Chapitre 44 : La fin d'un monstre
Je voyais ses cheveux blonds, je pouvais la reconnaitre même de dos, elle s'affairait à aider les blessés…. Je tentais d'hurler son nom, mais aucun son ne sortait de ma bouche. Elle ne pouvait pas m'entendre…J'essayais alors de courir vers elle, mais je ne faisais que reculer…Et soudain elle était en feu…
Je me réveillais en hurlant de nouveau, dégoulinante de sueur, cela faisait la quatrième fois cette nuit. Après ce qu'il c'était passé hier soir, tout ne faisait que tourner en boucle dans ma tête. Une fois de plus Peeta accouru dans la chambre.
Après avoir tiré sur Plutarch, je me m'étais sentie vidée. Au bruit des coups de feu, Haymitch était sorti en trombe. Puis s'était figé, se contentant d'observer la scène qui se déroulait sous ses yeux. Il n'avait pas cherché à intervenir, il m'avait laissé faire.
Une fois que j'eu lâché l'arme, il s'était approché et m'avait simplement prise dans ses bras.
Peeta lui était prostré à côté. Haymitch avait fini par me lâcher pour s'occuper de lui l'éloignant du cadavre de Plutarch.
Je n'arrivais pas à décrocher mes yeux de sa tête qui était devenue méconnaissable. J'observais, comme envoutée, le sang couler de son visage.
Le groupe de Protecteur était sorti également et commença à baliser la scène. Haymitch laissa Peeta quelques minutes pour aller parler avec eux.
Je m'approchai de Peeta sans rien dire. Nous échangeâmes un regard où milles émotions pouvaient se lire sans que l'on en comprenne vraiment le sens. Tout se mélangeait.
Haymitch revint vers nous et nous expliquât que nous allions devoir patienter ici quelques heures, sans entrer plus dans les détails. L'un des Protecteur était allé nous chercher des couvertures, mais je n'avais pas froid, le feu de la colère était toujours allumé en moi.
Et mes pensées se remirent en mouvement, les mots de Plutarch se rappelaient à moi : la mort de Prim dont il était en fait pleinement responsable, même si Coin avait donné son aval, mais peut-être ne savait-elle pas pour la présence de ma sœur ?
Les tortures subies par Peeta. Peeta, ce point d'interrogation humain qui se trouvait là en face de moi…J'avais beaucoup de questions à lui poser et il allait devoir y répondre.
Je m'avançai vers le corps de Plutarch, qui n'avait toujours pas été recouvert pas un drap mortuaire. Un Protecteur tenta de m'en empêcher, mais Haymitch lui fit comprendre de ne pas essayer. Je décidai machinalement de fouiller sa besace. J'y trouvais plusieurs disques à l'intérieur. Je décidais de les garder et les glissa dans la poche de mon pantalon. Haymitch le vit mais ne fit aucun commentaire.
Après quoi il essaya de m'expliquer ce qu'il s'était passé de leur côté.
Suite à l'appel de Paylor qui avait été interrompu par Plutarch, ils avaient vu débarquer des Protecteurs à la boulangerie. Ceux-ci les informèrent avoir reçu des ordres du gouvernement pour faire évacuer l'établissement qui avait surement été piégé avec des explosifs. Haymitch et Peeta furent pris à part et on leur expliqua que la Présidente était au téléphone et devait leur parler urgemment. Haymitch avait pris l'appel. Paylor lui avait alors expliqué où je me trouvais et en compagnie de qui et qu'elle avait fait envoyer une équipe de Protecteurs pour me venir en aide. Peeta qui écoutait la conversation, n'avait pas attendu la fin de celle-ci et était parti en courant en direction de l'école. Paylor eu juste le temps de préciser qu'elle et Gale allaient arriver au douze aussi vite que possible, mais que quoi qu'il arrive nous ne devions pas regagner nos domiciles. Haymitch couru après Peeta et avait fini, non sans mal, par le rattraper. Il lui fit comprendre qu'ils devaient avoir une stratégie pour éviter de me faire courir le moindre risque. C'est à ce moment-là qu'Haymitch vit passer le fourgon de l'équipe de Protecteurs et les arrêta pour leur dire qu'ils devaient venir avec eux. Ils avaient donc décidé qu'Haymitch ferait diversion auprès de Plutarch l'incitant à se rendre vers la sortie, car ils avaient vu en passant l'hovercraft de celui-ci, tandis que Peeta attendrait à l'extérieur pour le prendre par surprise. Haymitch ajouta également qu'il était désolé de ce qu'il avait dû dire à mon sujet, qu'il n'en pensait pas un mot et qu'il espérait que je ne lui en tienne pas trop rigueur. Je lui fis comprendre que ça allait. Je savais pourquoi il avait dû dire ce qu'il avait dit. Mais une partie de moi pensait qu'il avait raison et qu'il ne faisait que dire tout haut, ce que moi je pensais tout bas.
Après ces explications Haymitch retourna auprès de Peeta qui n'avait pas dit un mot depuis son déchainement sur Plutarch. Je ne lui avais pas parlé non plus. Nous restâmes là, tous les trois, adossés contre le mur de l'école, voyants s'affairer les Protecteurs autour de la scène du crime, le corps de Plutarch gisant dans une mare de sang.
Un fourgon arriva une heure plus tard environ. Paylor et Gale en descendirent avec d'autres personnes que je ne connaissais pas. Gale se précipita vers moi tandis que Paylor regardait sans dire un mot le corps. Son visage reflétait le dégout, la colère…
- Catnip, tu vas bien ? Me dit Gale l'air vraiment inquiet. Me prenant par les épaules.
- Oui ça va maintenant.
- Si tu savais comme j'ai eu peur pour toi, pour vous tous.
- Tout va bien maintenant Gale. Lui dis-je, sans grande conviction.
Haymitch essayait de faire parler Peeta depuis tout à l'heure, mais celui-ci était toujours dans un état second. Gale les regarda, puis son regard se posa de nouveau sur moi comme pour me demander s'il pouvait me laisser.
- Tu peux y aller Gale, je t'assure ça va.
Il partit les rejoindre.
- Salut les gars. Vous allez bien ? Dit-il en s'agenouillant près d'eux.
- Salut Gale, dit Haymitch, on fait aller, mais mon copain Peeta est un peu perturbé là de suite.
- Je vois ça. Eh mon pote, comment tu te sens ? Dit-il en posant une main sur l'épaule de Peeta qui restait silencieux.
Je n'avais pas envie de les écouter. Et puis je n'avais pas la force de m'occuper de ça pour l'instant. Je me levai et rejoignis Paylor. J'avais besoin de comprendre et de lui poser des questions.
- Katniss je suis tellement désolée. Me dit-elle. Comment vas-tu ?
- Ça va, je crois. J'ai quelques égratignures, mais rien de méchant.
J'ai surtout besoin de réponses
- Je comprends. Allons-nous installer dans le fourgon pour discuter toutes les deux.
Je la suivi et nous montâmes à l'arrière. Elle demanda à ce que les portes soient fermées de manière à nous assurer un minimum de discrétion.
- Comment as-tu su ? Lui demandais-je de but en blanc.
- Cela faisait un moment que nous avions des doutes pour tout te dire.
Surtout depuis sa dernière demande pour venir couvrir l'inauguration de l'établissement de Peeta, sous couvert de médiatiser ma présence.
Il n'arrêtait pas de demander des nouvelles de toi avec insistance.
Mais ce qui nous a vraiment mis sur la puce à l'oreille c'est l'étude approfondie des vidéos de l'accident.
Nous avons exploité toutes les vidéos à notre disposition, aussi bien celles de surveillance, que celles tournées lors des répétitions ou de la cérémonie elle-même.
Celles du palais n'avaient rien données malgré les efforts de nos équipes et l'aide de Beetee.
Mais récemment nous avons découvert d'autres vidéos, celles des caméras de l'hôpital dans lequel tu étais.
