Sssalutations !
Mes bichons, j'annonce avec solennité l'importance de ce chapitre-ci, qui va marquer un tournant. Vous voyez à peu près à quoi ressemblent les histoires en trois arcs narratifs ? Si oui, alors considérez que ce chapitre conclue le deuxième arc. Si non, dites-vous juste qu'après ça, ça va chier des bulles. Je vous laisse juger par vous-mêmes !
Itsme : mea culpa. J'admet que souvent, quand je me relis, je trouve mes cliffhangers un peu méchants (parce que je m'y arrête rarement, je continue à lire - même si je la connais, la suite, c'est moi qui l'ai écrite - j'ai juste pas envie d'être maintenue en suspens par moi-même, alors je contourne mes propres pièges. Sinon je suis seule dans ma tête, je t'assure). Et pour le coup, les cliffhangers méchants, ça ne va pas aller en s'améliorant. Je m'en excuse par avance ^^' tu veux savoir le pire ? C'est que tu ne vas pas avoir la réponse à ta question dans ce chapitre-ci non plus, mais plutôt diluée dans tous ceux à venir ! Voilà, maintenant que l'annonce est faite, pour les plaintes et réclamations je suis joignable sur Discord, Lena#6251 :) (et si tu n'as pas Discord dis-le moi, on trouvera un autre moyen ^^)
Calli : Loki n'est pas sans faille, ça se saurait ! J'ai mis du temps mais j'ai réussi à en identifier certaines, dont une que Peter va se faire un plaisir de creuser pour moi dans ce chapitre. Valkyrie sait y faire aussi, avec bien moins de subtilité d'ailleurs. Son personnage m'est venue bien trop naturellement, la forcenée sans tact mais avec un cœur sur la main, tout à l'opposé de Loki qui est discret, retranché, ne dévoile jamais sa pensée et agit dans ses propres intérêts. Tu vois, c'est en te l'écrivant que je m'en rends compte : ils sont le jour et la nuit, pourquoi est-ce que j'ai le sentiment que ça justifie parfaitement l'osmose qu'il y a entre eux ?
Chapitre 42 - J'ai fait une erreur
Loki et Peter méditaient. Peter peinait à mettre les mots sur cette sensation qui le tenait depuis le début de la journée. Une sensation diffuse de tristesse, de nostalgie intense qui ne venait pas de lui, mais de Loki.
Il ne savait pas si à travers la méditation les émotions pouvaient se transmettre, s'il parvenait enfin à comprendre son mentor ou si le maître était particulièrement expressif aujourd'hui, car il en aurait mis sa main à couper. Loki était triste.
Il ne pouvait pas prétendre plus longtemps.
« Loki ? »
Le maître avisa le disciple. Son absence de colère malgré l'intervention du garçon ajouta à l'étrangeté de la situation.
« Es-tu heureux d'être ici ? »
Loki cligna des yeux une fois. Il ne comprit pas tout de suite où Peter voulait aller avec cette question.
« Qu'en penseras-tu, si je te réponds que non ?
– Je te demanderais pourquoi.
– Tu ne feras pas le lien avec les évènements qui m'ont chassé d'ici ? »
Peter s'autorisa une seconde de réflexion.
« Avec le fait qu'Odin ait exterminé les Jotuns ? Ou le fait qu'il t'ait envoyé en exil ? »
Le maître de l'Air arbora un faux rictus.
« Ce n'est pas pour le génocide des Jotuns que j'ai cherché à tuer Odin. Ce peuple était décadent de toute façon.
– Ah bon ? s'étonna immédiatement Peter. Pourquoi, alors ?
– Pour son mensonge. »
Peter dévisagea son mentor, stupéfait. Depuis que Vision lui avait raconté cette histoire, il avait été persuadé que le meurtre d'Odin avait pour seul but de venger le peuple réduit à néant. Il n'avait pas songé un seul instant que la rancœur de Loki ait pu être purement personnelle.
« Est-ce que tu regrettes ? questionna la petite voix.
