NdA: Quelques petits passages un chtit peu chauds et très courts et quelques mots vulgaires sont présents dans ce chapitre mais si vous respectez le rating, théoriquement, il ne devrait pas y avoir de problèmes! Vous voilà prévenus! Bonne lecture!


Heureusement que les autres sont déjà partis parce que le baiser va un peu plus loin que je ne le pensais et la chaleur monte très vite dans mon pantalon. Le corps de Luna est appuyé contre le mien et sentir son corps sur ma peau m'excite plus que je ne le croyais. Mes mains glissent doucement sur ses fesses et je suis sur le point de faire monter la chaleur d'un cran supplémentaire lorsque Luna met fin au baiser et se redresse vivement, le rouge aux joues.

Elle a été trop loin. L'incendie s'est déjà propagé partout dans mon corps et je peine à reprendre une respiration normale. Nos regards se croisent et elle détourne les yeux. Elle aussi a été plus loin qu'elle ne le pensait mais je ne peux pas lui en vouloir. Après tout, tout est nouveau pour elle.

– Euh on… on va manger?

Elle ne reviendra pas sur ce qui s'est passé. Elle fait un peu comme si on n'avait rien fait du tout et ça m'agace un peu. Est-ce qu'elle cherche à nier qu'il y a quelque chose entre nous ou est-ce qu'elle est tout simplement gênée d'en parler? On n'a jamais pu se dire quoi que ce soit sur ce sujet. C'est comme si elle refusait radicalement qu'on en parle. La lassitude m'envahit face à ses changements de comportement que je ne comprends pas mais je n'en dis rien et choisis de me lever pour quitter ma chambre.

Luna va rejoindre les autres et je l'entends parler avec Milli lorsque je bifurque vers les douches. Il est facile de faire comme si rien ne s'était passé entre nous mais l'incendie qu'elle a allumé dans mon boxer est toujours présent et je dois l'éteindre de toute urgence.

Autrefois, j'aurais trouvé une fille, n'importe laquelle du moment qu'elle accepte de me sucer la queue mais aujourd'hui, je passe plus de temps à me soulager sous la douche qu'à être soulagé sexuellement.

Après avoir finalement passé plus que les cinq minutes prévues dans les toilettes, je me lave les mains et lance le sort que Luna a fini par m'apprendre pour enlever la crasse que j'ai encore foutu partout et je gagne la grande salle en ignorant les coups d'œil appuyés des autres. Allez vous faire foutre, merde, je suis pas d'humeur!

Sans vraiment participer à la conversation, je mange comme un morfal parce que j'ai vraiment la dalle après avoir couru comme un dingue, croque un cookie parce que je ne me sens pas de manger davantage et je regagne finalement ma chambre et mon pieu sans rien dire, les autres sur les talons.

Comme d'hab', je me couche dans mon lit, me glisse sous les couvertures où Onyx me rejoint pour une séance de câlins. Je m'allonge sur le côté et il vient prendre la place qu'il occupait avant, au creux de mes bras, contre mon torse. Je le caresse un moment et, sans vraiment m'en rendre compte, je m'endors sans me préoccuper du reste.

Je ne sais pas ce que font les autres. J'imagine qu'ils ont dû se rendre compte que je m'étais endormi comme ça, en jogging et qu'ils sont allés ailleurs pour ne pas faire de bruit et me réveiller. Je n'émerge finalement que plusieurs heures plus tard et je suis surpris de me retrouver seul. J'avais pris pour habitude de retrouver ma blonde nichée contre moi, peu importait l'heure à laquelle j'ouvrais les yeux mais là, elle n'est pas là. Est-ce que c'est à cause de ce qui s'est passé tout à l'heure? Est-ce qu'elle réalise que je suis enfin un mec et que j'ai un deuxième cerveau situé sous la ceinture? Est-ce qu'elle a… capté ce que ça voulait dire avoir une relation intime avec un mec? Est-ce qu'elle a eu peur?

En pestant, j'adresse une caresse à mon chat qui ouvre brièvement les yeux et je vais me changer sans faire de bruit pour enfiler un truc plus confortable. Mes yeux tombent naturellement sur l'horloge et je découvre qu'il est presque trois heure du matin. J'ai dormi presque cinq heures comme ça? Las, je mets mon pyjama et regagne ma chambre sans oublier de jeter un œil à la porte qui mène au dortoir des filles, en haut de l'escalier.

