Hello tout le monde ! Voici le vingt-quatrième chapitre ! Il fait plus de dix-mille mots donc installez vous confortablement, prenez quelque chose à boire ou à manger, parce que ça va être long aha ;)
Mais avant, réponses aux reviews :
Krokmou du 13 : c'est vraiment adorable, merci beaucoup !
naruhina2 : merci, ça me soulage de savoir que l'intrigue reste bien ficelée après mon absence ! Je reprenais les cours à distance, et il a été annoncé hier que je ne retournerai pas au lycée avant le mois de juin (si j'y retourne un jour...), mais merci quand même aha :p
Une très bonne lecture à tous ! On se retrouve en bas, j'ai quelques précisions à apporter, au cas où ^^
Ladybug se sentit vidée l'espace d'un instant.
Toute seule.
Seule.
Seule.
Ce mot résonnait dans son esprit comme si le Papillon lui-même lui soufflait. J'ai gagné, tu as perdu, il est parti, tu es toute seule... Toute seule ! La voix qu'elle se faisait de son ennemi juré répétait cette phrase en boucle dans sa tête comme un sortilège puissant, un chant maléfique, une complainte de sa défaite à elle, de sa victoire à lui.
Que signifiaient les paroles de Chat Noir ? Jusqu'où allait la solitude qu'il lui avait craché au visage ?
Parlait-il seulement de cet affrontement avec Chloé — qui s'était transformé en déballage de non-dits et de colère refoulée ?
Allait-il plus loin que ça ?
Allait-il venir la rejoindre ce soir ?
Allait-elle devoir affronter la nuit toute seule, en sachant que le sommeil était désormais une menace à part entière ?
Allait-il...
Allait-elle...
— Ladybug ?
L'intéressée sursauta comme si la voix de Chloé l'avait brûlée. Pourtant, le ton de la jeune fille était doux, prévenant... gentil ? Elle ne put s'empêcher de se méfier, se demandant si tout cela n'était pas juste un autre coup du Papillon pour la séparer de son coéquipier encore un peu plus.
Pourtant, l'héroïne se redressa, avala douloureusement sa salive, rejeta ses émotions au plus profond d'elle-même, refoula ses questions encore plus loin et durcit son regard fixé sur la baie vitrée par laquelle Chat Noir venait de s'envoler.
Elle aurait tout le temps d'être énervée, triste, coupable ou tout autre sentiment qui lui gâchait la vie plus tard. Cette discussion était trop importante pour qu'elle la repousse encore une fois. Il fallait qu'elle parle avec Chloé. Et si elle devait le faire seule, elle le ferait.
Elle était Ladybug, après tout. N'oublie jamais à quel point tu es forte. Tu promets ? Les paroles d'Adrien résonnèrent dans son esprit, en contraste avec la voix cruelle et moqueuse du Papillon, celle du jeune homme était douce et apaisante. Je te le promets, lui avait-elle répondu.
Une promesse qu'elle avait bien l'intention de tenir.
— Désolée pour... ça, déclara-t-elle en posant enfin son regard sur Chloé.
Sa bouche s'entrouvrit, s'apprêtant à lui poser une des centaines de question qui lui brûlait les lèvres depuis des jours, mais ce ne fut qu'une exclamation de surprise qui en sortit lorsqu'elle constata l'état de la jeune fille. Ses yeux bleus qu'elle avait vu tant de fois moqueurs, confiants, déterminés, méchants, même, étaient aujourd'hui recouverts d'un voile de tristesse, les rendant plus brillants que jamais.
Ladybug s'assit précautionneusement à côté de... son amie ? Son ennemie ? Qui était-elle ?
— Chloé... murmura-t-elle. Je peux t'aider, je veux t'aider, mais il faut que tu me parles. Il faut que tu m'expliques.
La lycéenne hocha la tête, essuya rapidement une des larmes qui coulait le long de sa joue et souffla longuement.
— Je suis désolée d'avoir réagi comme ça tout à l'heure, débuta-t-elle d'une voix rauque.
Chloé Bourgeois était-elle vraiment en train de s'excuser ? De lui présenter des excuses ? Ladybug dut se pincer légèrement l'avant-bras pour en être sûre.
— Je sais que vous n'êtes pas ceux contre lesquels je dois me battre... Mais...
Sa voix se brisa, comme si ce qu'elle voulait vraiment dire, les mots qu'elle voulait vraiment exprimer, l'appel à l'aide qu'elle voulait vraiment passer restaient bloqués au fond de sa gorge nouée par... par quoi ? Par l'émotion ? Par la peur ? Par la menace... ?
— Mais je suis tellement fatiguée...
Ladybug reconnaissait parfaitement ce tremblement qui agitait ses lèvres, ces paroles qu'elle semblait lui adresser malgré elle, cette confidence qu'elle lui faisait. Elle avait l'impression d'être devant un miroir qui lui renvoyait son reflet, le reflet de cet épuisement qui lui gangrénait l'existence.
— J'ai tellement mal à la tête...
Le reflet de cette douleur qui lui vrillait le crâne.
— J'ai tellement peur...
Le reflet de cette angoisse sourde qui lui nouait l'estomac à longueur de journée.
— Je me sens tellement...
— Coupable ? compléta Ladybug dans un murmure.
Chloé hocha la tête, ses yeux plongés dans les siens. Les deux nuances bleutées de leurs iris se mélangèrent, se sondèrent, s'apprivoisèrent. Leur esprit se connectèrent l'un à l'autre, se comprirent, s'apaisèrent.
Un lien indéfinissable, inexplicable, inébranlable se forma entre les deux jeunes filles.
Et Ladybug comprit.
Elle comprit tout.
Chloé n'eut pas besoin de prononcer un mot supplémentaire, de laisser couler une larme de plus, de lui fournir davantage d'explications. Un regard valait mille paroles et tout autant de réponses.
— On va te sortir de là, murmura Ladybug. Je te le promets.
Elle posa une main sur son épaule. Son geste était tremblant, mais témoignait d'une telle compréhension, d'une telle détermination, d'un tel espoir que Chloé put enfin respirer à nouveau. L'inspiration qui agita son corps rappela à l'héroïne les propres crises de panique dont elle avait été victime ces deniers jours.
Seulement, ce n'était pas de l'anxiété qui guidait le souffle de la jeune fille.
C'était du soulagement.
Le soulagement d'entrevoir une lueur au bout du tunnel interminable dans lequel elle était engouffrée.
Le soulagement de voir que Ladybug comprenait.
Le soulagement de constater que les dés n'étaient pas encore jetés.
Le soulagement de sentir une bouffée d'espérance alléger son cœur.
Sans réfléchir, Ladybug rapprocha son corps du sien, se réfugiant dans une étreinte d'une puissance inégalable.
— Je te le promets, chuchota-t-elle en serrant Chloé dans ses bras.
Une poignée de minutes, de lancers de yo-yo et de sauts périlleux plus tard, Marinette réapparut sur le plancher de sa chambre dans une leur rosée. La jeune fille s'étira en soupirant, se sentant éreintée de toutes les manières possibles.
Éreintée par la fatigue.
Éreintée par l'espoir et la peur qui se livraient une bataille sans merci dans son cœur.
Éreintée par la colère et le regret des derniers mots qu'elle avait échangés avec Chat Noir.
Éreintée par toutes les choses qu'elle avait à expliquer, à raconter, à révéler. Expliquer à son coéquipier — s'il lui adressait toujours la parole, ce dont elle n'était pas tout à fait certaine — ce qu'elle avait appris de sa discussion, si on pouvait qualifier leur échange de tel, avec Chloé. Raconter à Maître Fu les nouveaux pouvoirs dont semblait désormais être doté Adrien. Révéler à ses parents son plus grand, son plus inavouable, son plus incroyable secret.
Marinette ne put qu'émettre un long et profond soupir.
— Sympa ton pyjama, murmura une voix rauque qu'elle ne connaissait que trop bien.
La jeune fille sursauta avant de poser la main contre son cœur affolé. Ses sourcils se froncèrent, sa main se posa contre l'interrupteur de sa chambre plongée dans le noir et ses bras se croisèrent sur sa poitrine en découvrant Adrien allongé sur son lit.
