Yo !
Cet OS a été écrit en décalé pour la Nuit du FoF, sur le thème Manquer.
Bonne lecture !
C'était ma Maman
Comme il faisait chaud, ils ont installé la table dans le jardin. Maintenant il est trop tard, ou trop tôt, en tout cas tout le monde est allé se coucher.
Il commence à faire jour. Assis sur une chaise en fer glacé, les yeux fixés vers le ciel, Cid ricane sans raison. Naminé a bien essayé de le coucher, de le forcer à aller au lit, mais il s'est mis à chouiner qu'il n'avait pas sommeil, et comme elle était épuisée elle a fini par rouler des yeux et le laisser là. Xion bâille. Elle voulait juste aller faire pipi et retourner dormir, mais la lumière qui passait par la fenêtre lui a donné envie de voir le ciel en grand. Son oncle se retourne vers elle.
« Viens, viens, viens là. »
Il a la voix pleine d'alcool et elle aussi, elle a un peu bu. Alors elle accepte, elle vient s'asseoir avec lui. Il a un sourire large, un peu tordu.
« Alors. Comment tu vas ? »
Il la regarde dans les yeux, vraiment, au fond des yeux, et elle hoquète. Elle a l'impression qu'il la transperce de ses yeux bleus, qu'il voit tout. Elle fronce les sourcils.
« Je crois, oui.
— Oui ? »
C'est pas facile, mais elle réfléchit. C'était lourd, cette année. Elle pensait que quand elle irait mieux, elle retrouverait cet état, cette permanence qu'elle avait avant. L'insouciance des gens qui n'ont jamais été malheureux. Mais non. Elle est blessée pour toujours. Elle n'ira jamais comme avant. C'est un deuil qu'elle doit faire, elle commence tout juste à le comprendre. Mais là, tout de suite, scrutée par les yeux clairs de son oncle, à demi ivre et l'air frais de l'aube sur les joues, elle respire.
« Oui. »
Il sourit, encore, encore plus fort.
« C'est bien. »
Il ne la lâche pas tout de suite du regard. Comme elle n'a rien à dire, elle sort une cigarette – heureusement qu'elles étaient dans la poche de sa chemise. Elle l'allume. Cid tend la main vers elle, et elle pense qu'il va la gronder. Elle se recroqueville un peu, sur la défensive, et il ricane. Elle ne sait pas quoi faire de ça.
« Tu m'en files une ? »
Elle n'a jamais vu Cid fumer, non. Elle sait qu'il fumait avant.
« T'as arrêté. »
Il gronde Yuffie, et puis il bougonne quand il voit Naminé fumer, mais il hausse les épaules. Elle hésite. Mais ce n'est pas à elle de décider, alors, elle tend une cigarette à son oncle. Elle allume la sienne et lui donne le briquet. Il inspire longuement, regarde l'objet quand il recrache la fumée. Il rit.
« Tu sais pourquoi j'ai arrêté ? »
Il ne la regarde pas, mais elle fait non de la tête. Elle pense qu'il comprend. Il comprend.
« On a fait un pari, avec ma mère. De qui tient le plus longtemps avant de reprendre. Je crois que c'est le premier pari de sa vie qu'elle a perdu, ha ! »
Il rit encore. Elle ne savait pas que Baba avait arrêté, à un moment. Elle n'imaginait pas ça. Ni que Baba ait pu vouloir arrêter, ni que Baba ait pu échouer. Cid tapote la cigarette pour faire partir la cendre.
« Elle portait la famille. Elle s'inquiétait pour tout le monde. J' crois qu'elle aurait été vraiment triste, si elle avait gagné notre pari.
— Elle … te manque ? »
Ça lui fait drôle. Avec sa mère, elle ne parle pas souvent de Baba. Elle n'a jamais posé cette question. Elle se demande si Cid va pleurer, parce qu'il a l'air vraiment triste un moment, mais il lui sourit à nouveau.
« Bien sûr. C'est ma Maman. »
Un mot d'enfant dans une bouche d'adulte, et Xion sourit. C'est elle qui a envie de pleurer maintenant. Elle ne peut pas envisager, de perdre sa Maman. C'est trop unique, c'est trop précieux, ce serait comme de perdre une part d'elle-même.
« Mais … On apprend à faire avec. Maintenant, c'est nous qui devons prendre soin de vous, et les uns des autres. Tu sais, on s'inquiète beaucoup pour ta mère. Elle … Elle va mieux, non ?
— Je … crois ? »
Elle n'est pas sûre. Elle a vu comme c'était difficile. Il lui semble qu'elles avancent ensemble, mais comme elle, Yuffie portera toujours cette année comme une blessure, au fond. Elle renifle. La main de Cid se pose sur sa tête.
« Eh, eh. C'est bien, de pleurer. T'as de la chance.
— Tu … tu pleures pas, toi ? »
Il a un sourire abîmé par le temps. Il ne lui a jamais paru aussi vieux qu'à cet instant.
« De moins en moins. Nous, les adultes, on doit pouvoir se montrer plus forts aussi, pour vous aider. Alors oublie jamais que la famille est là.
— Je sais.
— J' rigole pas. Allez, viens là. »
Elle se lève, sur la main de Cid pour s'asseoir sur ses genoux. C'est bon de pleurer. Elle se demande si l'année prochaine, il lui restera encore des larmes. Peut-être que Cid, lui, les a déjà toutes épuisées.
« Vous nous manquerez, quand vous serez à Boston. Mais c'est pas grave. Justement parce que la famille, c'est un truc qui tient toujours. Tu le sais, hein ?
— Ouais. Je sais.
— L'oublie surtout pas. Tu sais, moi … sans ta mère, je crois que je serais mort. Sans Larxène aussi. Faut pas hésiter à t'appuyer sur la famille. On est là.
— T'es bourré, Cid. Tu te répètes. »
Il rit. Et c'est un sanglot. Il a des larmes dans les yeux et enfin, elles coulent. Il dit :
« Ma Maman me manque. »
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Voilà ? Cid est … enfin, on le voit pas trop mais il est inspiré de plusieurs personnes de ma famille, qui sont très importantes pour moi. Alors j'avais envie de parler de lui, encore un peu, et, voilà.
Maintenant j'ai un peu envie de pleurer aussi. Mais c'est bien.
