Chapitre 26
… puis la révélation
Le mercredi 16 février 2000
– À quoi tu penses ?
– J'essaie de démêler mes pensées, souffla Léna. C'est un véritable sac de nœuds là-dedans, tu n'aimerais pas t'y trouver, crois-moi.
Elle soupira avant de brusquement décider de vider son sac. Rien de bien ne se passait jamais quand elle parlait sans réfléchir, mais elle en avait marre de tout garder pour elle. Elle avait besoin d'exprimer tout ce qui compressait son cœur et son esprit.
– George, il y a des choses auxquelles j'ai repensé. Des choses dont on a jamais parlé et je ne sais pas quoi en penser.
– De quoi tu veux parler ? répliqua George. Pas de ces 10 gallions que je te dois, si ?
Typique de George, il tentait toujours d'esquiver les conversations trop périlleuses par l'humour.
– Il y a ça, fit Léna pour rentrer dans son jeu, mais pas uniquement.
– Quoi alors ? répliqua-t-il en dépit du fait qu'il voulait simplement fuir cette conversation.
– Ce qu'il s'est passé entre nous ce soir-là…
George fit semblant de ne pas comprendre mais il devina tout de suite ce qu'elle avait en tête. En vérité, les événements de ce soir là lui revenaient parfois en mémoire. Le fait que tout ça soit resté silencieux pendant si longtemps leur laissait un gout d'inachevé à tous les deux, sans qu'ils se l'avouent. Ni l'un ni l'autre ne savait vraiment à quoi s'en tenir. Ne pas savoir ce que pouvait ressentir l'autre était incroyablement frustrant.
– Le soir où j'ai craqué, celui où je t'ai aussi embrassé, précisa Léna.
– Léna… Tu veux vraiment parler de ça ?
– Honnêtement, non. Mais je crois qu'il le faut.
– Ce n'était rien, tempéra George. Tu allais terriblement mal et tu ne savais plus ce que tu faisais.
– Vraiment ? Le problème c'est que je n'en ai aucune certitude. J'ai ce fichu sac de nœud dans mes pensées qui m'empêche d'y voir clair. Mais si ça voulait dire quelque chose ? Ce ne serait pas la première fois que je refoule quelque chose, tu es bien placé pour le savoir. Par exemple, mes émotions après la mort de mon frère…
George se dandina sur son siège tout en fuyant le regard de Léna. Il haïssait cette situation dans laquelle elle les mettait. C'était trop imprédictible et il détestait ça.
– Léna… la supplia-t-il presque.
– Je sais, George, s'excusa-t-elle. Tu ne veux pas en parler mais c'est trop tard maintenant. On ne peut pas toujours tout éviter et, d'ailleurs, il ne le faut pas. Ça fait trop de dégâts, tu en sais quelque chose, non ?
George se leva pour prétendument aller remplir leurs tasses. Léna ne le laissa pas s'échapper et entreprit de le suivre jusqu'à la cuisine.
– Peut-être que ce baiser, c'était juste moi exprimant mon désespoir. Ou peut-être que c'était autre chose.
Léna prit une tasse entre ses mains, dans l'objectif de se donner du courage en buvant une gorgée de thé, qui se révéla néanmoins être du whisky. Elle grimaça sous la brûlure inattendue du breuvage.
– C'était ma tasse… s'expliqua George.
La jeune femme haussa les sourcils.
– George, pourquoi tu as si peur ? poursuivit-elle.
– Je n'ai pas peur.
– À d'autres… ironisa-t-elle.
– Léna, tu comptes pour moi et c'est pour ça que je n'aime pas la tournure que prend cette conversation.
– Moi non plus, avoua-t-elle. Désolée d'avoir provoqué cet inconfort. Mais il m'est arrivé de ressentir des choses que je ne m'explique pas et j'ai besoin de mettre ça au clair. Je n'y arriverais pas si je garde tout pour moi. Cela fait partie du processus. Je n'irais pas mieux si je ne tire pas ça au clair.
George sembla s'avouer vaincu. Il se figea et soupira. Il se tourna vers Léna et attendit qu'elle poursuive.
– Tout récemment, j'ai été jalouse d'Angelina. Pourquoi ? C'est la question que je me pose. Quand je suis avec toi, je n'ai pas envie que tu t'en ailles. Quand tu me réconfortes et que tu me prends dans tes bras, je ne veux pas que ça s'arrête. Peut-être que ça ne veut rien dire, peut-être que c'est juste parce que je tiens à toi, parce que tu es mon ami, l'un de mes meilleurs amis. Mais je ne peux pas m'empêcher de penser : « Et si ? ».
Léna sonda le regard de George, à la recherche d'une quelconque réponse, un quelconque signe. Presque inconsciemment, le cœur battant, elle fit un pas vers lui. George resta figé en percevant ce rapprochement, mettant les nerfs de Léna à rude épreuve. Et puis, finalement, ses dernières barrières finirent par s'écrouler. En un rien de temps, il franchit la distance qui le séparait de Léna et posa ses lèvres sur les siennes.
Un bouillonnement de pensées les agitèrent tous les deux. Avec une certaine culpabilité, ils s'étaient tous les deux déjà imaginer ce moment au cours des mois qui avaient précédés. On ne pouvait pas empêcher ce genre de désir charnel de se présenter à nous et, plus on tentait de l'éclipser, plus il se faisait de toute façon fort.