Il la détaillait de haut en bas, un sourire aux lèvres face à la tenue qu'elle portait. Tenue qui était en réalité un short noir et un tee-shirt de la même teinte, orné d'une patte de chat verte sur le devant. Ses longs cheveux de la même couleur que le tissu flottaient sur ses épaules, la faisant ressembler à Chat Noir lui-même.
— Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle en s'approchant à petit pas.
Il se redressa, s'assit sur le matelas, et plongea ses yeux dans les siens.
— Je tiens mes promesses, se contenta-t-il de répondre.
Il fallut quelques secondes à Marinette pour comprendre ce qu'il voulait dire. Et puis, elle se rappela. Elle se rappela d'Adrien qui lui avait promis qu'il ne l'abandonnerai jamais plus après qu'il ait appris son identité. Elle se rappela de la sincérité qui avait entourée ses paroles. Elle se rappela de l'éclat de loyauté qui avait brillé dans son regard.
Ses grands yeux bleus étaient troublés. Ils fuyaient les siens, ils fuyaient ses iris verts qui avaient le pouvoir d'un sérum de vérité sur son organisme, ils fuyaient la confrontation. Encore une à ajouter sur la liste, c'est ce que son cerveau lui répétait en boucle.
Elle était tellement fatiguée.
Marinette se laissa tomber sur son lit, perpendiculairement à Adrien, toujours assis sur le matelas. Les yeux clos, les poings posés contre ses paupières, elle essayait de mettre de l'ordre dans ses idées, dans ce qu'elle savait, dans ce qu'elle ignorait, dans ce qu'elle voulait, dans ce qu'elle refusait.
Adrien laissa son regard vagabonder le long de son corps, admirant la bande de peau claire dévoilée par son tee-shirt qui s'était légèrement soulevé, scrutant son buste qui se soulevait au rythme de son souffle, contemplant ses lèvres rosées.
Sans réfléchir, parce qu'il n'en pouvait plus de penser, il se pencha au-dessus d'elle, attrapa ses deux poignets, dégageant ses paumes de son visage. Marinette rouvrit ses paupières, les sourcils froncés.
— Qu'est-ce que tu fais ?
Il rapprocha son visage du sien.
— Je vais t'embrasser, répondit-il simplement. D'accord ?
— D'accord, souffla-t-elle sur le même ton.
Il prit alors son menton entre ses doigts et posa ses lèvres sur les siennes. Ce baiser leur fit beaucoup de bien, plus que ce qu'ils avaient pu imaginer. C'était comme si les parcelles du lien si particulier qui régnait entre eux se réunissaient à nouveau après s'être désagrégées, mais en plus fortes, en plus unies que jamais.
Marinette appuya sa bouche contre la sienne, savoura la saveur de ses lèvres, soupira en sentant la langue d'Adrien se frayer un chemin contre la sienne. Les mains posées contre ses joues, elle le laissait diriger le baiser avant de reprendre le contrôle puis de tourner la tête sur le côté pour mieux se perdre contre ses lèvres. Elle sentit ses doigts délaisser son menton pour glisser le long de son corps, se frayer un chemin jusqu'à la parcelle de peau découverte par son tee-shirt et s'agripper tellement fermement à sa taille que ses lèvres se pressèrent un peu plus contre les siennes.
Il n'y avait plus de Papillon, plus de manipulation mentale, plus de Miraculous disparus, plus d'identités sur le point d'être révélées, plus de vidéo qui circulait, plus de paroles regrettées, plus de culpabilité, plus de colère, plus de peur.
Juste eux.
Juste le contact de leur corps l'un contre l'autre, de leurs mains qui couraient le long de leur peau, laissant des traînées brûlantes sur leur épiderme. Juste le lien indéfectible de leurs deux cœurs qui s'enracinaient un peu plus l'un dans l'autre. Juste leurs lèvres désespérément avides de celles de l'autre.
Marinette, ne voulant rien d'autre mais se perdre corps et âme dans cette étreinte, descendit ses mains jusqu'à ses épaules, et, d'une pression experte, inversa leur position, plaquant Adrien contre le matelas sans jamais rompre leur baiser. Loin de se laisser déstabiliser, il ne laissa que davantage ses doigts se perdre contre sa peau.
Ses gestes étaient tellement appuyés que Marinette avait l'impression que chaque emprunte de ses doigts s'imprimait sur son corps, y semant mille et uns tatouages et tout autant d'incendies. Ce qui était un feu maîtrisé se transforma en véritable brasier lorsque les mains d'Adrien se mirent à caresser son dos, à frôler ses côtes, à courir jusqu'à son ventre.
Tout le reste s'enchaîna à une vitesse folle.
Comme tout va plus vite avant de se stopper précipitamment.
Alors, tout s'accéléra. Les paumes d'Adrien qui remontèrent le long de son buste. Ses lèvres qui entourèrent les siennes avec toujours plus de passion. Le bassin de Marinette qui n'en finissait plus de se presser contre le sien. Le renflement qu'elle sentit rapidement contre sa cuisse. Leur baiser qui s'intensifia encore, encore, encore...
Et tout s'arrêta.
— Marinette ?
Les mains d'Adrien se crispèrent automatiquement. Leurs lèvres s'immobilisèrent. Le bassin de Marinette cessa tout mouvement.
— Qu'est-ce que...
Sous le regard catastrophé des deux lycéens, la mère de la jeune fille apparut devant eux. Enfin, devant Marinette qui avait redressé la tête mais dans le champ de vision inversé d'Adrien qui était en-dessous d'elle.
« En-dessous de moi... en-dessous de moi ! » pensa Marinette alors qu'une bouffée de panique s'emparait d'elle. En catastrophe, elle s'éloigna du corps d'Adrien, s'étalant maladroitement sur le lit, les joues en feu, le cerveau en ébullition.
— Je peux tout t'expliquer, c'est très simple... c'est... c'est... balbutia-t-elle en se redressant.
— Oh mais j'en suis sûre, répliqua Sabine d'une voix ferme. Rendez-vous en bas dans cinq minutes.
Le réveil de Marinette indiquait qu'il n'était pas loin d'une heure du matin, mais celle qui l'avait élevée ne semblait pas en avoir grand chose à faire, alors elle se contenta de lui répondre d'un faible hochement de tête.
— Toi aussi, Adrien, annonça-t-elle avant de repartir.
Une seconde de silence.
Deux.
Trois.
Puis un fou-rire éclata.
Marinette télescopa son regard indigné vers son petit-ami.
— T'es vraiment en train de... de rire ? lui lança-t-elle d'un ton presque scandalisé.
La main posé sur le ventre, le corps agité de tremblements, il était bien en train de rire. Les lèvres légèrement redressées, Marinette attrapa un coussin et le jeta sans ménagement sur le visage d'Adrien qui rattrapa l'oreiller au vol.
— T'es sûre de toi ? demanda-t-il en haussant un sourcil.
— Allez viens, il faut qu'on... Ah !
Adrien se jeta sur elle, entourant sa taille de ses bras, la jetant sur son épaule. Le rire cristallin de Marinette retentit à ses oreilles, et il la laissa à nouveau tomber sur le matelas, le corps au-dessus du sien. Elle glissa son doigt le long de son visage, caressant une de ces mèches dorées, traçant le contour de ses lèvres, un sourire aux siennes.
— Prête ?
Elle secoua la tête, l'air toujours amusé.
— Comment je pourrais être prête pour ça ?
Les lèvres d'Adrien se redressèrent un peu plus encore.
— Ça risque d'être drôle.
Marinette tapota affectueusement sa joue.
— Tu ne diras plus ça dans dix minutes, crois-moi, lui assura-t-elle.
Le double-sens de sa phrase plana un instant au-dessus d'eux.
Cette discussion, tant redoutée et tant attendue, tant crainte et tant espérée. La révélation de leurs identités.
(Parce que, sinon, comment expliquer à ses parents la présence d'Adrien dans sa chambre au milieu de la nuit ?
... et de toutes les autres de nuits depuis des mois ?)
