Chapitre 42 : Ouvre les yeux

« Emma. »

Gisant sur les dalles glacées, face contre terre, la jeune fille se refusait à entendre cette voix qu'elle ne connaissait que trop bien. Les larmes la submergèrent soudain. De spasmodiques tremblements accompagnèrent ses sanglots. Une douleur lancinante semblait l'aspirer de l'intérieur.

« Emma, ma chérie, ouvre les yeux. Regarde moi. »

Cette fois-ci, elle ne pouvait plus ignorer ladite voix. Ce n'était pas dans sa tête. Elle était réelle. Elle était proche. Sous le choc de cette constatation, Emma s'exécuta brusquement. Son regard tomba sur des pieds et des jambes. Chaussures, pantalon, cape. Effrayée à l'idée de lever les yeux, elle resta affalée sur ce sol, se répétant mentalement à quel point il était impossible qu'il puisse s'agir de son père. Puis, tout lui revint. La guerre, la mort de Dumbledore, ses désastreuses fiançailles, sa solitude, son addiction, Carrow, sa détresse, son geste irréfléchi... Cela n'était finalement pas aussi impensable que ça.

Emma se redressa doucement. Une fois assise, une main tendue s'offrit à sa vue. Ses yeux s'humidifièrent à nouveau en reconnaissant l'alliance. Mâchoire contractée – pour se retenir de fondre à nouveau en sanglots – elle s'empara de cette main qui l'aida à quitter ce sol. La jeune fille leva son regard à la dernière seconde de cet enchainement d'actions. Quatre yeux d'un vert identique se scrutèrent avec intensité.

- Papa..? finit-elle par dire, la voix chevrotante.

- Bonjour mon petit cœur.

A l'entente de ce surnom, une effusion de joie s'empara de tout son être. Sans pouvoir se retenir plus longtemps, Emma se jeta au cou de son père. Sebastian Oreiro serra tendrement sa fille en retour. Combien de fois avait-elle rêvé que cela soit un jour possible ? Il lui avait tellement manqué. Ce surnom, ses câlins, sa voix, son odeur, son visage. La jeune fille se recula afin de mieux pouvoir le contempler, des étoiles illuminant ses yeux trempés de bonheur. Un sourire béat s'accrochait à ses lèvres. Mais lui ne souriait pas.

- Tu es plus forte que ça, Emma.

- Peu importe, on est ensemble maintenant, pas vrai ?

- Tu dois ouvrir les yeux, commanda-t-il avec cette autorité empreinte de douceur qu'il savait si bien manier.

- Je peux t'assurer qu'ils le sont. Et je ne veux voir rien d'autre que toi, papa, affirma-t-elle en agrippant ses avant-bras.

- Emma, voulut-il la raisonner en encadrant de ses mains son visage.

- Redis-le ! le supplia-t-elle.

- Emma mon petit cœur, s'exécuta-t-il après un sourire complice. Tu n'es plus une petite fille désormais. Tu es capable de gérer ta vie de manière plus responsable.

- Tu parles d'une vie...

- Qu'importe la difficulté, tu te dois de la surmonter.

- Si seulement je pouvais être comme toi et...

- Tu n'es pas comme moi, Emma, l'interrompit-il avec conviction. Tu es plus forte que moi. Ne te bats pas contre cette force qu'il y a en toi. Sers-toi en et fais ce qui est juste.

- Il y a tellement de choses en jeu...

- Tu n'avais pas l'air de te soucier de toutes ces choses en jeu en faisant ce que tu as fait.

- Je... C'était une erreur. Je... Je n'ai pas réfléchi, je voulais juste... oublier... balbutia-t-elle en baissant la tête, n'osant plus croiser le regard de son père.

- J'ai confiance en toi, Emma, déclara-t-il après lui avoir relevé doucement le menton du bout des doigts.

- Je veux pas y retourner, je veux rester ici, avec toi ! clama-t-elle en se blottissant au creux des bras de son paternel.

- Tout ça n'est pas réel, ma chérie, tu le sais très bien.

- Non, secoua-t-elle la tête, tu te trompes.

- Maintenant ouvre tes jolies yeux, ma belle.

- Non, ne disparaît pas, je t'en prie, supplia-t-elle en le serrant de toutes ses forces.

Emma resta ainsi de longues minutes calée contre son père. Une fois calmée, elle se redressa à nouveau afin de lui faire face. Sebastian Oreiro souriait désormais. D'un air tendre et encourageant. Ce sourire apaisa la jeune fille qui lui rendit le sien.

- Tu m'as tellement manqué, chuchota-t-elle sans quitter ses yeux verts.

Pour toute réponse, il se pencha vers elle et déposa un doux baiser sur le front de sa fille. A cet instant précis, Emma se sentait heureuse, sereine et aimée. Ses paupières se fermèrent, profitant au possible de cet état de bien-être inespéré. Puis, les sensations cessèrent. Emma ouvrit précipitamment les yeux.

oOo

Il faisait sombre. Il faisait froid. Sa respiration s'accéléra. Allongée sur un lit, elle tenta de se redresser non sans mal. Face au tournis qui lui prit, la jeune fille ramena ses mains à sa tête. Ses jambes semblaient avoir perdu toute souplesse. Elle parvint toutefois à les extirper de ses draps et put s'assoir sur le bord du matelas. Au bout de plusieurs secondes, sa vue finit par s'adapter à la nuit dans laquelle était plongée la pièce. Emma put ainsi reconnaître le mobilier de l'infirmerie.

Plus elle respirait, plus elle ressentait la sécheresse de sa bouche. A ce constat, la sensation de soif s'empara d'elle. Un coup d'oeil vers la table de chevet lui fit remercier la prévenance de Mrs Pomfresh qui avait pris le soin d'y déposer un verre d'eau. La jeune fille le but avec un entrain tel qu'une partie du liquide glissa le long de son cou. N'ayant pas étanché sa soif, Emma tenta de repérer la petite salle d'eau attenante à la pièce. Un fois sa destination trouvée, elle quitta lentement son lit. Ses jambes ne réceptionnèrent cependant pas tout le poids de son corps qui tomba à la renverse. S'accrochant à son lit, la jeune fille n'eut même pas la force de se lever. Une lumière éclaira soudain l'infirmerie. Aveuglée, Emma protégea ses yeux de sa main.

- Miss Oreiro, remontez immédiatement dans votre lit je vous prie, s'écria la voix de Mrs Pomfresh qui se précipitait vers elle, vêtue d'une longue robe de nuit, une carafe d'eau à la main.

En libérant peu à peu ses yeux de leur protection fortuite, Emma tomba nez à nez avec sa bague de fiançailles. L'infirmière ne lui laissa pas le temps de se demander ce que ce bijou qu'elle avait rendu à son fiancé faisait à son doigt. Une fois à son niveau, Mrs Pomfresh l'aida à réintégrer son lit avant d'entamer un examen minutieux de son état.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-elle alors, ses derniers souvenirs étant la fiole qu'elle avait entièrement vidée peu avant son troublant rêve.

