglée, répliqua Laureen sur un ton de défi.

Les adultes sourirent face à l'échange des jeunes, mais les laissèrent continuer.

-Bienvenue dans mon monde, princesse.

-Je ne suis pas une princesse ! siffla Laureen.

-Je t'en prie, tu étais la princesse de Gryffondor de ton année !

-Donne-moi un toast, ou je t'étouffe avec les trois feuilles de salade qui se battent en duel dans mon assiette.

-Ouvre la bouche, répondit Blaise avec amusement, un toast dans la main.

-Non, refusa Laureen.

-Il faut que tu t'habitues à ce genre de gestes, lui rappela-t-il.

Elle le fusilla du regard mais fit ce qu'il lui demandait, croquant avidement dans le toast et manquant de lui mordre les doigts.

-Ce n'était pas si dur.

-N'en rajoute pas, grommela-t-elle.

-Tu as quelque chose… Attends, juste là.

Il essuya le coin de la bouche de la jeune fille avec son pouce avant de se tourner vers son père l'air de rien, lui demandant comment allaient les affaires familiales. Le repas se déroula tranquillement, Laureen et Blaise en profitant pour faire un peu connaissance mais surtout mettre au point l'histoire de leur soi-disant relation, afin de ne pas dire une bêtise pendant l'interview de l'après-midi.

Après le déjeuner, les parents Zabini retournèrent au manoir familial tandis que Laureen et Blaise se promenaient, sous le regard de journalistes censés être discrets, dans le Chemin de Traverse. Blaise avait passé un bras protecteur autour de la taille de la jeune femme, et la guida jusque dans une bijouterie de luxe.

-Blaise, les bijoux ici coûtent une fortune, protesta-t-elle à mi-voix.

-Il leur faut un maximum de ragots, répondit-il du même ton en désignant les journalistes du menton. Et ne t'en fais pas pour l'argent.

Elle ne pouvait décemment pas créer une scène en public ainsi, aussi elle n'eut d'autre choix que de se laisser entraîner. Après une demi-heure de recherche dans un silence quasiment total, Blaise paya finalement un article, et fit signe à Laureen de s'approcher.

Il accrocha à son poignet un bracelet de diamants, prenant garde à bien se faire voir des journalistes, avant de se pencher à son oreille.

-Maintenant que je t'ai mis une menotte, que dirais-tu d'aller au salon de thé et d'en finir avec l'interview ?

-Avec grand plaisir, souffla Laureen.

Il lui présenta galamment son bras et la guida donc jusqu'au lieu fixé. Ils se mirent à l'aise sur un des canapés côte à côte, et rapidement une horde de journalistes les rejoignit. Ils commencèrent par poser côte à côte, puis dans les bras l'un de l'autre, et sur le point de s'embrasser, et de Blaise portant Laureen contre lui. Une fois que les journalistes eurent assez de photographies pour en remplir tout un annuaire, ils purent se rasseoir, et l'interrogatoire commença.

-Quand votre relation a-t-elle commencé ?

-Le neuf janvier 1996, répondit immédiatement Blaise. Je n'oublierai jamais ce jour.

-Peut-être, sourit Laureen, mais c'était le dimanche quatorze janvier mon amour.

Les journalistes rirent, et Blaise baissa la tête comme pris en faute, avant d'embrasser Laureen sur la joue.

-Comment vous êtes-vous rapprochés ?

-Eh bien, Blaise est un jeune homme brillant, mais alors qu'il était en cinquième année et moi en septième, à la demande du professeur Flitwick je lui ai donné quelques cours en théorie des sortilèges. Personne n'était au courant, parce que ni Blaise ni moi avions envie que cela se sache.

-J'ai fait semblant de rater mes devoirs pour passer du temps avec elle, rajouta Blaise.

-Racontez-nous comment vous êtes tombés amoureux de Laureen !

-Au bal de Noël 1994, pendant le Tournoi des Trois Sorciers. Je n'avais invité personne, et j'attendais dans la salle avec mes camarades de dortoir quand je l'ai vue entrer. Elle était… resplendissante, dans sa robe rose pâle. Un ange tombé du ciel. Je n'ai jamais été aussi jaloux que ce soir-là, car elle était au bras d'un étudiant de Durmstrang. Je l'ai vu rire et danser cette nuit-là, et j'ai su que cette sorcière avait envoûté mon cœur.

-Et vous Laureen, quand avez-vous compris que ces sentiments étaient réciproques ?

-Lors de notre sixième séance de révisions ensemble, sourit la jeune femme. A cause de nos emplois du temps respectifs, je finissais mes cours plus tard que Blaise, et il avait toujours soin de m'amener une pâtisserie. A la sixième séance, il est venu avec un bouquet de fleurs, et j'ai compris que c'était ça, ce dont j'avais envie et besoin. C'était lui.