Le cœur de Marinette se mit à battre plus vite. Était-elle prête ? Probablement pas. Avait-elle le choix ? Non plus. Ces deux questions et leurs réponses planèrent entre eux un moment, suivies d'un regard entendu. Adrien déposa ses lèvres contre son front, frôlant sa peau de ses cheveux d'or avant de s'éloigner d'elle.
Une sensation étrange enveloppait Marinette alors qu'elle s'assit à la table de la salle à manger. Une sensation à laquelle elle n'était plus habituée : le contrôle. Quelle douce et grisante émotion que de ne pas sentir la situation lui filer entre les doigts.
Oui, sa mère l'avait surprise en train d'embrasser — et d'embrasser franchement — Adrien à une heure où il n'était absolument pas censé se trouver chez elle, et encore moins dans sa chambre.
Oui, elle se retrouvait en face de ses deux parents comme face à un tribunal — tribunal en chaussons, pyjama et mine endormie, mais qui restait plus vrai que nature.
Oui, elle était donc forcée de tout leur avouer.
Oui, elle aurait préféré le faire à un autre moment, dans d'autres circonstances.
Mais elle avait, de toute façon, prévu de tout leur révéler. Le faire maintenant était-il vraiment différent que d'attendre le lendemain, le jour d'après ou la semaine suivante ? Le résultat resterait le même, ce n'était pas la position du soleil dans le ciel qui allait changer ce qu'elle avait à leur dire.
C'était comme arracher un pansement, mieux valait le faire vite. Le choc serait intense, la douleur vive et peut-être même la déception terrible, mais la vérité sonnait plus douce à ses oreilles que n'importe quel semblant de liberté.
Et surtout, elle n'était pas seule, contrairement à ce qu'elle avait cru en début de soirée. Elle ne serait plus jamais seule, peu importe ce qui arrivait. C'était une certitude.
En écho à ses pensées, à cette soif de sincérité, à cette confiance qui l'enveloppait, à cette présence qui la rassurait, Marinette se redressa légèrement en se raclant la gorge.
— Bon, débuta-t-elle d'une voix étrangement assurée. On vous doit des explications.
Sabine, positionnée en face de sa fille, imita ses gestes. Elle posa ses avant-bras sur la table, l'expression indéchiffrable. Était-elle en colère ? Déçue ? Ou juste sans voix ? Marinette n'aurait su le dire. En revanche, Tom, assit à côté de son épouse, semblait clairement sous le choc. La surprise se mêlait avec la tolérance sur son visage endormi, fixant sa fille unique de ses yeux verts.
— En effet, répondit Sabine.
Le calme de sa mère contrastait avec la panique de son père qui se tortillait sur sa chaise, comme s'il s'empêchait de dire quelque chose...
— Vous savez, on a été des adolescents avant vous, on comprend totalement ! s'écria-t-il.
Marinette sentit tout à coup ses bonnes résolutions s'évaporer, ses joues rougir et son corps surchauffer.
L'idée de tout nier en bloc lui vint à l'esprit. Oui Adrien et moi dormons dans le même lit depuis deux mois. Non il ne s'est jamais rien passé. Oui je suis en train de vous mentir. Marinette soupira, c'était stupide. Parce qu'elle voulait leur dire la vérité, aussi dure soit-elle. Parce qu'ils n'étaient pas nés de la dernière pluie. Et parce que sa mère venait accessoirement de les surprendre dans une position assez... suggestive. Les mains d'Adrien sous son tee-shirt, leurs corps collés l'un à l'autre, leurs joues rouges... Marinette savait qu'elle ne tromperait personne, et sûrement pas Sabine.
— Papa... tenta-t-elle malgré tout.
— Non, non, non ! répliqua-t-il d'une voix qui s'opposait encore une fois à l'autorité de son épouse. La dernière fois, je n'ai pas dû être assez clair...
Adrien tenta le tout pour le tout pour empêcher sa coéquipière, et lui, par la même occasion, de mourir d'embarras : il lança un regard suppliant à la mère de Marinette. Un regard qui voulait dire : s'il vous plaît, sortez nous de là. La quadragénaire haussa les épaules avant d'appuyer son dos contre le dossier de sa chaise, comme si elle laissait libre place à son mari. Ses yeux, eux, répondirent à Adrien : vous l'avez bien cherché.
— Bon... Pour commencer... marmonna-t-il d'une voix douce. Depuis quand ça dure ?
Marinette se crispa, Adrien contracta sa mâchoire.
— Deux mois... avoua-t-elle après quelques secondes de silence.
Même Sabine, qui semblait imperturbable, émit un hoquet de surprise.
— Deux mois ! extériorisa Tom.
Les deux adolescents baissèrent le regard. Ladybug et Chat Noir, les deux héros de Paris, les invincibles protecteurs de la capitale semblaient à cet instant aussi puissants et confiants que des enfants.
— Je me doute que pendant ces deux mois, vous avez... comment dire... expérimenté certaines choses...
Marinette laissa tomber son front contre la table dans un bruit sourd.
— Et c'est normal, bien sûr, bien sûr... Mais je dois m'assurer que vous prenez vos précautions...
Un grognement étouffé résonna dans la pièce, et les regards se tournèrent un instant vers la lycéenne, dont le visage demeurait caché entre ses bras.
— Je sais que ce n'est pas un sujet facile, assura-t-il. Et qu'il est facile de... de sauter certaines étapes... dans la magie du moment...
Marinette se redressa subitement, les joues plus rouges encore que son costume de super-héroïne. Dans la magie du moment ? Sérieusement ?
— On prend nos... nos précautions, dit-elle avant de se laisser tomber contre sa chaise.
Elle aussi formait le parfait contraste avec Adrien. Lui qui ne bougeait pas d'un millimètre d'un côté, elle qui gigotait sans arrêt de l'autre.
— Vous êtes sûrs ? insista-t-il. Je ne parle pas seulement d'un risque de grossesse...
Soudain, Marinette se crispa, imitant parfaitement l'immobilité de son partenaire. « Oh non, oh non non non... » pensa-t-elle en sentant ses mains devenir soudainement moites.
— Comment dire... Il y a plusieurs manières de...
Le regard paniqué de Marinette croisa celui de sa mère qui semblait prendre un malin plaisir à les voir se liquéfier de honte sur leur chaise. C'était sa punition, se rendit compte la jeune fille. La punition que sa mère lui infligeait : de retirer doucement, très doucement le pansement, de faire durer cette discussion longtemps, très longtemps, de les laisser se noyer dans cet océan de honte alors qu'elle avait le pouvoir de les y sortir.
Marinette laissa à nouveau tomber sa tête entre ses mains.
— Il y aussi les maladies et les infections que vous pourriez attraper... C'est pour ça qu'il faut se protéger même pendant les préliminaires...
Le coup de grâce. C'était le coup de grâce pour Marinette qui, là, tout de suite, aurait préféré affronter une ordre d'akumatisés que d'entendre son père prononcer le mot « préliminaires » en les regardant tour à tour elle et Adrien.
— Je ne doute pas de votre responsabilité et de votre maturité, je préférais juste vous rappeler certaines choses, ajouta-t-il.
Marinette hocha doucement la tête, à bout de forces.
— Il y a aussi le consentement !
Tête qui retomba, encore une fois, contre la table.
— Je ne doute pas du respect d'Adrien, évidemment... Mais je tiens quand même à te rappeler, Marinette, que tu n'es en aucun cas obligée d'accepter, ou de continuer si finalement, tu n'en as plus envie. C'est vraiment important... Et ça marche aussi dans le sens inverse, bien sûr !
— Aucun... aucun problème de ce côté là non plus, réussit à articuler Marinette d'une voix qui ne semblait même plus lui appartenir.
— Bien, bien... renchérit Tom. Dans ce cas, si vous avez des questions, des volontés, ou quoi que ce soit...
Adrien secoua la tête dans un mouvement aussi fluide que celui d'un robot.
— Dans ce cas, déclara finalement Sabine en se redressant, moi, j'ai une question.
Marinette leva le regard vers sa mère, et Adrien retrouva peu à peu sa motricité humaine.
