Chapitre 43 : Les masques tombent
Peeta et moi restâmes le weekend ensemble, seuls, sans voir personne.
Il avait quand même dû aller travailler le samedi matin. Le pauvre était fatigué, car la nuit fut courte, ajouté à cela les émotions liées à notre mise au point. Nous allions vraiment vivre ensemble, chez nous, notre maison. Cela me faisait bizarre, mais pas de manière négative.
Avant je considérais être « Chez Peeta ». Je ne m'étais jamais appropriée les lieux en les considérants miens. J'avais acheté cette maison seule, mais Peeta était quand même là, quelque part dans un coin de ma tête, bien rangé, enfoui.
Le dimanche matin en me réveillant il n'était pas dans le lit avec moi. Je descendais et le trouvais pieds nus dans le jardin, buvant une tasse de thé. J'allai à sa rencontre et le pris dans mes bras.
- Bonjour
- Bonjour toi. Me dit-il en se tournant pour m'embrasser.
- Tu n'arrivais plus à dormir ?
- Non et j'avoue que j'avais envie de profiter du calme du jardin. Ce lieu est tellement apaisant, en tous cas plus apaisant que tes ronflements
- Tu es aimable de bon matin ça fait plaisir. Lui dis-je vexée
- Haha ! Tu démarres toujours au quart de tour. Je plaisantais Kat.
- Ceci dit, toi aussi tu ronfle !
- Impossible ! Me dit-il en prenant un air faussement choqué
- Tu grince des dents, tu marmonne. Si ça continue, tu vas devoir dormir dans une autre chambre.
- Alors ça, il te faudra m'y porter toi-même !
- A ce sujet, Annie, il faut que je lui téléphone pour lui dire pour nous.
La connaissant elle va vouloir quitter la maison.
- Tu peux lui dire que ça ne me pose pas de soucis qu'elle reste et le temps qu'il faudra.
- Bien sûr. Je ne comptais pas la mettre à la porte comme ça.
On le dira à Maman et « sexymitch » bientôt et pour les autres et bien ils auront la surprise à leur prochaine visite. Enfin si ça te va ?
- On va prendre notre temps Kat, nous avons la semaine entière devant nous.
Que tu préviennes Annie c'est une chose.
Pour le reste on verra au fur et à mesure, d'accord ?
- Par contre pour ce qui est de l'école…
- …Nous nous calmons et nous n'officialisons rien non plus, je sais. Dit-il avec un sourire.
- Voilà tu as tout compris ! C'est parfait ! Quel homme intelligent tu fais dit donc.
- Toi, tu ne perds rien pour attendre ! Me dit-il commençant à vouloir m'attraper.
- Mais j'assumes et je ne compte pas m'enfuir…
Plus tard dans la journée nous étions dans la dépendance. Je ne m'étais pas vraiment occupée de cet endroit jusque-là. Surement qu'une partie de moi, inconsciente, se disait que ça serait à lui de voir comment il voudrait agencer l'endroit. Il fallait y faire un bon coup de ménage. Il y avait encore des vielles étagères en bois, un établi, quelques vielles chaises et les cartons contenants les affaires de Prim. C'était une grande pièce lumineuse avec tout de même une petite salle d'eau et des WC. Nous décidâmes avec Peeta d'emprunter le véhicule qu'il utilisait pour ses livraisons afin de commencer à apporter ses affaires à la maison. Arrivés au garage qu'il avait loué, je fus surprise de n'y trouver que peu de choses hormis ses toiles, son matériel de peinture, son canapé, son lit, une armoire et quelques livres, ses ustensiles de cuisines et d'autres bricoles. Il m'expliquât que s'il avait dû se trouver un autre logement, il aurait pris quelque chose de petit et qu'il n'avait pas besoin de tout le mobilier qu'il y avait dans la maison du village des vainqueurs, car il ne l'avait pas lui-même choisi de toutes manières, les maisons étaient livrées clefs en main. Je le comprenais d'autant plus que j'avais moi-même racheté la quasi-totalité des meubles qui étaient dans la nouvelle maison. J'avais laissé tout le reste à Sae Boui-boui. Il décida de laisser le mobilier me disant qu'il en ferait don à qui en aurait besoin et nous chargeâmes le reste dans sa fourgonnette. Pour autant nous ne nous occupâmes pas vraiment de ranger, on avait la semaine pour ça.
Le dimanche soir j'appela Annie.
- Salut Annie, tout se passe bien dans le quatre ?
- Oui merci, et toi de ton côté, tu profites bien de ta tranquillité ?
- Eh bien, c'est pour ça que je t'appelle…
- Il y a un problème ? Tu veux que je rentre ? Dit-elle d'un air inquiet.
- Non, non, rassures toi, tout va bien, c'est juste qu'il y a eu, comment dire, un petit changement depuis ton départ.
Je préférais t'en parler avant ton retour
- Ah bon quel changement ?
- Et bien Peeta et moi avons décidé d'habiter ensemble. Lui dis-je.
J'entendis un petit cri hystérique
- Oh c'est vraiment une excellente nouvelle Kat ! je suis tellement contente pour vous.
- Merci Annie.
- Mais du coup, tu veux que je reste un peu plus au quatre ? Ou que je demande à Lize et Haymitch de m'héberger ?
- Non Annie, ne t'inquiètes pas, ça ne me dérange pas du tout que tu restes bien au contraire et Peeta non plus.
La seule chose, mais c'est pour ton bien crois moi, ça serait peut-être de t'installer dans la chambre du bas.
- Oh ! Oui, je comprends ! Me dit-elle en rigolant.
- En tous cas il me tarde que tu reviennes.
Vous me manquez tous les deux avec Finn. La maison n'est pas la même sans vous.
- Toi aussi tu nous manques. On se voit bientôt.
Profitez bien de votre semaine tous les deux. Me dit-elle avec un sourire qui pouvait s'entendre au son de sa voix.
Après avoir raccroché, je cherchais Peeta, qui était déjà dans la dépendance en train d'installer ses affaires. Il avait pris soin de déplacer dans un coin, qu'il avait préalablement nettoyé, les affaires encartonnées de Prim.
