Merci à Shadedwords pour sa review.

Attention, ce chapitre a un léger rating M, mais rien d'explicite.

DISCLAIMER : Les âmes vagabondes ne m'appartient pas, l'histoire et les personnages originaux sont de Stephenie Meyer.


L'alchimie

Ian

Quelque chose clochait avec Gaby.

J'avais espéré que sa discussion en privé avec Mélanie aurait éclairci les choses.

Je les attendais au bout du tunnel menant à la salle des vers luisants. Gaby avait meilleure mine, Mélanie aussi. Elles se tenaient la main et échangeaient parfois un sourire complice, comme… des sœurs. Je ne voyais pas de terme plus approprié.

Pourtant, en me voyant, Gaby parut un peu triste. Elle dut deviner que son expression me troublait, car elle me sourit. Je n'étais pas dupe. Je la connaissais trop bien à présent. Quelque chose clochait. Mais quoi ? Mélanie n'avait pas mis le doigt dessus, visiblement. Ou pas entièrement.

La nièce de Jeb nous laissa seuls. Je voulus poser une question à Gaby, quand elle s'approcha de moi pour m'embrasser. Surpris, je répondis tout de même à son baiser, puis la gardai blottie dans mes bras un instant avant de reculer pour la regarder.

« Est-ce que tout va bien ? » lui demandai-je.

« Ça va, oui. C'est juste… que j'ai pris une décision importante. Mélanie est partie prévenir Jeb et Jared, mais… je pense que tu mérites aussi d'être mis dans la confidence. »

« Ça a un lien avec les caissons que tu as volés, n'est-ce pas ? »

Le mot « volés » la fit tiquer, mais elle ne me laissa pas le temps d'essayer de corriger ce terme. Elle me prit par la main et nous entraîna tous les deux jusqu'à notre grotte.

Là, je refermai la porte avec le vieux battant en bois avant de m'asseoir avec elle sur le matelas. Elle garda les yeux baissés, ses doigts formant des cercles imaginaires sur le tissu.

« Gaby, tu peux te confier à moi, tu sais ça ? » lui dis-je en espérant la rassurer.

« Oui, je sais. C'est juste… que c'est dur. Pas juste de t'en parler, c'est le sujet lui-même. J'ai… Après mon entretien avec la Traqueuse, je suis allée voir Doc. Je sais comment arranger les choses. Je sais comment retirer une âme d'un corps. Je vais vous enseigner cette technique. »

Je mis quelques secondes à intégrer ce qu'elle disait.

« Tu sais faire ça ? Ce n'est pas réservé aux Soigneurs ? »

« Non, toutes les âmes savent le faire, en cas d'urgence ou si un hôte est mortellement blessé. J'ai l'intention de retirer la Traqueuse du corps qu'elle occupe et de renvoyer cette âme sur une planète éloignée, sans qu'aucun mal ne lui soit fait. »

C'était logique. Ainsi, personne ne mourrait. Ni l'humaine ni l'âme. Un choix qui correspondait parfaitement à Gaby.

Pourtant, je voyais bien que ça la minait.

« Tu as peur qu'on ne tienne pas notre promesse, c'est ça ? Qu'une fois l'âme extraite, on la tue… ou qu'on tente des extractions dans ton dos et qu'on tue les âmes. »

Ces idées, formulées à voix haute, la firent frissonner de peur. Je lui serrai les mains pour la rassurer.

« Tu as dit que tu allais mettre Jeb et Jared dans la confidence. S'ils promettent, ils tiendront parole. »

« Qu'est-ce que j'en sais ? Vous êtes des humains ! Vous êtes doués pour le mensonge, contrairement à moi. »

Je pris peur en réalisant que son idée s'appliquait aussi à moi.

« Tu penses que si… Tu t'imagines que je ne tiendrai pas parole ? »

Elle haussa des épaules et m'offrit un sourire contrit.

« Je te l'ai déjà dit, tu te souviens ? Si tu pouvais me tenir, moi, dans ta main… tu pourrais ressentir du dégoût et m'écraser. »

« Tu n'en sais rien ! »

« Ça, non, pas tant que je serais sortie de ce corps… »

Je fronçai des sourcils.

« Pourquoi tu dis ça ? Pourquoi tu parles de sortir de ce corps ? Tu… »

Une ombre passa sur son visage, fugace, mais bien là. J'ouvris des yeux ronds en devinant une idée dans son esprit. Une idée horrible, si monstrueuse qu'elle me coupa le souffle un bref instant.

