Chapitre 31

- Tu veux bien éclairer ma lanterne, là ? Parce que j'ignore complètement de quoi tu parles. Et comment tu sais que j'ai rendez-vous avec mes parents cette après-midi ?

Bon, il va sans doute falloir que je sois plus claire.

- De un, on ne peut pas dire que la beuglante de ta mère soit passé inaperçue, lundi matin. De deux, juste avant que ton courrier n'étale ta vie privé au grand jour, Lucretia a reçu un courrier de ses parents en réponse à ta demande en mariage. Tout ce qu'ils lui ont dit, c'est de se pointer aujourd'hui aux Trois Balais à quinze heures. Coïncidence ? Je ne crois pas.

James se met à réfléchir à toute vitesse, comme l'attestent ses grands yeux qui se mettent à naviguer de gauche à droite dans ses orbites. Je crois qu'il n'est plus très loin de la crise d'apoplexie.

- Je n'arrive pas à savoir si c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle, finit-il par lâcher, sourcils froncés, en croisant les bras. Je n'ai absolument aucune idée sur ce qui pourrait motiver nos parents à se rencontrer comme ça.

Je me tâte. Si je lui fais part des suspicions de Lucretia, il risque de me claquer entre les doigts. Ce serait bête, on commence tout juste à s'amuser tous les deux. J'aimerais bien en profiter encore un peu. Mais en même temps, il risque de mal le prendre si on le met devant le fait accompli et qu'il découvre plus tard qu'on aurait pu lui préparer le terrain. Ce qui serait sans doute encore moins bon pour moi. Il pourrait décider de ne plus jamais me laisser goûter à sa jolie bouche.

- Accroche-toi à tes chaussettes parce que ce que je vais te dire risque de ne pas te plaire : Lucretia pense que ses parents ont pris ta demande en mariage un poil trop au sérieux.

Le stress s'inscrit sur toutes les lignes du visage du Gryffondor.

- Comment ça «trop au sérieux» ? Précise ta pensée, tu veux.

- Disons que, d'après elle, il n'est pas impossible qu'ils aient déjà réservé la date et le maître de cérémonie.

Un groupe de filles de Serdaigle de mon année passent derrière James, non sans nous lancer quelques regards inquiets. Elles doivent se demander quel genre de sort j'ai bien pu lui lancer.

- Respire James, fais-je en intimant à ces idiotes de passer très vite leur chemin avec juste un regard assassin. Je plaisante. Mais tu as l'idée.

- Comment on a pu en arriver là ? s'écrie-t-il entre deux profondes inspirations. Le but s'était de faire peur aux Nott pour qu'ils arrêtent d'emmerder leur fille avec leurs projets d'union à la noix.

- Il faut croire que leur envie de voir leur fille marier à un sorcier illustre est plus puissant que leur dégoût envers les Potter. Par contre, je voudrais bien qu'on m'explique comment tes parents, à toi, peuvent être d'accord avec cette idée.

- Oh punaise, j'en sais rien.

James passe une main fatigué sur son front. Je crois que c'est trop d'émotion pour un samedi matin.

- Je vais aller interroger Lily et Albus. Peut-être qu'ils en savent un peu plus. Ils ont peut-être reçu un message des parents, qui sait.

Si ça lui fait plaisir de le croire. Perso, je ne mise pas une noise là-dessus.

- Mais avant ça, j'étais venue te voir parce qu'avec tout ce qu'il s'est passé cette semaine, on ne s'est pas vraiment décidé pour ce midi. On déjeune ensemble ou pas, alors ?

- Tu me proposes un rancard, Potter ?

Ma question s'accompagne d'un petit sourire amusé.

- Cela dépendra de ta réponse, Brown, répond-t-il, entrant dans mon jeu.

Au moins, j'arrive à lui faire penser à autre chose, c'est déjà ça.

- Je t'attendrais près de la fontaine à midi et demi. Ne sois pas en retard.

- Hors de question.

Puis, sur cet accord, il jette un regard de chaque côté du couloir, s'assure que nous sommes seuls et m'offre un léger baiser. J'en déguste chaque milliseconde, jusqu'à ce qu'il se recule et s'éloigne. Je le suis du regard jusqu'à qu'il tourne à l'angle puis reprend la direction de la bibliothèque.

C'est pas le tout, mais j'ai un devoir de Potions sur le feu, moi !

oO0Oo

Quand je débarque dans mon dortoir à onze heures et demi, je balance sans ménagement mon sac de cours sur mon lit, puis me précipite vers ma valise. Je farfouille dedans quelques minutes à la recherche d'une tenue sympa, et opte pour une petite robe en laine couleur rouille et des collants qui iront très bien avec mes bottes du moment. Il s'agirait de ne pas trop faire négligée pour ce premier rendez-vous officiel.