Bon bah j'imagine qu'elle viendra pas, vu l'heure qu'il est. Est-ce qu'elle a voulu me laisser tranquille pour que je puisse dormir calmement ? Aucune idée, mais je ne vais pas passer la nuit entière à réfléchir à ce qui a bien pu lui passer par la tête.

Distraitement, je retrouve mon chat venu quémander quelques caresses et je retourne volontiers sous la chaleur de la couette pour me rendormir vite fait. Ça a du bon de courir comme un fou finalement! Ça fatigue et on dort beaucoup mieux après! J'ai à peine le temps de me féliciter mentalement que mes yeux se referment et je retourne au pays des songes.

Lorsque j'ouvre finalement les yeux pour la seconde fois, il est presque sept heure du matin et Luna n'est pas venue. Je m'en étais douté mais je suis quand même déçu. Il est encore tôt et même si c'est le weekend et que les autres en profitent pour pieuter jusqu'à dix heure au moins, moi je n'ai plus envie de dormir.

Je remplis comme d'hab' les gamelles d'Onyx qui me remercie d'un miaulement bref et je file prendre ma douche. Comme je m'y attendais, la chaleur me fait un bien fou et je profite d'être le seul debout pour savourer cet instant comme il se doit avant d'enfiler une autre tenue de sport.

J'hésite avant de finalement laisser un mot sur mon lit au cas où Luna débarquerait ou que les autres viendraient à me chercher et, lorsque je quitte le dortoir en enfilant un gros pull fourré, mon chat me suit, enthousiaste. Lui aussi a envie d'être dehors, j'imagine.

Comme il est encore tôt, je croise seulement quelques elfes que je salue d'un signe de tête avant de décliner le petit dej' pour aller courir. Si je veux espérer pouvoir manger quelque chose, il faut à tout prix que je me vide la tête avant, sinon c'est la gerbe assurée.

Je rejoins finalement le terrain de quidditch et je retiens un frisson. Bordel, on est en mars mais ça caille encore bien ici… Vivement le retour du soleil, ce sera plus supportable. Je resserre ma capuche autour de ma tête pour me préserver des courants d'air, adresse une caresse à mon chat et après une brève expiration, je me mets en marche. Comme c'est le début et que je ne suis pas en compétition, j'y vais tranquille. Je suis au petit trot lorsque j'entends mon chat miauler derrière moi.

Je ralentis pour me retourner et je remarque qu'il court derrière moi. Attends, il fait vraiment son footing avec moi là? Je pouffe avant d'accélérer et je constate qu'il suit mon allure. Okay, si on m'avait dit qu'un jour je ferais du footing avec un chat, j'aurais envoyé la personne consulter un psy!

Mais Onyx est bien là et le pire, c'est que ça a l'air de l'amuser. C'est bien la première fois qu'il me suit ainsi mais c'est peut-être la première fois aussi que je cours et que l'activité doit lui paraitre amusante.

Progressivement, j'allonge mes foulées et j'ai un rythme plus soutenu qu'hier, comme si mes réflexes revenaient vite. Je cours comme si j'avais les keufs au cul et je dois dire que ça me fait du bien. Avec ça, pas de pensées qu'elles soient positives ou négatives, pas de souvenirs, pas de flash-back de cet orphelinat de merde, rien. Juste le froid, le terrain et moi.

Je cours encore. Je n'entends plus mon chat mais je le vois au loin grimper dans un arbre pour s'affaler sur une branche. Le veinard. J'aimerais bien être un chat.

Ça doit être facile. La gamelle, les jeux, de l'exploration, une toilette impeccable une fois par jour et un bon couchage full confort devant la cheminée. Peinard quoi!

Je m'imagine tellement affalé sur le tapis, devant le feu chez Sev' que je perds le rythme et je m'affale comme une merde par terre. Aïe, putain! Je retiens un cri de douleur. Ma jambe. Merde, merde, merde!

Je grogne contre moi-même en retenant ma cheville qui me fait super mal. Putain mais pourquoi j'ai fait ça? Comment j'ai pu tomber tout seul, sans obstacle? Je suis complètement couché sur le dos, dans un recoin et la jambe repliée contre moi, mes mains entourant ma cheville.