– J'ai fait une erreur. »
Loki n'était pas sûr du type d'erreur qu'il avait commise. Il s'était toujours répété qu'il n'avait pas été assez prudent, qu'il aurait dû faire plus attention en s'infiltrant dans la chambre du souverain. Il s'était convaincu que s'il devait avoir un regret, c'était celui d'avoir échoué.
« Tu voudrais la réparer ? » demanda Peter.
Le prince prit conscience qu'à cette question, il n'avait encore jamais formulé de réponse. Il s'était convaincu que la question n'avait pas été pertinente : peu importe son opinion sur le sujet, seules les conséquences de son acte comptaient.
À ce moment-là, il se rendit surtout compte que personne ne la lui avait jamais posée.
« C'est trop tard. »
Le garçon ne sembla pas se satisfaire de cette réponse.
« Ça n'était qu'une erreur, tout le monde en fait.
– Pas ce type d'erreur. »
Peter regroupa ses genoux qu'il entoura de ses deux bras.
« Personne n'est mort, tu peux revenir en arrière. »
Personne n'est encore mort... Loki se détesta pour cette morbide réflexion.
« Je ne sais pas si ça change grand-chose, regretta-t-il.
– Si, je pense que ça fait toute la différence. Moi aussi, j'ai fait une erreur... »
Le fils de la Terre avait à peine murmuré.
« Lorsqu'on m'a annoncé que j'étais l'Avatar, j'ai fugué. Je ne voulais pas l'être, je n'avais rien demandé. J'ai crié que je voulais qu'on me fiche la paix, et j'ai claqué la porte. Il faisait déjà nuit, à Gaoling personne ne traîne dehors après le coucher du soleil, ça n'est pas sûr. Mais moi je m'en fichais, avec ma maîtrise de la Terre on me laissait tranquille. J'avais juste besoin de prendre l'air, alors je suis parti. Mon oncle m'avait suivi. »
Il saisit une petite branche et commença à dessiner des motifs abstraits sur le sol de pierre.
« Il m'a cherché pendant longtemps. Je peux dire que j'ignorais qu'il me suivait... Mais ce serait un mensonge. À un moment, j'ai senti sa présence. Dans la Terre, j'ai reconnu son pas. C'était une sensation floue, mais très familière... depuis que c'est arrivé, j'essaie de me convaincre que je n'en savais rien, que j'ignorais qu'il était là... mais au fond de moi je le savais. Et j'ai accéléré. J'ai fui plus vite, plus loin, je ne voulais pas qu'on me rattrape. J'ai entendu du grabuge que j'ai ignoré. J'ai continué à fuguer. Au bout d'un moment, lorsque j'ai fait demi-tour, je l'ai aperçu.
« Il était au sol, dans une flaque de sang. Je ne sais pas combien de temps il est resté là, plusieurs heures, seul. Je ne sais pas s'il est mort rapidement ou s'il criait à l'aide, si des gens l'ont entendu, ont accompagné ses derniers moments... je n'en sais rien. Quand je l'ai trouvé son corps était déjà froid, il était beaucoup trop tard. »
La voix de Peter se tassait dans sa gorge, elle était un peu à l'étroit, à côté de ces sanglots refoulés. Il continua.
« Je ne saurais jamais qui a fait ça, comment il a vécu ses derniers moments, s'il a eu peur, ce à quoi il a pensé... Ben n'était peut-être pas mon "vrai" père, mais il m'a reccueilli sans aucune obligation, sans autre raison que la volonté de prendre soin de moi. La dernière chose qu'il m'ait dite, avant que je ne m'enfuis, était qu'il fallait que j'assume mes responsabilités. »
Il essuya sa joue mouillée d'un revers de manche.
« Et... je sais que je n'effacerai jamais mon erreur, je vais devoir vivre avec toute ma vie. Il est mort par ma faute. Mais... est-ce que cette erreur est tout ce qui me définit ? Est-ce que je ne peux pas être... plus que ça ? »
Loki n'avait pas le souvenir d'avoir déjà été touché par une histoire autre que la sienne.