- Ça s'est bien passé ? Demandât-il
- Oui, je lui ai juste suggéré de s'installer dans la chambre du bas, pour éviter qu'elle n'ait à subir, certains bruits.
- Tu as bien fait. Me dit-il en rigolant et tout en continuant de tripatouiller ses affaires.
- Ça ne te dérange pas que je laisse les affaires de Prim ici ? Lui demandais-je
- Absolument pas. C'est une question inutile !
- Donc, au cours de tes discutions avec le Docteur Aurélius, vous avez convenus que tu n'allais plus prendre de détour pour me dire les choses ?
- C'est à peu près ça ! Dit-il en rigolant, toujours affairé.
- Peeta ?
- Oui ?
- Je t'aime
Il s'arrêta enfin et posa ce qu'il avait dans les mains pour venir s'approcher de moi. Il me fixa avec son regard toujours aussi intense, l'air très sérieux. Je découvris la dépendance d'une autre manière ce soir-là.
Ça ne me fit pas bizarre de me réveiller de nouveau tous les matins à ses côtés. C'était comme si nous n'avions jamais été séparés.
Annie rentrerait demain, et notre petite semaine de solitude s'achevait. Il avait fallu que je m'habitue un peu plus au nouveau Peeta, que je découvrais vraiment. Il était encore plus calme qu'il ne l'était déjà auparavant, posé, moins inquiet. Sa manière d'être semblait déteindre un petit peu sur moi, car je me sentais plus sereine moi aussi. C'est là que je me rendais compte, que de vivre tout ce temps sans lui avait été un enfer. En y repensant, j'avais envie de me gifler parfois.
Nous avions décidé d'inviter Maman et Haymitch à diner à la maison ce soir. En les appelant, je ne leur avais bien sûr pas expliqué, ni que Peeta serait là et encore moins que nous vivions désormais ensemble, de nouveau. Lorsqu'ils arrivèrent, Peeta n'était pas encore rentré du travail. Nous nous installâmes dans le jardin. Lorsque celui-ci arriva, Haymitch fut surpris :
- Tiens ! Mais c'est mon copain Peeta !
Qu'est-ce que tu fais là ?
Méfie-toi ! La dragonne risque de te calciner sur place si tu t'approches de trop près. Dit-il à mon attention en me faisant un clin d'œil.
- Vous savez ce qu'elle vous dit la dragonne Haymitch ? Lui répondis je avec un sourire narquois
Peeta ne dit rien, il allât dire bonjour à ma mère et il serra la main d'Haymitch puis s'approcha de moi et m'embrassa.
- Je vais aller prendre une douche et me changer, je n'en ai pas pour long. Dit-il, tandis que ma mère et Haymitch restaient silencieux la bouche ouverte en le regardant partir
Ils échangèrent un regard circonspect, semblant se sonder l'un l'autre. On aurait dit qu'ils étaient en train de faire de la télépathie pour savoir qui aller poser la fameuse question. Je ne leur en laissai pas le temps
- Ah oui au fait, Peeta et moi vivons ensemble.
Vous voulez du vin rouge ou blanc pour l'apéritif ?
- Comment ça vous vivez ensemble ? Me dit ma mère.
- Eh bien oui, il a officiellement emménagé, depuis presque une semaine maintenant. Dis-je le plus normalement du monde.
- Mais vous êtes de nouveau ensemble ? Continuât-elle, Pour de vrai ?
- Non Maman ! On couche ensemble et on vit sous le même toi !
- Katniss ! Dit-ma mère en rougissant.
- Mais oui on est ensemble !
Je ne savais pas ce qui m'avais pris de lui balancer un truc pareil, mais c'était en train de m'agacer de la voir sembler douter de ce que je lui disais
- Ce gosse est génial ! Dit alors Haymitch en rigolant.
- Je vous demande pardon ? En quoi Peeta est-il génial ?
- Ah Trésor, toujours aussi naïve !
En tous cas le Docteur Aurélius est vraiment un pro.
Donne-moi du vin tiens !
Je ne comprenais vraiment pas où il voulait en venir. J'attendrais que Peeta et moi soyons seuls pour lui demander plus d'explications. Il descendit nous rejoindre tout propre et de nouveau il était affublé d'une chemise à manche courte, d'un short et de ses fameuses tongs. Ça aussi il m'avait fallu m'y habituer. Et sans parler du fait que cela faisait aussi maintenant plusieurs jours qu'il ne se rasait plus ! Il disait qu'il avait envie de voir quelle tête il aurait avec une barbe. Haymitch, Gale et maintenant Peeta, une équipe de barbus !
Quand il arriva, Haymitch se leva et alla lui serrer la main en lui donnant une bonne claque dans le dos.
- Toi ! On peut dire que tu sais y faire mon garçon ! Je suis plein d'admiration. Lui dit-il d'un ton très solennel.
Mais qu'est ce qui leur prenait à tous les deux à la fin ?
- Peeta tu peux venir m'aider à la cuisine s'il te plait ? Lui dis-je sur un ton un peu abrupt.
Il me suivi un petit sourire aux lèvres.
- Bon, tu veux bien m'expliquer ce que c'est que ces sous-entendus avec Haymitch ?
Il n'arrête pas depuis toute à l'heure ! on croirait qu'il va faire construire, je ne sais pas moi, une statue à ton effigie pour te glorifier
- Mais rien…Me dit-il, toujours avec son petit sourire. C'est un truc de garçon.
- Un truc de garçon ?
Et depuis quand tu as des secrets ou des trucs de garçons avec Haymitch ? Des trucs qui ont visiblement l'air de me concerner en plus !
- Pour faire court, on va dire que, lui, Gale et le Docteur Aurélius m'ont bien coaché pour réussir à faire en sorte que tu reviennes vers moi.
- Et on peut savoir de quel genre de coaching il s'agit ? Lui dis-je, de plus en plus agacée.
Voilà qu'ils avaient monté un complot contre moi ! De mieux en mieux !
- Ils m'ont donné des conseils de « séduction spéciale Katniss » tout simplement.
