Chapitre 41 : They all fall down (DAY 2)

Drago Malefoy fut réveillé par une agitation plutôt désagréable en ce 31 octobre 1997. Des bruits de pas pressés l'avaient à peine sorti de son fragile sommeil, l'ouverture grinçante d'une porte l'en avait émergé un peu plus, avant qu'un détestable bruit de vomissement ne vienne accomplir la dernière étape de ce pénible réveil. Grimaçant d'écœurement à l'entente de ce son qui semblait n'en plus finir, le jeune homme se retourna dans l'idée de plonger sa tête sous son oreiller. Mauvaise idée que ce fut puisqu'il eut l'impression de complètement perdre l'équilibre – chose étonnante compte tenu du fait qu'il était allongé dans son lit. N'étant arrivé qu'à la moitié de son mouvement, il s'empara finalement du second oreiller et le plaqua sur son oreille pour faire cesser ce déplaisant moment.

Le sommeil et la fatigue le rattrapèrent plus ou moins, le plongeant alors dans une certaine torpeur. L'intempestive envie de savoir l'heure qu'il était le poussa tout de même à ouvrir difficilement les yeux. Son corps ne répondit toutefois pas à ce désir, trop d'efforts étant à faire pour escompter lire l'heure sur le réveil posé sur sa table de chevet située derrière lui. Ce fut alors que son esprit commença à établir ce qui s'était passé pour qu'il soit dans un tel état un vendredi matin. Se souvenir qu'aujourd'hui était le dernier jour de cours de la semaine ne le rassurait pas vraiment au vu de ce que cela impliquait. Bien que sa journée ne débutait qu'en seconde partie de matinée, cette dernière n'allait pas être de tout repos.

Quelle idée avaient-ils eu de boire autant la veille, se plaignit-il mentalement tout en se remettant sur le dos – aussi péniblement que cela l'avait été pour son premier mouvement – alors qu'il ramenait sa main à ses tempes. Les massant quelque peu par réflexe, il constata que les vomissements avaient cessé, remplacés par le son de l'eau qui s'écoulait dans le lavabo d'appoint des toilettes attenantes à sa chambre de Préfet-en-chef. Au moins, tenta-t-il de se rassurer, il n'était pas dans le pitoyable état de sa partenaire.

Des images lui parvenaient par-ci par là, lui résumant quelque peu sa soirée, mais ne lui apprenant pas vraiment la raison d'une telle cuite. Entreprenant de se redresser contre la tête de lit, les vertiges se firent plus intenses, laissant présager le pire pour son futur et inévitable lever. A l'aveugle, Drago s'empara de son réveil au bout de la troisième tentative. Le cadran lui notifiait que neuf heures avaient sonné quelques minutes plus tôt. Il se rappela alors s'être rendormi dans un déni total au son de ladite alarme. Son premier cours de la journée – à savoir de potions – allait commencer dans un peu moins d'une heure. Il avait donc un peu de temps devant lui pour tenter de récupérer et de se réveiller correctement. Le jeune homme posa un regard presque désespéré sur le très bienvenu carnet de commande destiné aux elfes des cuisines posé sur la commode d'en face. Au même moment, sa partenaire se décida enfin à quitter les toilettes.

- Puisque tu es à côté, commande-donc de l'eau sur le carnet ! l'interpela-t-il sans plus de cérémonie, coupant alors la jeune fille dans son élan et la faisant ainsi perdre légèrement l'équilibre.

- Il y a l'eau du robinet, je te signale, t'as qu'à te bouger toi-même ! lui rétorqua-t-elle en restant tout de même à proximité de la commode sur laquelle se trouvait le carnet.

- Après le carnage que tu viens d'y faire, ne compte pas sur moi pour entrer dans cette pièce, réfuta-t-il aussitôt, une grimace de dégoût collée au visage.

- Le grand Drago Malefoy aurait-il oublié notre heureuse condition de sorcier, railla-t-elle en commandant tout de même quelque chose, la plume à la main.

- Ca ne me fera pas oublier l'image que j'ai de toi en train de vomir tes tripes.

- Ca m'étonnerait que tu aies quitté ton lit et vu quoique ce soit !

- Je peux t'assurer que le son a amplement suffi à m'imposer cette image, affirma-t-il alors qu'apparaissaient sur la commode deux grandes bouteilles d'eau fraiche.

- Je suppose que hier soir ne change rien à nos déplorables relations, lâcha-t-elle durement en lui apportant l'une des deux bouteilles.

- Tu supposes bien, chère fiancée, confirma-t-il en s'emparant de son précieux sésame pour retrouver les idées claires, leurs mains se frôlant ainsi, provoquant au jeune homme un frisson qu'il s'évertua à ne pas laisser paraitre.

Emma et Drago se fixèrent durant de longues secondes, ne se rendant pas vraiment compte qu'aucun des deux ne lâchait ladite bouteille d'eau. Le jeune homme fut le premier à réagir, arrachant quasiment cette dernière de la main de sa fiancée. Le film de la veille lui revenait de plus en plus, l'emplissant d'une sensation aussi agréable que détestable. Agréable, car le sexe avec Emma n'avait jamais été aussi intensément bon. Détestable, car le sexe avec Emma n'avait jamais été aussi intensément bon. Son ressentiment envers elle paraissait difficilement justifiable après la nuit qu'ils venaient de passer. L'air qu'arborait la jeune fille laissait penser qu'elle aussi regrettait amèrement de s'être laissée embarquer dans cette soirée impromptue. Rompant le contact visuel, elle lui tourna le dos, parcourant la chambre à la recherche de ses vêtements.

- Je ne pense pas que tu trouveras quoique ce soit dans cette pièce, lui apprit-il en se rappelant qu'une bonne partie de la soirée s'était déroulée dans le salon de la salle commune des préfets.

Après lui avoir jeté un dédaigneux regard, Emma quitta la chambre sans un mot de plus. Décidant qu'il était temps de s'activer un peu, Drago s'assit au bord du lit sans toutefois tenter de se lever. Se massant cette fois-ci l'arête du nez, il tenta d'évacuer en vain la très peu soutenable douleur pesant dans toute sa boite crânienne. Dire qu'était prévu le soir même et dans cette même salle commune des préfets, la petite fête d'Halloween organisée par Pansy. Cette dernière n'allait d'ailleurs pas vraiment apprécier qu'ils aient empiété sur ses réserves d'alcool. Mais qu'importait, c'était lui le Préfet-en-chef. Il avait déjà bien été généreux de bien vouloir autoriser les projets de son amie – le passage de Pansy quelques jours plus tôt dans les lieux ayant donné à cette dernière quelques idées.

Le jeune homme but encore un peu d'eau avant d'enfin se lever, ressentant plus que jamais les vertiges imposés par sa gueule de bois. Lui aussi entreprit de s'habiller, profitant d'être dans sa propre chambre pour s'emparer d'habits propres. Cela ne lui ôta toutefois pas son impression de saleté, qu'il eût tôt fait envie de faire disparaître au moyen d'une bonne douche. S'étant ainsi donné un but, Drago quitta sa chambre afin de rejoindre la salle de bain des préfets, bien heureusement attenante à la salle commune. Une fois entré dans cette dernière, il s'arrêta toutefois en constatant qu'Emma était toujours là.

Désormais vêtue de ses vêtements de la veille, la jeune fille était affalée dans un coin de canapé, yeux fermés et tête levée vers le plafond. A la vision du récipient qu'elle tenait à la main, une soudaine impulsion s'empara de lui. Fonçant tant bien que mal vers elle, il récupéra brutalement la minuscule fiole.

- Tu crois vraiment que c'est ça qui va te faire sentir mieux ! l'engueula-t-il en brandissant l'objet de verre. Car si je ne m'abuse, c'est plutôt ce qui t'as foutue en l'air hier soir.

- T'en as bien profité à ce que je sache, lâcha-t-elle encore sous l'effet de ce qu'elle venait de prendre.

- Ce truc-là est pire que ce que tu prenais avant, Emma !

- Qu'est-ce que ça peut te foutre !

- Je n'apprécie pas vraiment que ma fiancée se drogue, rétorqua-t-il alors que sa tête semblait exploser sous l'effet de ses propres cris. Autant avec la potion de relaxation, ce n'était qu'un simple abus de ta part, autant ce truc...

- Ce n'est pas de la drogue, Drago, juste un des ingrédients de bon nombre de potions de soins.

- Ce n'est peut-être pas de la drogue, mais c'est ta drogue. Et je doute fortement que Morag apprécie le fait que tu compenses ton manque de potion en fabriquant directement la substance pure qui t'y rend si addict.

- Ce n'est jamais que quelques gouttes qui me permettent d'être la parfaite petite Sang-Pur, Préfète-en-chef, fille de mangemort, et même fiancée, que beaucoup attendent de moi, toi le premier.

- Il faut vraiment être quelqu'un de faible pour avoir besoin de ce genre de chose pour affronter sa propre vie, cracha-t-il alors que la jeune fille se leva difficilement avant de s'approcher de lui.

- Bon, on la prend cette douche..., se contenta-t-elle de répondre en adoptant un air légèrement séducteur. Il ne faudrait pas risquer un retard en cours de potions.

- A une condition, négocia-t-il en renonçant à son envie première de l'envoyer balader.

- Quoi ? Tu n'en as pas assez eu hier soir ? ricana-t-elle en interprétant faussement ses dires.

- Je garde ça, déclara-t-il avec impassibilité, en plaçant la petite fiole entre leurs deux visages.

- Je le savais que t'avais plutôt bien aimé les quelques gouttes qu'on a partagées ensemble.

- C'est comme l'alcool, Emma. A consommer occasionnellement et avec modération, moralisa-t-il alors que sa douleur lancinante lui criait qu'il n'avait lui-même pas suivi ce conseil.

- Bonjour la modération ! Bon c'est pas tout, mais j'ai une douche à prendre ! Et la tour des Serdaigle n'est pas tout à côté, enchaina-t-elle en tentant de récupérer le récipient qu'il ne lâcha toutefois pas. Sous-entendu que je n'accepte pas ta condition, se crut-elle obligée de préciser, une pointe d'agacement dans la voix.

- En fait, tu n'as pas vraiment le choix, se défit-il facilement de la pression qu'Emma tentait d'apposer sur la fiole, avant de la ranger dans sa poche. Et ta douche, tu la prends où bon te semble, précisa-t-il alors qu'il entreprit de se diriger vers la salle de bain des préfets.

Ne se retournant pas, il laissa tout de même le tableau d'accès à ladite pièce ouvert, au cas où elle choisirait de le suivre. Un cadavre de bouteille lui apprit qu'ils avaient fait un saut à ce même endroit la veille au soir – à moins que ce ne fut très tôt au petit matin – mais de ce moment, très peu de souvenirs lui restaient. Des flash de sa fiancée et lui dans un bain mousseux semblaient toutefois lui parvenir. Repoussant ces images, Drago retira sa chemise tout en se dirigeant vers la douche située dans un coin de la grande et luxueuse salle d'eau. Avant d'en faire de même avec son pantalon, il préféra vider le contenu de la fiole au cas où Emma tenterait de la récupérer par tout moyen. Cette dernière n'avait finalement pas l'air de l'avoir suivi, constata-t-il avec une pointe de regret. Reniant cette dernière émotion qu'il n'était pas encore prêt à assumer, il se déshabilla complètement et entra dans la douche. L'eau qu'il aimait, ni trop chaude, ni trop froide lui fit un bien fou. Ramenant ses cheveux en arrière sous le flot continu de l'eau, Drago fut interpellé par la présence de quelqu'un derrière lui, et par réflexe, se retourna. Emma était là, nue, et le regardait d'un air qui lui serra légèrement le cœur. Y-avait-il finalement un espoir pour que les choses s'améliorent quelque peu entre eux ? N'avaient-ils pas déjà fait le premier pas la veille ?

