Bien le bonjour ! Désolée pour ce petit retard, je sais qu'il était prévu que je poste le vendredi, mais... En fait j'ai quelques réglages à faire avant de publier (refaire une mise en page plus adaptée à la lecture sur ordinateur, charger le document, faire les textes d'intro et d'outro), et hier je suis rentrée tard et n'ai pas eu le foi, je dois bien l'avouer ^^' Donc à l'avenir, ne vous inquiétez pas si aucun nouveau chapitre apparaît le vendredi, il arrivera le samedi ou le dimanche :)
En tout cas, je vous remercie pour l'accueil que vous avez fait au dernier chapitre, merci d'être toujours là ! Sans plus attendre, voici la suite des péripéties !
Réponse à Julia: Ravie de savoir que voir la suite arriver te fait plaisir ! Je suis désolée de lire que tu as eu des moments difficiles, mais je suis heureuse que ma fic ait pu t'aider un peu. J'espère vraiment que tu aimeras la suite. Merci d'avoir patienté, et merci de ta review !
Réponse à Lucie: Hahaha, jamais je n'arrêterai de stresser, je pense XD C'était un choix de ne pas dire ce qu'il s'était passé, mais cela peut changer par la suite avec un flashback effectivement. Comme je le disais, les chapitres sont écrits mais peuvent encore un peu changer… ;) En tout cas, je suis contente que tu aies aimé tout de même, et j'espère qu'il en ira de même pour la suite. Merci pour ta review !
Réponse à drou: Au plaisir de te lire également, haha, merci pour ta review !
Réponse à Cam: Contente que tu sois contente, haha ! Merci de ta review !
Réponse à Manon: Merci de ta review, j'espère que la suite te plaira !
Réponse à Emma: Hahaha, mais tu es au taquet dis donc ! Désolée pour ce petit retard, merci pour ta review !
Réponse à Audrey: Merci beaucoup de ta review, j'espère que tu aimeras la suite ! ;)
C'est de la confiance que naît la trahison.
Proverbe arabe
Rogue dut se faire violence pour ne pas la prendre dans ses bras et la serrer fort contre lui. Il eut simplement peur de ne plus pouvoir la lâcher. Il ferma les yeux et se concentra sur la main d'Hermione qui tenait encore son menton. Égoïstement, il souhaita qu'elle soit faible. Il souhaita qu'elle l'embrasse. Il attendit.
Hermione n'eut pas de réponse à sa question. Elle songea que le Maître des Potions ne devait même pas la connaître lui-même. Tant d'identités pour un seul homme… Prince de Sang-Mêlé, Mangemort, espion, paria… Comment ne pas se perdre soi-même entre toutes ces facettes ? Elle le vit fermer les yeux, et détailla avidement son visage. Le monstre de la colère grondait encore au fond d'elle. Mais elle avait dit la vérité. C'était une colère d'incompréhension, et non une colère de confirmation, comme celle que Harry vivait en ce moment-même. Elle voulut tout à coup être seule. Alors, à son corps défendant, à son cœur suppliant, sa raison lui dicta de partir. Elle reviendrait demain. Demain, ils seraient plus calmes, tous les deux. Demain, ils iraient mieux, et alors elle pourrait l'étudier de nouveau et essayer de comprendre.
Lorsqu'elle lâcha le menton de Rogue, il rouvrit les yeux. Ils se contemplèrent un instant. Après tout, leurs yeux avaient toujours été plus francs que leurs paroles. Hermione ne dit rien. Elle lui dirait demain. Demain, elle lui avouerait ce qu'elle avait compris dans sa colère. Demain, elle pourrait lui dire qu'elle l'aimait. Mais pas ce soir. Ce soir, elle avait besoin de laisser le Prince et le Mangemort derrière elle. Demain, la porte s'ouvrirait alors sur Severus Rogue, celui qu'elle connaissait, celui qui déambulait avec elle dans les Jardins de Mithridate.
Elle se dirigea vers la porte, et sortit. Une main se referma sur son poignet. Elle s'arrêta et se retourna vers Rogue, en silence. Elle attendit, observant consciencieusement ce visage blafard qui ne portait plus de masque, ce visage soudain hésitant et meurtri.
