Chapitre 46 : Le Mariage

Nous étions sur la plage, c'était une jolie fin de journée en plein mois de juillet.

Les invités étaient assis sur des chaises faisant face à la mer.

Peeta et moi nous tenions face à face le regard plongé dans celui de l'autre, reflétant toutes les émotions que nous pouvions ressentir en cet instant si particulier. A nos côtés se tenaient Annie et Rory, le frère de Gale.

C'était là dans le District quatre près de la maison d'Annie qu'ils avaient décidé de célébrer la cérémonie. Cela faisait un an maintenant qu'ils étaient fiancés. Mais ils avaient souhaité prendre leur temps.

Gale s'avança dans l'allée habillé d'un pantalon et d'une chemise en lin blanc, ses pieds nus s'enfonçant dans le sable. Hazelle lui donnait le bras, elle était très émue.

Arrivés près de nous, ils se prirent dans les bras l'un de l'autre puis elle allât s'assoir à côté de Maman.

J'étais heureuse de la revoir ainsi que Rory qui avait tellement grandi. Il était presque plus grand que son frère ainé. Vick aussi avait énormément changé. Quant à Posy c'était une belle jeune fille, elle avait les mêmes yeux que Gale. Ils semblaient vraiment être en pleine forme tous les trois.

Gale leva soudain la tête et son visage s'illumina.

Nous nous retournâmes tous pour voir Johanna arriver dans une simple robe blanche en lin beige, ornée des fleurs brodées. C'était Annie qui la lui avait faite. Elle aussi s'avançait pieds nus. Elle avait demandé à Haymitch de lui donner le bras. Celui-ci avait immédiatement accepté. Elle était radieuse et elle affichait elle aussi un sourire magnifique. Gale et elle ne se lâchaient pas du regard. Haymitch la laissa en la gratifiant d'un baiser sur la joue et lança un clin d'œil à Gale.

Ils se tenaient l'un en face de l'autre, leurs mains jointes. Ils prononcèrent les paroles, échangèrent leurs vœux, se dire oui mutuellement et s'embrassèrent sous les applaudissements de notre petite assemblée, le soleil se couchant derrière nous.

La soirée se déroula sur la plage qui était illuminée par des torches. Des tables avaient été dressées sous un petit chapiteau. Le buffet était délicieux et pour une fois Peeta n'avait rien eu à faire, enfin presque. Tout comme pour Annie et Finnick, il s'était lui-même chargé du gâteau de mariage.

Hormis la famille de Gale, il y avait Maman et Haymitch, Annie accompagnée de Caleb et de Finn, Paylor, Enobaria accompagnée d'un certain Marcus, Beetee et Eiffie, Delly, Thom et leur petite Ellia et pour finir Paylor.

Le cadre était parfait, la soirée agréable, simple et sans chichis. Elle était à notre image à tous. Loin du faste du Capitole.

Peeta n'avait cessé durant toute la soirée d'être tactile à mon égard, de me lancer des regards appuyés. J'aimais vraiment quand il était comme ça et cette soirée semblait nous transporter lui et moi. Pas que nous d'ailleurs. Annie revenait d'avoir été coucher Finn et Caleb lui proposa de danser avec lui.

Leur relation avait mis des mois à décoller un peu, Annie étant toujours partagée, rongée par l'idée qu'elle était en quelques sorte en train de tromper Finnick. Elle avait passé des semaines à voir Caleb en cachète pour éviter que Finn ne l'apprenne. Mais il y a environ deux mois elle s'était jetée à l'eau et avait officialisé leur relation.

Finn l'avait très bien pris. Il avait souvent eu l'occasion de voir Caleb et ils s'entendaient bien tous les deux.

Avec Annie qui arrivait enfin à tourner la page, Gale et Jo qui venaient de se marier, et mon couple avec Peeta, nous pouvions dire que nous en avions fait du chemin nous autres rescapés des Hunger Games.