Voyant qu'il ne bougeait pas, Emma s'approcha de lui et posa sa main sur son torse. Y mettant une certaine impulsion, elle le poussa doucement en arrière afin de pouvoir être à son tour sous le jet d'eau. La jeune fille sembla grimacer et entreprit d'augmenter le volume d'eau chaude. C'était plus fort que lui, il ne pouvait plus ni bouger, ni détacher son regard d'elle. Une envie forte de la coller à lui, de l'embrasser et de sentir son corps chaud tout contre lui s'imposa à son esprit. Actes qui réduiraient totalement à néant la culture de la haine et de l'indifférence qu'il avait voué à son égard depuis le début de l'année scolaire.

Drago détourna difficilement la tête et s'empara du savon sur lequel son regard était tombé. Quelque chose avait définitivement changé la veille au soir, les barrières au sein desquelles il s'était ancré étant tombées une à une. Se débarrassant du savon, il attrapa brusquement – mais non sans douceur – le visage d'Emma et colla ses lèvres aux siennes. Bien que surprise, la jeune fille se laissa faire et accueillit volontiers la caresse de sa langue. Prendre une douche ensemble n'était finalement pas la meilleure des idées pour éviter un éventuel retard au cours de potions...

*** They all fall down ***

Théodore Nott était seul à sa table durant ce début de cours de potions, sa voisine habituelle n'ayant pas encore montré le bout de son nez. Emma et lui ne s'étaient pas beaucoup vus durant les deux derniers jours, trop honteux de ce qui s'était déroulé le mardi soir. A ce souvenir, lui revint en tête la mine satisfaite de Drago lorsqu'il s'était vu obliger de raconter ce qu'il s'était passé à Daphné et ce dernier. Peu importait ce qu'il avait laissé paraître, le jeune homme restait persuadé que son camarade de maison digérait plutôt mal le fait de passer pour un cocu aux yeux de Rogue et de Carrow. En parlant de Drago, celui-ci manquait également à l'appel, ce qui ne semblait pas être une simple coïncidence.

Après de courtes minutes d'attente supplémentaires, le professeur Slughorn avait fini par démarrer son cours, les conviant alors à réaliser un travail de groupe. Désormais réduits à cinq, Daphné qui était assise auprès de son petit-ami, se leva afin de rejoindre Théodore dans le but de constituer deux groupes à peu près équitables. Le jeune homme la remercia d'un sourire avant que tous deux ne débutent les recherches quant aux potions qu'ils se devaient d'exécuter.

- Tu crois qu'ils ont fini par s'entretuer, laissa échapper Daphné avec un petit sourire narquois.

- Apparemment non, répondit-il en constatant l'arrivée des deux fiancés qui ne semblaient pas s'être beaucoup pressés.

- Miss Oreiro, Mr. Malefoy, c'est aimable à vous de nous honorer de votre présence, s'exclama alors le professeur Slughorn de son ton jovial.

- Veuillez-nous excuser, professeur, nos devoirs de Préfets-en-chef nous ont quelque peu retenu, déclara Drago d'un ton quasi-professionnel.

- Vous pouvez rejoindre le groupe de votre choix pour le travail en équipe d'aujourd'hui, les invita le professeur.

A la vue des deux groupes déjà formés, Drago n'hésita pas une seconde et s'avança vers ses camarades de Serpentard. Emma quant à elle, dévisagea durant quelques secondes l'équipe composée de Corner, Goldstein et MacMillan. Un léger rictus apparut sur ses lèvres avant qu'elle ne finisse par prendre place aux côtés de Daphné. Un long silence s'abattit sur le petit groupe qui se regardait dans le blanc des yeux.

- Qu'est-ce qu'on doit faire aujourd'hui ? demanda finalement Emma, d'une motivation feinte.

- Une solution de force, une pimentine et la goutte du mort vivant, précisa consciencieusement Théodore.

- Super... râla Drago en s'affalant sur sa chaise.

- C'est à cause de vous que j'ai dû changer de groupe, alors vous avez intérêt à vous y mettre sérieusement, lâcha Daphné en s'adressant principalement au blond.

Après un concert de sourires aussi hypocrites qu'ironiques, le petit groupe se mit enfin au travail en se répartissant les potions et les tâches à accomplir. Daphné fut la préposée à la préparation d'ingrédients, tandis qu'Emma, Théodore et Drago se chargeaient chacun d'une des trois potions. Alors que les deux heures de cours défilaient, Théodore eut l'étrange sensation que les tensions entre les deux fiancés s'étaient si ce n'était envolées, tout du moins réduites. Là n'était qu'une impression puisqu'ils s'évitaient toujours autant du regard, ne s'adressant aucunement la parole. En fait, Emma et Drago paraissaient vraiment concentrés dans leur travail, jusqu'à même froncer ostensiblement les sourcils au cours de leur réflexion.

- Emma, ça va ? questionna-t-il en la voyant soudainement grimacer devant les nouvelles effluves de sa potion au rajout du sang de salamandre.

- Pas vraiment, répondit-elle en se reculant complètement.

- Je te remplace, décida Daphné qui ne voulait vraiment pas risquer une mauvaise note.

Drago regardait la scène avec un sourire moqueur, mais semblait lui aussi éviter la fumée malodorante de sa goute du mort-vivant. Emma prit alors la place de Daphné dans la découpe et préparation des ingrédients nécessaires aux trois potions. Lorsqu'elle entreprit de couper en fines lamelles les vers marins requis pour la pimentine, Théodore ne put que remarquer le tremblement de ses mains. La jeune fille avait de ce fait beaucoup de mal à effectuer correctement sa tâche. Le Serpentard abandonna temporairement son chaudron et se mit à ses côtés. D'un geste doux, il lui prit le couteau des mains et coupa lui même les petits vers.

- Morag a réduit les doses ? demanda-t-il à voix basse tout en effectuant la découpe.

- Je n'ai pas vu Morag, ce matin, avoua-t-elle après de longues secondes de silence alors que Théodore cessa son action pour mieux la dévisager, entrevoyant ainsi le regard indéchiffrable qu'elle lançait à son fiancé.

- Je vois... commença-t-il d'une voix cassante en tournant des yeux perçants vers Drago. Devoirs de Préfets-en-chef obligent, ajouta-t-il en revenant sur ses vers marins, les découpant plus fébrilement.

- Théo...

- Tant mieux si les choses se sont arrangées entre vous, ne la laissa-t-il pas le temps de poursuivre sa phrase. Vraiment. C'est de lui dont tu as toujours eu besoin après tout.

- Fais attention à tes doigts, s'inquiéta-t-elle de le voir se couper du fait de son énervement ambiant.

- Mes doigts vont très bien contrairement aux tiens ! Ne me touche pas, Emma, ordonna-t-il lorsqu'elle posa sa main sur la sienne afin de ralentir son mouvement.

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Pourquoi t'es pas devant ton chaudron, Théo ? intervint Daphné en s'approchant d'eux.

- Notre amie Serdaigle n'est pas très performante aujourd'hui, déclara-t-il d'un ton badin. Sans doute n'a-t-elle pas beaucoup dormi cette nuit, lança-t-il avec sarcasme.

- C'est vrai que t'as une sale tête, se contenta de confirmer Daphné en la détaillant.

- Et elle n'est pas la seule, renchérit-il, en appuyant son regard sur le deuxième garçon de leur groupe.

- Hum, ceci explique cela, sembla intégrer Daphné ce qu'avait également compris Théodore quelques minutes plus tôt. Et si vous régliez vos comptes à la fin de ce cours, qu'on ait le temps de terminer nos potions.

- Excellente idée, approuva Emma alors que Drago s'approcha d'eux souhaitant surement prendre les ingrédients qui n'arrivaient pas.

- Un problème peut-être, demanda-t-il, l'air innocent, les observant tour à tour.

- Il te les faut vraiment toutes, ne put s'empêcher de réagir Daphné en le jaugeant avec antipathie.

- Il fallait bien quelqu'un pour finir le boulot, lança-t-il alors. La pauvre, elle n'attendait que ça, ajouta-t-il, donnant à Théodore l'irréalisable envie de lui planter son couteau en pleine poitrine.

- Ca suffit, maintenant ! déclara sèchement Emma. On a trois potions à finir. Daphné, je me charge de la solution de force, conclut-elle en se dirigeant vers ledit chaudron.

Le silence revint enfin, tous se regardant en chien de faïence durant le reste du cour. Lorsque la fin de celui-ci sonna, le professeur Slughorn leur accorda un Acceptable qui déçut quelque peu Daphné, le groupe de son petit-ami ayant récolté un Effort exceptionnel. Sans un regard pour aucun d'entre eux, Emma quitta la salle la première, semblant pressée de rejoindre sa prochaine destination. Avant qu'elle ne s'en aille à son tour, Daphné accorda un bisou compatissant à Théodore, lui murmurant énigmatiquement que ça n'en valait pas la peine. Un léger sourire apparut sur ses lèvres alors qu'il regardait son amie rejoindre Anthony Goldstein.

- Il faut qu'on parle, l'interpela dans son dos, Drago.

- Qu'est-ce que tu veux qu'on se dise ? s'exclama-t-il sincèrement blasé. C'est bon, tu as gagné, d'accord. Emma est à toi ! Elle est ta fiancée. Tu es celui qu'elle aime. Vous allez vous marier, ferez de beaux petits bébés blonds aux yeux verts, et passerez surement votre vie à vous détester pour le mal que l'un aura fait à l'autre et vice versa. Et si tu attends de moi que je ne touche plus jamais à ta chère fiancée, eh bien tu as gagné, Drago, je te le promets ! Plus de baisers, plus de coucheries, ni même plus aucun geste déplacé à son égard, cessa-t-il sa tirade, complètement désabusé.

- Je n'en demandais pas tant, réagit calmement le blond qui semblait surpris d'une telle réaction. Mais soit, voilà une position qui ne peut que me satisfaire. Ceci dit, ce n'est pas de cela dont je voulais discuter avec toi, lui apprit-il un rictus aux lèvres.

- Je t'écoute, soupira Théodore.

- Suis-moi, se contenta-t-il de dire avant de s'isoler dans la première salle vide à leur portée.

Drago se dirigea alors vers l'une des tables poussiéreuses et s'y appuya. Il disposa alors face à lui une chaise afin que Théodore puisse prendre place, et patienta – bras croisés – que celui-ci s'exécute. Avec une légère méfiance, le jeune homme s'empara de ladite chaise, la retourna et s'y assit, agrippant nonchalamment le dossier de celle-ci. Tandis que tous deux se fixaient en silence, Théodore commença à faire part de son impatience en battant nerveusement ses doigts contre le bois vieilli de cet antique mobilier scolaire inutilisé depuis des années et menaçant de s'effondrer à tout moment sous son poids.