- Vous nous avez causé du soucis, Miss, se contenta de répondre l'infirmière d'un ton sec alors qu'elle s'affairait à l'examiner à l'aide de sorts complexes.

- Qui m'a emmenée jusqu'ici ?

- Comment vous sentez-vous ? refusa-t-elle de lui répondre.

- Un peu étourdie. Et je n'ai pas réussi à me mettre sur pieds.

- C'est normal, cela fait plus d'une semaine que vous êtes allongée.

- Je vous demande pardon ? fut interloquée la jeune fille qui ne s'attendait pas à une telle information.

- C'est le temps qu'il a fallu pour que les lésions subies par votre organisme puissent se résorber.

- C'était... si grave que ça ?

- La forte dose d'éther diéthylique que vous avez prise a tout d'abord causé une chute de votre pression sanguine, votre cœur se contractant de moins en moins. Mais ce fut l'arrêt respiratoire, rapidement suivi d'un arrêt cardiaque, qui ont failli vous être fatal. Vous avez de la chance que les lésions causées à votre cerveau par le manque d'oxygène aient pu se résorber grâce aux potions adéquates. Ce n'était pas gagné d'avance.

- Comment... entama Emma assez choquée par la réalité des conséquences de son geste.

- Comment vous a-t-on réanimée ? Là encore je ne peux qu'invoquer votre chance pour avoir un tel réseau d'amis, ajouta l'infirmière avec le même sérieux grave qu'elle adoptait depuis le début.

- Vous voulez rire, ironisa-t-elle après un rire forcé.

- Non, Miss Oreiro, la bêtise dont vous avez fait preuve est très loin de me faire rire. Ce n'est vraiment pas l'exemple à donner pour une Préfète-en-chef.

- C'est peut-être la chose la plus humaine que j'ai faite depuis ma nomination.

- Par la barbe de Merlin, vous valez beaucoup mieux que ça, Emma ! Beaucoup de professeurs comptent sur vous ici pour gérer au mieux les directives de la nouvelle direction. Et jusqu'à récemment vous vous en sortiez plutôt bien. Il ne faut pas lâcher prise, pas maintenant.

Face aux dires de l'infirmière, Emma se raidit et tenta de repousser les larmes qui lui montaient aux yeux. Mâchoires et poings serrés, elle n'osait pas croiser le regard de reproche de Mrs Pomfresh, non pas par honte, mais de peur d'exploser.

- Entendez-vous par là que plusieurs adultes responsables laissent reposer la gestion des directives sur les épaules d'une simple adolescente ? formula-t-elle le plus poliment possible avec raideur.

- Bien sûr que non, soupira l'infirmière. Chacun d'entre nous ici agit avec les moyens dont il dispose. Il se trouve que votre qualité de Préfète-en-chef est un plus dans le contre-système que nous tentons d'employer.

- Pourquoi vous me dites tout ça ! s'écria la jeune fille surprise par tant de confidences. Qui vous dit que je ne suis pas de leur côté !?

- Je vous ai vu évoluer dans ce château durant six années, Emma.

- Et alors ! Le monde dans lequel nous vivons n'est fait que d'apparences, rétorqua-t-elle sans vraiment savoir pourquoi elle entretenait ce débat qui n'avait pas lieu d'être.

- Dans ce cas là, je vous répondrais que cela fait une trentaine d'année que j'ai moi-même évolué dans ce château. J'y ai beaucoup appris.

Emma resta silencieuse. Lui revinrent en mémoire les paroles de son père. Tout du moins les paroles de ce père qu'elle avait vu lors de son état d'inconscience. Ne lui avait-il pas dit de cesser de se battre contre cette « force » qui lui permettait de faire ce qui était juste ? Ne lui avait-il pas signifié qu'elle n'était plus une fillette au jour d'aujourd'hui, mais quelqu'un de responsable ? Et voilà qu'elle faisait exactement le contraire.

- De quel réseau d'amis parliez-vous ? finit-elle par abandonner son infondé combat.

- Votre salle de bain était bien remplie à mon arrivée, lui apprit Mrs Pomfesh sous son regard étonné. Je suis sûre que vous avez une petite idée de leurs identités, ajouta-t-elle avec un léger sourire avant de continuer face à son silence. Pour résumer cet incroyable sauvetage : votre fiancé a été alerté par votre état. Miss MacDougal s'est chargée de le mener jusqu'à votre dortoir, tandis que Mr Nott a pris l'initiative de venir me chercher. Le tout en balais magique, mais je laisse le soin à vos camarades de vous conter tous les détails. Cependant, vous devez également la vie à Mr Corner qui a eu le réflexe de vous procurer les bons gestes tant qu'il était encore temps.

- Qu'est-ce que Michael fichait là ?! fut-elle soufflée par une telle nouvelle.

- Il était accompagné de Mr Goldstein et de Miss Patil. Je vous l'avais dit, la pièce était bien remplie à mon arrivée.

La jeune fille se perdit dans ses pensées alors qu'elle imaginait l'impensable scène que lui racontait Mrs Pomfresh. Elle avait du mal à y croire. Drago, Théodore et Morag avaient du se démener pour réussir à la localiser. Quant à Michael... Vraiment, elle ne comprenait plus grand chose à son sujet. Elle ne comprenait plus grand chose aux relations humaines à vrai dire. Fallait-il être au bord de la mort pour enfin réussir à se faire accepter pour ce que l'on était ? A cette idée, une sourde colère s'empara d'elle.

- Vous devez encore vous reposer, Emma. Demain matin vous risquez de recevoir quelques visites.

- Je n'en veux pas. Je ne veux voir personne.

- Très bien. Je suis toutefois dans l'obligation de prévenir votre famille de votre réveil.

- Ils sont au courant..?

- Bien entendu. Allez, il est temps de dormir maintenant. Reposez-vous bien, lui souhaita l'infirmière en s'éloignant afin de rejoindre son propre lit.

- Bonne nuit Mrs Pomfresh. Et merci.

L'infirmière lui offrit un léger sourire avant de disparaître de la pièce qui sombra à nouveau dans le noir. Le retour à la réalité était assez difficile. Devoir assumer les conséquences des évènements récents allait lui demander beaucoup de force et de courage. Sa famille, ses « amis », les Carrow, le reste de Poudlard, le reste de monde. Et dans tout ça, qui savait quoi ? Que faudrait-il qu'elle dise à qui ? Son Grand-Père ne supporterait pas la vérité. Elle ne supporterait tout simplement pas de lui dire la vérité.

