Les rêveries de Remus se prenaient à des songes de baisers et de nuits agitées depuis qu'un doute sur l'inclinaison de Sirius s'était doucement insinué. Tout avait débuté vers la mi-avril, quand il surprit des yeux d'agate posés sur lui en s'habillant après sa transformation. Quelques jours tard, le garçon d'un ordinaire indifférent, se renfrogna quand Sarah vint l'inviter au bal de juin disant qu'elle dérangeait. Petit à petit, Rémus remarqua que les yeux nuages le suivaient régulièrement. Lorsqu'il les rencontrait, Sirius lui souriait sans baisser le regard et c'était lui qui le détournait, l'air un peu gêné. Il était trop peu sûr de lui pour tenter d'en comprendre la raison. Son cœur comportait autant de tristesse vague, de crainte, d'incertitude que de joie, de plaisir, d'envie et d'un espoir brûlant. Ressentir autant d'émotions était irrationnel et complétement nouveau. Pour la première fois de sa vie Rémus craignait que l'année se termine et qu'il soit contraint de rentrer chez ses parents sans avoir pu parvenir à mettre un mot sur ce qu'il ressentait.

L'idée de retrouver sa famille et d'être séparé de ses amis lui était insupportable. Le soleil de plus en plus important en avril brumisait la peau de Sirius dont les lèvres babillaient depuis quelques minutes à raconter un rêve fantasmagorique avec le concierge Appolon Picott survenu le matin même. Il agitait ses bras dans tous les sens et ses doigts décrivaient chaque détail d'un songe qui semblait être une fable provenant d'un délire de l'esprit embrumé de leur ami.

Plusieurs fois, James fit répéter Sirius. Il était incertain de la conduite à tenir. Fallait-il en effet aller trouver Dumbledore et le concierge pour raconter les sornettes que leur ami ne semblait lui-même pas certain d'avoir rêvé ? Des balivernes de la sorte, Sirius adorait en raconter. Il était normal que ses amis se méfient.

Rien que cette année, Sirius avait raconté qu'une arche fabriquée par son ancêtre permettait d'accéder au monde des morts et se trouvait dans le ministère de la magie. Il avait dit qu'une personne – autre qu'eux – arrivait à se rendre invisible et à monter sur le toit pour écouter les conversations. Il avait prétendu qu'une araignée de plusieurs mètres vivait au fond de la forêt interdite et qu'elle avait des milliers d'enfants. Il avait raconté que Lily et Severus se connaissaient depuis l'enfance.

Il avait dit qu'il y avait une école de sorcellerie sur la lune qui avait ouvert et que les missions lunaires moldus de 1969 et 1972 étaient pour dissimuler l'information. Il prétendait d'ailleurs que la première fois était un canular et que les américains n'y étaient pas arrivés. Il disait que Salazar avait caché un monstre à l'intérieur de Poudlard pour tuer les enfants aux sangs impurs et que chaque étoile était un monceau de magie dans l'univers.

Ce n'était rien face à tous les complots ! Sirius voyait des complots absolument partout à force de lire des BD avec des James et des livres au club de littérature. Il était persuadé que le ministère ne disait pas tout sur la mort des Londubat, que Dumbledore avait une raison secrète de ne pas être entré en conflit directement avec Grindelwald lors de la seconde guerre des sorciers et il avait même refusé d'intégrer le club de Slughorn prétextant que c'était une société secrète dangereuse même si Slughorn n'abandonnait pas l'idée. Il avait également accusé Rusard d'être un vampire et Arthur de traficoter des objets interdits moldus depuis qu'il vivait seul au terrier. Comme le disait McGonagall : « Il avait l'imagination fertile. » Culthbert Binns, le professeur d'histoire ne cessait de lui répéter : « Vos lectures mon pauvre garçon, elles vous font tourner la tête, elles vous endorment l'esprit et vous font divaguer. Grandissez ! »

Remus trouvait attendrissant que Sirius soit aussi onirique. Il brûlait d'envie de le questionner sur les détails de son rêve. C'était intriguant et ça lui taraudait l'esprit. Sirius insistait tellement sur le fait que c'était une réminiscence et qu'il ne dormait pas. A la vitesse du récit, ils seraient encore au crépuscule à l'entendre compter un rêve de quelques minutes.

