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COACHING
De son air absent, Lovegood annonça qu'elle ignorait quand paraîtrait dans Le Chicaneur l'interview deMegan et Potter. Son père attendait un long et passionnant article sur des témoignages récents de gens qui avaient vu des Ronflaks Cornus, une nouvelle « très importante » qui justifiait que les révélations au sujet de Voldemort ne paraissent que dans le numéro suivant. En attendant, Hermione avait commencé à en parler autour d'elle, et bientôt les proches de Megan et Potter furent informés de leur projet.
- Je suis impatient de savoir ce que va penser Umbridge quand elle verra que vous parlez publiquement, commenta Dean, impressionné, au dîner du lundi.
Assise à côté de Hermione, Megan n'accordait aucune attention à la conversation, penchée sur un morceau de parchemin. Elle avait exceptionnellement renoncé à assister à l'entraînement de Quidditch de Gryffondor, préparant un programme pour leur venir en aide.
- C'était ce qu'il fallait faire, Harry, affirma Neville, assis en face du garçon.
Le teint plutôt pâle, il poursuivit à voix basse :
- Ça devait être... dur... d'en parler, non ?
- Oui, marmonna Potter, mais il faut que les gens sachent de quoi Voldemort est capable.
- C'est vrai, approuva Neville avec un hochement de tête, et aussi ses Mangemorts... il faudrait que les gens sachent...
Neville laissa sa phrase en suspens et reporta son attention sur ses pommes de terre au four. Megan leva les yeux pour observer le garçon en silence. Il était cent fois plus courageux que tous les autres élèves de la Grande Salle réunis, pensa-t-elle.
Un peu plus tard, Dean, Seamus et Neville remontèrent dans la salle commune, laissant Megan, Hermione et Potter attendre Ron qui n'avait pas encore dîné à cause de l'entraînement. Chang entra alors dans la Grande Salle. Elle n'accorda pas un regard à la table des Gryffondor et s'assit dos à eux.
- Oh, j'ai oublié de te demander, dit Hermione d'une voix enjouée en jetant un coup d'œil à la table des Serdaigle. Comment ça s'est passé ta sortie avec Cho ? Comment se fait-il que tu sois arrivé si tôt aux Trois Balais ?
- Oh, heu... c'était..., hasarda Potter en se servant une deuxième part de tarte à la rhubarbe, un fiasco total, maintenant que tu m'y fais penser. Au tout début, c'était très gênant, je ne savais pas quoi dire, mais après ça s'est bien passé, c'était devenu facile de parler avec elle… Et puis elle m'a emmené dans ce salon de thé, « Chez Madame Puddifoot »…
Megan ricana. Elle avait entendu parler de ce minuscule endroit, décoré de petits nœuds et de fanfreluches diverses, horriblement niais.
- A côté de nous, il y avait Roger Davies qui n'arrêtait pas d'embrasser sa copine, et ensuite elle s'est vexée parce que je lui ai dit que je devais venir vous retrouver aux Trois Balais, elle s'est mise à me raconter que Davies lui avait demandé de sortir avec lui, puis qu'elle était déjà venue dans ce salon de thé avec Cedric, et là elle s'est à nouveau mise à pleurer ! Elle s'est énervée que je ne veuille pas parler de Cedric, elle a dit que j'aurais mieux fait d'aller vous rejoindre ou je ne sais quoi, et à ce moment-là, elle s'est levée d'un bond et elle m'a dit : « A un de ces jours, Harry. » Et puis elle est partie en courant !
Il posa sa cuillère et regarda Megan et Hermione. La première avait une expression ouvertement moqueuse. Quel fiasco en effet ! A côté, sa journée avec Kevan avait été un véritable enchantement.
- Je me demande ce qui lui a pris ? poursuivit Potter Qu'est-ce que ça signifie ?
Hermione jeta un coup d'œil à Chang et soupira.
- Oh, Harry, dit-elle. Je suis désolée, mais tu as un peu manqué de tact.
- Un peu ? Répéta Megan en étouffant un rire.
- Moi ? Manqué de tact ? s'indigna-t-il. Tout allait très bien et, brusquement, elle me raconte que Roger Davies l'a invitée à sortir avec lui et qu'elle venait souvent dans ce stupide salon de thé pour s'embrasser avec Cedric. Comment je dois réagir à ça, moi ?
- Eh bien, voilà, répondit Hermione du ton patient de quelqu'un qui aurait expliqué à un enfant en bas âge souffrant d'hyperémotivité qu'un plus un égale deux. Tu n'aurais pas dû lui dire que tu voulais nous voir au beau milieu de la journée.
- Mais... mais..., balbutia Potter, c'est toi qui m'as demandé de vous retrouver à midi et de venir avec elle. Il fallait bien que je le lui dise, non ?