Alors, lentement, Rogue se pencha vers elle, et déposa un douloureux baiser sur le front d'Hermione. Il y appuya ses lèvres quelques secondes, puis se redressa. Hermione, consciente qu'elle ne pourrait pas retenir longtemps les nouvelles larmes qui perlaient à ses yeux, se sauva dans la direction des escaliers.
- Je suis désolé.
Lorsque Rogue eut le courage de prononcer ces mots, seules les pierres des murs étaient encore là pour les entendre.
oOo
Hermione avala mécaniquement une nouvelle petite fiole de sa cure, avant de s'engager dans les escaliers la menant au dîner. La tempête battait son plein sous son crâne. Elle souhaitait seulement revoir Rogue, le revoir une fois avant que tout ne se brise en mille morceaux définitivement. Elle savait que si, vraiment, l'attaque des Mangemorts dont parlait Harry avait lieu, elle le perdrait ce soir. Elle aurait pu faire le choix contraire après en avoir appris tant sur lui, estimer qu'un tel homme ne pouvait plus faire partie de sa vie. Mais elle en était tout simplement incapable. Finalement, apprendre que Rogue était en fait le Prince de Sang-Mêlé ne l'avait pas abattue autant qu'elle l'aurait cru. Pour la simple et bonne raison que sa source primaire d'animosité envers ce dernier était d'abord basée sur ses compétences brillantes en potion, compétences dont elle-même se trouvait dépourvue. Elle préférait bannir au fond de sa pensée le spectre du Sectumsempra. Et quant à Malefoy, et à la prophétie, elle se raccrochait au seul nom qui plaçait encore en Rogue une confiance absolue : Dumbledore. Elle refusait de croire que tout ce qu'elle avait vu de Rogue au cours des derniers mois n'ait été que duperie. C'était impossible. L'homme qu'elle avait fréquenté, de très près, n'avait été ni le Prince, ni un Mangemort. A cet instant, elle avait besoin de lui. Elle avait besoin d'une soirée comme il y en avait tant eu dans les semaines précédentes. Et elle avait besoin de retrouver ses bras.
Elle prit place en compagnie de Ron et de Ginny à la table des Gryffondor. La chaise vide de Harry fit remonter ses angoisses. Elle espérait que tout irait bien dans son expédition avec Dumbledore. Anxieuse, elle leva les yeux vers la table des Professeurs, et remarqua l'absence attendue du Directeur, mais aussi celle de Rogue. Elle leva les yeux vers les deux autres membres de l'Armée de Dumbledore qui avaient répondu à l'appel de Harry : Luna Lovegood et Neville Londubat. Celui-ci contemplait son assiette, les sourcils froncés et le visage fermé, et Hermione ne doutait pas qu'il pensait à cet instant à ses parents, détruits par Bellatrix Lestrange. Luna, elle, semblait égale à elle-même, comme loin des préoccupations qui les ébranlaient. Ron prit la parole à voix basse :
- Bon. On va suivre ce que Harry nous a indiqué. D'abord, la potion.
Il sortit de sa poche la fiole de Felix Felicis, et en versa quelques gouttes dans les verres de Ginny, Hermione, et lui-même. Hermione contempla son verre infusé de chance liquide avec une seule question en tête : quelle serait, ce soir, pour elle, la définition de la chance ? Garder Rogue, ou bien le perdre ? Elle vida son verre cul-sec.
- Ginny, Neville et moi allons prêter main forte aux membres de l'Ordre aux abords de la Salle sur Demande, continua Ron. Hermione et Luna, vous irez prendre place devant le bureau de Rogue.
Hermione acquiesça lentement, et évita soigneusement le regard de Ginny qui pesa lourdement sur elle. Son amie savait, sentait le déchirement qui s'opérait en elle à cet instant. Rogue avait été le mauvais homme à aimer, et ce depuis le début. Il avait tenté de l'avertir. Pourquoi avait-elle été si sourde à ses présages ?