Alors qu'elle amenait sa main à sa tête, Emma sentit à nouveau la présence de sa bague de fiançailles. Pourquoi Drago la lui avait-il rendue ? Dans quel état d'esprit était-il désormais ? Comment avait-il vécu tout cela ? Autant de questions appelant des réponses qui ne viendraient qu'à leur prochaine rencontre. Mais comme elle l'avait laissé entendre à l'infirmière, la jeune fille ne souhaitait pas subir cette visite. C'était trop facile de finir par se soucier d'une personne qu'au moment où celle-ci était au plus bas. Son « incroyable sauvetage » lui paraissait bien ridicule au vu du comportement de tous ses acteurs au cours de ces derniers mois. Sur ce ressentiment, Emma tenta de s'abandonner au sommeil. Avec un peu de chance, qui sait, peut-être rejoindrait-elle une nouvelle fois ce rêve qui lui avait fait se sentir tellement sereine, heureuse et sincèrement aimée.

oOo

« Comment ça les visites sont interdites ! Vous vous fichez de moi ! Vous allez me laisser entrer immédiatement, Mrs Pomfresh ! »

La voix de Drago lui parvenait très clairement depuis le couloir. Emma, qui s'était évertuée à simuler un profond sommeil, ne pourrait bientôt plus faire semblant de ne pas l'entendre s'il continuait ainsi.

« Laissez-donc ce jeune homme entrer. Il est de la famille. »

Les paroles de son Grand-Père lui serra le cœur un peu plus. La jeune fille pensa amèrement au comportement de son fiancé de ces derniers mois. Si le patriarche des Oreiro avait été au courant, pour sûr il ne l'aurait pas laissé entrer.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi êtes-vous tous ici ? Elle s'est réveillée ?

- Je vous prie de vous calmer, Mr Malefoy, énonça la voix rauque du Directeur de Poudlard.

- Elle n'est pas...

- Merlin non, mon garçon, l'interrompit Marcos Oreiro. Emma a repris connaissance cette nuit. Son état est stable, on ne pouvait mieux espérer.

Des pas précipités convergèrent vers le lit occupé par la seule patiente de l'infirmerie. Emma dut rassembler toute sa concentration pour continuer son petit manège face à la proximité de son fiancé. La main de ce dernier effleura sans prévenir l'une de ses joues. La jeune fille ne put contrôler le frisson qui lui vînt. Drago dut le percevoir puisqu'il se retira aussitôt.

Constatant que son élève ne se réveillait toujours pas, le Directeur prit congé et demanda à être tenu informé de la suite des évènements. A son départ, Marcos Oreiro sembla s'éloigner en compagnie de l'infirmière, tandis que sa mère – elle aussi présente – rejoignit les deux fiancés. Une intense compression s'empara d'Emma à l'idée d'être entourée par ces deux personnes qu'elle ne souhaitait aucunement voir. Contrôler sa respiration lui était devenu de plus en plus difficile.

- Qu'a-t-elle dit à son réveil ? demanda Drago à sa future belle-mère.

- Mrs Pomfresh nous a simplement dit que ses propos étaient cohérents et que sa mémoire ne semblait pas avoir été endommagée. Elle avait encore besoin de repos cependant. Je vais devoir m'en aller, ajouta-t-elle soudain après plusieurs minutes de silence. Au revoir, ma chérie.

Autant l'entendre de la bouche de son père la comblait de joie, autant l'entendre de celle de sa mère lui donnait la nausée. Emma ne pouvait tout simplement pas se souvenir de la dernière fois qu'Héléna Oreiro l'avait appelée ainsi. Sans doute n'y avait-il jamais eu de première fois avant aujourd'hui. Le baiser que sa mère déposa sur sa tempe ne fit qu'empirer son ressentiment à l'égard de tous ces gens qui retournaient leur veste une fois sa vie ayant été mise en danger. Lorsque sa mère fut partie, la jeune fille ne resta pas longtemps seule avec son fiancé, son grand-père les ayant aussitôt rejoints.

- Ne devrais-tu pas être en cours, mon garçon ?

- Je commence à 10 heures ce matin, répondit Drago. Je crois qu'elle est réveillée, ajouta-t-il finalement.

- Vraiment ?

Emma maudit son fiancé d'avoir vu clair dans son jeu. Elle n'était pas prête à leur faire face, pas encore. Pourtant il semblait qu'elle n'avait plus le choix. Alors elle ouvrit les yeux. Son grand-père était placé au bout du lit, droit devant elle, tandis que Drago se situait à son chevet. Ignorant ce dernier, la jeune fille planta son regard incertain dans les yeux de son grand-père alors qu'elle se redressait légèrement.

- Bonjour Emma. Comment te sens-tu aujourd'hui, lui demanda-t-il gentiment, sans aucune réflexion sur sa simulation.

- Je veux qu'il parte, ordonna-t-elle de but en blanc.

- Il est ton fiancé, Emma, rétorqua calmement le patriarche. Il faudra à un moment ou un autre que vous régliez vos problèmes.

- Pas aujourd'hui. Aujourd'hui c'est à toi que je veux parler, Grand-Père, assura obstinément la jeune fille sans un regard pour le blond à ses côtés.

- Je vais m'en aller, accepta Drago contre toute attente. On aura tout le temps de s'expliquer à ta sortie de l'infirmerie. Je vous laisse, à bientôt Mr Oreiro, le salua-t-il poliment. Emma... commença-t-il attendant d'enfin capter le regard de sa fiancée, rétablie-toi bien.

Le jeune homme s'éloigna et quitta la pièce. Leur rapide contact visuel avait fait naître en la jeune fille un léger sentiment de culpabilité. Qu'elle essuya rapidement, se préparant à son imminente confrontation. Marcos Oreiro se dirigea à ses côtés et vînt serrer la main de sa petite fille dans les siennes.

- Je sais que vos relations sont difficiles en ce moment, amorça-t-il avant de se faire interrompre.

- Non, tu ne sais pas.

- Au contraire, Emma. Je sais. Je sais tout.

- Tout ? le reprit-elle avec sarcasme. Cela m'étonnerait.

- Ton fiancé ne t'a pas été d'un grand soutien ces derniers mois. Sa relation avec la jeune Greengrass était un acte irrespectueux envers notre famille. Je suis désolé que tu aies eu à vivre cette expérience qui n'est malheureusement pas rare dans la tradition des fiançailles. Il t'a abandonnée au moment où tu avais besoin d'être soutenue. Si tu veux mon avis, c'est quelque chose qu'il ne se pardonnera lui-même jamais. Peu importe les raisons qui l'ont poussé à te tourner le dos.

- Je suis curieuse de savoir comment il a réagi après que tu sois entré dans son esprit, lança la jeune fille, narquoise.

- Il s'est lui-même ouvert à moi, Emma. Il tenait à ce que je sois au fait de tous les éléments pour mieux comprendre ce qui t'a amenée jusque là.

- Tu ne trouves pas ça facile de vouloir réparer les choses une fois qu'il est trop tard ? lâcha-t-elle avec aigreur.

- Je comprends ton point de vue, acquiesça le vieil homme. Et j'aurai surement penché vers cette idée s'il ne m'avait pas contacté avant.

- « Contacté », « avant » ? s'étonna-t-elle, ne pouvant s'empêcher de décortiquer les mots.

- Drago m'a envoyé une lettre le matin même pour me mettre au courant de ton addiction.