- Tu aurais dû t'y prendre différemment, poursuivit Hermione, toujours avec cette même patience impressionnante. Tu aurais dû lui dire que c'était vraiment assommant mais que Megan et moi t'avions fait promettre de venir aux Trois Balais, que tu n'avais pas du tout envie d'y aller, que tu aurais préféré passer toute la journée seul avec elle, mais que malheureusement, il le fallait bien et s'il te plaît, s'il te plaît, je voudrais tellement que tu viennes avec moi, comme ça ce serait plus vite fini. Tu aurais peut-être dû lui dire aussi que tu nous trouvais très laides, ajouta-t-elle après un instant de réflexion.
Megan haussa un sourcil.
- Mais je ne vous trouve pas laides du tout, répondit Potter, déconcerté.
Hermione éclata de rire et Megan haussa un peu plus les sourcils.
- Harry, tu es pire que Ron... Non, finalement, non, soupira Hermione au moment où Ron, constellé de boue et l'air grognon, entrait d'un pas lourd dans la Grande Salle. Écoute...Tu as mis Cho en colère quand tu lui as dit que tu avais rendez- vous avec nous, alors elle a essayé de te rendre jaloux. Pour elle, c'était un moyen de savoir si tu l'aimais vraiment.
- Ah bon, c'était ça, le message ? bégaya Potter.
Ron se laissa tomber sur le banc face à eux et attrapa tous les plats qui se trouvaient à sa portée.
- Tu ne crois pas qu'il aurait été plus facile de me demander simplement si je l'aimais plus que toi ? Demanda-t-il, excluant Megan de la conversation en réponse à son attitude méprisante.
- Les filles ne posent pas souvent ce genre de question, fit remarquer Hermione.
- Eh bien, elles devraient ! répliqua Potter avec vigueur. Parce que dans ce cas, je lui aurais dit qu'elle me plaît beaucoup et elle n'aurait pas eu besoin de se mettre de nouveau dans tous ses états à propos de la mort de Cedric !
- Je ne prétends pas que ce qu'elle a fait est raisonnable, répondit Hermione.
Ginny arriva à son tour. Elle était aussi sale et paraissait d'aussi mauvaise humeur que Ron. Megan baissa à nouveau les yeux sur son programme. Elle espérait qu'il suffirait pour rattraper la catastrophe qui se jouait sur le terrain de Quidditch.
- J'essaye simplement de te faire comprendre ce qu'elle ressentait à ce moment-là.
- Tu devrais écrire un livre, dit Ron à Hermione en coupant ses pommes de terre. Un truc qui donne la traduction des idioties que font les filles pour que les garçons puissent comprendre à quoi ça rime.
- Oui, approuva Potter avec ferveur.
Il jeta un coup d'œil à la table des Serdaigle, puis se tourna à nouveau vers Ron et Ginny.
- Alors, comment s'est passé l'entraînement de Quidditch ?
- Un cauchemar, répondit Ron d'une voix maussade.
- Allons donc, dit Hermione en regardant Ginny, je suis sûre que ce n'était pas...
- Oh, si, coupa la jeune fille. C'était abominable. Angelina était au bord des larmes à la fin de la séance. Megan...
- Non, répondit aussitôt l'intéressée d'un ton catégorique. Je vous aiderai, mais je ne rentrerai pas dans l'équipe.
Après le dîner, Ron et Ginny allèrent prendre un bain. Megan, Hermione et Potter retournèrent dans la salle commune de Gryffondor, toujours aussi animée, pour s'atteler à leur habituelle pile de devoirs. Une demi-heure plus tard, les jumeaux entrèrent dans la salle.
- Ron et Ginny ne sont pas là ? demanda Fred en prenant une chaise.
- Ils se décrassent, répondit Megan sans lever les yeux du parchemin où elle dessinait une carte du ciel pour son prochain cours d'astronomie.
- Tant mieux. On a assisté à leur séance d'entraînement. Ils vont se faire massacrer. Sans nous, ils ne valent rien.
- N'exagère pas, Ginny se débrouille bien, rectifia George en s'asseyant à côté de Fred. D'ailleurs, je me demande comment elle fait alors qu'on ne l'a presque jamais laissée jouer avec nous.
- Depuis l'âge de six ans, elle force la porte de votre remise à balais, dans le jardin, et vole sur chacun de vos balais à tour de rôle quand vous n'êtes pas là, révéla Hermione derrière sa pile vacillante de livres consacrés aux anciennes runes.
- Ginny sera ravie de savoir que tu viens de balancer ça, marmonna Megan.
- Oh, dit George, modérément impressionné, ça explique tout.
- Est-ce que Ron a réussi à bloquer un tir ? demanda Hermione en leur jetant un regard par-dessus Hiéroglyphes et logogrammes magiques.
- Il y arrive quand il est sûr que personne ne l'observe, répondit Fred en levant les yeux au plafond. Samedi prochain, il suffira de demander à la foule de lui tourner le dos et de parler d'autre chose chaque fois que le Souafle s'approchera de ses buts.
Il se leva, se dirigea vers la fenêtre d'un air fébrile et contempla le parc plongé dans l'obscurité.
- Le Quidditch était à peu près la seule chose pour laquelle il valait la peine de rester ici.
Megan leva les yeux de sa carte du ciel, le cœur serré. Hermione lança au jeune homme un regard sévère.