- Spécial Katniss ? Peeta cette fois-ci tu ne vas pas t'en tirer comme ça ! Tu vas m'expliquer un peu…
- Pas maintenant. Me dit-il l'air toujours amusé en posant un doigt sur ma bouche pour me faire taire.
Bien que j'aime toujours autant quand tu es en colère, parce que ça me donne envie de toi dans ces moments-là, nous avons des invités et je voudrais bien passer une soirée au calme avec eux, et avec toi.
Mais si tu as envie de la passer à bouder c'est toi qui vois.
De nouveau il venait de me faire taire en une phrase. Je ne savais plus quoi répliquer. Sur quoi, il m'embrassa et se mit à attraper des plats dans le réfrigérateur, alors que je restais statique, comme figée à l'endroit même où il m'avait laissé. Avant de partir il se tourna vers moi.
- Tu vois, ce que je viens de faire à l'instant ?
La manière dont je t'ai parlé en étant à la fois calme et ferme et te faisant comprendre qu'il n'y avait rien de grave ou de compliqué à comprendre ?
C'est ça la technique de « séduction spéciale Katniss ». Dit-il avec un clin d'œil.
Puis il retourna dans le jardin avec Maman et Haymitch, me laissant encore plus scotchée qu'avant, méditant sur ce qu'il venait de dire. Je m'étais déjà fait la remarque qu'il avait changé, qu'il me laissait moins l'occasion de monter en pression, où que lorsqu'il m'arrivait de le faire il restait d'un calme absolu et finissait par détourner subitement la conversation ou me sortir une réplique inattendue qui me déstabilisait complétement et me faisait dans le même temps oublier pourquoi je venais de m'énerver. En fait, il avait tout simplement appliqué la bonne vieille méthode du : fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis. Il m'avait empêché de gamberger et j'avais agis de manière plus libre et spontanée, ce dont j'avais toujours été incapable jusque-là. En tous cas si je l'avais été, on pouvait le compter sur les doigts d'une main. Il ne passait plus son temps à sembler craindre mes réactions parfois excessives, ni à s'excuser, ni à ramper à mes pieds. Au contraire, il me provoquait, sciemment, appuyait instinctivement sur les boutons qu'il fallait pour me débloquer et susciter chez moi l'opposé de ce que j'aurais fait en temps normal ! Je n'y avais vu que du feu ! Une partie de moi lui en voulait à cet instant, car je me sentais d'un coup vulnérable, comme si j'étais définitivement cette fille transparente, cette personne en qui on pouvait tout lire comme dans un livre ouvert, alors que moi-même, la plupart du temps, je n'arrivais pas à me comprendre ni à interpréter mes attitudes. A eux quatre, ils avaient assemblé les morceaux du puzzle qui me composait. J'hésitais avant de retourner dans le jardin avec eux car j'étais en colère, ou vexée. Oui voilà vexée ! Je m'étais fait prendre à mon propre piège. Mais au fond était-ce grave ? Nous nous étions enfin retrouvés et cela n'était-il pas au final le plus important ? Je soufflai un bon coup et retourna finalement avec eux en prenant l'air un peu renfrogné malgré tout, au début, histoire de ne pas perdre complétement la face et surtout d'éviter à tout prix les nouvelles allusions d'Haymitch sur le talent incroyable de ce cher Peeta !
Le reste de la soirée se passa malgré tout très simplement comme nous en avions l'habitude. J'avais fini par lâcher prise et le soir, une fois seuls je ne reparlai pas à Peeta de sa « technique de séduction spéciale Katniss ». J'avais accepté le fait qu'après tout, il avait surtout l'air d'aller bien, que nous étions de nouveau ensemble lui et moi et que seul cela importait. Le Docteur Aurélius se demanderait surement si je n'avais pas de nouveau pris un coup sur la tête pour penser ainsi.
Nous profitâmes de notre dernière nuit seuls, de la meilleure des manières qu'il soit.
Annie et Finn revinrent le lendemain et elle s'installa donc dans la chambre du bas.
Cependant j'avais du mal à me laisser aller avec Peeta, au niveau de notre intimité la sachant sous notre toit ayant constamment en tête le fait que je ne savais vraisemblablement pas contrôler mes cordes vocales dans ces moments-là. Au bout de quelques semaines de cohabitations, qui se passaient pourtant très bien, Annie nous annonça qu'elle avait décidé de louer une petite maison près du centre-ville, ne voulant pas être une gêne pour Peeta et moi. Bien que nous lui ayons répété des dizaines de fois que ce n'était pas le cas, sa décision était prise. Peeta décida de lui donner le mobilier qu'il avait stocké dans son garage pour l'aider à s'installer. Annie ne voulait pas se résoudre à vendre sa maison dans le quatre pour l'instant. Elle était vraiment perdue entre l'idée de rester au douze et s'installer avec nous et celle de garder cette maison qu'elle avait partagé avec Finnick. Même s'il lui restait la maison de la plage également, elle n'était pas encore prête. Finn lui se plaisait ici avec nous, il nous avait vraiment adopté et j'aurais eu du mal maintenant à envisager qu'Annie et lui repartent définitivement. Mais après une ou deux semaines, le rythme de vie de chacun s'était mis en place et je me rendis compte qu'au final on profitait toujours autant les uns des autres, en ayant en prime une intimité totale avec Peeta.
Un jour j'avais eu subitement envie d'aller chasser de nouveau. Cela faisait de très longs mois, depuis mon accident, que je n'avais pu le faire et que je redoutais d'essayer, de peur de ne pas y arriver, de ne pas retrouver mon pas léger ou mon instinct. Ma jambe allait de mieux en mieux, malgré tout j'avais définitivement perdu une partie de mon agilité et après d'énièmes contrôles et des discussions avec les médecins, ainsi qu'avec l'équipe chargée de ma rééducation, nous en étions arrivés à la conclusion que cela ne pourrait pas s'améliorer davantage. Je devais en faire mon deuil.
Un samedi matin, alors que Peeta était déjà parti au travail, j'attrapais donc mon arc et mon carquois, j'enfila la veste de mon père et marcha d'un pas décidé vers la forêt en traversant le jardin. Je m'enfonçai dans ce lieu qui avait le don de me faire tout oublier, de me faire perdre la notion du temps. J'essaya de retrouver mes marques, je commençai par installer quelques collets et d'autres petits pièges de ci de là. Je pensai à Gale, j'aurais aimé partager ce moment avec lui, pour qu'il me guide.
