Chapitre 44 – Retour à Poudlard
Le lendemain matin du mariage – alors qu'un certain dragonnier cuvait une gueule de bois désespérée et couvait un cœur brisé – Laureen se réveilla parce qu'elle avait chaud. Elle grogna et bâilla en essayant de se retourner, mais se trouva entravée à la taille par un bras. Cette prise de conscience la fit sursauter et elle en tomba du lit avec un cri, réveillant le propriétaire du bras en question.
-Huh ? grogna-t-il en se redressant d'un coup.
Il tourna la tête vers elle et haussa un sourcil, essayant de contenir son rire.
-Qu'est-ce que tu fais par terre ?
-Je me suis réveillée avec ton bras autour de moi, marmonna-t-elle en regardant le plafond. J'ai sursauté et je suis tombée.
-Oh ? fit Blaise qui devenait rouge à force de vouloir retenir son rire.
-Arrête de rire ou j'empoisonne ton thé, plaisanta Laureen en lui lançant un coussin.
Blaise secoua à la tête et se leva à son tour. Ils enfilèrent des robes de chambre et descendirent pour le petit-déjeuner. Ils partirent juste après en lune de miel, sans que personne n'ait révélé à Laureen où elle se déroulerait.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux, une fois que Blaise les avait faits transplaner, elle poussa une exclamation de surprise. Ils se trouvaient sur la terrasse d'une magnifique villa aux murs peints en orange, qui avait vu sur la mer en contrebas de la petite colline sur laquelle était construite la maison.
-Où sommes-nous ?
-Bienvenue en Italie, Madame Zabini, sourit Blaise.
Laureen le laissa la guider à l'intérieur, et il lui fit faire le tour de la spacieuse propriété.
-Hum, dans quelle chambre veux-tu t'installer ? lui demanda-t-il finalement.
-Tu ne veux pas qu'on dorme dans ta chambre ? s'étonna Laureen.
-Non, je pensais juste… je croyais que tu voudrais ta propre chambre, on n'a pas à faire semblant ici.
Laureen hocha lentement la tête.
-Dans deux semaines, quand tu retourneras à Poudlard, je vais devoir te suivre, rappela-t-elle. Et on devra dormir ensemble tout le temps, alors autant s'y habituer.
-Comme tu veux.
Ils s'installèrent et Blaise les fit transplaner dans le village moldu à quelques kilomètres de là, où ils se promenèrent puis dinèrent dans l'unique restaurant. Le patron accueillait chacun de ses clients et clientes comme s'ils faisaient partie de la famille, la cuisine simple était délicieuse et servie en portions généreuses. On leur offrit un digestif après le repas, puis Blaise les fit transplaner pour le retour, mais à quelques dizaines de mètres de la maison, afin qu'ils profitent de l'air relativement doux de la région et du calme environnant.
-J'aime beaucoup cet endroit, souffla Laureen. C'est magnifique, et si calme. Avec la situation chez nous, ça paraît surréaliste.
-Je sais, soupira Blaise. En Angleterre, c'est probablement pire que nous ne le pensons. Mes parents ne me révèlent pas tout, je m'en doute. Mais à Poudlard, on peut voir des choses…
-Les Carrow, n'est-ce pas ? demanda la jeune femme.
Il hocha la tête d'un air sinistre. Elle lui prit la main et la serra doucement.
-Ils ne peuvent pas m'atteindre moi. Je suis bien trop précieuse aux mangemorts pour qu'ils osent me toucher, surtout maintenant que nous sommes mariés. Ne t'en fais pas.
-Non, je sais bien que les Carrow ne sont pas le plus grand problème. Mais soyons honnêtes. Une bataille approche, et je ne parle pas d'un simple duel entre un mangemort et un membre de l'Ordre du Phénix. J'ai foi en l'Ordre mais le Seigneur des Ténèbres… qu'allons-nous faire si la victoire n'est pas celle que nous espérons ?