- Pourquoi tu te changes ? demande soudain Shelly, assise confortablement sur son lit, un bouquin entre les mains.

- Je mange avec James ce midi. Je ne vais quand même pas porter mon jean et mon vieux pull.

Alors que je prends la direction de la salle de bain, je sens le regard aigu que Shelly fait peser sur moi.

- Est-ce que ça veut dire que ton plan s'est déroulé comme prévu ?

J'ai mis mes deux amies au courant de mes projets de séduction, vendredi dans l'après-midi, pendant qu'on potassait nos cours dans un coin tranquille d'une salle d'étude. Il avait, bien sûr, fallu d'abord que je mette Shelly au courant des derniers événements. Elle n'avait pas paru plus surprise que ça. Sans doute avait-elle deviné avant moi ce que je ressentais. Des fois, ses éclairs de lucidité font peur.

- Pas exactement, mais c'est le résultat qui compte. Et je suis fière de t'apprendre en avant-première que j'ai atteint mon but.

Shelly esquisse lentement un sourire ravi.

- Je suis très contente pour toi. Enfin, vous deux plutôt. Depuis le temps qu'il attendait ça.

Puis, elle replonge dans son livre quand je referme la porte de la salle de bain derrière moi et ajoute d'un ton si bas, que je ne suis pas sûre de bien comprendre :

- Il a quand même une sacrée dose de patience, ce James Potter.

Sa remarque m'interpelle un tiers de seconde, puis je décide de ne pas en tenir compte : parfois, avec Shelly, c'est la meilleure décision à prendre si on ne veut pas se manger une migraine carabinée.

J'enfile mes nouveaux vêtements à la vitesse de l'éclair, fais de mon mieux pour embellir mon visage avec ce que je trouve dans ma trousse à maquillage puis ressors comme un boulet de canon. Un œil sur ma montre m'apprend qu'il me reste une demi-heure pour attendre le lieu de rendez-vous. No stress, ça devrait le faire.

- Au fait, tu comptes rester au château aujourd'hui ? m'enquis-je alors auprès de mon amie, n'ayant pas souvenir qu'elle m'ait fait peur de ses projets pour la journée.

- Oh non, Michael à proposer qu'on aille se promener dans l'après-midi. Je pense qu'il prépare une surprise pour la Saint Valentin.

La Saint Valentin ? Oh putain, c'était hier ! Je l'avais complètement oublié ça ! Ca veut donc dire que mon premier jour avec James tombe sur la journée de l'année que je déteste le plus. Super . . .

- Amuse-toi bien alors.

- Merci, vous aussi.

Je glisse rapidement tout ce qui me parait nécessaire dans un sac à main récupérer dans le fin fond de ma valise puis prends la direction de la sortie. Je pose la main sur la porte,au moment où Shelly m'interpelle :

- Oh, attends, Eve. J'ai oublié de te faire part d'un message de Lucretia. Elle t'attendra en face de Scribenpenne à quatorze heures trente. Elle a besoin de soutien moral pour son rendez-vous avec ses parents, et comme je suis déjà prise . . .

Et que Lucretia n'est pas au courant des derniers changements qui sont survenus dans ma vie sentimentale puisque mes deux amies se sont couchées en même temps que les poules hier soir . . .

- D'accord, pas de soucis, je m'arrangerais. De toute façon, James aussi y va à ce rendez-vous.

- C'est vrai. Tu n'oublieras de me raconter, hein ?

Je lui adresse un sourire rieur.

- Ne t'inquiètes pas pour ça. J'ai bien l'intention de profiter de chaque seconde. Pour une fois que ce genre de mauvais plan ne tombe pas sur moi, j'ai bien l'intention d'en profiter. Je n'en louperais pas une miette et je te rapporterais tout dans les moindres détails.

Shelly me fait son plus beau sourire puis replonge dans sa lecture alors que je prends le chemin de Pré-au-Lard.

oO0Oo

L'avantage de se donner rendez-vous au parc à l'heure où le trois quart des élèves de Poudlard sont en train de faire le plein d'énergie, c'est de ne pas croiser grand monde. Du coup, aucun curieux ne lorgne de mon côté quand James finit par débouler avec trois minutes de retard, tout essoufflé, les cheveux en pagaille et un panier en osier à la main. D'où il le sort son machin d'ailleurs ? Ca ne fait quand même pas partie des affaires qu'il prend à chaque rentrée pour aller au château ?

- Tu t'es perdu, Petit Chaperon Rouge ?

Il faut dire que James est tout à fait dans le thème avec son sweet à capuche rouge.

Mais son regard de bovin me rappelle que, ce qui fait partie des classiques pour moi, ne l'est pas forcément pour les sorciers. Toute une éducation à parfaire.

