Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masami Kurumada, sauf pour les quelques-uns qui sont à moi.
Rappel du rating : M
Note : Bonjour ou bonsoir ! Et comme à chaque fois, merci à vous de prendre le temps de lire cette histoire, et merci à ceux qui ont l'extrême gentillesse de me laisser des commentaires. Je ne le dirai jamais assez : chaque review, chaque impression, me touchent et m'encouragent à continuer à écrire. Alors vraiment merci !
ShaSei: Merci beaucoup pour ta dernière review qui m'a fait un très grand plaisir, comme toujours ! Et oui, Seiya est de plus en plus ténébreux… Je le maltraite quand même notre pauvre chouchou ! ;-) Quoi qu'il en soit, j'espère que tu apprécieras ce que tu découvriras plus bas… ^_^ Bises à toi et à bientôt !
Et voici un nouveau chapitre de mon histoire, avec un peu de répit pour certains, et un peu d'autre chose pour les autres. Bref, un peu de tout quoi… (avant la suite…)
/!\ Attention, plusieurs passages "explicites" (lemon) susceptibles de gêner certains lecteurs (avec du yaoi et mon petit "trio" à moi…), dont j'ai, comme d'habitude, indiqué le début et la fin par un marquage en caractères gras. Ceux qui le souhaitent pourront ainsi s'en épargner la lecture. D'ailleurs, mes excuses pour cette "profusion" de chaleur citronnée… Il s'agit probablement des conséquences psychologiques du confinement sur mon esprit malmené… (je sais… il a bon dos, le confinement ;-)
Et en parlant de confinement, j'espère sincèrement que vous vous portez tous bien, où que vous soyez, ici ou ailleurs, car ce fichu virus ne semble épargner aucun d'entre nous. Et j'espère que mon histoire vous aidera à vous changer les idées et à penser à "autre chose", au moins pour quelques minutes…
Sur ce…
Je vous souhaite une bonne lecture… en espérant que vous apprécierez… au moins un peu…
Chapitre 23
« Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire ;
Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour ! »
Alphonse de Lamartine, L'isolement (Méditations poétiques)
…-…
1er décembre 2001
Vallée du Pandjchir, Nord-Est de l'Afghanistan, dans la nuit
Seiya ouvre les yeux. Il bat des paupières, une fois, deux fois. Il ne sait ni où il se trouve, ni quel jour il peut être. Il s'assied et prend sa tête entre ses mains.
Douleur. Une douleur immense, qui lui fracasse le crâne. Encore.
Il appuie ses doigts sur ses tempes pour tenter de la soulager, mais un sifflement insupportable résonne dans sa tête. Comme si quelqu'un essayait de lui hurler des ordres dans une langue qu'il serait incapable de comprendre.
Un mouvement sur sa droite attire son attention et il tourne lentement la tête. Ses yeux s'habituent peu à peu à l'obscurité, et il commence à discerner les ombres autour de lui.
Il la voit. Elle est là. Elle dort, à quelques mètres de lui. Elle est magnifique, et ressentir sa présence, percevoir la chaleur de son cosmos, pourtant endormi, atténue déjà sa douleur, et surtout, étouffe peu à peu le vacarme insoutenable qui martèle son esprit.
Shaina.
Il se souvient d'être dans ses bras, de la sentir contre lui, de caresser son visage. Alors pourquoi, cette nuit, est-elle loin de lui ?
Il a besoin de lui parler. Un besoin viscéral. Pour se sentir mieux. Pour comprendre. Et parce qu'il se rappelle une chose, malgré la douleur et malgré tout le reste.
Il l'aime.
...^...
Shaina s'assied à l'abri de l'arbre qui jouxte leur refuge, et s'enroule dans la couverture qu'elle cale autour de ses jambes et de ses bras. La neige a fait son apparition depuis quelques jours, et un vent glacial souffle dans les branches au-dessus d'elle. Elle frissonne.
« Quelle est la dernière chose dont tu te souviennes ?
- De te serrer dans mes bras, ici, avant notre départ pour le Sanctuaire le jour de la chute de Kaboul.
- Et c'est tout ?
- Oui. Rien d'autre… Quel jour sommes-nous ?
- Le premier décembre.
- Alors, c'est mon anniversaire…
- Oui. »
Que pourrais-je te dire de plus ?
« Pourquoi me regardes-tu comme ça ? murmure le Sagittaire, en soufflant sur ses doigts pour les réchauffer.
- Tu aurais dû prendre ta couverture. Il fait froid.
- Shaina, réponds-moi, s'il te plaît…
- Parce que cela fait plus de deux semaines que je n'ai pas vu cet éclat dans tes yeux.
- Quel éclat ?
- Celui par lequel je sais que tu es là… Seiya, où étais-tu pendant tout ce temps ?
- Comment ça ? Quand suis-je arrivé ici ? Quand vous ai-je rejoint Hikari et toi ?
- Eh bien, pour tout te dire, tu es parti du Sanctuaire avec nous, conformément aux ordres de Shun. Et nous sommes revenus ici tous les trois après nos deux jours de repos, pour reprendre notre poste auprès des Moudjahidines de l'Alliance du Nord.
- Je ne comprends pas…
- Moi non plus… Enfin, si… »
La jeune femme hésite un instant, puis reprend d'une voix teintée de tristesse et d'une profonde inquiétude.
« Seiya, ton corps était avec nous, mais toi, tu n'étais visiblement pas là. Et j'ai l'impression d'être la seule à l'avoir remarqué…
- Je ne comprends pas…
- Tu ne te rappelles vraiment rien de particulier ?
- J'ai des bribes de souvenirs, des sortes de flashs, mais qui ressemblent plus à des rêves qu'à la réalité. Et puis, un sentiment étrange aussi...
- Lequel ?
- Un sentiment de dégoût… Un dégoût infini. Comme après avoir tué un ennemi que j'aurais dû pouvoir épargner… Et je me rappelle un murmure aussi. Une voix détestable, que je cherchais à fuir à tout prix… Shaina, que m'arrive-t-il ?
- Oh, c'est difficile à expliquer… Mais Shun et moi pensons avoir compris. Pourtant, tu as réussi à le convaincre que tu allais mieux, et c'est pour cela qu'il t'a laissé revenir ici avec nous. Malgré mes doutes et mon inquiétude.
- Comment aurais-je pu convaincre Shun de quoi que ce soit ? Je ne me rappelle même pas lui avoir parlé…
- Oui, c'est ce que je craignais… Seiya, ce que je vais te dire n'est pas facile à entendre, et encore moins à accepter…
- Alors, va droit au but, je t'en prie !
- Tu sembles partager ton âme avec celle de quelqu'un d'autre.
- Que veux-tu dire ? Mais enfin, avec qui ?
- Tu n'as vraiment pas la moindre idée ? »
Une douleur à la poitrine détourne soudainement son attention. Il caresse sa cicatrice, dont il avait fini par oublier la présence. L'épée d'Hadès… Il peut toujours la sentir dans sa chair, le brûler, le déchirer, l'anéantir…
« Seiya ? Regarde-moi ! »
Elle pose sa main contre sa joue et il la recouvre de la sienne. Et ce contact l'apaise aussitôt. Il ferme les yeux, et il voit.
Il voit le sang, partout. Autour de lui, sur ses mains, sur ses bras. Il voit le visage d'un homme qu'il ne connaît pas, dont les yeux semblent un instant le supplier de le laisser en vie. Il voit ses doigts agripper ses cheveux pour écraser son crâne et le faire disparaître. Il voit son bras le jeter sur le sol pour l'abandonner, sans se retourner. Sans lui accorder le moindre regard supplémentaire.
Il rouvre les yeux et cette fois-ci, il se souvient. De tout. Et il se met à pleurer.
« Qu'est-ce que j'ai fait ?... Shaina, je crois que j'ai tué un homme !
- Qu'est-ce que tu racontes ? Évidemment que tu as tué ! Tu es chevalier d'Athéna… Tu as combattu les ennemis de notre Déesse et de l'Humanité, et lorsque tu n'as pas eu d'autre choix, oui, tu les as tués. Comme nous avons tous eu à le faire…
- Non. Shaina, tu ne comprends pas… J'ai tué un homme pour assouvir ma vengeance et apaiser ma colère. J'ai tué l'homme qui m'a été désigné comme responsable de l'attentat contre Massoud, et que j'ai désigné comme responsable de la blessure d'Hikari. Je l'ai tué alors qu'il ne pouvait pas se défendre contre moi. Je l'ai tué parce que j'en avais envie, parce que j'en avais besoin. Et je l'ai tué, parce qu'elle m'a dit de le faire…
- Qui ça ?
- La voix… Sa voix… Shaina, je sais à qui elle appartient. Je me rappelle maintenant... Hadès…
- Oui… C'est ce que Shun et moi avons eu la douleur de comprendre.
- Mais pourquoi ? Comment ?
- Comment ? Shun ne m'a rien dit, mais je le soupçonne d'avoir une idée… Quant à pourquoi… Il ne s'agit que de vengeance, Seiya. Encore et toujours. Hadès veut se venger de toi, d'Athéna, et de tout le Sanctuaire. Et il a décidé de le faire à travers toi. En prenant possession de ton âme et de ton corps.