Nous n'y avions pas pensé avant, puisque l'endroit était hautement sécurisé et que peu de gens étaient autorisés à avoir accès à l'aile dans laquelle tu te trouvais.
Un jour, l'un des informaticiens travaillant dessus est venu me trouver, puisque j'avais demandé expressément à être la seule à être mise au courant d'éventuelles avancées dans l'enquête.
Il avait pu mettre la main sur des images montrant l'entrée de service de l'hôpital et nous avons pu voir Plutarch entrer et sortir à plusieurs reprises.
Cependant nous avons eu mal à l'identifier au début, car il été grimé en médecin, avec une perruque et faisait bien en sorte qu'on ne voit pas son visage.
Cependant, une fois il s'est montré négligeant, et c'est comme ça qu'on a fait le lien.
C'était il y a environ une semaine. Nous avons cherché à le localiser, il était censé effectuer des repérages pour tourner une future émission.
J'ai donc demandé à ce qu'il soit immédiatement convoqué d'urgence et qu'il soit rapatrié au Capitole.
Mais il a prétexté être souffrant et ne pas être en mesure de voyager immédiatement, tout en m'assurant qu'il rentrerait le plus rapidement possible.
Après ça il s'est volatilisé, malgré la surveillance rapprochée que j'avais ordonné de mettre en place.
J'ai donc dépêché un groupe de Protecteurs à son domicile pour effectuer une perquisition espérant y trouver quelques indices et, comme je te l'ai dit brièvement au téléphone, nous avons trouvé…Ah ! C'est difficile à expliquer…
- Tu peux y aller. Lui dis-je pour la mettre à l'aise. Au point où j'en étais de toutes manières…
- Je suivais la perquisition à distance depuis le PC de sécurité, j'ai donc pu voir au fur et à mesure les découvertes des Protecteurs.
Sa maison était dans un état effroyable ! Une vraie porcherie.
Et c'est là que nous avons vu qu'au milieux de ce foutoir innommable, Il y avait des photos de partout, au sol, aux murs. Des photos de toutes sortes, pour certaines très récentes.
Je ne sais pas exactement comment, mais il devait se rendre régulièrement ici pour vous observer, vous tous je veux dire.
Quand je dis que je ne sais pas comment, c'est surtout le fait que nous n'avons pour l'instant trouvé aucune trace de ces potentiels déplacements multiples.
Quoi que le fait qu'il semblait avoir un hovercraft personnel, non déclaré à première vue, semblerait être l'explication la plus plausible.
Je sentais qu'elle semblait gênée et qu'elle avait du mal à poursuivre. Elle me regardait l'ai embêté.
- Nous avons également trouvé d'autres photos Katniss, très privées, de Peeta et de toi. Sur toutes ces photos le visage de Peeta était barré à coup de feutre parfois même découpé.
Nous avons trouvé ton costume de Geai Moqueur, celui dessiné par Cinna, il l'avait installé sur une sorte de mannequin affublé d'une perruque représentant ta coiffure.
Il avait aussi une quantité de disques en tous genres que nous n'avons pas encore pu tous visionner pour l'instant.
On a également trouvé de nombreux rapports, détaillant précisément les sévices subis par Peeta au Capitole.
- Il m'a avoué qu'il était responsable de sa capture en quelque sorte, pour se prémunir en cas d'une éventuelle incompatibilité avec Coin, et lui permettre de revenir dans les bonnes grâces de Snow….
- Oui il semblerait qu'il ait joué totalement sur les deux tableaux. Elle marquât un temps d'arrêt et poursuivit, s'assurant au préalable que je pouvais encore encaisser.
Nous avons découvert des photographies de différents cadavres, dont celui de ta sœur dans un dossier, qui détaillait précisément, avec des notes manuscrites de Plutarch, le plan consistant à envoyer les parachutes sur le grand cirque.
Nous savons maintenant que c'était son idée et qu'il a réussi à persuader Coin de la mettre en application.
- Oui…Il me l'a dit également. Dis-je les dents serrées
- Mais ce n'est pas tout, en progressant dans ce taudis, les Protecteurs sentirent une odeur de plus en plus nauséabonde.
Ils découvrirent dans sa chambre, le cadavre en putréfaction d'une pauvre fille, qui te ressemblait étrangement.
Elle était habillée et coiffée comme toi.
Il semble qu'elle ait été torturée durant un long moment, et je te passerais les détails les plus sordides.
Dans cette chambre ils trouvèrent des fioles de venin de guêpes.
En fouillant encore, ils découvrirent que Plutarch semblait mener une véritable étude sur l'effet de ce venin et comment l'utiliser pour manipuler l'esprit des gens.
Enfin, dans la cave il s'était aménagé une sorte d'atelier dans lequel il y avait des schémas de bombes, les plans complets de l'école, du commerce de Peeta, de vos maisons, votre maison à Peeta et toi, de celle de Lize et Haymitch ainsi que d'autres lieux se rapportant à ton cercle proche.
Il semble qu'il ait fabriqué des bombes dans cet atelier, mais elles n'y étaient plus quand nous sommes arrivés.
C'est durant la fouille de cette pièce que je t'ai appelé ayant le sentiment qu'il allait se passer quelque chose.
Après que la communication ait été coupée, j'ai immédiatement embarqué à bord de l'un de nos hovercrafts les plus rapides pour venir ici, espérant qu'entre-temps mes consignes d'évacuation de tous les lieux identifiés comme étant à risques, d'après ce qu'on avait trouvé, aient été appliquées. J'ai prévenu Haymitch et Peeta par téléphone depuis l'hovercraft, et j'avais prévenue l'équipe d'intervention chargée de te trouver qu'ils se joindraient probablement à eux.
Il semble que j'ai eu raison de penser que Peeta ne saurait pas rester sur place sans tenter de te venir en aide.
Au moment où nous parlons, des équipes de démineurs sont en train de passer au peigne fin vos maisons, la boulangerie, ainsi que l'école.
Je ne connais pas tous les détails de ce qu'il pouvait bien avoir en tête, mais je pense qu'il voulait tout faire exploser et te faire vivre en direct la perte de tes proches avant de toi aussi te tuer sans doute.
- Il voulait absolument qu'on se rende dans les sous-sols de l'école. Il m'a expliqué avoir des vidéos de Peeta à me montrer et avoir prévu un grand spectacle…
- Des vidéos de Peeta ? Demandât-elle intriguée.
J'agrippais instinctivement les disques qui étaient dans ma poches, à travers mon pantalon. Nous fûmes interrompues par un Protecteur
- Madame la Présidente, le site est sécurisé. Nous avons trouvé, vous devriez venir voir.
- Bien ! Merci. Dit-elle. Tu veux te joindre à nous Katniss ?
- Oui ! Dis-je en lui emboitant le pas.
Gale était toujours avec Haymitch et Peeta. Ils lui parlaient tous les deux. Je ne pouvais pas m'occuper de lui pour l'instant. J'avais trop de choses en tête et puis je redoutais le moment de devoir me confronter à lui.
Nous descendîmes donc dans les sous-sols. Après avoir arpenté quelques couloirs nous pénétrâmes dans une pièce, dont la porte avait été forcée par l'équipe d'intervention. Quelqu'un semblait y avoir vécu. Il y avait un lit de camp, des couvertures en vrac, des dossiers étalés un peu partout. A côté du lit se trouvait une petite table de chevet sur laquelle nous vîmes des fioles devant très probablement contenir du venin avec, posées à côté, des seringues. Sur une console, on trouva de nouveau des perruques sur des têtes en plâtre, des laisser passer divers et variés.
A côté il y avait un portant avec différentes tenues, d'agents d'entretien par exemple.
Dans un coin de la pièce se trouvait une caméra posée sur un trépied et devant était installée une chaise en bois, avec, posés au sol des liens en plastiques.
