Je ne sais pas lequel des deux mériterait le plus que je lui enfonce la tête dans un mur. En quittant le siège de commandement, Arslan s'était immédiatement rendu au docking de navettes adjacent au quartier général des armées. La capsule automatique l'avait ensuite conduit au spatioport central de Coruscant où l'Interceptor se tenait prêt. Ses hommes l'attendaient dans la station de pilotage, au garde-à-vous dans leurs uniformes et casques noirs.
« Rompez messieurs, leur dit-il en se laissant tomber dans son fauteuil de Commandant tandis que son second s'affairait aux commandes et entrait les coordonnées de leur destination. Vous avez reçu les dossiers je suppose. Nous partons sur Onderon, mission classique, je vous donnerai plus de détails une fois sur place. Nous devons localiser et appréhender certaines personnes, mettre certaines ressources en sécurité, et déguerpir avant de nous faire dévorer par une espèce alien primitive. En somme, rien qui ne sorte de l'ordinaire.
- Général, commença son capitaine d'escadron.
- Je sais déjà ce que vous allez me dire, le coupa Arslan. Mettez cette histoire de Jedha derrière vous, je sais qu'il vous a obligé à parler. Concentrons-nous sur cette mission voulez-vous.
- À vos ordres, répondirent ses hommes d'une même voix. »
Une fois les soldats repartis dans leurs quartiers, Arslan appuya sa tête contre le dossier de son fauteuil et respira profondément. Il avait dû se forcer à passer en état méditatif pendant son entrevue avec l'Empereur et Stanford et il réactiva doucement ses sens. Au moins, tout à l'air d'avoir marché comme je le pensais, songea-t-il en se massant les tempes. Palpatine est persuadé d'avoir réussi son coup avec sa torture et Stanford se croit dorénavant plus puissant que moi. Il n'a pas apprécié que je le traite d'espèce inférieure mais, au vu du ton condescendant qu'il employait avec moi, il l'avait mérité. Je savais qu'il se verrait attribuer les Archives, c'est problématique mais je peux toujours être plus rapide que lui. Je ne vais pas avoir le choix d'ailleurs. En un sens, je trouve cette mission plutôt arrangeante. Elle me permet de quitter Coruscant bien plus vite que je ne l'avais espéré et je vais retrouver toute ma liberté de mouvement. Le jeune homme balaya sa station de pilotage du regard en s'attardant sur chaque officier présent. J'ignore lesquels ont été chargés de me garder à l'oeil, je vais tout de même devoir faire preuve de prudence. Au moins, Ténébris n'est pas du voyage, je n'aurais pas pu supporter ses crises d'hystérie encore longtemps. Le fait que Palpatine veuille s'occuper d'elle personnellement n'a rien de réjouissant mais j'aviserai en temps voulu. Arslan s'empara de son holo-tablette et fit défiler son ordre de mission. Cet homme a vraiment un faible pour les peuples en détresse. S'il croit que je vais laisser ces gens se faire dévorer par des créatures monstrueuses, il se fourre le doigt dans l'oeil. Je vais devoir faire preuve d'adresse. Si je lui rapporte les magiciens, le roi et la reine et que je mets sa liste de ressources à l'abri, il sera satisfait. Il faut donc que je m'assure d'y parvenir sans trop d'encombre. Pour ce qui est du reste, je vais devoir trouver une parade qui passera inaperçue même pour mes hommes. Je verrai une fois sur place, il doit y avoir un nombre colossal de bunkers sur cette planète, je suis sûr qu'ils pourront tous s'y réfugier, même si certains sont utilisés pour le matériel et autre, ils seront juste un peu plus à l'étroit.
Arslan soupira et ferma les yeux. Si Palpatine lui avait confié la même mission un an auparavant, il n'y aurait eu aucun survivant sur cette planète. À présent, la simple idée de commettre ou de participer à un potentiel génocide lui donnait la nausée. Son propre peuple avait été victime de la même chose, comment avait-il pu participer à tous ces massacres ? Ce verrou émotionnel est encore plus puissant que tout ce que les Anciens ont pu raconter durant nos cours à l'Académie. Le fait qu'il s'enclenche quand j'étais enfant a encore dû amplifier ses effets. Le jeune homme avait dû se retenir de ne pas enfoncer son sabre dans le ventre de l'Empereur durant toute leur conversation. Il avait l'impression que ses émotions étaient amplifiées depuis leur réveil et il avait vraiment du mal à contrôler certaines d'entre elles, d'où sa nécessité de passer en état méditatif. Stanford aussi avait évité de justesse de se voir propulser contre les parois renforcées de la pièce. Je m'occuperai de lui un jour, hors de question de le laisser mettre la main sur les Archives. Ou sur les Sentinels d'ailleurs. Je vais tenter d'en savoir rapidement plus, le cristal passera aux analyses dès que possible et je trouverai bien un moyen de me soustraire à la surveillance de l'Empire pour partir à la recherche de la base des rebelles. Si Palpatine estime qu'il peut à nouveau me faire confiance, alors il me renverra probablement sur la trace des cristaux ou des Archives. En attendant, je dois régler cette histoire d'Onderon. Si l'Empereur apprend que j'ai volontairement laissé les habitants vivre, il ne sera pas ravi. Je vais donc devoir lui faire croire que je n'avais pas le choix et que les choses ne se sont pas passées comme prévu. Cette fois, je m'assurerai d'avoir mes hommes derrière moi. De plus, il y a cette histoire de Drexis. S'ils décidaient d'attaquer plus tôt, les plans si bien rangés de Palpatine pourraient partir en fumée et il serait alors contraint de se satisfaire des prisonniers que je lui rapporterai. Après tout, je ne suis pas encore capable de contrôler la création de ponts spatiaux.