Il aurait aimé rassurer l'enfant. Il avait en tête l'image de ces personnes, ces pères, oncles, grands frères qui prennent leur protégé dans leur bras en leur chuchotant que tout ira bien, qui leur procure une certaine confiance, une protection. Il savait ce qu'il fallait dire pour alléger la peine du garçon : lui affirmer que ça n'était pas sa faute, qu'il valait bien plus que cette erreur, que son oncle serait fier de lui aujourd'hui, qu'il était courageux et vaillant. Loki ne l'ignorait pas, il était intelligent. Et il était malhonnête, il aurait pu servir ce discours et s'en tenir à ça.
Mais il ne pouvait se résoudre à mentir à Peter. Il ne pouvait pas ternir la figure du mentor parfait, du maître fort et sûr de soi. En cet instant, il ne pouvait être lui-même.
« Je n'en sais rien, » chuchota-t-il alors.
Et il vit le visage de Peter se fermer, des larmes couler que l'enfant ne prit pas la peine d'effacer.
Le garçon demeurait un mystère.
Loki avait voulu tuer l'homme qui se prétendait son père par simple instinct de vengeance. Peter avait causé la mort de son prétendu père par mauvais concours de circonstances. Et là où Peter ne pardonnait pas son erreur, il ne parvenait pas à condamner celle de Loki.
Un mystère auprès duquel Loki ne put s'empêcher de se sentir concerné.
Il aurait aimé lui mettre une main sur l'épaule mais il n'en fit rien. Il décida qu'il le laisserait tranquille, à défaut de pouvoir le protéger.
Le reste de la journée s'écoula avec paresse. Les deux maîtres dinèrent, regagnèrent leurs appartements, une journée de plus qui les rapprocha encore un peu du solstice. Peter ne l'avait jamais mentionné, mais dans sa tête, il tenait les comptes. Cela faisait huit jours qu'ils étaient arrivés au Temple de l'Air, et dans douze très exactement, ce serait le jour du solstice. S'il doutait sérieusement parvenir à maîtriser tous les éléments dans le temps imparti, il ne se laissait pas abattre. Loki le lui avait bien fait comprendre : pour être prêt à affronter le solstice, il devait surtout avoir confiance en lui.
C'est pourquoi ce matin du neuvième jour, alors qu'il s'extrayait avec paresse du moelleux de son matelas, il sursauta.
Il se prépara avec hâte, engloutit une bouchée de petit-déjeuner et se précipita à la clairière pour retrouver son maître. Le prince entendit son disciple arriver de loin tant son excitation faisait vibrer l'air autour de lui. Surpris du brusque changement d'humeur par rapport à la veille, Loki se tint paré à recevoir le missile.
Peter déboula dans la clairière, commença à raconter l'historique de son lever en s'attardant sur de nombreux détails sans intérêt, le prince ne vit pas tout de suite venir la chute de l'histoire. Jusqu'à ce que Peter brandisse ses deux mains en avant et génère un souffle d'Air.
Loki dévisagea son élève avec effroi.
Peter insista :
« Je maîtrise l'Air, Loki ! J'étais juste en train de bailler et de m'étirer quand j'ai fait ça ! »
Et voulant joindre le geste à la parole, Peter se prépara à produire un nouveau coup de vent lorsque Loki lui saisit brusquement les poignets.
« Ne fais pas ça ! admonesta le maître.
– Qu'est-ce...
– Ne fais surtout pas ça, répéta le maître avec violence. Je te défends de maîtriser l'Air, tu entends ? »
L'Avatar considéra son maître avec stupeur.
« Pourqu-
– Écoute-moi et ne pose aucune question. »
Peter resta figé, il ne comprenait pas. Loki avait le ton interdit, l'expression grave. Il regarda frénétiquement autour de lui, observa les sous-bois, bosquets et pieds de colline, comme s'il cherchait à vérifier que personne ne les observait. Plus que de la colère, il communiquait de la peur.
Le garçon chercha à le questionner une nouvelle fois, mais Loki resserra sa prise sur ses poignets.
« Il y a une chose que je dois t'enseigner. »
Une dernière chose, s'empêcha-t-il d'ajouter.