Hermione descendait à la suite de Luna ces marches qu'elle avait foulées tant de fois. Elle ne regardait rien d'autre que les cheveux opalescents de son amie, qui semblaient se détacher dans la pénombre comme des flammèches incandescentes. Les deux jeunes femmes empruntèrent ensuite le couloir qui menait au laboratoire, et s'y postèrent, bien droites devant la porte. Hermione avait envie de crier à Luna de s'en aller un instant, de la laisser seule dans ce qui semblait se muer en un sanctuaire. Et elle ne supportait plus les grands yeux bleus qui ne la lâchaient plus, et qui semblaient pouvoir lire jusqu'au plus profond de son être. Mais que pourraient-ils bien voir ? Car à l'intérieur d'Hermione, à cet instant, seuls demeuraient le vide et les ténèbres qui noyaient son cœur.
oOo
Rogue était assis à son bureau, le dos raide, les coudes posés sur le bois. Son index caressait lentement sa lèvre. Il réfléchissait. Dans moins de deux heures, Dumbledore serait mort, tué de sa main. Il pouvait déjà entendre le rire insupportable de Bellatrix lui vriller les tympans. Il pouvait déjà voir le regard larmoyant de Narcissa, face à l'accomplissement du Serment Inviolable. Il pouvait déjà sentir le dégoût et la culpabilité l'assaillir de toute part.
Qui es-tu donc, Severus Rogue ?
C'était ce que lui avait demandé Hermione, la veille. Et comme à son habitude, elle avait posé une question bien trop pertinente.
Hermione.
Où était-elle à cet instant ? A quoi pensait-elle ? Sa raison souhaita qu'elle l'ait déjà oublié. Son cœur, lui, supplia qu'elle pensât à lui autant qu'il pensait à elle.
Rogue agita sa baguette, et les tas de parchemins qu'il venait d'empiler vinrent se ranger soigneusement dans un tiroir secret de son bureau. Les notes d'Hermione. Triées et soigneusement conservées. C'était le seul souvenir d'elle qu'il s'autoriserait à garder.
C'est alors que son avant-bras le fit souffrir. La Marque brûlait, il lui fallait obéir simultanément à Voldemort et à Dumbledore. Tuer le second, conformément à ses ordres, pour satisfaire le premier. Un pion. Il n'était qu'un pion, dans le jeu de chacun des deux sorciers. Là était le prix à payer. Lentement, il se leva de son bureau. La prochaine fois qu'il y remettrait les pieds, tout aurait changé, pour toujours. Le regard du monde sur lui serait encore plus mauvais que maintenant, et celui d'Hermione serait perdu à jamais. Il rangea sa baguette dans sa manche et se dirigea vers la porte. Lorsqu'il l'ouvrit, il se figea en découvrant sur le seuil Hermione Granger. Elle était tendue, et à côté d'elle se tenait Luna Lovegood et son air éberlué. Elles surveillaient. Elles l'attendaient.
Il planta ses yeux dans ceux d'Hermione, avec l'intensité d'une dernière fois. Mais où était donc cette haine qu'il aurait dû y voir ? Il ne perçut rien d'autre que la tristesse et l'acceptation. Enfin. Elle acceptait que jamais leurs vies n'auraient dû se heurter comme elles l'avaient fait. D'un simple regard, il lui dit adieu.
oOo
Luna détailla le visage dur de Severus Rogue quand il apparut sur le seuil du bureau. Elle sentit Hermione se tendre à ses côtés. Rogue ne lui accorda pas même un regard. Toute son attention se porta sur le visage de son amie. Luna se dit qu'elle n'avait jamais vu les yeux de Rogue briller d'une telle flamme. Elle détourna poliment les yeux, laissant les deux sorciers dans une seconde qui n'appartenait qu'à eux. Doucement, elle sourit. Les Joncheruines vibraient ensemble au-dessus de Rogue et Hermione.
oOo
Hermione planta ses prunelles dans les yeux de Rogue. Il l'avait prise par surprise en ouvrant la porte, et son cœur tapait si fort que les battements résonnaient jusque dans sa gorge. Elle sentit une puissance telle dans les onyx noirs que son corps hurla de détourner les yeux. Mais elle ne le fit pas. Elle sut, à cet instant, que ce regard que lui offrait Rogue serait la dernière essence de lui qu'elle pourrait capturer. Elle sut, à cet instant, que quelque chose finissait.
Je t'aime, souffla-t-elle dans son esprit. Je t'aime.