Arslan se leva et vint s'appuyer sur le tableau de bord. D'un signe de la main, il ordonna le décollage et l'Interceptor se mit en mouvement. Une fois dans l'atmosphère de Coruscant, le jeune homme entra les codes de l'hyper-propulsion et le monstre de métal disparu dans un éclat de lumière.
~ Siège du commandement impérial ~
L'Amiral Stanford avait renvoyé tous les soldats hors du siège de commandement après le départ du Seigneur Hell. Il se tenait seul derrière le trône où l'Empereur venait de reprendre place et il attendait la réponse à la communication que ce dernier venait de lancer. Pendant plusieurs minutes, la sonnerie retentit dans le vide puis, enfin, une voix d'homme répondit.
« Oui ?, demanda la voix incertaine.
- Directeur Krennic, répondit l'Empereur. Quel plaisir de vous entendre.
- Mon Seigneur ? Pardonnez-moi, je n'ai pas reconnu vos identifiants d'appel.
- Nous sommes actuellement en extinction totale de notre système, expliqua l'Empereur. Je dois vous contacter par moyens détournés.
- Extinction totale ? Vous aussi ?
- Que voulez-vous dire ?
- Plus rien ne fonctionne chez nous, toute la station est hors-service. Nous avons reçu une communication de Cassiopea El-Solar et il semblerait que ses rebelles aient prit le contrôle de nos systèmes pour une durée indéterminée.
- Je vois. Elle est donc parvenue à étendre sa cyber-attaque jusqu'à vous. La capitale est dans la même situation. Vous avez donc entendu son discours, vous savez pourquoi je vous appelle.
- Tout à fait, votre Excellence. Il semblerait que la question des Archives se soit compliquée. Vous pensez qu'elle a réussi à s'en emparer ?
- Cela ne fait aucun doute. Ces rebelles nous posent problème depuis quelque temps déjà et je ne suis pas surpris d'apprendre qu'ils se mêlent de notre Grand Oeuvre.
- Peuvent-ils être au courant ?
- Non, toutes les informations se rapportant à notre arme sont en sécurité et la plupart se trouvent d'ailleurs avec vous sur la station. En revanche, s'ils ont les Archives et qu'ils sont parvenus à les consulter, ils ont pu comprendre que quelque chose se préparait. D'ailleurs, ils ont également appris pour nos actions dans les mines de Kyber. Ils savent que nous en récoltons. El-Solar est une Jedi, elle connait les cristaux et leurs pouvoirs, c'est certainement pour cette raison qu'ils se sont également mis en piste de nos Archives.
- Comment ont-ils devancé votre homme ? Stanford m'avait pourtant affirmé qu'il était plus que compétent.
- C'est une histoire compliquée mais, fort heureusement, j'ai pu m'en occuper. L'Amiral reprend les opérations en main, il va se charger de traquer les rebelles pour trouver les Archives. Il sera votre interlocuteur direct désormais.
- Très bien. Nous devons les trouver rapidement, votre Excellence.
- Vous ne parvenez toujours pas à avancer ?
- Il est possible de créer le rayon mais ce dernier est complètement instable et incontrôlable. Impossible de le sortir de son confinement et de l'introduire dans le réacteur. Nous sommes au point mort. Sans ces Archives et les informations qu'elles contiennent, nous ne parviendrons jamais à créer une arme fonctionnelle. Nous avons même tenté de reproduire la technique dont vous nous aviez parlé mais nous avons frôlé la catastrophe et l'explosion. Il semblerait qu'elle ne puisse pas être synthétisée et qu'elle ne fonctionne pas sur un grand nombre de cristaux.
- En parlant des cristaux, pensez-vous en avoir récoltés suffisamment ?
- Nous en avons un nombre respectable mais, nous craignons que cela ne suffise pas. Arkania se vide, nous arrivons au bout des mines. Nous pensons fouiller Jedha, nous sommes enfin parvenus à nous poser, même si les locaux se montrent très récalcitrants. Il y aurait toujours Ilum…
- Ilum a été vidée par les Jedi, coupa Palpatine. Il ne reste plus rien. N'allez pas perdre votre temps là-bas.
- Où pouvons nous trouver d'autres mines dans ce cas ? Les Archives nous donneraient probablement la réponse mais nous ne les avons pas et le temps presse. Nous aurons bientôt épuisé la moitié de nos réserves à force de faire de nouvelles tentatives infructueuses. Et ce n'est pas sur Géonosis que nous allons trouver quoi que ce soit.