- Mais comment puis-je accepter de le laisser faire ?
- Tu n'as pas à l'accepter… Tu n'as pas à le laisser faire !
- Shaina, je ne suis pas assez fort ! Tout est de ma faute ! Je ne vaux rien ! Je ne vaux plus rien depuis la dernière bataille que j'ai eu à mener. Depuis que j'ai failli à mon devoir de chevalier protecteur de notre Déesse, depuis que j'ai laissé Athéna terminer seule le combat ! Depuis que j'ai abandonné la volonté de me battre pour elle, depuis que…
- Seiya, arrête ! s'écrie l'Ophiuchus, en prenant son visage entre ses mains. Tu n'es responsable de rien, et tu n'as jamais échoué dans ton rôle de chevalier. Écoute-moi… C'est cette maudite épée qui a laissé sa marque en toi. C'est elle qui t'a mis toutes ces idioties dans la tête, et qui lui a permis de pénétrer ton âme peu à peu. Tu n'y es pour rien, tu m'entends ?
- Son épée… répète-t-il en se touchant la poitrine.
- Oui, son épée. Mais j'ai confiance en toi, et je sais que tu sauras te libérer de son emprise. Ta volonté est indéfectible, et Hadès ne pourra pas la détruire. Et tu seras suffisamment fort pour le chasser et l'anéantir, encore une fois.
- L'anéantir…
- Oui… Encore une fois, Seiya. Tu y parviendras, j'en suis certaine, autant que je sais combien je t'aime.
- Tu m'aimes ?
- Oui, je t'aime…
- Tu m'as toujours aimé… murmure-t-il, en fermant les yeux et en caressant sa main, qu'elle tient toujours plaquée contre sa joue.
- Oui, toujours… répète-t-elle, en approchant ses lèvres des siennes pour y déposer un baiser. Et je ne t'abandonnerai jamais ».
A cet instant, tandis qu'il peut sentir le cosmos aimant de la femme chevalier qui le prend dans ses bras, Seiya sait qu'il peut la croire. Et il veut la croire, du plus profond de son âme. Tant que celle-ci lui appartient encore...
Sanctuaire, Grèce, au même moment
Kiki n'arrive pas à dormir, toujours en proie à son fichu mal de crâne(1) … Il a tout essayé pour l'éradiquer, à grands renforts de tisanes et autres décoctions dont il a trouvé les recettes, parfois hautement hasardeuses, dans la bibliothèque de son vénéré Maître. Mais celui-ci est toujours là, et ne semble pas vouloir faiblir…
Alors, malgré la confiance qu'il avait placée au départ dans le fils de Shiryu, il a fini par se convaincre que le petit ne lui avait probablement pas dit la vérité. Ou en tout cas, pas toute la vérité. Car si sa migraine avait eu comme unique origine son passage à Yomotsu, elle aurait dû disparaître depuis longtemps. Donc, il y avait un hic. Un hic qui résonnait atrocement dans sa maudite boîte crânienne…
Et considérant le manque de coopération de Jie-Hu, qu'il ne lui a pas semblé utile d'interroger davantage, le jeune Tibétain a dû réfléchir à une autre méthode pour trouver une solution à son problème…
Et c'est ainsi que depuis deux jours et deux nuits, il a mis en place une « surveillance à distance » de Yomotsu, sa brève – et douloureuse – expérience dans ce détestable lieu lui ayant donné un point d'ancrage sur lequel s'appuyer. Car il est certain que la source de son mal se situe là-bas, tout comme le remède qui pourra le soulager. Il utilise donc ses pouvoirs télékinésiques pour garder un œil sur ce qui s'y passe, et, possiblement, sur ceux qui y passent… Mais pour l'instant, il n'a rien vu du tout, à part Shiryu et Jie-Hu qui y sont restés quatre heures la veille, pour l'entraînement du petit.
Il s'assied dans son lit et se gratte la tête. Si seulement son Maître était encore de ce monde, il serait certainement de bons conseils… Mais Mû n'est plus là, et il ne peut donc compter que sur lui-même.
Kiki se lève et se dirige dans la cuisine en traînant les pieds. Il ouvre le frigo, saisit la bouteille de lait qu'il laisse toujours dans la porte, et s'en sert un grand verre. Il le boit d'une seule traite et pose le verre vide dans le fond de l'évier. Avant de retourner se coucher, il s'arrête aux toilettes, y fait ce qu'il doit y faire, et tire la chasse d'eau. Il se lave les mains – parce qu'il n'y a rien de plus important qu'une bonne hygiène corporelle, même pour un chevalier d'Athéna – et les sèche rapidement.
Il ouvre l'armoire à pharmacie fixée au mur au-dessus du lavabo, et attrape deux aspirines. Une ne lui fera rien, alors autant en prendre deux… Il les avale avec un peu d'eau, se sèche à nouveau les mains, et repart vers son lit, toujours en traînant les pieds. Il s'assied sur le bord du matelas et plaque ses mains sur son front.
Par Athéna, qu'est-ce qu'il peut avoir mal à la tête ! A se la taper contre les murs ! S'il ne craignait pas de les pulvériser… Et puis, cela ne servirait probablement à rien, et après, il faudrait tout reconstruire. Encore… Et il ne supporterait pas le bruit des travaux…
Le jeune Tibétain se laisse tomber en arrière et écarte les bras en poussant un immense soupir. Bon, quitte à ne pas dormir, autant s'occuper l'esprit avec ce qui le préoccupe le plus. Il ferme les yeux, fronce ses points de vie, et envoie sa projection mentale à Yomotsu. Un sursaut de dégoût l'envahit dès qu'il pose une pensée là-bas. Vraiment, cet endroit… il ne le supporte pas !
Il promène sa vision un peu partout, en évitant tout de même de s'approcher trop près des si nombreux cadavres qui marchent bien alignés, toujours dans la même direction. Il décide pourtant de les suivre, de loin, jusqu'à leur destination finale.
En arrivant à proximité du Puits des Morts, il aperçoit une silhouette qu'il reconnaît aussitôt. Jie-Hu est assis au bord, les pieds dans le vide, qu'il balance tranquillement d'avant en arrière. Il semble attendre quelque chose, l'air serein et un grand sourire aux lèvres. De toute évidence, le petit ne donne pas l'impression de se retrouver dans cette situation pour la première fois, et semble même parfaitement à son aise, heureux et satisfait.
Une lueur apparaît alors au centre du Puits, et celle-ci s'approche lentement du jeune apprenti. Elle s'arrête juste devant lui et Jie-Hu tend le bras pour la toucher de son index. Ce contact déclenche une explosion d'énergie dont Kiki parvient à ressentir la puissance malgré son absence physique sur les lieux. Et cette puissance le terrorise et le glace, surtout quand il voit un éclat indéfinissable illuminer les yeux de Jie-Hu. Un éclat incroyablement noir et froid, qu'il sent dirigé contre lui.
Kiki stoppe immédiatement sa projection et rouvre les yeux. Il tremble, il est en sueur et il a froid. Terriblement froid… Et son crâne… La douleur devient insupportable, si insupportable qu'il ne peut retenir un cri.
« Ah ! Par tous les Dieux de l'Olympe, que cette douleur cesse ! »
Il saisit son oreiller et le plaque sur sa tête, pourtant conscient de l'inutilité de son geste.
Mais en même temps, il est maintenant persuadé d'une chose. Il doit à nouveau parler à Jie-Hu, et ce dernier va devoir tout lui expliquer dans les moindres détails. Parole de Bélier énervé…
Shun embrasse une épaule et caresse une hanche du bout des doigts. June est étendue contre lui, nue et sublime, le drap recouvrant de quelques centimètres le haut de sa cuisse droite. Il écarte le tissu délicatement, pour dégager la peau qu'il veut pouvoir regarder et toucher sans la moindre barrière. Il descend sa main jusqu'à son genou, dont il suit le contour avec application, et remonte ensuite en effleurant l'intérieur de sa jambe. Elle a la peau tellement la douce, surtout à cet endroit… Il cale alors son bassin dans le bas de son dos, pour se blottir contre elle et la sentir plus près de lui. Il frémit, et une sensation exquise parcourt son échine, attisée par les caresses qu'il est lui-même en train de recevoir…
Sorrento est allongé derrière lui. Il déplace doucement ses lèvres le long de sa colonne, en faisant glisser ses mains vers le creux de ses reins. La Sirène pourrait se perdre, ici, contre lui, pour toujours, en oubliant sa musique, son honneur et son Dieu. Oh oui, il le pourrait, sans le moindre doute… même s'il sait que le chevalier d'Andromède ne lui permettrait certainement pas de commettre un tel sacrifice.
Le Général relève la tête, et s'accorde un instant pour s'imprégner du spectacle délicieux dont il sait être devenu dépendant. Celui de son amant caressant sa maîtresse. Celui de l'homme qu'ils aiment tous les deux caressant la femme qu'ils aiment tous les deux.