- Tu as des examens à la fin de l'année !
- Je t'ai déjà dit qu'on n'était pas très passionnés par les ASPIC, répliqua Fred. Les boîtes à Flemme sont prêtes à la commercialisation. On a enfin trouvé le moyen de se débarrasser de ces furoncles, ils disparaissent avec quelques gouttes d'essence de Murlap, c'est Lee qui nous a donné l'idée. Merci, Meggie.
- C'est toujours un plaisir, marmonna Megan qui n'avait aucune envie d'entendre à nouveau parler des furoncles des jumeaux.
George bâilla longuement et contempla d'un air inconsolable le ciel nocturne chargé de nuages.
- Je me demande si je vais prendre la peine d'aller voir ce match. Si jamais Zacharias Smith nous bat, il ne me restera plus qu'à me tuer.
- Ou plutôt à le tuer lui, dit Fred d'un ton décidé.
- Je suis volontaire pour la complicité de meurtre, dit Megan en levant la main, les yeux à nouveau baissés sur le parchemin qu'elle noircissait d'informations.
- C'est ça, l'ennui avec le Quidditch, remarqua distraitement Hermione qui s'était replongée dans sa traduction des anciennes runes. Ça crée des tensions et des sentiments hostiles entre les maisons.
Elle leva la tête pour prendre son exemplaire du Syllabaire Lunerousse et vit que Fred, George et Potter la regardaient tous les trois avec un mélange d'écœurement et d'incrédulité. Megan n'avait pas réagi, habituée aux inepties de sa meilleure amie en matière sportive.
- C'est vrai ! insista-t-elle, agacée. Ce n'est quand même qu'un jeu, ne l'oublions pas.
- Hermione, répliqua Potter en hochant la tête, tu t'y connais peut-être très bien en sentiments et en trucs comme ça mais tu n'as jamais rien compris au Quidditch.
- C'est possible, dit-elle d'un air sombre en retournant à sa traduction, mais au moins, je ne fais pas dépendre mon bonheur de la capacité de Ron à défendre ses buts.
Or, Ron fit une performance consternante lors de la rencontre du samedi. Ce qu'on pouvait dire de mieux à propos du match, c'était qu'il n'avait pas duré longtemps. Les supporters de Gryffondor n'avaient eu à subir que vingt-deux minutes de supplice. Il était difficile de déterminer ce qui avait été le pire : le quatorzième but encaissé par Ron, le coup de batte que Sloper avait donné sur la bouche d'Angelina en ratant un Cognard ou la chute de Kirke qui était tombé en arrière de son balai en poussant un hurlement perçant lorsque Zacharias Smith avait foncé sur lui, le Souafle à la main. Le miracle, c'était que Gryffondor n'avait perdu que de dix points : Ginny avait réussi à ravir le Vif d'or sous le nez de Summerby, l'attrapeur de Poufsouffle, ce qui donnait un score final de deux cent quarante à deux cent trente.
De retour dans la salle commune, où l'atmosphère faisait penser à une veillée funèbre particulièrement lugubre, Megan, Fred et George virent Ron recroquevillé dans un coin, contemplant ses genoux en serrant une bouteille de Bièraubeurre dans sa main. Il avait de nouveau présenté sa démission à Angelina, mais celle-ci avait refusé, convaincue qu'il allait finir par y arriver. Sa foi en lui était appréciable, mais la confiance du garçon en lui-même n'avait fait que décroître depuis qu'il avait rejoint l'équipe. Il était à nouveau sorti du terrain au son de Weasley est notre roi, chanté en un chœur puissant et enthousiaste par les Serpentard qui étaient à présent donnés favoris pour remporter la coupe de Quidditch.
Megan et les jumeaux s'approchèrent de Ginny et Potter, qui observaient également Ron.
- Je n'ai même plus le cœur à me payer sa tête, dit Fred en jetant un coup d'œil à la silhouette prostrée de son petit-frère. Tu te rends compte... quand il a laissé entrer le quatorzième...
Il fit de grands moulinets désordonnés avec ses bras, comme un chien pataugeant dans l'eau et Megan lui donna une tape sévère sur l'épaule pour le faire taire.
- Enfin bon, il vaut mieux que je réserve ça pour les soirées entre amis.
- Va prévenir toute l'équipe que je veux les voir au prochain entraînement, lança Megan, résignée. Et qu'Angelina ne confonde pas tout, je vais vous aider, je ne rentre pas dans l'équipe.
Consternée par la performance de l'équipe, elle avait pris sa décision d'accepter de devenir officiellement leur coach. Elle ne voulait pas laisser Angelina quitter Poudlard après avoir été capitaine de l'équipe de Quidditch la plus ridicule de l'histoire de l'école, et elle s'inquiétait pour Ron.
- Merci, Meggie, soupira George, soulagé.
- L'information ne sort pas de l'équipe, c'est bien clair ?
Hors de question que Draco apprenne qu'elle épaulait l'équipe.
- Très clair.