- Euh non, je ne suis pas perdu. Mais, j'imagine que c'est une référence qui m'échappe, n'est-ce pas ?

C'est qu'il s'améliore avec le temps !

- Ce n'est pas grave, un jour ou l'autre, je prendrais le temps de te parler des contes de Perrault. Qu'est-ce qu'il y a dans ton panier ?

- Notre repas, clame-t-il avec fierté. Je nous ai prévu un pique-nique.

Ah. Quelqu'un a pensé à lui dire qu'on était en plein mois de février dans un pays qu'on appelle l'Écosse ?

- Je ne suis pas habillée en conséquence. Tu préfères pas plutôt qu'on se mette au chaud quelque part ?

- Certainement pas !

Puis, sur ces mots, il m'attrape par la main et m'oblige à le suivre. Je suis bien tentée de résister, mais j'ai le sentiment qu'il ne se laissera pas convaincre, donc je décide de me laisser faire. Qui sait, une fois mis face à face avec la bêtise de son idée, il entendra peut-être raison ?

Il nous dirige jusqu'à la périphérie du village et s'enfonce dans la forêt. Heureusement pour moi, mes bottes ont des talons plats. Nous slalomons entre les arbres pendant une dizaine de minutes, jusqu'à une trouée qui donne sur une clairière, traversée par un ruisseau. Très joli, mais il fait un peu trop frais pour en savourer véritablement toute la splendeur.

D'un coup de baguette, James fait apparaître une couverture rouge et blanche à carreau qui se dépose tranquillement sur l'herbe humide, y dépose son panier puis s'installe confortablement avant de me faire signe de le rejoindre. J'hésite un bref instant, soupire face à cette idée franchement saugrenue, resserre mon épais manteau autour de moi et finis par glisser mes fesses près des siennes. Avantage de la magie, la couverture semble imperméable. Un bon point.

- Je sais que tu dois trouver mon idée idiote, mais attends de voir la suite !

Il sort alors un grand bocal en verre de son panier et, d'un autre mouvement de baguette, y allume une flamme qui réchauffe immédiatement l'atmosphère. Un deuxième bon point. Il pose ensuite le bocal entre nous puis repart à la pêche dans son panier qui semble pouvoir contenir bien plus qu'il n'y parait.

- J'ai réussi à chiper plein de trucs à ma table avant qu'un prof ne me voit. Donc, au menu ce midi, sandwich au roast-beef, salade de pommes de terre, jus de citrouille et pudding, m'apprend-t-il tout en sortant les élément susnommés de son panier magique.

Je dois avouer que je suis un peu amusée par tout ça. James a l'air tout excité et plutôt fier de lui.

- J'avoue que tu as une idée plutôt originale. Et puis, avec le recul, je préfères ça plutôt que de nous afficher dans un restaurant. Je voudrais mettre mes amies au courant avant que les rumeurs ne le fassent. Je l'ai déjà dit à Shelly, alors il ne m'en manque plus qu'une.

- De mon côté, il n'y a que Dominique qui est au courant. Je ne sais pas trop pourquoi, mais elle m'attendait de pied ferme hier soir après notre retenue.

Je ne suis pas sûr qu'il apprécierait d'apprendre que sa cousine m'a servie de confidente sentimentale donc, changeons de sujet.

- Tant que j'y pense, je dois être à quatorze heures trente dans le centre, Lucretia compte sur moi pour l'accompagner à ses retrouvailles avec ses parents.

- Ce qui nous laisse largement le temps de profiter de notre repas. A l'attaque !

Comme à son habitude, James se jette sur la nourriture comme s'il n'avait pas bouffé depuis quinze jours.

Notre tête à tête passe à toute allure. J'ai l'impression d'être de retour au bord de la piscine de ma cousine, lors de sa fête de Noël. Sauf que, aujourd'hui, nos discussions et nos rires sont entrecoupées de séances de bécotage.

Bien trop vite à mon goût, nous voilà déjà en train de ranger les restes de notre repas dans le fond du panier magique de James. Je vois nos affaires disparaître une à une dans un puits sombre et sans fond. Curieuse, je l'interroge :

- Où est-ce que tu t'es procuré un panier pareil ?

James esquisse un sourire.

- Il est à ma tante Hermione. Le panier est soumis à un sortilège d'Extension, qui augmente la capacité de stockage de l'objet ensorcelé et diminue son poids.

En voilà, un sort pratique !

- Tu sais où on peut en acheter ? Ma mère adorerait avoir un sac à main comme ça ! Sans parler de mon père, qui tuerait pour qu'on fasse pareil avec son coffre de voiture. Il est toujours en train de râler après maman parce qu'elle prend trop de trucs quand on part en voyage.

James éclate de rire.

