Les mains jointes en un dernier mudra, Nagato lâcha le nom de sa technique, qui résonna dans l'abri comme une sentence :
-Statue de l'hérétique, cycle éternel des réincarnations.
-Non ! s'écria Konan, à la stupéfaction de Naruto et Itami.
Aucun des deux ne connaissait cette technique. Son nom n'était même pas familier à Itami, qui se demanda de quoi il pouvait bien retourner.
-Ne t'en fais pas Konan, la rassura Nagato. J'ai fait mon choix… Un nouveau choix, même si j'avais abandonné tout espoir.
-Qu'est-ce que c'est que ce jutsu ? voulut savoir Naruto.
-Celui qui possède le Rinnegan peut utiliser tous les jutsu des six Pain, expliqua Konan. On dit de lui qu'il existe hors du monde des vivants et des morts. Grâce à ses pupilles, Nagato est comme un septième Pain. Son pouvoir peut commander la vie et la mort.
Naruto eut l'air perdu.
-Je ne suis pas sûre de comprendre, avoua Itami.
-Seulement, continua Konan en ignorant leur air désemparé, cette technique… N'a d'autre issue que la mort de son utilisateur.
-Quoi ? éructa Naruto. Mais pourquoi ?
-Tais-toi et regarde comme tu as changé Nagato, Naruto.
-Qu'est-il en train de faire, au juste ? insista Itami.
-On dirait que de plus en plus de villageois sont en train de revenir à la vie, expliqua une petite voix.
Itami tourna vivement la tête vers Katsuyu, perchée sur l'épaule de Naruto.
-Pardon ? fit-elle, le cœur battant soudain très vite.
Elle n'osait pas vraiment y croire, n'osait pas s'accrocher à l'espoir que, peut-être, on leur donnait une autre chance. Qu'on appuyait sur le bouton d'un retour en arrière.
-Prenez cela comme un dédommagement, souffla difficilement Nagato.
Ils étaient trop loin pour qu'elle arrive à discerner tous les chakras de Konoha. Brusquement prise d'une impatience incontrôlable, Itami brûlait d'envie de se lancer dans cette direction à toute vitesse. Pour voir, pour vérifier. Et pourtant, au fond d'elle, elle continuait à s'interdire d'espérer. Trop effrayée d'être déçue.
Le feu continuait de crépiter doucement, faisant craquer les bûches qui l'alimentaient. Sakumo Hatake regardait son fils avec attention.
-Je vois…, lâcha-t-il lorsque Kakashi eut fini de lui raconter toute son histoire. Quel dommage que nous soyons morts si tôt, tous les deux. Enfin, pas autant que ta mère…
Kakashi garda le silence une seconde, les yeux rivés sur la terre à ses pieds.
-Malgré le résultat final, papa, tu as fait de ton mieux.
Sakumo eut l'air incrédule. La bouche entrouverte et les yeux ronds, il fixa son fils, incapable de vraiment y croire.
-Je peux comprendre maintenant, poursuivit Kakashi. Tu as violé toutes les règles pour sauver les autres. Et à présent… Je suis fier d'être ton fils.
Ce fut un choc. Sakumo sentit les larmes lui monter aux yeux. Il était resté là tout ce temps, coincé entre deux mondes, incapable de tourner la page, attendant désespérément…
-Merci, articula-t-il, la voix rauque et la gorge nouée.
Kakashi n'eut pas le temps d'ajouter un mot. Soudainement frappé par ce qui ressemblait à un rayon de lumière, il se figea sur place, paralysé et l'air ahuri.
-Que…
-On dirait que ton heure n'était pas encore venue, finalement, constata posément Sakumo. Il semblerait que tu aies encore quelque chose à accomplir.
Kakashi cligna de l'œil, stupéfait. Le rayon l'enveloppait tout à fait à présent.
-Papa…
-Je suis heureux d'avoir pu te parler. Merci de m'avoir pardonné. Je peux partir en paix maintenant, et aller retrouver ta mère.
Puis la voix se tut. Le feu disparut, Sakumo avec. Ce fut le noir complet.
