Elizabeth
Diane et moi venons de rentrer, et je me prépare à aller au lit lorsque Meliodas m'envoie un message. Je ne pensais pas avoir de ses nouvelles ce soir, j'étais sûre qu'il s'écroulerait dès qu'il aurait passé la porte de chez lui.
Lui : Faut qu'on parle.
Moi : Maintenant ?
Lui : Oui.
On ne peut jamais être sûr du ton d'un message, mais je ne pense pas me tromper en disant que Meliodas n'a pas l'air content.
Moi : Ok, appelle-moi.
Lui : En fait je suis devant ta porte.
Je tourne brusquement la tête en m'attendant à le trouver devant ma chambre. Je suis bête, il veut dire qu'il est à la porte de notre appartement. Par contre, ce doit être sérieux, Meliodas n'est pas du genre à se pointer à l'improviste. Je traverse le salon pour lui ouvrir et je le trouve en jogging, comme s'il s'était dépêché de venir ici sans passer chez lui pour se changer.
– Salut, qu'est-ce qui se passe ? je lui demande en lui faisant signe d'entrer.
– Où est Diane ? répond-il en balayant la pièce du regard.
– Elle est partie se coucher.
– On peut parler dans ta chambre ?
Je ne parviens pas à déchiffrer son expression et ça me rend nerveuse. Son ton est froid et son regard fuyant. Est-ce que c'est en rapport avec son père ? Je n'ai pas entendu ce qu'ils se disaient tout à l'heure, mais leur langage corporel était… hostile, c'est le moins qu'on puisse dire. Je me demande s'ils…
– Est-ce que tu sors avec Arthur ce week-end ? demande Meliodas alors que je referme ma porte.
Ah. Alors, ça n'a rien à voir avec son père. Et tout avec moi.
– Qui t'a dit ça ?
– Ban. Mais c'est Pendragon qui lui a dit.
– Ah.
Meliodas ne bouge pas, il ne défait pas son blouson, il ne cligne pas des yeux.
– Est-ce que c'est vrai ?
– Oui et non.
– Comment ça ?
– Il m'a proposé de dîner avec lui, mais je n'ai pas encore décidé si j'y allais.
– Mais tu lui as dit que oui ? demande-t-il d'une voix sèche.
– Eh ben… oui, mais…
– Tu as dit oui ? s'exclame-t-il. Il te l'a demandé quand ?
– La semaine dernière. Le lendemain de la soirée de Zeldris.
Son visage se détend… un tout petit peu.
– Alors, c'était avant l'anniversaire de Howzer ? Avant que toi et moi on… ?
Je hoche la tête.
– Ok, soupire-t-il. D'accord. Ce n'est pas si terrible, alors.
Il vient à peine de prononcer ces mots que son visage redevient de marbre.
– Attends, comment ça, tu n'as pas décidé si t'y allais ?
Je hausse les épaules.
– Il est hors de question que tu y ailles, Elizabeth !
– Comment ça ? Tu es qui pour me dire ça ? On ne sort pas ensemble, à ce que je sache ! On ne fait que s'amuser, toi et moi !
– C'est vraiment ce que tu…
Il s'arrête et grimace.
– Tu sais quoi ? Tu as raison. Toi et moi, on ne fait que s'amuser.
Tout se mélange dans ma tête et j'ai du mal à le suivre.
– Tu as dit que tu voulais pas de copine.
– J'ai dit que je n'avais pas le temps pour une copine, rétorque-t-il. Mais tu sais quoi ? Les priorités changent, Elizabeth.
– Alors quoi ? Tu veux que je sois ta copine ? C'est ce que tu dis ?
– Ouais, je crois.
– Pourquoi ? je demande en me mordant la lèvre.
– Pourquoi quoi ?
– Pourquoi tu veux qu'on soit ensemble ? Tu ne vis que pour le hockey, tu te souviens ? Et puis, de toute façon, on se dispute trop.
– On ne se dispute pas, on se chamaille.
– C'est la même chose.
– Pas du tout, dit-il en levant les yeux au ciel. Les chamailleries sont amusantes, alors que les disputes sont…
– Mon Dieu Meliodas ! On n'est même pas d'accord sur nos disputes ! je réponds en éclatant de rire.
Meliodas semble se détendre un peu. Il avance vers moi et étudie mon visage.
– Je sais que je te plais, Ellie. Et tu me plais aussi, ça c'est clair. Tu trouverais ça si horrible de rendre les choses officielles ?
Je ravale ma salive. Je déteste être prise de court, et je suis trop sous le choc pour y voir clair. Je ne suis pas une fille impulsive. Je ne décide jamais rien sans y avoir longuement réfléchi. Je sais que la plupart des filles seraient folles de joie à l'idée d'être la copine officielle de Meliodas Demon, je suis plus pragmatique que ça.
Je ne m'attendais pas à ce que ce mec me plaise. Ni à coucher avec lui. Ni à ce qu'il veuille que ce soit sérieux entre nous.
– Je ne sais pas, dis-je enfin. Je n'ai jamais envisagé qu'on soit en couple. Je voulais juste… explorer notre attirance l'un pour l'autre et voir si… tu sais… Je n'ai jamais pensé à la suite. Je ne sais pas ce qui se passe entre nous, ni où ça peut nous mener, ni…
La douleur dans le regard de Meliodas est tellement insupportable que j'en perds mes mots.
– Tu ne sais pas où ça peut nous mener ? Bon sang, Elizabeth. Si tu…
Il expire lentement et ses épaules retombent.
– Si tu ne sais vraiment pas, poursuit-il, alors on perd notre temps. Je sais ce qui se passe, moi. Je…
Il s'interrompt brusquement.
– Tu quoi ?
– Je…
Il s'arrête de nouveau et son regard s'assombrit.
– Tu sais quoi ? dit-il. Oublie ce que j'ai dit. Tu as raison. On explorait simplement notre attirance, ajoute-t-il sèchement. Je suis juste ton psy sexuel, c'est ça ? Ou plutôt non, je suis ton dérameur, en fait !
– Dérameur ?
– Comme dans les films porno. Le dérameur, c'est le mec qui vient sucer les autres entre deux scènes pour qu'ils restent durs. C'était ça mon job, non ? Te chauffer pour que tu sois prête pour Pendragon et que tu puisses coucher avec lui ?
Quelle horreur !
– Premièrement, c'est dégoûtant. Deuxièmement, c'est injuste, et tu le sais.
– Apparemment, je ne sais rien du tout.
– Il m'a demandé de sortir avec lui avant que je ne couche avec toi ! Et j'allais probablement dire non !
Un rire jaune qui me file la chair de poule emplit la pièce.
– Probablement ? Super ! Merci beaucoup ! s'exclame-t-il en se dirigeant vers la porte. Tu sais quoi ? Sors avec lui. Tu as eu ce que tu voulais. Arthur peut prendre la suite.
– Meliodas…
Il est déjà parti et il me le fait savoir en claquant la porte derrière lui. Je l'entends traverser le salon, puis il claque également la porte de l'appartement, me laissant plantée dans ma chambre, seule, perdue.
Je sais ce qui se passe, moi. Ses paroles résonnent dans ma tête et mon cœur se resserre, parce que je crois savoir ce qui se passe, moi aussi. Et j'ai peur qu'à cause de ma seconde d'hésitation, je vienne de tout foutre en l'air.