« Si j'ai bien compris, résuma James, tu étais en train de rêver de nous dans le couloir quand on a collé les chaussures de Rusard quand Appolon Picott est arrivé dans ton rêve…
─ Mon souvenir ! corrigea Sirius.
─ et il t'a dit qu'il y avait un objet à récupérer dans un cimetière dont tu ignores tout. Il semblait mourant. Et le gars qui est là-bas en train de parler avec Hagrid en parfait santé, tu penses qu'il est une doublure ?
─ Je sais de quoi ça a l'air. » maugréa Sirius qui ne se souvenait pas totalement de la réminiscence. Il devait le répéter encore et encore de crainte de l'oublier. Les songes sont si volatiles, comme les regards de Rémus quand leurs yeux se croisaient.

Véritablement, James essaya de donner du crédit à son meilleur ami. Sirius insistait tant qu'il voulait le croire. Il sentait bien Remus et Peter étaient plus circonspects. Les deux le prenaient l'histoire comme un tendre délire de leur ami. Il écouta Sirius user d'un langage vulgaire, de quelques insultes, maugréer, sembler se menacer lui-même et continuer :

« Par Morgane, je sais que j'ai l'air fou, aboya Sirius.
─ C'est pas ça, essaya de justifier Peter.
─ Ah non, mais c'est tout à fait cohérent, ria James, je suis impatient de voir tête de monsieur Picott quand tu vas lui dire qu'il est un imposteur. Et dans ce rêve, je peux savoir ce qui t'a procuré un tel effet ? Car tu nous dis beaucoup d'informations mais tu sembles oublier celle qui t'a réveillé au garde-à-vous.
─ Arrête de faire l'idiot, Jay, je suis sérieux ! »

L'air morose de Sirius fit rire James. Il se redressa et appuya sa main sur l'épaule de Sirius avec calme. Il récupéra son sac à dos et eut un nouveau rire en le chargeant sur son épaule. Sirius n'était qu'une tête de mule en train de bouder ! Il avait l'air sur le point de mordre avec cette mine renfrognée. Sans arrêt, James répétait à Sirius de parler à des adultes et aujourd'hui il voulait l'en empêcher. L'ironie du sort. Le bellâtre passa la main dans ses cheveux. Tout en tournant le regard pour voir si Elizabeth ou Faiza le regardaient, il dit :

« Est-ce qu'on peut en reparler après l'entrainement de quidditch avant de prendre une décision ? Je n'ai pas envie de finir en retenu jusqu'aux vacances pour avoir énervé monsieur Picott. »

Sirius répéta que c'était pressé. Il avait perçu l'appel à l'aide de monsieur Picott dans son esprit. Jamais son esprit ne lui mentirait de la sorte. Quoique. C'était peut-être une duperie de Jedusor pour le faire renvoyer de l'école. Il l'avait déjà fourvoyé par le passé. Au point de lui faire voir des choses n'existant pas ou de le piéger à faire des choses qu'il ne voulait pas. Il était assez fourbe pour le tenter à distance. Depuis que son père avait clairement fait entendre qu'il n'était là qu'à cause de l'insistance de Dumbledore et qu'à la moindre erreur, il retournerait à la maison, Sirius sentait bien qu'il risquait beaucoup à se faire remarquer même s'il ne pouvait s'empêcher les mauvaises plaisanteries, sur Severus en particulier depuis le cambriolage de son esprit. Il devait en parler à quelqu'un de confiance : Dumbledore ! Il était le seul adulte en qui il pouvait avoir confiance. Il était venu le chercher au 36 square Grimmaurd, chez ses parents et avait usé de son influence pour lui permettre d'être ici. James insista : ils devaient d'abord en parler à quelqu'un qui connaissait Picott et avoir son opinion.

Profitant de la séance de Quidditch, Sirius et lui allèrent trouver Molly qui semblait en mauvais terme avec leur capitaine Daisy en ce moment. Elle était souvent en conflit avec le concierge et passait en ce moment beaucoup de temps dans son bureau. Elle serait si quelque chose avait changé chez lui ! Sirius lui posa quelques questions sur l'attitude étrange de Picott. Molly sembla prise au dépourvu. Elle lui dit qu'il se trompait. Totalement. Elle était certaine que c'était bien Appolon qui était là. Elle le disputa avec une dose de dédain qui surpris Sirius. Elle l'accusa de sombrer dans la paranoïa et d'être enclin au scepticisme, de vouloir répandre des inepties comme Rita Skeeter et de sombrer dans l'autosuggestion. Plus elle argumentait, plus James à coté de Sirius lui disait d'arrêter d'insister et plus Sirius fronçait les sourcils. Pourquoi elle défendait autant Appolon Picott ? Depuis quand est-ce qu'elle était aussi proche de lui ? A la rentrée, elle était inquiète de ne pas le voir mais en ce moment elle était toujours avec lui.