C'était mon partenaire de chasse et ça ne changerait jamais. Je trouvais cependant que malgré mes efforts, ma jambe m'empêchait d'être aussi silencieuse qu'autre fois.
Je pensai cependant que je n'en étais quand même pas au point de Peeta, qui lui ne savait et ne saurait définitivement jamais être un chasseur digne de ce nom, en tous cas du point de vu de la discrétion. Pour le reste, on peut dire que son talent d'orateur et son charisme avaient eu le don de me faire tomber dans son piège et à plusieurs reprises. J'essayais de me réapproprier les bruits, les odeurs, les couleurs. Je commençai à jouer avec mon ouïe de chauve-souris, que j'avais développé grâce à la chirurgie subie au Capitole à l'issu des premiers jeux, pour chercher à entendre si je percevais le bruit de quelque animal pouvant se trouver dans les parages. Je finis par débusquer une petite colonie de dindons sauvages. Je m'installai alors patiemment derrière un tronc d'arbre afin d'observer leurs mouvements.
Ils semblaient sereins, ne semblant pas avoir perçu le danger imminent qui les guettaient. Très doucement je sortis une flèche de mon carquois, je l'encochai et commença à bander la corde. J'ajustais ma visée, j'écoutais et ressentais le vent, je savais d'où il venait et donc quelle direction et quelle puissance donner à mon tir. Je décochai.
Quand Peeta rentra en début d'après-midi j'étais dans la cuisine.
- Coucou. Me dit-il en venant me prendre dans ses bras, se mettant derrière moi.
- Coucou aussi. Je tournai la tête pour pouvoir l'embrasser
- Tu as été à la boucherie ?
- On peut dire ça ! Je suis allée chasser ce matin.
- Super ! On dirait que finalement tu avais tort de te faire du souci.
- Oui et non. J'ai manqué mon premier tir, le second, forcément ils se sont affolés, j'ai dû les pourchasser un moment avant d'enfin, au bout de quatre ou cinq tentatives, réussir à en avoir une de ces maudites bestioles.
- Laisse-toi le temps ce n'était que ta première fois.
- Oui je sais, c'est ce que j'essaye de me dire, mais tu connais ma patience.
- Elle est légendaire m'a-t-on dit !
- Il faut que j'essaye d'y aller plus souvent. Ça finira par revenir. Il le faut ! Sinon un jour, je finirais par m'en prendre aux oies d'Haymitch !
Peeta rigola
- Tu devrais demander à Gale de t'accompagner quand ils viendront la semaine prochaine ! Je suis certain qu'il serait ravi.
Moi je ne te le propose même par, car tu n'arrêterais pas de me houspiller parce que je fais trop de bruit. Dit-il l'air rieur.
- C'est fou comment tu as pu changer par rapport à lui. Mais je dis ça de manière positive.
- Franchement, c'est vraiment un mec bien.
Puis ça fait du bien d'avoir un copain de mon âge, même si Haymitch à le même âge mental que nous en y pensant.
- Et personnellement ça m'apaise de ne plus avoir à me mettre entre vous deux. Lui dis-je en l'embrassant.
Gale et Johanna comptaient effectivement venir quelques jours la semaine prochaine qui serait la première période de congés scolaires de l'année. Je n'avais pas vu les premiers mois passer, mais cela me faisait du bien de ne plus rester à la maison à attendre que les journées passent. Des journées interminables qui se suivaient et semblaient toutes se ressembler. Des journées durant lesquelles je passais plus de temps à broyer du noir qu'à faire des choses constructives.
Le dernier soir d'école je restais un peu plus tard pour terminer de boucler les plannings pour la rentrée et surtout pour consulter les premiers retours d'évaluations des plus grands. Les résultats étaient prometteurs, même si certains montraient quelques difficultés. Parfois au niveau de l'attention, de la compréhension ou même du comportement. Je devrais à la rentrée, former un petit groupe pour ceux qui semblaient être vraiment à la traine, afin de prendre le temps de parler avec eux et de trouver des solutions pour les aider. J'en avais déjà une en tête et cette fois ci je m'impliquerais personnellement.
Il était presque vingt heures, j'avais prévenu Peeta que je rentrerais tard, il m'avait dit qu'il en profiterait pour rester avec Haymitch à la boutique et m'avais proposé de le rejoindre en sortant, car le groupe prévu ce soir était vraiment bon d'après lui.
Annie et Maman seraient également de la partie. Il était indéniable qu'on passait toujours de très bonne soirée dans l'établissement atypique de Peeta. J'étais absorbée dans mes dossiers, quand soudain, j'entendis quelqu'un toussoter pour attirer mon attention.
- Bonsoir Katniss.
Je relevai la tête instinctivement, tout en étant sur la défensive.
- Oh ! Plutarch ! Bonsoir.
C'est une surprise, je ne m'attendais pas à vous voir. Dis-je en essayant de prendre un air aimable.
- Je sais cela fait déjà plusieurs minutes que je t'observe, tu semblais vraiment très concentrée. Je ne voulais pas te faire peur.
Je peux ? Me dit-il en désignant une chaise en face de mon bureau.
- Oui je vous en prie. Que me vaut se plaisir ?
- Eh bien, cela faisait très longtemps que nous n'avons pas pu nous voir.
La dernière fois c'était lors de notre retour du Capitole après la fin de la guerre.
Je voulais savoir comment tu allais.
J'ai essayé à plusieurs reprises d'être présents pour certaines occasions, dans le but aussi de prendre de tes nouvelles, mais j'ai systématiquement trouvé porte close auprès de La Présidente Paylor.
Pourtant elle sait bien quel rôle j'ai joué dans la rébellion et je suis quand même son Secrétaire chargé de la communication, alors ma place aurait dû se trouver à vos côtés pour les commémorations entre autres. Dit-il souriant poliment.
Quelque chose me dérangeait mais je ne savais dire quoi, c'était là, une sensation désagréable, mais je ne montrai rien.