Mon chat miaule à côté de moi. J'imagine qu'il a dû me voir me casser la gueule et qu'il est venu voir ce qui se passait, curieux comme il est. Je reprends mon souffle et m'assieds comme je peux. Il grimpe sur moi et je lui octroie une caresse entre les deux oreilles. Il adore ça. Je regarde dans mes poches mais le con que je suis a oublié son portable sur sa table de nuit. Bien joué, Evan… Tu sais prévenir personne en plus!

J'attends un peu que ça passe et je tente de me mettre debout. Cependant, dès que je prends appui sur ma cheville, la douleur revient rapidement. Putain, c'est pas vrai! Avec ma chance, j'ai dû me faire une sale entorse voire pire… J'espère sincèrement que c'est pas fracturé, j'ai pas besoin de ça. Pas maintenant. J'ai bien assez de fractures ainsi qui se rappellent à moi chaque jour de pluie qui passe.

Malgré la douleur, je tente quelques pas. Il faut que je regagne l'école et que je trouve quelqu'un. N'importe qui. Le vent se lève et je réalise que des gros nuages se pointent. Manquerait plus que la pluie se ramène maintenant! Je fais un pas, puis deux. La douleur me fait serrer les dents. Insupportable. Faites que ce soit pas cassé s'il vous plait…

Un troisième pas me fait trébucher et je me retrouve une nouvelle fois au sol. Putain, il fait froid. Je réalise qu'en courant, mon corps s'est recouvert de sueur et que le vent la fait sécher sur moi, au travers de mon pull, ce qui achève de me refroidir. Je tente de me relever une nouvelle fois mais la douleur me cloue au sol. Allez, bordel quoi! Même quand tu sautais d'un toit, que tu t'écrasais la gueule par terre, t'arrivais toujours à courir alors pourquoi?! Grognant une nouvelle fois de douleur, je me tourne sur le côté, vaincu et je me recroqueville sur moi-même dans l'espoir de gagner un peu de chaleur.

Cette posture de défense me rappelle douloureusement ce premier orphelinat que j'espérais vainement chasser loin de mes pensées en courant ce matin. Lorsque je me battais parce qu'on me volait ma nourriture, les gardiens me mettaient au coin ou dans la cave. Lorsqu'il n'y avait plus de place, je finissais dehors, qu'importe le temps. Quand il avait remarqué que le froid me matait plus que n'importe quelle punition, on me réservait l'extérieur et j'y allais souvent pour tout et pour rien.

Le pire, c'était en hiver, lorsqu'il neigeait. Je n'avais aucun abri et je crevais de froid jusqu'à ce qu'ils daignent m'ouvrir la porte, s'ils ne m'oubliaient pas plusieurs heures dehors.

Je ferme les yeux, vaincu. Il fait froid bordel. Tout mon corps tremble et remue les douleurs qui m'habitent depuis toujours. Waw, pourquoi il fait aussi sombre? Attends, je vais vraiment tomber dans les vapes ici?

Mes yeux sont lourds et je suis sur le point de les fermer lorsque j'entends un cri.

– Evan!

Mon nom. C'est mon nom. Je grogne pour faire connaitre ma présence mais ma voix n'est qu'un souffle et je ne suis pas certain d'être entendu. Un courant d'air me frôle pourtant et j'ouvre les yeux assez difficilement pour voir la pointe d'un balai de quidditch.

– Evan!

J'ouvre complètement les yeux cette fois. Je reconnais cette voix. Draco. Il me touche et je vois dans ses yeux qu'il est inquiet.

– Bordel, t'es gelé!

Langage, Malfoy, langage… Papa Lulu serait pas très content de t'entendre parler comme ça! La remarque mentale que je me fais m'arrache un sourire. J'ai la bouche pâteuse. Je suis resté combien de temps couché par terre comme ça? Draco enlève sa robe de quidditch et m'en recouvre.

Blaise, va chercher Snape! Tout de suite!