- Vieux, c'est quand tu veux ! finit-il par lâcher avec agacement.

- Qu'est-ce que tu sais du Vitriol ?

- Tu crois vraiment que c'est l'heure et le moment de...

- Emma en fabrique et en consomme depuis mercredi, l'interrompit-il sèchement, le laissant alors sans voix.

- C'est de l'acide sulfurique, Drago ! Si Emma prenait effectivement du Vitriol, elle ne serait surement plus de ce monde, ou souffrirait en tout cas d'atroces et mortelles douleurs. Ce qui heureusement n'était pas le cas en cours ce matin, lui répondit-il durement et plutôt effrayé à cette idée.

- C'est pourtant ce qu'elle m'a dit, pâlit soudain le blond que l'inquiétude semblait envahir. De l'huile de Vitriol. J'en ai moi-même pris hier soir et ça n'avait rien d'acide sulfurique. Enfin, je crois...

- Ca devait être de l'huile douce de Vitriol, de l'éther éthylique mais produit quand même à base d'acide sulfurique. On en utilise à très faible dose dans certaines potions de soins... élucida Théodore, un éclair de compréhension traversant ses yeux. Dont sa potion de relaxation.

- Plutôt utile d'avoir un futur médicomage à portée de main, commenta Drago qui n'y comprenait pas grand chose aux termes techniques. Et c'est dangereux pour la santé ?

- Evidemment que oui, ça a été longtemps utilisé comme drogue, même chez les Moldus. J'ose espérer qu'elle le dilue avec quelque chose !

- Je crois que oui. Mais elle n'en prend que par gouttes. Je lui ai confisqué sa dernière fiole ce matin, indiqua Drago en lui tendant le petit objet.

- C'est vide, constata Théodore.

- Je l'ai vidée au cas où elle en était au point de me faire les poches.

- T'es encore capable de veiller à ce qui se trouve sur toi à ce que je sache, grogna le brun mécontent de ne pouvoir examiner de plus près le liquide fabriqué par son amie.

- Pas quand mes poches ne se situent pas sur ma personne, répliqua-t-il le regard appuyé et rictus aux lèvres.

- Epargne-moi les détails, tu veux...

- A quel point c'est mauvais ? Quand j'en ai pris hier soir, ça m'a plus fait planer qu'autre chose, l'alcool aidant. Mais sur elle, ça n'a pas l'air de faire le même effet. Ca a juste l'air de la calmer.

- C'est parce que son organisme y est déjà habitué, avec son abus de potion de relaxation de ces derniers mois. Et si elle en prend régulièrement depuis mercredi, quand bien même ce ne soit que goutte par goutte, à « ça » aussi son organisme a du s'habituer, déclara-t-il en agitant la fiole vide qu'il tenait du bout des doigts. Il faut absolument qu'elle arrête cette merde, c'est carrément toxique à forte dose ! Si elle en prend comme elle prenait sa potion... elle est morte, conclu-t-il d'un ton grave et sinistre alors que la peur semblait le submerger. Il faut qu'on prévienne Mrs. Pomfresh.

- Non, refusa net le blond qui ne cessait de fixer gravement le sol.

- Putain, Drago, c'est sa vie qui est en jeu là ! Tu ne me la fait pas à moi, ta pseudo haine à son égard tu peux te la foutre où je pense. Tu ne vas quand même pas sagement attendre de retrouver ta liberté, une fois ta fiancée décédée. C'est d'Emma dont on parle, bon sang ! ajouta-t-il à bout de nerf face au silence persistant de son interlocuteur.

- Je vais écrire à son Grand-père. Lui, saura quoi faire. Mais personne d'autre que Morag, toi et moi, dans ce château ne doit être au courant.

- Morag va être folle en l'apprenant, soupira-t-il d'impuissance face à la situation.

- Il faut la trouver et ne pas la lâcher des yeux.

- Je persiste à dire qu'il faut prévenir Mrs. Pomefresh. Que veux-tu que fasse la famille Oreiro depuis chez elle ?!

- Je ne veux pas que la direction soit au courant. Elle sait déjà bien trop de choses, si tu veux mon avis, lança Drago, le regard accusateur.

- Mais Pomfresh n'est pas la direction.

- C'est ma fiancée, c'est moi qui décide, voulut-il mettre un terme à la conversation en s'éloignant vers la sortie.

- Si tu n'avais jamais cessé de la considérée comme ta fiancée, on n'en serait surement pas là, siffla pour lui-même Théodore qui se levait de sa chaise.

- Répète ça ! s'exclama rageusement Drago qui s'était vivement retourné vers lui, le menaçant de sa baguette.

- Tu sais que c'est vrai ! Tout ça c'est de ta faute, ne se démonta-t-il pas pour autant.

- Ce n'est pas de ma faute si cette idiote n'est pas capable d'assumer sa vie, aussi merdique soit-elle !

- Tu l'as laissée tomber, l'abandonnant à elle-même !

- Je ne sais pas ce qui est pire : ne pas être là pour lui tenir la main pendant sa septième année, ou être présent pour elle et laisser les choses se dégrader de manière aussi magistrale !

- Va te faire foutre, Malefoy !

- Vu à quel point tu as pu merder pour qu'elle en arrive au Vitriol ou à je ne sais comment tu appelles ce fichu truc, je t'interdis d'approcher ma fiancée ou de faire quoi que ce soit. Dorénavant, « je » prends les choses en main.

- Parfait ! s'exclama le jeune homme hors de lui. Il était temps !

- On est d'accord, conclut abruptement son camarade de maison, tremblant presque de colère.

- Mais je te jure, Drago, que s'il arrive quoique ce soit d'irrémédiable à Emma, tu ne tarderas pas longtemps à la rejoindre dans la tombe, le menaça Théodore d'une voix aussi rauque que glaciale.

La tension était plus que palpable entre les deux Serpentard qui se jaugeaient avec défiance. Ce fut le blond qui rompit le contact visuel le premier, quittant enfin la pièce d'un pas vif. Théodore quant à lui, resta sur place durant de longues minutes au cours desquelles son anxiété ne cessa de s'accroitre. Deux choses étaient claires : il ne pouvait en aucun cas collaborer avec Drago, trop de rancune à son égard s'étant développée à la découverte de la gravité de la situation, mais il ne pouvait pas non plus rester sans agir. Mais que pouvait-il bien faire pour aider Emma à se sortir de ce maudit engrenage ? Théodore soupira douloureusement et sortit à son tour de la pièce humide et froide des cachots de Poudlard.

*** They all fall down ***

Mimi Geignarde aimait cette sensation de fluidité, de vitesse et de légèreté à chacun de ses sprints dans la tuyauterie de Poudlard. Cela lui permettait d'évacuer toutes ces émotions et sensations ancrées en elle depuis sa mort. Devenir fantôme n'était en rien une bénédiction. Soit, l'on avait cette immense opportunité de rester dans le monde des vivants. Mais bien plus que de hanter un lieu en particulier c'était l'esprit même du fantôme qui était hanté par son propre souvenir et son propre passé. Et cela, tout comme bon nombre de ses semblables, Mimi le subissait bien malgré elle. Même après la mort, les élèves se moquaient de sa personne. Même après la mort, les élèves la fuyaient. Même après la mort, Mimi était seule. La perspective de cette éternité de solitude ne pouvait que faire ressortir en elle son sempiternel caractère d'apitoiement sur soi.

Bien sûr, de temps à autres, le fantôme rencontrait d'autres âmes aussi perdues qu'elle parmi les élèves de ces générations qui se succédaient. Mais comme à chaque fois, ce potentiel ami l'abandonnait à son sort. Parce qu'il quittait Poudlard, parce qu'il avait trouvé ce bonheur qui lui manquait tant, ou dans le pire des cas, parce qu'il se rendait compte que tout lien avec la pitoyable Mimi Geignarde n'avait que pour effet de lui faire tomber plus bas qu'il ne l'était. Tel était ce qui était malheureusement arrivé avec son dernier « ami » en date, le beau blond aux yeux bleus dont l'âme avait été plus torturée que jamais l'année passée.

Le fantôme poussa un tonitruant soupir meurtri lorsqu'elle quitta son siphon. Débarquant ainsi dans les toilettes du deuxième étage désaffectée depuis sa mort tragique, un intense sentiment de colère s'empara d'elle à la vision de l'élève qui se trouvait dans la pièce. Pour ne rien arranger à son ressentiment, la Serdaigle l'ignorait tout bonnement, concentrée sur son chaudron et la potion qu'elle confectionnait.

- Encore toi ! s'écria-t-elle avec force en traversant celle qui était la fiancée de celui qui l'avait lâchement abandonnée.

- Ne fais pas comme si tu n'étais pas contente d'avoir de la compagnie, Mimi, déclara faiblement la jeune fille.

- Il n'y a pas que ton beau blond qui m'ait abandonnée, toi aussi tu m'as laissée tomber il y a des années ! Et tu as quand même eu le toupet de te servir de moi l'année dernière !

- Si ça peut te consoler, tu n'es pas la seule que le « beau blond » ait abandonné, lâcha-t-elle avec une légère raideur.

- Ca n'en avait pas l'air, hier soir, dans la salle de bain des préfets, grinça ostensiblement le fantôme en passant une nouvelle fois à travers le corps de son interlocutrice.

- Aurais-tu l'obligeance de bien vouloir cesser de me traverser de la sorte, Mimi. C'est fort désagréable, répliqua-t-elle cinglante.

- Qu'est-ce que tu fais ? Tu pollues mes toilettes avec ton chaudron depuis mercredi, demanda alors le fantôme en lorgnant sur le liquide qui réduisait faiblement.

- Il m'en faut encore... répondit-elle dans un souffle. Ce crétin m'a pris la dernière fiole qu'il me restait.

- C'est interdit ? Je pourrais te dénoncer, laissa présager vicieusement la silhouette translucide.

- Mais tu ne le feras pas, assura la jeune fille sans quitter sa potion du regard.

- Tu es de mèche avec eux de toute façon ! Après ce que tu as fait au petit Gryffondor, lança Mimi en traversant à nouveau la Serdaigle.

- Je t'ai dit d'arrêter ça ! cria cette dernière avec une force qui surprit le fantôme.

- Pourquoi tout le monde me crie dessus, se moque et m'ignore, se lamenta-t-elle alors.

- Parce que c'est tout ce que tu recherches, tout ce que tu veux, et surtout tout ce que tu mérites !

- C'est la première fois que tu es aussi méchante avec moi, larmoya-t-elle tout en reniflant.

- Et ce ne sera pas la dernière si tu ne me fous pas la paix ! J'ai besoin de calme et de concentration.

- Vous vous valez bien tous les deux ! Aussi orgueilleux, lâches et méchants l'un que l'autre !

- Nous sommes des Sang-Pur... murmura-t-elle avec une certaine fatalité avant que Mimi ne finisse par s'engouffrer dans son siphon.