- Si cette action plus que tardive te suffit pour le dédouaner de toute responsabilité, sache que tu me déçois beaucoup, Grand-Père, railla-t-elle à nouveau.

- Ce n'est pas le cas. Et comme je te l'ai dit, lui même se proclame premier responsable...

- Arrête, souffla-t-elle. Ca ne sert à rien de le défendre... Et ça ne sert... Ce n'est pas lui le responsable de ma stupide envie de boire cette fiole jusqu'à la dernière goutte, avoua-t-elle alors que de légers tremblements lui reprenaient.

- Ca aussi je le sais, Emma, déclara Marcos Oreiro d'une voix teintée d'émotion.

- Padma vous l'a dit...

- Ce monstre ne te touchera plus jamais, affirma-t-il d'un ton rageur alors que ses poings se serraient par réflexe.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Il est... Tu l'as...?

- Non. Tuer un mangemort n'est pas dans l'optique de notre famille dans les temps qui courent, tu le sais bien.

- Oh... fit-elle presque déçue.

- J'ai fait mieux que ça, ajouta-t-il cependant, un rictus déformant ses lèvres.

- Quoi donc ?

- Je l'ai contraint à me jurer de ne plus jamais croiser ton regard.

- Et tu crois vraiment qu'il... commença-t-elle à mettre en doute l'efficacité d'une telle promesse avant de comprendre le réel sens de cette phrase. Attends, tu veux dire... Vous... Vous avez fait un serment inviolable ?

- Exactement, confirma-t-il, plutôt fier de la déduction de sa petite-fille. Il était hors de question qu'il pose à nouveau son regard sur toi.

- Est-ce que ça veut dire que... si nos regards se croisent..? tenta-t-elle de continuer la logique de ces récents propos.

- Il meurt instantanément. Faute de n'avoir tenu sa promesse.

- Tu as raison, assura-t-elle après un petit rire glaciale. C'est encore mieux qu'un simple Avada Kedavra.

- A ce propos, je suis content que tu aies pris la décision de ne pas jeter ce sortilège contre le meurtrier de ton père.

- Il a voulu me sauver, l'informa-t-elle d'un air pensif. Lorsque Carrow a...

- Je sais. Ce vaurien d'Amycus Carrow n'a pas lésiné sur les détails lors de notre confrontation. Si sa sœur n'avait pas été là, je crois bien que je n'aurais pu me retenir de le tuer.

- Je déteste me sentir redevable de cette femme.

- Moi aussi, Emma. Mais je remercie Merlin qu'elle se soit elle même sentie redevable pour ce qu'avait fait ton père pour elle. Elle a été l'Enchaîneur du serment que son frère et moi avons fait. Sans elle, je doute qu'il aurait accepté. Ca se serait surement fini dans un bain de sang.

- J'ai rêvé de papa, dévoila-t-elle les yeux perdus dans le vide.

- Rêvé ?

- A moins que ça n'ait pas été un rêve... espérait-elle intérieurement en croisant le regard encourageant de son grand-père. Mon cœur s'est arrêté non ? J'étais morte... Peut-être qu'en l'espace de ces quelques minutes...

- Peut-être bien, sourit-il faiblement.

- Je me sentais tellement bien là-bas... dans ses bras...

- Promets-moi, Emma, que tu ne feras plus jamais ce que tu as fait ce soir-là, déclara-t-il avec sérieux.

- Je ne voulais pas attenter à mes jours, Grand-Père, tînt-elle à préciser. Je savais que ça pouvait me faire du mal de boire cette fiole en entier. Mais je n'aurai jamais pensé...

- L'idée même de te faire du mal est quelque chose qui ne doit pas se reproduire, exigea-t-il tout de même alors que sa petite fille acquiesçait faiblement. Dis-le.

- Je te le promets, s'exécuta-t-elle avant de baisser la tête et de constater qu'elle avait repris son habitude de jouer nerveusement avec sa bague de fiançailles. Je te le promets, répéta-t-elle en cessant tout mouvement, ses yeux verts plongés dans le regard inquisiteur de son grand-père.

- Bien.

- Qu'avez-vous dit à Rogue ? voulut-elle savoir.

- Le Directeur va fermer les yeux et a été d'accord pour me laisser gérer toute cette affaire. Il semblait occupé par des choses qu'il considère sans doute comme plus importantes et je ne vais pas m'en plaindre. Officiellement tu as été victime d'un empoisonnement du sang suite à l'infection d'une plaie que tu aurais négligée.

- Oh... D'accord. Est-ce que ça a un rapport avec l'épée de Gryffondor ? La fille Weasley, Longdubat et Lovegood ont tenté de s'en emparer ce soir-là.

- Je ne suis pas au courant de ça.

- Sans eux, Alecto Carrow ne serait jamais venue dans le bureau de son frère...

- Tu devrais te reposer encore, Emma, tu me sembles épuisée. Je repasserai te voir.

- Je ne veux pas que Mère vienne la prochaine fois, précisa-t-elle aussitôt.

- Elle se fait du soucis pour toi, tu sais.

- Ils se connaissaient. Carrow et elle.

- Je dois avouer que c'est quelque chose qui m'a échappé, répondit Marcos Oreiro, surpris d'une telle information.

- Tu vois. Elle n'a même pas pris la peine de t'en parler, même en sachant ce que ce salaud m'a fait. Tu n'as qu'à lui demander qui est Alexander, ajouta-t-elle face au silence qui régnait après l'insulte – toutefois bien choisie – ainsi lancée. Je serai curieuse de connaître sa réponse.

- Je règlerai ça avec elle, en attendant tu dois reprendre des forces. Je ne peux pas te laisser évoluer dans ce monde de fous dans un état mental et physique aussi fragile. On travaillera tes défenses toi et moi, cette semaine.

- Quoi ? Mais...

- Il n'y a pas de mais. Soigne-toi bien mon enfant, conclut-il en lui baisant le haut du crâne avant de rejoindre à nouveau le bureau de l'infirmière.

oOo

Emma observait son reflet dans le miroir en cette heure matinale. D'énormes cernes cerclaient le bas de ses yeux du fait des efforts que faisait son corps pour se rétablir. Elle remarqua cependant que le régime imposé par Mrs Pomfresh depuis son alitement, qu'il ait été liquide avant son réveil ou solide après son réveil, lui avait fait reprendre quelques formes. Ses joues n'étaient plus creuses comme cela avait été le cas durant des semaines. Son teint semblait plus illuminé, bien que légèrement pâle encore. Grâce à sa semaine de coma, son corps avait pu se désintoxiquer et évacuer le manque physique de sa potion. Toutefois, le manque de son esprit lui, refaisait parfois surface, son cerveau semblant toujours lui mander de s'en procurer. Au moins ton cerveau est encore capable de fonctionner, se sermonna-t-elle avant d'ouvrir le robinet d'eau et de se rincer le visage.