J'entends un juron. D'autres élèves se posent autour de moi et je me redresse péniblement. je suis tout engourdi. Draco cherche à m'aider mais je pousse un juron avant de reprendre ma cheville. C'est là que je réalise qu'elle est gonflée comme pas possible et que j'ai un magnifique hématome. Je suis foutu.

– Ta cheville! T'es tombé?

–Ou…Ouais… Mal… pas su…marcher.

Je n'ai pas le temps d'en dire plus. J'entends mon nom une seconde fois et je reconnais la voix de Sev' qui accoure vers moi, suivi à plus petites foulées par l'infirmière.

– Evan?

– On l'a trouvé au sol. Il est complètement gelé et sa cheville…

Sev' m'observe avec attention et me lance un sort que je reconnais comme étant un diagnostic. Il soupire avant de me lancer un sort de chaleur. Je ferme les yeux de soulagement. Putain, ça fait du bien. Pourquoi j'y arrive pas à chaque fois, moi? L'infirmière arrive à son tour et ausculte ma cheville. Elle pince les lèvres avant de l'immobiliser d'un sort. Putain, si j'avais su…

– On va aller voir ça à l'infirmerie Mr Snape. Voilà une potion contre la douleur en attendant…

Je l'accepte bien volontiers et je laisse Sev' me porter carrément. Je grogne. Ça fait encore mal et j'entends brièvement que l'infirmière parle de possibilité de fracture, ce que je n'espère pas.

Nous traversons le terrain de quidditch rapidement et je me rends compte que même si j'avais pu me remettre debout ou même ramper, je ne serais jamais arrivé au château sans finir complètement gelé ou trempé avant d'être à l'abri.

Je ne sais pas combien de temps je suis resté dehors mais suffisamment pour que mon corps soit transi de froid. Je sais que Draco s'entraine toujours vers 8h30 avec son équipe puisqu'il râle souvent contre les horaires imposés.

Ma cheville me fait toujours mal et je grogne un peu. Sev' resserre sa prise sur moi sans toutefois me faire mal et je l'entends discrètement me murmurer des encouragements. La potion aide mais elle n'est clairement pas suffisante. Ma théorie sur la simple entorse est loin d'être la bonne sinon le dosage aurait suffi enfin… je crois. Sev' accélère le pas et nous gagnons l'infirmerie en quelques minutes à peine.

Mon père me dépose sur le lit et je me recroqueville sur moi-même dans un vieux réflexe pour garder de la chaleur.

– Détendez-vous Mr Snape…

Severus croise les bras et me regarde pendant que l'infirmière lance un sort de diagnostic plus poussé que celui qu'il a lancé quelques minutes plus tôt.

– Rupture du tendon d'Achille… Restez avec lui, Severus, je vais chercher les potions…

Rupture de quoi? C'est pas une fracture alors? Est-ce que je vais pouvoir marcher? J'attrape la main de Sev' et mon regard croise le sien.

– Pas… l'hôpital…

Sev' fronce les sourcils. Je sais déjà qu'il n'est pas d'accord avec ma décision mais je ne cèderai pas.

– Nous verrons. Tu vas prendre les potions, on va immobiliser ta cheville et nous irons à Ste Mangouste s'il y a des complications. Il faudra bien te reposer, d'accord?

J'acquiesce alors que l'infirmière revient avec deux potions qu'elle me tend.

– La potion va rétablir votre tendon mais ça va faire mal. Prenez encore de la potion pour la douleur. Elle est plus forte donc si vous avez des vertiges, c'est normal. Vous vous reposerez ici.

– N…

– Evan, c'est pour ton bien…

– Appart…ement…

Severus jette un œil à l'infirmière. Elle ne semble pas d'accord mais mon père est bon négociateur et elle finit par céder à condition que je repose réellement ma cheville pendant au moins trois à quatre jours et qu'elle puisse venir vérifier l'état de la blessure et avoir des rapports de Sev'.

Soulagé de ne pas devoir rester ici, je prends la potion contre la douleur avant de poursuivre avec celle, plus dégueu, de guérison. Je grimace. Je n'aime décidément pas ça mais si ça peut me soulager et me guérir, je vais pas râler.

Satisfaite, l'infirmière immobilise ma cheville à nouveau et je me redresse non sans gémir une nouvelle fois. Ouais, évidemment, j'aurais dû attendre au moins cinq minutes que ça ait le temps d'agir et que les vertiges s'estompent avant de faire le con. Ouah, j'ai l'impression de revenir dans le passé quand je m'étais complètement saoulé à la bière.

