- Ça vous fera un total de 1180 yens, s'il vous plaît, annonça la marchande avec un large sourire.

Shikamaru sortit son portefeuille de sa poche, dépité. Comment diable deux petites pommes d'amour pouvait coûter aussi cher ?! C'était scandaleux. Toutefois, il se résigna à ne pas broncher, se disant que c'était tout simplement dû à l'effervescence du festival, et que les vendeurs n'hésitaient jamais à gonfler les prix pour ce type d'occasion. Après avoir payé, il récupéra les deux bâtonnets et en donna un à la source de sa ruine du moment. Temari saisit immédiatement sa pomme d'amour, un sourire jusqu'aux oreilles illuminant son visage.

- Merci, flemmard !

- Hmm... grommela-t-il, ne pouvant s'empêcher de zieuter son portefeuille devenu soudainement plus léger.

Temari le tira par le bras pour le forcer à la suivre et poursuivirent la découverte des autres stands présents. Elles s'arrêta à chacun d'entre eux, avec des yeux pétillants, ébahis et le sourire aux lèvres, telle une enfant découvrant toutes les merveilles que le monde pouvait lui offrir. En cet instant, elle semblait si détendue, heureuse et innocente, que Shikamaru en avait le coeur battant à cent à l'heure.

Décidément, cette femme n'avait de cesse de le surprendre. S'il devait la caractériser, il dirait sans hésitation que Temari était comme une main de fer dans un gant de velours. Il l'avait connu sauvageonne, autoritaire, parfois violente aussi. Mais ce soir, il découvrit de nouvelles facettes qui lui avaient été inconnus jusqu'alors. Elle était magnifique, radieuse, et indécemment désirable, notamment dans ce Yukata, qui lui allait à ravir. D'ailleurs, à force de la reluquer de la sorte, la bosse qui commençait à se former dans son pantalon ne manqua pas de lui rappeler à quel point il l'a trouvait sexy.

« Merde, pas maintenant ! » siffla-t-il à voix basse, dans une expression sévère.

Temari, qui l'avait entendu, se retourna vers Shikamaru en fronçant les sourcils, et le toisa du regard.

- Hum ? Tu disais quelque chose ?

Affolé, l'intéressé glissa maladroitement sa main libre dans la poche gauche de son pantalon pour appuyer sur son entrejambe, afin de masquer au mieux son érection et qu'elle n'y voit que du feu.

- Hein ? Ah, euh... non non, rien du tout, ahah... Poursuivons notre shopping !

Perplexe, elle lui adressa un regard inquisiteur. Puis, voyant qu'il affichait un sourire innocent mais franc, elle se retourna finalement pour poursuivre sa marche, ce qui laissa à Shikamaru l'occasion de soupirer de soulagement.

Tout en dégustant leur pomme d'amour, ils arpentaient les différentes allées, s'arrêtant à chaque stand qui pouvaient éveiller leurs intérêts. Ainsi, Temari fit l'acquisition d'un nouveau Yukata aux couleurs pastels, ornées de motifs de fleurs de cerisiers, des boucles d'oreilles, et un sachet de Hanabi.

Shikamaru, quant à lui, fut moins dépensier. Sa seule trouvaille fut un boitier métallique aux gravures représentant une forêt, servant à disposer et ranger ses cigarettes. Cet achat lui valu une certaine remontrance de la part de sa belle, qui était totalement contre le fait qu'il soit autant accroc au tabac. Tous deux continuèrent à déambuler dans la place principale durant un long moment, jusqu'à ce que Temari ralentisse sa marche. Elle avait sacrément mal aux pieds, et avait besoin de se poser. Elle fit signe à Shikamaru de la suivre, et se dirigea vers un banc, loin du tumulte de la foule.

- La vache ! J'avais oublié à quel point ces satanés chaussures pouvait faire aussi mal, à force de marcher avec, se plaignit Temari, tout en massant énergiquement ses plantes de pieds douloureuses.

- Vous, les femmes, alors... toujours en train de vous plaindre ! balança Shikamaru en soupirant, n'ayant visiblement d'autres choix que de s'installer à côté d'elle, le temps que sa douleur passe. Allez, ramène tes pieds.