Jamais elle ne sut si un quelconque aspect de la Legilimencie avait pu permettre à ces mots d'atteindre Rogue. Elle le vit simplement fermer les yeux un bref instant. Elle imagina les mots flotter entre eux, et Rogue les capturer par ce geste de la paupière. Cela l'apaisa, assez pour qu'elle soit enfin prête à le laisser partir. Le lien entre leurs regards était rompu. La voix de Rogue s'éleva alors :
- Les Mangemorts ont pénétré le château, annonça-t-il placidement. Allez prévenir les membres de l'Ordre que quelque chose se passe au septième étage.
A ces mots, il prit les escaliers au pas de course. Hermione le vit y disparaître dans un mouvement de cape, avalé par le château.
Hermione et Luna l'y suivirent quelques instants plus tard, et avertirent les membres de l'Ordre qu'elles croisèrent sur leur passage. Lorsqu'elles parvinrent à leur tour au septième étage, elles y découvrirent une cohue sans pareil. Elles retrouvèrent un Ron essoufflé qui leur expliqua que Neville, Ginny et lui-même avaient perdu la trace des Mangemorts après que Drago ait utilisé de la Poudre d'Obscurité Instantanée du Pérou.
- L'Armoire à Disparaître, asséna Ginny en les rejoignant à leur tour. C'était ça qu'il fabriquait dans la Salle sur Demande. Il les a fait entrer par là.
Ils sursautèrent quand des déflagrations retentirent un peu plus loin dans les couloirs. Hermione se prit à se demander dans quel camp se battait Rogue. Elle chassa sa question.
- Partez ! hurla soudain une voix.
Les cinq amis firent volte-face pour découvrir Remus Lupin qui venait droit vers eux. Il avait l'air fatigué, et Hermione devina que la pleine lune n'était pas loin.
- Allez rejoindre les autres à l'abri dans le Parc. Vous en avez assez fait, c'est au tour des Aurors et de l'Ordre de se charger du reste.
Ginny, Neville et Ron tentèrent d'objecter, mais Lupin ne leur laissa pas le choix. Hermione, elle, n'eut pas la force de contester. Elle ne voulait pas se retrouver à se battre contre Rogue. Ils obtempérèrent donc, et laissèrent derrière eux la bataille qui faisait rage.
Lorsqu'ils rejoignirent le Parc, McGonagall, restée auprès des élèves en qualité de Directrice Adjointe, se précipita vers eux pour s'informer des événements qui se déroulaient à cet instant sous la Tour d'Astronomie. Mais nul ne lui répondit dans l'immédiat. Les cinq amis furent d'abord happés par la vision de la Marque des Ténèbres qui flottait au-dessus du château. Puis, ils levèrent les yeux vers la Tour. Là-haut, les éclats des sorts brillaient comme des flashs. Deux silhouettes déchirèrent le ciel sur des balais, en provenance de Pré-au-Lard, et vinrent se poser sur la terrasse de la Tour d'Astronomie.
- Harry et Dumbledore ! s'écria Ron en les pointant du doigt.
La bataille sembla s'arrêter un instant. Hermione gardait ses yeux rivés sur la Tour, retenant sa respiration. Que s'y passait-il ? Y avait-il des pourparlers ? Comment allait Harry ?
Comment allait Rogue ?
C'est à ce moment que le pire se produisit. Toute l'école, rassemblée autour de la Tour, aperçut le puissant éclair vert qui illumina la terrasse durant une seconde. Hermione hurla par réflexe, et plaqua ses mains devant sa bouche. Elle sentit la main de Ginny s'agripper douloureusement à son bras.
Un corps inerte fut projeté par-dessus la balustrade, et chuta le long des murs du château. Hermione n'attendit plus et déchira la foule.
Qui venait donc de se faire tuer tout là-haut ? Ami ? Ennemi ?
Harry avait-il tué quelqu'un ? Drago ?
Rogue ?
Elle arriva dans les premiers rangs de la foule au moment où le corps de Dumbledore s'écrasa sur le sol, comme un pantin désarticulé.
Il y eut des cris horrifiés. Des pleurs. Quelqu'un à la droite d'Hermione vomit. Hermione, elle, ne fit rien. Elle resta juste plantée où elle était, inerte, les yeux rivés sur le cadavre de ce sorcier qu'elle avait tant admiré. Elle sentit qu'on s'agitait autour d'elle, mais elle ne bougea pas. La foule eut tôt fait de l'engloutir, et de soustraire à ses yeux l'horreur dont elle n'avait pas été capable de se détourner.