– Evan!

Je tourne la tête pour voir arriver Luna, Daph', Milli et Théo. Je soupire. Les garçons ont certainement dû faire la communication. Ma blonde contourne mon père et vient s'asseoir à côté de moi pour me prendre la main.

– Ça va? Tu vas bien?

J'acquiesce. Ouais. J'ai connu mieux mais ça va là. La douleur est en train de diminuer et je soupire d'aise. Ça fait du bien.

– Mr Snape va devoir reposer sa cheville le plus possible, je compte sur vous mesdemoiselles!

– Bien madame!

Severus fait apparaitre des béquilles qu'il me donne. Je lui lance un regard noir mais il arque un sourcil.

– N'y songe même pas, Evan. Tu ne marcheras pas sans…

J'ai ma fierté mais je suppose que si je fais la mauvaise tête directement, autant signer pour rester à l'infirmerie tout de suite… Je soupire et j'entreprends de faire un premier pas avec ces saloperies. J'ai l'air d'un con, évidemment, puisque je n'arrive pas à m'en servir. Mais j'y vais doucement et Luna passe sa main dans mon dos pour m'accompagner.

Le chemin est long et j'ai plusieurs fois envie de m'arrêter. Le froid me dissuade de le faire et je grogne doucement jusqu'à atteindre un banc où je m'assieds. Bordel, c'est fatiguant. Je vais mettre des heures à aller d'un local à l'autre pour mes cours, ça craint!

Je reprends mon souffle quelques minutes et Luna vient s'asseoir à côté de moi. J'entends un miaulement et repère mon chat en compagnie de Féline. Il grimpe sur mes genoux et je lui octroie une caresse. Il ronronne et ça m'apaise un peu.

Le froid revient finalement très vite et, malgré les sorts de chaleur, j'ai la sensation d'être toujours dehors. Même si je ne suis pas remis de ma fatigue, je me relève donc pour continuer mon chemin et ainsi, me réchauffer. La route est longue mais je continue de forcer pour rentrer le plus vite possible.

Daph' me parle de manger mais il est hors de question que j'aille dans la grande salle avec ça, là tout de suite. J'ai l'air d'un con. Laisse-moi au moins le temps de m'y habituer… Je refuse donc d'y aller et Luna propose que nous mangions tous dans la salle commune, ce que j'accepte aussitôt. Ça c'est une bonne idée!

Patiemment, j'atteins la salle commune et je ne suis pas fâché de me poser enfin dans l'un des canapés, devant la cheminée. Ma place de prédilection. Je soupire d'aise pendant que Daph' demande poliment aux elfes de nous amener le petit déjeuner ici.

Luna passe sa main sur mon bandage et ses yeux croisent les miens.

– Ça va?

Je vois bien qu'elle est inquiète, ça sert à rien de lui mentir. Je cède donc et décide de répondre sincèrement.

– Ça va. J'ai douillé mais la potion agit, t'inquiète pas.

Inutile qu'elle sache que je suis resté prostré au sol dans le froid pendant je sais pas combien de temps et que ça a ravivé des souvenirs que j'aurais préféré oublier. Luna se glisse tout contre moi et sa tête vient se poser sur mon épaule.

– Evan, j'ai pris des pains au chocolat, ça te va?

Je souris. Ouais, tant qu'il y a du chocolat, ça me va toujours. Reste à espérer qu'ils restent bien calés au fond de mon estomac par contre, et ça, ça va être compliqué.

Je croque un morceau et le mâche longuement. Je frisonne encore. Pourtant il fait bon dans la pièce mais c'est psychologique. Je ne peux pas empêcher mon esprit de revenir en arrière, quand j'étais transi de froid lors de mes punitions extérieures en plein hiver. C'était déjà pénible au début mais après avoir été battu à plusieurs reprises, mes fractures se rappelaient à moi et il était pénible de bouger pour se réchauffer tout en ayant mal.