Peeta, qui ne m'avait pas quitté des yeux de la soirée, vint me chuchoter à l'oreille qu'il allait aller se promener sur la plage tout en me lançant un regard qui laissait peu de place aux doutes quant à ses intentions. Comme tout le monde était relativement occupé, entre les rires, les histoires et anecdotes des uns et des autres, j'attendis une ou deux minutes avant de me lever et de le rejoindre. Cette soirée, ce moment plein d'émotions avaient visiblement mis Peeta dans un état certain et j'avoue que moi aussi. La nuit était douce, et nous restions comme ça sur la plage jusqu'au lendemain matin. Je me souvenais de ce baiser échangé il y a des années dans l'arène des jeux de l'expiation. Ce second baiser, parmi tous ce échangés, qui avait de nouveau éveillé en moi la flamme de l'envie. Être avec lui aujourd'hui semblait être une telle évidence, même si les débuts n'avaient pas été ce qu'ils auraient dû, même si nous nous étions fait souffrir l'un l'autre, même si j'avais cherché à rejeter le plus loin possible de moi quelque sentiment vis-à-vis de lui, il avait su s'imposer à moi avec patience et volonté. Nous ne nous lassions pas de ces moments d'intimités passés ensemble qui ne faisaient que renforcer notre amour. Parfois je me trouvais bien trop fleur bleue à penser à tout cela de cette manière. Je n'avais pourtant pas d'autres mots pour en parler. Le passé n'existait plus, l'avenir je n'y pensais plus non plus, les cauchemars que nous avions toujours disparaissaient, nous seuls comptions.

La terre pouvait bien exploser que nous ne le remarquerions pas. Parfois cela me faisait toujours aussi peur, de me sentir si dépendante de lui. Malgré toutes ces années passées ensemble, ce sentiment perdurait. Une partie de moi aimait cependant se montrer vulnérable, sachant qu'au bout du compte il saurait me protéger. C'était ce que nous faisions toujours depuis le début, nous protéger l'un l'autre, nous sauver l'un l'autre, prendre soin l'un de l'autre.

Gale et Johanna avaient décidés de partir quelques semaines et pour la première fois en dehors de Panem afin d'explorer ce qui se trouvait hors de nos frontières. Nous finissions donc nos vacances annuelles dans le quatre sans eux.

En effet depuis que Paylor était à la tête du pays elle avait tenu ses promesses, et même au-delà. Nos frontières dans le pays n'étaient plus. Nous circulions tous librement à travers Panem, les traces des immenses barrières qu'elles soient de pierre, de fils barbelés électrifiés ou autre, avaient progressivement disparues.

Mais elle avait également réussi la prouesse de rouvrir nos frontières avec les autres pays du monde.

Pour nous, depuis tout petits, il n'y avait que Panem. Nous ne connaissions rien d'autre et l'on pensait que cela serait toujours le cas.

A présent nous pouvions nous rendre dans d'autres pays, voir d'autres cultures, découvrir d'autres façons de vivre. Cela s'était fait progressivement, il avait fallu montrer patte blanche et entamer de sérieuses négociations, puisque Panem, qui vivait en autarcie totale depuis des décennies, n'était pas bien vue dans le reste du monde.

Notre pays, considéré, à juste titre, comme une dictature barbare qui tuait des jeunes enfants pour en faire une émission de télé réalité, n'avait pas bonne presse. Cela me rassura car je pensais alors que le reste du monde semblait être relativement normal.

Paylor à force de travail, avait réussi à inviter certains dirigeants, afin qu'ils viennent constater par eux-mêmes que ce temps-là était révolu. Le charisme indéniable de notre dirigeante avait payé, et petit à petit elle noua des liens forts avec le reste du monde et su faire sortir progressivement Panem de son enfermement nombriliste, décidé jadis par quelques puissants.