Sur le bureau qui se trouvait dans la pièce il y avait deux écrans d'ordinateur qui étaient allumés. Nous nous approchâmes de plus près et nous vîmes des images, provenant vraisemblablement de caméras de surveillances qui devaient être installées, dans mon bureau par exemple, dans mon jardin, dans celui d'Haymitch et Maman, dans la salle de la boutique de Peeta…J'en avais des frissons de me trouver dans cette pièce, de constater que mon intimité, que notre intimité à tous, avait été violée durant des semaines, des mois. Je comprenais mieux pourquoi il connaissait autant de détails sur ma vie privée. Les souvenirs de mon cauchemar durant mon coma me revenaient, des bribes de « conversations avec la voix ». Aujourd'hui tout cela prenait du sens, j'aurais préféré que cela ne soit que des hallucinations. Paylor ne disait rien elle observait elle aussi. Elle était restée figée quelques minutes sur le seuil de la porte avant d'entrer et avait fini par lâcher :
- Comment ai-je pu faire confiance à cet homme ?
Il ne m'avait jamais particulièrement plu, mais je le croyais être des nôtres.
En fin de compte il a toujours eu un coup d'avance sur nous.
J'aperçu par terre, au milieu de ce bric à brac infâme, un carnet. Je m'en saisi et commença à le parcourir. Il contenait des notes manuscrites décrivant dans les moindres détails, mes divers déplacements, activités, ce qu'il avait trouvé dans mes poubelles…Je sentais de nouveau que j'avais la nausée, je jetai le carnet et sortie de la pièce, traversa les couloirs et remonta aussi vite que je le pus pour retrouver l'air frais de la nuit. Gale vint me rejoindre.
- Kat, je suis vraiment désolé. Me dit-il.
Les gars ont dit qu'ils avaient terminés l'inspection chez toi et que la voie est libre.
Je vais vous raccompagner si tu veux ? Ta mère, Annie et Finn doivent déjà y être.
Je ne dis rien me contentant simplement d'un hochement de tête. Je jetai de nouveau un regard au cadavre de Plutarch, j'aurais dû me servir de mes mains pour le tuer plutôt que de lui offrir cette mort douce avec quelques balles bien logées dans son crâne.
Paylor était remontrée elle aussi.
- Katniss, je vais loger chez Sam à l'Hôtel de ville. Je viendrais te voir demain si cela ne te dérange pas ?
- Les photos que tes hommes ont trouvé, celles, avec Peeta, je veux qu'elles soient détruites, peu importe qu'il s'agisse de preuves.
Et le carnet aussi, celui qui est dans la cave, promets-le-moi !
- Je te le promets Katniss, j'ai déjà fait en sorte que les photos en question soient mises sous scellées et envoyées à mon bureau. Pour le carnet je vais aller moi-même le récupérer.
- Merci.
Je n'ajoutai rien de plus et suivit Gale, qui nous fit monter dans le fourgon nous ramenant à la maison. Cette maison qui m'avait servie de refuge me faisait peur à présent, car je savais qu'un intrus nous y avait observé notre insu. J'avais la sensation qu'elle avait été souillée.
Nous ne parlâmes pas durant le court trajet. Peeta était silencieux, comme perdu dans ses pensées. Haymitch avait la tête des mauvais jours et Gale, qui me connaissait par cœur, ne chercha pas à me parler.
Arrivés, Maman accourue vers nous, me prenant dans ses bras en pleurant. Annie, se tenait avec Finn dans les bras, sur le seuil de la porte.
Je ressenti le besoin impérieux de rester seule. Je montai directement m'enfermer dans ma chambre, sans rien dire à personne. Je n'avais toujours pas adressé la parole à Peeta. J'entendis Haymitch l'accompagner et l'installer dans l'une des chambres à côté.
J'étais sur mon lit assise à réfléchir, à revivre cette soirée cauchemardesque. J'avais étalé devant moi les disques que j'avais trouvé dans la besace de Plutarch. Il y en avait cinq. Sur chacun d'eux il était écrit « Thérapie Peeta ». Je les regardais sans oser y toucher. J'avais à la fois une envie folle de les visionner, mais j'étais en même temps paralysée par la peur, la peur d'y trouver la preuve, que ce que Plutarch m'avait dit était vrai. Je ramassai les disques et les mis dans ma table de chevet. J'alla prendre une douche, après quoi je me glissais dans le lit et essaya de trouver le sommeil.
J'entendais des pleurs provenir de la chambre à côté. Je savais que c'était Peeta. Mais je n'arrivais pas à me décider à aller le rejoindre. Une fois encore je l'abandonnais.
Je ne trouvai le sommeil que tard, qui fut donc entrecoupés de cauchemars. A chaque fois Peeta vint me voir, mais je lui disais que ça allait, que ça aller passer et de retourner se coucher. La quatrième fois il ne sembla pas vouloir partir. Il hésita un instant puis vint s'assoir sur le lit.
- Peeta je suis épuisée. Retourne te coucher. On se voit demain.
- Je ne veux pas te laisser. Me dit-il la voix cassée.
- Je ne peux pas pour l'instant…Lui répondis-je d'un ton las.
- Peu importe. Moi je veux rester.
Si c'est parce que tu as peur que je m'emporte ne t'inquiètes pas je suis calme maintenant.
- Ça n'a rien avoir.
Mais apparemment ta merveilleuse thérapie avec le Docteur Aurélius n'a pas si bien marché que ça on dirait puisque tu te sens le besoin de me rassurer à ce sujet ?
- Si, mais j'ai eu tellement peur pour toi ce soir.
Si tu ne m'avais pas arrêté je n'y serais surement pas arrivé seul.
Je ne dis rien, me tourna vers ma table de chevet et en sorti les disques que je jetai sur le lit. Il les regarda ne sachant quoi dire, passant sa main sur chacun d'entre eux.
- Tu les as visionnés ? Me demandât-il toujours le regard rivé sur eux.
- Non, pas encore. J'ai trop peur de ce que je pourrais y trouver.
- Je comprends. Me dit-il
- Tu as des explications à me donner ? Dis-je calmement, mais je sentais une colère sourde monter en moi.
- Quelles explications attends-tu ? Je suppose qu'ils sont à Plutarch ? Il a dû te dire ce qu'il y avait dessus, que veux-tu que je rajoute à ça ?
- Que tu me dises pourquoi ?
Pourquoi tu as laissé le Docteur Aurélius te persuader que c'était la meilleure solution pour te soigner ?
Je me disais bien aussi que tu étais vraiment différent à tellement de niveaux.
Et je comprends mieux maintenant ce que tu voulais dire par « c'est des trucs de garçon ».
Jamais je n'aurais imaginé que tu puisses tomber si bas, même si je t'ai fait souffrir.
- Je ne suis pas sûre de te suivre Katniss. Me dit il l'air très sérieux.
- Si tu sais ce que Plutarch m'a dit, et ce qu'il y a sur ces disques, tu dois parfaitement comprendre ce que je veux dire !
- Écoutes, je n'ai pas accepté comme ça sans réfléchir, il m'a prévenu que ça pourrait être dangereux de me lancer dans cette expérience.
Que ça pourrait donner l'inverse du résultat souhaité, que même s'il comprenait mieux maintenant l'utilisation du venin, cela n'était pas sans risques.
- Mais de quoi tu parles ? L'interrompais-je
- Je te parle de ce qu'on a fait avec le Docteur Aurélius, d'utiliser le venin des guêpes sur moi, à nouveau, mais pour essayer de me « reconditionner dans l'autre sens », de se servir de l'arme dont Snow s'était servi sur moi, mais pour provoquer l'effet inverse.
Ce n'est pas ce que Plutarch t'as raconté ?
- Non vos versions sont légèrement différentes. Lui dis-je avec plein d'amertume.
Et quand je dis légèrement c'est un euphémisme.
- Ok, il faut que tu m'expliques là, parce que moi je n'ai qu'une version, celle que je viens de te donner.
- Il m'a expliqué que ta thérapie miracle, consistait à te rendre dans des maisons closes glauques pour avoir des rapports avec des filles qui me ressemblaient.
Des filles, que tu aurais, pour certaines, maltraités apparemment en plus.
Tu avais à ce point envie de me faire du mal ? Dis-je laissant exploser ma colère.