La main de Luna qui vient se loger dans la mienne me fait sursauter. Idiot! Je lui dis que ça va et puis je plonge dans mes pensées. C'est évident qu'elle ne peut que s'inquiéter!
Les autres autour de nous mangent aussi mais le silence est plus pesant que d'habitude. C'est bon hein, je suis pas mort! Pourtant je continue de trembler et Luna ne peut s'empêcher d'aller chercher mon plaid dans ma chambre.

La chaleur supplémentaire me fait du bien même si les autres ont l'air de ne pas souffrir du froid du tout. Enfin, c'est normal j'imagine, ils ne sont pas restés prostrés au sol dans le froid pendant je ne sais pas combien de temps, eux…

Nous terminons finalement le petit déjeuner et je refuse un second pain au chocolat. Je n'ai pas vraiment d'appétit et mon estomac chamboulé par ce que j'ai vécu ne va pas m'aider à accepter de nouvelles bouchées alors je préfère y renoncer.

Les garçons restent là mais je vois bien que leurs yeux sont tournées vers moi. Dans un grognement, je me relève et Luna suit aussitôt le mouvement. Je me retourne pour voir l'escalier. Putain, j'avais oublié. Comment je vais monter ça, moi? À quatre pattes?

Heureusement, Sev' entre à ce moment là. Je prends alors conscience que je suis debout et le vois froncer les sourcils. Merde.

– Evan?

Je grimace et lui montre l'escalier.

– Tu veux te reposer?

J'acquiesce. Ouais. Je veux surtout retrouver la sécurité de mon lit et m'envelopper dans mes couvertures, quitte à crever de chaud. Je préfère ça aux tremblements.

Sev' sort sa baguette et je me sens décoller du sol. Je flotte dans les airs. Génial! Délicatement, il me fait venir à lui et je retiens un haut le coeur. Ouais, bon, c'est pas top finalement. Dans d'autres circonstances, peut-être mais pas là.

Mon père s'en aperçoit car il fronce davantage les sourcils et se dépêche de me conduire dans ma chambre avant de me poser dans mon lit et de lancer un autre sort d'attraction pour faire venir trois autres potions.

– Une potion pour la nausée. Ça c'est ton traitement. La bleue à prendre tous les matins, la rouge c'est l'antidouleur. Toutes les huit heures. Pas avant. Si la douleur empire, préviens-moi, je te donnerai un complément.

J'acquiesce avant de me rouler en boule sous mes couvertures. Là, je suis bien. Sev' repart et Luna vient s'asseoir près de moi. Elle glisse sa main sous la couette et ma propre main vient la rejoindre. je soupire.

– Ça va?

Je ne réponds pas. Difficile de dire si je vais bien. La douleur est complètement partie, ça oui, mais mon passé ne me quitte pas d'une semelle. Je recule un peu et écarte la couverture dans une invitation silencieuse. Sans hésiter, elle se glisse sous la couette et se blottit contre moi. Sa chaleur me fait un bien fou.

Je ferme les yeux. J'ai pas besoin de dire quoi que ce soit. Sa présence me réconforte et en plus, elle chasse le froid. Je soupire d'aise lorsque les autres finissent par nous rejoindre.

– Ça va, vieux? T'as tout ce qu'il te faut?

Blaise est choqué. J'imagine que me voir dans cet état doit lui faire bizarre. Je grogne un peu pour la forme et Luna passe une main dans mes cheveux.

– Tu veux un bouquin?

– Monsieur Snape a dit "repos", Draco!

Je lève les yeux au ciel. J'aime bien Daph' mais parfois elle prend un peu tout au pied de la lettre. Je dois reposer ma cheville pour épargner mon tendon mais je peux très bien lire et même faire mes devoirs!

– Evan?

Je repense à l'idée mais je ne me sens pas de faire mes devoirs. Pas maintenant. Mais pour me changer les idées, il faut que je fasse quelque chose. N'importe quoi. J'en sais rien. Mais j'ai trop froid pour bouger.

– Repose-toi

Luna glisse une main dans mes cheveux et après quelques mots échangés avec les autres, les garçons quittent la pièce.

Comme je n'ai rien de mieux à faire, je décide d'enlever mes fringues pour opter pour une tenue plus confortable et moins froide avant de prendre le cul de ma fiole de potion de sommeil sans rêve et de fermer les yeux.