- Je pense simplement que la Présidente Paylor a tenté de me préserver d'une potentielle sur médiatisation. Dis-je en essayant de prendre un ton amusé mais pas condescendant.
Maintenant que la guerre est terminée, j'ai rangé mon costume de Geai Moqueur.
Après tout ce qui s'est passé, j'avais besoin de retrouver un semblant d'anonymat, il ne faut pas lui en vouloir.
- Oh mais je ne lui en veux pas. Je suis un peu déçu cependant.
Pour moi tu resteras toujours ce symbole que j'aurais contribuer à créer.
Et je pense personnellement que ce symbole est toujours aussi important pour Panem !
Ou voulait-il en venir, et puis pourquoi était-il là ?
Le téléphone sonna. Je fus surprise à l'heure qu'il était que quelqu'un cherche à me joindre. Je décrochai après m'être excusée auprès de Plutarch, plus pour la forme qu'autre chose, et fit pivoter ma chaise du côté de la fenêtre pour plus d'intimité.
- Katniss. C'est Paylor. Ne dis rien, fais comme si c'était l'un des professeurs qui appelait. Dit-elle précipitamment, d'une voix qui laissait transparaître une grande inquiétude.
Surprise par sa demande j'obtempérais avec autant de naturel que je le pu et tentât d'improviser.
- Bonsoir Professeur Millers. Que vous arrive-t-il ? C'est les vacances, vous savez ? Vous devriez être en train de vous détendre. Dis-je en essayant le plus possible de donner le change
- Bien Katniss, tu es seule ? Demanda Paylor.
- Non, non, effectivement nous avons oublié d'en parler lors de la réunion ce matin, vous faites bien de m'y faire penser.
- Je m'en doutais. Est-ce que Plutarch Heavensbee est avec toi ?
- Oui, vous avez raison, mais vous pensez vraiment que cela ne pourrait pas attendre la rentrée pour que nous en reparlions ?
- Katniss, écoutes-moi très attentivement, c'est lui qui a réactivé le piège lors de la cérémonie, nous en avons eu la confirmation, mais le temps de nous rendre chez lui pour lui mettre la main dessus il avait filé.
Mais ce que nous avons trouvé, enfin je ne peux pas entrer dans les détails pour l'instant, nous devons agir vite.
- Bien je vous écoute, mais faites vite je n'allais pas tarder à partir.
- Katniss, nous allons prévenir les autorités, surtout ne t'inquiètes pas on va intervenir le plus rapidement possible.
Essayes de gagner du temps, fais-le parler mais surtout restes là où tu es, il ne faut pas qu'il se doute de quoi….
La communication s'était interrompue. Je regardais le combiné et disais des « Allo ? Allo ? » sans résultat. Je me retournai, Plutarch était debout et rangeait une petite pince coupante dans sa besace.
- Je pense que nous allons hélas manquer de temps. Dit-il l'air désolé.
- Je suppose que c'était Paylor ? Elle t'a dit pour l'attentat ?
Bah, ce n'est pas grave, ne réponds pas, je sais ce qu'il en est.
Par contre nous ne pouvons pas rester là Katniss, tu vas devoir me suivre, j'ai encore des choses à te dire et à faire.
Il sorti alors de sa poche un pistolet.
- J'espère que tu vas être sage et ne pas me rendre la tâche trop pénible. Dit-il en reprenant son sourire.
Je restais silencieuse, essayant d'assimiler ce qui était en train de se produire.
- Bien ! Nous allons descendre et nous rendre dans les sous-sols.
De ce que j'ai vu sur les plans cela semble être un vrai, quel est le mot adéquat, labyrinthe, oui c'est ça, un labyrinthe, donc cela devrait me laisser le temps nécessaire dont j'ai besoin. Dit-il toujours souriant, le regard enflammé.
Un labyrinthe ! D'un coup les images de mon « soi-disant » cauchemar, durant mon coma, me revinrent en mémoire. Ce dédale de couloirs et de portes, ce que j'y avais trouvé derrière, ce qui s'en était suivi ensuite…Il me fit sortir de mes songes et tout en gardant son pistolet pointé vers mois, il me fit signe de passer devant.
- Ne tentes rien de stupide ma douce Katniss.
- Donc c'est vous qui avez réactivé le piège ? Pourquoi ?
- Oh et bien parce que je commençais à être frustré !
Vois-tu, je ne pouvais plus t'approcher et cela commençait vraiment à me poser un réel souci.
Tu es tellement fascinante Katniss, mon Geai Moqueur.
C'est dommage que tu n'aies pas eu le caractère qu'il fallait pour avoir l'envie de te présenter à la Présidence.
Je me serais bien occupé de toi et de ton image.
- Mais vous dites que je vous manquais, pourtant vous avez failli me tuer ?
- C'est exact ! On tourne à droite au prochain couloir…
- Merci, mais je sais encore comment est faite l'école ! Lui dis-je en le coupant. J'ai supervisé toute la fin des travaux !
Je n'avais cure à cet instant de le contrarier ou non, vu que j'étais déjà dans de sales draps à ce qu'il semblait.
- Ah voilà ! Je la retrouve, cette hargne. J'ai bien cru que ta relation sentimentale pathétique et triste à souhait, t'avait complément dénaturée.
- Oh ne vous inquiétez pas pour ça, soyez heureux je l'ai toujours en moi cette colère ! Et vous n'y êtes pas étranger.
- La colère, la haine, l'amour, entre les trois il n'y a qu'un pas.
Bien que tout soit retombé sur le dos de Coin, j'avoue que de l'avoir incité à utiliser ces parachutes lors de l'assaut final reste l'une de mes plus belles réussites, sans parler du fait d'avoir su motiver l'équipe médicale pour qu'ils acceptent d'envoyer ta sœur au front. Elle était si prometteuse…
Je me figeais ! J'étais tétanisée. Il y avait pris part ! Personnellement ! Il était, tout comme cette garce de Coin, responsable de la mort de Prim ! Une envie de meurtre monta soudainement en moi.
- Je sais, je sais ça a été dur pour toi, mais Katniss, tu n'es jamais aussi belle que lorsque tu es blessée ou en colère.
