Bonjour.

Cela n'est pas coutume, je m'excuse platement de ce retard. La vie est toujours chargée, et je reconnais avoir eu beaucoup de mal à poster ces deux derniers chapitres pour cette histoire si chère à mon cœur.

J'espère que vous les apprécierez et me livrerez vos avis que j'attends, malgré tout, avec impatience.

Un merci infini et aussi aimant qu'humainement possible à Ya-chan, le phare de mes nuits noires. Je l'aime.

Je vous aime.

Bonne lecture!

~paopu.


Naminé et Kairi n'étaient pas là depuis trois jours que, déjà, leur existence m'était entièrement indifférente.

Je voulais désespérément me persuader que je les aimais. Vraiment. Je ne souhaitai rien autant que je souhaitais les aimer.

Mais je n'y parvenais pas.

Mon esprit se concentrait sur bien d'autres envies et bien d'autres désirs que l'amour de mes filles.

Je pensais, je dois l'admettre, bien plus souvent à la couleur éclatante du sang, à l'odeur entêtante du sperme, de l'alcool et de la sueur, qu'au bleu majestueux de leurs yeux.

D'autant qu'ils n'avaient rien à envier au bleu roi de Roxas. Elles ne pouvaient pas, quand bien même elles auraient essayé, lui enlever sa fascinante laideur, sa superbe répugnance ni son suave dédain.

La culpabilité qui dévorait mon estomac, qui rongeait mon sang, enclavait ma gorge, à l'idée de ne pas aimer mes filles mais d'être obsédé par un étranger me rendait fou.

Je ne dormais plus. Je le regardais dormir, comme mort dans le silence d'une chambre vide, impersonnelle, inexistante, indifférente. Je l'observais, immobile, sa respiration juste assez faible pour me laisser penser qu'elle n'existait plus.

Et, dans la pénombre, je rêvais au goût de son sang. Au goût de sa chair, dans ce qu'il pouvait avoir de plus primaire et de plus inavouable.

Je rêvais que je le consumais, que je me servais de ses os ridicules pour curer mes dents, y ôter les lambeaux de chair pourrissants qui s'y trouvaient.

Je rêvais que j'honorais son corps, de la manière la plus ignoble, innommable qui soit.

Je pensais aux hurlements de douleur qui passeraient ses lèvres si, enfin, je passais à l'acte.

Sa voix brisée.

Son sang dans mes draps.

Le murmure de mon nom sur ses cordes vocales déchirées.

Son souffle accélérant péniblement dans l'obscurité.

La moiteur dégoûtante de son sang sur mes mains, la chaleur insoutenable de ses entrailles contre mes lèvres, la peur dans son regard et ses plaintes insupportables dans l'espoir de survivre.

En vain.

Mien, maintenant, dans la douleur intolérable. Mien dans ses pitoyables gémissements.

J'imaginais que son dernier souffle serait un gémissement, avec la forme de mon nom, alors que mon sexe serait enfoui au plus profond de lui et qu'enfin, il ne serait plus qu'une extension de moi.

Je rêvais que dans sa souffrance indicible, peut-être, dans une fulgurance divine, il susurrait le mot "Papa" alors que, pour la énième fois, je violais son corps et son esprit.

Et, comme toujours quand je me perdais dans mes désirs de mort de et de perdition, Demyx me regardait ou me tapotait l'épaule, me tirant d'une manière ou d'une autre hors de cet immense cimetière mental où toutes les tombes portaient son nom.

Je retournai alors à une pseudo normalité, comme s'il n'existait pas, comme si j'étais proche de mes filles, comme si la vie continuait son cours.

Malgré tout, il était toujours là, un mauvais présage, une odeur de mort et de folie le suivant comme une malédiction et, parfois, je devais me retenir de pleurer à la seule vue de son immonde visage.

D'autres fois, je me concentrai sur le procès, sur les tortures. Quand la rage ne m'envahissait pas, je parvenais à retenir quelques informations.

Comme le nom de cette autre victime, Lexaeus, je crois, qui avait subi d'autres horreurs toutes aussi inimaginables.

Et Larxène, toujours belle, toujours froide, toujours professionnelle, inaccessible. Elle parlait de droit, de circonstances atténuantes, de culpabilité allant au-delà de celle de son client, de ce système pourri comme seul vrai problème.

Roxas ne disait jamais rien quand on entendait parler du procès. Zexion s'inquiétait, essayait de lui extirper ne serait-ce qu'un mot, un commentaire, mais il restait toujours muet, le regard fixe et la mâchoire scellée.

Les jours passaient, se ressemblaient. Peu de rebondissements, toujours le même café noir, sans sucre, la même table basse où Naminé passait ses journées à dessiner et Kairi à bouder, le même sofa où je m'affalais tous les matins en attendant que mon magnifique bourreau ne descende les escaliers. Une routine extraterrestre, irréelle et inconcevable.

Un jour, pourtant, une simple visite vint bouleverser ce sombre et étrange quotidien.

« Xaldin, officier de police judiciaire. Je cherche un Monsieur Roxas Highwind? Il semblerait qu'il demeure ici.

Ce matin-là, j'ai vu flou. J'ai demandé à mes filles de monter dans leur chambre et je suis allé chercher Roxas moi-même, le tenant par le bras suffisamment fort pour laisser des marques, même s'il ne s'est pas plaint – il n'a pas dit le moindre mot, d'ailleurs.

Je crois que j'ai demandé pourquoi un flic était venu le chercher chez moi, et l'officier a répondu "pour le procès". Il devait y être témoin.

Mon sang n'a fait qu'un tour. J'ai demandé un instant au nouvel arrivant, et j'ai tiré Roxas derrière moi jusqu'à l'illusoire sécurité de la cuisine, sous les regards effarés et inquiets de Demyx et Zexion.

Je l'ai embrassé, de toutes mes forces, avec toute l'ardeur de mon désir et de mon désespoir à l'idée qu'il me quitte.

– Roxas…

Le silence qui me répondit était étourdissant.

– Est-ce qu'on aurait pu s'aimer ?

Je voudrais pouvoir dire que cette question avait été posée dans la plus grande sérénité, mais ç'aurait été ignorer les larmes dans mes yeux et la boule dans ma gorge.

Le sourire le plus doux et le plus sincère que j'ai jamais vu éclaira tranquillement ses lèvres alors qu'il répondit d'une voix suintant de miel :

– Non. »