« Tu dois rentrer en contact avec Carol. Il est important que tu y parviennes, est-ce que tu m'entends ? »
Peter hocha la tête. La peur de son mentor commençait à lui saisir les entrailles.
« Aujourd'hui, nous allons méditer, commanda le maître. Tu ne maîtriseras pas l'Air, tu ne feras mention de ta maîtrise de l'Air à personne, pas même à tes mentors. C'est la dernière fois que nous en parlons, c'est compris ? Ton seul objectif, à partir de maintenant, est de joindre Carol. »
Peter récupéra ses poignets que Loki libéra, il les rapprocha de son cœur et commença à les masser. Le ton catégorique de Loki le laissa abasourdi. Il ne protesta pas, saisi par la crainte que quelque chose de grave était en train de se jouer. Une forte intuition lui commanda de ne pas insister, Loki ne lui répondrait pas. Il observa son maître gagner la position de méditation, puis l'imita.
Le prince prit quelques inspirations contrôlées pour canaliser ses émotions. Il fallait qu'il se modère, il ne pouvait pas se permettre de se laisser aller. La situation avait prit un tournant d'urgence. La maîtrise de l'Air de Peter changeait la donne, radicalement. Loki avait prit sa décision – inatendue, irréfléchie, mais catégorique. Il n'y avait plus de retour en arrière.
Alors il exposa, d'une voix calme comme si l'excès de panique n'avait jamais existé, les moyens dont Peter disposait pour invoquer son incarnation passée.
« Carol existe en toi par plus d'aspects que tu ne le soupçonnes. Elle vit à travers des détails anodins, certains de tes goûts, de tes habitudes que tu penses naturels mais qui étaient en fait les siens. Un fruit préféré, une conviction particulière, un réflexe que tu as en te levant ou le soir avant d'aller te coucher ; il peut s'agir d'un détail que tu penses infime et qui, en fait, représente l'un des liens les plus forts dont vous disposez. Une des méthodes pour contacter Carol consiste à te focaliser sur l'un de ces détails, à l'approfondir pour dénouer ce lien qui te relie à elle. Concentre-toi, essaie d'identifier dans tes habitudes ce qui pourrait être elle. »
Peter considéra Loki un instant. Il sentait – savait qu'il devait l'écouter, son sixième sens le lui intimait. Même si Loki avait retrouvé son calme habituel, il lisait dans ses mots l'importance du moment. Le rythme de sa voix s'était subtilement accéléré.
Alors, il ferma les yeux pour se concentrer. Il énuméra certains de ses goûts et habitudes, les premiers qui lui venaient en tête, et il comprit rapidement qu'il aurait du mal à identifier ceux qu'il pouvait partager avec sa prédécesseure. Il ne connaissait rien de l'Avatar Danvers. Il n'avait discuté avec personne qui l'avait côtoyée suffisamment longtemps pour raconter des anecdotes à son sujet, pour la rendre plus humaine. Il n'avait que cette figure distante en tête, rien à quoi il pouvait se raccrocher, aucune piste, aucune idée de ce qui la caractérisait.
Il ne vit pas Loki scruter les environs. Le maître de l'Air était discret, il disposait de sa propre technique pour scanner son environnement. Il tendait l'oreille, paré à entendre le moindre bruissement de feuilles provoqué par un pas étranger. Il se focalisait sur l'air qui l'entourait, cherchait à en identifier des vibrations qui trahiraient la présence de vie dans les parages. Il identifia sans peine Valkyrie qu'il soupçonnait ne pas chercher à se faire discrète. Il crut percevoir deux écureuils et un sanglier, menant leur vie sur fondement de noisettes et de glands, quelque part dans le sous-bois.
Il tendit légèrement l'oreille vers une colline, non loin d'eux, une infime agitation attira sa curiosité. Il s'agissait d'une entité très peu mobile, l'air frémissait à peine à son contact. Il en étudia plus intensément la signature énergétique, il avait la sensation de faire affaire à quelque chose de familier... Mais complexe, également. Il finit par comprendre qu'il ne s'agissait non pas d'une, mais de deux âmes vivantes, immobiles sur le flanc de leur colline. La chose était trop discrète, trop lointaine, il ne parvint pas à distinguer ce à quoi il avait à faire. L'intuition lui souffla que ce n'était pas ce qu'il cherchait, mais qu'il devait malgré tout découvrir ce qui se cachait sur cette montagne.