« Tu envisages de sortir de ton corps ? »

« Non ! Non, pour l'instant, je ne pense qu'à vous enseigner l'extraction, et puis il faudra passer à la phase d'envoi des caissons sur d'autres planètes, qui sera plus compliquée que celle où l'on prend des caissons, sans parler de… »

« Gaby, ne change pas de sujet ! Est-ce que tu envisages de te faire extraire de ce corps ? Ce n'est pas une question difficile, la réponse est simple ! Oui ou non ? »

Elle leva lentement les yeux vers moi. Je compris que c'était vrai, et cela me fit l'effet d'un uppercut en plein cœur.

Plusieurs émotions se mirent à bouillonner à l'intérieur de moi.

Colère. Irritation. Confusion. Frustration. Peur. Rage. Mais l'une était plus forte que les autres et il me fallut un moment pour l'identifier.

Douleur.

Quelques secondes de plus me furent nécessaires pour reprendre la parole.

« Je… t'interdis… de… me… quitter », articulai-je d'une voix étouffée par la colère.

« Ian… Il faut que tu comprennes… Je ne peux pas rester. Tu le sais bien. »

« NON ! »

Elle se recroquevilla sur elle-même. Une part de moi s'en voulut de lui avoir fait peur, mais l'autre était bien trop en colère et effrayée à l'idée de la perdre.

Je la saisis pour la plaquer contre moi, son corps si petit et léger contre le mien qui tremblait.

« Tu ne peux pas partir ! »

« Il le faut. Pourquoi tout le monde devrait récupérer son corps et pas celle dont j'ai pris la place ? »

« Mais je t'aime, moi ! Ça ne compte pas ? »

Elle gémit contre ma poitrine.

« Je t'aime aussi. »

Ça y est, elle l'avait dit ! Enfin, après tout ce temps, je l'entendais dire ce que j'avais toujours espéré au plus profond de moi.

J'avais craint qu'elle n'ose jamais le dire, qu'elle me rende mes baisers et mes gestes juste pour me faire plaisir, sans rien éprouver de réellement fort pour moi.

Et pourtant, le moment était trop grave pour que je puisse savourer ses paroles.

« Ne dis pas ça comme un adieu. »

Je saisis son visage dans mes mains et fixai ses magnifiques yeux argentés. Ils étaient ruisselants de larmes, rendant leur éclat encore plus beau. Et pourtant, je détestais ça. Je ne voulais pas la faire pleurer.

Je voulais qu'elle vive, qu'elle continue de me sourire, qu'on planifie une nouvelle séance de natation, une promenade dans les montagnes, qu'on imagine des projets pour l'avenir… Tout, mais pas ce qu'elle comptait faire !

« Ne pleure pas, Gaby. Ne pleure pas. Tu vas rester avec moi. »

« Je ne peux pas rester. »

« Pourquoi ?! » m'écriai-je.

« Parce que si je fais ça, c'est pour vous rendre les vôtres. Ce serait égoïste de ramener tout le monde sauf Emily. »

« Pourquoi ? Gaby, est-ce que tu réalises qu'il ne s'agit pas que de cette fille, mais de tous les habitants de cette grotte ? On a besoin de toi, ici ! Tu peux faire des choses impossibles pour nous. Et puis, même si on extrait les âmes des corps, imagine que certaines personnes ne reviennent pas ? Est-ce que c'est une technique infaillible ? »

Elle parut perdue dans ses pensées un bref instant.

« Non… en effet, il y a un risque pour que l'hôte soit définitivement effacé. Ma Tutrice à Chicago m'a parlé d'une âme, qui occupait le corps d'un certain Kevin. Il a vécu quelque temps sans rien laisser paraître d'anormal, puis un jour… on a retrouvé son corps sans vie, avec le crâne ouvert. Il avait essayé d'enlever l'âme tout seul, avec un scalpel volé à une Soigneuse, après l'avoir assommée. Apparemment, son hôte humain n'avait jamais disparu. Il a juste… attendu le bon moment pour tenter de se libérer. Seule l'âme a été sauvée. »

Cette histoire me choqua au plus haut point. C'était presque pire que la fois où j'avais vu une âme, à l'infirmerie, broyer le cerveau de son hôte quand elle avait compris ce que Doc allait essayer de faire pour la déloger.