J'étais incorrigible. J'arrivais à croire ce qu'un psychopathe me disait et pas l'homme qui partageait ma vie. Mais tant pis, les mots et le ton qui allait avec étaient sortis de ma bouche, il était trop tard pour faire machine arrière. Il ne répondit rien, son regard était sombre. Il se leva soudainement, attrapa les disques et me demanda, non, m'intima l'ordre de le suivre. J'essaya de refuser mais il fit le tour du lit et vint empoigner mon bras pour m'obliger à le suivre.
- Tu me fais mal Peeta ! lâches moi immédiatement ! Criais-je à la fois furieuse et prise au dépourvu par ce geste de sa part.
- Je vais te lâcher, mais tu vas venir avec moi !
- Pas si tu dois te comporter comme un animal, ou je te colle mon poing dans la figure !
Il me lâcha instantanément, tandis que Gale et Haymitch déboulaient dans la chambre, inquiets.
- Tout va bien ici ? Demanda Haymitch.
- Ah vous ce n'est pas le moment ! Vous devez bien savoir ce qu'il a fait non ? Avec le Docteur Aurélius ?
- Houlà, Katniss du calme. Tu joues avec le feu là.
Peeta n'est pas suffisamment remis de ses émotions pour pouvoir aborder ce sujet-là maintenant.
- Ça va ! Répliquât-il sèchement.
Gale était à proximité de lui, prêt à lui sauter dessus si nécessaire.
- Ah voilà c'est ça ! Vous le protégez tous les deux, sachant très bien qu'il a passé des mois à vivre comme un débauché, un pervers, et avec la bénédiction d'Aurélius en prime.
Ils échangèrent un regard avec Gale puis avec Peeta qui tenait toujours les disques.
- C'est quoi ça ? Dit Haymitch en désignant ceux-ci. C'est ce à quoi je pense ? Demandât-il à Peeta.
- C'est les enregistrements de mes séances avec le Docteur Aurélius.
Je voulais les montrer à Katniss. Mais elle refuse de me suivre.
- Très bien, tu n'as pas tort après tout ! Dit Haymitch à Peeta.
Katniss, je ne sais pas ce que Plutarch t'as raconté mais tu es vraiment très loin du compte.
Tu vas venir avec nous et on va les regarder ensemble ces disques et tu comprendras !
Gale acquiesça sans dire un mot.
- Après toi Chérie ! Me dit Haymitch m'invitant à passer devant.
Nous nous rendîmes dans le bureau pour plus « d'intimité ».
- Maintenant tu vas t'installer et tu vas regarder. Me dit Haymitch très sérieusement.
Il mit en route le premier disque. Les images montraient Peeta dans une chambre d'hôpital sanglé sur un lit. Le Docteur Aurélius était présent. Il commença alors à expliquer à Peeta comment il allait procéder. Il allait, pour commencer, lui faire une légère injection de venin. Il le prévint que cela risquait de lui faire mal. Il lui rappela aussi, visiblement comme il avait déjà dû le faire auparavant, que cela comportait des risques et voulait s'assurer que Peeta était toujours d'accord pour continuer. Peeta lui confirma et lui demanda de commencer.
Le Docteur Aurélius se pencha alors sur lui et lui fit une première injection. Il alla reposer la seringue plus loin puis s'assit dans son fauteuil à côté de Peeta.
Durant les quelques première minutes il ne se passa rien. Puis d'un coup Peeta essaya de se redresser, son corps était comme pris de violentes convulsions, il se mit à hurler. Le Docteur Aurélius se tenait à côté de lui et lui disait de se concentrer, lui rappelant le but de la manœuvre, se retrouver lui-même, de trouver la paix et le calme.
Peeta semblait se débattre contre des ennemis invisibles, il avait de nouveau cette tête de dément, il hurlait à plein poumons. Le Docteur Aurélius restait calme continuant de lui répéter les mêmes choses, tout en contrôlant le rythme cardiaque et l'activité cérébrale sur des moniteurs.
Il se leva et attrapa une sorte de télécommande et mis en route des vidéos, mais avec l'angle de vue de la caméra je ne pouvais pas voir de quoi il s'agissait, mais j'entendais le son de ma voix, couverte par les cris sans fin de Peeta. Je coupai le son et détourna mon regard de l'écran
- Je crois que j'en ai assez vu comme ça. Dis-je, glacée d'effroi.
- Tu comprends maintenant ? Dit Haymitch.
Il a essayé une thérapie de choc pour pouvoir être normal, avoir une vie normale pour lui et pour toi, pour vous.
Il s'est mis en danger pour vous permettre de vous retrouver, que tu n'aies plus à avoir peur de lui ou pour ne plus risquer de te faire mal ou de faire du mal à qui que ce soit.
Il me parlait à la fois d'une manière calme mais aussi avec un brin de reproche dans la voix, cela m'était destiné. Il semblait affecté lui aussi de voir ces images. Je pense qu'il n'avait jamais dû les voir.
- Et après ses séances, je devais m'occuper de lui, ajouta-t-il, pour le surveiller et faire des retours au Docteur Aurelius, lui faire part de ses progrès, et je devais également l'aider à s'accepter plus, à s'affirmer plus.
Ça faisait partie du programme.
Il parlait souvent avec ta mère, qui, étant guérisseuse lui donnait des conseils pour soigner certaines blessures qu'il s'infligeait lui-même.
- Et pour ma part, j'ai pris le relais à plusieurs reprises avec Johanna. Ajouta Gale.
Quand Haymitch venait vous voir par exemple, Peeta restait à la maison avec nous le weekend pour ne pas être seul ou alors c'est nous qui venions ici.
C'était une condition non négociable qu'avait imposé le Docteur Aurélius.
Et puis Johanna sachant ce qu'il avait traversé l'a beaucoup aidé aussi.
Je me sentais de nouveau être cette fille minable, qui n'avait pas su accorder le bénéfice du doute ne serait-ce qu'une minute à Peeta, qui, une fois encore avait donné de lui pour moi. Il était recroquevillé dans un coin de la pièce et il pleurait la tête entre ses jambes, les bras croisés par-dessus. Le voir comme ça me transperça le cœur
- Ce soir, il a dû faire un gros effort de contrôle, car son reconditionnement implique entre-autre le fait de te protéger de lui comme de tout.
Il est certainement épuisé et très vulnérable là.
On a appelé le Docteur Aurélius et il devrait arriver demain matin pour l'examiner. Dit Haymitch
- Vous pouvez nous laisser tous les deux s'il vous plait ? Ça va aller maintenant. Leur dis-je en les regardant droit dans les yeux à tour de rôle.
Haymitch et Gale échangèrent un regard puis sortirent en silence. J'alla rejoindre Peeta toujours prostré et je m'installai à côté de lui. J'hésita un instant de peur qu'il ne me rejette, ce qui n'aurait été plus que légitime après cette énième crise de ma part contre lui. Je commençai par lui caresser le bras, puis j'attrapai l'une de ses mains pour essayer de démêler ses bras et de pouvoir atteindre son visage. Il respirait fort et semblait crispé mais il me laissa faire. Je me déplaçai légèrement, ne rompant pas le contact entre nous, et vint me placer face à lui. Délicatement je lui caressai les cheveux, le front, je fis descendre ma main sur l'un de ses joues. Elle était trempée.
Je passai ma main sous son menton et très doucement, je lui fis relever la tête. Ses yeux étaient fermés. Sa respiration était moins forte. Avec la manche de mon pull, j'entrepris de lui essuyer avec le plus de douceur possible, les joues et les yeux.
Quand il les rouvrit, ils avaient retrouvé leur belle couleur bleue, mais de son regard transparaissait une tristesse absolue. Je me rapprochai un peu plus de lui et le pris de mes bras appuyant ma tête contre la sienne. Au bout de quelques minutes, assis comme ça l'un contre l'autre, il se mit enfin à parler :
- Tu ne m'aurais jamais laissé faire si je t'en avais parlé. Et après j'avais peur que tu ne me fasses pas confiance.
