Bon, l'OS précédent était donc la phase de destruction. Maintenant que l'oiseau a détruit l'œuf, il peut naître. Nous entrons donc dans la phase de création.

C'est toujours pour la Nuit du FoF en retard, cette fois inspiré par le thème « Acéphale », avec la contrainte de joindre au texte des paroles de chanson.

Un grand merci à cœur de lune pour sa review sous le chapitre précédent ! J'espère que celui-ci te plaira aussi, même si c'est beaucoup de la transition et pas beaucoup d'action.

Bonne lecture !

5 sens : le toucher, 6

Waltz,

Deuxième temps

1, 2, 1 : la mue du serpent

Le soleil se couchait quand All Might est mort. Il y a eu une longue nuit, une nuit que Katsuki a passée allongé, sans dormir, sentant quelque chose de nouveau et de vivant grouiller dans son corps. Deku a posé les mains sur son ventre pour l'aider à respirer. Il a appuyé doucement, et maintenant il les retire. Les oiseaux ont commencé à chanter : le ciel au-dessus du sanctuaire s'éclaircit lentement. Il doit être trois heures du matin, ou trois heures et demie. Katsuki a chaud, mais le feu qui le brûle vient de l'intérieur. Il inspire. Le fantôme des mains de Deku pousse sur son ventre. Il expire.

« On est dimanche. »

Katsuki se relève difficilement. A côté de lui, Deku a les yeux rivés sur un ordinateur. Un serpent s'enroule le long de la jambe de Katsuki, humide, et vient retrouver Deku, glisser sur sa peau et s'étendre sur ses épaules.

« Quoi ? »

Deku a des cernes immenses, et Katsuki cligne des yeux. Deku regarde l'écran. Il regarde.

« Tu as retrouvé la vue ? »

Deku rit doucement. Il finit de taper sur l'ordinateur, le ferme.

« Non. Je retrouve seulement mes réflexes, mes mains savent mieux que moi où sont les touches.

— Qu'est-ce que tu as fait ?

— J'ai fait passer la nouvelle, quelle question ! All Might est mort. Il n'y a plus rien. Plus de symbole de paix. »

Deku tend la main devant lui, attrape l'épaule de Katsuki. Ses doigts sont comme des griffes, maigres et durs. Ils passent sur son cou, remontent jusqu'à trouver sa joue. Deku s'approche. Il l'embrasse, les yeux ouverts. Katsuki n'ose pas fermer les siens non plus. Sa main cherche le côté de Deku, cherche à l'approcher, à le serrer. Il sent quelque chose qui craque, Deku qui grince. Qui s'éloigne. Il a mal à la main.

« One For All est un alter de force, Kacchan. Il va falloir que tu apprennes à me tenir sans me briser les côtes. »

Son inspiration est sifflante, Katsuki veut caresser ce qu'il vient de blesser.

« Je –

— Ce n'est pas grave, Kacchan. On a le temps. On va prendre le temps. C'est ? Tu sais, cette chanson ? Si j'étais un Dieu et que je pouvais décider de tout, alors je ne créerais sûrement pas le monde en l'espace de sept jours, non : je prendrais le temps de bien y réfléchir, de mettre sur pieds un plan qui pourra marcher tout seul. Le monde a été créé avec un tel empressement que maintenant il se coupe et se recoupe, se recolle, se reforme, il est ruiné.

— Qu'est-ce que c'est que cette chanson ? Jamais entendu.

— C'est Oshakashama. Dimanche. Est-ce que tu peux le croire, toi ? Dieu qui crée le monde en sept jours, même pas, non, en six jours, et le septième jour il se dit que son travail est terminé et que maintenant il peut se reposer ? C'est d'une bêtise et d'un orgueil sans fin.

— Tu crois que tu peux mieux faire ?

— Pas en sept jours. Pas tout seul. Mais toi et moi Kacchan, on va créer un monde meilleur. Un monde moins incohérent. »

Et Katsuki ne peut pas ne pas rire. Deku ? Deku qui parle de se débarrasser de l'incohérence ? Alors que tout son être n'est que paradoxe ?

« T'as plus toute ta tête.

— Tu as raison. »

Et Deku qui lui sourit. Qui prend sa main, qui la pose sur ses mèches noires et trop longues, froides de la nuit passée dehors.