Lorsqu'elle rejoignit la salle de l'infirmerie, Emma se dit qu'elle ne supporterait pas une journée de plus dans cette pièce. Elle avait pourtant appris qu'elle ne la quitterait qu'à la fin de la semaine, selon l'évolution de son rétablissement. La jeune fille soupçonnait son grand-père d'être derrière cette décision, au vu de son désir de l'entrainer à reconstruire ses défenses mentales. C'était un mal pour un bien qui lui permettrait de passer un peu de temps avec lui. Sortir de l'ordinaire de Poudlard pouvait parfois faire un bien fou.

N'ayant aucune envie de se rallonger tout de suite, elle décida de faire son lit. Réhabituer son corps et ses jambes à marcher n'avait pas été si difficile que ça au final. C'était une drôle d'impression que de se sentir courbaturée alors même qu'aucun mouvement n'avait été effectué durant cette dizaine de jours d'inconscience. Drago n'avait pas essayé de la revoir. Mrs Pomfresh avait tout de même dû refouler Théodore et Morag qui étaient passés alors qu'elle dormait – réellement cette fois-ci – la veille au soir. Pour son deuxième jour d'éveil, la jeune fille avait autorisé l'infirmière à laisser entrer les personnes qui souhaitaient lui rendre visite. Cette dernière en avait paru soulagée.

- Bonjour Emma, fit la voix de Théodore, comme sortie de nulle part.

- Salut, lui répondit-elle après s'être retournée aux fins de lui faire face.

- Tu quittes l'infirmerie ?

- Ce n'est pas encore pour aujourd'hui. Mais j'en ai assez d'être allongée 24h/24.

- C'est sûr, acquiesça-t-il avant qu'un silence gêné ne les entoure. Alors, comment tu te sens ?

- Ca va. Mieux. Beaucoup mieux.

- Cool, fut la seule chose qu'il trouva à dire, provoquant le rire de la jeune fille. Qu'est-ce que tu veux que je dise d'autre, Emma ? A part que je suis content de te voir en vie.

- Je suis désolée, Théo. Désolée... de t'avoir entraîné dans tout ça. Ce n'est pas le genre de chose qu'on souhaite faire vivre à ses amis, confia-t-elle d'un air penaud.

- Ouai, comme tu dis, confirma-t-il en plongeant les mains dans ses poches.

- Et... merci... pour avoir toujours été là. Malgré mon comportement exécrable. Tu ne m'as jamais laissé tomber.

- Si. Je t'ai laissé tomber ce jour-là. Peut-être que si j'étais allé voir Mrs Pomfresh comme j'en avais l'intention, les choses auraient été différentes. Mais au lieu de ça j'ai préféré noyer mon désarroi dans l'alcool et le sexe à la soirée d'Halloween, plutôt que d'aider Morag et Drago à te chercher.

- L'alcool et le sexe, ne put-elle s'empêcher de relever.

- Ouai. Une brune aux yeux verts. Très original, n'est-ce pas ?

- J'ai doublement gâché ta soirée alors, fit-elle remarquer sur un ton plus pincé qu'elle ne l'aurait voulu.

- Fais attention, je pourrais croire que ça te rend jalouse, la taquina-t-il en riant faiblement.

- C'est que tu ne m'avais jamais habitué à ça, avoua-t-elle, une certaine chaleur inondant ses joues. Enfin, si on ne compte pas la fois avec Daphné.

- Tu te rends compte que mes dernières expériences sexuelles ont le malheureux point commun d'avoir été toutes trois interrompues.

- C'est vrai que tu n'es pas vraiment chanceux de ce côté-là, confirma-t-elle sans réussir à cacher son sourire.

- C'est ça, moque-toi, fit-il avant de finir par rire avec elle.

- Heureusement pour moi... Carrow semble admettre la même tendance à se faire interrompre, lâcha-t-elle en dévoilant le fond de sa pensée.

- Il devrait souffrir à l'heure qu'il est pour ce qu'il a fait, siffla-t-il dans un accès de colère.

- Tenté de me faire, se sentit-elle obligée de corriger.

- Qu'importe, Emma !

- Je suis plutôt satisfaite du sort que lui a réservé mon grand-père, déclara la jeune fille qui souhaitait clore le débat.

- Drago m'en a parlé, paraissait-il peu convaincu.

- Cet homme aura une épée de damoclès au dessus sa tête à chaque fois que j'intégrerai son champ de vision. Rien ne me fait plus plaisir que d'être une arme capable de mettre fin à ses jours.

- C'est un mangemort, Emma, rétorqua-t-il avec anxiété. Il serait capable de t'arracher les yeux pour se sauver la peau !

- C'est une idée... qui ne m'a pas traversée l'esprit, avoua la jeune fille que l'image choqua légèrement. Mais promis, je les garderai bien ouverts pour que cela n'arrive pas.

- Les cours vont bientôt commencer, je vais devoir te laisser.

- D'accord. Ca m'a fait plaisir de te voir, Théo.

- Pas autant qu'à moi, assura-t-il alors que tous deux se sourirent mutuellement.

Le jeune homme s'avança finalement plus près d'elle avant de la prendre dans ses bras. Emma lui rendit son étreinte, profitant de la chaleur de son ami durant de longues secondes. Lorsque la cloche signifiant le début des cours retentit au loin, Théodore l'éloigna gentiment de lui.

- Avant de partir, il faut que je te donne ça, déclara-t-il en sortant un parchemin de sa poche. C'est de la part de Drago.

Emma acquiesça en silence et accepta de prendre la lettre de son fiancé. Son ami parti, la jeune fille ne pouvait s'empêcher de fixer le rouleau de parchemin qu'elle tenait à la main. Elle finit par le déposer sur sa table de chevet, avant de faire le tour du lit afin de continuer ce qu'elle faisait à l'arrivée de Théodore. Une fois les couvertures tirées correctement, Emma lorgna à nouveau sur le bout de parchemin. Sans plus réfléchir, elle passa par dessus le lit et s'empara de la lettre, froissant alors le tissu blanc qu'elle venait tout juste de lisser.

Chère Emma,

Tu as plus de raisons que je n'en ai jamais eu de ne pas souhaiter ma présence à tes côtés.

J'ai eu tout faux.

J'aurai dû être là pour toi. J'aurai dû comprendre la réalité de ton geste plutôt que de m'en offusquer comme je l'ai fait.

J'aurai dû te soutenir dans cette dure période de changement : la perte de tes amis de toujours, l'obligation de faire des choses qui te sont contre-nature, l'intérêt que tu risquais de susciter auprès des mangemorts. Ils cherchent à recruter. J'aurai dû penser qu'ils viendraient vers toi.

J'aurai dû être là pour te protéger.

Te protéger de ce monde de sadiques. Te protéger de toi aussi.

Tu t'étais ouverte à moi et je t'ai ignorée.

Tu m'as dévoilé tes sentiments et je me suis moqué de toi.

Je t'ai manqué de respect d'une manière considérable.

Tu t'es détruite à petit feu et j'en suis en grande partie responsable.

J'ai été égoïste.

Une partie de moi le savait pourtant. Mais j'ai préféré m'enfoncer dans mon aveuglement plutôt que d'ouvrir les yeux.