Mais comment as-tu pu croire un instant ce que t'as dit Plutarch ?
- Je ne l'ai pas cru, enfin pas vraiment, ça me semblait être tellement à l'opposé de toi mais je voulais trouver un moyen pour que tu me parles.
- Je le fais maintenant. Et toi qu'as-tu à me dire ?
- Je ne sais pas. Que je trouve que tu as pris de trop gros risques.
Mais que si c'était ton choix alors je le respecte.
Mais à l'avenir, je ne veux plus que tu fasses ce genre de choix inconsidéré juste pour moi ou en tous cas pas sans m'en parler avant.
- Je l'ai fait pour moi aussi. C'était tellement…ah…je ne sais pas comment te dire !
J'étais bien avec toi, au début, quand notre relation a vraiment commencé à changer.
Mais je sentais toujours au fond de moi cette crainte, toutes ces craintes et je ne voulais pas vivre comme ça.
Quand tu m'as quitté ça a été le déclencheur. Je ne supportais pas l'idée de passer ma vie comme ça.
On en a longuement parlé avec le Docteur Aurélius, avec Haymitch aussi.
Il n'était pas pour non plus, mais il a dû se sentir obligé de le faire car il se sent encore responsable de ce qui m'est arrivé au Capitole.
- Il n'a plus à se sentir responsable Peeta. Lui dis-je alors.
Il n'aurait rien pu faire de toutes manières. C'est Plutarch qui tirait les ficelles.
Toi en priorité, mais aussi Johanna et Annie, vous étiez son assurance vie personnelle. Il me l'a dit. Et même pour Gale, et dire que je lui en ai tant voulu…
- Quand j'ai entendu la conversation entre Haymitch et Paylor, je n'ai pensé qu'à une chose, te sauver. Je n'aurais pas supporté d'échouer cette fois-ci à te protéger.
- Merci, pour ce que tu as fait.
- Tu n'as pas à me remercier. Tu aurais fait pareil. On se protège l'un l'autre…toujours.
- Toujours.
Nous restâmes en silence tous les deux, simplement dans les bras l'un de l'autre pendant des heures. Je crois même m'être endormie.
Plus tard, lorsque nous nous décidâmes enfin à quitter le bureau, nous retrouvâmes tout le monde, y compris Johanna qui était arrivée du sept dès qu'elle avait pu, Paylor ainsi que le Docteur Aurélius.
Je pris Johanna et Annie à part pour leur expliquer pourquoi elles avaient été des victimes collatérales dans le plan sournois de Plutarch. Annie pleura, se remémorant ces moments pénibles passés au Capitole. Johanna se contenta de dire que ce gros porc de Plutarch n'avait eu que ce qu'il méritait. Après quoi elle me prit dans ses bras et me glissa un « merci » à l'oreille. Je dû leur expliquer aussi que nous avions tous été plus ou moins victime du voyeurisme maladif de Plutarch, les caméras, les photos… Mais que pour ce que j'en savais, c'était surtout lorsqu'elles étaient avec moi, qu'elles avaient elles aussi, eu le droit d'être épiées par ce monstre.
Je les laissai digérer ces informations, dans le salon.
Puis ensuite je pris Maman à part. Haymitch demanda à venir et je l'y autorisai car une partie le concernait. Je devais à présent lui révéler pourquoi Prim était morte.
Pour assouvir les fantasmes d'un fou, d'un pervers qui ne cherchait qu'une chose, m'atteindre moi, pour son plaisir à lui, son plaisir déviant et malsain. Si je pensais que Snow était malsain, j'étais loin de me douter qu'il y avait encore pire que lui. Maman pleura elle aussi, et Haymitch semblait vraiment affecté, il la prit dans ses bras et lui murmurait des choses destinées à elle seule. Je révélai aussi à Haymitch qu'il n'aurait rien pu faire pour sauver Peeta durant les jeux de l'expiation, et lui expliquât ce que Plutarch m'avait révélé. Je lui présentai mes excuses pour avoir douté de lui et de sa loyauté, voir même de son amitié pour nous. Il semblait être sur le point de pleurer, alors je décidai de les laisser tous les deux en toute intimité. Je connaissais la pudeur d'Haymitch concernant ses émotions ou sentiments car j'étais comme lui.
Enfin je terminai par Gale. Je lui devais des excuses à lui aussi. Il écouta mon récit. Il accusa le coup et me dit simplement en me prenant dans ses bras qu'il aurait aimé tuer Plutarch lui-même et qu'il était triste pour Prim et d'être resté loin de moi durant tout ce temps. Ces évènements avaient ravivé bien des blessures, enfouies ou non, guéries ou non.
Nous aurions tous besoin de temps pour nous en remettre. Mais nous serions ensemble.
Peeta était avec le Docteur Aurélius dans une chambre. Aussi j'alla retrouver Paylor qui se servait une tasse de thé à la cuisine.
- Tu en veux une ? Me dit-elle
- Non je te remercie mais ça ira.
- Katniss, je suis tellement désolée…
- Tu n'y es pour rien.
Tu as fait ton maximum pour qu'on mette la main sur lui avant qu'il ne cause encore plus de dégâts.
Peut-être aurait-il mieux valu que je le laisse en vie pour le voir croupir dans une cellule…
- La loi le voit comme ça, mais je comprends ton geste.
Et même depuis une cellule il aurait encore pu vous atteindre.
Katniss, je vais présenter ma démission. Demain.
J'estime avoir fait preuve de négligence en confiant ces missions de communication et de gestion des médias à Plutarch et en n'ayant pas fait ce que mon instinct me dictait de faire, le mettre à l'écart !
Quoiqu'il aurait plus se montrer encore plus dangereux.
Les médias vont s'en donner à cœur joie…lui qui était mon secrétaire chargé de la communication…
- Tu ne peux pas démissionner Paylor ! Tu es trop importante pour ce pays.
Non ! Si tu veux mon avis, mon avis de « Geai Moqueur », tu devrais faire des excuses publiques, pour « l'image », car autrement je n'estime pas que tu aies à en faire.
Faire tomber une ou deux têtes, au sens figuré, dans ton équipe et continuer.
Ce monde que tu essayes de bâtir a trop besoin de toi.
Tu es populaire, les gens oublieront, surtout si je fais une déclaration dans ce sens.
- Katniss, c'est adorable de ta part mais je ne veux pas te demander ça, pas après tout ce que toi et tes proches avaient traversés, ça ne serait pas juste.
- Ce n'est pas toi qui décides sur ce coup Mme la Présidente.
Cela sera ma dernière contribution en tant que symbole.
Après ça je raccroche définitivement les armes. Pour de bon !
Je veux pouvoir m'ennuyer et profiter de chaque instant.
Je pense qu'avec lui, les derniers vestiges de ce qu'il y avait de plus pourri avant la révolution ont disparus.
Je l'espère. Sinon il te faudra trouver un autre guerrier. Dis-je avec un demi sourire.
- Merci Katniss. Sincèrement.
- Tu as pu faire ce que je t'avais demandé hier soir ?
- Oui je m'en suis occupée. Le cahier est détruit, je l'ai brûlé moi-même. Les photos ont été livrées à mon bureau, je m'en occuperais à mon retour au Capitole.
- On sait qui était la fille ?
- Non pas vraiment. C'était une ancienne esclave, une muette…
Elle travaillait dans un bar du Capitole où Plutarch avait ses habitudes, on pense que c'est comme ça qu'il l'a connu. Elle n'était personne.
- On sait s'il y en a eu d'autres ?
Elle marqua un temps d'arrêt, semblant hésiter à me répondre.
- Visiblement, elle n'était pas la première.
Mes équipes me tiennent informées au fur et à mesure de l'enquête qui est en cours, ce qui fait que je n'ai pas vraiment dormie cette nuit, mais ce n'est pas important. Plaisant a-t-elle.
Cela fera l'objet d'un procès, même si le coupable n'est plus en vie, mais il semblerait que Plutarch menait une vraie double vie.