Il reprend ensuite ses baisers, en dirigeant ses lèvres sur la nuque de Shun, puis dans son cou, pour finalement les enfouir juste en dessous de son oreille. Il la mordille avec gourmandise, et se délecte des frissons que son petit grignotage provoque chez celui qu'il serre sous ses doigts. Il saisit alors son menton avec sa main droite, et tourne son visage vers lui pour l'embrasser. Il sent ses lèvres s'écarter et sa langue venir timidement effleurer la sienne. Il ne respire plus, il ne veut plus respirer. Il ne veut que poursuivre ce baiser, et ne jamais délaisser cette bouche qui pourrait le rendre fou. Il se cale davantage contre lui, et plaque son bassin contre ses reins.
« Shun… je te veux…
- Alors, je suis à toi… »
Le Marina faufile sa jambe gauche en dessous de la sienne, et soulève légèrement ses hanches pour s'enfoncer en lui. Il avance lentement, avec délicatesse, pour ne pas lui faire mal et pour profiter de la sensation délicieuse que lui procure la contraction de chacun de ses muscles.
Shun se mord les lèvres en serrant June contre lui. Il s'abandonne, il s'oublie, il ne pense plus, à rien, si ce n'est à lui, et à elle. Et le plaisir auquel il accepte de s'abandonner le submerge, en déposant sur ses yeux un voile invisible qui, l'espace d'un instant, le préserve de ce qu'il a la faiblesse de craindre et le devoir de croire.
June sent les doigts de Shun se refermer sur sa hanche, et lorsqu'elle perçoit la force de son désir s'accentuer dans le bas de son dos, son souffle s'accélère et son cœur s'arrête. Elle tourne son visage légèrement pour approcher ses lèvres des siennes. Elle l'embrasse tendrement et laisse échapper dans un murmure imperceptible :
« Prends-moi… Prends-moi pendant que tu te donnes à lui… »
Elle recule encore un peu pour mieux se blottir contre lui, sans détacher ses lèvres de sa bouche. Il passe une main entre ses jambes, la caresse encore un instant, puis entre doucement en elle. Et tandis qu'il commence à bouger, qu'elle peut le sentir aller et venir en elle, elle ne peut retenir un cri.
Et leurs trois corps se mêlent, leurs murmures se perdent, leurs âmes s'envolent vers un plaisir irréel. Un plaisir infini, qu'ils voudraient éternel.
...^...
La Sirène se redresse sur le coude, sans quitter des yeux l'épaule de Shun qu'il caresse de l'autre main. Ce dernier est étendu sur le dos à côté de lui, la tête de June reposant sur son torse.
« Vous savez que vous êtes magnifiques tous les deux ».
Le Caméléon relève doucement la tête et sourit au Marina.
« Tu n'es pas mal non plus.
- Je sais… »
Shun s'amuse de cet aveu manquant quelque peu de modestie, et passe délicatement ses doigts dans les cheveux de June.
Sorrento dépose alors un baiser sur leurs lèvres, et se rallonge sur le dos en regardant le plafond.
« Merci pour ce que vous me donnez et ce que vous me laissez vous offrir. »
Le chevalier de la Vierge hésite un instant, puis répond d'une voix douce, emplie d'une profonde reconnaissance.
« Non, merci à toi, Sorrento. Car tu m'as ouvert les yeux sur ce que je ne voulais pas voir, et désormais, je sais que je ne les laisserai plus se refermer. »
Et le Gardien du Pilier de l'Atlantique Sud s'endort, persuadé qu'il ne pourra jamais être plus heureux qu'à cet instant. Enfin, jusqu'à la prochaine nuit qu'ils passeront tous les trois…
A une vingtaine de kilomètres au Sud de Kandahar, Afghanistan
Aleix protège ses yeux de la poussière qui s'élève tout autour de lui. Il peut entendre les bombes s'abattre sur le sol, il peut sentir la terre trembler sous ses pieds à chacun de leur impact, et il n'a qu'une seule idée en tête : retrouver son ami.
Vjeko est parti patrouiller dans cette direction depuis plusieurs heures, et il ne parvient plus à percevoir son cosmos. Et cette absence imprègne en lui un sentiment qu'il ne voulait plus jamais avoir à connaître. L'angoisse de le perdre pour toujours…
Il sait pourtant qu'il n'a aucune raison de s'inquiéter, que le Phoenix n'a besoin de personne pour se sortir de toute situation, aussi périlleuse soit-elle, mais il ne peut s'en empêcher. Et ce manque de contrôle le contrarie presque autant que la disparition du Croate.
Un obus s'écrasant juste à deux mètres sur sa droite l'oblige à bondir sur le côté et à se protéger les oreilles. Il ne porte pas le casque de son armure – il ne le supporte pas – mais à cet instant, il le regrette infiniment. Car un sifflement strident lui brise les tympans, et lui interdit d'atteindre le niveau de concentration dont il a besoin. Par la Déesse, pourquoi ne porte-t-il pas ses fichues cornes aujourd'hui ?!
Une brève accalmie dans les assauts aériens lui permet de reprendre son avancée dans la direction des bâtiments désormais en ruines, où il est convaincu de retrouver son compagnon. Et il ne lui faut pas longtemps pour le voir apparaître au milieu des gravats, malgré la fumée et la poussière.
Vjeko est assis devant l'immense porte de ce qui semblait être un hangar pour avion, et tient quelqu'un dans ses bras. En s'approchant, Aleix constate qu'il s'agit d'un gamin d'une quinzaine d'années à peine, qui, à en juger par la large tâche de sang qui marque sa tunique, vient tout juste de quitter les douleurs de ce monde. Le Phoenix le serre contre son armure en le berçant doucement, la tête baissée pour masquer ce qu'il ne veut pas laisser voir.
« Je ne comprends pas pourquoi il était ici… Il n'avait pas l'âge de se battre… Par tous les Dieux, pourquoi l'ont-ils laissé participer à cette horreur ?
- Vjeko, lâche-le. Tu ne peux plus rien pour lui…
- Non ! Aleix, bordel, je n'ai rien pu faire ! A quoi servons-nous si nous ne pouvons empêcher que de telles choses se produisent ?
- Notre rôle est justement de veiller à ce qu'elles n'arrivent pas. Mais nous ne pouvons malheureusement pas y parvenir à chaque fois…
- Alors je te le redemande : à quoi servent nos putains d'armures, nos foutues heures d'entraînement, et tout le baratin à la con avec lequel on nous bassine depuis qu'on est gosses ?! Dis-le-moi, s'il te plaît !
- A protéger ceux qui ont besoin de l'être. Toujours, et malgré tout… malgré nos échecs, et malgré nos regrets. Vjeko, tu dois accepter l'idée de ne pas pouvoir sauver tout le monde…
- Mais j'en ai marre de me sentir incapable et inutile ! Et j'en ai ras le cul d'assister aux mêmes scènes encore et encore. Ici, à New York, et là-bas… chez moi… »
Le Phoenix relève la tête pour plonger ses yeux dans ceux du Capricorne. Celui-ci distingue la présence de traces plus claires qui effacent la poussière colorant ses joues. Vjeko pleure, et Aleix ne l'avait jamais vu pleurer…
Sanctuaire
Kiki arrive aux arènes d'un pas déterminé. Il a senti la présence de Jie-Hu là-bas dès qu'il a mis le nez à l'extérieur de son temple, en constatant, avec soulagement, que son père ne se trouvait pas à ses côtés ce matin. Tant mieux, ce sera beaucoup plus simple comme ça…
Il aperçoit le petit en train d'échanger quelques coups avec un autre élève de son âge, et s'approche de lui. Il les salue poliment tous les deux, puis lui saisit le bras et l'entraîne à l'écart de l'autre côté des gradins.
« Jie-Hu, cette fois-ci je veux que tu me dises la vérité !
- La vérité sur quoi ? Et lâche-moi, tu me fais mal ! »
Le jeune Bélier lui lance un regard désolé et libère aussitôt son bras.
« Sur ce qui s'est passé à Yomotsu quand nous y sommes allés tous les trois ! »
L'apprenti plonge ses grands yeux noirs dans ceux de son aîné, et comprend qu'il n'a plus d'autre choix que de tout lui avouer. Mais d'abord, il voudrait comprendre ce qui lui a mis la puce à l'oreille…
« C'est bon ! Je vais tout t'expliquer… Mais avant, dis-moi pourquoi tu penses que je pourrais avoir quelque chose à te dire.
- Parce que je sais que tu continues à te rendre là-bas tout seul pendant la nuit, malgré l'interdiction de ton père.
- Comment peux-tu le savoir ? interroge le petit Chinois en fronçant les sourcils.
- Parce que je t'ai vu là-bas pas plus tard que cette nuit.
- Alors c'est ta présence que j'ai sentie…
- Oui, c'était moi, enfin plutôt ma projection mentale, pour être précis… Mais, pour tout l'amour de notre vénérée Déesse, qu'est-ce que tu fabriquais au bord du Puits des Morts à tripoter cette boule d'énergie ?!