*** They all fall down ***

Morag Macdougal quittait la salle commune des Serdaigle avec humeur. Elle avait démarré sa journée sur les nerfs et cela ne risquait pas de retomber tant qu'elle ne finirait pas par croiser Emma. Sa camarade de chambre ayant découché la nuit passée, elle ne pouvait s'empêcher de penser que l'addiction de cette dernière à sa potion de relaxation y était pour quelque chose. Bien qu'Emma ait parfaitement respecté les doses qu'elle lui imposait matin et soir au cours des trois derniers jours, la jeune fille trouvait la coopération sans faille de son amie plus que suspecte. En effet, Morag se souvenait très bien du comportement d'Emma au premier jour de restriction et il paraissait vraiment anormal que cela se passe aussi bien lors des suivants.

Alors que la jeune fille dévalait hâtivement l'escalier en colimaçon menant à l'entrée de la salle commune des Serdaigle, Morag tomba nez à nez avec la personne la mettant de si mauvaise humeur. Encore postée dans le couloir, Emma semblait ne pas s'être attendue à tomber sur elle.

- Te voilà, toi ! l'interpella la rousse en quittant la dernière marche de l'escalier.

- Bonjour Morag, la salua-t-elle, une pointe d'appréhension dans la voix.

- Je peux savoir où tu étais hier soir ! s'enquit la jeune fille, les bras croisés.

- On peut peut-être remettre cette discussion à plus tard, qu'en dis-tu ? proposa Emma alors que des sixième année tentaient de se frayer un passage entre Morag et le mur, cette dernière bloquant la sortie.

- Comme si j'allais te laisser filer comme ça, lança-t-elle en se décalant légèrement et faisant soupirer son interlocutrice.

- J'étais avec Drago, avoua-t-elle alors, Morag se sentant alors prise de court.

- Vraiment, douta cette dernière. Je vais te poser une question, Emma, et tu as intérêt à me dire la vérité, reprit-elle face à l'acquiescement contrit de la brune. As-tu oui au non, pris de la potion de relaxation ces dernières 24 heures ?

- Je te jure Morag, que je n'ai pris aucune potion de relaxation au cours des dernières 24 heures, déclara solennellement Emma, les yeux dans les yeux.

- Alors comment tu m'expliques que tu sembles ne ressentir aucun manque ?

- Peut-être parce qu'un autre manque a été comblé, plusieurs fois hier soir, et... ce matin, spécula-t-elle le rouge colorant légèrement ses joues.

- Ah... fut la seule chose que trouva à répondre Morag qui n'avait pas souhaité en savoir autant. Emma, sérieusement, reprit-elle avec plus d'assurance, explique-moi comment tu peux lui pardonner aussi facilement après tout ce qu'il t'a fait subir depuis le début de l'année ?

- Qui a dit que je lui avais pardonné ? répliqua son amie d'une voix rauque.

- Emma ! héla quelqu'un que ne pouvait pas encore apercevoir Morag, depuis le couloir.

- Il faut absolument que j'aille récupérer mes affaires pour les cours de cet aprem, débita soudainement l'interpellée avant de dépasser Morag et de monter les escaliers, bousculant au passage deux première année qui n'osèrent pas s'indigner face à la Préfète-en-chef.

- Tu aurais pu la retenir, Macdougal ! s'exclama Drago qui entra dans son champ de vision.

- Il y a de nombreuses choses que, toi aussi, tu aurais pu faire, Malefoy ! répliqua-t-elle avec une animosité appuyée.

- Et voilà qu'elle s'y met aussi celle-là, grogna-t-il dans sa barbe.

- Je te demande pardon ! s'offusqua Morag qui avait tout entendu.

- Emma se drogue, la coupa-t-il brusquement.

- Je me demande vraiment ce qui me retient de te foutre mon poing dans la gueule. Evidemment que je suis au courant, puisque « je » suis celle qui lui aie imposée cette cure.

- Tu parles d'une cure ! C'est dans ta jolie petite tête de rouquine que tu voudras foutre ton poing en apprenant que tout ce que tu as fait, c'est empirer considérablement les choses !

- Elle en a repris, n'est-ce pas ? siffla la jeune fille qui se sentait plus que trahie. La garce, dans les yeux elle m'a soutenue qu'elle n'avait pas touché à cette foutue potion depuis hier matin !

- Si elle t'a parlée de potion de relaxation, elle ne t'a en effet malheureusement pas mentie, précisa Drago avec gravité.

- De quoi tu parles ? lança-t-elle mi-agacée, mi-perdue.

- Douce huile de Vitriol, ou quelque chose dans le genre. Pour les détails techniques tu vois avec Nott, mais ce qu'il faut surtout retenir c'est que ça la tue à petit feu et plus elle en consommera, plus ça sera rapide.

- Tu plaisantes...

- Est-ce que j'en ai l'air ?

- Mais... pourquoi... fut complètement désemparée la jeune fille.

- Parce que comme c'est le cas pour bon nombre de choses, Emma n'arrive pas à surmonter son manque. Alors elle fait ce pour quoi elle est si douée : vicieusement trahir ceux qui lui font confiance, déclara-t-il alors que leurs deux yeux d'un bleu si différent se maintenaient dans un contact tendu. Ca fait mal, n'est-ce pas ?

- Oui, Drago. Ca fait mal, acquiesça durement Morag. Sauf que contrairement à toi, moi je ne vais pas tranquillement m'installer dans la Grande salle pour savourer mon déjeuner, éructa-t-elle en reculant vers les escaliers qu'elle emprunta une fois sa phrase prononcée.

- Très belle métaphore soit-dit en passant, s'écria-t-il sous forme de sarcasmes afin que sa voix soit portée tout en haut de l'escalier. J'attends ici qu'elle sorte de sa tanière... parvint tout de même à Morag la dernière phrase du jeune homme, avant qu'elle n'entre dans sa salle commune.

Jetant un regard circulaire à la pièce, Morag eut la confirmation que son amie ne s'y était pas éternisée. Au lieu de directement se diriger vers les dortoirs, la jeune fille fit un détour vers Goldstein, Corner et Patil. Les trois adolescents la regardèrent converger vers eux avec un mélange de surprise et de méfiance.

- Emma est montée aux dortoirs n'est-ce pas ?

- T'es idiote ou tu le fais exprès ? Qu'est-ce que ça peut nous foutre de savoir où cette pétasse se trouve ? rétorqua Corner avec une amertume plus que prononcée.

- Vous pensez bien que si ce n'était pas important, je ne perdrais pas mon temps avec des imbéciles comme vous, insista tout de même Morag qui prenait grandement sur elle une fois de plus.

- Avant de monter, elle a semblé mettre quelque chose dans le vase près de la cheminée, déclara finalement Goldstein sous les regards courroucés de ses deux amis.

- Merci, Anthony. Je savais qu'il y avait bien une raison pour que Daphné te choisisse, ajouta-t-elle avec gratitude avant de rejoindre l'endroit indiqué par le jeune homme.

Morag ressortit du vase deux fioles d'un liquide beaucoup plus limpide que celui de la potion de relaxation. Sans attendre une minute de plus, la jeune fille monta jusqu'aux dortoir en espérant trouver son amie dans le leur. Ce ne fut pas le cas. La rousse eut l'envie de vérifier les autres dortoirs – bien trop nombreux à son goût – avant de stopper net son mouvement de départ. Les rideaux de son lit qu'elle n'avait pas attachés le matin-même, claquaient au rythme du vent qui s'engouffrait dans la pièce. Une des fenêtres étaient ouvertes alors même qu'elle était certaine de l'avoir vue fermée lors de son dernier passage dans la pièce.

Morag se dirigea alors vers son lit et s'empara de la boite à balais qui se trouvait sous celui-ci. Un amer désabusement s'empara d'elle lorsqu'elle constata que cette dernière était vide. Il ne s'agissait pas là de son balai, mais de celui de Mandy qui en tant que née-moldue ne prenait jamais la peine de ramener son balai durant les étés. Tel était ce que lui avait expliqué Emma lorsque la jeune fille s'était installée dans le lit de Mandy à la rentrée. Tel était ce dont avait dû se souvenir Emma avant de s'échapper par la fenêtre, balai en main.

*** They all fall down ***

Drago Malefoy et Morag Macdougal s'approchèrent l'un de l'autre au milieu du Grand Hall. Les traits tirés, le regard grave, ils s'observèrent en silence en devinant la réponse de l'autre à la question muette qu'ils se posaient mutuellement.

- Elle n'était pas en Histoire de la magie, mais Su Li m'a dit qu'elle l'avait vue en Etude des Runes, déclara la rousse.

- C'est donc nous qu'elle s'amuse à éviter, grogna-t-il en observant le ballet d'élèves entrant et sortant de la Grande Salle en cette heure de dîner.

- Qui sait, elle est peut-être à l'intérieur, suggéra Morag en suivant son regard.

- Ca ne coûte rien d'essayer, mis-à-part l'inespérée occasion d'enfin satisfaire nos estomacs, acquiesça Drago qui sentait son ventre crier famine, ayant déserté le déjeuner à cause de sa chère fiancée, qui, le constatèrent-ils n'était nullement dans la Grande Salle.

- Pourquoi Théodore ne la cherche pas avec nous ? s'enquit la jeune fille en apercevant le Serpentard manger tranquillement à sa table en compagnie de Blaise et de Daphné.

- Parce que je lui ai gentiment fait comprendre de ne plus se mêler des affaires de ma fiancée.

- T'es vraiment qu'un gros con, commenta alors Morag sur le ton sans émotions qu'elle arborait depuis le début de la conversation.

- Je sais, répondit simplement Drago avant de se diriger vers la table des Serpentard, sous le regard légèrement interpelé de la Serdaigle face à cette concession.

*** They all fall down ***

Amycus Carrow regardait fiévreusement la forme inerte qui gisait sur le sol de son bureau. Il avait été ravi d'aboutir enfin à ce qu'il avait préparé pour la fille Oreiro depuis quelques temps déjà. Il n'aurait jamais pensé le trouver aussi rapidement, mais en ces temps de dictature, la recherche de ce genre de vermines se voyait quelque peu facilitée. Afin de parfaire la surprise, il avait recouvert le visage de l'homme de la cape miteuse dont il était vêtu.

Son cœur s'accéléra d'impatience lorsqu'il entendit des coups frappés à la porte. Le moment était venu et il allait le savourer. De sa baguette, il ouvrit fièrement les portes d'entrée qui laissèrent alors place à la Préfète-en-chef. Il fut plutôt surpris de la voir apprêtée d'une élégante robe de soirée aussi sombre que ses cheveux ébènes. Ces derniers ramenés en une coiffure élaborée, mettaient en valeur ses fines épaules.

- Je ne me souviens pas avoir précisé « tenue de soirée exigée » sur le parchemin que je vous ai envoyé, Miss Oreiro.

- C'est Halloween, Professeur. Les Sang Pur ont organisé une petite fête à laquelle je compte me rendre après notre entretien, avoua d'un ton neutre la jeune fille qui s'avançait jusqu'à lui.

- Ce genre de célébration n'est-il pas interdit, chère Préfète-en-chef ?

- N'est-il pas non plus interdit, Professeur, de consciemment laisser un homme baigner dans son sang ? répliqua-t-elle en apercevant la silhouette du prisonnier non loin du bureau. Mais, Sang Pur que nous sommes, sommes au-dessus de tout cela, n'est-ce pas ?