- Hein ? Mais pourquoi faire ? demanda Temari, en lui lançant un regard interloqué.

- Fais ce que je te dis, sans poser de questions. On va pas passer toute la soirée assis comme des cons sur ce banc, non ? Alors passe-moi tes pieds, qu'on en finisse, continua-t-il en tapotant sur ses propres cuisses.

Temari continua à le regarder avec des yeux grands comme des soucoupes. Elle marqua un temps d'hésitation face à la proposition de Shikamaru, qu'elle jugeait assez surprenante, puis décida finalement d'obtempérer, la douleur prenant le pas sur sa surprise. Elle retira donc ses geta et tenta de relever les jambes.

Cependant, la tâche s'avérait relativement compliquée, avec un Yukata. Son mouvement fut accompagnée d'une délicate ouverture de sa tenue, dévoilant alors une bonne partie de ses cuisses. Gênée, elle attrapa le tissu et le rabattit sur sa peau découverte, avant de placer ses jambes sur les cuisses de Shikamaru. Le rouge aux joues, elle le regarda tandis qu'il faisait craquer ses doigts, avant de venir masser ses pieds endoloris, non sans une certaine dextérité et incroyable délicatesse.

Si au début, la douleur s'était fait sentir, Shikamaru la dissipa en un rien de temps, grâce à ses mouvements circulaires avec les pouces qui devinrent très agréables, comme si elle était totalement anesthésiée. Temari continua de le regarder faire, étonnée. Où avait-il appris à masser comme ça ? Quel autres talents lui avait-il caché ? Il ne finissait pas de la surprendre. Ce mec était un véritable couteau suisse.

- Ça va mieux, femme galère ? demanda Shikamaru, tout en continuant de la masser.

- Hmm, je ne vais pas le nier, ça fait du bien. T'es plutôt doué, monsieur le pleurnichard.

- Ce n'est pas moi qui me suis plains d'avoir mal aux pieds. Alors, tu m'excuseras, mais la pleurnicharde, c'est plutôt toi.

- Pour ta gouverne, je ne me serais pas plainte, si une certaine personne ne m'avait pas limite obligée de porter un Yukata, ce soir.

- Certes, mais je ne t'ai pas forcée à t'arrêter devant tous les stands du festival non plus, à ce que je sache. En plus de te plaindre comme une enfant, t'es une incroyable dépensière. Une vraie femme galère.

- Eh dis donc, t'as pas bientôt fini, avec tes sermons de macho à deux balles ?! répliqua Temari, affichant une mine sévère.

- Je continuerais autant qu'il me plaira de le faire, juste pour le plaisir de te faire chier, femme galère, lança t-il avec un sourire et un regard en biais.

Temari lâcha l'affaire. Ce mec était pire qu'une tête de mule. Il ne servait donc à rien de poursuivre cette discussion. C'était de la salive gaspillée inutilement. Elle soupira pour montrer son agacement, et se concentra à nouveau sur le bien que le massage lui procurait.

- Tu sais quoi ? Je vais faire comme si je n'avait rien entendu. Mais c'est uniquement parce que tu masses plutôt bien.

- Espèce d'opportuniste.

- Sale flemmard.

Après ces quelques pics acharnés, Temari et Shikamaru se fusillaient du regard, en silence, attendant chacun de leur côté la prochaine réplique cinglante. Finalement, ils ne purent s'empêcher de rire aux éclats ensemble à s'en faire mal au ventre, face à l'absurdité de leurs échanges. Naturellement, chacun se détendit après cette situation hilarante. Un moment simple, sans artifices, mais qui était des plus agréables.

Se souvenant du contenu de la lettre de Shikamaru, Temari reprit son sérieux, et regarda son partenaire avec sérieux, tandis qu'il cherchait à reprendre son souffle après leur crise de fou rire. Elle avait tellement de questions à lui poser, des réponses à avoir.

- Shika... à propos de ta lettre...

- Je sais où tu veux en venir. La fameuse conversation, c'est ça ? lui demanda-t-il, sans la regarder. Vas-y, je te laisses commencer. Comme ça, tu arrêteras de dire que je suis un macho. Je sais me montrer galant, quand je le veux.