-Pourquoi avoir gardé cette relation secrète aussi longtemps ?

-Pour profiter de moments simples entre nous, répondit Blaise avec aisance. Le fait d'être de deux maisons rivales, et d'années différentes, était assez compliqué à gérer, nous avons donc pensé que le secret était notre meilleure chance.

-Pourquoi la révéler aujourd'hui alors ?

-Tout a changé récemment, et nous nous apprêtons à franchir un grand pas, sourit Laureen en posant négligemment sa main gauche bien en évidence.

Un énorme diamant brillait à son doigt.

-J'ai demandé à Laureen de devenir ma femme, le jour du Nouvel An, et elle a dit oui, sourit Blaise.

-Quand sera le mariage ?

-Très probablement pendant les prochaines vacances.

-Comment avez-vous fait votre demande ?

-Je cherchais désespérément le meilleur moment pour lui demander, et finalement un jour que nous discutions près du feu après dîner, j'ai tout simplement pris la bague et je lui ai demandé de m'épouser.

-Que faites-vous de sa réputation ? lança alors une voix nasillarde.

-Pardon ? fit Blaise en fronçant les sourcils.

Rita Skeeter sortit de la foule.

-Notre chère Laureen a une belle réputation. Elle s'est jetée au cou d'un garçon de Durmstrang avant de sauter dans les bras d'un dragonnier le même jour ! Elle est la fille illégitime d'une sorcière qui a fui son mari, un homme charmant au demeurant, et certains murmurent qu'elle est la fille du criminel Sirius Black. Elle est également associée à la famille Weasley il me semble.

-Ces accusations sur ma fiancée sont infondées ! tonna Blaise en se redressant. Et je ne tolèrerai pas que vous salissiez son honneur. Fichez le camp, avant que je ne me fâche…

Cela jeta un léger froid, et finalement ce furent tous les journalistes qui filèrent hors du salon de thé. Laureen se tenait prostrée sur le fauteuil, et Blaise posa une main rassurante sur son épaule.

-Elle ne peut rien écrire sur toi, elle sait que les représailles venant de ma famille lui seraient fatales.

La jeune femme hocha la tête. Ils restèrent dans le salon de thé, relativement à l'abri, jusqu'à l'heure du dîner où Blaise emmena sa fiancée dans un restaurant italien.

Le lendemain, dans une certaine maison londonienne appartenant à un sorcier qui avait pour colocataire un hippogriffe, un jeune homme roux se réveillait d'une énième nuit de cauchemars atroces sur la disparition de sa fiancée. Charlie grogna et se traîna jusque dans la cuisine, où Remus et Sirius discutaient rapidement à voix basse, pointant quelque chose du doigt. Remus cacha l'objet dès qu'il remarqua la présence de Charlie.

-Qu'est-ce qu'il y a ? bâilla ce dernier.

-Remus, donne-le-lui ! Il faut qu'il sache !

A contrecœur, le loup-garou tendit un journal au plus jeune. Charlie lut d'abord le titre : « Le mariage de l'année ! ». Puis il vit la photographie animée en-dessous et son cœur rata un battement.

Lovée dans les bras d'un autre, le regardant avec adoration, se trouvait Laureen, avec une autre bague que la sienne à son annulaire gauche.

-Non… souffla-t-il. Non, ce n'est pas possible.

-Ils la marient de force pour s'assurer son allégeance, siffla Sirius. Et nous empêcher de les attaquer.

-Non, elle ne peut pas se marier avec lui, elle va trouver un moyen pour me revenir, murmura Charlie, au bord de la crise de nerfs.

-Charlie… soupira Remus, en peine pour le jeune homme.

-NON ! rugit ce dernier en frappant le mur avec son poing de toutes ses forces.

Tout un pan du mur de la cuisine s'écroula. Remus fit un bond en arrière et Sirius vit ses yeux passer du brun au jaune juste une seconde, lui-même sursautant au bruit de l'impact. Kreattur arriva dans la cuisine en grommelant, mais Sirius ne lui laissa même pas le temps de parler.

-Hors d'ici ! cria-t-il.

Il ramassa le journal qui traînait sur la table et le glissa dans sa poche en vitesse avant de s'approcher de Charlie.

-Fais voir ta main.

Le rouquin grommela quelque chose mais ne bougea pas.

-Par la barbe de Merlin ! explosa Sirius. Charles William Weasley, donne-moi ta main sur le champ !

Il était rare que Sirius s'emporte aussi violemment, mais Charlie était plus têtu qu'un dragon.

-Je vais bien, siffla-t-il d'une voix froide.

Il tourna les talons et partit à l'étage où il logeait depuis la disparition de Laureen.