- Ah, ça… Eh bien c'est l'énergie dont je me nourris…
- Quoi ?! Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- Oui, Kiki, je sais que cette énergie vient là pour moi, pour me rendre plus fort et accroître mon cosmos. Alors je cherche à la capter pour la faire mienne.
- Mais d'où sors-tu une idée pareille ?
- C'est mon armure qui me l'a dit… L'armure du Cancer…
- Comment ça ? Tu n'as jamais été seul avec elle, et je n'ai rien remarqué à chaque fois que tu t'es trouvé à ses côtés.
- C'est parce que je n'ai pas besoin d'être physiquement auprès d'elle pour qu'elle s'adresse à moi… Elle m'a parlé dès le premier jour où mon père m'a conduit à Yomotsu.
- Ce que tu dis est étonnant mais pas impossible, en effet. Je sais que ta connexion avec elle est très puissante, il est donc plausible qu'elle puisse entrer en contact avec toi de cette manière. Mais revenons à cette énergie, s'il te plaît… Sais-tu d'où elle provient ?
- Non, je n'en sais rien… ou si, peut-être bien… Mais je m'en fiche complètement ! Car je sais que je peux faire confiance à mon armure !
- Eh bien, tu devrais t'en soucier, au contraire ! Jie-Hu, le Puits des Morts est un endroit dangereux, et tu dois te montrer vigilant sur tout ce qui en émane.
- Mais mon armure ne me mettrait jamais en danger !
- Peut-être que tu as raison… Mais j'aimerais malgré tout que tu me promettes de ne plus t'approcher du Puits lorsque tu es seul. »
Jie-Hu baisse la tête, conscient qu'il est probablement incapable de se plier à une telle requête.
« Tu m'as entendu ? Promets-le-moi, s'il te plaît…
- Je ne sais pas si je le pourrai … »
Kiki est frappé par la sincérité et le mal-être du petit garçon, et commence à comprendre…
« Et ce matin-là, alors… C'est pour aller voir cette énergie que tu m'as assommé ?
- Je ne t'ai pas assommé !
- Alors que m'as-tu fait ?
- Je t'ai simplement aidé à t'endormir…
- Mais comment ?
- Avec l'attaque que mon père m'a enseignée.
- Quoi ?! Mais enfin, comment as-tu pu t'en prendre à moi avec ça ?
- Oh, ne t'inquiète pas ! Tu ne craignais rien du tout… Je savais ce que je faisais ! Je voulais simplement utiliser Seki Shiki Meikai Ha pour te faire dormir…
- Eh bien, tu avais tort ! Ta manipulation n'a rien eu d'anodine !
- Qu'est-ce que tu veux dire ?...
- Mon mal de tête, Jie-Hu ! Ma satanée migraine qui ne m'a pas quitté une seule minute depuis que nous sommes revenus de Yomotsu, je pense que c'est toi qui en es responsable !
- Tu crois ?
- Oui, j'en suis même certain.
- Alors je suis désolé, Kiki ! Je ne voulais absolument pas te faire souffrir… Je voulais juste pouvoir me rendre au Puits des morts, c'est tout…
- Je sais que tu ne cherchais pas à me faire de mal, mais c'est ce que tu as fait malgré tout. Tu comprends maintenant pourquoi je te dis qu'il faut être vigilant ? Tu dois apprendre à maîtriser le grand pouvoir qui est le tien. C'est ta responsabilité.
- Oui, je comprends… Et je suis tellement désolé…
- Je te crois. Mais je veux que tu me promettes de ne plus retourner au Puits des Morts sans ton père.
- Je te le promets… finit par accepter le jeune apprenti.
- Parfait. Dans ce cas, je considère que tout est réglé.
- Non, pas du tout ! Tu souffres toujours par ma faute !
- Ne t'inquiète pas, je finirai bien par trouver un remède… »
Le futur Cancer s'approche du Bélier et tire sur sa tunique pour le forcer à se baisser vers lui. Une fois son visage à sa hauteur, Jie-Hu plaque sa main contre son front et ferme les yeux. Et l'instant d'après, la douleur insupportable qui martelait le crâne de Kiki depuis des jours sans interruption disparaît enfin. Il prend le petit garçon dans ses bras, et le soulève du sol pour le faire tourner sur lui-même.
« Jie-Hu ! Merci ! Par Athéna, merci !
- De rien… répond l'intéressé, en riant devant la réaction incontrôlée de son ami.
- Quand je te dis que tu seras un grand Chevalier d'Or, juste et bon ! »
Il le repose par terre et passe une main dans ses cheveux pour les ébouriffer.
« Vraiment merci ! Tu ne peux pas imaginer l'immense soulagement qui est le mien !
- Tu m'en vois ravi… »
Kiki sourit à son jeune vis-à-vis, avant de songer à une dernière chose qu'il sait nécessaire d'ajouter.
« Par contre, il faut que tu saches que je vais devoir parler de tout cela à Shun. Et je pense que nous prendrons ensuite la décision de tout raconter à ton père.
- Mais pourquoi ?
- Parce qu'il doit savoir, Jie-Hu… Parce qu'il est ton Maître et qu'il est ton Père, et qu'il tient à toi plus que tout.
- Si tu crois que tu n'as pas d'autre choix…
- Non, je n'en ai pas d'autre. Shiryu doit savoir, pour te protéger et t'aider à devenir celui que tu dois être… »
Jie-Hu sait que son ami a raison. Son père doit apprendre la vérité. Pour tout ce que Kiki vient de dire, mais aussi, et cela il en a aujourd'hui pris conscience, pour qu'il parvienne enfin à le comprendre, et peut-être pour qu'il puisse l'aimer à nouveau…
...^...
Kiki repart des arènes d'un pas léger, infiniment soulagé d'être enfin libéré de son insupportable migraine. Mais tandis qu'il gravit les premières marches de leur escalier ancestral, un doute s'insinue dans son esprit, qu'il commence à retrouver à-peu-près clair.
Si Jie-Hu s'est rendu au Puits des Morts ce matin-là, pendant que Shun y était également, alors il a dû être en contact avec lui. Hadès… Il est néanmoins convaincu que le petit ne s'est pas rendu compte de sa présence, ou en tout cas pas directement, et cela le rassure, un peu.
Il doit toutefois admettre qu'il n'est pas impossible que cette énergie, avec laquelle Jie-Hu aime tant interagir lorsqu'il se rend à Yomotsu, émane en réalité de ce terrible Dieu. D'où l'importance de parler immédiatement de tout cela à Shun, et, il est conscient de ne plus avoir le choix, à Shiryu. Et tant pis s'ils doivent tous les deux affronter la Colère de l'ancien Dragon. Pourvu que celle-ci ne se mue pas en Fureur…
Au Sud-Ouest de Jalalabad, Afghanistan, à proximité d'un réseau de cavernes appelé Tora Bora
Ikki et Jabu attendent, en regardant les bombes Américaines exploser autour d'eux. A ce rythme-là, il ne restera bientôt plus grand-chose des cavernes où les chefs d'Al-Qaïda sont censés se cacher depuis des semaines.
« Voilà un sacré feu d'artifice ! Les Amerlocs se donnent du mal pour venir à bout de la vermine.
- Il faut surtout remercier notre vénérée Déesse que personne d'autre ne se trouve dans ces montagnes.
- Mais enfin Jabu, Athéna n'a rien à voir là-dedans ! Par contre, je suis d'accord avec toi : il est heureux qu'il n'y ait que des rats à extirper de ces fichues grottes, car cela nous donne le temps de pouvoir admirer le spectacle.
- Ikki, tu sais que, parfois, tu me fous vraiment la trouille !
- Alors tu devrais me remercier, parce que je ne connais pas de motivation plus efficace que la peur !
- Si tu le dis…
- Bon allez, fichons le camp d'ici l'Arachnide, nous n'avons plus rien à y faire pour aujourd'hui. Les missiles n'ont pas besoin de nous pour trouver leur chemin !
- Je te suis mon Chaton !
- Putain, Jabu, tu sais que je vais vraiment finir par te l'exploser ta satanée carapace !
- Je ne m'inquiète pas pour ça… Tu serais bien trop malheureux sans moi, avoue-le !
- Ferme-là et marche ».
Le Lion attend que son camarade se décide enfin à déguerpir, et commence à marcher derrière lui. C'est vrai qu'il a fini par s'habituer à lui, et que finalement, il doit reconnaître qu'il n'est pas si désagréable que ça… Il peut probablement même le considérer comme un véritable ami. Un ami pour lequel il n'a pas besoin de s'inquiéter, contrairement à un autre…
Ikki n'arrive toujours pas à croire ce que son frère lui a dit avant qu'il ne quitte le Sanctuaire. Pourtant, il avait lui-même compris qu'Hadès était de retour. Il avait pu percevoir la noirceur de son cosmos il y a un peu plus d'un mois, justement à quelques kilomètres d'ici. Mais il n'aurait jamais cru que celui-ci s'en prendrait à leur ami.