Un sentiment de fierté irradia l'homme à l'entente des mots de son élève. Se pourrait-il qu'il ait déjà réussi à convaincre la jeune fille de se vouer à leur philosophie ? Avec un sourire en coin, le professeur ne put s'empêcher de détailler son élève de la tête au pied. Lorsque ses yeux rencontrèrent à nouveau les siens, il fut comblé de constater le léger malaise de la Préfète-en-chef face à cet examen visuel qu'il avait laissé trainer.

- J'ai un présent pour toi, Emma, la tutoya-t-il volontairement. En témoignage de la conviction que j'ai concernant ton avenir prometteur au sein de nos rangs.

- Malgré tout le respect que je suis censée vous devoir, Professeur Carrow, je ne vois pas en quoi un homme torturé puisse constituer un présent pour moi.

- Oh, mais je suis certain que votre esprit vif et alerte trouvera la réponse à cette question, Miss, répondit-il aussitôt, son sourire mesquin s'agrandissant plus que jamais.

Amycus ne lâcha pas la jeune fille du regard, ne voulant perdre une miette de ses réactions. Rompant leur contact visuel, celle-ci posa ses yeux sur la silhouette dont l'identité n'était tue que par un bout de vieux tissu sale. La Préfète-en-chef sembla soudainement difficilement avaler sa salive. Sans doute se rapprochait-elle de la solution, sans toutefois oser y penser.

- C'est impossible... souffla-t-elle.

- A la question : quelle vermine, Emma Oreiro, souhaiterait-elle voir intensément souffrir, mon élève la plus douée répond ?

Bien qu'aucune réponse ne lui parvint tout de suite, le regard perçant de la jeune fille sur le corps inanimé gisant quelques mètres plus loin suffit amplement à le réjouir.

- Keynes... lâcha-t-elle sans cesser de fixer l'homme inconscient.

- Gordon de son prénom, confirma-t-il avec délectation. Il est tout à toi, Emma.

Aussitôt dit, Amycus Carrow dirigea sa baguette vers le prisonnier. Il ôta la cape du visage tuméfié avant de faire léviter le corps jusqu'à hauteur de son élève. Cette dernière semblait contenir difficilement la rage que faisait naître en elle la vision de l'assassin de son paternel.

- Cela n'a pas été facile de lui mettre la main dessus, mais je tenais vraiment à te donner l'occasion de venger ton père.

- Alors c'est comme ça que vous faites pour faire ressortir le pire chez une personne qui ne demande rien, déclara-t-elle avec crispation.

- Tout est question de point de vue, très chère. Je ne cherche qu'à voir là le meilleur dont tu puisses être capable, s'extasia-t-il en contournant la silhouette flottant encore dans les airs et son élève. Il n'y a qu'à travers la haine que la magie noire peut atteindre sa pureté suprême. Et crois-moi, ajouta-t-il en plaçant ses mains rugueuses sur les épaules découvertes de la jeune fille en susurrant à son oreille, tu y prendras beaucoup de plaisir.

Un frisson sembla alors glacer un peu plus la Préfète-en-chef, plus tendue que jamais. Le dégoût qui s'évaporait d'elle à son contact lui remémora soudain les nombreux refus que lui avait opposé Héléna Dorkins, future épouse Oreiro. Submergé par une vague de rancœur, le professeur se fit plus brusque et s'empara avec force de la nuque de la progéniture de cette chère Héléna.

- Maintenant, tu vas faire ce que tu aurais dû faire depuis la minute où tu as su de qui il s'agissait : torture-le, encore et encore...

Aussi brutalement qu'il l'avait empoignée, Amycus Carrow la poussa sur le corps inanimé qui s'effondra sur le sol au contact d'Emma, cette dernière se retenant de tomber de justesse. Décidant qu'il était temps de pimenter la scène, l'homme pointa sa baguette sur Gordon Keynes et le sortit de son inconscience. Ce fut avec difficulté que leur prisonnier ouvrit les yeux et d'une insupportable lenteur qu'il se redressa quelque peu. Observant les lieux, il se figea en découvrant l'identité de son tortionnaire.

- Vous en avez mis du temps à venir finir le boulot de votre collègue, cracha-t-il avec férocité.

- Duquel parlez-vous, Keynes ? De celui qui vous a mis dans ce pitoyable état, ou de celui à qui vous avez réglé son compte il y a des années de ça ? interrogea avec sadisme le professeur d'Art de la magie noire.

- Ne me dites pas que vous êtes là pour vous venger ? La loyauté est loin d'être la qualité première des mangemorts entre eux, rétorqua-t-il, sardonique.

- Et vous avez tout à fait raison, Gordon. Mais il ne vous a pas échappé que nous ne sommes pas les seules personnes dans cette pièce.

*** They all fall down ***

Gordon Keynes porta aussitôt son attention sur la jeune femme qui se trouvait aux côtés du mangemort. Bien qu'elle fut parfaitement apprêtée pour une occasion festive, il ne lui donnait même pas vingt ans. Leurs yeux se croisèrent alors et immédiatement, il sut de qui il s'agissait. Il reconnaissait ce même regard vert qui avait lâchement ôté la vie de sa femme, ce même regard vert à qui il avait lui même ôté toute forme de vie, ce même regard vert que Sebastian Oreiro avait légué à la fillette que Gordon ne s'était pas résolu à tuer ce jour-là. Et la fillette avait bien grandi. Comme au moment de sa vengeance, il ne pouvait en la voyant, s'empêcher de penser à son enfant qui aurait eu l'âge de cette jeune fille si le père de celle-ci n'avait pas tué sa femme enceinte.

Ce fut une froideur teintée d'angoisse que la fille de Sébastian Oreiro lui fit parvenir à ce contact visuel. Après tout, n'était-il pas celui qui avait menacé de la tuer ? N'était-il pas celui qui l'avait privée de son père ces neuf années durant ? La vie se devait-elle d'être un éternel cercle de vengeance ? Résigné, Gordon fit face à son destin et prit la décision qu'il ne combattrait pas, qu'il ne la combattrait pas. Alors qu'aboyait Carrow l'ordre de débuter les hostilités, la jeune Oreiro pointa sa baguette tremblante vers sa poitrine sans cesser de soutenir son regard. Les yeux brillants, une grimace déforma ses traits fins et réguliers juste avant que ne le frappe un violent et plus que douloureux Doloris informulé. Projeté à l'autre bout de la pièce, Gordon sentit son corps se consumer de cette intense souffrance qu'il savait méritée.

Perdant toute notion du temps, il ne sut combien dura ce sortilège. Criant de tout son soul, l'homme se tordait de douleur. Puis, vint le moment où il n'eut plus assez de force pour manifester oralement cette souffrance physique. Son contrôle sur son corps n'était réduit qu'à de sévères spasmes. Ce fut alors que le sortilège cessa, le laissant tout de même dans un état de post-douleur important. Ouvrant à nouveau les yeux, Gordon perçut les larmes de rage roulant sur les joues creuses de sa tortionnaire.

« Maintenant tue-le. »

L'homme ferma à nouveau les yeux. Un improbable sentiment de délivrance s'empara de lui. Plus que de quitter ce monde de sempiternelle souffrance, il allait enfin pouvoir rejoindre Haley, la seule et unique femme qu'il avait toujours aimée. L'image de cette dernière lui apparut et un sourire se dessina lentement sur ses lèvres ensanglantées.

- Si vous tenez tant que ça à me voir jeter le sortilège suprême, sachez que c'est vers vous que je dirigerai ma baguette, Carrow, déclara contre toute attente la jeune fille d'un air aussi glacial que déterminé.

Croisant à nouveau son regard vert, Gordon y décela une impassibilité nouvelle. Alors, il sut qu'elle ne le tuerait pas. Il sut que contrairement à lui, elle se montrerait plus forte que son désir de vengeance, plus forte que sa haine. Un rire de dédain emplit la pièce.

- La lâcheté du père et l'obstination de la mère, lâcha alors Carrow.

- Mon père n'était pas un lâche ! s'exclama soudainement la jeune Oreiro dont la voix monta crescendo.

- Mais ta putain de mère n'était qu'une obstinée, crois-moi. A toujours me refuser, persiffla-t-il, alors que même son défunt amour de toujours m'avait donné sa bénédiction !

- Mon père n'aurait jamais fait ça, lui rétorqua-t-elle, moqueuse.

- Qui te dit que je te parle de ton père, lança-t-il avec cynisme. Cette chère Héléna est toujours aussi secrète, n'est-ce pas ? La mort d'Alexander aura vraiment été le drame de sa misérable vie. Mais trêve de bavardage, se reprit-il. Je t'ordonne de tuer cet homme.

- Pourquoi ne pas vous-même faire le sale boulot pour une fois ? Après tout c'est vous qui avez mortellement blessé sa femme.

Autant le reste de la conversation n'était que futilité à son égard, autant cet élément le fit bondir, si ce n'était physiquement, tout du moins moralement. Comment avait-il pu ignorer un tel fait ? Carrow, blesser mortellement sa femme ? Mais alors pourquoi Oreiro aurait-il pris la peine de lancer cet Avada Kedavra ? Se pourrait-il que...? Un cri aigu le sortit de ses pensées, Carrow ayant fini par lancer à la jeune fille un puissant Doloris. Instinctivement, Gordon voulut amorcer un geste pour stopper le mangemort mais il était trop faible pour exécuter le moindre mouvement. Les gémissements que tentait vainement de retenir sa victime cessèrent toutefois plutôt rapidement. Au loin, il vit Carrow empoigner l'adolescente par les cheveux et la trainer jusqu'à son bureau.

- Tu sais ce que je leur fais aux salopes de ton genre ! cracha-t-il avec violence alors qu'il la jetait contre le meuble en bois. Ce que je n'ai jamais eu l'occasion de faire à ta mère, à mon plus grand désarroi... répondit-il lui même en se plaçant derrière elle tout en maintenant sa tête écrasée contre le bureau. Ma foi, la fille fera certainement l'affaire.

Face à cette situation plus qu'inattendue, Gordon se sentit comme pousser des ailes et tenta laborieusement de se lever. Lorsqu'enfin il fut sur pied, il se dirigea vers Carrow d'un pas claudiquant. Ce dernier, totalement absorbé par sa déplorable action ne le remarqua même pas. Fort heureusement Gordon n'arriva pas trop tard et c'est avec ses dernières forces qu'il se jeta sur le mangemort afin de mettre fin à ces gestes déplacés.

Surpris, Carrow tomba à la renverse, Gordon le suivant de près, s'écroulant sur lui. Reprenant contenance, l'homme au regard oblique l'envoya valser d'un coup de poing en pleine tête. Complètement sonné, il s'effondra sur le ventre, face contre sol. Tandis que Carrow clamait comme un fou qu'il était temps d'en finir avec « cette vermine de bas étage », Gordon croisa pour la dernière fois le regard vert de la jeune fille tombée elle aussi au sol au pied du bureau, choquée de la tournure qu'avaient prises les choses. Sans plus aucun souffle, il prononça tout de même silencieusement ses derniers mots : « Cours ».