- Je verrais avec ma tante si c'est possible de procurer quelque chose de similaire à une moldue. Mais je ne te promets rien.

Sur cette promesse, nous prenons le chemin du retour vers Pré-au-Lard. Pendant le repas, nous nous sommes mis d'accord pour minimiser au maximum les contacts entre nous, histoire de ne pas s'afficher devant tout le château et de ne pas alimenter les ragots qui ont déjà commencés à prendre forme. Du coup, nous faisons comme si nous étions simplement des amis, de retour d'une promenade en forêt.

Comme convenu, Lucretia m'attend devant la boutique de plumes. Elle scrute l'intérieur à travers la vitrine, comme si elle pensait que je pouvais m'y trouver.

- Coucou.

Elle sursaute quand je la salue par surprise, ayant pris soin de ne pas faire de bruit pour annoncer mon approche. Elle se retourne, note la présence de James à mes côtés et me lance un regard interrogateur.

- La réponse à ta question muette est oui.

Lucretia ne saute pas au plafond. Elle se contente de regarder James de haut en bas et de hausser des épaules tout en esquissant une grimace de résignation :

- Après tout, c'est ta vie, tu en fais ce que tu veux.

Je suppose que c'est ce que je peux attendre de mieux en matière de félicitation venant de sa part. C'est un peu plus que ce que j'espérais, vu comment j'ai accueilli ce babouin de Wilkes.

- Nous devrions prendre la direction des Trois Balais, dit James après avoir jeter un coup d'œil à sa montre. Plus vite, on y sera, plus vite ce sera terminé. Au fait, Nott, tu as une idée de ce à quoi on doit s'attendre ?

Alors que nous nous mettons en ligne pour redescendre la rue, Lucretia lui répond :

- Si il s'agissait d'un rendez-vous avec seulement mes parents, j'aurais pu tenter de deviner leurs intentions, mais comme les tiens viennent aussi et que je ne les connais pas, j'ai plus de mal à cerner à quel sauce ils vont nous manger.

Les cinq minutes suivantes se déroulent dans un silence religieux. Je crois que, chacun de leur côté,James et Lucretia essayent d'imaginer ce qui va leur arriver, de manière la plus plausible. De mon point de vue, il ferait mieux de penser à autre chose, ça leur éviterait de se faire des cheveux blancs avant l'heure.

A quinze heures, le pub est loin d'être pris d'assaut. Du coup, je repère tout de suite le couple Potter, assis à une table avec trois personnes donc un couple que je suppose être les parents de Lucretia. A leur table, règne une ambiance un peu lourde. Ce n'est pas la grande entente, comme me l'a toujours affirmé mon amie.

Alors que nous nous avançons, je repère des mouvements du coin de l'œil. Je ralentis le pas et découvre Scorpius et Albus, planqués derrière des plantes en pot. Ils me font signe de les rejoindre. Je jette un regard à Lucretia et James qui n'ont pas vu que je me suis arrêté, puis change de trajectoire pour rejoindre mes camarades de maison. Je leur demande en chuchotant :

- Qu'est-ce que vous faites là ? Je croyais que vous vouliez éviter tes parents, Albus ?

- On a pas pu, m'apprend-t-il en me répondant lui aussi à voix basse, histoire de ne pas attirer l'attention sur nous dans cette pièce plutôt silencieuse. Ils ont débarqués super tôt ! Ils sont venus déjeuner ici. J'ai juste eu le temps de nous planquer derrière les plantes de Mme Rosmerta.

Je me disais bien qu'ils n'avaient pas vraiment l'air à leur place habituelle, ces végétaux.

Je m'assieds à leur table, décidée à rester en retrait, ce qui sera sans doute la meilleure stratégie de survie.

- Ah vous voilà, fait Ginny Potter en voyant approcher Lucretia et James. Asseyez-vous.

Ils saluent tous deux les adultes présents puis s'installent. Ce n'est qu'une fois assis qu'ils remarquent que je ne les suis plus, sans que ça ait particulièrement l'air de les embêter.

- Nous irons droit au but, fait la femme aux cheveux bruns coupés court qui doit être Mme Nott. Après concertation, nous nous sommes mis d'accord tous les quatre.

La mère de Lucretia tend ensuite la main en direction du cinquième adulte installé à leur table, un homme d'âge mûr, vêtu d'une robe de sorcier à la coupe fine et de couleur bleue nuit, puis ajoute :

- Monsieur MacDougal, ici présent, a accepté de vous marier cet été, en réponse à vos souhaits. Nous avons convenus, Ginevra Potter et moi, d'arrêter la date du vingt août. Est-ce que cela vous convient ?

Même de là où je suis, je vois clairement Lucretia et James échanger un regard de pur horreur. Comment dit l'adage déjà ? Ah oui ! A trop jouer avec le feu, on finit par se brûler.