— Pourquoi ? demanda-t-elle simplement.
La tempête de honte se dissipa, l'océan se changea en lac paisible, les vagues en surface plate. Marinette arrêta de bouger dans tous les sens, Adrien faufila sa main sous la table, frôlant celle de Marinette avant d'entrelacer ses doigts aux siens.
— Avant, vous devez me promettre de ne le dire à personne. Personne, insista-t-elle.
Ses deux parents hochèrent la tête, suspendus à ses lèvres.
— OK... Alors... La vérité c'est que...
Son regard se tourna une dernière fois vers celui d'Adrien qui lui donna son ultime consentement en hochant la tête, une lueur de détermination dans les yeux. Elle souffla longuement, serra les doigts de son coéquipier dans les siens et avoua les trois mots qui lui brûlaient les lèvres depuis des années :
— Je suis Ladybug.
Le silence provoqué par sa révélation s'étira interminablement. La surprise se dessina sur les traits de Sabine, un étonnement qu'elle trouva somme toute assez édulcoré par rapport à ce qu'elle imaginait. Et des dizaines d'émotions semblaient une à une prendre possession de son père. Cette phase d'assimilation n'en finissait pas.
Alors que sa mère semblait reconstituer les pièces du puzzle de sa vie, Tom éclata d'un rire franc. Marinette s'était attendue à tout — colère noire, déception amère, questions par dizaines — mais l'amusement ne faisait définitivement pas partie de ses expectatives. Elle tourna la tête vers Adrien qui, si elle se fiait au froncement de ses sourcils, à la courbure de ses lèvres et à ses yeux plissés, ne s'était pas attendu à une telle réaction non plus.
— Très drôle ! déclara Tom entre deux éclats de rire.
Ah, du déni, ça lui semblait déjà plus logique.
— Papa... dit-elle d'une voix douce en se penchant légèrement vers lui. Ce n'est pas une blague...
— Mais oui, bien sûr ! Et bientôt tu vas me dire qu'Adrien est Chat Noir ! s'exclama-t-il en désignant le concerné d'un mouvement de bras.
Ses yeux rencontrèrent ceux de son coéquipier avant de se concentrer à nouveau sur son père.
— Bah... c'est-à-dire que... marmonna-t-elle.
— Je suis Chat Noir.
Sa voix était enrouée de ne pas avoir prononcé un mot depuis le début de cet interrogatoire mais reflétait une telle sincérité, une telle assurance, une telle fierté, même, que le rire de Tom cessa aussitôt. C'était un ton qui voulait dire qu'il ne s'excuserait jamais d'être qui il est, et qu'il n'en pouvait plus de cacher sa vraie personnalité.
Marinette ne pouvait que compatir.
— Que... Quoi... Comment... bafouilla-t-il.
Il posa ses yeux sur Adrien, semblant le voir pour la première fois, et puis il ancra son regard dans celui de sa fille.
— Oh mon dieu... murmura-t-il finalement. Ma petite fille...
Le tremblement dans sa voix fit chavirer le cœur de Marinette. Elle posa sa main tremblante sur celle de son père avant d'hocher la tête.
— Je suis toujours ta petite fille, lui assura-t-elle en sentant ses yeux s'humidifier.
Un sourire étira les lèvres de Tom. Un sourire solaire, un sourire fier et heureux.
— Non, tu es ma grande, mon héroïque, ma merveilleuse fille.
Une larme roula le long de la joue de Marinette. Adrien caressa tendrement la main de sa coéquipière sous la table avant de reporter son regard dans celui de Sabine dont l'expression restait indéchiffrable.
— Vous saviez, n'est-ce pas ? souffla-t-il.
Marinette scruta tour à tour Adrien et sa mère, confuse.
— Maman ?
La concernée adressa un sourire bienveillant au jeune homme avant de se concentrer sur sa fille.
— J'avais des soupçons, avoua-t-elle en se levant de sa chaise.
Tous les regards se braquèrent sur elle, tous étaient suspendus à ses lèvres.
— Au début, les deux premières années, je ne savais vraiment rien. Et puis, tu as grandis, parallèlement à Ladybug.
Sabine éteignit la bouilloire qui chauffait, bouilloire que Marinette n'avait même pas entendue, trop concentrée sur ce qui se jouait en ce moment. Elle versa l'eau bouillante dans une théière avant d'attraper un petit sachet de thé et de le plonger dedans.
— Mais surtout, continua-t-elle en touillant le liquide, tu as changé.
Les grands yeux bleus de Marinette étaient rivés aux siens.
— Tu es devenue plus sûre de toi, plus confiante. Tu es devenue une jeune femme vraiment impressionnante, tellement courageuse...
Elle posa une main réconfortante sur l'épaule de sa fille avant de s'éloigner à nouveau.
— Mais ce qui m'a vraiment mis la puce à l'oreille, c'est Adrien. Enfin Chat Noir, enfin... vous m'avez comprise.
Marinette esquissa un sourire, il allait falloir un certain temps avant que les doubles-identités ne se réduisent à une seule.
— Quand j'y repense, c'était plutôt les deux à la fois...
Elle marqua une courte pause, semblant chercher dans sa mémoire.
— L'année dernière, tu as commencé à te rapprocher d'Adrien. Mais, on voyait bien que Ladybug et Chat Noir se rapprochaient aussi.
Les deux intéressés se redressèrent, intéressés.
— Quand tu as commencé à nous parler de lui sans bafouiller — moins qu'avant, tout du moins — et que votre relation s'intensifiait, les vidéos et les photos du Ladyblog ne trompaient pas non plus.
— Tu regardes le Ladyblog ? demanda Marinette, surprise.
— Tout le monde regarde le Ladyblog, intervint Tom. Et ceux qui disent le contraire sont des menteurs, rajouta-t-il avant de se concentrer à nouveau sur les paroles de son épouse.
La jeune fille pensa à Alya un instant, et à la joie qu'elle éprouverait de savoir le succès de son blog parmi toutes les tranches d'âges.
— Je disais, reprit Sabine, Chat Noir a toujours été proche de Ladybug, je pense que je ne vous apprends rien...
Les regards se tournèrent un instant vers Adrien qui se sentit rougir. Sa coéquipière lui sourit affectueusement.
— Mais, avec le temps, Ladybug semblait plus... réceptive.
Ce fut au tour de Marinette d'être la cible des œillades qui se dirigèrent automatiquement vers la patte de chat verte qui ornait son tee-shirt noir.
— Au fil des mois, j'ai vu Adrien tomber amoureux de Marinette, et Ladybug tomber amoureuse de Chat Noir.
Les deux protecteurs de Paris baissèrent un instant le regard, le sourire aux lèvres.
— Je trouvais ce parallèle étrange, mais je ne me suis pas posé plus de questions. Ensuite, vous vous êtes mis — enfin — ensemble. Et l'étrange parallèle est revenu, parce que Ladybug et Chat Noir étaient devenus bien plus proches aussi, plus que jamais. Je n'étais toujours sûre de rien, mais j'ai commencé à faire plus attention.
Sabine se rassit à table et versa le breuvage fraichement préparé dans une tasse qu'elle porta à ses lèvres. La tasse de thé, le charisme, le talent pour raconter les histoires, tout ça rappela agréablement Maître Fu à Marinette.
— À partir de là, tout s'est accéléré. La ressemblance physique, déjà, m'a frappée quand je me suis vraiment penchée sur la question. Ensuite, la visite de ce vieil homme il y a quelques semaines était vraiment bizarre. Et puis, tout à l'heure, quand je vous ai surpris tous les deux, ce n'était pas la première fois que j'entendais du bruit, mais je m'étais toujours fait une raison. Alors, quand je vous ai vus, je me suis rappelée de toutes ces autres fois, et je me suis dit que si tu le faisais monter en douce, on vous aurait surpris bien plus tôt que ça ! Sans compter les matins, enfin, ça n'avait aucun sens que tu passes par la porte, Adrien, expliqua-t-elle. Après, tous les éléments se sont assemblés, et j'ai su.
Elle sirota une dernière gorgée de son thé et reposa la boisson fumante sur la table, les regards braqués sur elle.