« Retournez-vous entrainer ! » ordonna-t-elle.

Quelques heures plus tard, James rentrait dans la chambre. Il était furieux. Il claqua violement la porte. Remus et Peter sursautèrent. Ses joues étaient rouges de colère. Il rugit de rage. Il repoussa violement du linge trainant sur le sol et jeta contre le mur un vif d'or qui s'envola dans toute la pièce. Le précieux cadeau de Remus revint rapidement se poser à sa place. Il foudroya du regard ses deux meilleurs amis craquant ses doigts.

« Dites-lui de me laisser digérer, bordel !
─ Qu'est-ce qui se passe ? » bafouilla Remus.

La porte s'ouvrit. Transpirant d'avoir dû courir pour le rattraper, Sirius ne portait pas sa cape et était encore en tenue de quidditch. Ses cheveux étaient plaqués à l'arrière. Il avait vu James partir en colère après avoir discuté avec Daisy. Lorsqu'il était descendu au sol et qu'elle lui en avait dit la raison, il avait blanchi.

Il avait essayé de le rattraper, mais James avait déjà disparu. Il faudrait vraiment inventer une manière de les localiser mais dans le doute il avait tenté leur chambre commune. Sirius était rassuré de l'y trouver.

« Jay ! Qu'est-ce que tu fous ?
─ Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » répéta Remus.

Sirius attrapa la main de James pour essayer de le faire arrêter de jeter ses affaires de quidditch dans toute la pièce. Le garçon arracha un poster, repoussant Sirius.

« Demandez à Sirius ! Je t'ai dit d'arrêter de me toucher ! »

Couinant sous un rejet violent de James, Sirius exprima un instant de la douleur à être ainsi projeté contre une armoire. Il bondit face à son meilleur ami, le poussant à son tour contre un mur en beuglant :

« J'en veux pas du rôle de poursuiveur, arrête tes conneries ! J'te jure. J'étais très bien en gardien ! J'deviendrai batteur. Je refuserai, Jay. Je te le jure, je vais le refuser. Arrête… Aïe ! »
La colère rouge surgissait chez le jeune lion. La baguette de James levée vers Sirius, il le regarda se cogner contre sa table de chevet. Ne pouvait-il pas le laisser décolérer tout seul ? Ses amis le savaient pourtant ! Il se mettait vivement en colère et ensuite il se calmait. Pourquoi fallait-il que Sirius insiste toujours ?

« Visiblement, tu es meilleur sur un balai que moi ! cracha James.
─ Mais…
─ C'est bon ! Je peux être poursuiveur, je m'en merlin totalement !
─ Jay ! J'ai rien demandé !
─ C'est tout toi ! Tu demandes rien. Tu t'en merlin de tout. Tu fous rien. Mais tu as tout !
─ James !
─ T'as toujours beaucoup trop de chances Sirius, j'en ai marre de toi ! »

Ouvrant la bouche pour protester, Sirius marmonna de manière incompréhensible avant de se jeter sur son ami pour lui mettre son poing à la figure. Autant James usait souvent de sa baguette, autant Sirius en colère faisait usage de ses poings. Comme un vulgaire moldu, pensa malgré lui James.

« Comment ça, j'ai tout ? » hurla Sirius, soudain terrorisé à l'idée que James puisse en avoir assez vraiment de lui.

James reçu le coup de poing sans broncher, usant de sa baguette pour projeter Sirius au sol.

« Le club de Slughorn que tu snobes, tu crois pas que Remus aurait aimé y être ? Dis-lui Remus…
─ Rem…., murmura Sirius. »

Le châtain détourna les yeux.