« Est-ce que… est-ce que tu as ce problème ? Tu dis que tu veux partir, mais est-ce qu'Emily… »

Si c'était le cas, alors j'étais prêt à ce que Gaby nous enseigne l'extraction. Je l'ôterais moi-même de ce corps, je la sauverais de cette hôte perfide si elle planifiait le même genre de dessein que Kevin… Tant pis si je ne pouvais jamais la remettre dans un autre corps. Je la garderais éternellement avec moi dans un caisson, ou bien… L'espace d'un instant, une idée complètement folle me vint à l'esprit. Je pourrais l'insérer dans ma tête. Ainsi, nous ne serions jamais séparés…

« Non ! Non, je t'assure qu'il y a aucun signe d'elle en moi. La preuve, j'ai eu un mal fou à accéder à ses souvenirs pendant des mois. »

Tant mieux, je préférais ça.

« Alors, inutile d'y penser davantage ! Tu ne quitteras pas ce corps. Emily a disparu, pourquoi continuer d'y penser ? Je t'en prie, Gaby, n'y pense plus ! »

« Mais Espérance… »

« Oh, ne te sers pas de la petite pour essayer de te défiler ! C'est lâche. Enfin, tu imagines ce qui se passera si — et j'insiste sur le si ! — si Emily revient ? Elle ne comprendra rien. Des mois entiers de sa vie perdus et d'un coup elle se retrouve avec des étrangers dans des grottes sombres et inquiétantes, et une petite sœur qui lui est totalement inconnue ! Qui te dit qu'elle assumera son rôle de sœur ou qu'elle ne voudra pas vivre de son côté ? »

Gaby parut déconcertée par ces arguments. Je n'étais moi-même qu'à moitié sûr de ce que j'affirmais, j'improvisais au fur et à mesure, prêt à tout pour la convaincre de rester. Mais c'était sincère. Personne ne connaissait Emily, nous ignorions tout de cette fille. Et je m'en fichais. Pour moi, cette inconnue ne signifiait rien. Gaby était mon unique priorité !

« Tu ne vas aller nulle part. Tu restes ici », dis-je d'une voix brusque, chargée de colère, mais aussi de pragmatisme.

« Ian… »

« Ce n'est pas que pour moi. Tu fais partie de cette communauté, et on ne va pas te mettre dehors comme ça. Tu es bien trop précieuse pour nous tous, même si certains se refusent à le reconnaître. »

« Personne ne me met dehors. »

« Non, personne. Pas même toi, Vagabonde ! Tu n'en as pas le droit. »

Et pour l'empêcher de protester, je plaquai mes lèvres sur les siennes. C'était un baiser sauvage, rempli de colère. Mes mains saisirent ses cheveux dans sa nuque, puis je la tirai en arrière pour la regarder.

Elle tendit ses mains pour caresser mes joues. Ses yeux me fixaient comme si elle me voyait sous un jour nouveau.

« Huit vies. Huis vies entières et je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui m'ait donné envie de rester sur une planète, ou envie de le suivre où qu'il aille. Jamais je n'ai trouvé un compagnon. Pourquoi faut-il que ce soit maintenant ? Pourquoi toi ? Tu n'es pas de mon espèce. Comment pourrais-tu être mon compagnon ? »

Je l'ignorais aussi. Comment avais-je pu en arriver là ? Moi qui haïssais les âmes et m'étais juré de ne jamais connaître le même calvaire que Kyle, voilà que je me retrouvais dedans jusqu'au cou.

J'étais tombé amoureux fou d'une âme et j'étais prêt à tout pour la protéger.

« L'univers est une énigme. »

Je me penchai pour l'embrasser à nouveau. Cette fois, le baiser était moins violent, mais tout aussi intense. Je refermai mes bras autour d'elle pour la serrer contre ma poitrine.

Nos bouches s'ouvrirent ensemble, pour s'unir. Tandis que nos souffles se mêlaient, je goûtai au sel de nos larmes.

Et là, j'eus la sensation que quelque chose prenait définitivement forme entre nous. Comme un feu qui avait longtemps grondé au fond de nos corps avant d'arriver à la surface pour tout brûler sur son passage. C'était comme un volcan qui s'éveillait, déversant un torrent de lave qui soudait nos corps et nos esprits.

Je m'écartai doucement pour la laisser respirer, et je vis dans ses yeux qu'elle avait ressenti le changement, tout comme moi.

Calant son front contre le mien, elle reprit la parole.