- Permets-moi d'en douter ! Bref... Quand tu es venu chez moi, l'autre fois... Que cherchais-tu en réalité ? Je veux dire... de quoi voulais-tu vraiment me parler ?

Shikamaru réprima un hoquet de surprise, et arrêta net son massage pour poser les mains sur le banc. Et merde. Temari avait directement mis les pieds dans le plat, avec cette question. Etait-il prêt à dévoiler ses sentiments tout de suite ? Devait-il réellement lui avouer tout ce qu'il ressentait de but en blanc, comme ça ? Non, clairement pas. Il allait la faire mariner un peu, avant. Simple question de fierté.

- Hum... Pour être honnête, je souhaitais vraiment mettre les choses au claire avec toi, suite aux évènements de ta soirée de bienvenue. Te dire que... je ne regrettais pas ce qu'il s'était passé, juste la façon dont ça a été fait. Mais on ne va pas se mentir, l'alcool m'a donné... du courage ? Je ne sais pas si j'aurais été capable du quart de ce que j'ai fait en étant sobre.

En entendant cette réponse, Temari se sentit clairement soulagée. Et même s'il l'avait déjà prouvé par ses fameux actes lors de leur rencard, le simple fait de l'entendre dire qu'il ne regrettait rien la rassura.

- Je vois... Si tu m'avais dit ça directement l'autre fois, on aurait pu éviter la dispute, tu sais ?

- Bien sûr que je le sais. Pas besoin de m'enfoncer... Je ne suis pas doué pour m'exprimer. Tu devrais le savoir, à force.

- C'est vrai. Mais entre ne pas savoir s'exprimer et dire de la merde, il y a clairement un fossé, flemmard. J'ai bien cru que j'allais te tuer, d'ailleurs.

- Arrête de radoter, femme galère. Et puis, si je devais changer le cours des choses, je ne le ferais pas, malgré cette dispute. Parce qu'au final, je pense que l'on s'est dit pleins de choses sans avoir besoin de se parler au sens figuré. Si tu vois ce que je veux dire...

Temari savait très bien à quoi il faisait allusion, et le rouge lui monta instantanément aux joues en y repensant. Cependant, il n'avait pas tort. Ce qu'il s'était passé entre eux, ce jour là, avait bien plus de valeur et significations que de simples mots. Mais même avec ça, elle ne pouvait s'empêcher de souhaiter, espérer, qu'il le lui dise en toute franchise. Elle avait besoin d'entendre de sa bouche ce qu'il ressentait pour elle, juste dans le but d'être rassurée. Et confirmer que ce soit bien réciproque.

- Au risque de me répéter, Temari... Pourquoi es-tu revenu à Konoha ? En toute franchise ? risqua Shikamaru. Il avait besoin de l'entendre. La vraie réponse à cette question.

Temari marqua un temps d'arrêt avant de devoir lui répondre. Elle savait qu'elle devait se jeter à l'eau, que c'était le moment propice pour le faire. Malgré tout, elle n'était pas à l'aise, elle avait peur. Cette crainte d'être tournée en ridicule, si celui qui était près d'elle ne partageait pas les mêmes sentiments qu'elle. Puis elle se souvint de ce que ses amies lui avaient dit : « Arrête de te prendre la tête, sois en phase avec toi-même ». Elle prit une longue inspiration, et baissa la tête, en jouant avec ses pouces.

- Je te l'ai déjà dit... Enfin presque. Pour mes amis, parce que ma place n'était plus à Suna, et... et parce qu'au fond, je nourrissais l'espoir de te revoir. Je... tu m'as manqué...un peu. Et même temps, j'avais peur que... tu m'aies oubliée.

Elle avait enfin réussi. Elle avait été sincère, dit ce qu'elle pensait. Son coeur battait à tout rompre dans sa poitrine. Des battements néanmoins irréguliers, dus à l'anxiété, la nervosité mêlées à un immense sentiment de soulagement. Toutefois, elle avait peur d'affronter son regard, et de la réponse qu'il pouvait lui donner après ça. La tête toujours enfoui dans le creux de ses épaules, elle contempla ses mains tremblantes.

