Chapitre 27 – Retrouvailles et craintes
Je n'avais aucune idée du temps qui s'était écoulé depuis ma capture au temple. Je ne cessais d'alterner les périodes d'inconscience avec de très bref réveils. Je sentais être traîné sur le sol, plus tard je me retrouvais en train d'être emporté par les flots, tandis qu'encore plus tard je voyais des visages très flous être penchés sur moi, tandis que je psalmodiais des mots incompréhensibles. Je n'avais aucune idée de ce qui s'était passé, ni où j'étais, mais un des visages me semblait extrêmement familier. Plus encore, on aurait dit…
« Eh toi ! Tu ne comprends pas quand on te parle ? Debout ! »
Brutalement ramené à la réalité, j'eus tout juste le temps d'entrouvrir les yeux, aveuglé par la lumière, pour voir un immense poing s'enfoncer dans mon ventre, me coupant pratiquement le souffle. Sous l'effet de la surprise, je sentis mes jambes lâcher, me retrouvant suspendu dans les airs à cause des chaînes reliées à mes poignets. En face de moi, Kelar'iah me regardait me débattre faiblement, ravie.
- Je pensais que tu avais compris la règle ! Interdiction formelle de manger et dormir tant que l'on n'aura pas atteint la Citadelle. On ne voudrait pas qu'il te vienne à l'esprit de t'enfuir.
Ce fut ensuite tout juste si elle me fit boire un peu d'eau, avant de refermer la porte, me replongeant pour la énième fois dans l'obscurité.
Même si j'avais été en pleine forme je ne voyais pas comment m'en sortir cette fois. J'ignorais depuis combien de temps j'étais enchaîné dans cette cage, sans le moindre rayon de lumière, à étouffer de chaleur et avec pour seule compagnie le bruit incessant des roues du chariot. Et comme si tout cela ne suffisait pas, le seul moment où j'aurais pu essayer de dormir discrètement, il avait fallu que ce maudit rêve réapparaisse. Décidément, la princesse avait bien pris son temps pour tout planifier. Quel abruti j'étais... Et dire que j'avais accepté de la laisser repartir avec Impa, j'aurais eu mieux fait de refuser. Non seulement elle avait profité de tout ce temps pour organiser ce comité d'accueil, mais en plus je n'avais aucune idée de ce qu'avait bien pu devenir Impa. Au vu du nombre de jours qui s'étaient écoulés, je craignais malheureusement qu'elle ne soit plus avec nous… Un énième échec à ajouter à ma longue liste. A chaque fois que je pensais avoir touché le fond, je découvrais que cela pouvait toujours empirer. Quand le destin cesserait-il donc de s'acharner sur moi ?
Perdu dans mes pensées, ce fût à peine si j'entendis le bruit sourd porté contre la porte. Sans doute Kelar'iah qui s'amusait avec mes nerfs une fois de plus. Mais au bout de la troisième fois, je n'étais plus aussi sûr, tant le choc avait été violent. C'est à ce moment-là que je remarquais deux choses. Non seulement le bruit sourd des roues avait cessé, ce qui n'avait jamais eu lieu jusqu'alors, mais parmi les bruits que j'entendais de l'extérieur, je reconnus avec certitude le crissement des épées qui s'entrechoquaient. Je ne savais pas ce qui se passait, mais il semblait y avoir un violent combat à l'extérieur. Un énième coup fini cependant par forcer la porte, inondant la cage de lumière. Aveuglé, je fus incapable de voir la personne en face de moi. A tous les coups, cela devait être Zelda qui voulait achever le travail.
Brusquement, je sentis la pression des chaînes disparaître, tandis que je m'effondrais au sol, surpris et épuisé.
- Décidément, on ne peut pas te laisser seul sans que tu n'attires tous les ennuis à la ronde. Heureusement que je suis du genre coriace, et que tes nouvelles amies aient vu ton arrestation. Que deviendrais-tu sans nous ?