— Wow... murmura Marinette. Et nous qui croyions être discrets...
Sabine esquissa un sourire.
— Vous l'étiez, affirma-t-elle. Mais je suis ta mère, Marinette. Je sais tout. Enfin, reprit-elle quelques secondes plus tard, je sais tout ce qu'une mère de super-héroïne peut savoir...
Son ton rempli de bienveillance poussa ses lèvres à se redresser davantage. Elle tourna son regard vers Adrien, sa main toujours emprisonnée dans la sienne, et la lueur amusée dans ses yeux se changea en inquiétude. Ses pupilles étaient fixes, son visage fermé et ses doigts tapotaient nerveusement la table.
Ses parents n'avaient pas remarqué l'état du jeune homme. Tom se demandait pourquoi son épouse ne lui avait pas parlé de ses soupçons, Sabine se défendait en rétorquant qu'elle n'avait jamais été sûre de rien, et qu'elle ne le croyait pas prêt à encaisser une telle nouvelle. Mais Marinette ne voyait désormais plus que les yeux tristes et l'expression lointaine d'Adrien.
Elle resserra son emprise sur sa main et posa l'autre sur son avant-bras, le sortant de ses pensées dont elle tenta de deviner la nature. Elle pencha légèrement la tête sur le côté, essayant de comprendre ce qu'il se passait sous cet amas de cheveux dorés. Un léger sourire se dessina sur les lèvres d'Adrien, un sourire qui lui disait de ne pas s'en faire. Les tapotements fébriles de sa main droite se stoppèrent et ce voile triste dans ses yeux se substitua à nouveau en une lueur rassurante. Il caressa doucement sa paume de son pouce et lui offrit un hochement de tête presque imperceptible. Un geste qu'elle connaissait bien, qui voulait dire : tout va bien, ne t'inquiète pas.
Mais, bien sûr, Marinette s'inquiétait quand même.
Elle n'eut pas le temps de pousser ses investigations plus loin que ses responsabilités la rattrapèrent, que la vérité qu'elle n'avait pas totalement dévoilée la regagna.
— Mais tout ça n'explique toujours pas toutes ces... débuta Tom en cherchant ses mots. Ces intrusions nocturnes ?
Marinette et Adrien regardèrent à nouveau devant eux. Le plus compliqué à avouer restait à venir.
— Enfin, je comprends, bien sûr... Vous êtes des adolescents, vous avez besoin de... enfin... de... de laisser libre à cours à certains désirs...
« Et c'est reparti... » pensa Marinette en sentant à nouveau le sang affluer dans ses joues.
— Mais ce n'est pas une raison pour nous avoir menti pendant tout ce temps... J'imagine qu'Adrien n'était pas le seul à jouer les acrobates, et que tu as dû découcher sans qu'on ne le sache...
Elle hocha lentement la tête, honteuse.
— Enfin, qu'est-ce qui vous a pris ? demanda-t-il en haussant le ton pour la première fois.
Sabine n'était plus en retrait comme lorsque Tom s'était exprimé au début de cette longue séance de révélations. Non, elle faisait bloc avec son mari, tous les deux réellement déçus par le comportement de leur fille et par celui d'Adrien en qui ils avaient confiance.
Marinette sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Bien sûr, il y avait une raison derrière tout cela, mais un mensonge restait un mensonge. Et tous les pouvoirs de vision de l'avenir, de protection surnaturelle ou de possession mentale du monde n'y changeraient rien.
— C'est long et compliqué à expliquer, débuta Adrien face au silence de la jeune fille qui s'était terrée sur son siège. Mais je peux vous assurer que Marinette n'a jamais voulu vous mentir ou vous décevoir.
L'intéressée leva légèrement son regard, frappée par la loyauté et la sincérité qui émanaient de ses paroles.
— Même si c'est difficile à croire et que ça peut sembler un peu... opportuniste, nous n'avions pas le choix, avoua-t-il. Tout a commencé il y a quelques mois...
Mais Marinette posa à nouveau la main sur son bras et se redressa en lui adressant un léger sourire. C'était à elle de leur raconter. Alors, elle expliqua tout.
Absolument tout.
Sa première vision au debut de sa dernière année de lycée, cette sensation qui l'avait enveloppée, cette révélation qui l'avait frappée : Chat Noir était Adrien, Adrien était Chat Noir, ils ne faisaient qu'un. Les visions qui avaient suivies, cet immeuble qui s'était écroulé, l'atmosphère apocalyptique qui avait régné. Toutes ces discussions avec Maître Fu, tout ce que le gardien leur avait appris. Le nouveau pouvoir dont elle était dotée, la dangerosité de ce dernier, sa complexité également. La découverte de l'alliée du Papillon, la discussion qu'ils avaient surpris — bien sûr, elle se garda bien de préciser ce qu'ils faisaient à ce moment-là. Le cauchemar qu'elle avait fait quelques semaines plus tard, ce cauchemar qui lui avait glacé le sang, frigorifié la peau, congelé le cœur. La découverte qu'ils avaient fait ensuite, le pouvoir de protection développé par Adrien, ce super-vilain qui avait failli avoir sa peau — la voix de Marinette se mit à trembler légèrement lorsqu'elle raconta cette partie. Elle leur raconta ensuite les maux de crâne qui caractérisaient les possessions — les tentatives, du moins — mentale du Papillon, ce sentiment qui l'emparait à chaque fois, cette peur, cette tristesse, ce désespoir. Vint ensuite le combat qui avait suivi le bal de Noël, l'incendie qui avait ravagé le gymnase, et cette fois, ce fut Adrien qui se crispa à côté de Marinette, au souvenir des décombres qui s'étaient écroulés sur elle, de la peur effroyable qui lui avait broyé l'estomac à l'idée de sa disparition éternelle. Avec une pointe de culpabilité dans la voix, elle leur expliqua ensuite le vol plus récent des Miraculous qui étaient sous sa protection, de l'épée de Damoclès qui les menaçait chaque jour depuis.
Marinette se tortilla sur sa chaise, le récit touchait à sa fin mais il manquait encore quelques éléments qui s'y étaient greffés il y a peu. Des éléments qui n'étaient pas autant cicatrisés que tout ce qu'elle venait de raconter. Des éléments qui les faisaient autant souffrir qu'une plaie à vif.
Une plaie qui ne pourrait guérir que si Marinette disait la vérité. À tout le monde.
— On a ensuite découvert l'identité de l'alliée du Papillon...
Elle sentit Adrien se raidir comme un piquet à côté d'elle et sa main se contracter dans la sienne. La dispute qu'ils avaient eu quelques heures plus tôt n'était toujours pas totalement digérée, ils avaient encore beaucoup de points à éclaircir, d'excuses à formuler, de choses à avouer...
— C'est Chloé, avoua Marinette.
Sabine et Tom allaient de découverte en découverte, de surprise en surprise. Leurs yeux s'écarquillaient toujours plus, comme si leur fille repoussait la limite du possible à chaque nouvelle révélation.
— Mais elle n'est pas responsable de ce qu'elle fait.
Adrien tourna le visage vers elle, les sourcils froncés, une lueur d'espoir dans les yeux. Il ne connaissait pas cette partie de l'histoire non plus, étant parti avant que Marinette ne le découvre.
— Je ne saurais pas comment l'expliquer... Elle ne m'a rien dit explicitement, mais son regard, ce qu'elle ressentait, c'est... C'est exactement ce que je ressens quand le Papillon essaie de s'introduire dans ma tête.
Elle marqua une courte pause, émue par le lien qu'elle partageait avec l'alliée de son pire ennemi.
— Je pense qu'il la contrôle depuis le début. Enfin, au tout départ, probablement pas, mais elle a dû se rendre compte assez tôt à quel point il était dangereux et malveillant. Elle n'a jamais voulu mettre le feu au gymnase, ou aider le Papillon à nous...
Sa voix se brisa.
— À nous faire du mal, se contenta-t-elle de dire.