George lui planta un baiser sur la joue puis grimpa les escaliers menant au dortoir en compagnie de Fred, pour aller prévenir Kirke et après, Ron se traîna lui aussi jusqu'au dortoir. La salle commune se vida lentement, tous les élèves abattus par leur défaite cuisante. Megan savait qu'assister au match depuis les tribunes avait été pénible pour Fred et George. Elle aurait aimé pouvoir forcer Umbridge à les réintégrer à l'équipe, leur rendre le sourire, leur donner une bonne raison de rester à Poudlard, mais elle ne pouvait confronter ainsi la Grande inquisitrice, elle gardait à l'esprit les mots de McGonagall. Avec une certaine surprise, elle s'aperçut qu'elle était devenue quelqu'un de plus raisonnable, et cela lui déplut.
Le lundi matin, ils descendirent prendre leur petit déjeuner au moment précis où les hiboux entraient dans la Grande Salle pour apporter le courrier. Hermione n'était pas la seule à attendre impatiemment sa Gazette du sorcier. Presque tout le monde était avide de connaître les dernières nouvelles sur les Mangemorts en fuite qui restaient introuvables en dépit de nombreux témoignages signalant leur présence ici ou là. Hermione donna une Noise au hibou et déplia précipitamment le journal tandis que Megan commençait à préparer ses tartines. Elle s'apprêtait à les tremper dans son bol lorsque quatre hiboux atterrirent devant elle. Surprise, elle tenta de les chasser de la main, persuadée qu'ils se trompaient de destinataire. Mais en se penchant sur l'une des enveloppes, elle put y lire :
Meganna Buckley
Grande Salle
École Poudlard
- Qu'est-ce que c'est que ce cirque ?
Les sourcils froncés, elle saisit l'enveloppe, mais d'autres hiboux continuaient d'atterrir autour d'elle. Potter, assis de l'autre côté de la table, rencontrait un phénomène similaire. Les oiseaux se bousculaient devant eux, marchant dans le beurre, renversant la salière, pour essayer d'être les premiers à distribuer le courrier.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Ron stupéfait.
Les élèves assis à la table de Gryffondor se penchèrent pour voir ce qui se passait. Sept autres hiboux se posèrent alors parmi les autres, criant, ululant, battant des ailes.
Megan examina l'afflux étrange de courrier puis plongea la main dans le tourbillon de plumes et en retira un hibou moyen duc qui portait dans son bec un long paquet cylindrique.
- Harry ! Dit Hermione d'une voix haletante. Je crois savoir ce que ça signifie !
- On va regarder celui-là d'abord, affirma Megan avec intuition.
Tandis que Potter se penchait vers elle, elle déchira le papier d'emballage d'où s'échappa un exemplaire soigneusement roulé de l'édition de mars du Chicaneur. Elle déroula le magazine et découvrit sur la couverture le visage de Potter qui souriait d'un air timide. En grosses lettres rouges, un titre annonçait sur toute la largeur de la photo :
HARRY POTTER PARLE ENFIN :
LA VÉRITÉ SUR CELUI-DONT-ON-NE-DOIT-PAS-PRONONCER-LE-NOM ET LE RÉCIT DE LA NUIT OÙ JE L'AI VU REVENIR
- C'est bien, hein ? dit Lovegood qui s'était approchée d'un pas traînant de la table des Gryffondor et s'asseyait à présent en se glissant entre Fred et Ron. Il est sorti hier. J'ai demandé à papa de vous en envoyer un exemplaire gratuit. Je pense que tout ça doit être du courrier de lecteurs, ajouta-t-elle en montrant les hiboux qui se pressaient sur la table.
- C'est bien ce que je pensais, dit Hermione avec avidité.
- Ça ne parle que de moi ? s'enquit Potter en jetant un coup d'œil en biais à Megan.
- Oh non, Meganna est mentionnée dans l'article bien sûr ! Mais je crois que Rita Skeeter pensait que ce serait plus accrocheur avec ton nom, tu es plus célèbre…
- Parfait, marmonna Megan d'un air satisfait.
- Harry, tu yeux bien que..., le pressa Hermione.
- Vas-y, répondit-il, un peu déconcerté.
Megan, Ron, Hermione et Potter commencèrent tous les quatre à ouvrir des enveloppes.
- Celle-ci est envoyée par un type qui pense que tu as perdu la boule, Harry, dit Ron en parcourant une lettre.
- Là, il y a une femme qui vous recommande de suivre une cure d'électro-sorts à Ste Mangouste, dit Hermione qui froissa la lettre, l'air déçue.
- Celle-là m'a l'air mieux, dit Potter avec lenteur. C'était une lettre d'une sorcière de Paisley. Hé, elle me croit !
- Vous croit, rectifia Hermione avec un sourire.
- Celui-ci est partagé, dit Fred qui participait avec enthousiasme à l'ouverture des lettres. Il écrit que vous ne donnez pas l'impression d'être fous mais, comme il ne veut vraiment pas croire que Tu-Sais-Qui est de retour, il ne sait plus que penser. Bref, beaucoup de parchemin pour ne rien dire !