Je savoure la caresse continue dans mes cheveux et je finis par m'endormir, serein et bien au chaud.

Lorsque j'ouvre les yeux pour la deuxième fois, Luna est toujours assise dans mon lit, près de moi. L'une de ses mains est sur ma tête, l'autre tient le livre qu'elle lit. Immobile, je l'observe un peu et la découvre en train d'étudier.

J'imagine qu'elle n'a pas voulu me laisser tout seul et qu'elle a fini par s'ennuyer. Je finis par m'agiter et elle m'adresse un regard doux. Je me redresse péniblement et pousse un profond soupir de réveil. Elle sourit et se penche vers moi pour m'embrasser sur le front.

– Hey…

– Tu as faim? Il va bientôt être l'heure de manger! Des pâtes, ça te va?

J'acquiesce. Ouais, j'ai pas trop envie de manger mais si je n'avale rien, j'imagine qu'elle va s'inquiéter. Luna commande deux assiettes et je remarque que, comme d'habitude, les elfes ont fait de l'excès de zèle en remplissant plus que nécessaire les deux assiettes. Je ne pourrai jamais manger tout ça mais je vais faire un effort.

Luna prend la chaise et s'assied à mes côtés. Elle dépose l'une des assiettes sur mes genoux et je mange distraitement. Ça a beaucoup de goût et, surtout, c'est bien chaud. Tout ce qu'il me faut. Je ne tremble plus mais je sais que c'est typiquement le genre de souvenirs qui peut raviver des cauchemars et provoquer des crises violentes si je ne prends aucune potion et je n'ai plus une seule goutte de sommeil sans rêve, génial…

J'arrive à manger environ un tiers de l'assiette avant d'être plein et nous laissons un elfe débarrasser le tout. Il me jette un œil confus avant de disparaitre et de revenir avec deux sachets de cookies. Je m'en doutais. J'en accepte un et Luna reprend son livre pour réviser.

– On bosse?

J'ai besoin de faire quelque chose. Je dois me vider la tête sinon ça n'ira pas, je le sais. Heureusement, Luna finit par accepter à condition qu'on arrête si je suis fatigué. Elle me tend donc ses notes et je reprends avec plaisir mon rôle de professeur.

Nous travaillons un peu. Pas beaucoup parce que Luna a déjà bien travaillé mais nous avançons bien. Même si je suis dans cet état là, elle ne m'épargne pas et nous inversons les rôles jusqu'à ce que j'en aie marre et que je décide de l'embrasser.

Je l'attire vers moi et elle se retrouve rapidement à demi-allongée sur mon propre corps. Son regard plonge dans le mien. Elle rougit avant de m'embrasser une nouvelle fois. Je glisse mes mains sur ses reins puis sur ses fesses alors que notre baiser s'intensifie. Je gémis mais elle se retire aussitôt, rouge de gêne.

– Pardon! Je t'ai fait mal?

Une de mes mains quitte ses fesses pour saisir sa nuque et reprendre notre baiser.

– Dis pas de bêtises…

Je souris pour la rassurer et nous repartons dans notre délire de pervers jusqu'à ce que les autres reviennent pour nous interrompre et me frustrer une nouvelle fois.

– Et bah ça va mieux on dirait!

La ferme Blaise! Je lui adresse mon majeur. J'ai pas trop envie d'y penser. J'embrasse un peu ma blonde comme un pansement, comme pour oublier, pour ne plus y penser. Une tentative désespérée pour me raccrocher au présent.

Alors je l'ignore et je continue d'embrasser Luna avec ardeur. Elle met cependant un terme à notre baiser et se relève, le rouge aux joues. Son regard se fait fuyant et je sais que j'ai été trop loin. Je me recouche mollement et grogne une injure.

Le froid revient rapidement et je retourne sous mes couvertures. Blaise continue de me parler comme si j'étais un gamin mais je vois bien qu'il ne m'emmerde pas comme d'habitude. J'ai pas envie d'être pris en pitié et ça m'énerve qu'il le fasse mais je ne dis rien parce qu'il a raison, je fais pitié.

Je donne le change comme je peux mais je réalise très bien que je ne suis pas dans mon état normal. Lorsque j'ai des choses comme ça en tête, mon premier réflexe aurait été de courir mais avec ma jambe dans cet état, Sev' a été clair, c'est non.