Il ouvrit les yeux, et scruta le nid présupposé, à plusieurs centaines de mètres de là. Il aurait pu jurer voir deux ombres s'y évanouirent.
D'instinct, il se leva.
« Loki ? »
Peter l'observait.
« Qu'est-ce qui se passe ? tenta-t-il.
– Continue, » exigea Loki qui retrouva sa position du lotus sans lui accorder un regard.
Mais Peter le fixait encore, réclamant silencieusement une explication, un mot, un geste même, qui l'éclaire, qui lui réponde. Loki resta de marbre, Peter comprit qu'il n'obtiendrait rien de plus. Il inspira, et s'obligea à continuer.
Le garçon ayant de nouveau fermé les yeux, Loki adressa un nouveau regard vers la colline suspecte. Plus une ombre ne s'y trouvait.
Le prince persista à sonder les bois.
Clint et Gamora fuyaient leur position découverte. À pas de loups ils quittèrent leur colline, une fois suffisamment loin ils se permirent d'échanger à voix basse.
« Qu'est-ce que c'était ? questionna Gamora.
– Je n'en sais rien, avoua Clint, c'est la première fois qu'il nous repère. Il avait l'air de chercher quelqu'un...
– Qu'est-ce qui s'est passé, ce matin ? Peter est parti de sa chambre à toute vitesse, je n'ai pas eu le temps de le suivre. Qu'est-ce qu'il a dit à Loki ? »
L'espion haussa les épaules. Malheureusement pour eux, il n'avait rien vu.
« Odinson lui a saisi les mains et l'a engueulé, expliqua l'archer, mais je ne sais pas sur quoi. En tout cas il a un comportement très chelou depuis ce matin, il s'est forcément passé un truc. »
Les deux comparses partagèrent un moment de perplexité. La paranoïa avancée du prince n'allait pas les aider à poursuivre leur filature, or il semblait plus important que jamais qu'ils le surveillent. Ils décidèrent de se séparer, s'ils devaient se faire prendre, autant que ça ne soit pas ensemble. Gamora décida de rester dans les bois, quitte à ne pas les voir, elle préférait mieux les ressentir dans la stabilité du sol. Clint s'envola vers un nouveau sommet.
La journée s'écoula sans que Gamora ne perçoive quoi que ce soit qui sorte de l'ordinaire. Loki et Peter ne bougèrent pas d'un pouce, et ce comportement rigide, paradoxalement, renforça sa suspicion. Même au coucher du jour, la séance de méditation se prolongea. D'habitude dès le déclin du soleil les maîtres rentraient, mais pas cette fois.
Gamora pu presque ressentir dans les vibrations du sol le ventre de Peter gargouiller. Ce non-évènement sonna la fin de la journée, elle les sentit se lever pour regagner le Temple. Elle décida qu'elle devait les devancer pour prévenir Steve et Tony.
Ne trouvant pas les maîtres de l'Eau et du Feu dans leurs quartiers, elle décida de tenter sa chance dans la salle du banquet. Elle y repéra Tony, assis seul à une grande tablée. Elle le rejoignit.
« Où est Rogers ? »
Sans remarquer un instant l'urgence dans le ton de sa coéquipière, Tony indiqua du menton une direction. Gamora aperçut alors Steve, deux chopes en main, pointer du regard leur table à Loki et Peter qui venaient de faire leur apparition. Loki sembla assez réticent à l'idée de se joindre au groupe, mais Peter était déjà en chemin. Le prince abdiqua et les trois hommes s'attablèrent avec Tony et Gamora.
Steve tendit son godet de vin à Tony et demanda aux nouveaux venus ce qu'ils désiraient boire. Gamora ne parvint pas à rester désinvolte, elle passa son tour ; Loki commanda comme eux, Peter tenta sa chance également. Steve le regarda avec insistance, et le garçon changea son choix pour un sirop. Satisfait, le soldat repartit avec la commande, Tony rit et félicita Peter pour la tentative.