- Celui-ci dit que Megan est une Mangemort, sûrement impliquée dans l'évasion d'Azkaban, ricana Ron. Ridicule… Il y en a aussi beaucoup qui disent que ce n'est pas normal que son nom n'ait quasiment jamais été cité dans toute l'affaire du retour de Vous-Savez-Qui.
Megan leva les yeux au ciel. Bien qu'ils tiennent des propos complotistes, certaines personnes n'étaient finalement pas loin de la vérité : si les journaux racontaient vraiment ce qui s'était passé, son nom aurait fait les gros titres. Mais elle se satisfaisait parfaitement d'être ignorée au profit de Potter.
- En voilà un autre que vous avez convaincu ! s'exclama Hermione d'un ton surexcité. « Après avoir lu votre version de l'histoire, je suis bien obligé de conclure que La Gazette du sorcier vous a traité très injustement... Bien que je n'aie pas du tout envie de croire au retour de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, je suis forcé de reconnaître que vous avez dit la vérité... » Oh, c'est merveilleux !
- Encore un qui pense qu'on raconte n'importe quoi, dit Megan en jetant par-dessus son épaule une lettre froissée.
- Mais celle-ci écrit que vous l'avez convaincue et vous considère maintenant comme de véritable héros, annonça Ron. Elle a joint une photo... Wouaoo !
- Que se passe-t-il, ici ? dit alors une voix de petite fille faussement aimable.
Megan leva la tête, les mains pleines d'enveloppes. Umbridge se tenait derrière Fred et Lovegood, ses gros yeux de crapaud observant le fouillis de hiboux et de lettres qui s'entassaient devant elle et Potter. Aux autres tables, de nombreux élèves les regardaient avec convoitise.
- Pourquoi avez-vous reçu toutes ces lettres, Mr Potter ? demanda-t-elle lentement.
- Vous remarquerez que ça nous est adressé à tous les deux, répliqua Megan avec un air de défi.
- C'est un crime, maintenant, de recevoir du courrier ? demanda Fred d'une voix forte.
- Attention, Mr Weasley, sinon je serai obligée de vous donner une retenue, dit Umbridge. Alors, Mr Potter ? ajouta-t-elle en persistant à ignorer Megan.
Potter sembla hésiter, pourtant il paraissait impossible de garder le secret sur ce qu'ils avaient fait. Umbridge ne tarderait pas à avoir un exemplaire du Chicaneur entre les mains.
- Des gens nous ont écrit à tous les deux parce que nous avons donné une interview, expliqua Potter. Au sujet de ce qui s'est passé au mois de juin.
Il jeta un coup d'œil à la table des professeurs puis reporta son attention sur Umbridge.
- Une interview ? répéta la sorcière, la voix plus aiguë et plus grêle que jamais. Que voulez-vous dire ?
- Il veut dire qu'une journaliste nous a posé des questions et qu'on y a répondu, expliqua Megan avec mépris.
Elle lui jeta l'exemplaire du Chicaneur sous le regard brillant d'Hermione. Umbridge l'attrapa au vol et regarda la couverture. Son visage terreux, blafard, prit alors une horrible teinte violacée.
- Quand avez-vous fait cela ? interrogea-t-elle d'une voix légèrement chevrotante.
- Pendant la dernière sortie à Pré-au-Lard, répondit Harry.
Elle lui lança un regard brûlant de rage, le magazine tremblant entre ses doigts boudinés.
- Il n'y aura plus d'autres sorties à Pré-au-Lard pour vous, Mr Potter, murmura-t-elle. Cela vous concerne aussi, Miss Buckley ! Comment avez-vous osé... ? Comment avez-vous pu... ? (Elle prit une profonde inspiration.) J'ai pourtant essayé de vous apprendre à ne pas dire de mensonges mais, apparemment, le message n'a pas pénétré. Cinquante points de moins pour Gryffondor et une nouvelle semaine de retenue, Mr Potter.
Megan haussa un sourcil. Pourquoi n'écopait-elle pas d'une semaine de retenue également ? Cela dit, son programme était déjà suffisamment chargé, aussi elle s'abstint de faire une remarque. Umbridge s'éloigna en serrant Le Chicaneur contre sa poitrine, suivie des yeux par la plupart des élèves. Vers le milieu de la matinée, d'énormes écriteaux avaient été placardés partout dans l'école, pas seulement sur les tableaux d'affichage mais également dans les couloirs et les salles de classe.
PAR ORDRE DE LA GRANDE INQUISITRICE DE POUDLARD
TOUT ÉLÈVE SURPRIS EN POSSESSION DU MAGAZINE LE CHICANEUR SERA RENVOYÉ.
CONFORMÉMENT AU DÉCRET D'ÉDUCATION NUMÉRO VINGT-SEPT
SIGNÉ : DOLORES JANE UMBRIDGE, GRANDE INQUISITRICE
Chaque fois que Megan et Hermione passaient devant l'un de ces écriteaux, elles rayonnaient de plaisir. Au diable la fin des sorties à Pré-au-Lard, elles avaient réussi à répandre largement la vérité au sujet de Voldemort.