Pourtant, cette réalité lui paraît maintenant évidente. Hadès est responsable du mal-être de Seiya, de sa souffrance et de sa colère. Il l'a d'ailleurs toujours été, depuis leur retour des Enfers. Depuis que son épée avait meurtri sa chair et marqué son cœur de son empreinte.
Alors il ne sait pas si ce que son frère lui a expliqué avoir tenté a eu un effet quelconque sur le Sagittaire. Shun semble le croire, mais lui n'en est pas convaincu…
Il l'a effectivement trouvé plus calme et plus apaisé lorsqu'ils se sont vus au Sanctuaire. En tout cas, moins en proie à la colère qui ne le quittait plus depuis les terribles évènements de Septembre. Mais il l'a aussi trouvé distant, un peu différent, tout en étant toujours le même. Oui, ses échanges avec lui, trop rares et superficiels à son goût, l'ont laissé sur une impression étrange, difficile à définir. Même s'il semble être le seul à l'avoir remarqué…
Et aujourd'hui, il ne sait pas quoi penser, et cette incertitude l'inquiète au moins autant que l'état de son ami. Et ce d'autant plus que la femme qu'il aime se trouve là-bas avec lui…
Vallée du Pandjchir
Shaina remet en place la protection de ses genoux, et reprend l'ascension du sentier qui la ramène vers le refuge. Elle marche encore quelques minutes et rejoint ses deux camarades qui discutent appuyés contre le mur de la maison. Ce fameux mur qui a vu tant de choses qu'il n'aurait pas dû voir…
Seiya et Hikari ont l'air de beaucoup s'amuser, et elle en ressent aussitôt un immense soulagement. Le jeune Pégase paraît absolument ravi d'avoir enfin « retrouvé » son maître, car elle ne peut pas imaginer que l'adolescent n'ait rien remarqué d'anormal lors de ces deux dernières semaines.
Seiya était complètement absent depuis leur arrivée au Sanctuaire le Treize Novembre, et si personne ne semblait avoir noté son changement total d'attitude là-bas, celui-ci était devenu trop évident une fois de retour en Afghanistan pour ne pas alerter le jeune Bronze. Seiya n'avait pas eu le moindre regard pour son disciple, ne lui avait accordé aucune attention, alors qu'il n'avait eu de cesse de jouer les maîtres surprotecteurs depuis qu'il était revenu en mission auprès d'eux. Ce comportement avait d'ailleurs profondément affecté l'Ophiuchus, qui n'avait eu aucun mal à percevoir la peine de son cadet.
Mais depuis cette nuit, tout est différent, presque comme avant… Le Sagittaire semble être redevenu lui-même, et Shaina a retrouvé dans ses yeux la trace de la présence de celui qu'elle aime.
Pourtant, elle a été horrifiée par l'aveu qu'il lui a fait, et par la description de l'acte odieux qu'il dit avoir commis. Et elle n'arrive pas à effacer de son esprit l'image insoutenable de son Amour en train d'arracher la vie d'un homme qu'il savait incapable de se défendre. Un homme qui toutefois - elle ne peut s'empêcher de le penser, même si elle sait ne pas en avoir le droit - avait probablement mérité de périr de la sorte.
Et puis, Shaina est aussi persuadée d'autre chose. Une chose pour laquelle elle ne sait pas exactement quoi penser. Elle est certaine que ce n'est pas Seiya qui a accompli cet acte abominable. Non, ce n'est pas lui qui a voulu assouvir sa vengeance en assassinant de sang-froid celui qu'il considérait comme responsable du malheur ayant frappé son disciple. C'est l'autre. Cet être monstrueux qui veut s'emparer de lui pour soumettre le Sanctuaire à sa colère. Hadès. Toujours lui. Lui, et seulement lui.
Mais ce qui la tourmente, la terrifie et la glace, c'est que ce jour-là, à ce moment-là, Seiya l'a laissé faire. Et s'il a permis à ce Dieu maléfique d'agir à travers lui cette fois-ci, comment peut-elle être certaine qu'il ne le permettra pas à nouveau ?
Cette nuit, elle lui a pourtant assuré qu'elle le pensait suffisamment fort pour que ce ne soit pas le cas. Et même si elle voudrait le croire, du plus profond de son âme, elle ne peut s'empêcher d'avoir peur. Peur que son Sagittaire cède une nouvelle fois sa place à celui qui a juré vouloir sa destruction, celle d'Athéna et de toute son armée.
Alors elle se promet de le protéger quoi qu'il arrive. Comme elle l'a toujours fait, et comme elle sait qu'elle le fera pour toujours.
...^...
Seiya rit aux blagues de son disciple, qui, depuis le matin, ne semble avoir qu'un seul et unique objectif : celui de le divertir et de lui remonter le moral.
Alors Seiya se sent bien. Enfin, aussi bien qu'il le peut, ou en tout cas, comme il ne s'était plus senti depuis longtemps. Même si en y songeant, cela faisait bien longtemps qu'il n'avait plus rien ressenti…
Il a l'impression de s'être réveillé d'un interminable rêve. Un rêve dont il était prisonnier et dont il ne maîtrisait rien. Oui, cette nuit, il est enfin revenu à lui, après de longs jours d'absence. Des jours entiers qu'il a vu défiler devant ses yeux, sans comprendre qu'ils étaient réels et qu'un autre que lui dirigeait sa vie.
Comment a-t-il pu le laisser prendre les rênes de son esprit sans lutter, sans se battre ? Comment a-t-il pu lui permettre de l'influencer ce jour-là, lorsqu'il a voulu exercer sa vengeance pour soulager sa rage et sa souffrance ? Comment pourrait-il accepter l'idée de l'avoir laissé guider son bras, et d'avoir ensuite partagé son âme avec lui ? Chaque souvenir qui lui reste, chaque vision qui vient toquer à la porte de sa mémoire, le révoltent et le répugnent.
Et maintenant, il se souvient aussi de sa discussion avec Saori au Sanctuaire. Il se souvient de l'immense chagrin qui a imprégné le cosmos de sa Déesse lorsqu'il lui a balancé au visage ce qu'elle a cru venir de lui. Comment a-t-il pu laisser Hadès lui faire prononcer ces mots ? Lui faire croire qu'il ne voulait plus d'elle. Qu'il ne l'aimait plus ? Car il sait que c'est faux. Une telle chose lui serait impensable, insupportable. Son âme et son cœur appartiennent à Athéna, et lui appartiendront pour toujours.
Pourtant, il sait aussi qu'il est amoureux. Amoureux de celle qui semble être la seule à avoir compris sa souffrance. Celle dont les caresses l'apaisent et dont les baisers lui procurent un bonheur absolu, auquel il était finalement étranger. Celle dont les yeux l'ont toujours regardé comme personne d'autre ne l'a jamais fait. Celle qui a voulu donner sa vie pour le protéger et lui permettre d'exercer son devoir. Celle qu'il sait avoir tant fait souffrir, pendant des années au cours desquelles il ne voulait pas la voir. Celle qui le regarde à cet instant avec une tendresse infinie, et dont il sait qu'il ne pourra plus supporter l'absence.
Shaina, le chevalier d'Argent de l'Ophiuchus.
Une femme bien réelle, vivante et humaine, comme lui. Vulnérable et imparfaite, comme lui. Une femme qui l'aime pour celui qu'il est, et qui, il aimerait pouvoir le croire, l'aimera pour celui qu'il continuera d'être.
Un cri joyeux le sort de ses pensées. Une voix qu'il n'avait plus suffisamment entendue ces derniers mois, alors que celle-ci l'avait accompagné chaque jour au cours des sept dernières années.
« Et Joyeux anniversaire Seiya !
- Merci Hikari ! », répond simplement le Sagittaire avec un large sourire sur les lèvres.
Dans un village au Sud de Kandahar
Hyoga attend appuyé contre le mur délavé de la petite maison dans laquelle ils se sont installés. Ils ont trouvé cette habitation abandonnée lors de leur première patrouille ici, et ils ont décidé de la prendre comme refuge le temps de leur mission.
Shun les a envoyés à Kandahar avec l'idée que la ville serait bientôt arrachée des mains des Talibans, et les bombardements qui ont débuté depuis le lever du soleil indiquent qu'il n'avait probablement pas tort. L'aéroport de la ville est pilonné sans interruption depuis près de huit heures, et on peut entendre le bruit des bombes à des kilomètres à la ronde. D'ailleurs, Vjeko est parti là-bas en fin de matinée, et Aleix est allé le rejoindre peu de temps après. Et lui, est resté au village, pour surveiller le comportement des soldats de la Coalition anti-Talibane qui se sont emparés des lieux la veille au soir.
Il perçoit bientôt les cosmos de ses deux jeunes coéquipiers, et comprend immédiatement que quelque chose ne va pas.
« Vjeko, attends ! Quand vas-tu accepter de parler de ce qui vient de se passer ?!
- Fous-moi la paix, Aleix ! J'ai juste besoin d'être seul ! »
Le Capricorne regarde son ami passer devant la maison sans s'y arrêter et sans jeter le moindre coup d'œil à leur aîné, qui les observe en silence.
« Ah… Salut Hyoga… déclare le Catalan d'une voix désolée.