- Je vais vous tuer Plutarch. Dis-je en me tournant lentement vers lui, sans crier, juste avec toute la haine que je pouvais mettre dans ces quelques mots.
Vous le savez et je le sais. Je vais vous tuer.
- Ne sois pas si sûr de toi comme ça. Tu sais que tu parles à un esprit supérieur !
Un esprit qui a su autant te mettre en danger que de te sauver.
Un esprit qui a su mettre en route il y a des années, une partie d'échecs grandeur nature, qui n'est pas encore terminée.
J'ai donné tellement de moi Katniss pour faire de toi ce que tu es devenue.
Et toi ingrate et égoïste tu ne m'as rien donné en retour.
Alors oui j'ai mis sur pied le plan pour cet attentat.
Tu vois j'avais conservé un petit souvenir d'un des lieutenants de Snow que nous avons interrogé, comme ça, au cas où…
Et quand j'ai su que tu serais là, je me suis servi de ce « laisser passer » pour réactiver le piège.
J'espérais bien qu'il ne te tuerait pas évidement.
Après quand tu as été à l'hôpital, j'ai pu te voir.
Tu étais si belle, meurtrie dans ta chaire, si inoffensive, offerte…
Si tu savais comme il m'a été difficile de me retenir Katniss…
J'avais la nausée, de l'imaginé me regarder, étant à sa merci à ce moment-là, ne pouvant me défendre.
- Mais j'ai quand même tenu à te faire un petit cadeau.
J'avais apporté du venin de guêpes avec moi et je t'en ai injecté.
Je l'ai fait à plusieurs reprises, tout en te parlant.
J'ai hélas été interrompu dans mon processus.
C'est à peu de choses près celui qui avait été utilisé avec Peeta, mais j'avais appris des erreurs de Snow en voyant le travail que les médecins avaient fait pour ramener ton « joli cœur » du bon côté, et je savais que pour atteindre l'inconscient, il fallait que tu le sois toi-même, inconsciente je veux dire.
J'ai donc échoué de peu car tu as fini par te réveiller.
- Donc ce que je pensais avoir rêvé s'est produit ?
- Non pas réellement.
Ton esprit lui le croyait. L'esprit, le cerveau, c'est quelque chose de tellement complexe. C'est fascinant.
Il aimait vraiment s'écouter parler. Mais je comprenais mieux maintenant pourquoi les médecins avaient trouvé des marques rouges sur ma peau, ou encore que les analyses de sang qu'ils avaient effectué comportaient des anomalies, c'était à cause du venin que ce fou m'avait administré. Et je compris également d'où venait cette sensation instantanée de malaise que j'avais ressenti dès qu'il s'était adressé à moi quelques minutes plus tôt. Cette voix qui me parlait et que je ne reconnaissais pas, c'était la sienne ! Déformée par l'effet que produisait sur moi le venin. Je n'avais pas su l'identifier immédiatement toute à l'heure, sinon il serait déjà avec une flèche plantée entre les yeux.
- Dis-moi Katniss, ça a été dur de t'en remettre ?
Je n'ai pu avoir les détails de ton rétablissement. Je suis curieux.
- Je ne vous ferais pas le plaisir de vous raconter ça !
- Pour le moment, mais tu y viendras.
Continues d'avancer. M'ordonnât-il avec une certaine forme de politesse en faisant un geste de la main.
Mon cerveau tournait à toute allure. J'essayais de réfléchir à un moyen de le désarmer, de le prendre par surprise. J'étais prête à le tuer à mains nues s'il le fallait.
- On peut savoir ce que vous comptez faire de moi ?
- Non, il est trop tôt. Tu aimeras ça j'en suis certain.
Peut-être pas autant que moi, mais ce n'est pas grave.
- A quoi bon vouloir d'un Geai moqueur en mauvais état ?
- Mais parce que c'est ce que les gens aiment !
Rire, pleurer, vibrer au grès de tes aventures.
Ta vie est comme un film Katniss, et ce film est proche de son dénouement.
Fais-moi confiance cette fois j'ai mis le paquet ! Ça va être grandiose !
Fini les « propaclips » ringards. Je vais faire de toi un symbole immortel !
Ton nom traversera les siècles et cela sera l'achèvement de l'œuvre que j'ai commencé avec toi lors de tes premiers jeux, quand j'ai vu cette flèche que tu avais tirés vers nous les juges.
Ça me fait penser, j'ai une autre confession à te faire : ce n'est pas par hasard non plus si Peeta a été récupéré par le Capitole lors des jeux de l'expiation.
C'était en quelque sorte ma porte de sortie avec Snow au cas où cela se passerait mal avec Coin.
C'était décidé, Plutarch était désormais un homme mort même si je ne savais pas encore comment, ni quand. Il avait déjà signé son arrêt de mort avec son aveux infâme concernant Prim, mais avec celui concernant Peeta…Il avait réveillé la bête fauve qui sommeillait en moi et je ne voulais qu'une chose à présent, pouvoir le tuer moi-même, quoi qu'il m'en coute. Pour l'instant je devais cependant continuer de l'écouter parler. Il me répugnait à tous les niveaux.
- Elle se croyait tellement supérieur à lui. Continuait-il de toujours en parlant de Coin.
Mais derrière ces deux-là, c'est moi qui tirais les ficelles, en t'agitant sous leur nez.
Et de te voir si résolue et à la fois tellement désemparée dès tu voyais les interventions de Peeta. Ça c'était du vrai spectacle !
Autrement mieux que votre petite amourette doucereuse et ringarde à souhait.
J'ai tellement pu apprendre en suivant l'évolution de son cas à son retour au treize. Fascinant !
Tu ne dis plus rien. Désolé, je parle trop je m'en rends compte, mais quand je suis dans cet état là j'ai du mal à m'arrêter.
On était arrivé à l'entrée qui menait au sous-sol.
- Ouvre la porte je te prie. Me dit-il.
- Et si je refuse ?
- Je devrais alors me servir de « ça » ! Dit-il en montrant son pistolet.
J'aimerais bien que tu ne me force pas à m'en servir, du moins pas de suite.