Gamora observa Loki avec toute la discrétion qui lui était possible. Le prince était fermé, inaccessible, comme de coutume. Lorsque leur regard se croisèrent cependant, ils s'accrochèrent. Ils s'observèrent une seconde de plus que ce qu'ils auraient dû.
Regard furtif, mais lourd.
Alors Gamora comprit que quelque chose de grave se tramait.
Et Loki comprit que Gamora savait.
L'échange n'échappa pas à Peter. La tension fut brisée avec l'arrivée de Valkyrie qui s'installa en grandes pompes à côté de son ami.
Steve revint avec les boissons, Valkyrie cria bien fort qu'elle désirait qu'on lui apporte une bière, Gamora finit par en demander une pour son compte, histoire de diluer le doute, et la soirée débuta.
Lorsqu'on leur servit un velouté de légumes, Tony pesta. Il s'acharna à demander aux serveurs si, à défaut d'avoir de la viande, ils avaient quoi que ce soit de grillé.
« Vous ne savez rien manger d'autre que du bœuf braisé ? accusa Loki.
– Entre barbecue et bouillon insipide y'a un monde. Je demande juste quelque chose qui tienne au corps ! s'indigna le maître du Feu.
– Tu exagères Tony, nota Steve, cette soupe n'est pas mauvaise.
– Facile à dire pour toi, t'as été élevé à coup de ragoût de poisson.
– Serais-tu capable de faire le moindre compliment à une nation autre que la tienne ? défia Gamora.
– C'est pas le pâté en croute du Royaume de la Terre que je vais célébrer, si c'est ce que tu attends de moi.
– C'est très bon le pâté en croute, intervint Peter.
– Toi, t'es pas objectif.
– Toi non plus. »
Valkyrie rit fort.
« Qu'on apporte un plat de lentilles à l'homme du Feu ! »
De dépit, Tony plongea sa tête dans ses bras et Steve et Valkyrie s'en amusèrent.
Le repas s'écoula, Loki, Peter et Gamora témoins du débat qui agitait Steve, Tony et Valkyrie sur les spécialités culinaires de chacun. Au bout d'un moment Peter s'investit dans la défense de sa gastronomie natale. Il ne se laissa pas berner par son maître du Feu qui lui assura qu'en tant qu'Avatar, il n'avait pas le droit de prendre position et devait se montrer impartial. Il venta plutôt les mérites d'un sandwich au pain plat, fourré à la viande en broche et à la sauce blanche qui faisait un malheur à Gaoling et qui, il en était persuadé, saurait convaincre Tony.
L'ingénieur le lui concéda et insista pour que Gamora prenne bonne note de son ouverture au reste du monde.
Elle nota surtout l'ouverture de son estomac.
« On aurait dû demander à Vision de ramener des tempuras du Vanaheim, clama Valkyrie. Ces beignets-là auraient fini de tous vous mettre d'accord !
– Qu'est-ce que Vision partirait faire chez les Vanir ? s'agaça Loki.
– À ton avis, mon prince. Il accompagne Odin.
– Quoi ? Ils sont partis ? Pourquoi ?
– Ils te manquent déjà ? » se moqua la guerrière.
Elle justifia tant bien que mal le déplacement du Seigneur, expliquant entre deux lampées de bière que Odin régnait sur toutes les tribus de l'Air, et que donc ce genre de missions diplomatiques s'imposaient. Elle laissa également entendre qu'il préférait ne pas rester trop longtemps sur la même montagne que Loki, et à cette déclaration le prince ne masqua pas une expression abasourdie.
Les convives le crurent vexé.
Seul Peter le comprit inquiet.
Odin absent, voilà une nouvelle à l'annonce de laquelle Loki aurait dû se réjouir. Pourtant, sa seule angoisse provint désormais de la vulnérabilité du Temple Mère. Ils étaient démunis, exposés. Ajoutant à cela le trouble qu'il percevait chez son apprenti, Loki ne passa pas une bonne soirée.