-Nous vivrons des années sombres, souffla Laureen en baissant les yeux. Mais nous les traverserons ensemble. Après tout, notre mariage est notre seule chance de survie si le pire survient. Nous sommes les chanceux dans cette histoire.
-Tu as raison.
Ils décidèrent de faire de leur mieux pour oublier l'horrible situation qui les attendaient en Angleterre et profiter au maximum de cette semaine de répit. Ils allaient à la plage, au restaurant, visitaient les environs, s'amusaient, passaient des soirées devant un feu de cheminée à la villa… Et bien trop tôt à leur goût ils durent rentrer au Manoir Zabini, et faire leurs valises pour retourner à Poudlard ensemble.
Le trajet en train fut horrible pour Laureen. Forcée de suivre son mari, elle se retrouva bloquée dans un compartiment plein de Serpentard, incluant Malfoy, Crabbe, Goyle et pire que tout, Pansy Parkinson. Le seul qu'elle pouvait tolérer, en plus de Blaise, était Théodore Nott. Elle s'assit donc entre lui et son mari, et tenta de bloquer les murmures à son égard avec un livre. Blaise sortit acheter des sucreries à un moment, et lui offrit en revenant des Patacitrouilles, ses préférés.
L'entrée dans le château ne fut pas plus gaie, tout le monde la regardait. Les Serpentard et certains Serdaigle avec dégoût car elle n'était qu'une traître à son sang selon eux, le reste des Serdaigle et les Poufsouffle avec pitié car ce n'était pas un secret que ce mariage était arrangé, et enfin les Gryffondor la regardait avec haine car elle trahissait selon eux l'Ordre du Phénix en étant marié à Zabini, et trahissait Gryffondor en étant avec un Serpentard.
Elle croisa, en s'asseyant pour dîner dans la Grande Salle, le regard de McGonagall, ce qui lui donna un peu de réconfort. La vieille sorcière n'avait pas été un de ses professeurs préférés pour rien, aussi se promit-elle d'aller lui parler dès que possible, au moins pour se rassurer. Puis son regard croisa celui de Ginny. Les yeux de la rouquine la fixaient avec un étrange mélange de haine et de pitié. Laureen baissa les yeux vers son assiette.
La soirée après le dîner fut encore pire. Blaise l'amena avec lui à la salle commune des Serpentards dont le mot de passe – « sang-pur » – la fit frissonner. Ils durent passer un peu de temps avec tous les Serpentard, avant de réussir à s'échapper vers la chambre de Blaise – on lui avait attribué une chambre privée pour qu'il puisse avoir une certaine intimité avec sa femme.
-Je refuse de mettre les pieds hors de cette pièce, pesta Laureen.
-Je suis vraiment désolé pour l'accueil, je ne pensais pas que ça serait aussi… gênant.
-La majeure partie de la population me déteste pour des raisons diverses et variées, le reste m'a en pitié.
-Au bout de quelques jours, ils se lasseront et te laisseront tranquille, ne t'en fais pas.
-Et qu'est-ce que je vais faire de mes journées ? Je ne vais pas aller en cours.
-Tu peux rester ici, aller à la bibliothèque, sortir regarder les entraînements de Quidditch, énuméra Blaise.
-Je ne vais pas passer le reste de l'année scolaire à ça, j'ai besoin de faire quelque chose de productif.
-Peut-être qu'un professeur a besoin d'une assistante ? proposa Blaise. Je sais que la professeure Chourave cherchait des volontaires pour s'occuper un peu des plantes après les cours.
-Je ne suis pas la meilleure en botanique, mais pourquoi pas. Au moins je peux rester tranquille dans les serres.
-J'ai botanique en deuxième heure demain, tu pourrais m'y rejoindre et lui en parler ?
-Bonne idée.