Itami avait l'impression de ne plus respirer. Naruto, lui, gardait un regard incrédule sur Nagato, qui semblait souffrir terriblement.
-Tu…
-La guerre fait des morts… Des blessés, de la souffrance, des deux côtés. Et plus quelqu'un t'est précieux, plus il est difficile d'accepter qu'il pourrait mourir. En fait, tu finis par te convaincre qu'il est impossible que tes proches puissent mourir. C'est d'autant plus le cas pour ta génération, qui n'a pas connu la guerre. On cherche alors un sens à donner à ces morts, mais il n'y a rien… rien que la souffrance et une haine incommensurable. Le gâchis de la mort, une haine éternelle, et une souffrance impossible à guérir… Voilà ce qu'est la guerre.
Les mots venaient de plus en plus difficilement à Nagato, qui haletait péniblement. La sueur lui coulait sur le front, le long du visage.
-Ce sont les choses que tu auras bientôt à affronter… Naruto…
Ce fut à peine s'il parvint à articuler ses dernières paroles. Les mots étaient presque inaudibles.
-On dirait que… c'est la fin… Mais je crois que toi seul pourras…
Du sang lui coulait sur le menton. Bien malgré elle, Itami avait la poitrine serrée. Comment pouvait-elle éprouver tant de tristesse, tant de compassion à propos de la mort de cet homme, qui n'avait pas hésité à leur arracher tant de vies, jusqu'à leur village ? Peut-être parce qu'elle avait éprouvé également ses souffrances. La mort de ses parents, de son frère, de ses amis l'accompagnaient encore à chaque instant de la journée. Oui, en y réfléchissant bien, elle avait beau le haïr et lui en vouloir, elle le comprenait aussi.
-Il est mort, réalisa-t-elle dans un souffle.
En effet, Nagato avait cessé de respirer. Ses yeux s'étaient clos sur les précieux Rinnegan. Mais dans la mort, malgré la maigreur de ses traits et son teint pâle, il avait un air serein et presque… apaisé. Autour d'eux, les papiers de Konan se mirent à tourbillonner et la lumière se fit à mesure que l'arbre gigantesque et creux qui les avait abrités se mettait à disparaître.
-Que vas-tu faire, maintenant ? s'enquit Naruto.
-Pas regagner Akatsuki j'espère, marmonna Itami.
-Non. Yahiko et Nagato étaient tout ce qui comptait pour moi. Je quitte Akatsuki. Le rêve de Yahiko, puis celui de Nagato, reposent maintenant sur toi, Naruto. C'est à toi qu'ils appartiennent désormais. Puisque Nagato était prêt à croire en toi, ce sera aussi mon cas. Nous autres du village de la Pluie poursuivrons ce rêve avec toi.
Itami était terrifiée. Maintenant que Pain était vaincu, que Nagato n'était plus, que la victoire était leur, ils devaient faire demi-tour et regagner le village. Et alors ils devraient faire face aux événements, à la destruction totale de leur village rasé, et surtout, aux morts. Elle avait beau y penser, elle n'arrivait pas à se persuader que tout serait miraculeusement redevenu comme avant. Elle ne se l'autorisait tout simplement pas. Elle était convaincue qu'à leur retour, il faudrait se confronter aux victimes, à leurs disparus. Et Itami n'était pas douée pour cela. Jusque-là, l'adrénaline, l'urgence du combat, la nécessité de la survie l'avaient portée mais désormais elle sentait ses genoux flageoler, son corps lui rappeler sa défaillance physique, son cœur lui remémorer ce qui ne l'attendait plus à Konoha. Elle mit un pied devant l'autre en se demandant comment elle tenait encore debout.
Avec Naruto, ils avancèrent ensemble à travers la forêt, marchant de front. Naruto paraissait fatigué et traînait un peu des pieds. Itami, elle, commençait réellement à peiner. Ses blessures mal soignées, le sang qu'elle avait perdu, la fatigue mentale et physique s'accumulaient et, un moment, elle chancela. Elle se rattrapa à un tronc d'arbre et Naruto lui jeta un regard inquiet. Secouant la tête, elle inspira profondément et se redressa pour reprendre leur chemin. Il n'était que de quelques kilomètres, mais la distance semblait soudain infranchissable. Pour continuer d'avancer, Itami avait baissé les yeux sur le sol. À chaque pas, elle craignait de finir par buter sur une racine ou un caillou et de s'étaler par terre, à bout de force.