« Je suis un serpent sans tête. Dieu, Dieu, Dieu … Dieu, il avait juste une tête et pas de corps. Comment il peut faire ça ? Comment il peut créer la vie alors que lui-même n'a rien de vivant ? Moi je souffre et je peux te toucher, moi je suis un Dieu vivant, acéphale et torturé, fait de chair et de sang et de ténèbres. Ma tête, je l'ai coupée et je l'ai donnée au monde en sacrifice, je l'ai enterrée et elle servira d'engrais pour faire pousser les fleurs que j'aurai décidé. Lève-toi. Regarde la ville, j'ai besoin de savoir ce que tu vois. »

Katsuki dirige son regard vers les habitations en contrebas. Les magasins. Les réverbères sont allumés et les enseignes éteintes.

« C'est une nuit normale. On dirait que rien n'a changé.

— Regarde mieux.

— C'est trop loin. Tu veux que je voie quoi, sérieux ?

— Regarde avec tes pieds. »

Katsuki ne comprend pas. Mais il essaie.

« C'est froid. Ça grouille. C'est – qu'est-ce que c'est ?

— C'est Nahash. Le serpent de la Bible revient de sous la terre où il dormait, il vient rappeler à chacun son désir. Quand il caresse la plante de mes pieds, il me fait penser à toi. »

Katsuki halète. Il attrape la main de Deku, la serre fort. Il sait qu'il vient de lui casser les doigts. Il veut le tenir encore plus fort.

« Alors on fout quoi ? »

.

Katsuki a changé de peau : il a laissé l'ancienne sur la colline.

Il descend avec les doigts brisés de Deku dans les siens, descend guidé par les serpents qui ruissellent sur ses chevilles. C'est l'aube, et on les regarde à nouveau, mais avec moins de crainte que la veille, plus de curiosité.

Il descend encore, les escaliers du QG de la Ligue, et il arrive dans le sous-sol où Kurogiri sert à boire. Quelque chose l'étreint soudain, il ne reconnaît pas le contact tout de suite, puis il le reconnaît alors il rend l'étreinte et bizarrement, il ne sent pas les os de l'autre craquer. Seulement les siens.

« Qu'est-ce que tu fous là ? »

Eijiro a durci tout son corps, et Deku lui tend la main.

« Kurogiri m'a amené pendant que je dormais. J' me suis réveillé là, ils ont dit que t'arriverais bientôt.

— Todoroki Shôto a posé problème ? »

Izuku fronce les sourcils. Il ne sent pas la présence de l'autre héros. Il avait pourtant demandé à ce qu'on le lui amène. Il sent Uravity assise sur une banquette, entourée par Dabi et une nouvelle.

« On a dû l'enfermer. Il est dans la cellule noire. »

Izuku opine du chef. Il fait signe à Kurogiri de dégager l'espace, d'installer une grande table sur laquelle il s'assied. Une cigarette, un café. Il disparaît : quand il surgit à nouveau du néant, une forme mi-glace mi-feu l'accompagne. Le bras d'Izuku a gelé. Sa joue est brûlée. Il ne lâche pas le héros et retrouve sa place au centre de la table.

« Bien. Kacchan, viens à côté de moi. Maintenant que tout le monde est là, nous pouvons commencer. »

.

.

.

もしもこの僕が神様ならば 全てを決めてもいいなら

Moshimo kono boku ga kami-sama naraba subete o kimete mo ii nara

7日間で世界を作るような 真似はきっと僕はしないだろう

Nanoka kan de sekai o tsukuru youna mane wa kitto boku wa shinai darou.

きっともっとちゃんと時間をかけて また きちっとした計画を立てて

Kitto motto chanto jikan o kakete mata kichitto keikaku o tatete

だって焦って急いで 作ったせいで 切って張って 作って壊して

Datte asette isoide tsukutta sei de kitte hatte tsukutte kowashite.

(Si je pouvais devenir Dieu et décider de tout,

Je ne fabriquerais pas le monde en sept jours.

Je prendrais le temps d'y réfléchir, de mettre sur pieds un plan qui tiendrait la route,

Parce que voyez : Il a été fait si vite, si prestement qu'il se casse, se rapièce et se ruine.)

RADWIMPS – Oshakashama (Bouddha)

.

Et voilà ? Je sais pas exactement comment va se passer la reconstruction du monde, mais j'aime bien la direction que ça prend. Il ne manque plus qu'un bout pour achever ce triptyque, que j'espère écrire et poster vite.

Tout ça me glisse un peu des mains. Comme un serpent.

A très vite !