- Je vous ai vraiment sous-estimé. Dis-je avec mépris. Je le reconnais.
Mais ce que je ne comprends pas, c'est que vu que vous tenez tant que ça à moi, pourquoi envisager l'idée de me tuer ?
C'est vivante que vous me voulez ? Vivante et souffrante ?
- C'est exact, mais s'il le faut je ferais en sorte de changer mes plans.
Ne m'y incite pas.
Avance maintenant et ouvre cette porte. Me dit-il le regard sombre et la voix grave.
Cependant quelques secondes après il arbora de nouveau ce petit sourire qui me donnait envie de vomir.
- Et pour l'inauguration de la boutique de Peeta ? Vous aviez également prévu des choses ?
- Possible, peut-être même que ces choses sont depuis longtemps en marche et que personne ne s'en soit encore aperçu.
Je veux que tout cela se termine en apothéose, un feu d'artifice final.
J'avais trainé à sortir mon trousseau de clefs pour déverrouiller la porte qui menait au sous-sol pour gagner du temps. Celle-ci était toujours fermée pour éviter aux élèves d'être tentés d'aller explorer les lieux. Je laissai tomber le trousseau après avoir fait semblant d'avoir trouvé la bonne clef.
- Allons Katniss, serais-tu nerveuse ?
Ne t'en fais pas je le suis moi aussi. Dit-il en murmurant.
Il n'y en a plus pour très longtemps. Ramasse-le s'il te plait et ne traînes pas. Je sais que tu essayes de gagner du temps.
- Vous n'avez qu'à le faire vous-même ! Je ne descendrais pas, je refuse d'aller plus loin vous allez devoir me tuer. Je voulais tester sa détermination et tant pis pour les conséquences.
Je le regardais avec un air plein de rage et de provocation. Je ne ressentais pas la peur seulement l'envie d'en finir. Qu'il me tue, peu importe, mais je devrais trouver le moyen de l'emmener avec moi. Il ne semblât pas être décontenancé, au contraire, Il semblait s'amuser. Après tout il restait un concepteur de jeux. Ils étaient tous tordus et vicieux et il ne faisait pas exception à la règle.
- Ça lui a fait quoi à ton Peeta, dis-moi, de te voir le rejeter une fois de plus ?
D'avoir l'impression de se voir en toi quand il était revenu du treize ?
Il essayait de me déstabiliser mais je refusais de tomber dans son piège c'était trop facile.
- J'avoue que ce garçon, bien qu'étant un parfait idiot, m'a toujours étonné.
Cette capacité qu'il a toujours eu à te pardonner et à revenir vers toi quoi qu'il lui en coute.
Il ne t'a pas raconté ce qu'il avait fait avec le Docteur Aurélius quand tu étais cloitrée dans le District quatre ?
Je ne savais pas où il voulait en venir. Nous étions toujours sur le seuil de la porte qui était toujours verrouillée, il pointait également toujours son pistolet sur moi en me fixant, m'observant ses yeux porcins.
- Non bien sûr que non il ne t'en a pas parlé.
Il n'aurait pas voulu que tu aies de nouveau matière à douter de lui.
Mais je vais te le dire moi, parce que tu comptes tellement à mes yeux.
Il a essayé un autre genre de thérapie.
Une thérapie, disons, plus intime, plus vivante.
Ça on peut dire que ça n'avait pas l'air de lui faire du mal ! Au contraire ! Dit-il en rigolant.
J'ai plein d'enregistrements que j'aimerais te montrer Katniss.
Des tas dans, lesquels tu peux voir ton prince charmant, avec de jolies princesses.
Tu ne l'as pas trouvé changé ? Plus sure de lui ? Plus à l'aise ?
Elles étaient toutes là pour ça. Elles te ressemblaient toutes. Elles aiment tellement te ressembler depuis que tu es devenue ce symbole.
Si tu savais Katniss, le nombre de soirées secrètes qui ont été organisées au Capitole. Même Snow l'ignorait. Ses conseillers les plus proches payaient tellement cher pour passer un doux moment auprès d'un Geai Moqueur.
Peeta aussi en a fait l'expérience.
Il a pu gouter à plein de versions différentes de « toi », enfin si je puis dire ça comme ça.
Il ne leur a pas fait que du bien à toutes, ça je peux te le dire. Dit-il d'un ai presque ennuyé.
Il y avait par moment une telle colère, une telle rage en lui.
Mais ce cher Docteur Aurélius lui disait qu'il n'y avait que comme ça qu'il arriverait à surmonter ses troubles te concernant.
Apparemment il a l'air d'y être parvenu et toi ma douce et naïve fille du feu tu n'as rien remarqué et tu as couru te jeter dans ses bras.
J'essayais de répondre quelque chose mais j'en étais incapable. Même si une partie de moi rejetait en bloc ce qu'il venait de déblatérer, je ne pouvais m'empêcher de penser à ces changements chez Peeta, qui effectivement m'intriguaient, mais me plaisaient également. A bien y réfléchir je devais aussi admettre qu'il semblait plus secret. Mais non ça ne lui ressemblait pas, il n'en n'aurait jamais été capable, du moins je pense ? Non je suis sûre ! En suis-je sûre ?
- Je sais que tu vas me dire, que je te mens.
Mais tout comme te l'as dit un jour ce cher Coriolanus, nous n'allons pas nous mentir ?
Aller, je t'en ai assez dévoilé comme ça pour l'instant. Ouvres cette porte maintenant. Dit-il faisant de nouveau un geste de la main avec son pistolet.
- Vous avez des enregistrements vous dites ? Je veux les voir. Dis-je sur un air de défis. J'avais besoin de me raccrocher à quelque chose.
- Mais oui je vais te les montrer. Tout est prêt en bas. Maintenant et pour la dernière fois, ouvres cette porte.
Alors que je me retournais pour déverrouiller la porte, derrière laquelle j'allais devoir affronter quoi, le purgatoire, une énième séance de séance de torture, la mort ? Je fus subitement agrippée et je sentie soudainement la froideur du métal de son arme pressée contre ma tempe. Le bras de Plutarch me tenait fermement contre lui, au niveau de la gorge, il m'écrasait presque la trachée.