L'alcool continua à s'écouler, dès que sa chope était à moitié vide, Valkyrie la vidait d'une traite et en commandait une nouvelle avec fracas. À la manière dont elle cognait le verre sur le table, Steve fut frappé par l'évidence qu'elle et Thor avaient été élevés ensemble. Au bout d'un moment cependant, on cessa de la servir. Impossible de savoir si le service était terminé ou si elle avait liquidé les réserves de la soirée, mais la jeune femme ne se satisfit pas que sa commande reste sans réponse. Lorsqu'elle admit que de crier plus fort ne lui apporterait pas son dû, elle se leva à la recherche d'une nouvelle boisson maltée.
Gamora se leva à sa suite.
« Je crois qu'elle a assez bu pour ce soir, » commenta simplement la Gardienne.
Elle alpagua la femme à peine les portes de la cuisine franchies et la plaqua sèchement au mur, Valkyrie grogna.
« Que s'est-il passé ce matin ? » questionna la maîtresse de la Terre.
Éméchée, Valkyrie étudia sa geôlière avec surprise. Avant d'arborer un sourire langoureux.
« C'est ton truc hein, de me plaquer au mur.
– De... quoi ? »
Valkyrie se défia de l'entreprise de la mercenaire et s'approcha lentement. Gamora recula d'un pas.
« Ça me plaît. »
Comprenant enfin ses intentions, Gamora ne se laissa pas déstabiliser et ne changea pas de sujet.
« Tu observais Loki ce matin, oui ou non ? »
Valkyrie émit un léger murmure tout en franchissant les derniers centimètres qui les séparaient. La maîtresse de la Terre la plaqua de nouveau au mur, le sourire de celle de l'Air ne s'en fit que plus prononcé.
« Concentre-toi ! insista Gamora. Tu observais Loki ce matin, as-tu vu ce qu'il s'est passé ?
– Me concentrer... murmura la guerrière, sans cesser de dévisager la mercenaire.
– S'est-il passé quelque chose d'anormal ?
– Non, » rit-elle sans vraiment avoir compris la question.
La patience de Gamora parvenant déjà à ses limites, elle implora :
« Valkyrie, réponds à ma question.
– Tout ce que tu veux, ma belle.
– Loki a-t-il agi bizarrement aujourd'hui ?
– C'est quoi bizarre, pour toi ?
– A-t-il menacé l'Avatar ? »
Valkyrie émit un "pfft" contestataire.
« Il ferait jamais de mal au gosse.
– Tu en es sûre ?
– C'est un Jotun, pas un connard. »
Gamora sentit la couleur quitter son visage.
« Loki est un Jotun ? répéta-t-elle, incrédule.
– Tu le sais pas ? Tout le monde le sait.
– Les Jotuns sont morts.
– Tous sauf Loki. Mais tu sais, il est plus un Odinson qu'un Laufeyson... si tu vois ce que je veux dire.
– Loki est le fils de Laufey ?
– Tu vas répéter tout ce que je dis ? » rit la maîtresse de l'Air.
Gamora lâcha la prise sur la guerrière, cette dernière repartit à l'assaut, s'approchant avec volupté – autant que l'alcool dans le sang le lui permit.
« Je peux tout te raconter si tu veux. Chez toi ou chez moi ? »
La mercenaire étudia Valkyrie, en parfaite abstraction du sourire courtisan qu'elle n'avait de cesse de lui lancer.
« Où est votre bibliothèque ? »
Valkyrie fronça les sourcils.
« Tu veux pas aller chez moi plutôt ?
– Je n'ai pas besoin de compagnie. »
La guerrière ne sembla pas accepter la réponse, elle s'approcha encore avec un "allez !" encourageant sur le bout des lèvres, mais à peine eut-elle tendue la main pour caresser le bras de Gamora que le mouvement lui retomba dessus. En une clé de bras, Gamora la retourna, la main coincée dans le dos, et lui chuchota à l'oreille :
« N'y pense même pas. »
Elle relâcha sa prisonnière et disparut aussitôt. Valkyrie la chercha du regard un instant, avant de frisonner de plaisir.