- Avada Kedavra, furent les dernières paroles que Gordon Keynes entendit avant de sombrer définitivement dans le noir le plus total.

*** They all fall down ***

Alecto Carrow bouillait intérieurement lors de sa traversée du château en direction du bureau de son frère Amycus. Comment Rogue avait-il pu laisser passer une telle chose ? Comment avait-il pu se contenter d'une punition aussi simpliste pour ces stupides morveux ? Tenter de voler l'épée d'un des fondateurs de Poudlard n'était-il pas constitutif de plus de sévérité à l'égard de ces récidivistes ? Eh bien non, ce cher Severus Rogue, Directeur de son état, avait décidé que suffirait amplement de simples travaux à effectuer dans la Forêt interdite. Amycus serait tout aussi fou qu'elle en apprenant la nouvelle. Le manque d'implication de Rogue dans la refonte du régime à Poudlard avait le don de l'agaceR au plus haut point. Pire même, elle avait cette étrange impression que leur directeur faisait tout pour éviter cette violence qu'ils tentaient d'imposer, elle et son frère.

Enfin arrivée à destination, Alecto ne s'embêta pas à frapper à la porte, l'ouvrant directement avec la brutalité qui caractérisait son état actuel. Elle fut toutefois complètement stoppée dans son élan à la vue de ce qui se déroulait sous ses yeux. Surprendre son frère en train de fricoter à même le sol était la dernière chose qu'elle aurait voulu voir.

- Je suis occupé, Alecto. Repasse plus tard, tu veux, se contenta-t-il de dire en tenant à bout de bras la gorge de la jeune femme prisonnière de la masse que composait son corps.

Un violent souvenir s'imposa à elle alors qu'elle notait l'évident non-consentement de la « partenaire » d'Amycus. Souvenir qui se fit d'autant plus fort lorsqu'elle découvrit l'identité de cette dernière. Intégrer les rangs des mangemorts lorsque l'on était une femme à peine sortie de l'adolescence n'avait pas été pour elle de bonne augure. Et si Sebastian Oreiro n'avait pas été là pour l'arrêter, Evan Rosier aurait fait durer son calvaire de manière certaine. Voilà pourquoi à ce moment précis, Alecto Carrow se mettait non seulement à la place de la jeune Emma, mais se sentait surtout redevable d'une quelconque dette envers le défunt paternel de cette dernière.

- Arrête ça tout de suite, Amycus, s'exclama-t-elle ainsi tandis que son frère commençait déjà à déboucler sa ceinture avant de l'ôter.

- Libre à toi de rester si ça te chante, mais ce n'est pas toi qui vas m'arrêter au point où j'en suis, rétorqua-t-il en attachant à l'aide de ladite ceinture les mains de sa victime qui se débattait tant bien que mal.

- Pose encore une fois tes mains sur elle et tu le regretteras, le menaça-t-elle dangereusement.

- Cela tombe bien, ce n'est pas mes mains que je comptais utiliser cette fois-ci, voulut-il conclure autant dans les paroles que dans les gestes.

Ce fut sans compter sa sœur qui l'envoya valser à travers la pièce d'un rapide coup de baguette. Alecto ne put s'empêcher d'accompagner son sort d'un Doloris bien placé. Pendant ce temps, Emma Oreiro se redressait tant bien que mal, souhaitant s'éloigner le plus loin possible de son professeur d'Art de la magie noire. Récupérant sa baguette au passage, cette dernière se dirigea vers la sortie, mais sa sauveuse lui claqua sans ménagement la porte au nez juste avant qu'elle n'y parvienne. C'était une chose de payer sa dette envers Sebastian Oreiro, c'en était une autre de mêler son frère à un stupide scandale qui n'avait pas lieu d'être.

- Je peux savoir ce qu'il te prend ! Depuis quand tu te soucies de qui je mets dans mon lit !

- Je ne vois aucun lit dans cette pièce, lui rétorqua-t-elle avec sarcasme.

- Je peux t'assurer que cette putain n'en a pas besoin. Elle était déjà prête à ouvrir ses jambes en plein couloir l'autre soir, cracha-t-il avec frustration. Les aguicheuses de son genre n'ont pas à se plaindre. Comme si c'était une tenue pour une retenue.

- Ce n'était pas une retenue, réfuta tout de même la jeune fille qui observait intensément le corps gisant non loin d'eux.

- Une tentative de viol, un meurtre, tu as autre chose en magasin peut-être ? ironisa Alecto en vérifiant du bout du pied que le corps était bel et bien sans vie.

- Un fratricide ? lança-t-il sur le même ton.

- Tu devrais aller voir Rogue. Cet idiot me met à bout ! Il a surpris Weasley, Longdubat et la fille Lovegood en train de s'emparer de l'épée de Gryffondor, et tout ce qu'il trouve à faire c'est de les envoyer faire une promenade de santé dans la Forêt interdite ! lui apprit-elle avec humeur en se rappelant ce pourquoi elle était venue.

- Tu te moques de moi ? Quand est-ce que c'est arrivé ?

- Il y a un peu moins d'une heure. Voilà ce que c'est que d'être occupé à commettre un double crime.

- C'est quoi son problème à Rogue ! rouspéta-t-il en se dirigeant à son tour vers la sortie.

- Comme quoi on peut être mangemort « et » faire preuve d'un minimum de morale, déclara la préfète-en-chef à son passage sans toutefois le regarder.

- Ta morale, tu te peux te la foutre dans ton joli petit cul, lança-t-il en retour, se tournant vers elle. Je me ferais un plaisir de m'en charger pour toi, d'ailleurs, ajouta-t-il avec lubricité avant de quitter la pièce pour de bon.

Une fois seules, Alecto put constater les dégâts qu'avait causé son frère sur ce qui devait être une élégante tenue un peu plus tôt. Hématome au visage, cheveux en vrac, décolleté arraché, soutien-gorge plus que visible, robe déchirée, collants en lambeaux et elle était prête à parier qu'il n'y avait plus de trace d'une quelconque culotte.

- Merci... murmura faiblement la jeune Oreiro.

- Je l'ai fait pour une seule et bonne raison, s'expliqua-t-elle plutôt sèchement attendant que son élève ose enfin la regarder dans les yeux. Sebastian a fait la même chose pour moi il y a des années de ça. Je ne pouvais consciemment pas laisser sa fille subir le même sort.

- Vous savez qui est cet homme ? demanda-t-elle alors en redirigeant son regard vers le corps sans vie.

- Une vermine à exterminer, très certainement.

- Celui qui a tué votre « sauveur ».

- Quel plan diaboliquement bien pensé de la part d'Amycus, mais assurément mal exécuté, compléta-t-elle en s'approchant de la victime. S'il s'est passé ce que je pense, ton cher fiancé et toi faites-bien la paire... Qu'avez-vous tous à refuser d'exécuter l'ordre de tuer ! Celui-là ne s'est pas gêné pour assassiner ton père, à ce que je sache.

- Je n'ai pas envie de me perdre définitivement.

- Je doute que tu puisses faire marche arrière ma petite, prospecta Alecto en jetant un coup d'œil à sa triste silhouette.

- Si vous aviez une porte de sortie, vous la prendriez ? se permit-elle de lui demander alors que la directrice adjointe s'avançait vers l'élève.

- Incontestablement non, fit-elle claquer sa voix dure une fois plantée droit devant la jeune fille. Et je m'assurerai toujours que tu n'en ai pas non plus, ajouta-t-elle avec fermeté, jubilant de constater l'air blessée de la jeune Oreiro. Et maintenant, tu vas faire absolument tout ce que je te dis, petite, car c'est toi qui va te charger de faire disparaître le corps.

Un vil sourire s'étendit sur les lèvres d'Alecto Carrow alors qu'elle constata avec satisfaction la pâleur soudaine de la Préfète-en-chef. Il était finalement possible que ce soit elle qui reçoive la rançon de la gloire, une fois cette chère Emma Oreiro formatée pour devenir une brillante mangemort. Elle pensera à remercier son frère pour ses stupides ardeurs une fois le moment venu. Sans ça, elle n'aurait jamais eu une telle main mise sur la jeune fille.

*** They all fall down ***

Morag Macdougal suivait tant bien que mal la course folle de son acolyte de la journée. Ce dernier, vert de rage, se dirigeait avec vigueur jusqu'aux appartements des préfets, au sein desquels se déroulait la petite fête de Pansy. Au moment où la cicatrice de Drago avait fait son apparition, tous deux furent persuadés qu'Emma ne pouvait que se trouver à cette fameuse soirée d'Halloween, qui plus est, en compagnie de Théodore. Dès lors, ils s'étaient hâtés de rejoindre les lieux, le jeune homme en tête semblait n'apprécier que très moyennement l'idée de les savoir ensemble.

La rousse fut surprise de voir le Préfet-en-chef emprunter le couloir menant notamment à la salle de bain des préfets. Délivrant le mot de passe qu'elle n'hésita pas à mémoriser, ils débouchèrent alors sur la plus spacieuse et luxueuse salle d'eau qu'elle avait eu l'occasion de voir. Sans s'attarder, Drago fonça vers la représentation d'une magnifique sirène, lui donnant un second mot de passe avant qu'un passage ne se dévoile une fois le tableau coulissé. Les sons et l'ambiance de la fête agressa sauvagement les oreilles de Morag qui, voyant enfin sa course se stopper, reprenait son souffle.

- Un petit passage dans la salle de bain des préfets ça tente quelqu'un ? proposa aussitôt Pansy en les voyant débarquer de nulle part. Toi tu as de la chance de te pointer avec cet accès inattendu ! l'entendit-elle alors chuchoter à Drago tandis que la plupart des convives se précipitaient vers la nouvelle pièce.

Loin de faire cas de telles menaces, Morag vit Drago s'avancer dans ce qui était la fameuse salle commune des préfets dont l'accès avait été condamné de nombreuses années auparavant. Voyant qu'il n'y avait aucune trace d'Emma et de Théodore, le blond se dirigea alors vers l'une des pièces attenantes à la salle. La rousse constata que la cicatrice avait à nouveau surgi sur la main du jeune homme. Ce dernier ressortit bredouille de son exploration de la pièce. Alors, il leva la tête avant de prendre l'escalier menant à l'étage, là où devait se trouver les anciennes chambres de préfets. A sa suite, Morag retint finalement le Serpentard par sa main rougie.

- On devrait peut-être attendre, suggéra-t-elle, peu désireuse de surprendre ses amis en pleine action.

- Et puis quoi encore ! s'exclama-t-il en éloignant brutalement son bras tendu, avant d'entrer dans la pièce qui semblait occupée. Il était bien beau ton petit discours ce matin, connard ! siffla-t-il à l'attention de Théodore qui se trouvait au dessus d'une charmante brune.

Seulement voilà, il ne s'agissait pas d'Emma. Trop aveuglé par sa colère de les penser ensemble, Drago n'avait pas semblé s'en être rendu compte. Complètement pris au dépourvu, ce fut un Théodore plutôt alcoolisé qui les fixa avec incompréhension. A califourchon sur sa partenaire, la chemise à moitié déboutonnée, le brun finit par leur lancer son plus noir regard.

- Ce n'est pas Emma, constata durement Drago sur un paradoxal fond de reproche.