Après ça ils se préparèrent pour dormir et se glissèrent sous les couvertures dans un silence tranquille. Le lendemain matin, ils se rendirent au petit déjeuner main dans la main, et Laureen dut se faire violence pour ne pas stupéfixer – on lui avait rendu sa baguette quand ils étaient repartis à Poudlard – presque chaque élève qu'ils croisaient, car beaucoup la dévisageaient comme un insecte dont on veut se débarrasser, et les murmures la poursuivaient où qu'elle aille. Heureusement Blaise était d'un grand soutien, et Théodore Nott vint s'asseoir près d'elle à table, les deux garçons formant une barrière bienvenue entre elle et le reste des élèves.
-Tu veux venir au cours de Transfiguration avec moi, ou m'attendre pour aller au cours de botanique ? lui demanda Blaise en lui passant un toast.
-Je vais venir en Transfiguration, si McGonagall est d'accord, sourit la jeune femme.
-Je ne vois pas pourquoi elle refuserait l'entrée à une de ses anciennes élèves préférées, lui souffla Nott avec un léger sourire.
Ils finirent leur petit-déjeuner rapidement et allèrent en cours. McGonagall évidemment accepta que Laureen assiste au cours, assise à côté de Blaise. Elle suivit ensuite son mari jusqu'aux serres, et le temps que les élèves arrivent elle discuta avec la professeure Chourave qui était plus qu'heureuse d'avoir une paire de mains en plus pour s'occuper des plantes. Elle griffonna rapidement quelques instructions sur un bout de parchemin et envoya la jeune femme dans la serre voisine immédiatement, avant de se tourner vers ses élèves et commencer le cours.
Laureen travailla donc en tant qu'assistante de la professeure Chourave à partir de ce jour, cela lui permettant de s'échapper de l'intérieur étouffant du château. Blaise veillait sur elle quand il n'était pas en cours, et effectivement après quelques jours les murmures dans son dos s'étaient pratiquement éteints. Les mois suivants se déroulèrent dans une relative tranquillité.
Un autre problème se présenta cependant en la personne des Carrow. Le frère ou la sœur se trouvait toujours sur le chemin de Laureen dès qu'elle était dans le château, et depuis le début du mois d'avril, leurs commentaires commençaient vraiment à l'agacer et la rendaient nerveuse. Un soir qu'elle arrivait au Grand Hall pour le dîner après un détour par l'infirmerie – toute une série de plans de mandragores étaient près à être rempotés, et plusieurs d'entre eux avaient trouvé ses doigts très appétissants – elle croisa Blaise qui visiblement sortait la chercher. Il l'embrassa rapidement avant de lui demander comment s'était passée sa journée.
-Assez bien, répondit-elle d'un ton morne. Et toi ?
-Très bien, j'ai eu une bonne note en potions. Pourquoi assez bien ? Ne me dis pas que Malfoy a encore fait un commentaire ?
Draco avait cette sale habitude d'humilier Laureen quand Blaise n'était pas dans les parages.
-Non, je n'ai pas peur de Malfoy, siffla Laureen en jetant un regard autour d'eux.
-Qui alors ?
-Les Carrow. Dès que j'en croise un, ils ne cessent de me rappeler que…
-Oui ? la pressa gentiment Blaise. De te rappeler quoi ?
-Ils me demandent si…
Blaise la regarda avec inquiétude. De quoi avaient bien pu parler ces deux imbéciles pour la mettre dans un tel état ?
-Laureen, tu sais que tu peux me parler de ce que tu veux, la rassura-t-il en la serrant contre lui.
-Ils me harcèlent pour savoir pourquoi je ne suis pas encore enceinte, admit-elle d'une petite voix.
-Oh, fit Blaise qui ne savait plus quoi répondre.
-Comme tu dis, « oh », marmonna-t-elle.
-Pourquoi tu ne leur dis pas que nous utilisons un charme de contraception tant que je n'ai pas fini ma scolarité ?
-Parce que la fin de l'année est proche et qu'à partir de là ils s'attendront à me voir engrossée d'un jour à l'autre, expliqua la jeune femme avec une grimace.