L'image de la vidéo que Chloé avait enregistrée s'afficha un instant dans son esprit. Ses jambes qui s'enroulaient autour de la taille d'Adrien, sa main qui descendait jusqu'à sa ceinture, leurs silhouettes qui s'engouffraient dans cette cabine. Le souvenir du bruit de son corps qu'il avait plaqué contre la cloison la fit sursauter sur sa chaise.
Elle ne pouvait pas leur parler de cette partie de l'histoire. Pas tout de suite, du moins. Pas lorsque les moqueries et les remarques étaient encore imprimées dans sa mémoire auditive.
La main d'Adrien se posa sur la cuisse, et sa chaleur familière lui fit reprendre son souffle, la fit sortir de ses pensées douloureuses.
— On doit l'aider, malgré tout ce qu'elle a fait, affirma-t-elle finalement en tournant le regard vers son partenaire. On doit la sauver, je lui ai promis.
Ce mot qui signifiait tant pour eux, ce mot qui avait tant de valeur aux yeux d'Adrien le fit hocher la tête sans l'ombre d'un doute. Bien sûr qu'ils allaient la sauver des griffes de ce monstre contre lequel ils se battaient depuis si longtemps.
— Mais... intervint Sabine, légèrement mal à l'aise. Tu es vraiment sûre que tout ça n'est pas un piège du Papillon pour que vous baissiez votre garde ?
Marinette tourna son regard vers sa mère et réfléchit un instant.
— J'en suis sûre. J'ai reconnu cette détresse, ma détresse, dans ses yeux.
Si ses parents ne semblaient pas réellement convaincus, Adrien, lui, n'eut pas besoin de plus d'explications pour se rallier à la cause de Marinette. Il savait à quel point l'instinct de super-héros, et à fortiori celui de sa coéquipière, était puissant.
— On la sauvera, je te le promets, déclara-t-il d'une voix rauque.
Marinette se laissa tomber sur son lit, complètement exténuée. Les gros chiffres rouges de son réveil lui indiquaient qu'il était deux heures trente du matin, ce qui ne la fit que bâiller davantage.
— Ça s'est plutôt bien passé, non ? demanda Adrien en passant sa tête par la porte de la salle de bain.
Un sourire se dessina sur ses lèvres à la vision du jeune homme, une brosse à dents entre les lèvres, les cheveux ébouriffés.
— Ça aurait pu être pire, répondit Marinette en se glissant sous sa couette.
— Est-ce que ça veut dire que j'aurais le droit d'avoir du camembert au petit déjeuner ? demanda Plagg.
— Si tu es sage, peut-être, conditionna Marinette.
Le kwami lui répondit d'un hoquet scandalisé.
— Je suis toujours sage !
Marinette secoua la tête, à moitié convaincue. Elle posa sa tête sur l'oreiller et ferma les yeux, entourée d'un délicieux sentiment de soulagement. Des pas parvinrent alors à ses oreilles, et le matelas s'affaissa légèrement à côté d'elle. Une légère pression sur son épaule lui indiqua qu'Adrien venait d'y poser son menton.
— Tu crois que je vais devoir dormir par terre maintenant ? demanda-t-il, un sourire dans la voix.
Les doigts de Marinette se perdirent automatiquement dans ses cheveux.
— Il faut que tu sois près de moi pour que ton pouvoir fonctionne, murmura-t-elle, les paupières toujours closes.
— Ah oui ?
— Bon, j'en sais rien, mais eux non plus.
Le rire d'Adrien résonna à ses oreilles comme la plus douce des mélodies. Marinette rouvrit les yeux et les plongea dans les siens, heurtée par leur proximité.
— Qu'est-ce qui n'allait pas tout à l'heure ? demanda-t-elle alors.
Le sourire de son coéquipier s'effaça légèrement, remplacé par une expression mélancolique. Le menton toujours appuyé contre son épaule, il laissa son doigt courir le long de son bras, la faisant frissonner.
— Je me suis demandé comment ma mère aurait réagi en apprenant qui j'étais.
Marinette ne pouvait pas le quitter des yeux. Son regard à lui était perdu dans le vide, mais le sien contemplait chaque expression qui traversait son visage.
— Je pense qu'elle l'aurait su depuis longtemps, avoua-t-il avec un sourire.
Son doigt stoppa son avancée le long de sa peau.
— Je me demande si elle serait fière de moi, murmura-t-il.
Marinette se laissa glisser le long de la tête de lit, alignant son visage avec le sien, plongeant ses yeux dans les siens, posant son front contre le sien. Elle était si près de lui qu'elle pouvait distinguer chaque pigment qui colorait ses iris dans la faible lumière de la lune.
— Tu veux savoir ce que je pense ?
Il hocha la tête, hypnotisé par ses grands yeux bleus.
— Je pense... Non je suis sûre, qu'elle l'aurait su à la seconde où tu as reçu ton Miraculous. Elle aurait été tellement fière de toi, de ton courage, de ta bienveillance, de ta détermination, de la bataille que tu livres chaque jour, murmura-t-elle d'une voix pleine de certitude.
Sa gorge se noua, son cœur se gonfla d'amour, incapable d'esquisser un geste face aux paroles de la jeune fille.
— Et je suis sûre qu'elle est toujours fière de toi aujourd'hui, mon chaton, susurra-t-elle tout contre lui. Peu importe où elle est.
Un interminable frisson parcourut sa colonne vertébrale. Marinette rapprocha lentement son doigt de son visage, épongea la larme qui s'était échappée de son œil et lui sourit tendrement.
Il ne put pas exprimer oralement l'amour qu'il ressentait à cet instant précis. C'était trop puissant, trop intense, trop fort pour y mettre des mots. C'était un raz-de-marée qui le submergea sans prévenir. C'était son cœur qu'il sentait battre, battre si vite, si vigoureusement que le rythme de son pouls lui brouilla les oreilles. C'était Marinette et ses mots toujours justes, Marinette et ses yeux qui lui transperçaient l'âme, Marinette et son corps qui semblait être fait pour s'accorder au sien, aussi bien sur le champ de bataille que dans l'intimité d'une étreinte.
Alors, il effaça les quelques centimètres qui persistaient entre eux et emprisonna ses lèvres dans un baiser sans précédent. Ce n'était pas une manifestation d'une passion dévorante, d'une frustration ardente, d'une envie brûlante ou d'une peur engloutissante.
Non, c'était juste l'expression physique d'un amour qui ne cessait de les impressionner chaque jour de par sa grandeur. Quand tout autour d'eux s'effondrait, quand tout devenait moins certain, moins sûr, moins fort, le lien qui les unissait, lui, ne devenait que plus intense, comme s'il se nourrissait du chaos lui-même.
Marinette se laissa aller contre ses lèvres, doucement, lentement, langoureusement. Personne ne prit le dessus sur l'autre, ils se découvraient une nouvelle fois, ensemble. Aucune paume ne se pressa impatiemment contre le corps de l'autre, leurs mains caressaient tendrement, frôlaient subtilement, s'entouraient posément sur leur peau. Leur respiration ne fut pas anarchique quand ils détachèrent leur bouche l'une de l'autre, leurs poumons semblaient au contraire plus rassérénés que jamais.
— Et je suis sûre qu'elle aurait adoré tes jeux de mots autant que moi, chuchota Marinette avant de mordiller ses lèvres redressées.
Adrien éclata franchement de rire.
— Parce que tu les adores ?
Son sourire ne fut que plus grand alors qu'elle lui tapota affectueusement le bout du nez.
— C'est pas une raison pour en faire toutes les cinq minutes...
Il passa ses bras autour de sa taille.
— Oh, si c'est une raison, affirma-t-il.
Elle se nicha contre lui en grognant.
— Elle t'aurait adorée, murmura-t-il quelques secondes plus tard.
— Tu crois ?
— J'en suis sûr, dit-il en posant ses lèvres sur le sommet de sa tête.
Ils avaient beau être plus exténués que jamais et plus entourés par les problèmes et les incertitudes qu'ils ne l'avaient jamais été, ils ne s'étaient pourtant pas sentis aussi bien depuis longtemps.
— Je suis vraiment désolé, pour tout à l'heure, souffla-t-il au bout de quelques minutes.
