Alors, comme le disait une lectrice, voici la suite où Severus va « montrer sa sauge » à Hermione. Je vous laisse découvrir si c'est à prendre au deuxième degré ou pas. Enjoy.


Chapitre 28. Colares

Sur le coup, une lumière vive éblouit Hermione. Elle dut placer sa main en visière au-dessus de ses yeux pour voir où elle se trouvait.

Le soleil de fin d'après-midi traversait abondamment les murs vitrés du laboratoire personnel de Severus. Une quantité invraisemblable de plantes de toutes les formes étaient suspendues à des grillages au-dessus d'eux, surplombant la table de travail chargée de chaudrons glougloutant et de matériel de verre qui brillait de mille feux.

Les battants du toit, grands ouverts, laissaient entrer les chants d'oiseaux et la brise douce.

Il régnait une chaleur humide, étouffante.

Hermione regarda Severus, déboussolée. Elle devina à son sourire en coin qu'il était très satisfait de l'ébahissement de son invitée.

- Bienvenue à Colares.

Elle fronça les sourcils.

- Colares?

- Au Portugal.

- Vous n'avez jamais mentionné que vous viviez ici.

Il eut un reniflement ironique.

- Il fallait poser la question. Des membres lointains de ma famille sont Portugais.

- Vraiment?

Hermione observa ces cheveux noirs et ce nez aquilin comme si elle les voyait pour la première fois. Une chose était certaine, cependant : les gènes portugais de Severus n'étaient pas responsables de son teint d'albâtre.

Le Maître des potions lui expliqua avec moults détails ses expérimentations avec la sauge atlantique, dont les plants poussaient juste au-dessus de leurs têtes, en plein soleil. Hermione tenta de digérer le mieux qu'elle put cette masse d'information, mais tout ce décor lui donnait le tournis.

- En ce moment, vous me rappelez terriblement Neville Londubat.

Elle redressa la tête. Severus la regardait, un sourcil haussé. Il s'était débarrassé de son lourd habit noir, sans qu'elle y porte attention, et se tenait devant elle en simple chemise blanche, les manches repliées sur ses bras, dévoilant son vieux tatouage.

Une émotion étrange noua la gorge d'Hermione. Elle eut le sentiment que cet homme-là, malgré les années de ténèbres dans lesquelles il avait pataugé, mais finalement trouvé sa rédemption. Ici, à travers les feuillages luxuriants et les chants d'oiseaux.

- Excusez-moi, dit-elle enfin. Je suis distraite. J'ai chaud, en fait.

Elle tira sur le col de son chandail de laine. Une coulisse de sueur se fraya un chemin entre ses seins.

- Vous n'êtes pas vêtue pour un mois d'avril au Portugal, observa Severus. Venez dehors un instant. Il vente toujours à écorner les hippogriffes.

Il poussa la porte du laboratoire et elle le suivit sur une petite terrasse de pierre qui surplombait une falaise. Aussitôt, ses boucles furent soulevées par les bourrasques folles.

Elle se posta devant le garde-fou et contempla la mer qu'on apercevait au loin. Des serres et des vignobles s'étendaient en contre-bas. De minuscules maisons aux toitures couleur rouille s'égrenaient le long de la route. Le vent était chaud, les odeurs de fleurs lui chatouillaient les narines.

Cet endroit était le paradis.

Il y eut un tintement à côté d'elle.

Severus posa un verre d'eau sur le muret et en tendit un autre à Hermione. Il était chargé de condensation.

- Merci.

Elle but une longue gorgée.

Pendant un moment, ils écoutèrent la mélopée du vent et des oiseaux, côte-à-côte. Hermione ne se demanda pas si elle devait partir. Trop de questions lui brûlaient les lèvres.

- Je ne comprends pas, lâcha-t-elle, le regard perdu au loin. Comment vous en êtes arrivé là? Comment vous avez réussi tout ça?

Severus tourna la tête vers elle.

- Réussi quoi?

- Je ne sais pas. Vous avez l'air tellement… libéré.

- Je le suis.

Elle scruta les prunelles noires.

- Mais vous étiez… Vous avez…

Il eut un reniflement ironique.

- Vous avez le droit de dire les choses telles qu'elles sont, répliqua-t-il. J'étais un mangemort et un espion, et j'ai assassiné mes deux maîtres.

- Oui. Et pourtant votre vie a l'air tellement normale maintenant. Comment avez-vous pu vous remettre de tout ça?

Le regard de Severus se dirigea à son tour vers la ligne floue entre mer et ciel. Hermione crut qu'il ne répondrait pas.

- J'ai simplement fait ce dont j'avais besoin, dit-il finalement. Il n'y a pas de formule magique. Gérer le passé est l'une des rares choses pour lesquelles moldus et sorciers sont égaux.

Hermione médita ses paroles pendant que les pigeons roucoulaient dans les chênes des alentours.

Des pas se firent entendre dans les marches de pierre qui grimpaient jusqu'à la terrasse. Un homme apparut, une bouteille de vin à la main.

- La fin de la semaine a sonné! lança-t-il, dans un fort accent portugais. J'apporte de quoi célébrer.

Il remarqua alors la présence d'Hermione.

- Oh, tu as une visiteuse. Est-ce que j'arrive au mauvais moment?

- Non, dit sobrement Severus. Hermione Granger, ma collègue. Adriano Santos, mon voisin.

La main d'Hermione se perdit dans celle, vigoureuse, du nouveau venu.

- Adriano Santos, répéta Hermione, pensive.

Elle comprit en jetant un œil aux serres qu'on apercevait au bas de la falaise.

- Les serres Santos, c'est à vous? C'est ici?

- Vous êtes perspicace, ma chère.

Elle aurait dû profiter de l'arrivée du voisin pour partir, mais elle venait tout juste de faire la connaissance du célèbre botaniste Santos, dont les cultures étaient réputées dans les instituts de recherche de toute l'Europe. Il se trouva qu'Adriano était un homme charmant et bavard, et Hermione se retrouva bientôt avec une coupe de vin blanc bien frais entre les mains, ce qui empêcha toute tentative d'évasion pour les prochaines minutes.

Ils discutèrent à bâtons rompus.

Beaucoup plus tard, quand Hermione constata que la lumière déclinait, que la bouteille était maintenant vide et que son ventre gargouillait, elle décida qu'il était grand temps de tirer sa révérence.

Elle quitta les deux hommes, non sans un dernier regard rêveur à ce havre portugais dont elle ne soupçonnait pas l'existence.