Triangle bancal
Robb n'avait pas souhaité s'attarder aux Jumeaux, sa délégation repartit rapidement. Mais, il aurait aussi dû penser au confort de sa compagne. Ils avaient déjà réduit le rythme pour l'agréer mais tout dans sa posture indiquait son malaise. Refusant de la pousser dans ses retranchements, le Jeune Loup ordonna une halte au grand dam de ses compagnons. Ils étaient cependant assez disciplinés pour ne pas exprimer maintenant leur mécontentement à voix haute. Roslin était suffisamment gênée comme ça.
Ils s'assirent dans l'herbe et Robb engagea la conversation. Il avait déjà remarqué la très grande propension de sa femme à s'excuser et il essayait de la mettre à l'aise. La nuit de noces n'avait pas été aussi pénible qu'il redoutait. Theon et ses discours sur les viriles réflexes mécaniques avaient peut-être raison finalement.
Robb évoqua ses conquêtes militaires passées sous le regard calme et attentif de la femme. Il savait que derrière, un des gardes capitonnait la selle de la nouvelle reine pour améliorer son confort. De temps en temps, elle posait une question de sa voix douce, c'était déjà une victoire pour le Stark qui avait remarqué qu'elle avait une tendance prononcée au silence. Elle avait même eu du mal à saluer Lady Stark à leur mariage.
— Le moment n'est pas très bien choisi mais je crois qu'il n'existe pas de bon moment pour ce que je m'apprête à vous dire.
Roslin se mordit la lèvre inférieure avec anxiété et réajusta son châle sans rien dire.
— Je ne veux pas que vous soyez ébranlée par des rumeurs que vous pourriez entendre sur le campement et ailleurs. C'est pour cela que je souhaite vous en parler.
Il avait conscience de retarder le moment mais il avait tout sauf envie de parler de cela. Il aurait voulu esquiver éternellement ce triste sujet qui lui minait constamment le moral.
— J'ai rencontré une femme durant ma campagne et je me suis assez rapproché d'elle pour développer de forts sentiments.
Roslin l'observait avec ses grands yeux marron, presque naïve.
— J'ai préféré mon engagement envers votre famille et je suis resté loin d'elle.
— Comment s'appelle-t-elle ?
Robb hésita, il ne voulait pas d'une rencontre entre elles et peut-être qu'il s'avérerait que sa femme était vindicative ou folle. Mais il avait déjà choisi sa loyauté.
— Talisa.
En même temps qu'il prononçait ces trois syllabes, il voyait le visage aux traits doux s'imposer à lui. La peau olivâtre, les yeux d'un noir profond, ce petit accent dont il redoutait la disparition.
— C'est très beau.
Oui, elle était belle. Il préféra se taire. Il ne fallait pas qu'il se laisse dominer par ses fantasmes. Il avait une femme à satisfaire et une guerre à mener. Il ne manquait pas d'occupations.
Robb était tellement absorbé par ses pensées qu'il ne vit pas la petite bouche, d'un rose pale comme la Lune, de sa femme s'ouvrir et se refermer. Elle n'arrivait pas à dire ce qu'elle voulait. Tout ce qu'il entendit ce fut :
— Du calme, du calme.
Il était un peu surpris de sa remarque, il n'était pas connu pour un tempérament nerveux.
— Je suis très calme, assura-t-il tout de même.
— Je me parlais à moi-même, avoua sa femme les joues rougies par la gêne.
Robb lui sourit aimablement, l'incitant à poursuivre si elle le désirait.
— Je suis vraiment navrée d'avoir indirectement causé votre séparation, assura-t-elle après quelques secondes de silence.
Il balaya la remarque d'un geste de main nonchalant. À dire vrai, il préférait ne pas penser à ce qui aurait pu advenir dans un futur où il aurait préféré Talisa à tout le reste. Il devait se souvenir qu'il était un privilégié et que tout privilège se paie.
— Mais vous êtes roi, vous pourriez avoir une amante.
Roslin ne le regardait pas en disant cela, elle jouait avec des herbes vertes en observant le ciel. Elle se tourna vers lui quand elle comprit qu'il ne répondrait pas. Elle assura alors :
— Vous avez le droit d'avoir vos faiblesses Votre Majesté.
— Sûrement mais j'ai trop de respect pour vous deux pour vous imposer pareille situation, répliqua Robb d'une voix égale.
La proposition n'était peut-être pas scandaleuse en soi, d'ailleurs il y avait déjà pensé dans le secret de son esprit. Mais il n'y avait pas d'honneur à fréquenter une femme sans s'engager. Et il savait qu'il risquait ainsi d'engendrer un enfant illégitime qui grandirait le cul entre deux chaises. Même Jon qui avait bénéficié d'une situation privilégiée ne parvenait à se défaire d'une certaine amertume.
De toute façon, il ne souhaitait pas à Talisa de l'attendre dans le secret et l'ombre. Il ne l'imaginait pas non plus passer ses journées à penser à comment le satisfaire sexuellement alors qu'ils leur avaient été si agréables de discuter ensemble. Et il n'avait pas plus envie qu'elle perde le respect de ses collègues et se traîne une réputation de putain ou de gourgandine.
Comme il n'avait pas envie d'infliger à sa femme le rôle de parure du Roi. En fait, rien ne lui convenait de cette situation. C'est pour cela qu'il avait choisi une femme et s'y tenait strictement.
Quand la selle fut prête et les chevaux abreuvés, ils se remirent en route. Robb continua de cheminer aux côtés de Roslin. Il en profitait pour lui rappeler quelques notions d'équitation qu'elle avait oublié faute de pratique. Elle était appliquée et volontaire et Robb se promit de lui offrir un bon bain chaud pour se délasser à leur arrivée au campement.
Prompt : 497. Dialogue – 'Du calme, du calme / - Je suis très calme / - Je me parlais à moi-même'
Code : 027