D'un coup, Naruto se figea. Itami le sentit s'immobiliser brusquement près d'elle, sans comprendre pourquoi, et releva la tête vers lui. Il s'était arrêté, le regard rivé sur un point droit devant lui et, intriguée, elle tourna les yeux pour suivre la direction de son regard.
Alors elle stoppa net à son tour. Ébahie.
Kakashi se tenait là, devant eux, bien droit sur ses pieds, l'air à peu près intact à part quelques traces de combat sur ses vêtements. Surtout, il était vivant. Vivant !
Le regard de Naruto passa de Kakashi à Itami et, malgré sa joie de voir son ancien professeur en vie, il garda le silence, ne voulant pas interrompre ce qui était en train de se passer – quoi que ce soit. Les yeux de Kakashi, eux, quittèrent un instant ceux d'Itami pour la parcourir de la tête aux pieds. Il nota qu'elle avait perdu sa veste de Jonin, que son t-shirt était déchiré à l'épaule, qu'un bandage imbibé de sang séché lui entourait le haut du bras et qu'une cicatrice toute fraîche lui barrait le ventre, témoin d'une blessure récente qu'aucun médecin ninja n'avait encore pu examiner et soigner.
-Kakashi.
Au son de sa voix, il releva vivement les yeux. Itami avait fait un pas en avant, les jambes tremblantes. En un instant, sans vraiment comprendre comment cela était arrivé, ils franchirent tous deux la distance qui les séparait. Ils se retrouvèrent dans les bras l'un de l'autre sans bien savoir comment. Itami s'accrocha à son cou, agrippant le dos de sa veste et, les bras passés autour de sa taille, il la serra contre lui. Il avait pensé ne plus jamais en avoir l'occasion. Elle avait cru devoir enterrer son cadavre à son retour.
Il se passa une éternité avant qu'ils ne se résolvent à se lâcher. Aucun mot n'avait été prononcé jusque-là en dehors du prénom de Kakashi, qui écarta légèrement Itami de lui pour l'examiner une nouvelle fois.
-Tu vas bien ? s'enquit-il d'une voix un peu rauque.
Elle hocha la tête, mais les cernes qui marquaient son visage étaient éloquents.
-Venez, ordonna doucement Kakashi. Un médecin s'occupera de vous.
-Maître Kakashi, Konoha… ? osa Naruto.
-Venez, répéta-t-il. Vous verrez.
Naruto approuva d'un signe de tête et ils se remirent à marcher, suivant Kakashi. Ils continuèrent d'avancer lentement. L'épuisement commençait à envahir Naruto et Itami sentait ses jambes flageoler à chaque pas. Finalement, elle trébucha. Dans la seconde, la main de Kakashi se posa sur son bras, ferme et assurée.
-Laisse-moi te porter, réclama-t-il.
-Je ne suis pas un bébé, Kakashi.
-S'il te plaît.
Elle leva les yeux au ciel mais, comme il se baissait devant elle, elle accepta de lui grimper sur le dos. Il glissa un bras sous chacune de ses jambes et ils purent reprendre leur route ainsi, au rythme prudent de Naruto.
Puis ils finirent par arriver en vue des ruines de Konoha. Mais le champ de bataille était invisible, dissimulé par la foule qui s'était rassemblée là. C'était apparemment la totalité du village qui se tenait à l'orée des bois et qui se mit à applaudir en les apercevant, manifestant sa joie. Des exclamations enthousiastes se firent entendre par-dessus les acclamations :
-Le voilà !
-Tu es un héros, Naruto !
-On savait que tu pouvais le faire !
Sur le dos de Kakashi, le menton appuyé sur son épaule, Itami eut un léger sourire empreint de fatigue :
-Eh bien, on dirait qu'ils t'attendaient tous.