- Ca je l'avais remarqué, répliqua Théodore de manière assez brute, manquant indubitablement de respect à la sixième année qui ne savait plus où se mettre. Vous ne l'avez toujours pas trouvée ? Pourquoi pensiez-vous qu'elle était avec moi ?

Son regard tomba alors sur la main rougie de Drago qui n'arborait plus aucune cicatrice à cet instant. Tous trois devaient certainement se poser la même question : si ce n'était pas Théodore, avec qui Emma avait-elle bien pu être ? Et si...

- Drago, c'était quel genre de douleur exactement ? questionna-t-elle aussitôt.

- Emma n'était pas en danger de mort, si c'est ce que tu sous-entends, se contenta-t-il de répondre en quittant la pièce.

- Comment tu peux en être sûr ? rétorqua Théodore qui passa la porte en même temps que la rousse, abandonnant sans remords sa conquête du soir.

- Ayant testé à peu près tous les stades de cette foutue cicatrice, je peux te l'affirmer, assura-t-il tandis qu'ils dévalaient les escaliers.

- Et... de quel stade il s'agissait..? voulut savoir le brun, le Préfet-en-chef semblant les conduire dans ce qui était sa chambre personnelle.

- Qu'est-ce que ça peut te foutre ! lança Drago, toujours aussi hors de lui avant de s'affaler sur le seul fauteuil de la pièce et de se pincer nerveusement l'arête du nez. La douleur était moins intense que quand vous étiez ensemble mardi soir, reprit-il une fois calmé. Même si...

- Même si quoi ?

- Même si j'ai parfois eu l'impression que c'était différent.

- C'est qu'il y avait quelque chose d'autre, Drago ! assura Morag, plus inquiète que jamais, s'y connaissant également en matière de cicatrice. Quelque chose d'anormal est arrivé.

Tous trois se dévisagèrent alors, avant de se perdre dans leurs mutuelles réflexions, à la recherche de ce qui avait bien pu arriver à Emma et de l'endroit où elle pouvait bien se cacher. Tendue, Morag finit par s'assoir au bord du lit, le regard plongé vers le sol. La soirée n'était pas prête d'être terminée...

*** They all fall down ***

Padma Patil assistait avec ennui à la troisième partie d'échec de Michael et d'Anthony. En ce soir d'Halloween, la jeune fille se sentait vraiment lasse, nostalgique de la vie d'avant. Mandy lui manquait, Terry lui manquait, leur petit groupe lui manquait. Elle regrettait plus que tout l'insouciance qu'ils avaient pu connaître des années auparavant. Une intense envie de retrouver sa sœur jumelle se fit sentir en elle. Mais le couvre feu étant passé depuis bien longtemps déjà, il n'y avait aucune chance pour elle de pouvoir réaliser ce profond besoin.

- Echec et mat, lança Anthony pour la troisième fois de la soirée.

- C'est vraiment pas mon soir, se lamenta Michael en s'enfonçant dans son fauteuil, l'air ronchon.

Contrairement à son habitude, Padma ne fit aucun commentaire cinglant, se contentant de jouer pensivement avec sa longue natte. Remarquant cette réserve inhabituelle, Anthony l'interrogea du regard. La jeune fille éluda la question muette d'un mouvement de tête avant de finir par poser la poser sur l'épaule de son ami. Croisant le regard de Michael assis en face, elle comprit qu'il n'était pas nécessaire de mettre des mots sur ce qu'elle ressentait. Tous ici étaient sujets aux mêmes états d'âme. Ils restèrent ainsi en silence durant de longues secondes qui se transformèrent en minutes si la notion du temps de Padma était exacte.

Soudain, son attention fut attirée par le bruit de la porte de la salle commune. C'était Emma qui rentrait étrangement tôt de la fête organisée par et pour les « Sang-Pur ». Padma ne put s'empêcher de relever la tête de l'épaule de son voisin, intriguée par la dégaine de son ancienne amie. Alors qu'elle l'avait vu quitter la salle commune habillée de façon rageusement élégante, Emma se cachait désormais dans une vieille cape miteuse qu'elle ne lui connaissait pas. La tête baissée, le visage masqué par ses cheveux défaits, la Préfète-en-chef fonçait vers les escaliers menant aux dortoirs des filles. A son passage au plus près d'eux, l'indienne eut la vague impression d'avoir aperçu d'inhabituelles marques au niveau de sa joue gauche. Un coup d'œil vers le bas de sa robe lui apprit que cette dernière était déchirée par endroit.

Un mauvais pressentiment la traversa alors. Tournant son regard vers Anthony, elle capta en lui le même air soucieux. Y avait-il un rapport avec ce qu'il s'était passé en milieu de journée lorsque Morag était à la recherche de sa camarade de dortoir ? Padma secoua la tête comme pour chasser ces pensées. Pourquoi se préoccuper de celle qui les avait trahis ? L'on ne récoltait que ce que l'on semait. Si Emma s'était impliquée dans quelque chose qui la dépassait désormais, elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle même.

- Tu devrais peut-être aller la voir, suggéra finalement Anthony.

- Qui ça ? questionna Michael qui, dos à l'entrée de la salle commune, n'avait rien vu.

Personne ne lui répondit. Padma maudissait Anthony de faire autant cas de leur ancienne amie. Mais elle se détestait tout autant de ressentir la même inquiétude en se remémorant l'état pitoyable de la brune à son retour. Elle avait beau lutter, elle n'arrivait pas à mettre de côté l'idée qu'il était arrivé quelque chose de grave. Puis, elle pensa à Mandy. La blonde ne lui pardonnerait jamais de ne pas s'être bougée le petit doigt si tel était le cas. Et elle-même, se le pardonnerait-elle ?

Sans plus attendre, l'indienne se leva soudainement et se dirigea à son tour vers les dortoirs, sous le regard surpris de Michael et celui rassuré d'Anthony. Pour la première fois depuis longtemps, Padma emprunta le petit escalier menant à son ancienne chambre. Elle n'y avait plus mis les pieds depuis la rentrée, lorsqu'elle avait décidé d'échanger sa place avec Morag Macdougal. Une fois à l'intérieur, la jeune fille constata que le dortoir était vide, la cape miteuse jonchant tout de même le sol. Un bruit d'eau lui parvint de la salle de bain. S'y rendant, Padma trouva une Emma encore toute habillée, assise à même le sol de la douche, une petite fiole à la main. Le visage légèrement tuméfié, la robe sans dessus dessous, la brune – trempée jusqu'aux os – était vraiment à faire peur.

Doucement, l'indienne s'approcha de la cabine de douche qui était restée grande ouverte. Elle referma le robinet alors que l'eau s'arrêtait de couler. Emma l'ignorait ou plutôt avait-elle le regard hagard, scotché dans le vide. Padma se recula afin de s'emparer d'une serviette et revint vers celle qui n'était pourtant plus son amie. A genoux, l'indienne entreprit d'essuyer doucement le visage meurtri d'Emma qui se laissa faire. Une fois le maquillage dégoulinant ôté, elle recouvrit sa poitrine et ses épaules de ladite serviette. Ce fut alors que les yeux verts rencontrèrent les yeux noirs.

- Tu ne devrais pas être là, déclara faiblement la Préfète-en-chef en la fixant, impassible.

- Tu es dans un sale état, Emma, se contenta-t-elle de répondre alors que lui parvenait un rire ironique. Qui t'a fait ça ?

- Ne fais pas comme si tu t'en souciais.

- Tu me connais, Emma. Je ne serais pas devant toi si je ne m'inquiétais pas.

- Tu es sûre de vouloir savoir ce qu'il s'est passé, Padma ? Car tu vois, je doute que tu sois capable de gérer émotionnellement ce genre de choses.

- Essaie toujours, insista-t-elle avec appréhension.

- Aujourd'hui le meurtrier de mon père est mort, déclara la brune avec gravité après un temps d'arrêt.

- Est-ce que tu... déduisit l'indienne avec horreur.

- Non, j'ai refusé. Et Carrow n'a pas apprécié.

- Alors il t'a torturé...

- Au début.

- Ne me dit pas que... Il t'a...

- Il n'a pas eu le temps d'aller jusqu'au bout, précisa-t-elle sans une once d'émotion dans la voix.

- Emma... souffla l'indienne encore sous le choc. Et l'assassin de ton père ?

- Carrow a fini par le tuer. Et sa sœur a voulu que je me débarrasse moi-même du corps.

- Quelle horreur ! Mais... Il a voulu faire « ça » devant sa propre sœur ?

- C'est elle qui l'a stoppé à son arrivée.

- Pour une fois que cette mégère fait quelque chose de bien, s'exclama Padma avant qu'un court silence ne se reforme. Et... comment tu t'y es prise ? Pour te débarrasser du corps...

- Tout ce que je peux te dire, c'est qu'il n'y a pas pire que l'odeur de chair brûlée, répondit lentement Emma avant de boire entièrement la fiole qu'elle avait à la main.

A cet aveu, Padma recula quelque peu. Sans doute n'était-ce que dans sa tête, mais elle eut la soudaine impression de sentir à son tour cette indescriptible odeur de mort. Se serait-elle incrustée dans ses habits, dans ses cheveux ? Un violent haut le cœur s'empara alors de l'indienne.

- Quand je te disais que tu étais incapable de gérer ce genre de choses, affirma la brune.

- « Ce genre de choses » ! Mais tu te rends compte de l'horreur de la situation ? s'exclama-t-elle, légèrement outrée par le flegme de son interlocutrice.

- Maintenant que j'ai satisfait ta curiosité malsaine, aurais-tu l'obligeance de me laisser seule, Padma, s'il-te-plait ? lâcha soudain Emma, attisant ainsi la colère de l'indienne.

- Ma... curiosité malsaine ! Alors que j'ai pris sur moi, mettant nos différends de côté, afin de pouvoir venir vers toi. Et c'est comme ça que tu me traites ! explosa-t-elle en se levant brusquement.

- Je n'ai pas besoin de quelqu'un qui se soucie plus de savoir comment on le traite plutôt que de savoir quelqu'un en détresse. Et ça, c'est ce que tu as toujours fais, Padma.

- Tu parles d'une détresse ! Pour quelqu'un qui vient de se faire agresser et d'incinérer le corps d'un mort, tu sembles en plutôt bonne forme, répliqua-t-elle férocement en croisant les bras.

Le visage de la brune s'assombrit légèrement mais Padma décida qu'il était trop tard. Touchée dans son orgueil, elle ne se sentait pas capable de revenir à nouveau vers la jeune fille. Non seulement elle ne s'en sentait pas capable, mais en plus, elle avait cette voix à l'intérieur d'elle qui lui hurlait de se tirer vite fait bien fait et de ne pas s'engager dans « ce genre d'histoire ». Emma avait peut-être raison sur un point finalement, elle n'était pas prête à gérer émotionnellement de telles atrocités de la part de ce monde pourri qu'elle prétendait combattre. La brune ne répondit pas, se contentant d'amener magiquement à elle une énorme gourde cachée dans le tiroir réservé à Su Li.

- Si tu le dis, finit-elle par dire avant de boire à pleine gorgée le liquide du récipient.

