Chapitre 42 – Confessions du dimanche matin

Après un dîner relativement calme au restaurant italien, Blaise avait ramené Laureen au manoir Zabini par transplanage sans promenade dans le Chemin de Traverse, car il faisait bien trop froid pour s'attarder dans une promenade nocturne. Une fois matérialisés dans le jardin, il la guida rapidement jusqu'à la maison et lui ouvrit la porte.

Ils soupirèrent d'aise en sentant la chaleur de l'intérieur, et suspendirent leurs manteaux dans l'entrée avant de se rendre au salon où se trouvaient Ella et Paul.

-La soirée s'est bien passée ? demanda Paul.

-Le dîner était excellent, répondit Laureen avec un sourire.

-Et la conférence de presse ? ajouta Ella.

Blaise grimaça légèrement.

-Assez bien dans l'ensemble, il y a juste eu un incident mineur avec Rita Skeeter.

Le visage d'Ella se transforma en un masque de mépris.

-Cette horrible bonne femme n'est qu'un insignifiant insecte, cracha-t-elle. Elle ne fera rien.

Les jeunes hochèrent la tête et s'assirent côte à côte sur un canapé.

-Tu veux boire quelque chose ? demanda Blaise à Laureen.

-Hein ? Euh… Oui, un thé s'il-te-plaît.

Blaise hocha la tête et alla dans la cuisine préparer du thé.

-Laureen, dès lundi nous commencerons à regarder les robes de mariée, annonça alors Ella.

-Très bien, répondit la jeune fille sans beaucoup d'enthousiasme.

Le couple lui envoya un sourire d'empathie, et elle hocha la tête. Blaise revint à ce moment avec deux tasses fumantes, et s'assit avant de tendre la sienne à la jeune femme. Laureen s'adossa confortablement et prit une gorgée de thé.

-C'est du thé à l'orange ? s'étonna-t-elle d'une petite voix.

-Oui, c'est mon préféré, répondit Blaise. Excuse-moi, j'aurais dû te demander si tu aimes ça.

-Ce n'est rien, réussit-elle à articuler alors qu'elle sentait sa gorge se nouer et les larmes monter.

Elle s'exclut volontairement de la conversation, tentant de ne pas se noyer dans les émotions provoquées par le parfum de la boisson. Charlie lui manquait terriblement, et avoir son thé préféré dans les mains ne l'aidait absolument pas. Elle finit sa tasse et s'excusa pour la nuit, remontant rapidement jusqu'à sa chambre. Elle fit des cauchemars toute la nuit, et se réveilla fiévreuse le lendemain. Elle sentit une main fraîche se poser sur son front avant d'ouvrir les yeux, et gémit doucement.

-Shh, tout va bien, fit une voix masculine près du lit.

Elle se força tout de même à ouvrir les yeux.

-Blaise ? dit-elle d'une voix rauque.

-Je suis là, sourit-il. Tu es souffrante depuis plusieurs heures et la fièvre ne veut pas tomber.

-Tu es là… depuis plusieurs heures ? s'étonna-t-elle.

-Je ne vais quand même pas laisser ma future épouse en peine.

Les yeux de Laureen se remplirent de larmes à ces mots.

-Shh, ne pleure pas, tout va bien. Je sais que tu ne veux pas m'épouser, et je crois aussi savoir pourquoi. Mais j'ai promis de te protéger, et le meilleur moyen de faire ça, c'est de nous marier.

-Je sais, dit-elle en détournant les yeux.

Il hocha la tête et posa à nouveau la main sur le front de la jeune femme.

-Tu as dû prendre froid hier, conclut-il. Je vais aller chercher une potion pour la fièvre. Tu veux que je te prépare un petit-déjeuner ? Ou tu préfères manger plus tard ?

-Un thé et des toasts, ce serait parfait, marmonna-t-elle en fermant les yeux.

-D'accord. Ne bouge pas, je reviens tout de suite.