- Salut Aleix. Que vous est-il arrivé ?
- Un adolescent a été mortellement blessé par l'un des missiles qui a frappé l'aéroport tout à l'heure, et Vjeko s'en veut de ne pas avoir pu le sauver.
- Un adolescent ?
- Oui… Enfin, il s'agissait d'un soldat. Mais bien trop jeune pour se trouver là-bas. »
Le Verseau décroise les bras et hausse les épaules dans une attitude résignée.
« Donc, il n'y a pas qu'Athéna qui recrute des gamins… »
Aleix est un peu surpris du ton employé par son camarade, sans pouvoir toutefois nier la légitimité de sa remarque. Lui-même n'avait-il pas tout juste quinze ans lorsqu'il avait revêtu son armure ? Et même si aujourd'hui il en a presque dix-neuf, il a parfois l'impression d'être toujours bien trop jeune pour certaines des choses auxquelles il doit faire face…
« Oui… Les combattants les plus jeunes ont malheureusement toujours eu tendance à faire de la bonne chair à canon, quelles que soient les époques et quelles que soient les guerres. Et c'est justement ce que Vjeko ne peut plus supporter.
- Alors, tu devrais le rattraper… Il a besoin de toi, j'en suis convaincu. Je vous laisse tous les deux, je veux retourner à l'aéroport pour voir où tout cela en est.
- Entendu Hyoga. Fais attention à toi, et à plus tard.
- A tout à l'heure Aleix, et essaie de trouver les mots que ton compagnon acceptera d'entendre. »
...^...
Le Phoenix pénètre dans la petite maison de terre sans lever les yeux du sol poussiéreux. Le Capricorne le suit sans prononcer un mot, mais heureux d'avoir réussi à convaincre son ami de revenir avec lui. Ils renvoient leurs armures, qui se posent docilement dans un coin en se faisant face.
Les deux hommes restent encore un long moment silencieux sans se regarder, appuyés contre les deux murs opposés de la seule pièce encore à-peu-près habitable. Aleix finit par s'asseoir sur le tapis abîmé qui traîne sur le sol, en repliant les genoux contre sa poitrine.
« Tu n'as pas à me parler si tu n'en as pas envie. Par contre, j'aimerais que tu écoutes ce que j'ai à te dire. Vjeko, je sais ce que tu ressens, je n'ai aucun mal à le comprendre. Et je connais la profondeur de la peine qui est la tienne. Je l'ai perçue depuis le premier jour où tu as accepté d'être mon ami, et j'ai dès lors essayé de t'aider à la combattre. Mais je n'en ai pas été capable, ni hier, ni aujourd'hui, et ne le serai probablement jamais…
- Alors, c'est que tu n'as rien compris, au contraire… rétorque le Phoenix, en s'asseyant à ses côtés.
- Pourquoi dis-tu cela ?
- Parce que sans toi, je serais devenu fou, Aleix… Donc, si, tu as été plus que capable de m'aider à soulager ma peine, comme tu dis, non seulement ça, mais aussi tant d'autres choses… Car sans toi, ma colère aurait depuis longtemps dépassé tout le reste au fond de moi, et je n'aurais jamais pu devenir un chevalier d'Athéna. Sans toi, je n'aurais pas trouvé le courage de continuer à vivre avec toutes les horreurs que j'avais dans la tête, et j'aurais laissé ces images me transformer en un être odieux et froid. Sans toi, je ne serais pas celui que je suis aujourd'hui, et je ne pourrais pas accepter celui que je serais certainement devenu. Sans toi, je n'aurais jamais connu l'espoir de me dire qu'un jour, je pourrais enfin oublier et apprendre à aimer à nouveau.
- Eh bien, tu es bien bavard pour quelqu'un qui ne voulait pas parler il y a encore quelques minutes !
- Pourquoi faut-il toujours que tu aies le dernier mot ?
- Parce que je suis Capricorne, et qui plus est Catalan.
- Et moi, je n'ai rien d'autre à dire, si ce n'est que je t'aime… »
Aleix déplie ses longues jambes, et se penche en avant pour s'approcher de son compagnon. Il pose son front contre le sien et prend son visage entre ses mains.
« Vjeko, je sais que tu n'as jamais accepté la mort de tes parents, ni les horreurs que tu as vu là-bas, chez toi en Croatie. Et je sais que cette souffrance, et la colère qui l'accompagne encore aujourd'hui, ne te quitteront probablement jamais. Mais je veux que tu saches que je ne laisserai pas ces souvenirs faire de toi celui que tu ne veux pas être.
- Aleix… Embrasse-moi, s'il te plaît… »
Le Capricorne sourit et répond sans attendre à la requête de celui qu'il sent trembler entre ses mains. Il pose ses lèvres sur les siennes, et s'empare de sa bouche pour le délivrer de sa douleur et lui offrir ce dont il a besoin.
Il le pousse sur le sol et se couche au-dessus de lui, en appuyant sa main droite contre son torse. Il la faufile sous son T-shirt, et continue sa caresse sur ses abdominaux – qu'il a toujours trouvé absolument parfaits – avant de descendre entre ses jambes. Il arrête sa main juste là et le masse doucement, pour sentir son désir s'exprimer entre ses doigts. Il poursuit son mouvement sans abandonner ses lèvres, qu'il effleure avec délice de la pointe de sa langue.
Le Phoenix tente de se redresser, mais Aleix le bloque en pressant sur son épaule avec son autre main.
« Laisse-moi faire… » murmure-t-il en écartant ses lèvres juste quelques secondes.
Il détache son pantalon, avant de s'occuper du sien, et les fait tous les deux glisser sur leurs cuisses. Vjeko relève les hanches pour faciliter sa démarche et profiter en même temps du contact délicieux de leurs deux érections. Aleix recule un instant et les débarrasse de leurs vêtements devenus trop encombrants, pantalons et boxers, qu'il balance à l'autre bout de la pièce.
Il redresse la jambe gauche de Vjeko, et effleure l'intérieur de sa cuisse du bout des lèvres. Il poursuit sa caresse jusqu'à sa hanche, et prolonge ses baisers sur son flanc en remontant lentement vers sa clavicule. Il s'attarde ensuite à la base de son cou, égare un instant sa langue autour de sa pomme d'Adam, avant de retrouver sa bouche, qu'il embrasse sans reprendre son souffle.
Et le Phoenix s'abandonne enfin dans les bras du Capricorne, en laissant sa souffrance et sa peine disparaître dans un cri, lorsque son Amour entre enfin en lui.
Sanctuaire
Shiryu fixe la porte devant lui, sans vouloir l'ouvrir. Pourtant, il sait qu'il le doit. Il doit parler à son fils, maintenant et sans détour.
Il n'arrive toujours pas à croire ce que Shun et Kiki viennent de lui avouer. Et si son premier réflexe a été d'en éprouver une profonde colère, il a rapidement compris que ses amis n'avaient malheureusement pas eu le choix. Ils voulaient aider Seiya, et lui, le voulait également. Évidemment.
Ils lui ont expliqué comment ils pensaient qu'Hadès était en train de s'emparer de l'âme du Sagittaire pour exercer sa vengeance. Et à présent qu'il a pris conscience de cette réalité, tout lui semble beaucoup plus clair. Voilà d'où provenait la souffrance de son ami, et qui donnait un sens à son comportement parfois « particulier ».
Mais, pour tout l'amour de leur Déesse, pourquoi Shun ne lui avait-t-il rien dit de ses intentions ? Il aurait pu comprendre… Son compagnon le connaissait-il si peu pour ne pas savoir qu'il aurait pu accepter l'inévitable ? Et peut-être aurait-il pu les accompagner là-bas ? A Yomotsu… Pour veiller sur son fils et pour le protéger.
Mais cela n'a finalement plus aucune importance. Le chevalier de la Balance n'a jamais eu l'habitude de se morfondre sur les évènements passés, et il préfère donc se concentrer sur les actions qu'il doit mener aujourd'hui et maintenant.
Parler à son fils, pour lui demander pardon.
Car sa discussion avec Shun et Kiki a aussi eu le mérite de lui faire ouvrir les yeux, s'il en avait encore besoin, sur combien Yomotsu est important pour lui. Yomotsu, mais aussi tout ce qu'il représente et tout ce qu'il renferme, y compris les éléments les plus sombres.
Et il sait qu'il doit aider son fils à apprivoiser tout ça, pour maîtriser l'énergie et la force qu'il puise là-bas, malgré ses propres craintes et ses propres angoisses. Il doit l'aider, pour le soutenir et le protéger contre l'influence de celui qu'ils ont combattu et vaincu tous ensemble, il y a quatorze ans et qui, aujourd'hui, semble être de retour. Ce terrible Dieu dont la noirceur n'a d'égale que le vide de l'espace infini. Hadès.
L'ancien Dragon prend une profonde inspiration et frappe à la porte. Un jeune garçon aux cheveux roux vient lui ouvrir avec un large sourire sur les lèvres.
« Bonsoir Shiryu, tu es venu voir Jie-Hu ?