- Je vais me renseigner auprès de Vador, répondit l'Empereur après quelques secondes de silence. Il saura peut-être. Les Jedi ont bien dû utiliser d'autres planètes qu'Ilum. Et, dans le pire des cas, il nous restera toujours une dernière option.
- Laquelle mon Seigneur ?
- Korriban, dit Palpatine avec un sourire mauvais. Les cristaux du Côté Obscur pris directement à leur source. Je n'ai plus envoyé d'hommes là-bas depuis dix-neuf ans mais il se pourrait que je change d'avis. Ne faites rien pour l'instant, je vous tiendrai au courant. Contentez-vous de vider Arkania et de fouiller Jedha, nous aviserons en fonction des Archives.
- Bien votre Excellence.
- Comment se porte notre professeur ? Et sa petite famille ?
- Pour être honnête, je me fais un peu de souci. Son laboratoire nous avait garanti un professionnalisme à toute épreuve, quel que soit le projet mais, ces derniers temps, je trouve son attitude préoccupante.
- Développez.
- Au départ, il se contentait de travailler et de mettre ses incroyables connaissances à notre service sans poser de questions mais, depuis qu'il a entrepris ses recherches sur les cristaux Kyber, je le trouve beaucoup plus tendu. L'arrivée de sa famille sur la station l'a un peu calmé et lui a redonné de la motivation et je pensais donc qu'il ne s'agissait que d'un coup de mou mais, il pose de plus en plus de questions et remet en cause certaines directives. Cela ne me plaît guère.
- Vous pensez qu'il pourrait refuser de construire notre arme ?
- Je ne pense pas qu'il puisse refuser quoi que ce soit, il est à notre service et nous le payons pour son travail. Il sait ce qu'il pourrait se produire s'il décidait de se retourner contre nous. Cependant, je ne fais que superviser l'avancée des travaux, je ne suis pas un expert, ni un scientifique comme lui. J'ignore ce qu'il fabrique réellement avec nos cristaux et aucun de mes hommes n'est assez instruit en la matière pour le surveiller habilement et pour contrôler les moindres de ses faits et gestes.
- Son attitude vous préoccupe réellement ?
- J'aurais voulu vous dire le contraire, Sire. Mais oui. Je crains fort qu'il n'approuve plus nos plans depuis qu'il a découvert la puissance destructrice que contiennent les cristaux.
- Très bien. Je prends note de vos inquiétudes. Surveillez-le attentivement, doublez ou triplez la garde s'il le faut. Pour l'instant, il est le seul à pouvoir faire fonctionner le réacteur et nous ne pouvons donc pas nous passer de lui. Faites en sorte qu'il se remette sérieusement au travail. Assurez-vous qu'il suive nos instructions à la lettre.
- Mais… je vous l'ai dit, mes hommes ne sont pas des experts et…
- J'entends bien Directeur Krennic, j'entends bien. Mais il existe d'autres moyens de s'assurer la loyauté d'un homme. Vous avez parlé d'une famille je crois?
- C'est exact, Sire. Une femme et une fille.
- Quel âge à l'enfant ?
- Quatre ans il me semble.
- La vie devant elle donc. Je suppose que le professeur ne voudrait pas que son avenir soit compromis par sa faute. Il doit vouloir ce qu'il y a de meilleur pour sa petite… comment déjà ?
- Jyn. Elle s'appelle Jyn.
- Jyn. Je pense qu'elle sera bien plus importante que ses nouvelles considérations de morale, vous ne croyez pas ?
- Bien sûr, mon Seigneur.
- Assurez-vous de bien lui faire passer le message. Je ne voudrais pas créer de malentendus entre nous. Ce serait dommage de perdre un aussi bon élément.
- Je m'en charge, il se remettra vite sérieusement au travail.
- Parfait. L'Amiral Stanford va venir à votre rencontre sur la station pour évaluer l'ampleur du chantier et pour constater de lui-même les premiers essais du rayon dont vous venez de me parler. Par la suite, il se chargera de vous apporter les Archives. Le temps presse Directeur Krennic. Les rebelles gagnent en puissance et il est temps de faire passer un message fort à la galaxie. Il est temps de mettre le monde à nos pieds. Avec cette arme, les planètes se soumettront d'elles-mêmes les unes après les autres au risque de devoir subir une annihilation totale. Notre Empire deviendra le plus puissant jamais fondé et plus rien n'y personne n'osera se dresser devant nous. L'avenir nous sourit, Directeur. À nous de le construire à notre image.
- Je promets de tout mettre en œuvre pour réaliser nos projets, mon Seigneur. L'arme sera construite et nous serons bientôt invincibles.
- Faites au mieux concernant les cristaux en attendant les Archives et surveillez le professeur et sa famille. Nous nous chargeons du reste.
- Avez-vous déjà pensé à un nom pour ce projet, mon Seigneur ? Nous parlons encore de Grand Oeuvre.
- Nous verrons cela une fois que le réacteur aura donné ses premiers essais concluants. Une fois que je me serai assuré de sa capacité à propager la mort aux quatre coins de ma galaxie. »