Il l'embrassa sur le front et sortit de la pièce. Il revint quelques instants plus tard avec un plateau où se trouvait une tasse de thé fumante, deux toasts avec de la confiture française de mûres, et une fiole de potion. Laureen rouvrit les yeux au son de la porte, et réussit à lui envoyer un demi-sourire.

-Merci, murmura-t-elle.

-Ne t'en fais pas pour ça, dit-il en l'aidant à se redresser contre les oreillers. Tiens, la potion d'abord. Toute la fiole.

Laureen grimaça mais finit la fiole avant de la reposer sur le plateau, l'air dégoûté. Elle saisit avidement la tasse de thé et en prit une gorgée avant de soupirer.

-Tu te sentiras mieux dans un instant, promit Blaise en repoussant les mèches de cheveux collés à son front. Oh, j'ai mis du miel dans le thé, pour ta gorge. Du miel de…

-… de lavande, compléta Laureen. Je reconnais le goût, j'en prenais souvent.

-Je ne t'ai jamais vue avec autre chose que du café, au petit-déjeuner à Poudlard.

-Je préfère le café, mais l'été…

Elle s'arrêta là alors que les larmes remplissaient ses yeux, mordant ses lèvres pour s'empêcher de pleurer.

-Mais l'été, tu prenais du thé à l'orange avec du miel de lavande, je suppose avec la raison particulière qui fait que tu n'as aucune envie de m'épouser ? En plus des circonstances de kidnapping, je veux dire.

Laureen releva un regard triste vers lui avant d'hocher la tête.

-Est-ce que tu veux en parler ? demanda Blaise en s'asseyant à côté d'elle contre les oreillers.

-Lance un sort de désillusion sur ma main droite, murmura-t-elle.

-Hein, quoi ?

-Juste fais-le.

Blaise sortit sa baguette et fit ce qu'elle lui demandait, révélant la bague qu'elle portait à l'annulaire droit – elle l'avait changé de main avant ses nouvelles fiançailles pour éviter un désastre. L'anneau d'or rose brillait doucement dans la lumière du matin.

-On devait se marier, réussit-elle à dire avec des sanglots dans la voix. J'ai repoussé le mariage pour mon travail, et maintenant… Je ne sais même pas si je le reverrai.

Blaise passa son bras autour de ses épaules et la laissa appuyer sa tête contre lui.

-Je suis désolé. Sincèrement.

Ils passèrent quelques minutes dans un silence presque confortable.

-Ce doit être un homme sacrément spécial, pour que tu acceptes de le supporter toute ta vie, dit Baise après un temps.

-C'est… lui, tout simplement. Je ne sais pas comment l'expliquer, mais c'est tellement évident pour moi. Ça a toujours été lui. Je l'ai aimé quand je n'étais qu'une gamine, je l'ai aimé quand je l'ai détesté, je l'ai aimé passionnément, de toutes mes forces, et maintenant je l'aime toujours mais je n'ai plus de force sans lui.

-Je ne vais pas te dire que ça va aller, parce que je ne vais pas te promettre une chose qui est potentiellement fausse. Mais je peux te dire que je suis là avec toi. Comme futur mari forcé, je sais, mais je me contenterai volontiers d'être un ami pour toi, si tu me laisses faire. Et je sais que nous sommes en pleine guerre et que personne ne sait si ses proches seront toujours en sécurité, et je sais que tu as peur pour lui et je n'ai malheureusement aucune garantie le concernant pour te rassurer. Mais je peux te garantir que si tu as besoin d'un ami au milieu de tout ce chaos, je suis là. Je n'ai pas envie de te voir malheureuse.

Laureen hocha la tête en enfouissant un peu plus sa tête contre le torse de Blaise.

-Merci, souffla-t-elle.

-Je ne te demanderai pas qui c'est, ça peut rester ton secret. Et je respecte le fait que tu l'aimes. Je peux vivre avec.

Il se releva et l'embrassa sur le front, débarrassant le petit-déjeuner.

-Je pense qu'une bonne douche chaude te ferait du bien, la fièvre commence à descendre, dit Blaise avec un petit sourire. Et après, si tu te sens bien, je te montrerai quelque chose.