- Bonsoir Dimitri. Oui, tout à fait. Il est là ? »
La réponse surgit d'elle-même aussitôt, le petit Chinois faufilant sa tête au-dessus de l'épaule de son ami.
« Père ? Bonsoir… Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- Bonsoir, mon fils. J'ai besoin de te parler. Peux-tu m'accorder un peu de temps, s'il te plaît ?
- Oui, bien entendu. J'arrive.
- Non, restez ici tous les deux, interrompt le jeune Russe. Je vais aller faire un tour. J'ai envie de me dégourdir les jambes.
- Merci Dimitri », répond le chevalier d'Or, reconnaissant de pouvoir bénéficier de la tranquillité qu'il sait nécessaire à cette conversation.
Shiryu pénètre dans la chambre, qu'il ne peut s'empêcher d'examiner d'un œil rapide et exercé, malgré les circonstances. Il sourit en constatant qu'elle semble propre et bien rangée. Réflexe de vieux maniaque ordonné…
Il s'assied sur le lit de son fils, qui vient aussitôt prendre place à ses côtés.
Jie-Hu sait pertinemment ce que son Père a à lui dire. Il a attendu sa visite presque tout l'après-midi, avec une boule au ventre bien serrée.
« Mon fils, Shun et Kiki sont venus me parler aujourd'hui.
- Je sais, Père.
- Et alors, que crois-tu qu'ils m'aient dit ?
- Ils t'ont raconté ce que j'ai fait à Yomotsu lorsque j'y suis allé avec eux.
- Oui, et peux-tu me dire ce que tu en penses ?
- Ce que j'ai fait est mal. Je m'en suis pris à Kiki, et je sais que je suis impardonnable. D'ailleurs, si cela peut te soulager, personnellement, je ne me le pardonnerai jamais…
- Reconnaître ses erreurs est la première étape vers le pardon, mon fils. »
Le petit garçon sent sa gorge se nouer. Si seulement son Père pouvait avoir raison… Mais il sait qu'il y a peu de chance pour que cela soit le cas. Non, il ne mérite aucun pardon, parce qu'il a conscience de ce qu'il cache dans le fond de son âme, et cela le terrifie et le dégoûte.
« Oh, Père, je suis un monstre ! finit-il par hurler, avec des larmes dans les yeux.
- Mais enfin, qu'est-ce que tu racontes ? Comment peux-tu penser une telle chose ?
- Si, je suis un monstre ! Car je connais la nature de l'énergie et de la force dont je m'abreuve à Yomotsu, et je la laisse faire malgré tout ! Père, je sais qu'elle provient directement des Ténèbres, je ne suis pas idiot, et je l'accepte quand même ! Et tu as raison de me détester !
- Jie-Hu, regarde-moi, supplie le chevalier de la Balance en prenant le visage de son fils entre ses mains. Tu n'es pas un monstre, et je ne te déteste pas ! Comment est-ce que je le pourrai ?
- Si tu me hais ! Je le sais, et je le sens.
- Non, tu te trompes …
- Si tu me hais, parce que je lui ressemble à lui ! A celui qui a voulu tuer Maman, et que tu as combattu jusqu'à la mort à Yomotsu…
- Oui, tu lui ressembles, mais cela ne fait pas de toi la même personne. Jie-Hu, tu es différent. Différent de lui, et différent de moi, aussi. Et cela, je l'ai compris et accepté. Mais je t'aime comme tu es, et ta Mère aussi t'aimait. Elle t'aimait du plus profond de son âme, pour celui que tu étais lorsqu'elle a eu le bonheur de te tenir dans ses bras, mais aussi pour celui qu'elle savait que tu deviendrais.
- Comment peux-tu en être sûr ?
- Parce qu'elle me laissait lire dans son cœur et dans son âme, et qu'elle me le permet encore aujourd'hui. »
Jie-Hu plonge ses grands yeux noirs dans ceux de son Père, avant de baisser les paupières et de chasser ses dernières larmes le long de ses joues.
« Pardon, Papa. Pardon de ne pas être comme toi.
- Non Jie-Hu, tu n'as pas à t'excuser d'être tel que tu es, et c'est à moi de te demander pardon. Pardon mon fils, de ne pas t'avoir compris plus tôt, et d'avoir mis si longtemps à accepter ta différence. Mais aujourd'hui, je te fais la promesse de ne jamais plus détourner les yeux de toi, et de t'aider à devenir, je n'en ai pas le moindre doute, le prochain Chevalier d'Or du Cancer. Un Chevalier bon et juste, dont je serai infiniment fier d'être le père.
- Merci Papa ! Je t'aime ! murmure le jeune apprenti, en rouvrant les yeux.
- Je t'aime aussi, mon tout petit ! »
Shiryu essuie les larmes qui marquent encore les joues de son fils, et dépose un baiser sur son front.
A cet instant, le chevalier de la Balance est convaincu d'avoir enfin retrouvé son petit garçon. Et de l'avoir retrouvé pour toujours. Quoi qu'il arrive.
Vallée du Pandjchir, le soir
Seiya la regarde comme il ne l'a jamais regardée auparavant. Elle sent qu'il la désire, infiniment. Elle n'a jamais eu de mal à reconnaître ce genre de sentiments dans les yeux d'un homme. Mais ce soir, il y a autre chose. Quelque chose qui la rend profondément heureuse, malgré tout le reste.
Il la regarde comme un homme amoureux.
Il s'approche d'elle et la pousse doucement contre le mur. Toujours le même… Mais son attitude, ce soir, est tellement différente…
Il pose son front contre le sien et lui caresse la joue. Elle ferme les yeux et songe, à cet instant, qu'elle pourrait faire cesser les battements de son cœur pour toujours.
« Shaina, je t'aime. »
Elle veut ouvrir la bouche pour lui répondre, lui dire combien elle l'aime elle aussi, mais il plaque ses lèvres contre les siennes.
« Chut… Ne dis rien… Aide-moi juste à me convaincre que je suis bien là, avec toi et toujours vivant. »
Elle serre ses cheveux entre ses doigts, comme elle aime le faire à chaque fois, et relève ses jambes pour enlacer ses hanches. Seiya place ses mains sous ses fesses et délaisse la douceur de ses lèvres pour la chaleur de son cou. Il dépose des baisers délicats, presque imperceptibles, en accompagnant chaque contact de sa bouche contre sa peau d'un murmure. D'un aveu. D'une supplique.
« Tu es tout ce qu'il me reste. »
…
« Tu es mon seul rempart. »
…
« Protège-moi. »
…
« Encore… »
…
« Comme avant… »
…
Shaina pose alors ses paumes contres ses joues, et le force à la regarder dans les yeux.
« Oui, je te protégerai. Comme je l'ai toujours fait. Et je ne t'abandonnerai pas, quoi qu'il arrive ».
Elle embrasse sa tempe droite, et déplace doucement ses lèvres sur son visage pour rejoindre sa bouche. Elle l'effleure dans un souffle, et détache ses mains pour les nouer à son cou. Il l'écarte alors du mur, qu'il sait inconfortable, et l'accompagne délicatement vers le sol.
« Attends-moi, je reviens. »
Elle l'observe disparaître, sans trop comprendre ce qu'il a dans la tête, et sourit de bonheur lorsqu'il reparaît devant elle.
« Tiens, ce sera tout de même plus confortable et te protégera du froid, dit-il en lui tendant leurs deux couvertures.
- Merci, mais je n'ai pas froid…
- Pour l'instant, mais la nuit risque d'être longue… ajoute-t-il avec son plus beau sourire, celui qui l'a toujours rendue folle, et qui pourtant, il y a encore peu de temps, lui brisait le cœur. Et ne t'inquiète pas, je ne l'ai pas réveillé. Mon disciple a toujours eu un sommeil d'une profondeur infinie ! »
Il s'accroupit à ses pieds et se penche en avant pour se placer au-dessus d'elle. Il plaque ses mains sur le sol de part et d'autres de ses jambes, et commence à remonter lentement le long de son corps, en déposant une multitude de baisers sur son passage. Il s'attarde sur ses hanches puis sur le bas de son ventre, et profite de cette escale délicieuse pour défaire les boutons de son pantalon. Elle soulève son bassin pour lui permettre de le dégager facilement, et il retire le sien sans la quitter des yeux.
« Tu es sublime. Comment ai-je pu l'ignorer pendant toutes ces années ? Shaina, je veux t'aimer, ici, maintenant, et chaque jour que j'aurai encore la chance de vivre.
- Alors, je suis à toi. Comme j'aurais toujours voulu l'être… »
Shaina ferme les yeux, et se laisse envahir par le plaisir que son Sagittaire accepte de lui donner. Elle sent sa bouche et ses mains parcourir son corps qui n'attendait que lui, et qui n'aurait dû appartenir qu'à lui…
Il lui retire délicatement sa culotte, sans détacher sa bouche de ses cuisses, et elle sent bientôt ses lèvres effleurer son sexe. Elle passe une main dans ses cheveux et parvient à articuler un murmure.
