PROMPT : Jouer avec mes nerfs
Severus dévisageait le gamin face à lui, presque en état de choc.
Toutes ces années, il s'en était voulu. Il avait repoussé ce souvenir au plus profond de son esprit parce qu'il avait trompé la confiance de Lily. Mais jamais, à aucun moment, il n'avait envisagé cette possibilité.
Son esprit sur le moment se refusait même à le considérer.
Comment avait il pu oublier cette éventualité ?
Il était un Maître des potions, par Salazar. Il vivait pour les potions. C'était son quotidien.
Il avait brassé du polynectar. Des litres. Il en connaissait chaque ingrédient, chaque effet.
Et pourtant, il n'avait jamais envisagé la possibilité que sa nuit avec Lily ait pu avoir des conséquences.
Si quelqu'un avait suggéré que Harry Potter puisse être son fils l'année où il l'avait rencontré, il aurait hurlé à l'hérésie. Il avait tellement pris le gamin en grippe. Il l'avait tellement haï. Tellement détesté juste parce qu'il avait le visage de James.
Il avait maudit le gosse, le rendant responsable de la mort de Lily. Parce qu'il était né, parce que la prophétie le désignait.
Au fil des années, il avait toujours refusé de voir que le gosse n'était pas James. Il lui reprochait tout ce qu'il pouvait, même après avoir découvert qu'il était maltraité.
Le gamin n'avait aucun des défauts qu'il lui avait attribué. Il devait reconnaître qu'il n'était pas si stupide, et que même s'il se jetait toujours tête la première face au danger, il ne le faisait pas pour la gloire…
Il n'était pas arrogant comme l'avait été son père.
Avec le retour de Voldemort, Severus n'avait pas pu changer de comportement envers l'agaçant Gryffondor. Il avait continué à le malmener, même s'il y mettait bien moins de volonté qu'au début. C'était devenu une habitude, jusqu'à l'épisode de la pensine.
Quand il avait surpris le gamin plongé dans ses souvenirs les plus cuisants, il s'était senti trahi. La fureur l'avait envahi, et il avait cessé de chercher des qualités au Gryffondor.
Il s'était attendu à voir ses petits secrets étalés sur la place publique, et il avait attendu les premiers ricanements, les premiers chuchotements à son passage.
Mais Potter n'avait pas bronché. Il s'était excusé, et quand il le croisait, il avait cet air désolé au fond de ses yeux. Il avait gardé le secret sur ce qu'il avait vu. Ses deux âmes damnées n'avaient pas changé leur façon de le regarder avec colère à chaque fois qu'il s'en prenait au Sauveur, alors il avait compris que même eux n'avaient pas été mis dans la confidence.
Et puis la bataille. La fin de tout. Il s'attendait à mourir. Il espérait juste avoir le temps de transmettre au gamin ce dont il aurait besoin pour s'en sortir.
Nagini l'avait attaqué. Il n'avait même pas cherché à se défendre, il savait que c'était vain. Il avait senti le venin s'infiltrer dans ses veines, mais il avait lutté jusqu'à ce qu'il croise le regard vert qu'il connaissait si bien. Il lui avait donné ses souvenirs, en offrande. Cependant, il avait été perdu en voyant le jeune homme pleurer pour lui.
L'infernal gamin l'avait sauvé. Il avait supplié pour lui, et le piaf de Dumbledore était venu pleurer sur son corps brisé. Le sursis avait été de courte durée, mais Harry l'avait sauvé de nouveau avec sa magie.
Harry était resté tranquille, se prêtant à l'examen attentif de son professeur. Cependant au bout d'un certain temps, son caractère impulsif reprit le dessus.
- Professeur ? Si vous pouviez arrêter de jouer avec mes nerfs et dire quelque chose, je vous en serais reconnaissant.
Severus eut un mince sourire, amusé malgré lui.
- Toujours aussi impatient, Potter. Qu'espérez vous entendre ?
- Juste votre avis sur la question.
Le Maître des potions soupira, et se frotta les yeux.
- Je pourrais vous dire qu'il existe une infime possibilité pour qu'effectivement ma… nuit sous polynectar avec votre mère ait pu mener à… à votre conception. Cependant êtes vous vraiment prêt à chercher plus de détails Potter ? Vous avez conscience de ce que…
Harry eut un bref sourire en dévisageant l'homme.
- Est-ce que vous me demandez si ça me poserait problème que vous soyez mon père ?
Severus eut un instant d'hésitation, avant de hausser les épaules.
- Et bien, oui c'est ce que je vous demande. Ça et de ce que ça pourrait impliquer. Une fois la vérité révélée, il ne sera plus possible de revenir en arrière. Ça changera votre vie. Ma vie.
Le Sauveur n'eut pas l'air effrayé. Il affichait un visage sérieux, bien que ses yeux semblaient pétiller, comme s'il était excité par la situation. Il ne répondit pas immédiatement, et Severus lui en fut reconnaissant. Ce n'était pas un moment où il était bon de se précipiter et de parler sans réfléchir après tout.
Après un moment qui parut interminable, Harry afficha un léger sourire insolent.
- Si réellement vous êtes mon père, je ne regretterai pas votre identité. Mes seuls regrets seraient pour le temps perdu. J'aurais pu… grandir avec vous.
- C'est bien la preuve que la guerre vous a touché bien plus durement que Poppy ne le pense. Aucun gamin sain d'esprit n'espérerait grandir avec un homme comme moi.
- Vous pourriez être surpris, professeur.
Severus grogna mais choisit de ne pas approfondir. Harry reprit la parole après un temps de silence, et cette fois, il semblait avoir perdu toute sa belle assurance.
- Y-a-t-il un moyen d'en être certain ? Je sais qu'il existe des tests chez les moldus mais dans le monde magique ?
Un instant, le maître des potions songea à mentir. A dire qu'il n'y avait aucun moyen de savoir. Que le secret resterait entier.
Puis, il décida qu'il était temps d'assumer ses actes passés. Si réellement, Harry était son fils - le fils de Lily également - il ne pouvait pas lui tourner le dos. S'il le faisait, il n'était pas sûr de pouvoir se regarder de nouveau dans un miroir. Il trahirait Lily une fois de plus, et cette fois de la pire des façons.
Il soupira lourdement et se frotta les yeux, soudain épuisé.
- Il existe une potion, bien entendu.
Harry gloussa.
- Bien entendu.
Cependant, Severus ignora son intervention et continua.
- Une fois prête, il suffit de mettre le sang des deux personnes à tester pour vérifier la parenté, et selon la couleur que prend la potion… on peut déterminer s'il y a un lien familial ou non.