« Tu t'en fous d'être accepté dans ce prestigieux club, hein ? Tu t'en fiches que Slughorn dise devant tout le monde qu'il est triste de n'avoir qu'un Black sur deux dans sa maison, comme-ci tu étais un précieux sorcier à avoir ? Tu t'en merlin totalement la tête d'entendre dire que tu es fait pour le poste d'attrapeur !
─ Ch'tai dit que j'en voulais pas ! Arr'te d'crier sale Magyar à pointe, boutefeu enragé ! T'es qu'un…. Mêl'pas Remus et Peter à tes jalousies.
─ Mes jalousies ? Tu crois qu'ils ont rien à te reprocher ?
─ Quoi encore ? Qu'est-ce-que j'fais ?
─ T'as embrassé plusieurs personnes alors qu'on l'a jamais fait et tu refuses de nous en parler. T'as des bonnes notes sans bosser. Tu disparais tout le temps. T'es un lâcheur ! T'as été invité au bal par Faiza, Violette, Mary, Elizabeth, El…
─ Mais j'veux y aller avec personne !
─ C'est PIRE Sirius ! T'es ramolli du cerveau ou quoi ? Tout le monde te veut et tu veux personne !
─ C'est juste du quidditch, t'abuses !
─ POUR TOI. TOI TU t'en fous de tout. Est-ce que seulement tu nous veux ou on t'oblige aussi ? C'est ça que tu te dis ? Potter voulait être mon ami, je m'en fiche alors je le suis.
─ T'sais qu'enragé, t'es aussi idiot qu'un Goyle ?
─ Même madame Pince en pince pour toi. Elle t'a presque supplié de venir dans le groupe d'histoire !
─ C'te ! C'est mon père qui lui a fait des compliments pour ….
─ Ah oui, j'oubliais le grand, le puissant Black qui a un fan club de petites groupies de sang-pur voulant l'épouser !
─ Ah ! Car ça aussi c'est ma faute ?
─ Le grand Black ! Meilleur au Quidditch ! Le - le grand - l'incroyable - Sirius ! Et son pote James. L'éternel meilleur ami qui est bon qu'à être poursuiveur !
─ Jay ! Tu vrilles pour rien ! Jt'le prendrai pas l'poste !
─ TU SAIS QUOI ! Va dire au concierge que tu bandes pour lui au lieu d'essayer de me calmer ! Ton premier baiser, c'était pas avec un mec dis-moi ? C'est pas pour ça que tu refuses de nous en parler ? Tu serais pas un déraillé de la consanguinité, un déviant ? »

La baguette tremblante à la main, Sirius claqua la porte. Le haut de James était ouvert. Il saignait abondamment. En colère, Sirius usait toujours de sa force physique mais quand il était bloqué et avait peur, il usait de sorts ésotériques, souvent non entendus par ses camarades et toujours violents. La douleur réveilla James de sa colère. Il savait parfaitement qu'il ne pensait pas en mot de ce qu'il venait de dire. Il renifla un instant avant de s'écrier :

« Sirius, attend !
─ …James, t'as merdé.
─ Je vais le ch…
─ Non ! crièrent Peter et Remus ensemble.
─ Déjà tu es blessé, argumenta Remus, et c'est beaucoup de sang. Je peux pas soigner ça.
─ Et tu vas le rendre encore plus furieux…, Remus… tu devrais y aller et toi aller à l'infirmerie.
─ Moi ?
─ …Sirius semble se calmer quand tu lui parles, non ? Il t'écoute toujours. »

Remus rougit brutalement, sous la surprise des deux autres garçons. Il branla d'avant en arrière de la tête avant de murmurer :

« Avant, James, explique-nous pourquoi tu as été aussi blessant.
─ Je suis pas gravement blessé ?
─ Juste profondément. Explique !
─ Vous allez trouver ça minable !
─ Oh, t'en fais pas, on a l'habitude !
─ Eh ! »

Peter se mit à rire. La porte de la chambre s'ouvrit.

« Mais t'es blessé ! s'écria Daisy qui ramenait les affaires de Sirius.
─ T'ES UNE FILLE, pourquoi tu peux monter ici ?
─ Tu savais pas que nous, les filles, nous pouvions aller dans les chambres des garçons ?
─ Eh, c'est pas juste !
─ Il faut aller à l'infirmerie !
─ Non, c'est pas…
─ MOLLY ! TILDEN ! Qui a fait ça ? »

Face au silence des trois garçons, Daisy chercha le quatrième cancrelat qui manquait. « BLACK ! Cette fois-ci, pas question de laisser un Black en faire qu'à sa tête ! Où est-il ? »

❦ღ⁂웃⁂웃⁂웃⁂웃ღ❦

J'espère que l'autre blondinet n'est pas pressé d'être sauvé. Franchement, je vous jure ❥❤ ! J'ai d'ailleurs toujours trouvé un peu sexiste le fait que les filles puissent monter dans le dortoir mais pas les garçons.