Il est triste de se dire qu'il a fallu que je te sache en danger de mort pour agir enfin.

Assumer mon amour pour toi

aurait dû se faire autrement qu'au dessus de ton corps immobile.

Tu ne respirais plus. Ton cœur ne battait plus.

L'idée même de ne plus jamais entendre le son ta voix, de ne plus jamais croiser ton regard, de ne plus jamais voir ton sourire, de ne plus jamais t'avoir dans ma vie tout simplement, m'a été insupportable.

J'avais l'impression que c'était mon cœur que l'on arrachait. Et j'étais prêt à me l'arracher moi-même si cela avait permis de te réanimer sur le champ.

Je suis conscient que ces aveux ne changent rien.

Au contraire, tu dois te sentir d'autant plus trahie d'avoir dû être à l'article de la mort pour que je me rende compte de tout ceci.

Emma, je t'aime.

Et tout ce que je souhaite, c'est notre survie.

Je te veux.

Pour amie, pour amante, pour femme.

Peu importe le monde dans lequel il faudra que l'on survive, du moment qu'on le fasse ensemble.

Mais pour ça, encore faut-il que tu aies ce même désir...

Prends soin de toi, mon amour.

Drago

Choquée. Voilà ce qu'elle était. Elle lut et relut la lettre et les mots. Et quels mots. Emma ne revenait pas de tant de transparence de la part de Drago. Et pourtant, elle ne pouvait s'empêcher d'y voir la fragilité qui l'avait toujours interpellée chez lui. Qu'il aille se faire foutre avec sa fragilité, s'agita-t-elle soudain en jetant le parchemin sur sa table de chevet, le bout de papier tombant jusqu'au sol. Il lui avait fait vivre l'enfer depuis deux mois et il n'y avait eu aucune trace de fichue fragilité à ce moment là. Ce n'avait été que froideur et mépris, que rancune et suffisance. Comment était-elle supposée réagir face à ce retournement de situation ? Lui pardonner comme si de rien n'était ? Tout oublier comme si rien ne s'était passé ? Elle soupira de frustration.

Ainsi donc, il l'aimait. Emma jeta un rapide regard sur le parchemin gisant sur le sol. Nerveuse, elle remuait frénétiquement le bijou qu'elle avait au doigt. Voici donc la raison pour laquelle son fiancé avait pris le soin de lui rendre sa bague. De rage, elle l'enleva et la jeta contre le mur d'en face, plusieurs mètres plus loin. Puis, la jeune fille ramena ses jambes à elle, se balançant de manière compulsive. Enfouissant sa tête au creux de ses genoux, Emma sentit les larmes lui monter aux yeux.

Lorsque son cerveau lui suggéra qu'un peu de potion n'aurait pas été de refus, elle sortit brusquement de son lit avant de faire les cents pas dans la pièce. Elle finit par accourir vers le parchemin, par se baisser et le récupérer. Après avoir relu les dernières lignes, les mains tremblantes, la jeune fille fit de même avec sa bague de fiançailles qu'elle remit à son doigt. Exténuée par tant d'émotions, Emma retourna jusqu'à son lit et se glissa sous les couvertures, le bout de parchemin soigneusement placé sous son oreiller.

oOo

« Je suis fier de toi, Emma. Tu as beaucoup progressé ces deux derniers jours. »

En ce vendredi soir, la jeune fille pouvait enfin quitter l'infirmerie. Telle avait été sa motivation lors de ses séances d'entrainement quotidienne avec son grand-père. Grâce à lui, ses défenses mentales étaient à nouveau fonctionnelles, et ce, sans l'aide d'aucune potion.

- Je vais enfin pouvoir dormir dans mon lit ce soir, déclara-t-elle avec entrain en empaquetant les affaires que Morag était venue lui apporter quelques jours plus tôt.

- J'ai bien peur que ce ne soit pas le cas, Emma, l'avertit son grand-père brisant ainsi tout espoir.

- Comment ça ? Je croyais que je pouvais sortir !?

- C'est le cas. Mais tu ne retournes pas dans ton dortoir.

- Et je peux savoir où je suis censée dormir ? s'agita-t-elle juste avant que n'apparaisse une troisième personne à la porte de l'infirmerie. C'est une blague, lança-t-elle en comprenant le plan de son aîné.

- Je ne vais pas prendre le risque de te laisser replonger dans ton addiction, Emma. Tu partageras le dortoir des Préfets avec Drago, qui sera chargé de te surveiller, annonça Marcos Oreiro alors que le blond s'avançait vers eux, silencieux.

- Morag peut très bien le faire, assura la jeune fille que la nouvelle n'enchantait guère.

- Ton amie a déjà fait beaucoup pour toi, mais ce n'est pas son rôle.

- Vous vous inquiétez pour rien. Il n'y a pas de risque que je replonge. Après ce qui s'est passé, j'ai bien compris la leçon, tenta-t-elle de les convaincre de l'inutilité d'une telle mesure.

- Nous avons aussi tirés les leçons de ce qu'il s'est passé, Emma. Voilà pourquoi cela nous paraît être la meilleure solution.

- Et évidemment, ça ne te gène pas que deux fiancés partagent le même dortoir avant le mariage, argua-t-elle en dernier recours tout en continuant d'ignorer le regard que lui portait Drago.

- C'est un dortoir que vous partagerez, et non un lit, précisa le vieil homme qui ne semblait pas si dupe que cela compte tenu de ce qu'il savait désormais sur les deux fiancés.

- Je suppose que je n'ai pas le choix, se retourna la jeune fille vers son sac qu'elle boucla.

- Tu peux aussi décider de rentrer à la maison.

- Et manquer l'occasion d'avoir mes ASPIC ? Jamais de la vie, refusa-t-elle aussitôt.

- Je vais te porter ça, se proposa Drago en s'approchant d'elle alors qu'elle s'emparait de son sac.

- Tais-toi, Drago ! Juste... tais-toi, l'invectiva Emma qui ne supporta pas de l'entendre parler de cette manière si concernée.

Leur yeux se croisèrent. La jeune fille rompit le contact et laissa tomber ses affaires aux pieds de son fiancé. S'avançant jusqu'à son grand-père, Emma se laissa aller à une longue embrassade. Ces choses là ne se faisaient pas en public pour les Sang-Pur, mais qu'importait, il avait tant fait pour elle. Une fois les au revoir terminés, Drago et Emma quittèrent l'infirmerie sous le regard soucieux de Marcos. Ce dernier espérait ne pas s'être trompé dans ses récentes décisions concernant sa petite-fille. L'avenir le lui dira, pensa-t-il.

« Comment tu te sens ? »

Ne lui avait-elle pas dit de se taire, grogna-t-elle intérieurement alors qu'ils parcouraient le chemin menant jusqu'à la salle des préfets. C'était l'heure du diner et rares étaient les élèves trainant dans ces couloirs. Elle était contente de n'avoir croisé personne jusque là.