- Tu as parlé d'autres disques trouvés chez lui ?
- Oui pour la plupart des copies vidéo de tes « propaclips », interventions diverses, extraits des jeux, et aussi des images de ses caméras qu'il avait planqué un peu partout.
Mais, et c'est comme ça que l'on sait qu'il y en a eu d'autres, il y avait aussi des vidéos de lui avec ses victimes et je redoute le moment où il me faudra les visionner. Dit-elle en soupirant.
Au fait toutes les caméras ont pu être identifiées et elles ont été démontées.
- Merci. Dis-je gardant pour moi la colère qui m'animait à l'évocation de ce sujet.
- Oh tu n'as pas à me remercier ! Ce n'est pas moi qui m'en suis chargée.
- Et pour l'équipe de Plutarch ?
- Ils sont en train d'être auditionnés. Je pense que certains savaient des choses.
On le saura bien assez tôt.
Cette histoire n'est pas encore terminée et j'espère qu'elle ne nous réservera pas d'autres surprises désagréables.
Peeta sorti de la chambre du bas avec le Docteur Aurélius. Celui-ci me proposa de le voir en aparté. En croisant Peeta, je vis qu'il semblait épuisé, mais il avait l'air apaisé.
- Katniss, je tenais à vous présenter mes excuses. Dit-il sans prendre de détours.
- En temps normal Docteur, je vous cracherais des injures au visage, voir même je vous aurais déjà sauté dessus pour vous arracher la tête, mais je suis vraiment trop fatiguée pour ça.
- Je sais, je comprends. Dit-il l'air vraiment sincère.
- Mais qu'est-ce qui vous a pris de parler de cette thérapie à Peeta ? Et surtout de le laisser vous convaincre de le faire ? Vous vous rendez compte que vous auriez pu le détruire définitivement ?
- Il connaissait les risques Katniss, c'était son choix. Je l'ai prévenu. A de nombreuses reprises.
- Mais c'est vous le médecin non ?
Quand mon médecin me dit de ne pas faire quelque chose pour ne pas risquer d'aggraver la situation….
- …Bien souvent vous ne tenez pas compte de son avis. Dit-il en me regardant dans les yeux. Il cherchait à me tester.
- Non…c'est vrai. Mais Peeta n'est pas comme ça, il n'est pas…comme moi !
- Vous devriez avoir plus foie en lui Katniss.
C'est l'une des personnes les plus courageuse qu'il m'ait été donné de rencontrer, avec vous bien sûr.
Il faut que vous compreniez que mon rôle est de vous aider, autant vous que lui. Je n'ai jamais eu pour intention ou pour but de vous nuire.
Je vous apprécie beaucoup tous les deux.
- Vous pouvez m'apprécier oui ! Grâce à moi vous pouvez faire une heure de sieste tout en étant payé.
Il rigolât.
- Oui en effet, mais je préfère éviter de m'en vanter.
Il n'empêche que je constate que vous avez fait de gros progrès.
Regardez où vous en êtes aujourd'hui, mis à part ce qu'il s'est produit hier soir.
Ceci étant, vous avez désormais toutes les pièces pour reconstituer le puzzle, ce qui vous permettra peut-être de trouver une forme d'apaisement avec le temps.
Vous n'oublierais pas, je ne prétends pas non plus que vous guérirez complétement, mais vous savez désormais qui vous êtes, quelle est votre place et ce que vous voulez, en partie.
Quand vous êtes revenue au douze à la fin de la guerre, avec l'état dans lequel vous étiez, jamais je n'aurais pensé que vous feriez tout ce chemin en un peu plus d'un an et demi.
Et maintenant que Peeta va mieux, je pense que je vais vous laisser un peu tranquille, même si l'un comme l'autre vous pourrez faire appel à moi quand vous en aurez besoin.
- Peeta voudrais que je continue mes séances avec vous, il pense que j'en ai besoin.
- Et vous, qu'en pensez-vous ?
- Vous savez que je ne suis pas très objective sur ce sujet. Je pense qu'il pourra peut-être m'arriver de vous appeler.
Et pour Peeta ? Vous êtes sûre que ça va aller ?
- Oui. J'avais besoin de le voir après avoir su ce qui s'était produit hier soir, mais il réagit positivement.
Avant son dernier traitement, il n'aurait pas supporté une telle intensité d'émotions.
Ça avait déjà été limite lorsque vous avez eu votre accident, je l'avais surveillé de près.
Là il a réussi à garder le contrôle, à se raccrocher à vous quand vous l'avez sorti de sa phase de violence, mais ce n'était pas de la violence programmée, c'était vraiment l'expression de la colère qu'il avait contre son adversaire car il vous savait en danger.
Après, il y aura toujours une part un peu sombre en lui à ce niveau-là.
Mais il n'y aucune raison qu'elle se manifeste et il ne représente absolument plus aucun danger ni pour vous ni pour personne.
Les circonstances d'hier étaient particulières.
- Une prochaine fois, il y a un sujet que je voudrais aborder avec vous.
- Comme je vous l'ai dit, je serais là pour vous quand vous en aurait besoin.
Je pense qu'il est temps pour vous tous maintenant de vivre paisiblement votre vie, loin de tout ça. Vous êtes prêtes maintenant.
- Vous êtes sûr ?
- Oui ! Vous savez quelles sont les dernières étapes pour vous aider à finir d'aller de l'avant. Vous le savez parfaitement. A vous de décider quand et comment.
Vous savez des quelles je parle ?
- Je crois oui.
- Bien, dans ce cas, il ne tient qu'à vous de décider les choses, à votre rythme.
Et Peeta sera là le moment venu et il comprendra et vous devrez accepter de le laisser être là pour vous sans le rejeter.
C'est pour vous que je dis ça, lui il connait son rôle et la place qu'il a à occuper.
Je pense que ce qu'il a traversé pour vous est le signe qu'il n'as pas du tout l'intention de vous abandonner non ? Dit-il avec un sourire.
- La séance est terminée Docteur.
Merci. Lui dis-je avec un sourire.
Le Docteur Aurélius, sur proposition de notre part et ainsi que Paylor, restèrent jusqu'au lendemain. Nous passâmes la soirée à la maison tous ensemble. Ne semblant pas pouvoir nous quitter après ce qu'il s'était passé. Gale et Johanna, qui ne devaient arriver que dans le courant de la semaine et rester trois ou quatre jours à la maison, restèrent finalement la semaine entière. C'est durant cette semaine-là qu'Annie décida qu'elle s'installait définitivement dans le douze, mais qu'elle conserverait la maison de la plage. Elle pensait que cela nous permettrait de passer des vacances ensemble là-bas à l'occasion. L'avenir lui donna raison. Elle n'envisageait plus que nous nous quittions. Elle ne s'en sentait pas la force. Et ma mère et elles étaient vraiment très proches. Tant et si bien qu'elle finit de convaincre Annie de suivre la formation de guérisseuse. Tous ensemble on se comprenait sans se parler. Nous avions tous eu notre lot de douleurs. Gale avait été en un sens le plus épargné mais il partageait tout avec nous.
Nous allâmes tous les deux chasser un jour. Cela me fit beaucoup de bien de pouvoir revivre ces moments-là avec lui, comme si rien n'avait changé depuis toutes ces années.
J'avais enfin ce que j'avais toujours souhaité, enfin, ce que j'avais souhaité durant des années : mon ami et mon compagnon, ensemble sans guerre.