Une fois, elle m'avait demandé si elle pouvait venir avec certains d'entre eux, en visite dans le douze, pour leur montrer comment ce District, autrefois le plus misérable du pays, avait su, tel un Phoenix, renaitre de ses cendres. Le fait était, qu'à mon sens, et malgré la rénovation totale du District, nous vivions toujours sur les cendres de nos concitoyens, amis, familles, mortes si brutalement lors du bombardement. Mais elle avait apporté un tel soin à la reconstruction du douze, qu'aujourd'hui celui-ci n'avait plus rien du District pouilleux et crasseux qu'il avait pu être et je trouvais cela normal qu'elle puisse leur montrer le fuit de son travail.

Il faisait bon de vivre dans le douze maintenant. En période estivale d'ailleurs, la population doublait, car les gens aimaient venir y passer du temps.

J'avais accepté la proposition de Paylor, à la condition expresse évidement, qu'il n'y ait pas de caméra.

Bien sûr, ma réputation m'avait précédée, et les dirigeants en question étaient également curieux de rencontrer l'une des figures phare de la rébellion, ce qui m'avait contrariée au début, mais j'avais compris que leur démarche n'avait rien de malsaine, au contraire, ils voulaient juste faire connaissance avec moi et comprendre comment une gamine de seize ans avait pu devenir la figure de proue d'un soulèvement national qui avait permis la chute d'un empire si répressif.

Je pris plaisir à leur faire découvrir l'école et à leur expliquer comment nous accompagnions nos élèves. J'avais demandé à Peeta d'être présent aussi, car il savait mieux que moi parler dans ces moments-là, et bien évidement il sut les séduire. Nous avions échangé les uns les autres sur les différentes manières dont fonctionnaient les systèmes scolaires dans leurs pays respectifs, et nous avions même échangés des idées qu'eux mettraient peut-être en place dans leur pays, et nous dans le nôtre. Cela semblait irréel de découvrir des personnes qui n'étaient pas de Panem et de pouvoir ainsi, partager avec eux aussi simplement. Pour moi cette richesse culturelle était un bien très précieux. C'est comme cela que par la suite nous avions pu ouvrir des classes permettant les échanges entre pays et j'en étais très fière.

Peeta et moi avions parlé de faire comme Jo et Gale et de voyager un peu, pour voir ce que le monde avait à offrir. Mais lui comme moi étions trop attachés à notre vie dans le douze. Pas que cela ne nous intéressait pas, je pense simplement qu'on en rêvait lui et moi, mais à chaque fois que nous avions dû bouger hors du douze, hormis lorsque nous allions dans le quatre, des catastrophes se produisaient. Alors malgré nos envies mutuelles, nous étions en partie bloqués par nos peurs.

Nous voyagions au travers des livres et les émissions que nous regardions.

Le mandat de Paylor, élue pour dix ans, touchait à sa fin. J'avais discuté avec elle, à plusieurs reprises, concernant son éventuelle envie de poursuivre ou non. Elle hésitait. Elle considérait qu'il était bien de savoir passer la main, d'autant que maintenant le pays avait su trouver sa voix et que rien ne semblait menacer notre nouvelle démocratie.

Je lui avais dit, que pour ma part, il y avait encore tant à faire, que la paix était quelque chose de fragile, comme avait su me l'expliquer Snow quand il était venu me voir avant la tournée des vainqueurs, même si son système à lui, pour le coup, n'était voué qu'à l'échec. Les paroles de Plutarch, même si celui-ci avait été le pire de tous, sur la nature humaine et sa propension à repartir dans ses mauvais travers, raisonnaient encore dans ma tête.

Finalement Paylor avait réussie à mettre en place tout ce qu'elle avait souhaité.

Le Capitole avait bien été métamorphosé, comme annoncé lors des commémorations avortées du premier anniversaire de la libération de Panem, qui s'étaient achevées brutalement avec l'attentat qui m'avait expédié à l'hôpital.