George et Léna s'abandonnèrent donc un instant dans ce baiser qui était maintenant tout à fait réel, leurs lèvres se découvrant avec curiosité. Puis, brutalement, comme s'ils venaient de se brûler, ils y mirent fin. Ils s'observèrent ensuite à distance, troublés comme jamais. Léna tenta de calmer son cœur affolé tandis qu'elle laissait ses pensées se filtrer les unes après les autres. Quand elle put mettre un mot sur ce qu'elle ressentait, elle hésita un instant à le partager avec George. Le prendrait-il mal ?
– C'était… bizarre, finit-elle par déclarer avec perplexité. Non ?
La jeune femme grimaça en attendant que George réagisse à son tour.
– Je n'osais pas le dire, confirma George.
Léna se racla la gorge avec gêne mais fut néanmoins soulagée de savoir que son sentiment était partagé.
– Si je suis honnête, je n'ai pas du tout aimé, admit-elle alors. Je ne remets pas en question tes compétences (George éclata de rire), ce n'est pas ça, même pas du tout, mais j'avais l'impression d'embrasser…
– Un troll ? proposa George alors qu'elle hésitait sur le mot le plus juste.
– Quoi ?! s'exclama Léna en éclatant de rire à son tour. Non !
Elle eut du mal à s'arrêter de rire après ça, conséquence de toute la nervosité qui avait précédée. Elle relâchait enfin la pression et c'était tellement agréable. Elle se sentait libérée d'un poids qui l'avait si longtemps oppressée sans qu'elle s'en rende compte.
– J'allais dire, reprit-elle quand elle eut retrouvé son souffle, que c'était comme embrasser un membre de ma famille. Autant dire que c'était très gênant...
George grimaça.
– Tu le prends mal ? s'inquiéta aussitôt Léna.
– Pas du tout, réfuta-t-il. J'imaginais simplement la scène avec ma grande tante Tessie… Je ne sais pas pourquoi j'ai pensé à elle. Probablement parce que ma mère m'a récemment donné de ses nouvelles. Mais Merlin, j'espère rapidement oublier ça ! C'était absolument répugnant, si tu veux tout savoir !
La jeune femme éclata de nouveau de rire devant le regard profondément choqué de son ami.
– Je ne comparerais bien sûr pas notre baiser à ce que je viens juste d'imaginer, précisa George. Ce ne serait pas très galant de ma part. En tout cas, je suis d'accord avec toi en ce qui concerne... ce qui vient de se passer. C'était étrange.
– Au moins, maintenant, je crois que j'y vois plus clair, relativisa Léna. Peut-être qu'à un moment donné, j'ai ressenti quelque chose pour toi qui n'était pas que de l'amitié, mais je crois que j'ai dépassé tout ça. Ce n'est pas comme ça entre nous. Tu es mon meilleur ami et ce sans plus aucune ambiguïté !
George fit semblant de s'essuyer le front.
– Ouf, on l'a échappé belle ! souffla-t-il.
– C'était si affreux d'envisager que quelque chose se passe entre nous ? le taquina Léna.
– Disons que c'est drôlement plus simple qu'on soit juste amis. J'aime notre relation telle qu'elle est. Et je t'aime beaucoup trop pour risquer de te perdre à cause de ça.
– Est-ce que tu viens juste de dire que tu m'aimes ? releva Léna en écarquillant les yeux.
– Amicalement ! précisa George en levant les yeux au ciel.
– Quand bien même, tu l'as dis. Qui l'eut crut, George Weasley est un sentimental…
– T'y habitue pas, la prévint George. C'est simplement un moment de faiblesse.
Léna sourit néanmoins. Un sourire lumineux qui lui ressemblait tellement mais qu'elle avait perdu pendant de longs mois. Sa simple vision réchauffa profondément le cœur de George.
– Tant qu'on y est, moi aussi je t'aime vraiment beaucoup, George.
Elle le prit dans ses bras et George put sourire à son tour, à l'abri de tout regard. Il n'aimait pas qu'on le surprenne en proie à de telles émotions. Prendre quelqu'un dans ses bras, c'était après tout une façon comme une autre de cacher son visage. Ils restèrent ainsi enlacés un petit moment sans que cela ne devienne étrange. Il s'agissait simplement de deux amis qui s'aimaient sans arrière pensée et dont tous les doutes avaient été balayés. Presque comme un frère et une sœur.
Bon, je commencerais par vous présenter mes sincères excuses !
J'imagine combien certains d'entre vous doivent être déçus de cette issue pour Léna et George. Je sais que beaucoup espéraient plus que ça.
A mes yeux, c'était pourtant une évidence qu'ils ne terminent pas ensemble, à la fin. Et ce en dépit de tous les doutes qu'ils ont eux même pu avoir depuis leur rencontre !
Pendant tout ce temps où ils se sont connus, ils ont eu cette proximité qui les a bien évidemment interrogés mais, au final, comme ils s'en sont rendus compte pendant ce baiser, ce n'était rien de plus que de l'amitié. Peut-être aurait-ce pu être différent entre eux, à un autre moment de leur vie, mais pas à ce moment là. En tout cas, c'est l'issue que j'ai choisie et celle qui m'est naturellement venue au cours de l'écriture !
J'espère que vous comprendrez ce choix mais, quoi qu'il arrive, je vous rappelle que l'histoire de ces deux là n'est pas entièrement terminée ! Pas encore.
Il reste encore un autre chapitre, puis l'épilogue qui viendra enfin conclure cette histoire comme il se doit !
Je vous dis donc à jeudi !