« Moi, l'âme Vagabonde, je t'aime, toi, Ian l'humain. Et ce sera pour toujours, quoi qu'il advienne de moi. Même si j'étais devenue Dauphin, Ours ou Fleur, cela n'aurait rien changé. Je t'aurais aimé pour toujours, tu serais resté à jamais gravé dans ma mémoire. Parce que tu es, et seras, mon seul et unique compagnon. »

Elle se pencha pour m'offrir un nouveau baiser, mais ne s'arrêta pas là. Elle se pencha pour embrasser la commissure de mes lèvres, puis mon menton. Tandis qu'elle faisait cela, ses mains se mirent à caresser mon cou.

Tous ces gestes ne firent qu'attiser le feu en moi.

Je l'attirai contre moi avec fougue, puis la fis basculer sur le matelas en dessous de moi.

Là, je me remis à l'embrasser. J'eus l'impression de sentir mon cœur s'arrêter quand elle releva ma chemise. Je l'aidai, la passant par-dessus ma tête, puis glissai une main sous son débardeur.

Elle hocha de la tête, me faisant signe que je pouvais l'enlever, ce que je fis.

Le reste de nos vêtements ne tarda pas à s'éparpiller sur le sol.

Tout en continuant de l'embrasser, je me noyai dans la soie de sa peau.

Lorsqu'elle m'attira plus près d'elle en me tenant par le cou, j'eus un bref instant de doute. Je m'arrêtai pour la regarder.

« Si tu as encore le moindre doute… »

« Non », dit-elle d'une voix rendue rauque par le désir. « Je te fais confiance. »

Elle disait la vérité, je le sentais.

Je l'embrassai lentement, ralentis le moindre de mes gestes pour savourer cet instant.

Lorsque nous ne fîmes plus qu'un, je ne sentis aucune crainte ou douleur de sa part. C'était comme si nous avions toujours été faits l'un pour l'autre, destinés à vivre cet instant.

Nous n'avions jamais rien connu d'aussi juste.


Gaby

Je n'avais pas prévu cela.

Ian avait su me percer à jour plus vite que je ne l'avais craint.

J'aurais dû être triste, effrayée, en colère, mais il n'en était rien. J'étais heureuse.

Tout simplement heureuse.

Une toute petite part de moi se sentait tout de même un peu coupable de faire preuve d'égoïsme, mais mon amour était désormais si fort que je n'avais plus aucun doute.

Je n'allais nulle part. C'était une certitude. Ma place était sur Terre avec Ian. Mon Ian.

Parce que Ian était à moi, tout comme j'étais à lui.

Et après lui, je ne prendrai plus jamais d'autre corps, que ce soit dans ce monde ou un autre.

Je devrais en reparler plus tard à Doc, en essayant de ne pas passer pour une dégonflée. Connaissant Ian, il m'accompagnerait. Il voudrait sûrement avoir une discussion avec Doc sur le sujet, et je serais là pour éviter que ça soit trop violent.

Il faudrait aussi que je lui demande de ne pas parler de mon ancien projet de quitter ce corps à Mélanie. Elle risquait de mal le prendre, et je ne voulais pas que nous nous disputions à nouveau.

En plus, Ian l'ignorait, mais je n'avais pas prévu de juste quitter ce corps. Je voulais mourir, qu'on m'enterre près de Walt car je ne voulais plus voler la moindre vie. L'idée de partir avec mes congénères sur une autre planète ne me tentait pas non plus. Car le temps que j'atteigne un autre monde, Ian, Mélanie, Jamie et tous ceux si chers à mon cœur seraient déjà morts de vieillesse en ce monde. L'idée de vivre sans eux m'était insupportable, en particulier sans Ian.

Au moins, à présent, je savais quoi faire.

Je vivrai ma vie dans ce corps jusqu'au bout, puis je mourrai comme une humaine.

Parce qu'une vie sans mon compagnon ne signifiait rien.

Je laissai vite ces pensées de côté car pour l'instant, je voulais juste savourer ce moment.

Ian dormait, ses bras enlaçaient ma taille, me tenant blottie contre lui. Je fermai les yeux, savourant le contact et l'odeur de sa peau contre la mienne. Il sentait bon le désert et le soleil. Son cœur battait à un rythme régulier sous mon oreille. C'était une musique magnifique pour moi.

Un doux sourire aux lèvres, je fermai les yeux à mon tour pour glisser dans un sommeil paisible.