Il l'embrassa sur le front à nouveau et sortit de la pièce. Laureen grommela en s'extirpant de son lit, et se traîna jusqu'à la salle de bain, lâchant ses vêtements un par un sur le chemin avant de se glisser sous l'eau chaude en soupirant. Après une poignée de minutes, elle se sentit bien mieux alors que la potion faisait pleinement effet. Elle sortit de la douche avec un demi-sourire et peigna ses cheveux pour avoir l'air présentable. Elle enfila ensuite un jean et un pull, retint ses cheveux en arrière avec un foulard et sortit de sa suite pour retrouver Blaise.

Ce dernier arrivait justement dans le couloir, et lui offrit un sourire.

-Comment tu te sens ?

-Mieux, merci. Alors, qu'est-ce que tu voulais me montrer ?

-Viens, dit Blaise en la prenant par la main.

Il l'entraîna dans sa propre suite, passa la chambre sans y jeter un regard jusqu'à ce qui lui servait de salon, où il s'arrêta. Il leva sa baguette vers le plafond et traça lentement des petits cercles dans l'air, jusqu'à ce qu'une échelle descende du plafond.

-Hum… cette échelle finit… dans le plafond, remarqua Laureen.

-Trappe invisible, répondit Blaise. Vas-y la première, au cas où tu glisses je préfère pouvoir te rattraper.

La jeune femme s'exécuta et ferma les yeux au moment de passer le plafond, mais comme l'avait dit son fiancé, ce n'était qu'une illusion, il y avait bien une trappe. Elle se releva dans le grenier et regarda autour d'elle, hochant la tête avec un sourire en coin alors qu'elle admirait tous les posters sur les murs.

-Depuis quand les sang-purs écoutent de la musique moldue ? demanda-t-elle finalement.

-Essaye de ne pas me juger juste parce que j'appartiens à une des vingt-huit lignées, d'accord ? répliqua-t-il. Les Weird Sisters ne sont pas mal, mais un peu trop trash à mon goût. Qu'est-ce que tu penses de Scorpions ?

-Je pense que si tu as le vinyle de Love At First Sting, je vais passer ma vie dans cette pièce à l'écouter.

Blaise rigola doucement en hochant la tête et fouilla un instant dans sa collection avant d'en sortir la bonne pochette et de placer le vinyle sur le tourne-disque. Laureen se laissa tomber dans un énorme pouf moelleux et ferma les yeux pour apprécier la musique.

-Je n'aurais jamais deviné que tu avais ce penchant pour la culture moldue, dit-elle après un temps.

-Parce que je suis dans le mauvais camp, soupira Blaise. Mes grands-parents étaient des fidèles de Tu-Sais-Qui pendant la première guerre. Mes parents étaient fiancés à l'époque, et ils n'ont pas osés s'opposer à leurs parents ou à Tu-Sais-Qui de peur des représailles. Et aujourd'hui l'histoire se répète, parce qu'ils ont peur pour moi.

Laureen lui prit la main, voulant lui signifier qu'elle comprenait sa situation.

-Moi aussi j'ai peur. Je sais que pour le moment, tant que je ne fais pas de faux pas, mes parents et moi sommes en sécurité, et je suis content de pouvoir te protéger également. Mais j'ai peur que cette guerre n'en finisse jamais, et j'ai peur pour…

Il s'arrêta, soupira en secouant la tête.

-Je te suis reconnaissante pour la protection que tu m'offres en m'épousant, dit Laureen. Je n'aime pas la méthode c'est certain, mais m'en plaindre serait assez malvenu. Mais je sais que cette guerre ne durera pas éternellement. Je pense même que la fin est proche, et c'est ça qui me terrifie. Je suis prête à me battre seule contre tous les mangemorts du pays s'il le faut, mais j'ai peur que même si nous le faisons tous, ça ne suffise pas. Et je sais…

Elle s'arrêta, hésitante. Pouvait-elle réellement faire confiance à Blaise ? Elle regarda les posters moldus autour d'elle, de rock, de films, et décida qu'à lui, elle ferait entièrement confiance.