- Vous pouvez m'expliquer ce qui vous rend si heureuses ? leur demanda Potter lorsqu'ils se rendirent dans la Grande Salle pour déjeuner.
- Tu ne comprends donc pas ? Murmura Hermione.
- La meilleure chose qu'elle pouvait faire pour que tout le monde lise notre interview, c'était de l'interdire, expliqua Megan d'un air victorieux.
En effet, à la fin de la journée, tous les élèves ne parlaient plus que de l'interview, citations à l'appui. Megan les entendait en discuter à voix basse dans les files d'attente, avant le début des cours, dans la Grande Salle pendant le déjeuner et au fond des classes. Hermione raconta même que, dans les toilettes des filles, toutes les occupantes des cabines étaient en train d'en parler lorsqu'elle y avait fait un tour avant le cours de runes anciennes.
- Quand elles m'ont vue, comme elles savent que je te connais, elles ont commencé à me bombarder de questions, dit Hermione à Potter, les yeux brillants, et tu sais, Harry, j'ai l'impression qu'elles te croient. Je le pense vraiment, tu as fini par les convaincre ! Enfin, je veux dire, toi et Megan !
Pendant ce temps, Umbridge rôdait dans les couloirs, arrêtant les élèves au hasard pour exiger qu'ils retournent leurs poches et leurs sacs. Elle cherchait des exemplaires du Chicaneur, mais les collégiens avaient pris de l'avance sur elle. Ils ensorcelaient les pages de l'interview qui se transformaient en innocentes pages de manuel lorsque quiconque d'autre y posait les yeux, ou devenaient blanches dès qu'ils en interrompaient eux-mêmes la lecture. Bientôt, il sembla que tout le monde dans l'école avait lu l'article.
Bien entendu, le décret d'éducation numéro vingt-six interdisait aux professeurs d'en parler mais ils trouvaient quand même le moyen de faire savoir ce qu'ils en pensaient. Le professeur Sprout donna vingt points à Gryffondor lorsque Potter lui passa l'arrosoir et vingt autres à Megan lorsqu'elle lui donna l'heure. A la fin du cours de sortilèges, le professeur Flitwick, radieux, mit dans la main de Potter une boîte de Couinesouris en sucre en murmurant : « Chut ! » avant de s'éloigner précipitamment. Quant à Trelawney, elle éclata en sanglots hystériques pendant le cours de divination et annonça devant une classe stupéfaite et une Umbridge désapprobatrice que, finalement, Potter ne connaîtrait pas une mort précoce mais vivrait au contraire jusqu'à un âge avancé, deviendrait ministre de la Magie et aurait douze enfants. Megan ne jouissait pas du même engouement de la part des élèves et des professeurs : probablement car son nom n'était que peu mentionné dans l'article, que nul ne voulait souligner le fait qu'elle ait fréquenté l'école toute une année en étant sous l'emprise d'un sortilège d'Imperium lancé par un Mangemort, ou admettre qu'ils l'avaient accusée à tort d'avoir joué un rôle dans la mort de Cedric. De plus, sa place dans l'histoire était peu glorieuse : elle avait assisté à toute la scène de la renaissance de Voldemort en possession de sa baguette magique et relativement libre de mouvements, et n'était intervenue qu'à la toute fin. Officiellement, sa passivité n'était due qu'au sortilège de l'Imperium, et Hermione tâchait de le rappeler à tous ceux qu'elle entendait émettre des critiques à ce sujet. Megan, cependant, savait parfaitement qu'elle avait délibérément laissé les choses se faire, alors persuadée que cela garantirait la survie de ceux qu'elle aimait.
- Félicitations pour l'interview, Meggie, lui lança Fred le soir-même alors qu'elle s'apprêtait à rejoindre l'équipe de Gryffondor sur le terrain de Quidditch. On sait que ça a vraiment dû être difficile.
La jeune fille haussa les épaules, peu désireuse d'aborder à nouveau le sujet, et quitta la salle commune.
L'équipe d'Angelina l'attendait sur l'herbe humide du terrain, leurs balais à la main. Tout le monde semblait soulagé de la voir amorcer son processus de coaching, mais Ron paraissait plus honteux que jamais, et le discours de Megan ne fit rien pour arranger pour son état :
- J'ai assisté au match de Quidditch le plus consternant de toute l'histoire de l'école, annonça la jeune fille de but en blanc, les mains enfoncées dans les poches de sa cape d'hiver. Il n'y avait rien qui allait, rien ! Alors soit vous continuez à vous morfondre parce que Potter et les jumeaux sont partis, soit vous vous décidez à vous battre et à sauver votre équipe. Regardez-vous, vous êtes mous ! J'ai vu des rats morts avec plus d'allure, alors vous allez vous secouer, et vous allez faire exactement tout ce que je vous dis. Je me fiche que vous ne soyez pas d'accord avec ce que je vais vous demander de faire, je me fiche que vous soyez fatigués, c'est non négociable. On a trois mois pour vous remettre en état avant la finale, ce ne sera pas suffisant si vous n'y mettez pas du vôtre. C'est clair ?