A cet instant, elle sentit ses jambes fléchir, et perdit l'équilibre. Quelqu'un la rattrapa. Elle leva les yeux. C'était Ron. Il hurlait quelque chose, les yeux pleins de larmes. Elle n'arrivait pas à entendre, pas à comprendre ce qu'il disait. Elle avait l'impression d'avoir plongé la tête dans une bulle d'eau. Puis soudain, ses sens, du moins ceux qu'il lui restait, s'aiguisèrent brutalement. Les sons lui agressèrent les tympans.
- Qui est-ce, Hermione ?! hurlait Ron. Qui est mort là-bas ?
Hermione ouvrit la bouche mais fut incapable de répondre. La foule le fit à sa place. Le nom se propagea d'abord comme un murmure, des premiers rangs vers l'arrière, puis il se mua en une litanie désordonnée et souffrante.
Dumbledore. Dumbledore. C'est Dumbledore. Dumbledore.
Les larmes se mirent à rouler en silence sur les joues de Ron, qui gardait ses yeux fixés sur Hermione, qu'il soutenait encore contre lui. Hermione le vit hocher doucement la tête, se résigner, accepter. Son menton trembla, et elle s'accrocha à cette image qui la fit se sentir vivante, tout à coup.
Puis il y eut d'autres cris, plus loin, vers l'entrée du château. Des sorts fusèrent. Les Mangemorts prenaient la fuite. Alors, seulement, tout ce qu'elle avait enfermé au fond d'elle ces dernières heures, ces dernières minutes, éclata. Elle se redressa et sortit sa baguette. La haine implosa en elle, et se répandit dans son corps jusqu'au bout de ses doigts. Ron partit le premier, et elle lui emboîta le pas, suivie de Ginny. Elle courait dans l'air frais de la fin du printemps, dans l'herbe déjà humide de rosée, les poumons brûlants et le cœur en lambeaux. Elle ne tarda pas à discerner les silhouettes des Mangemorts qui fuyaient.
Ginny s'écarta et entama un duel avec l'un d'eux, qu'Hermione n'identifia pas. Elle cherchait quelqu'un d'autre, qu'elle espérait ne pas trouver.
- Harry ! hurla-t-elle soudain en reconnaissant son ami jaillir des portes béantes de Poudlard.
Il ne l'entendit pas, ou l'ignora.
Il coursait une silhouette aux cheveux immaculés, et une autre à la longue cape noire. Cette silhouette, elle l'avait tant observée, tour à tour crainte et désirée, qu'elle savait ne pas se tromper. C'était Severus Rogue. Elle se mit à courir à la suite de Harry, dans elle ne savait quel but. Arrêter Rogue ? Pour quoi faire ?
Un sort fusa juste à côté de son oreille droite. Elle fit volte-face. Un Mangemort lui voulait du mal. Écorchée jusqu'au fond d'elle-même, Hermione comprit qu'elle était prête à tout pour ne pas confronter Rogue à cet instant. Elle avait peur d'apprendre, peur de comprendre ce qui s'était déroulé en haut de cette tour. Alors, elle leva sa baguette, et entama le combat avec toute la hargne dont elle était capable.
oOo
Le sol qui se dérobe sous les pieds. Ce fut ni plus ni moins ce qu'Hermione ressentit lorsqu'elle apprit de la bouche de Harry que Dumbledore avait été tué par Severus Rogue. Elle dut se retenir à Ginny pour ne pas flancher. Une bile âcre vint lui piquer la gorge, et elle eut toutes les peines du monde à se retenir de rendre le maigre dîner qu'elle avait avalé. Harry était assis sur un lit de l'infirmerie, la tête dans les mains. Il avait pleuré. Les larmes avaient creusé des sillons propres sur son visage couvert de poussière.
- Rogue…, répéta Ron.
- Quand je le retrouverai, dit Harry entre ses dents, je le tuerai. Il a fui comme un lâche. Dumbledore lui faisait confiance, et il s'était trompé… Rogue n'a jamais changé de camp.