-Je sais que Ron, Harry et Hermione sont partis dans une quête pour trouver je ne sais quoi, quelque chose qui les aidera à vaincre Tu-Sais-Qui, dit-elle en le regardant dans les yeux. Mais il y a des jours où je me demande si ce sera suffisant. Je ne veux pas douter d'eux, mais ils sont jeunes et peu expérimentés, face aux Raffleurs…

-Je sais, dit Blaise d'une voix cassée. Ginny me fait passer les rapports de Potterwatch régulièrement, on a eu des nouvelles un peu plus précises quand Ron les a abandonnés quelques semaines, heureusement il est reparti avec eux.

-Comment vont-ils ? s'empressa de lui demander la jeune femme.

-Ils sont vivants, et je sais que les Raffleurs sont de plus en plus frustrés de ne jamais les attraper alors je suppose que ça va.

Laureen soupira avec soulagement à ces mots. Elle scruta un instant le visage de Blaise, curieuse.

-Tu es ami avec Ginny maintenant ? le taquina-t-elle gentiment.

-Je n'irai pas encore jusque-là, mais disons que nous réussissons à nous entendre suffisamment pour se faire passer les nouvelles importantes.

-Tu lui diras que je suis là, quand tu retourneras à l'école demain ?

-Je pense que tout le monde verra dans les journaux que tu es ici, maintenant.

-C'est vrai, grommela Laureen.

Puis elle réalisa ce que cela impliquait, et pâlit.

-S'il voit ça… Oh non, dit-elle en se cachant le visage dans les mains.

-Quoi donc ?

-Mon… autre fiancé, expliqua Laureen. S'il voit ça… il ne va pas comprendre…

-Je peux peut-être lui faire passer un message ? tenta Blaise. Ou Ginny pourrait lui faire passer ?

-Impossible, les hiboux sont surveillés, les cheminées aussi, je ne peux pas le joindre autrement.

-On est dans le même bateau, soupira Blaise. Enfin, je ne suis pas fiancé à elle, mais bon.

-De qui tu parles ? s'étonna Laureen. Je ne savais pas que tu sortais avec quelqu'un, avant tout ce bazar.

-Parce que je ne sortais pas avec elle. Elle me déteste.

-Donc elle est dans mon camp ?

-Exact.

-De ton année ?

-Oui.

-Pansy Parkinson ?

-Ugh, hors de question !

-Serpentard ?

-Non.

-Serdaigle ?

-Non plus.

-Poufsouffle alors !

Quand Blaise ne répliqua pas tout de suite, elle le dévisagea avec stupeur, notant son petit sourire coupable.

-C'est pas vrai… souffla-t-elle. Je pensais que ton crush sur Catriona Stanford s'était arrêté après la troisième année.

-Rumeur infondée à l'époque, j'étais juste énervé contre elle car c'était la seule à me surpasser en potions !

-Ouh, attention aux chevilles, se moqua Laureen. Mais sérieusement, Catriona Stanford ? On parle bien de la fille toute petite et menue, longs cheveux châtain clair, immenses yeux bleus, rougit dès qu'on lui adresse la parole et ne décroche pas un mot ?

-Elle est juste timide ! la défendit Blaise.

Laureen haussa un sourcil moqueur face à sa réaction passionnée.

-Timide est un euphémisme, rit-elle. Cette fille a pratiquement peur de son ombre. Ce n'était pas elle qui s'est enfuie après qu'un garçon l'ait invitée à danser au bal de Noël ?

Blaise détourna le regard.

-Par les bigoudis de Merlin ! C'est toi qui l'avait invitée ?

La jeune femme éclata de rire, se tenant l'estomac en pleurant tant elle riait.

-Désolée, dit-elle après s'être calmée. C'est juste que… je ne pensais pas que c'était ton genre de femme. Qu'en pensent tes amis de Serpentard ?

-Oulah, personne n'est au courant à part toi ! Pas même ma mère !

La jeune femme haussa un sourcil surpris, avant de lui sourire.

-Ton secret sera bien gardé.