Il y eut un marmonnement d'approbation dans les rangs de l'équipe. Megan les fusilla du regard.
- Qu'est-ce que vous n'avez pas compris dans « vous allez vous secouer » ? les interrogea-t-elle froidement.
- On va se bouger ! lança Angelina avec le peu d'enthousiasme dont elle était encore capable. Ok ? ajouta-t-elle à l'adresse de son équipe.
- Ouais ! répondirent les joueurs avec un peu plus d'énergie.
- Parfait, lâcha Megan. Je vais vous prendre un par un pour discuter ce qu'il faut améliorer individuellement, pendant ce temps-là, les autres échauffez-vous et entraînez-vous comme d'habitude. On va se revoir mercredi prochain pour commencer l'entraînement de groupe.
- On a plein de devoirs avec les ASPIC…, commença Andrew.
- Je m'en fous, Kirke, répliqua Megan. Mercredi, à la même heure, tous sur le terrain en tenue. Et je vais commencer par toi, tiens.
Les autres joueurs décollèrent pour commencer leur entraînement, tandis que Megan entraînait le batteur vers le bureau d'Angelina où Megan allait réaliser ses entretiens à l'abri du vent et du froid.
- Bon, lança Megan une fois qu'elle se fut débarrassée de sa cape et assise en face de Kirke. Samedi dernier tu es tombé de ton balai comme un débutant. Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Smith me fonçait dessus, répondit honteusement le batteur.
- Un poursuiveur arrivait vers toi avec le Souafle, acquiesça Megan d'un ton sarcastique. Tu connais un peu le rôle du batteur ?
- Evidemment, s'agaça le garçon.
- Bien, donc qu'est-ce qui était attendu de toi, à ce moment-là ?
- De lui envoyer un Cognard…
- Exactement ! Et de rester sur ton balai. En aucun cas, tu ne dois te laisser déstabiliser ! On ne sait pas encore si vous affronterez Serdaigle ou Serpentard pour la finale, mais tu crois que si tu te retrouves face à Pucey ou Montague tu peux te permettre d'avoir peur ? Les batteurs doivent faire en sorte que les autres joueurs de leur équipe n'aient pas à se soucier des Cognards. Donc tu vas passer les trois prochains entraînements à foncer sur Sloper, et inversement, pendant que l'autre s'occupe du Cognard, c'est clair ? Vous ne faîtes que ça, tu vas prévenir Angelina. Quand tu seras à peu près stable sur ton balai, on pourra commencer à réfléchir à des stratégies. En attendant, tu revois les bases.
Ces remontrances et ce retour aux éléments les plus essentiels du rôle du batteur humiliaient visiblement Kirke, mais Megan n'en avait que faire. Elle donna congé au garçon en lui demandant de prévenir Sloper de venir la rejoindre, et les entretiens s'enchaînèrent ainsi tout au long de la soirée. Chaque joueur qui arrivait dans le bureau, légèrement inquiet, en ressortait frustré et agacé. Le dernier à passer devant elle fut Ron. Blême mais les oreilles écarlates, il évita son regard lorsqu'il s'assit en face du bureau.
- Tu as laissé entrer quatorze buts pendant le dernier match, lui lança Megan d'une voix égale.
- Je sais, grogna Ron. J'ai déjà dit à Angelina que j'étais un désastre et qu'elle devrait me laisser quitter l'équipe, j'ai vraiment été trop –
- Angelina pense que tu peux être bon. Je pense aussi que tu peux être bon. Si tu arrêtes de te comporter comme un crétin.
Ron leva les yeux vers elle, pris de court.
- Moi, je me comporte comme un crétin ? lança-t-il, de plus en plus écarlate.
- Comme le pire des imbéciles, précisa Megan. Tu crois que ce qui compte, c'est ce que les gens pensent et disent de toi. Mais autant que je sache, Ronald, la personne qui se tient sur un balai entre les anneaux pendant les matches, c'est toi, ce n'est pas le reste de l'école. Alors oublie-les. Les Serpentard pensent que tu es leur roi ? Sois leur roi. Montre-leur ce dont un Weasley est capable. Je t'ai vu faire des arrêts remarquables. Je t'ai vu te donner à fond, jusqu'à ne plus dormir pour pouvoir intégrer cette équipe. Tu n'as pas volé ta place ici, tu l'as gagnée. Alors merde à la fin, sois à la hauteur de ce que tu as déjà accompli ! Quand personne ne fait attention à toi, tu es bon ! Alors à partir de maintenant, la seule personne à qui tu vas penser quand tu es face au Souafle, c'est à moi, et au savon que je vais te passer si tu te laisses encore déstabiliser par des conneries.
Le visage de Ron devint écarlate à son tour. Les yeux de Megan lançaient des éclairs et il savait pertinemment qu'elle tiendrait parole.