Peu de temps après l'ouverture de l'école, elle avait tenu un discours, pour expliquer aux citoyens les idées qu'elle avait eu et qu'elle comptait instaurer. Il s'agissait des annonces qu'elle était censée faire s'il n'y avait pas eu cet accident. Depuis lors, avaient effectivement fleuris, dans chaque District, des monuments aux morts, comme annoncés, les enseignes des villages des vainqueurs avaient disparu et ceux-ci avaient été rattachés sans distinctions à la ville à tenante. Les technologies avaient été déployées de manière égalitaire dans tout le pays, elle avait restructuré l'éducation et purgé Panem des partisans de l'ancien régime.

Elle avait aussi été jusqu'au bout de son idée et avait tenu à mettre en place la journée de fête nationale. Cette proposition avait fait mouche dans le pays, puisque depuis son annonce, chaque année, le temps d'une journée, un District était mis à l'honneur et les gens de tout Panem se retrouvaient dans le District organisateur, pour se souvenir, ne pas oublier, rendre hommage, et aussi fêter la vie. D'ici deux ans cela serait au tour du douze.

Pour ma part je n'avais jamais voulu participer de près ou de loin à aucune de ces journées. Chaque année, et j'en avais fait ma tradition personnelle, comme il s'agissait d'un jour férié, je partais chasser et m'enfouir la journée entière dans la forêt pour ne rentrer qu'avec l'arrivée de la nuit. Peeta le comprenait et n'avait jamais suggéré, ne serait-ce qu'une fois, l'idée que nous allions assister à l'une d'elle.

Lui passait généralement cette journée à se reposer ou peindre, voir les deux, en attendant mon retour. Pour lui aussi c'était difficile par moment, souvent il repensait à sa famille. Il me disait de temps en temps qu'il aurait aimé leur montrer qu'il avait su s'en sortir, contre toute attente, et qu'il était devenu un homme bien et partager ça avec eux. Parfois je m'en voulais car j'étais tellement auto centrée sur ma propre douleur d'avoir perdu Prim, que j'en oubliais que lui était devenu orphelin du jour au lendemain.

Finalement Paylor annonça sa candidature environ six mois avant les élections, surtout après avoir vu deux candidats se présenter, qui lui faisaient craindre pour l'avenir de Panem. Paylor n'était pas le genre de personne à aimer le pouvoir pour le pouvoir. Malgré ses dix années passées en tant que Présidente, elle avait su rester la même.

Son premier concurrent était un petit homme chauve, qui était un notable du Capitole et avait axé sa campagne sur un retour à plus de traditions, essayent d'entrainer avec lui des éventuels nostalgiques de l'ancien régime. Bien évidemment, il avait juré que jamais ô grand jamais les jeux de reverraient le jour s'il devait être élu, mais il désapprouvait cependant la vision de Paylor au sujet de l'ouverture de nos frontières sur l'extérieur et lui reprochait également d'avoir trop investi dans le douze, au détriment du Capitole, qui pour lui, plus qu'aucun autre territoire de Panem, avait payé un lourd tribut lors de la fin de la guerre. Évidement il se servit aussi de l'histoire avec Plutarch pour souligner son incompétence et son manque d'expérience pour être en mesure de gérer à plus long terme l'économie et la sécurité du pays.

Ironiquement depuis l'élection de Paylor, l'économie du pays justement, ne s'était jamais aussi bien portée. Toutes les richesses étaient désormais réparties de manière égalitaire.

Alors oui, le Capitole avait du coup perdu un peu de sa superbe et de ses privilèges d'antan, en étant les seuls à posséder telle technologie, ou tel produit de luxe par exemple, mais pour nous autres citoyens, cela nous convenait très bien comme ça.

Et concernant la sécurité, avec la révocation des Pacificateurs et l'avènement des Protecteurs, sous le contrôle désormais total de Gale, la criminalité était infime.

Leur rôle était finalement presque plus de de venir en aide aux gens, lors d'accidents domestiques comme des incendies par exemple, ou de prendre en charge des personnes s'étant blessées pour les conduire à l'hôpital et les soigner durant le trajet avant de passer le relais aux médecins.