« Non… Pas comme ça… Je veux te sentir en moi… »
Il relève la tête et, d'un geste obéissant, remonte lentement le long de son buste, en soulevant son pull et son T-shirt. Il s'assied un instant sur elle, enlève sa veste et son maillot, et dégage leurs vêtements, à lui comme à elle, sur le côté. Ils n'en ont plus besoin, malgré la neige et le froid, enveloppés par la chaleur de leurs deux cosmos et le feu de leur désir.
Il reprend ensuite ses baisers qu'il concentre sur ses seins, dont il sent les pointes durcir entre ses lèvres quand il les mordille doucement. Il passe ensuite à son cou, dans lequel il a pris l'habitude de se perdre, et qu'il sait si sensible à ses caresses.
Shaina frissonne, elle tremble, même si elle n'a pas froid. Elle effleure ses bras du bout des doigts, qu'elle déplace ensuite sur ses épaules puis dans son dos. Elle caresse ses muscles qu'elle sent parfaitement dessinés, et dont elle a l'impression de connaître chaque détail, alors qu'il y a peu, elle ne les avait encore jamais touchés. En tout cas pas comme ça…
Elle replie ses genoux, pour le sentir plus près d'elle, et il descend sa main droite entre ses jambes. Il pose ses doigts sur elle, dans ce creux qu'il sent chaud et prêt à l'accueillir, et la caresse encore un peu.
« Viens… Seiya… Viens… »
Comment pourrait-il ne pas l'écouter ? Comment pourrait-il ne pas la satisfaire ? Mais elle doit savoir… Et surtout, elle doit comprendre…
« Shaina, attends…
- Pourquoi ?...
- Je veux que tu comprennes…
- Quoi ?...
- Que si je suis vivant, c'est grâce à toi…
- Alors, montre-le-moi ! Montre-moi que tu es vivant, et que tu es ici, maintenant, avec moi… »
Elle se mord les lèvres, comme pour échapper à l'emprise du bonheur infini qui la submerge. Car à cet instant, Shaina est heureuse. Comme elle ne l'a jamais été. Car à cet instant, elle n'a plus peur. Elle ne veut plus avoir peur. Car à cet instant, elle a le sentiment, la conviction, qu'elle pourra le sauver. Son Sagittaire. Et elle veut se raccrocher à cette idée, tant qu'elle peut encore y croire…
Et lorsqu'elle le sent enfin entrer en elle, lorsqu'elle le sent s'enfoncer au plus profond d'elle, elle lui crie ce qu'elle aurait voulu lui dire chaque jour depuis plus de quinze ans.
« Seiya je t'aime, et je suis à toi ! ».
...^...
Shaina caresse ses cheveux, ferme les yeux, et sombre aussitôt dans le sommeil. Cette nuit, ils se sont aimés, tant de fois. Et ils ont joui, tous les deux, sans se poser de questions.
Mais une fois plongée dans les limbes de ses rêves, elle ne peut empêcher son esprit inconscient de penser à Ikki. Car quoi qu'elle ait pu affirmer tout à l'heure, lorsqu'elle était dans les bras de Seiya, elle l'aime lui aussi. Elle les aime tous les deux. Avec la même certitude que celle qui la conduit à penser que la folie l'emportera bientôt. Quand elle les aura perdu tous les deux…
...^...
Seiya dort. Et comme dans chacun de ses rêves depuis des mois, ou pour être enfin honnête et réaliste, maintenant qu'il a accepté l'évidence et qu'il ne veut plus oublier, comme chaque nuit depuis plus de quatorze ans, il pense à lui. A Hadès. Et cette fois encore, il lui parle. Pour le supplier. Lui demander d'arrêter. D'abandonner sa vengeance contre sa Déesse et le Sanctuaire, pour ne la soumettre qu'à lui, et à lui seul.
« Contente-toi de moi, je t'en prie. Tu pourras faire de moi ce que tu veux. Je t'appartiendrai. Tu pourras anéantir mon corps et mon esprit, effacer mon existence, faire de moi l'un de tes spectres, l'un de tes esclaves. Peu importe… Mais, par pitié, ne t'en prends pas aux autres…
- Je n'ai pas de pitié, Seiya ! Surtout pas pour ma nièce et son armée ridicule. Je veux l'écraser, vous écraser tous, pour qu'il ne reste plus rien, ni d'elle ni de vous ! Pour que l'Humanité oublie que vous l'avez un jour défendue, et qu'elle se soumette enfin à ma domination et à mon pouvoir. Et je ferai de la Terre un endroit beaucoup plus beau, plus pur et plus acceptable…
- Alors, je ne te laisserai pas faire ! J'ai pu revenir à moi aujourd'hui, je pourrai donc lutter contre toi, et t'empêcher de prendre à nouveau possession de moi.
- Mais qu'est-ce que tu crois, pitoyable imbécile ?! Que c'est grâce à ton insignifiante volonté que tu as pu m'échapper ? Bien sûr que non ! Tu en serais incapable ! C'est moi, et moi seul qui t'ai laissé un sursis.
- Je ne te crois pas !
- Peu importe ce que tu crois ! Je voulais juste que tu prennes conscience de ce que tu allais perdre… Car tu l'aimes cette humaine répugnante, dont je vomis la faiblesse et l'insignifiance. Comme tu crois aimer ta Déesse… De cet amour invisible auquel personne ne devrait croire. Cette illusion créée par les humains pour rendre leurs misérables vies acceptables.
- Tu te trompes !
- Non ! Et tu le comprendras bientôt… Lorsque j'utiliserai ton bras pour tuer Athéna. Lorsque tu prendras sa vie de tes mains, et que son sang imprégnera ton âme pour toujours. Lorsque tu anéantiras tes amis, ceux que tu crois aimer et que tu as toujours voulu protéger. Et ce jour-là, alors, tu m'appartiendras, et Seiya, le chevalier de Pégase, n'existera plus. Pour personne. Et Seiya, le chevalier du Sagittaire, sera mort. Pour toujours. »
Puis soudain, le silence. Le silence des songes.
Et la vérité. Qui éclate sous ses yeux endormis.
Seiya sait qu'il doit mourir. Il n'a pas d'autre choix. Il doit mourir pour empêcher Hadès d'exercer sa fureur.
Mais cela n'a plus d'importance. Il a accepté cette idée. Et l'idée de la mort lui paraît même douce, finalement.
Car il sait que la mort lui apportera ce qu'il attend.
La fin des souffrances.
La fin des luttes incessantes.
La fin des combats, vains et inutiles, car toujours remplacés par de nouveaux combats.
Et enfin, il pourra arrêter de courir.
S'arrêter. Et rester sans rien faire.
Et puis, peu importe que sa vie ne dure que quelques heures, que quelques jours. Car il aime, il est amoureux, et il sait qu'il pourra encore profiter de Shaina, au moins un peu, jusqu'à son dernier souffle.
Mais, en réalité, le pourra-t-il vraiment ?
Car il sait qu'elle l'aime aussi lui. Il sait qu'elle aime un autre que lui. Qu'elle aime Ikki, de toute son âme, quoi qu'elle puisse lui dire et vouloir lui faire croire…
Une illusion… Encore… Comme l'amour de sa Déesse…
Une illusion, comme Hadès le dit. L'amour n'existe pas… Pas pour lui…
Et ce constat, cette certitude, le brise.
Et dans son rêve, Seiya s'effondre et se met à pleurer.
Vallée du Pandjchir, le lendemain, à l'aube
Seiya ouvre les yeux. Il bat des paupières, une fois, deux fois. Il sait exactement où il se trouve. Il connaît exactement le jour. Le deux décembre. Il a maintenant vingt-huit ans. Il s'assied et regarde autour de lui.
Shaina dort à ses côtés. Elle a l'air heureuse, et c'est vrai qu'elle est belle.
Il se lève et part se dégourdir les jambes. Il imprègne ses poumons de chaque molécule d'air qu'il inspire, touche avec délice chaque branche d'arbre qui passe à la portée de ses mains, redécouvre avec un bonheur oublié le contact de la neige sous ses doigts.
Il arrive près de la petite rivière qu'il a gardée en mémoire depuis la dernière fois. Il repère un endroit où l'eau est calme, protégée du courant par un petit recoin de sable. Il se penche au-dessus, plonge ses mains dans l'eau glacée, et s'asperge le visage. Il laisse les gouttes d'eau perler dans ses cheveux et sur ses joues, et prend un instant pour regarder son reflet.
Il sourit.
Mais ce sourire n'est pas celui du Sagittaire.
Ce sourire n'est pas celui de l'ancien Pégase.
Ce sourire n'est pas le sien.
Non, ce sourire est celui d'un autre
Ce sourire est celui d'Hadès.
A suivre…
Merci de m'avoir lue… j'espère que cela vous a plu…
(1) Pour rappel, notre jeune Bélier a « attrapé » son satané mal de tête lorsque Shun, Jie-Hu et lui se sont rendus à Yomotsu pour « parler » à Hadès (voir chapitre 20).
Et voilà pour ce 23ème chapitre… Et comme vous vous en doutez peut-être, la fin de cette histoire approche…
A bientôt, j'espère, et portez-vous bien, toujours…