- J'aurai préféré rejoindre la salle commune des Serdaigle, lâcha-t-elle en guise de réponse.

- Il ne t'es pas interdit d'y aller. Du moment que tu dormes dans ta chambre de Préfète-en-chef.

Emma préféra clore ici la conversation. A chaque pas, lui revenait les mots qu'avait écrit Drago dans sa lettre. Il devait surement attendre une réaction de sa part. Une réponse peut-être. Le problème était qu'elle ne savait toujours pas comment réagir face à ses confidences. Entretenir le silence était une manière pour elle de retarder l'échéance. Le fait de devoir cohabiter avec lui ne faisait que la rapprocher cette dernière. Lorsqu'ils atteignirent la salle des préfets – heureusement vide – la jeune fille eut l'impression de ne pas y avoir mis les pieds depuis longtemps. Deux semaines s'étaient écoulées depuis la dernière fois, dont une passée dans le coma. Mais désormais libérée de toute dépendance, cela lui paraissait une éternité.

- Le mot de passe a été changé, informa Drago une fois devant la porte menant à l'ancienne salle commune des préfets. Après la fête, il valait mieux. Véritaserum. C'est le nouveau mot de passe.

- Rogue est passé par là à ce que je vois, ne put-elle s'empêcher de commenter alors que la porte s'ouvrait.

- C'est lui qui nous autorise à occuper les locaux. Après toi, la laissa-t-il passer devant lui.

- Hey..! Surprise, s'exclama timidement Morag MacDougal à la tête d'un petit groupe qu'elle reconnut parfaitement.

- Hey... Salut tout le monde, répondit Emma, prise au dépourvue.

Ce qui semblait être une petite fête de bienvenue ne comptait pas parmi les plus joyeuses. Etaient présentes toutes les personnes ayant assistés à son malheureux sauvetage, auxquelles s'ajoutaient Daphné et Astoria. Morag vînt la première vers elle et la prit dans ses bras, frottant son dos d'un geste affectif.

« Ca fait du bien de ne plus te voir allongée dans ce lit. »

Puis ce fut au tour de Théodore de venir la saluer. Ce ne fut pas un câlin qu'il lui offrit mais un panier rempli de muffins au différentes saveurs. Emma fut enchantée, elle n'en avait pas mangé depuis bien longtemps.

« De notre part à tous. »

Malgré sa gêne, la jeune fille les remercia le sourire aux lèvres. Elle plaça le panier sur le guéridon trônant à côté de l'un des canapés de la pièce. Lorsqu'elle releva la tête, Anthony et Daphné lui faisaient face.

- Tu nous as fait une sacrée frayeur, tu sais, intervint le jeune homme en lui faisant la bise, une main sur l'épaule.

- C'est horrible ce qui est arrivé, déclara Daphné, encore choquée visiblement, les yeux légèrement humides.

A ce stade des retrouvailles, ne restaient plus que trois personnes en retrait. Aucune d'elle ne semblant vouloir faire le premier pas, Daphné fit signe à sa soeur de venir vers eux. Lorsqu'Astoria s'approcha en se tortillant nerveusement les mains, le regard d'Emma se fit plus perçant.

- Je suis désolée, Emma, commença-t-elle d'une voix tremblante et peu sûre d'elle. Je... suis contente que tu ailles mieux, se reprit-elle en captant les regards réprobateurs de Théodore et de sa soeur.

La jeune fille lui sourit très furtivement avant de rapidement s'éloigner de la Serpentard. Prenant elle-même l'initiative de saluer Michael, Emma se dirigea alors vers ce dernier. Cette fois-ci, aucun sourire, aucune effusion, ni même aucun regard amical ne furent échangés. Les deux ex et anciens amis se regardèrent durant de longues secondes ainsi.

- Merci, finit-elle par dire, d'une voix teintée tout de même d'une certaine émotion.

- De rien, accueillit-il son remerciement avant de baisser les yeux.

- Après ces derniers mois, je n'aurai jamais...

- Ca ne change rien, Emma, l'interrompit-il brusquement.

- Oh, mais ça je le sais. Ce n'est pas avec un simple bouche à bouche que je vais te pardonner ton comportement, rétorqua-t-elle avec assurance.

- Michael, l'intima Anthony de se contrôler alors que son ami semblait vouloir réagir véhément à la réflexion d'Emma.

- Je ne cherche pas à me faire pardonner, se retînt-il alors de tout autre commentaire.

- Parfait. Dans ce cas, je te réitère mes remerciements. Pour avoir aidé à me sauver la vie et pour ta présence aujourd'hui. Je sais que ça te coûte beaucoup. Et ça me touche d'autant plus.

- C'est quelque chose que je n'hésiterai pas à refaire, Emma, avoua-t-il finalement. Tu mérites de vivre la souffrance.

La Serdaigle ne s'offusqua pas des paroles de son camarade de maison au vu du petit sourire qu'il laissa entrevoir durant de furtives secondes. Le même rictus pouvant être qualifié sur le moment de complice, se dessina sur les lèvres de la jeune fille avant qu'elle ne se retourne vers Padma. L'indienne était la seule personne assise dans la pièce. Positionnée en tailleur dans le canapé, l'indienne n'arborait non pas un air méfiant comme à l'accoutumée, mais plutôt apeuré. Une fois Emma devant elle, Padma baissa les yeux, l'échine courbée.

- Je n'aurai jamais dû te laisser seule, lâcha-t-elle en fixant le sol. Pas après ce que tu m'as dit, ajouta-t-elle tandis qu'Emma se mit à sa hauteur.

- On ne peut pas changer ce qui s'est passé. Ce n'est pas de ta faute si l'humain est capable de telles atrocités. Tu avais toutes les raisons de prendre peur et de ne pas vouloir être mêlée à tout ça.

- Tu m'as envoyé un signal de détresse que je n'ai pas voulu voir, insista l'indienne, encore secouée par les évènements.

- Crois-moi Padma, un bon nombre de personne ici a refusé de voir un quelconque signal, baissa la voix Emma sachant pertinemment qu'elle serait quand même entendue. Ne te rends pas malade pour ça.

Essuyant la larme qui avait coulé sur sa joue, Padma eut un éclat de rire nerveux. Puis, sans plus attendre, elle entoura le cou d'Emma de ses bras. Perdant l'équilibre, cette dernière se retrouva à genoux devant son ancienne amie qui s'effondrait à son oreille.

- Mandy ne me le pardonnera jamais, Emma. Si tu savais comme elle nous en veux de t'avoir laissée, indiqua-t-elle entre deux sanglots. Tu as failli mourir sous nos yeux. Je me suis tellement mal comportée avec toi.

- Je vais bien maintenant, tenta-t-elle de la calmer. Et si vous êtes ici aujourd'hui, c'est pour une bonne raison que Mandy ne manquera pas de remarquer.

- Oui, acquiesça l'indienne en libérant Emma de son emprise. Tu as raison, s'essuya-t-elle les yeux en secouant la tête de bas en haut.