Kakashi gloussa et elle sentit son épaule vibrer agréablement contre son visage. Elle avait envie de fermer les yeux et de se laisser aller, de sombrer enfin dans un sommeil réparateur. Cependant, Naruto s'était légèrement avancé vers la foule et, prenant cela comme un signal, les villageois s'élancèrent joyeusement vers lui, l'entourant, le pressant de toutes parts, le félicitant à tout va. Il avait l'air ahuri.
-Sakura ! s'exclama Naruto en apercevant son amie dans la foule.
-Comment as-tu pu prendre des risques pareils ? s'écria Sakura avec colère avant de lui asséner son poing dans le ventre.
-Ouch !
Mais lorsqu'il se redressa, Sakura lui passa les bras autour du cou.
-Idiot, rit-elle. Merci, Naruto. Merci.
Itami embrassa les gens d'un regard circulaire. Elle aperçut Gaï, qui inclina la tête dans sa direction, et ses élèves ; Hinata Hyuga, bien campée sur ses jambes et l'air rétabli ; Shikamaru Nara, Ino Yamanaka et Choji Akimichi ; Kiba Inuzuka et son coéquipier, Shino Aburame ; Konohamaru Sarutobi, qui pleurait comme un bébé, de la morve coulant abondamment de son nez ; Iruka Umino et Shizune ; et même Raido, qui lui adressa un clin d'œil avant de les rejoindre d'un déplacement instantané.
-Tu as une sale tête, Tam, se moqua-t-il.
-Ça va, ça va, marmonna-t-elle.
-L'équipe médicale a fait installer des tentes, reprit-il plus sérieusement. Tu devrais aller y faire un tour.
-Je l'y emmène, s'empressa de décréter Kakashi.
Elle ne tenta même pas de protester et se laissa porter. En passant à proximité de Sakura, Kakashi lui adressa un signe de tête et la jeune fille s'empressa de leur emboîter le pas.
-Comment allez-vous, maître ? demanda-t-elle.
-Comme un charme, lui assura Kakashi.
-Ce n'est pas à vous que je parlais, rétorqua Sakura assez sèchement.
Kakashi leva un sourcil et fit la moue. Itami esquissa un sourire un peu las.
-Ça va…, soupira-t-elle. Katsuyu a traité le plus urgent.
-Hm, grogna Sakura avec un regard noir en direction de son épaule.
Après cela, ils gardèrent le silence pendant le reste du trajet. Itami se satisfaisait du fait de sentir les muscles du dos de Kakashi contre son ventre, et lui trouvait quelque chose d'étrangement réconfortant dans le souffle qui lui chatouillait le cou.
Ils arrivèrent rapidement en vue des tentes érigées pour l'équipe médicale. Itami en nota une qu'on avait montée légèrement à l'écart.
-Comment va Tsunade ? voulut-elle savoir.
-Elle a utilisé le jutsu de Katsuyu pour protéger tout le monde… Elle n'a pas encore repris connaissance, se désola Sakura d'une voix inquiète. Je ne sais pas quand elle se réveillera.
-Mauvaise nouvelle ça, maugréa Kakashi, tendu.
Leur arrivée auprès d'une autre tente les empêcha de poursuivre cette conversation.
-Nous y sommes, déclara Sakura en écartant le pan de l'entrée.
Kakashi se baissa pour laisser Itami descendre de son dos. Elle en éprouva un certain regret. Elle avait apprécié la chaleur et la solidité de son corps contre le sien, comme un rocher dans la tempête.
-Revenez plus tard, lui indiqua Sakura.
-Mais…, tenta Kakashi.
-Ah non ! s'exclama-t-elle. Je n'ai pas besoin de vous dans mes pattes.
Résigné, Kakashi fourra les mains dans ses poches et rentra la tête dans ses épaules avant de tourner les talons. Itami le regarda s'éloigner une seconde, puis suivit Sakura à l'intérieur de la tente. Elle laissa la jeune fille la guider vers un lit de camp et s'effondra dessus.
-Bien, fit Sakura. Regardons tout cela.