-Et pourquoi ne pas leur dire que tu es stérile ? Ils te ficheraient la paix indéfiniment.
-Non, si Tu-Sais-Qui a accepté de me marier de force c'est aussi qu'il attend des héritiers. Des héritiers du sang des Black en particulier. Si je dis ça, je me ferai tuer et ils te trouveront une autre sorcière.
-Jalouse ? la taquina Blaise.
-Ne sois pas stupide, le tança Laureen qui ne riait pas du tout.
-D'accord, j'arrête. Ne t'en fais pas pour les Carrow, on va trouver une solution. Allez, viens manger, ça te fera du bien.
Laureen se laissa entraîner au dîner, où finalement elle ne mangea pas grand-chose. Cela inquiétait beaucoup Blaise, qui avait remarqué que plus le temps passait, moins elle mangeait. Il arrivait même qu'elle oublie de venir déjeuner. Il n'avait pas osé envoyer de lettres à ses parents pour exprimer ses inquiétudes, craignant que le courrier ne soit intercepté et que cela ne leur apporte des ennuis.
La fin de l'année arrivait à grands pas, et Blaise étudiait un peu pour ses examens, mais passait plus de temps à s'occuper de sa femme qui depuis quelques semaines allait de plus en plus mal. Elle était pâle, se sentait faible, et avait de soudaines migraines ou nausées assez fréquemment. La professeure Chourave avait bien évidemment accepté que la jeune femme allège sa charge de travail pour aller régulièrement à l'infirmerie, mais cela ne semblait pas l'aider beaucoup.
Le soir du 1er mai, alors qu'elle était allée à l'infirmerie tard après dîner accompagnée par Blaise, ils entendirent comme un bruit d'alarme au loin.
-C'est à Pré-Au-Lard, marmonna Laureen.
-Les alarmes de transplanage, comprit Blaise. Ce doit être un membre de l'Ordre du Phénix si elles sonnent.
Les deux échangèrent un long regard à cet instant. Aucun membre de l'Ordre ne se serait risqué à transplaner à Pré-Au-Lard comme ça. Aucun, sauf…
-Potter, soufflèrent-ils en même temps.
Blaise réagit immédiatement et se mit à tirer sa femme vers le dortoir Serpentard.
-Qu'est-ce que tu fais ? s'inquiéta-t-elle. Si les Carrow nous voient dans le château si tard…
-Si c'est Harry, je dois absolument te mettre à l'abri, urgea Blaise en regardant de tous les côtés l'air inquiet.
Ils arrivèrent rapidement dans leur chambre et Blaise respira normalement à nouveau. Laureen fouilla dans leur armoire et en sortit une jupe qui lui tombait au-dessus des genoux – les pantalons ne convenant pas pour les sorcières de la haute société apparemment – et un débardeur près du corps ainsi qu'un gilet. Elle enfila ensuite des chaussures sans talons et attacha ses cheveux en queue de cheval avant de vérifier que sa baguette était bien dans la poche de sa jupe.
-Qu'est-ce que tu fais ? s'étonna son mari.
-Je me prépare pour me défendre, c'est assez compliqué de bouger correctement avec les robes de sorcières décorées et lourdes que je dois mettre tous les jours.
-Te défendre ?
-Si Harry est là, ça veut dire que c'est le moment, nous allons nous battre. Je ne me bats pas en robe longue.
-Tu n'y penses pas ? s'exclama Blaise. C'est dangereux, tu pourrais être blessée !
-Je sais. Toute ma famille, tous mes amis seront là, dehors. Hors de question de rester derrière. Mais tu n'es pas obligé de me suivre.
-Bien sûr que je vais te suivre, s'indigna Blaise.
C'est à ce moment que Nott tapa à leur porte, les informant qu'ils étaient tous convoqués dans le Grand Hall. Les jeunes gens échangèrent un long regard. Tout se décidait ce soir.