Marinette prit une grande inspiration contre lui, s'enivrant de son odeur et de sa chaleur avant de reculer légèrement pour plonger ses yeux dans les siens.
— C'est moi qui suis désolée... Désolée d'avoir pensé que tu aurais pu m'abandonner...
— Jamais je...
— Je le sais, maintenant, le coupa-t-elle.
Il se laissa tomber dos contre le matelas, le regard rivé au plafond.
— J'aurais pas dû partir... Ni dire que tu t'en foutais, c'était vraiment débile...
Cette fois, ce fut Marinette qui se rapprocha de lui. Elle posa sa tête contre son torse, scrutant à nouveau son visage.
— Tu sais, moi aussi j'aurais bien aimé te laisser frapper ce mec, j'aurais bien aimé le faire moi-même. Et tout à l'heure aussi, j'aurais bien aimé hurler sur Chloé, lui balancer des sermons de respect et des discours féministes, j'en avais plein la tête ! Mais...
Il soupira plus par frustration contre lui-même que par agacement envers elle.
— Mais ça ne résoudrait rien. Je sais. Je me sens juste tellement...
— Inutile. Je sais.
Un léger sourire se dessina sur les lèvres d'Adrien.
— Et pour le reste... continua-t-elle d'une petite voix. Si tu n'es pas prêt, tu peux me le dire, je comprendrais...
Il baissa les yeux vers elle et fut subjugué par la nuée d'étoiles qui brillait dans ses iris.
— C'est pas que je ne suis pas prêt. C'est que... C'est que je ne veux pas te brusquer, toi.
— Adrien...
— Je sais, je sais, c'est à toi de décider, mais... je sais pas... J'aurais l'impression de profiter de la situation, de toi... Je sais que c'est stupide ! se dépêcha-t-il d'ajouter face à son incompréhension soudaine.
Marinette caressa affectueusement sa joue.
— C'est pas grave, je comprends ce que tu veux dire.
— C'est vrai ?
Elle hocha la tête, émerveillée par la douceur de sa peau.
— Et puis je pense que mes parents seront ravis de savoir qu'on ne se laissera plus perdre dans la magie du moment pour l'instant.
Un sourire se dessina sur leurs deux visages, sourire qui se transforma rapidement en éclats de rire en se remémorant les répliques du père de Marinette.
— C'était pire de l'entendre parler de préliminaires ou de laisser libre cours à nos désirs, tu crois ?
— Préliminaires, répondit Marinette. Sans aucun doute.
Malgré tout, Adrien trouvait la démarche de Tom adorable. Embarrassante, ça oui, peut-être maladroite, mais remplie de bienveillance.
— Et je pense qu'on a pas fini d'entendre parler de ça, ajouta Marinette. Attends-toi à un dépistage et... Je vais devoir prendre la pilule ? se demanda-t-elle en se redressant.
Ses lèvres se redressèrent face au questionnement intérieur de sa partenaire.
— Tu fais ce que tu veux, répondit-il simplement.
Elle se rapprocha à nouveau de lui, envahie par sa chaleur qu'elle aimait tant.
— Mais j'espère que tu te rends compte que tu ne profiterais pas du tout de la situation, ni de moi ? interrogea-t-elle quelques minutes plus tard. N'hésite pas à rompre à tout moment ce... vœux d'abstinence forcé ?
Le sourire d'Adrien suintait l'amusement et l'éclat dans ses yeux dégoulinait d'espièglerie.
— Te fous pas de moi... marmonna-t-elle.
— Et c'est moi l'insatiable ?
Son froncement de sourcil, son grognement et ses bras croisés étaient tellement adorables qu'Adrien éclata d'un rire franc avant de poser gentiment ses lèvres sur sa joue.
— Oh, allez Buguinette, je te dirai dès que cette impression bizarre sera partie, d'accord ?
Son visage de décrispa, et elle hocha la tête, les bras toujours croisés sur sa poitrine.
— Je déteste le Papillon, soupira-t-elle en se redressant.
Adrien passa ses bras autour de sa taille, rapprocha son corps du sien jusqu'à coller son torse contre son dos, la bouche près de son oreille.
— Tout sera bientôt fini, murmura-t-il.
— Promis ?
Un sourire se dessina sur ses lèvres qui se posèrent contre sa tempe.
— Promis.
Assoupis par la fatigue, emmitouflés dans leur étreinte, apaisés par tout ce qu'ils avaient avoué ce soir, ni Marinette, ni Adrien ne se rendirent compte de la véracité et de l'exactitude de cette promesse.
Tranquillisés par la certitude de se réveiller dans les bras de l'autre le matin suivant, ils ne rendirent pas compte que cette soirée de répit était en réalité limitée à cela : du répit.
Un répit éphémère, provisoire, aussi rapide qu'une promesse formulée.
Une promesse, qui, au bout du compte, se limitait à des mots, des paroles formulées dans l'intimité d'une nuit étoilée.
Une soirée, qui, au bout du compte, se limitait à quelques heures, balayées dans l'immensité de l'existence.
Une sensation frappa Marinette à la seconde où elle se réveilla, le matin suivant : le repos. Ses muscles ne lui brûlaient pas à peine avait-elle esquissé un mouvement, sa tête ne lui faisait pas atrocement mal à peine avait-elle ouvert les yeux, et surtout, la peur ne l'envahit pas à peine avait-elle émergé du sommeil.
Au contraire, elle se sentait légère, détendue, heureuse.
Son regard fut happé par les cheveux qui lui chatouillaient le cou. Un sourire étira ses lèvres devant le visage endormi d'Adrien. Ses mèches dorées par les rayons du soleil déjà haut dans le ciel retombaient devant son front et ses bras étaient toujours étroitement passés autour de sa taille. Il semblait si paisible.
— C'est l'heure de manger ! déclara Plagg en s'élevant soudainement dans les airs.
Tikki râla après lui et Adrien grogna, se recroquevillant davantage contre elle. Son visage se pelotonna dans son cou, son nez se colla contre sa peau, cognant son épiderme de son souffle chaud.
— Le petit a faim, murmura Marinette en passant une jambe au-dessus des siennes.
Un éclat de rire remua le corps d'Adrien qui ne s'éloigna pas d'elle pour autant.
— Le petit-déjeuner est servi ! informa Sabine d'une voix assez élevée pour se faire entendre.
— Chouette ! répliqua Plagg avant de disparaître à travers le plancher.
Adrien eut à peine le temps de se redresser qu'une exclamation parvint à ses oreilles.
— Qu'est-ce que c'est que ça ? entendirent-ils.
— C'est trop mignon !
— Je ne suis pas mignon !
Des rires retentirent à l'étage inférieur, désespérant Adrien et Tikki, amusant Marinette. Cette dernière se leva, agréablement surprise de ressentir la vitalité de ses muscles qui n'étaient plus ankylosés par la fatigue accumulée. Adrien se redressa à son tour, attirant le regard de Marinette. Ses lèvres se redressèrent un peu plus face à la vision de son coéquipier qui se frottait les yeux, à moitié endormi. Son regard dériva vers son torse, descendit jusqu'à ses abdominaux, admira ses muscles qui roulaient sous sa peau halée. Ce fut lorsqu'il se racla la gorge pour attirer son attention qu'elle se rendit compte qu'elle l'avait peut-être fixé un peu trop longtemps, un peu trop intensément. Ses joues devinrent légèrement plus rouges lorsqu'il haussa un sourcil, arborant ce sourire en coin qui le caractérisait si bien.
— Je te déteste, grogna-t-elle.
— C'est pas ma faute ! assura-t-il en riant.
— Si, t'es tellement...
Les bras croisés, elle ne finit pas sa phrase. Ce n'était pas utile, Adrien avait très bien deviné les quelques mots qu'elle pensait, d'après la lueur qui brillait dans ses yeux. Cet air de défi alluma son côté facétieux, faisant scintiller ses iris d'un bleu éclairci par la lumière du soleil. Le jeune homme s'en rendit compte rapidement, perdant automatiquement son demi-sourire.
— Marinette, Adrien !
Elle se rapprocha de son visage avant de passer son doigt sous son menton.
— Ouf, sauvé, souffla-t-il.