Après son retour au Capitole Paylor prononça un discours qui fut retransmis dans tout Panem pour parler des évènements survenus dans le douze. Elle indiqua qu'elle mettrait tout en œuvre pour réparer au mieux tout ce que Plutarch avait pu faire au cours des années. Elle présentât des excuses publiques, reconnaissant un manque de lucidité de sa part et mentionna le fait qu'elle avait songé à démissionner. Elle décidât de s'en remettre à l'avis du peuple au cours d'un référendum qui serait organisé prochainement. Elle suivi mon conseil et limogea l'équipe de Plutarch au complet. Certains furent emprisonnés, et étaient en attente de leur jugement. De mon côté je tenu parole. Une équipe de télévision nouvellement nommée et dédiée à la communication Présidentielle vint à la maison où j'enregistra, dans les jardin, un discours dans lequel je réaffirmais mon soutien sans faille à notre Présidente, où j'expliquais ce qu'elle avait fait pour nous protéger et nous sauver dès qu'elle l'avait pu, que c'était une femme intègre et de confiance et que pour ma part, je remerciais celle que je considérais désormais comme une amie, pour sa bienveillance et son honnêteté dont personne ne devait douter.
Mon discours sembla porter ses fruits, puisque les résultats du référendum furent sans appels. Le peuple souhaitait que Paylor reste en fonction.
Quelques jours après les résultats je recevais un colis avec une petite boite contenant des cendres. Un petit mot disait simplement, « comme promis. Amitiés. Paylor ». Elle avait détruit tous les clichés de ma vie privée et avait pris par la même, le risque de dissimuler une partie des preuves qui devaient servir au cours du procès.
Celui-ci fut tenu, plus pour la forme, pour le côté symbolique de la chose, mais le vrai coupable était déjà en train de pourrir dans un trou quelconque. Cependant le jury décida de condamner deux de ses plus proches collaborateurs qui travaillaient pour lui et ce depuis bien avant la rébellion, en guise d'exemple. Il s'avérait qu'ils l'avaient effectivement aidé à mettre sur pied bien certains de ses plans odieux, surtout me concernant. Ils avaient nié connaitre le degré de perversion de leur patron ainsi que la fascination malsaine qu'il avait pour moi.
Des mois passèrent.
Nous prenions le temps de nous remettre avec Peeta. Il s'était montré un peu distant durant les premières semaines, plus par crainte une fois encore de s'en prendre à moi qu'autre choses, malgré le fait que le Docteur Aurélius lui avait assuré qu'il allait bien. Il s'en voulait aussi toujours de ne pas m'avoir parlé du traitement qu'il avait choisi de suivre. Mais je lui avais pardonné depuis longtemps et au fond il n'y avait rien à pardonner.
J'avais repris le chemin de l'école et j'avais mis en place le fameux cours, pour certains élèves en difficultés, auquel j'avais pensé avant les vacances. Un jour par semaine je les prenais avec moi, ils étaient une dizaine, et nous partions dans la forêt où je leur apprenais à chasser et la discipline que cela demandait. Chaque piège que nous posions avait un but, tout devait être étudié dans les moindres détails. La fabrication, la solidité, l'utilité, l'emplacement, le calcul de probabilité qu'il se referme sur une proie. L'art de la patience, de la traque, de la maitrise de soi et de ses émotions. Le respect à observer au moment de donner la mort à un animal, leur rappelant qu'il s'agissait d'un être vivant et qu'il ne fallait pas tuer pour le plaisir mais pour le besoin et sans apporter de souffrance. Tous ces éléments, permettaient, petit à petit de les canaliser, de leur apprendre à décortiquer les choses pour en comprendre le fonctionnement. De recommencer lorsqu'on se trompait, d'apprendre à résoudre un problème lorsqu'on s'y trouvait confronté.
Mon expérience dura un trimestre, au bout duquel, nous pouvions constater avec l'équipe pédagogique, qu'ils commençaient à progresser dans les matières qui leur posaient problèmes, ou dans leur comportement, ou encore sur leur façon d'appréhender les choses.
Suite à cette première expérience positive, nous décidâmes donc de poursuivre ce programme. Le trimestre suivant fut consacré à d'autres élèves dans le besoin et ainsi de suite.
Dès qu'ils étaient avec moi dans la forêt ils se permettaient d'être eux-mêmes,
Ils parlaient, ils partageaient, s'entraidaient. Ils étaient attachants et à chaque fin de trimestre j'étais à la fois contente du résultat obtenu, triste de me « séparer » d'eux, puis contente d'en accueillir de nouveaux. Ces moments n'appartenaient qu'à nous.
Certains parents vinrent me remercier, me disant que leur enfant (fille ou garçon d'ailleurs) semblait plus épanoui depuis la mise en place de ce programme (que j'avais dû faire valider par Sam et Paylor, mais sans grande difficulté) et que cela avait aussi des conséquences positives sur leur vie familiale. J'en étais très touchée.
Avec Peeta nous avions fini par officialiser notre relation. Tout le douze savait désormais que le Professeur Mellark et la Directrice Everdeen étaient ensemble. C'était moi qui l'avais fait savoir, en commençant d'abord par mon équipe de direction. Puis un jour j'avais embrassé Peeta devant ses employés et tous les clients présents à la boulangerie, durant une soirée, alors que nous dansions tous les deux et surtout après avoir bu quelques « sexymitch ». Les gens avaient sifflé et applaudis. J'étais devenue rouge, mais le sourire ne m'avait pas quitté de la soirée et je n'avais pas quitté Peeta une seule seconde, trouvant refuge dans ses bras protecteurs.
Les vacances d'été arrivèrent à une vitesse incroyable et avec elles les examens de fin d'année. Peeta, Maman, Annie et moi avions monté un groupe d'étude pour aider les « dernière année » à réviser, avec l'aide également d'autres professeur, ainsi que celle de Delly, qui, avec son enthousiasme habituel s'était portée volontaire. Lorsque les résultats tombèrent et que la quasi-totalité de nos élèves obtinrent leur diplôme, nous fûmes tous très heureux et satisfaits. A travers ce résultat, je me sentais officiellement légitime en tant que Directrice de cette école. La majorité des diplômés purent enfin quitter le douze pour partir découvrir le pays et poursuivre leurs études dans d'autres Districts. Certains furent admis dans certaines des plus prestigieuses universités du Pays, pour notre plus grande fierté. Nous l'étions tout autant pour ceux qui choisirent de commencer à travailler dès leur sortie de l'école, car nous avions fait en sorte de leur donner des bases solides. Certains avaient décrochés des postes à l'autre bout de Panem, leur vie prenait un tournant qu'ils n'auraient jamais pu imaginer avant.
Pour la cérémonie de remise des diplômes, les habitants du douze étaient de nouveau réunis comme pour l'ouverture. Cette journée fut très particulière pour l'ensemble des habitants du District ainsi que pour nous tous qui avions œuvré tout au long de l'année pour les amener jusqu'à ce moment unique dans leur vie.
Certains, ceux qui avaient échoués, n'avaient pas le cœur à la fête.
Mais j'avais pris le temps pour chacun d'eux, de faire le point afin de mettre sur pied une stratégie pour qu'ils réussissent l'année suivante. Je ne voulais pas qu'ils se sentent être mis au banc de la société car ils avaient essuyé un échec. Je leur demandai de réfléchir, pour comprendre pourquoi ils avaient échoué, et d'en tirer des leçons, pour s'en servir d'arme l'année suivante. A chaque fois que je parlais avec eux, tous autant qu'ils étaient, je voyais à travers leurs regards que je semblais les inspirer et petit à petit je me senti devenir quelqu'un grâce à eux.
Peeta avait pris quelques semaines de congés, confiant sa boutique à son équipe, ainsi qu'à des étudiants qu'il avait eu en cours et qui voulaient gagner un peu d'argent pendant l'été. Un jour, alors qu'il était en train de peindre, j'alla le rejoindre dans la dépendance. J'aimais ce qu'il avait fait de cet endroit. C'était chaleureux, coloré, bohème, on sentait immédiatement détendu en y pénétrant. Mes yeux se braquèrent instantanément sur les affaires de Prim, toujours encartonnées. Je n'y avais pas touché depuis mon aménagement. Sans me poser de question et sans rien dire, je me dirigeai vers les cartons et les ouvris. Je trouvai ses cahiers d'école, ses rares livres, qu'elle avait relu des dizaines de fois, des peluches et quelques poupées, des vêtements dans lesquels j'enfouis mon visage pour sentir son odeur. Je trouvai aussi des photographies ainsi que son journal intime. J'étais émue de toucher toutes ses affaires. Elle qui me manquait toujours autant, mais j'avais avec moi des petits morceaux de ce qu'elle avait été. Peeta avait laissé vides les étagères qui étaient dans la pièce. Alors je pris les affaires de Prim et je commençai à les disposer dessus, les livres, les peluches, ses cahiers d'écoles, ses photos, sa brosse à cheveux. Je repliai proprement ses vêtements et les rangeât dans un carton que je décidai de ranger dans le placard de ma chambre.