Ils intervenaient aussi auprès des sans-abris ou des personnes encore en difficultés financières pour leur apporter des provisions, les aider du mieux qu'ils le pouvaient.

Gale avait voulu qu'ils soient autant capables de se battre, en cas de besoin, que d'aider leur prochain.

Les sélections étaient strictes et il fallait vraiment posséder de grandes qualités pour devenir Protecteur.

La seconde candidate était une native du District un et elle avait une autre vision de l'avenir. Elle voulait profiter de l'ouverture des frontières sur le reste du monde pour étendre la puissance de Panem. Elle voulait notamment construire une grande armée, à but dissuasive disait-elle, étendre les échanges commerciaux avec le reste de monde afin que le monde entier nous achète nos richesses de manière à augmenter les revenus du pays et à nous imposer comme super puissance mondiale.

Elle disait que cela était dans le but d'améliorer durablement la vie de tous les citoyens de Panem.

Paylor, elle, joua franc jeu comme à son habitude. Son programme était simple : poursuivre sa mission de reconstruction et d'unification des Districts dans le pays car selon elle il existait, sur certains sujets, des disparités. Continuer à s'assurer du maintien de la paix, du maintien des échanges culturels au niveau mondial, sans s'imposer comme une super puissance comme le proposait son adversaire féminine, mais plutôt en étant acteur, ensemble, avec les autres pays, d'égal à égal. Elle ne voulait pas que notre passé nous rattrape et que notre orgueil dangereux prenne le dessus, puisque c'était selon elle ce qui avait conduit à l'instauration de la dictature que nous avions subie durant des décennies. Elle voulait se poser en défenseuse de la démocratie. Elle ne cherchait pas à présenter un programme révolutionnaire et n'étant pas une politicienne corrompue par le pouvoir, elle ne chercha pas à fuir devant les erreurs commises et s'en justifia systématiquement.

A l'issus de plusieurs mois de batailles par médias interposés, de débats diffusés en direct entre les trois candidats et de tournées dans tous les Districts, le résultat tomba. Il fut plus serré que nous l'avions imaginé. Paylor remporta certes les élections, mais sa concourante féminine ne termina pas très loin d'elle. Par contre le petit chauve, lui, fût éliminé dès le premier tour.

Paylor du apprendre à composer avec une nouvelle forme d'opposition et surtout à redoubler d'efforts et de vigilance pour endiguer d'éventuels courants, dont personnellement je ne voulais surtout pas. Nous avions encore dix ans devant nous pour prouver au pays que d'autres voies étaient possibles et qu'il ne fallait pas oublier la guerre ni risquer de retomber dans de mauvaises habitudes. J'aiderais à ma modeste manière Paylor dans cette tâche. Je m'en fis la promesse, tous les membres de notre famille s'en firent la promesse.

Cela faisait cinq ans que Gale et Johanna étaient mariés et cela faisait maintenant douze ans que la guerre était terminée.

Johanna m'appela un jour, pour me demander s'ils pouvaient venir avec Gale, passer quelques jours à la maison. Évidement j'accepta immédiatement. Cela faisait six mois, depuis nos dernières vacances ensemble à la mer, que nous ne nous étions pas vus. Ils arrivèrent le weekend en suivant.

Et quelle ne fut pas notre surprise en les accueillant de voir un petit bonhomme brun aux yeux verts, trottiner en tenant la main de Jo.

Cela faisait cinq mois qu'ils avaient adopté le petit Anton, dans un orphelinat du District sept.

Ses parents avaient péri tous les deux dans l'incendies tragique de leur maison qui s'était déclaré en pleine nuit. Les protecteurs avaient pu sauver Anton, mais sa sœur ainée et ses parents n'avaient pu en réchapper.

En nous voyant, il se cachât derrière les jambes de Jo, suçotant un morceau de tissus qui était son doudou, qu'il ne lâchait jamais. Il était très mignon mais extrêmement timide et craintif. Cela devait être dû au traumatisme qu'il avait vécu. D'ailleurs il en garderait à vie une cicatrice, sur son bras gauche, qui avait été en partie brûlé.