Hermione se mit bientôt à pleurer sans pouvoir s'arrêter. Ginny la força à s'asseoir sur un lit voisin et la prit dans ses bras. Hermione revoyait encore l'image du corps de Dumbledore s'écrasant au sol. Elle revoyait l'éclair vert illuminer d'un lueur macabre la terrasse de la Tour d'Astronomie. Elle imaginait Rogue, baguette levée, un air victorieux sur le visage, alors que Dumbledore basculait dans le vide.
Il n'y avait plus rien à dire, plus rien à croire, plus rien à penser, même. Rogue était un meurtrier. Il était tout ce qu'on disait de lui et qu'Hermione n'avait pas voulu croire. Il n'avait jamais rien été d'autre. Elle se sentit humiliée, souillée. Violée.
Elle n'avait vu et cru que ce qu'elle voulait, alors que l'évidence avait toujours été là, devant elle. Entre ses sanglots, elle entendit Harry ajouter :
- Il m'a tout avoué. C'est lui, Rogue, le Prince de Sang-Mêlé.
Elle sentit les mains de Ginny se crisper autour d'elle. Hermione n'écouta rien de ce que Harry expliqua ensuite. La grotte. La potion qui avait fait souffrir Dumbledore. Les Inferi. Le médaillon. Dans son esprit, rien ne pouvait effacer l'image flottante de Rogue, les traits anguleux de son visage illuminés par la lueur verte du pire des sortilèges.
oOo
- Hermione ? s'inquiéta Ginny. Tu devrais essayer de dormir, maintenant. Tu as besoin de te reposer.
- Je vais y aller, Ginny, répondit Hermione d'une voix rendue rauque par les sanglots. J'ai juste une chose à faire avant, je n'en ai pas pour longtemps.
Elle extirpa du fond de son placard la boîte des Jardins. Ginny s'approcha doucement :
- Tu veux que…
- Non, asséna Hermione. Je dois le faire seule.
Ginny acquiesça. Hermione sortit des dortoirs et hâta le pas dans les couloirs redevenus calmes. Elle échappa à deux patrouilles de Professeurs. Après une soirée pareille, même son insigne de Préfète ne lui serait d'aucun secours. Elle atteignit enfin le couloir de la Salle sur Demande. Elle se planta devant le mur et attendit. La porte apparut, et elle s'y engouffra. Elle se retrouva dans la salle aux objets, dans le labyrinthe qui avait servi de scène de duel entre Rogue et elle. Elle s'engouffra dans les rayonnages, et s'arrêta net. Là où aurait dû être l'Armoire à Disparaître, ne se trouvait plus qu'un trou béant entre d'autres objets. On l'avait déjà évacuée. Hermione ferma un instant les yeux, puis prit une profonde inspiration. Elle fit volte-face. Lentement, elle ouvrit la boîte qu'elle avait apportée. Elle contempla un instant les seize bouchons ciselés, ces flacons qui avaient su lui apporter tant de réconfort lorsqu'elle en avait eu le plus besoin. Les dents serrées à s'en faire mal, elle saisit une pleine poignée de fioles, et dans un cri de douleur, les lança de toutes ses forces sur l'étagère en face d'elle. Elle les regarda exploser en mille aiguilles de verre, en une belle métaphore de ce qu'il était arrivé à son cœur. Les larmes roulèrent sur ses joues. Même là, à deux mètres, elle pouvait encore sentir les effluves empoisonnés qui dégoulinaient le long du meuble. Mais ainsi, toutes mélangées, elles ne donnaient qu'un parfum lourd qui n'avait plus rien du charme et de la subtilité qu'Hermione avait connus en chacune d'elle. Elle lança les flacons qui restaient avec la boîte à un autre endroit, et écouta le verre se briser.
Elle poussa un dernier soupir, et ravala définitivement ses larmes. Elle ne pleurerait plus pour lui. Du moins, pas aujourd'hui.
Elle sortit de la Salle sur Demande d'un pas ferme, laissant derrière elle les derniers vestiges des Jardins de Mithridate.
JE SAIS, c'est horrible. Ne croyez pas que c'était la joie à écrire hahaha
J'espère que vous avez aimé néanmoins ! A la semaine prochaine (pour deux chapitres héhé) !