A cette révélation, Shikamaru en était resté bouche-bée et eut du mal à dissimuler la joie immense qui s'était emparée de lui à l'entente de cette réponse. Et même s'il savait au fond de lui qu'il ne la laissait pas indifférente, l'entendre dire de sa bouche qu'il lui avait manqué lui procurait un bien fou. Mais en la voyant ainsi renfrognée, cachée dans ses épaules voûtées, il eut un pincement au coeur. Depuis combien de temps avait-elle voulu lui dire ?

Au fond, il ne put s'empêcher de s'en vouloir, parce qu'il savait que c'était sans doute à cause de son comportement de merde qu'elle n'avait pas réussi ou voulu lui avouer quoi que ce soit. S'il voulait donc se rattraper, c'était maintenant qu'il devait le faire. Alors, il soupira, sortit un cigarette de son nouvel étui et l'alluma.

Après avoir tiré une longue bouffée, il la recracha et laissa ses yeux se perdre au loin, dans la contemplation du ciel nocturne. Un lourd silence s'installa entre eux, bien que diminué par l'effervescence du festival qui poursuivait son cours, à quelques mètres de leur position. Puis il décida de jeter sa cigarette à peine entamée, et prit son courage à deux mains.

- Comment je pourrais t'oublier, femme galère ? C'est... c'est tout bonnement impossible. Quand je t'ai revue, ce soir-là... j'ai cru a une putain d'hallucination, au début, à cause du surplus de saké. Je pensais ne jamais te revoir, mais au fond, je... j'avais l'espoir que tu reviennes... un jour.

- Shikamaru..., murmura Temari.

Il ne souhaitait pas qu'elle réponde à ça. Il n'avait nul besoin de l'entendre. Tout ce qu'il voulait, c'était, encore une fois, lui montrer toute la sincérité de ses propos dans des actes. Alors, il chercha le menton de Temari de sa main, et la força à redresser la tête, pour lui faire face.

Quand il vit des larmes perler sur les recoins de ses yeux, ses joues rouges et l'expression déroutante qu'elle affichait, il fut animé d'un puissant désir de l'embrasser. De la rassurer. De lui prouver à quel point il l'aimait, à quel point sa vie serait insignifiante et fade sans une femme comme elle à ses côtés.

- Tu sais, avant d'aller chez toi, ce jour-là... Je... je suis allé me recueillir auprès d'Asuma. J'en avais besoin. Vraiment besoin. Et je lui ai en quelque sorte ouvert mon cœur. Je sais que c'est débile, parce qu'il ne m'entendra jamais, mais... il fallait que je le fasse. Pour me sentir mieux.

Encore une fois, il n'avait nul besoin qu'elle comprenne, qu'elle sache de quoi il était question à ce sujet. Il lui dirait en temps voulu. Temari le regardait d'un air interrogateur, semblant chercher des réponses dans son regard qui ne montrait rien. Mais elle n'y trouverait rien. Il ne lui laisserait d'ailleurs pas le temps de le faire. Lentement, il approcha son visage du sien, effaça les larmes de sa main libre et lui sourit timidement. Et dans le même instant, il posa avec douceur ses lèvres contre les siennes, dans un chaste baiser qui se voulait rassurant, doux mais passionné. Dans cet échange, Shikamaru voulait déverser toutes les émotions qu'il ressentait, sans éprouver la moindre nécessité de les dire.

Parce que des actes valaient bien plus que des paroles. Parce qu'il pouvait dire « je t'aime » et lui dévoiler son coeur juste avec ce baiser.

Temari y répondit avec envie, ayant bien compris le message muet que comportait cet échange et qu'il souhaitait lui délivrer. Maladroitement, elle croisa ses bras autour de la nuque de Shikamaru, ses jambes toujours fichés sur les cuisses de celui-ci.

Ce fut donc dans le plus pur des silences, en plein coeur d'un festival prônant la paix dans le monde des ninjas, que deux d'entre eux laissèrent pleinement leurs sentiments les envahir sous un ciel parsemé d'étoiles, avant que le tonnerre et les mille et une couleurs du feu d'artifice ne viennent changer ce manteau de nuit infini.

A suivre...