Peeta s'était arrêté de peindre dès que j'avais commencé à toucher aux affaires de Prim, je ne m'en étais pas aperçue étant dans ma bulle, il m'observait sans rien dire.
Quand j'eu fini d'installer les affaires sur les étagères, je me tournai vers lui et nos regards se croisèrent.
- Oh pardon je ne t'ai même pas demandé si ça ne te dérangeait pas que j'utilise les étagères pour…
- …Katniss, je les avais laissé exprès pour ça. Me dit-il en se levant et me prenant dans ses bras.
- C'est bête, mais je me dis qu'il était temps de les faire sortir de l'ombre et qu'elles reçoivent la chaleur qui émane de cet endroit.
- Je ne trouve pas ça bête du tout.
Un miaulement se fit entendre derrière nous. Buttercup se tenait planté à l'entrée de la dépendance. Ce chat avait décidément un sixième sens. Il s'approcha et sauta sur l'une des étagères où se trouvaient les quelques peluches et poupées de Prim et se coucha en boule entre elles. Je devais bien admettre qu'il y avait quelque chose de fascinant de le voir faire. Il y avait quelque chose en lui qui était indéchiffrable.
Un jour que Maman était venue déjeuner à la maison avec Haymitch et je lui montrai les affaires dans la dépendance. Buttercup avait désormais élu domicile à cet endroit.
Ma mère fut très émue. Elle s'approcha très doucement, et passa sa main sur les objets, les effleurant. On se regarda et on se prit dans les bras l'une de l'autre en pleurant. Nous n'avions pas fait notre deuil, mais je sentais que c'était le moment pour moi, peut-être pour nous deux, de commencer à avancer là-dessus et de penser aux bons moments plutôt qu'à l'horreur de la fin. Je décidais également de lui donner le journal intime de Prim. Je n'avais pas eu la force de le lire, mais je me disais que cela ferait peut-être du bien à Maman de le faire si elle le souhaitait.
Évidement en sortant de là avec nos yeux rougis, Haymitch me passa un savon car il croyait que j'avais encore fait une crise quelconque à son « Coquelicot Sauvage ».
Mais ma mère le rassura en lui disant que c'était un truc entre elle et moi. Elle lui déposa un baiser sur les lèvres et il se détendit instantanément, tout en me menaçant malgré tout de me pourchasser jusqu'à l'autre bout de Panem si je m'avisais de faire le moindre mal à Maman ou à Peeta !
Après avoir terminé de déjeuner, j'alla dans le bureau chercher quelque chose que j'avais trop longtemps laissé de côté. Je revins et déposa sur la table le paquet de parchemins destinés composer le livre que je n'avais jamais commencé. Haymitch ne semblait pas comprendre.
- Haymitch, j'avais un projet en revenant au douze, celui d'écrire un livre, dont chaque page ferait le portrait de toutes les personnes qui nous étaient proches et qui ont donné leur vie pour nous, la rébellion, le pays…
J'ai eu cette idée en regardant le livre de plantes familial, dans lequel on notait les noms de plantes qui pouvaient être utilisées pour la guérison ou encore comme nourriture. Peeta et moi avions décidé de le faire ensemble, mais je pense à la réflexion, qu'il ne pourrait pas être complet si vous ne le faisiez pas avec nous.
- Trésor ! Tu sais, je ne suis ni un poète, ni un écrivain et je ….
- Haymitch ! S'il vous plait c'est important pour moi, pour Peeta et je pense que ça l'est pour vous aussi.
Vous avez connu tellement de gens qui ne sont hélas plus avec nous aujourd'hui et il n'y a pas d'autre personne que vous qui pourrait écrire dans ces pages qui ils étaient.
Ce livre Haymitch, est fait pour honorer leur mémoire et nous permettre de ne pas les oublier.
Il se tourna vers ma mère et grommela :
- Elle m'énerve quand elle me prend par les sentiments ta fille !
Ma mère lui répliquât :
- Ma fille dis-tu ? Mon chéri je te rappel qu'il t'arrive aussi de parler d'elle en disant qu'elle est comme ta fille…Donc tu assumes !
J'étais étonnée que Maman se laisse aller à faire ce genre de confidence, d'autant qu'Haymitch vira instantanément au rouge et commença à balbutier.
- J'avais du boire ce jour-là…
Bon et va falloir que je me coltine combien de pages au juste ?
- Il n'y a pas de nombre, c'est vous qui décidez qui vous souhaitez mettre à l'honneur.
Je propose qu'on se retrouve chaque dimanche après-midi pour le faire tous les trois.
Peeta dessinera les portraits de celles ou ceux dont nous n'avons pas de photos, moi j'ai pas mal de textes à écrire.
Si vous préférez, vous pouvez aussi me dicter ce que vous voulez écrire si ça doit vous convaincre.
- Oui ça, ça pourrait me convenir. Bon, comme de toutes manières je sais que tu ne me laisseras pas tranquille tant que je ne te dirais pas oui, on va dire que j'accepte. Dit-il en faisant une moue dépitée.
- Merci Haymitch.
Je me levai et lui déposa un baiser sur la joue. En me reculant je vis qu'il avait les yeux embrumés, il me donna une petite tape dans le dos
- Ouais, bon, moi je vais aller faire une sieste !
Après quoi il se leva et allât de mettre dans le hamac dans le fond du jardin. Je savais qu'il était ému. On s'aimait vraiment tous les deux.
Et il tint parole. Il vint tous les dimanches après-midi durant quatre mois. J'étais cependant loin de me douter que j'allais devoir subir, non pas Haymitch l'ami, le parent, mais Haymitch le tyran, le coach, le mentor. Entre le fait qu'il faisait refaire continuellement ses dessins à Peeta, qui était d'une patience d'or, à cause d'une mèche mal dessinée, d'un grain de beauté en trop, ou le fais qu'il me dictait ses textes tout en regardant ma manière d'écrire et me faisait des commentaires presque à chaque mot, c'était un miracle que nous soyons parvenus à en venir à bout.
A plusieurs reprises, l'envie de l'étriper m'était passé par la tête, je dois bien l'avouer.
Maman et moi avions décidé d'écrire ensemble la partie concernant Prim. Nous avions ri, pleuré, nous nous étions entre-autre, remémorées la fois, où, nous avions dû improviser cette folle histoire de ma recherche infructueuse de l'homme aux chèvres dans le but de faire culbuter celle de Prim, pour cacher aux pacificateurs qui m'attendaient à la maison, mon escapade en forêt qui s'était un peu éternisée, dû à la remise en route du courant de la clôture électrique. Peeta et Haymitch qui étaient à côté de nous, se souvenaient bien de cette histoire et ils en riaient encore. A l'époque moi je n'avais pas ris car j'avais mon talon cassé et je souffrais le martyre, mais je devais avoir l'air crédible. Ceci dit en y repensant, c'est vrai que cela avait été un moment cocasse.
Le livre était à présent terminé, et nous pourrions le faire passer de main en mains afin de faire perdurer la mémoire des êtres disparus et ainsi ne jamais les oublier.
J'avançais dans ma vie, et celle-ci était encore à écrire, je commençais à voir se dessiner certaines choses. Le brouillard semblait se lever, même si j'étais toujours ponctuellement perturbée par des souvenirs violents qui se rappelaient à moi sans prévenir, ou par nos éternels cauchemars à Peeta et moi.
Heureusement, ce n'était pas toutes les nuits, et nous apprenions ensemble à vivre avec eux comme étant une partie de nous.