- Posez votre arme, il n'y a aucune issue, nous avons tout bouclé vous ne pouvez aller nulle part ! Lâchez là ! Dit un Protecteur en pointant son arme sur nous.
Ils étaient cinq à ce que je pouvais voir. Plutarch reculait me serrant toujours
- Messieurs, je suis étonné de voir que vous avez été plus rapide que prévu. Je suis navré hélas, car je ne vais pas pouvoir répondre à votre demande.
Un hovercraft m'attend dehors et je vais emmener Mademoiselle Everdeen avec moi.
Et vous ne ferez rien car vous risqueriez de la blesser.
- Vous n'irez nulle part, vous allez obtempérer où nous devrons faire feu ! Dit le Protecteur sur un ton plus menaçant.
- Au risque de la tuer ? Je pense que vous seriez condamné à mort pour cela.
- Plutarch ! Dit soudain une voix essoufflée qui m'étais familière.
Plutarch, bon sang, mais à quoi vous jouez ?
C'était Haymitch il venait d'arriver en courant et bousculant au passage les Protecteurs !
- Plutarch, enfin, on se connait bien tous les deux, vous n'allez pas faire ça ?
On va arranger les choses.
Je sais qu'elle peut être horripilante parfois mais pas au point de la tuer quand même ?
De toute façon si c'est la voir souffrir que vous voulez, ne vous inquiétez pas cette gosse n'arrivera jamais à être heureuse !
Elle ne connait que la souffrance et la douleur ! C'est tout ce qui le maintien en vie.
- Ah Haymitch ! Content de vous voir !
Non, désolé mon vieux, mais comme je le disais à vos petits camarades, je ne peux pas.
Il continuait à reculer. Au bout du couloir à quelques mètres à peine, se trouvait une porte de sortie qui donnait sur la cour. Il devait être en train d'essayer de s'y rendre. Je n'arrivais pas à parler, il me serrait trop fort. Je me sentais faiblir, car j'avais du mal à respirer.
- Attendez Plutarch on va parlez tous les deux. Reprit Haymitch.
Je vais leur demander de baisser leurs armes.
Les gars, dit-il au groupe de Protecteurs, Je le connais !
C'est un vieil ami à moi, on va simplement discuter.
Reculez un peu, vous voyez bien qu'il est un peu perturbé là. Leur dit-il en leur faisant signe de s'éloigner.
Bon, Plutarch, soyez raisonnable ! Vous risquez votre peau là !
Je vais être franc avec vous, je suis fatigué d'essayer de la sauver tout le temps, des autres, comme d'elle-même.
Si vous voulez mon avis, c'est une cause perdue cette môme. Dit-il en jouant à fond la carte de la connivence.
Même si je savais parfaitement qu'il bluffait, ses paroles me firent du mal car je savais qu'il y avait malgré tout une part de vérité.
- Mais vous, après tout ce que vous avez fait pour le pays, vous méritez mieux ! Poursuivi Haymitch.
- C'est bien pour ça que je ne peux pas la laisser partir.
Elle ne m'a pas rendu tout ce que je lui ai donné, le temps que je lui ai consacré ! Dit Plutarch, me serrant toujours avec force.
- Ah ça on est bien d'accord que cette fille est une foutue égoïste !
Il n'y a personne qu'elle n'ait épargné autour d'elle. Une destructrice !
On était maintenant arrivé près de la porte. Plutarch donna un coup avec son dos, sur la barre latérale, pour l'ouvrir.
- Désolé Haymitch, je vous aime bien mais je dois m'en aller maintenant.
N'approchez pas plus, je n'ai vraiment rien contre vous et je ne voudrais pas avoir à vous faire du mal.
Je l'emmène avec moi.
Je vous la rendrais quand j'en aurais terminé avec elle.
- Comme vous voulez Plutarch. Je vous aurai prévenu. Dit Haymitch en baissant les bras.
- Au revoir Haymitch.
- Adieu Plutarch.
Plutarch recula de nouveau, il était presque intégralement sorti quand j'entendis un hurlement sauvage nous arriver dessus par la droite. Je fus secouée quelques instants avant de sentir l'étreinte de Plutarch se desserrer et fus comme éjectée, propulsée loin de lui. Je finis mon vol plané en atterrissant sur le goudron, après avoir fait plusieurs roulades. J'entendais des cris, deux cris distincts plus précisément.
Je me relevais péniblement pour voir.
Peeta se tenait à califourchon au-dessus de Plutarch et il était en train de se déchainer littéralement sur celui-ci qui poussait des cris de goret apeuré.
Son arme avait volée à quelques mètres de lui. Je couru en titubant un peu pour l'attraper et arma celle-ci. Je m'approchai d'eux. Peeta semblait être hors de contrôle.
- Peeta ! Criais-je
Peeta arrêtes maintenant.
PEETA ! Hurlais-je de toute mes forces
Il finit par s'arrêter, à bout de souffle plongeant son regard à la fois sombre et bouleversé dans le mien, le poing toujours fermé qu'il tenait en l'air prêt à l'écraser de nouveau sur Plutarch au moindre soubresaut de celui-ci. Ses mains étaient pleines de sang, son visage aussi en était recouvert.
Plutarch, lui avait les bras en croix. Il était défiguré et en son visage n'étais plus qu'une plaie béante, mais il était toujours en vie.
Je m'approchai alors de lui.
- Peeta c'est fini, il ne peut plus rien me faire maintenant. Viens. Lui dis-je en le prenant par la main pour le ramener vers moi.
Je voulais garder Plutarch pour moi et moi seule. Peeta était encore tétanisé, comme si ce n'était pas lui à cet instant mais une bête sauvage, sur le qui-vive prête à bondir de nouveau. Je regardais cet abominable être visqueux et répugnant qui gisait sur le sol à mes pieds et qui essayait de balbutier quelque chose, mais tout ce qui sortait de sa bouche c'était des bulles de sang. Haymitch nous avait rejoint. Il ne dit rien. Je pointai alors l'arme en direction de la tête de Plutarch et je tirai. Une fois, cinq fois, je vidai le chargeur et lâchai le pistolet. Il était mort.