— Pour l'instant, se contenta-t-elle de répondre avant de s'éloigner.
Quelques minutes plus tard, Adrien, Marinette et ses parents étaient tous attablés, aux mêmes places que la veille.
— Alors ? C'est quoi le plan ? demanda Tom d'un ton enjoué en posant sa tasse de café sur la table. Vous avez un QG secret, avec plein d'autres super-héros, comme les Avengers ?
Adrien esquissa un sourire en buvant son jus d'orange et Marinette secoua la tête, amusée par les étoiles qui brillaient dans les yeux de son père.
— Pas exactement, répondit-elle. On a de l'aide, il y a d'autres Miraculous, mais... c'est vraiment en cas d'extrême urgence, et puis deux Miraculous ont été volé, donc...
Une lueur de culpabilité passa sur son visage.
— Donc on est que nous deux, compléta Adrien d'une voix suffisamment déterminée pour chasser cette négativité.
— Et le Papillon ? reprit Sabine, plus sérieusement. Vous n'avez aucune idée de qui il est ?
Marinette secoua la tête.
— Absolument aucune. Je m'entraîne à essayer de rentrer dans sa tête comme il le fait avec moi pour essayer de connaître son identité, mais c'est... plus long que prévu.
En effet, les dizaines d'essais qu'elle avait mené, les dizaines d'heures passées à tenter de le percer à jour, les dizaines de mal de crâne qui s'en étaient suivis, tout ça avait été toujours été infructueux.
— Peut-être qu'il faut déclencher quelque chose, proposa Tom.
— Moi je pense que vous ne prenez pas assez de recul, répliqua son épouse.
Adrien leva le regard vers elle, ainsi que sa coéquipière et leurs kwamis.
— Au final, qu'est-ce que vous savez sur lui ?
Marinette réfléchit à la question, qu'est-ce qu'elle savait vraiment sur son ennemi ?
— Pas grand chose... soupira Adrien.
— Si, on sait qu'il est sans pitié, sans scrupules, sans morale. Et qu'il est vraiment très intelligent.
Le jeune homme haussa les épaules.
— Comme beaucoup plus de gens qu'on pourrait le penser... Ça ne nous aidera pas à savoir qui il est.
Mais Marinette ne stoppa pas cet engrenage qui s'était actionné dans son esprit. Au contraire, elle se redressa, pleine de concentration.
— Il doit forcément avoir une motivation, quelque chose... avança-t-elle, les yeux plissés.
— Le pouvoir ? proposa Tom.
Elle secoua la tête.
— C'est plus profond que ça... Je l'ai ressenti, c'est comme s'il faisait ça pour quelqu'un...
Adrien tourna le regard vers elle.
— Quelqu'un ?
Elle hocha la tête.
— Il doit être désespéré, et seul... dit Sabine avant de porter sa tasse de café à ses lèvres.
Seul...
Seul...
Seul...
— Peut-être qu'il fait ça par amour, et qu'il n'est pas si mauvais que ça au fond... déclara Tom.
Par amour...
Par amour...
Par amour...
— Même si c'est le cas, ce n'est pas une raison, affirma Adrien. L'amour n'excuse pas tout, surtout pas dans son cas. Comment quelqu'un peut commettre des choses pareilles et pouvoir encore se regarder dans le miroir ? Il doit être si froid...
Froid...
Froid...
Froid...
Tout à coup, une image se matérialisa devant le champ de vision de Marinette. C'était flou, tremblant, étrange... Comme si ce n'était pas ses yeux, ni ses mains, ni son corps. Elle tourna le regard, paniquée, déboussolée, avant de tomber sur un cadre. Elle plissa les paupières qui n'étaient pas les siennes, sentit le cœur qui n'était pas le sien s'accélérer dans sa poitrine à mesure que l'image devenait plus nette.
C'était un garçon d'une douzaine d'année, les cheveux blonds, les yeux verts, le sourire aux lèvres. Un sourire rempli de bonté, de joie, de bonheur et qui ressemblait parfaitement à celui qu'arborait la femme à côté de lui. Une femme aux mêmes cheveux blonds, aux mêmes yeux verts. Une troisième personne était présente sur la photo, un homme aux cheveux gris, au regard de la même couleur et aux lèvres redressées. Il semblait heureux. Ils le semblaient tous.
Soudain, Marinette distingua à nouveau ses parents, les croissants posés sur la table, la main d'Adrien qui se posa sur son bras.
— Tout va bien ?
Ces mots se répétèrent dans sa tête, comme un écho infini dans un espace vide. Ses yeux écarquillés se tournèrent vers Adrien, vers ses cheveux blonds, ses yeux verts...
Un hoquet d'horreur s'échappa de sa gorge.
— Je... je... j'ai... je dois...
Sa gorge était tellement sèche que les mots ne voulaient pas s'y former. Ou alors étaient-ils trop cruels, trop monstrueux pour être prononcés ?
Marinette se leva maladroitement, le cœur battant, la peau couverte de sueur, les oreilles bouchées par ce grésillement qui ne s'arrêtait pas. Par un miracle, elle réussit à atteindre sa chambre avant de se diriger vers sa salle de bain. Ses mains brûlantes se posèrent sur le lavabo et elle s'aspergea le visage d'eau glacée. Même ses nerfs semblaient sous le choc, car elle ne perçut pas tout de suite la sensation de froid sur son épiderme.
Elle osa enfin lever le regard vers le miroir, scrutant son visage qui s'y reflétait. Elle avait beau avoir chaud, très chaud, sa peau était aussi blanche que le lavabo contre lequel elle s'appuyait pour ne pas tomber. Ses grands yeux bleus remplis de panique ressortaient sur son visage blême et ses lèvres tremblaient légèrement. Son tee-shirt et ses cheveux étaient trempés d'eau et de sueur.
Ç'aurait pu être n'importe qui.
N'importe qui.
Mais il a fallut que leur plus grand ennemi, leur plus grand cauchemar, leur plus grande peur, celui qui les traînait dans la boue, qui leur avait tant pris, qui ne cessait de les faire douter chaque jour, il a fallut que ce soit lui.
Lui, Gabriel Agreste.
Lui, le plus grand styliste de France, pour ne pas dire du monde.
Lui, un homme qu'elle admirait.
Mais surtout, surtout, lui, le père d'Adrien.
Celui qu'il vénérait, qu'il aimait, qu'il idéalisait tant.
Marinette se laissa tomber contre le sol de la salle de bain, complètement détruite.
Et voilàààààà ! J'espère vraiment, vraiment, vraiment, qu'il vous a plu, ce chapitre ! J'ai adoré l'écrire, et je suis soulagée que les parents de Marinette soient enfin au courant et que l'identité du Papillon soit enfin révélée aussi !
J'ai quelques précisions à vous faire :
— Concernant le pouvoir d'Adrien, ça arrive, promis ! Dans le chapitre 26, vous aurez des réponses.
— Pour l'histoire avec Chloé, je ne sais pas vraiment si j'ai été très claire... C'est compliqué de faire la différence entre ce que moi je sais et ce que je retranscris par écrit, j'ai tendance à oublier que vous n'êtes pas dans ma tête aha ! Encore une fois, il y aura des précisions dans le chapitre 26, et dans le reste de l'histoire !
— Et enfin, à propos de cette « abstinence forcée » comme le dit Marinette, je trouvais ça assez logique, j'espère que vous aussi ! Je trouve ça intéressant d'introduire des problèmes comme ça :)
Je crois que c'est à peu près tout... Si vous avez des questions, n'hésitez pas ! Ça me permettra de voir ce qui est clair et ce qui l'est moins, pour que je puisse y répondre dans les prochains chapitres !
Concernant le prochain, d'ailleurs, j'en suis particulièrement contente ! J'ai beaucoup aimé l'écrire et je trouve la dynamique intéressante, j'ai hâte que vous voyiez ça ! Par contre, sortez les mouchoirs, le chapitre d'aujourd'hui était beaucoup plus léger que ceux qui vont suivre...
Je vous souhaite à tous et à toutes une très bonne journée, je file à mon cours de maths (yay), prenez soin de vous !