La vue de celle qui avait été son amie l'insupporta soudain tellement qu'elle exécuta son envie de quitter cette pièce au plus vite. Elle regrettait amèrement d'avoir écouté Anthony et de s'être écoutée elle-même. Comme toujours, il fallait que leur relation se désagrège au point que l'avenir même d'Emma ne l'inquiète pas plus que ça. Qui sème le vent, récolte la tempête, se répéta mentalement l'indienne en descendant les escaliers du dortoir.

*** They all fall down ***

Drago Malefoy entra en trombe dans les toilettes désaffectées du second étage, suivi de près par Morag et Théodore. Telle avait été son ultime idée afin de trouver la moindre trace d'Emma. Trouver Mimi Geignarde et l'envoyer en éclaireur. Un fantôme n'avait-il pas après tout la capacité de se déplacer à la vitesse de la lumière, de traverser les murs et les pièces comme il l'entendait ? Mais voilà, encore fallait-il que Mimi l'entende. Et après tant de temps sans être venu lui rendre visite, il se doutait que la tâche ne serait pas des plus faciles.

- Mimi ?

- Pourquoi faut-il absolument que ce soit elle, il y a tant d'autres fantômes dans le château ! insista Morag qui ne semblait pas convaincue par l'idée. Je suis sûre que la Dame Grise serait ravie de nous aider. C'est le fantôme de Serdaigle après tout.

- Mimi aussi était à Serdaigle, répliqua-t-il sans faire vraiment cas des remarques de sa camarade.

Théodore restait quant à lui silencieux, observant avec concentration ces lieux qu'il ne devait avoir jamais pénétré. Puis soudain, Drago vit son ami faire un bond en avant au moment où Mimi surgissait de nulle part, le traversant à l'en glacer.

- Drago, comme je suis heureuse de te voir ici. C'est ta fiancée qui t'as convaincu de venir me voir ? fit mielleusement le fantôme en tournant gracieusement autour de lui.

- Tu as parlé à Emma ? Elle est venue ici ?

- Profiteurs ! Voilà ce que vous êtes tous ! s'écria subitement Mimi d'une voix perçante et haut perchée.

- J'ai besoin de ton aide, Mimi, garda-t-il son calme alors que Morag s'était bouchée les oreilles.

- Voyez-vous ça.

- Et je sais que je peux compter sur toi, comme tu me l'as toujours prouvé.

- Tu es en danger de mort, encore une fois ? quémanda-t-elle d'une voix soudainement intéressée.

- Pas moi. Mais nous avons de fortes raisons de penser qu'Emma le soit, dévoila-t-il avec sérieux.

- Je n'ai pas très envie de partager mes tuyaux avec elle, bouda le fantôme en s'élevant un peu plus. Et malheureusement, s'il devait lui arriver quelque chose là où elle se trouve à l'heure qu'il est, j'ai bien peur qu'elle ne finisse par me piquer une partie du réseau de tuyauterie.

- Tu sais où elle se trouve ? s'enquit brusquement Théodore, plus rapidement que les autres.

- Dans des toilettes, suggéra Morag tentant de déchiffrer les dires du fantôme.

- J'ai entendu sa voix lorsque je me baladais dans les tuyaux du dortoir des Serdaigle, annonça Mimi comme si de rien n'était. C'était juste avant que tu te sois enfin décidé à m'appeler Drago, ajouta-t-elle rêveusement. Je pourrai reconnaître ta voix entre mille. Et Merlin sait qu'il y en a dans ce château !

- Et ton soit disant sort de détection Morag ! réprimanda-t-il avec vigueur.

- Je ne comprends pas, c'était censé nous prévenir si elle passait la salle commune par quelqu'entrée que ce soit.

- A moins qu'elle ne vous ait devancé et jeté le contresort avant d'y entrer. C'est d'Emma dont il s'agit, elle est loin d'être idiote, assura Théodore juste avant que le regard de tous ne soit attiré par l'apparition d'une rougeâtre et sanglante cicatrice au dos de la main de Drago.

- Oh merde ! jura soudain le blond avant de partir en trombe.

- Ne me remerciez pas surtout ! hurla, vexée, Mimi Geignarde juste après s'être retrouvée seule dans ses toilettes.

Mais plus rien ne comptait pour Drago mis à part le fait d'atteindre au plus vite le dortoir des Serdaigle où devait encore se trouver Emma. Son cœur se serra à l'idée de la savoir en danger de mort imminent. La douleur qu'il ressentait à sa main était la plus intense de toute et le sang qui s'y écoulait ne pouvait signifier qu'une chose. Emma se mourrait. Ce n'était pourtant pas le moment d'avoir le souffle coupé, au vu de la vitesse à laquelle il s'était mis à courir. Une fois au niveau des escaliers magiques, Drago maudit l'immensité de ce château. Combien de temps allait-elle encore tenir ? Que lui arrivait-elle ? Etait-ce ce putain de vitriol ?

- Tu vas sans doute avoir besoin de ça ? surgit Morag de nulle part en lui tendant un balai, flottant elle-même sur un identique objet.

- Je retire toutes les injures que j'ai pu dire à ton égard, la remercia-t-il en grimpant illico presto sur ledit objet avant de fuser à travers l'immense cage d'escalier de Poudlard, en direction du septième étage.

- Un chance que le château regorge de placard à balais, l'avait-il entendu répondre juste avant son décollage.

Une fois l'étage atteint, ils bifurquèrent tous deux dans le couloir menant à la salle commune des Serdaigle, Drago en tête. Arrivé au niveau de l'escalier en colimaçon, le jeune homme s'y engouffra habilement avant de s'arrêter devant le bec d'aigle qui commença à énoncer son énigme.

- Fou de douleur, je me suis jeté dans une mer qui porte mon nom. Qui suis-je ?

- Morag ! cria-t-il après la Serdaigle sans avoir écouté un traitre mot de la question.

- Mauvaise réponse, refusa la représentation en forme de bec.

- Egée, répondit la jeune fille une fois en haut des escaliers, cette dernière les ayant monté à pied.

- Bonne réponse.

La porte s'ouvrit alors sur une salle commune quasiment vide, dont les derniers occupant furent plus que surpris de voir débarquer un Serpentard au sein de leur fief. Drago suivit Morag jusqu'au prochain escalier menant aux dortoirs. Un coup d'œil vers sa main lui apprit que la cicatrice saignait toujours autant. Quelque soit son état, Emma était encore en vie. Tout à coup, le jeune homme perdit brusquement l'équilibre, Morag glissant et tombant contre lui. Dans leur course, aucun d'eux n'avait pensé au sortilège de protection du dortoir des filles contre les garçons. Devenu un vrai toboggan, ils leurs étaient désormais impossible d'emprunter l'escalier. Fort heureusement, il avait toujours à la main le balai qu'il enfourcha aussitôt.

- Je monte avec toi, le prévint Morag en s'exécutant. J'ai bien peur de ne pas être aussi habile que toi dans les couloirs, s'expliqua-t-elle juste avant qu'ils ne s'envolent vers lesdits dortoirs.

La jeune fille se cramponna à lui avec force, le guidant le plus précisément possible malgré la vitesse. Lorsqu'enfin ils arrivèrent dans la chambre, Drago sauta de son balai et courut jusqu'à la sale de bain. Emma était là, gisant sur le sol de la douche, non loin d'une gourde que sa main en sang tenait du bout des doigts.

- Emma ! hurla-t-il en s'agenouillant près d'elle. Emma, réveille-toi je t'en supplie, ne put-il contrôler dans sa voix le fort sanglot d'impuissance qui lui venait. Pourquoi t'as fait ça...

S'emparant de la gourde, il la jeta violemment contre le miroir qui se fissura aussitôt. Redressant doucement la tête de sa fiancée, il constata qu'elle ne respirait plus. Par réflexe, il examina son pouls et fut horrifié de ne rien sentir. Evitant de s'attarder sur le fait que sa robe soit en lambeaux, Drago pencha son oreille sur sa poitrine afin d'entendre – l'espérait-il ardemment – un quelconque battement de cœur. Mais rien ne vint.

- Vos cicatrices, elles... l'écoulement du sang s'affaiblit, remarqua Morag d'une voix blanche.

- Non, non ! Reviens, tu m'entends, je t'ordonne de revenir !

- Drago... fit en pleurs la jeune rousse.

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? demanda une voix alors que de nouvelles personnes semblaient débarquer.

- Elle... Elle ne respire plus, sanglota Morag avec impuissance.

- Pousses-toi, ordonna soudain Michael Corner à Drago.

Ne l'écoutant pas pour une noise, le jeune homme lui lança l'un de ses plus noirs regards. Le Serdaigle se fit toutefois force et s'imposa aux côtés de la jeune fille inconsciente. Plaçant ses mains au niveau de sa poitrine, Corner fit trois fortes pressions sur son cœur avant de se pencher vers sa bouche et de l'embrasser.

- Mais qu'est-ce que tu fous ! s'invectiva-t-il à ce constat.

- Je tente de sauver ta fiancée, pauvre con, rétorqua-t-il en reprenant ses pressions.

N'ayant aucune alternative, Drago le laissa continuer, se reculant quelque peu du corps encore sans pouls d'Emma. Alors qu'il serrait sa main inerte dans les siennes, le sang s'écoulant toujours un peu plus faiblement, le Serpentard leva les yeux vers Morag. Des larmes d'extrême angoisse inondaient ses joues rougies. Puis, il constata qu'étaient présent Goldstein et Patil, le premier sondant anxieusement les gestes de son ami, la seconde se morfondant d'horreur dans un coin de la salle de bain. La douleur de sa cicatrice était plus intense que jamais. Emma avait-elle vécu ça le jour où il était lui même près de rendre l'âme ?

Ce fut alors que surgit dans la pièce devenue exigüe, Théodore – balais en main – accompagné de Mrs. Pomfresh. Cette dernière prit alors les choses en main, demandant tout de même à Corner de continuer ce qu'elle appela le « massage cardiaque ». Installant magiquement un genre de ballon insufflant par à-coups de l'air à Emma, l'infirmière interpella Théodore qui lui tendit un flacon médicamenteux. Puis, ce fut à ce dernier de remplacer le massage cardiaque de Corner par un sortilège dont Drago avait vaguement entendu parler au cours de ses premières années à Poudlard. Une fois Corner éloigné, le blond reprit sa place auprès d'Emma qui, toujours aussi pâle, sombrait toujours dans l'inconscience.

Aussi soudainement qu'elle était apparue, la douleur disparut, leurs cicatrices cessant totalement de saigner. Serrant un peu plus fort la main de sa fiancée, il sentit alors de légères et très faibles pulsations au niveau de son pouls. La portant à sa bouche, Drago déposa au creux de sa paume un baiser d'espoir. L'espoir qu'Emma soit guérie, l'espoir qu'Emma soit sauvée.

They all fall down.


Bonsoir à tous !

Voici la deuxième partie de ce chapitre qui raconte les évènements du point de vue de différents personnages.

Beaucoup de choses sombres s'y passent. J'espère que cela ne fait pas "too much". Même si j'y intègre toute une série de drames, j'ai essayé au mieux de créer un fil conducteur logique à tout ce qui se passe.

Hâte d'avoir vos réactions par rapport à tout ceci ! Plus que deux chapitres avant la fin du tome 3.

A bientôt !

Desea Oreiro