– On est venu voir si t'avais besoin de quelque chose mais ça a l'air d'aller!

– Ça va…

– Bon allez, zou! On va te laisser tranquille! Repose-toi bien hein!

Luna m'adresse un regard et j'attrape mon casque resté sur ma table de nuit et mon portable. Un peu de musique, un bon bouquin et c'est bon. Ça devrait aller. Je fais mine de me plonger dans ma lecture et les regarde d'en aller.

J'attends un peu avant de me lever. Ma jambe ne me fait plus aussi mal et j'ai vraiment besoin de me fumer une clope ou deux. J'attrape mes béquilles et envisage de me lever lorsque la porte s'ouvre et je retombe mollement dans mon lit.

Mon père entre et arque un sourcil.

– Evan? Tu comptais aller quelque part?

Je hausse les épaules.

– Je peux pas fumer ici…

Il soupire.

– C'est vrai. Tu veux que je t'accompagne?

Pourquoi pas. Au moins je ne devrai pas galérer dans les escaliers. Comme pour monter, Sev' me fait léviter mais je prends soin de me stabiliser avec la rampe pour ne pas trop tourner et avoir la gerbe.

Nous arrivons en bas de l'escalier et, même si Sev' me le propose, je refuse qu'il m'aide davantage et décide de marcher avec mes béquilles.

Bien entendu, je croise Potter et sa clique mais étrangement, il me laisse tranquille, lui. Son copain tente bien quelque chose mais Sev' l'en dissuade d'un regard. Simple et efficace. Je galère quelques minutes avec ces saletés mais j'arrive à me déplacer et je gagne la petite cour où j'avais pris l'habitude de fumer mes clopes.

Comme je suis beaucoup avec Luna et que je l'accompagne à chaque fois en cours, j'avais un peu perdu cette habitude mais en ce moment, j'en ai besoin et je ne pourrais tout simplement pas m'en passer. Je m'assieds sur le muret en grognant contre ma cheville et j'allume une première clope. Je tire dessus si vite qu'il n'en reste pratiquement plus rien. Ça ne m'a rien fait alors j'en allume une seconde. Putain, est-ce que les potions ont annihilé les effets de la clope ou quoi?

La seconde cigarette me donne tort et je me détends petit à petit avant de soupirer longuement et de recracher la fumée. Le vent souffle et je frissonne mais Sev' m'enveloppe aussitôt de sa cape. Je regarde derrière mon épaule. Il est là et me regarde d'un air bienveillant.

– Je ne veux pas que tu attrapes froid…

J'apprécie l'attention. C'est vrai que je ne suis plus tout seul maintenant et que ces crétins qui m'enfermaient dehors n'existent plus. Une plainte a été déposée contre l'orphelinat et beaucoup de ses membres ont été emprisonnés. Ça s'est passé peu de temps après mon admission à l'hôpital.

Lorsque je m'étais réveillé, Greg' était là. Il avait été le premier à m'annoncer que ces salopards ne me feraient plus de mal et j'avais pleuré avant d'être enlacé pour la première fois depuis longtemps. J'aurais voulu dire merci mais ma voix ne franchissait plus le seuil de mes lèvres depuis déjà bien longtemps.

Je soupire et ferme les yeux, profitant du silence avec mon père à mes côtés, ma deuxième clope terminée depuis de longues minutes. Des souvenirs de mes débuts avec Greg' d'abord, Phil' ensuite, défilent dans ma tête. De gamin accro au sexe et muet, je suis devenu amoureux et, bon, je galère toujours à parler parfois mais ça commence à venir. Ça dépend avec qui et de quoi on parle. Quand j'y pense, j'en aurai parcouru un long chemin. Mais mon avenir reste à venir et j'ai encore une longue route à tracer.

– Tu veux rentrer?

J'acquiesce et me relève péniblement. Je jette un œil à mes béquilles puis au long couloir qui m'attend. Pff, ça va être pénible…

– Un chocolat chaud pour te réchauffer un peu en rentrant, ça te dit?

Sev' attend ma réponse. Il reste à mes côtés et m'observe prendre patiemment mes béquilles et me mettre en marche.

– Un peu…

– Ça marche!