Jo semblait métamorphosée. Elle faisait preuve d'une douceur absolue avec son fils et Gale n'était pas en reste le couvant du regard.

Le premier jour il nous avait été impossible de l'approcher. Il ne parlait pas encore beaucoup, bien que Jo nous dît, que par moment c'était une vraie pipelette, quand ils étaient tous les deux ensembles, surtout quand elle l'amenait avec elle, grimper aux arbres, lui sur son dos, bien harnaché dans son baudrier de sécurité.

Le second jour, Peeta avec son charme et son calme, réussit à le faire sortir un peu de sa coquille en lui donnant de la peinture et des feuilles pour dessiner. Il commença par lui montrer comment faire, puis le petit garçon avec ses gestes empotés de tout petit, avait pris un pinceau et fit des trainées colorées sur la feuille. Il accepta même que Peeta l'aide en lui tenant la main pour le guider.

A un moment Peeta se pencha à son oreille pour lui dire quelque chose et nous avions alors entendu Anton rire discrètement et esquisser un sourire.

J'étais toujours étonnée de voir faire Peeta avec les enfants. Je l'avais déjà vu à l'œuvre avec Finn. Je ne savais pas quel était ce don qu'il avait, mais il arrivait toujours à les envouter.

Après une heure passée à dessiner tous les deux, Peeta lui demanda s'il acceptait qu'il le prenne dans ses bras en lui ouvrant ceux-ci. Anton hésitât un instant, se tournant vers Jo pour lui lancer un regard. Elle l'encourageât et il s'avança alors vers Peeta et posa sa tête contre lui. Délicatement Peeta referma ses bras et le souleva.

Il l'emmena faire le tour du jardin pour lui montrer les fleurs, les arbres, il n'arrêtait pas de lui parler et Anton l'écoutait très attentivement.

Puis, Peeta lui chuchota quelque chose à l'oreille et le regarda comme pour vérifier qu'il avait l'accord du petit garçon. Il revint alors vers nous et ils s'approchèrent de moi. Il lui dit : « Anton, voici Katniss, c'est mon amoureuse comme ta Maman est l'amoureuse de ton Papa, tu veux bien qu'elle te prenne un peu dans les bras elle aussi ? ». Anton me tandis alors ses bras et le laissa glisser dans les miens.

On se regardait tous les deux dans les yeux, puis il se mit à passer sa main dans mes cheveux. Instinctivement je me mis à lui chanter une chanson, ce que je n'avais pas fait depuis des années.

Je vis Gale et Johanna, dans les bras l'un de l'autre, émus nous regardant faire. Anton sembla tomber sous mon charme et me gratifiât d'un de ses plus beaux sourire. Ce moment, je l'avoue, me troubla. Cela me sembla si naturel. Ayant vu Finn grandir, j'avais pu partager ce genre de moments avec lui aussi, mais Finn était tellement sociable dès tout petit. Anton lui m'intriguait, car il était comme moi, blessé, et qu'il avait besoin de se sentir en sécurité pour se laisser un peu aller. Après quoi il demanda à retourner dans les bras de Jo.

Après l'avoir mis à la sieste, Gale et Johanna nous expliquèrent que les premiers temps furent vraiment compliqués, car le petit était muré dans le silence, il faisait des terreurs nocturnes et se laissait difficilement approcher. Puis un jour, Jo eu l'idée de fabriquer ce harnais pour le porter sur son dos et l'emmenât se percher avec elle sur la cime d'un arbre. Il n'avait pas eu peur durant la montée et avait observé, avec des billes pleines d'envies, le monde qui s'étalait sous lui. Après être descendus, et que Jo lui ait enlevé de son harnais, il était venu se blottir dans ses bras. Après quoi, progressivement, il s'était ouvert de plus en plus. Jo nous disait qu'il demandait presque tous les jours à aller dans les arbres.