Lorsqu'elle se releva, Emma jeta un regard circulaire à la pièce. Décidant qu'il était temps pour eux de se goinfrer de muffins, la jeune fille se dirigea vers le panier et entama la distribution de ces derniers. Théodore quant à lui se chargea d'offrir de la bierreaubeurre à tout le monde. Au moment où Drago se servit dans le panier qu'elle tenait entre les mains, Emma se rendit compte qu'il était le seul à qui elle n'avait accordé aucune attention. Leurs regards se croisèrent lorsque Drago croqua dans son muffin. Ne s'attendant pas à être ainsi observé, le jeune homme cessa tout mouvement de mâchoire. Au bout de quelques secondes, Emma finit par ôter la miette qui s'était déposée sur le coin de la bouche de son fiancé avant de lui tourner le dos et de rejoindre les autres.

Il fallait se l'avouer, l'ambiance n'était pas au beau fixe. On ne pouvait espérer mieux de la réunion improbable de toutes ces personnes, même si au fond, chacune d'entre elle était liée à une autre. Un sentiment d'apaisement s'empara d'Emma à les voir tous ici, pour elle. Une fois le petit goûter improvisé terminé, la jeune fille les remercia pour leur présence et les muffins – encore très nombreux dans le panier – avant de les libérer. Au final, ne restèrent plus que Théodore, Morag et Drago. Tous les quatre s'installèrent dans les canapés et terminèrent les dernières bierreaubeurres.

- Comment vous avez fait pour savoir où j'étais, fut curieuse de savoir Emma, estimant que l'horreur de l'évènement avait été exorcisé par cette petite « fête ».

- Grâce au précieux réseau de Drago, dévoila Morag alors que le concerné eut un rire moqueur.

- Je dirai même plus, grâce au réseau de tuyauterie de Mimi Geignarde, précisa Théodore avant de boire une gorgée de son verre.

- Une chance que tu sois restée dans cette salle de bain, déclara la rousse avec un peu plus de sérieux. Et qu'as-tu fait de mon sort de détection ? enchaîna-t-elle ne souhaitant pas rester sur cette triste note.

- Oh ça... se souvint Emma. Tu devrais revoir ton cours de Sortilèges, Morag. Ca sentait la magie à plein nez.

- Oui, je vais suivre tes conseils, plaisanta-t-elle à moitié avant de se servir d'un autre muffin.

- Je sais que je vous l'ai déjà dit plusieurs fois lors de vos visites mais... encore merci pour tout ce que vous avez fait pour moi, tînt à dire la brune aux deux personnes assises face à elle, Drago n'étant vraisemblablement pas visé.

- C'est normal, Emma, affirma Morag, un sourire sincère sur les lèvres.

- Le couvre-feu est pour bientôt, vous devriez rejoindre votre salle commune, intervint soudain Drago qui était confortablement assis sur le même canapé qu'Emma.

Cette dernière les raccompagna jusqu'à la porte non sans quelques embrassades, qui devenaient un peu trop nombreuses à son goût ces derniers temps. Lorsqu'ils furent partis, la jeune fille resta face à la porte, tournant ainsi le dos à son fiancé, toujours assis dans le salon.

- Bon... Je crois qu'il est temps pour moi de rejoindre ma nouvelle chambre, déclara Emma en se dirigeant vers ses affaires posées non loin de sa chambre de Préfète-en-chef.

Drago ne répondit rien, se contentant de remuer circulairement le fond de bierreaubeurre qu'il restait dans son verre, le regard dans le vide. Etait-il fâché contre elle finalement ?

- Bonne nuit, Drago.

- Bonne nuit, Emma, lui rendit-il son souhait juste avant de terminer son verre.

Une fois dans sa chambre, la jeune fille observa les lieux. C'était la réplique exacte de celle attribuée à Drago, à une symétrie près. Elle fut étonnée de voir que le reste de ses affaires étaient déjà précautionneusement rangées. Sa malle était placée devant le grand lit deux places. Emma y déposa le sac qu'elle avait ramené de l'infirmerie. Récupérant ses affaires de toilettes, elle alla se brosser les dents dans la petite salle d'eau attenante à la chambre. Une fois son pyjama enfilé, la jeune fille se laissa tomber sur le matelas moelleux. Ce n'était pas si mal que ça après tout, se dit-elle. Fermant les yeux, Emma profita de ce petit moment de détente.

Des coups frappés à la porte la sortirent de son assoupissement. L'appréhension s'empara à nouveau d'elle de savoir Drago derrière cette porte. La jeune fille se redressa lorsque ce dernier réitéra son geste sonore. Quittant le lit, elle se résolut à aller lui ouvrir.

- Tout va bien ? lui demanda-t-il, le visage neutre.

- Je dormais, mentit-elle à moitié.

- Il faut que je vérifie que tu n'aies pas de produits interdits, expliqua-t-il sa présence.

- Inutile de perdre ton temps, je n'en ai pas. Et je ne vois pas où j'aurai pu m'en procurer, sachant que je n'ai pas été seule une minute depuis mon retour de l'infirmerie.

- Tu es seule depuis plus d'un quart d'heure, insista-t-il en adoptant la même expression terne qu'il arborait depuis le départ des autres.

- Je crois que cette chambre a déjà dû être fouillée de fond en comble. Je ne penses pas qu'en un quart d'heure je sois capable de faire apparaître une quelconque potion.

Drago ne répondit pas, se contentant de plonger son regard bleu-gris dans le sien. Cela faisait longtemps qu'il ne l'avait plus regardé ainsi. Troublée, Emma sentit son coeur s'accélérer. Vraiment, se maudit-elle. Elle allait laisser sa colère se dissiper aussi rapidement ? Aussi facilement ? Suffisait-il d'un parchemin, de quelques mots et d'un regard ? Et si les paroles de son père s'appliquaient également en ce qui concernait Drago ? Et si lui aussi était la force contre laquelle elle devait cesser de se battre ? A quoi rimait sa colère ? L'important n'était-il pas les sentiments qu'il avait osé lui avouer ? « Assumer mon amour pour toi [...] » « Emma, je t'aime. » « Je te veux. » « Prends-soin de toi, mon amour. » Tels étaient les mots qui la hantaient depuis des jours. « Emma, je t'aime. » « Emma, je t'aime. » « Je t'aime ». Bon sang ouvre les yeux, Emma !

- Je t'aime aussi, Drago.


The End !
Non je plaisante, je vous réserve encore bien des choses ! ^^
Ce chapitre, un peu plus court que les précédents, était une sorte de conclusion, marquant le retour d'Emma. Dire que lorsque j'avais imaginé la trame des 3 derniers chapitres, ils étaient censés n'en faire qu'un ! Ca en aurait fait de la lecture pour un chapitre unique au vu des développement que j'y ai fait !

Ne vous inquiétez pas il y a un petit dernier chapitre à ce tome 3, qui s'intitule : "L'addition s'il vous plaît". Après tant d'évènements, il y a quand même quelques comptes à régler vous ne pensez pas ?

Desea Oreiro