Je devais être en plein délire. Je ne voyais pas d'autres explications. Cela ne se pouvait, pas après tout ce temps elle était certainement morte…
- Tu comptes rester toute la journée assis ? A moins que tu ne souhaites avoir ton tête-à-tête avec le Roi et sa fille.
Encore cette voix… se pouvait-il que… Ouvrant péniblement les yeux à cause du soleil, je vis lentement se dessiner en face de moi un visage que je ne pensais plus revoir.
-Bonjour Link ! lança Impa avec un grand sourire. Je t'ai manqué ?
Dehors, les combats s'estompaient à mesure que les derniers mercenaires du roi se rendaient à la troupe combinée des piafs et des gerudos. Epaulé par Impa, j'avançais péniblement vers Hyr'iah et, ô joie, Amipha, lorsque je la vis à côté d'elles, étroitement surveillée par deux gardes. Non seulement elle n'était pas désarmée, mais en plus elle semblait plus être une invitée qu'une prisonnière. En voyant cela, mon cœur ne fit qu'un tour.
- Toi…
En me voyant, elle me gratifia une nouvelle fois de son sourire sadique, et je me retenais de ne pas parcourir la faible distance pour lui mettre ma main en plein visage, tant son regard mauvais m'horripilait. Il y avait en plus un léger détail sur son visage qui m'intriguait, et le fait de ne pas savoir quoi m'énervait encore plus.
- Tiens donc… On dirait bien que votre chevalier m'aura échappé encore une fois. Que c'est pitoyable. Ça se dit héros, mais ça ne parvient même pas se débrouiller seul… C'est à se demander comment tu as pu t'en sortir aussi longtemps.
Au fond de moi, je sentais ma rage bouillir de plus en plus, tandis que mes yeux devinrent noirs de colère. Je ne rêvais que d'une chose, lui faire payer au centuple pour tout ce qu'elle avait fait, l'entendre supplier de l'épargner… Déesses… mais qu'est-ce qu'il m'arrivait ? Pourquoi étais-je envahi par ces sombres pensées ? Non, je refusais de sombrer dans la haine… Je ne voulais pas devenir comme ça… Pas comme elle… Je luttais de toutes mes forces pour essayer de reprendre le contrôle. Je sentais comme une bête au fond de moi… une bête qui me rongeait de sa haine et qui ne souhaitait qu'une chose, libérer sa rage à travers moi… Au prix d'un immense effort, je parvins enfin à la contenir, tandis que toute trace de colère disparaissait aussi soudainement qu'elle était apparue, mais en m'ôtant mes dernières forces.
Epuisé, je sentis mes jambes lâcher et seule la force et la rapidité d'Impa m'empêchèrent de m'écraser au sol, tandis qu'en face de moi Zelda éclatait d'un rire cruel.
- Quel magnifique spectacle, vraiment ! Ah qu'il est beau votre héros ! Rien que pour le voir comme ça, je ne regrette pas d'avoir été capturée.
- SUFFIT ! cria Hyr'iah. Impa, pourquoi persistez-vous à accepter son aide, alors que son seul but est clairement de nous trahir à la première occasion ?
- C'est compliqué… On en parlera plus tard si vous le voulez bien… Mais sachez que l'on a absolument besoin d'elle… Ne vous inquiétez pas, quelqu'un se chargera de la convaincre… Mais d'abord, rentrons le plus vite possible au Domaine. Amipha, je te laisse te charger de Link.
Aidé par Amipha, nous nous dirigeâmes vers un des chariots de l'escouade, tandis que Zelda nous suivait, l'air satisfaite. Et tandis que l'escouade se mettait en route et qu'Amipha m'aidait à m'allonger, j'entendis Zelda me glisser discrètement au passage :
- Alors comme ça ils ne t'ont rien raconté ? Intéressant… Je sens que je vais bien m'amuser… Tu passeras le bonjour à Elle de ma part… ksss ksss ksss.