Gale pour sa part avait dû prendre son mal en patience, comme le chasseur attend sa proie en quelque sorte. Il s'était adapté à son rythme et jour après jour, l'avait, sans le brusquer, laissé approcher.

Jusqu'au jour où Anton avait réussi à sortir de son lit dans la nuit et était venu grimper dans celui de ses nouveaux parents. Il s'était alors blotti dans les bras de Gale, qui avait tout observé sans rien dire. Gale le serra alors contre lui et lui avait dit qu'il était en sécurité.

Dans l'après-midi Annie arriva avec Caleb et Finn, puis Maman et Haymitch nous rejoignîmes également. Anton eu d'abord très peur d'Haymitch et alla se cacher en pleurant. Mais Finn alla le trouver et essaya de jouer avec lui en lui construisant une cabane dans le salon, avec les plaids et des torchons.

Jo et Gale avaient réussis à fonder leur famille et semblaient vraiment épanouis et paisibles.

Quelques semaines plus tard Peeta m'emmenât déjeuner au bord du lac, de notre lac. Il faisait froid, aussi, nous nous installâmes dans la cabane de mon père. Il avait préparé un ragout d'agneau aux pruneaux. Nous aimions bien manger ce plat de temps à autre tous les deux. Pour Peeta, c'était ce plat qui nous avait rapproché lors de nos premiers jeux.

Nous mangions tous les deux dans la petite cabane le poêle allumé nous regardant sans rien dire avant qu'il ne se décide à rompre le silence :

- Kat, on a dit qu'on ne voulait pas se marier, tu te souviens ?

- Tu as changé d'avis ? Lui dis-je posant mes couverts et croisant mes mains sous mon menton, attendant la suite.

- Non, enfin si, mais pas de la manière dont tu le penses.

- Continues, tu m'intrigues.

- Voilà, je t'ai fait venir ici, aujourd'hui, pour te dire que je voulais qu'on soit mariés sans l'être.

Et il déposât une petite pochette en tissu devant moi Je l'ouvris et découvris une bague toute simple en argent, un anneau lisse sans la moindre imperfection.

- Peeta elle est très jolie. Lui dis-je dans un souffle.

- Je sais que tu aimes les choses simples, discrètes.

Je me souviens de notre discussion quand Gale et Johanna étaient venus au moment de leurs fiançailles.

Tu m'avais dit y avoir pensé, mais que tu ne voulais pas d'une cérémonie, pas forcément de témoins ou autre, alors voilà je voulais te demander de m'épouser sans m'épouser. Juste un accord tacite entre toi et moi, là, maintenant, quelque chose qui n'appartiendra qu'à nous, cela sera notre secret.

- Peeta, je ne sais pas, dis-je en souriant, c'est beaucoup de pression d'un coup. Dis-je en rigolant.

Et puis j'avoue, que si tu faisais les choses un peu plus dans les règles, ça ne serait pas mal non plus. Le taquinais-je.

- Kat, avons-nous déjà suivi de vraies règles ?

- Jamais.

- Jamais en effet. Alors non, je ne vais pas mettre un genou à terre.

Mais en disant cela il me prit les mains et me fixait de ses yeux d'un bleu profond.

- Je vais juste te dire que je t'aime et te demander si tu veux de moi et rester avec moi, toujours.

- Oui Peeta, je veux rester avec toi toujours.

Et toi ? Lui dis-je sans défaire mon regard du sien, tu veux de moi et rester avec moi, toujours ?

- Oui Katniss, je veux rester avec toi toujours.

Alors il glissa le petit anneau à mon doigt et s'approcha de moi pour m'embrasser avec tout l'amour dont il était capable. Après quoi le reste du déjeuner dû attendre pour être dégusté.

A sa manière bien à lui, il avait su trouver le compromis parfait, les mots qu'il fallait et le lieu idéal.

Nous étions mariés sans l'être, conformément à nos envies communes, nous étions l'un à l'autre et cela n'appartenait qu'à nous.