- J'ai demandé aux Poursuiveuses de s'entraîner entre elle avec les autres anneaux, sans gardien, pendant les prochains entraînements. Les batteurs vont s'entraîner de leur côté ensemble. Ginny va travailler toute seule avec le Vif d'or. Toi, c'est moi qui vais t'entraîner. Ce sera juste toi et moi, ok ? Et si tu crois que je vais te juger, tu as parfaitement raison. A partir de mercredi, tu vas jouer au meilleur de tes capacités. Tu as intérêt à m'impressionner, Ronald Weasley.
Le lendemain, les effets de l'interview continuèrent à se faire sentir. Megan entendit plusieurs élèves chuchoter sur son passage qu'ils l'avaient probablement mal jugée. Devant la salle de métamorphose, alors qu'ils attendaient l'arrivée de McGonagall, Seamus Finnigan annonça à Potter qu'il le croyait enfin et avait envoyé le magazine à sa mère pour la convaincre à son tour. Enfin, Lovegood leur annonça avant le dîner que jamais on n'avait vu un numéro du Chicaneur aussi vite épuisé.
- Papa va réimprimer ! dit-elle, les yeux exorbités d'enthousiasme. Il n'arrive pas à y croire, il dit que les gens s'intéressent encore plus à ça qu'aux Ronflaks Cornus !
Tout le monde ne partageait cependant pas cet enthousiasme. Draco, Crabbe, Goyle et Théodore Nott avaient passé deux jours à fusiller Megan et Potter du regard chaque fois qu'ils les croisaient, et alors que la jeune fille rejoignait la Grande Salle pour le dîner ce soir-là, une main l'attrapa fermement par le bras et la traîna dans le couloir voisin, vide. Draco retira sa main juste avant de se brûler, rodé aux méthodes de défense de Megan.
- Ne fais plus jamais ça, gronda la jeune fille en repoussant le garçon.
- Ne plus jamais faire quoi, traîner ta famille dans la boue ? répliqua Draco, furieux.
- La boue, Lucius et Narcissa s'y sont mis tous seuls !
- Une enquête pourrait être ouverte, mon père risque gros. Il pourrait être emprisonné !
- Eh ben tu sais quoi, j'espère bien qu'il le sera. Ce n'est pas moi qui ai donné son nom à Skeeter, c'est Potter, mais j'aurais dû le faire moi-même ! Ta famille ne se trouve pas du bon côté, et elle va vite le comprendre, crétin. Pour l'instant, vous ne risquez rien, le ministère va continuer de faire l'autruche, mais quand Voldemort (Draco écarquilla les yeux d'horreur) aura refait surface, ils deviendront à nouveau des ennemis publics. C'est ce que tu veux ?
- Ça ne va pas se passer comme ça, affirma le garçon.
- Que tu crois ! On va se battre Draco, je te l'ai déjà dit. Et pas de chance pour toi, je ne suis pas du côté de Voldemort. Dumbledore et moi sommes les seuls à pouvoir le vaincre, et on n'est pas seuls.
- Le Seigneur des Ténèbres est le plus puissant sorcier –
- Dumbledore est le seul que Voldemort ait jamais craint, et il sait parfaitement que je suis capable aussi de l'affronter ! Pourquoi est-ce que tu crois qu'il se donne tant de mal pour me récupérer ?
- Parce que ta place est à ses côtés ! Tu n'aurais jamais eu toute cette puissance, sans lui.
- Il a tué mes parents. Il a tué Anita, et Cedric !
- Et il tuera toutes les autres personnes qui comptent pour toi si elles décident de s'opposer à lui, répliqua fermement Draco.
- Non, souffla Megan. Je ne le laisserai pas faire. Toi, en revanche…
Sa phrase resta en suspens. Elle savait qu'elle ne pourrait pas le protéger s'il choisissait de demeurer auprès de Voldemort, mais elle savait aussi qu'il ne pourrait jamais se résoudre à abandonner ses parents, or Lucius et Narcissa étaient résolument partisans des ténèbres. Megan serra les dents, refusant d'accepter le fait qu'il ne survivrait probablement pas à la guerre, et qu'elle-même pourrait être responsable de sa mort. C'était trop insupportable.
Fuyant son regard, elle tourna les talons et s'empressa de rejoindre la Grande Salle avant qu'il ait pu la rattraper. Elle ne prononça pas un mot du dîner, les yeux rivés sur son assiette, l'estomac noué.
Lorsqu'elle remonta dans la salle commune après manger, elle et Potter furent accueillis en héros par les autres Gryffondor. Provocateurs, Fred et George avaient jeté un charme d'Agrandissement sur la couverture du Chicaneur et l'avaient accrochée au mur. La tête géante de Potter contemplait l'agitation ambiante en lançant de temps à autre d'une voix tonitruante des phrases du genre : « LE MINISTÈRE EST UN TAS DE CRÉTINS » ou « UMBRIDGE EST BÊTE À MANGER DE LA BOUSE. » Megan, incapable de demeurer au centre de toute cette attention, monta se coucher aussi vite qu'elle le put, mais de nouveaux cauchemars l'attendaient. Debout au bord de la falaise en France, elle assassinait à nouveau les parents de Derek Barrish, mais le père avait le visage de Draco, et la mère celui de Hermione.
